Dimanche de merde
de Adrien


Comme d’habitude je suis dans ma chambre, je m’emmerde à mourir. J’écoute de la musique pourrie le plus fort possible, je traîne, je devrais bosser, je pense, je regarde l’horloge tourner. Je voudrais lire un bouquin, j’ai peur de perdre du temps alors que c’est exactement ce que je fais en pensant ça. Je pense à mes amours ridicules, de la merde ouais. J’ai même pas envie de me branler. La merde et l’ennui suintent de partout. La télé est chiante, de toute façon ya rien à voir le dimanche. Je voudrais être hier. Je retrouve des vieilles photos, putain qu’est ce que j’ai pu m’amuser à certains moments. Mais là, je me fais foutrement chier.
J’arrose mon cactus, je mange un bout de chocolat. Je mets de la musique triste à pleurer. Je remange un bout de chocolat. JE ME FAIS CHIER ! Je devrais faire quelque chose, non ? Qu’est ce que les gens foutent le dimanche après midi ? Je vais voir mes mails, trois pubs et deux chain-mail. Tiens ! Sarah m’a écrit ! C’est trop gentil. J’ai même pas envie de répondre. J’éteins mon ordi. J’écoute un vinyle maintenant. Terry Francis. D’habitude ce gars me fout la pêche. Je change de disque, j’aime plus la tech-house. Je vais chercher le cd de Brassens à ma mère. Je lis un poème de Rimbaud, je comprends pas la moitié. Je voudrais bien être cultivé. J’ai juste pas de volonté. Si j’avais de la volonté, je ferais des millions de trucs. Je finis la tablette de chocolat. Mon horloge fait tic tac, elle s’arrêtera jamais cette salope. Je tourne en rond. J’aimerais pouvoir me rouler sur mon tapis comme dans la pub des chocolats Amicelli, tu sais bien ces cochonneries que tout le monde m’offre à Noël et dont j’ai horreur. Au moins j’aurais l’air heureux, même pendant vingt secondes. Finalement je me branle un coup. Je pense au mec le plus débile de ma classe ; Sébastien, l’hétéro, est en train de se faire enculer par tout ce que le lycée peut compter de beaux mecs, dont moi d’ailleurs. Des fois j’aimerais bien avoir un autre âge que 15 ans. Je jute, je m’essuie. Je me dis tout d’un coup que j’aimerais bien coucher avec moi-même, et ça me fait sourire. J’éteins le lecteur cd, j’écoute un Nils Hess millésimé. Ça doit être cool d’avoir un frère jumeau. Je feuillette un magazine à la con, qu’est ce qu’il fout là d’ailleurs ? Je mate par la fenêtre, dehors même la neige est dégueulasse et toute brune. Oh et puis merde ! Je prends le téléphone, mon carnet d’adresses et appelle Loïc.
Biiip….. Biiip….. Biiip…..
- Allô ?
- Tchô c’est Adrien.
- Ouais salut ! Ça va ?
- Ouais ouais et toi ?
- Très bien !
- Je vais pas te déranger longtemps.
- Mais tu me déranges pas du tout ! … Enfin, je t’écoute.
- Je vais pas faire dans la dentelle… Je… Loïc, tu me plais énormément.
- Quoi ? Qu’est ce que tu veux dire ?
- Je t’aime.
- Putain mais… je suis hétéro moi !
- M’en fous. Je t’aime, espèce de con.
- Mais … Bip bip bip…
Je raccroche.
C’est peut-être bien de dire la vérité.
Peut-être que c’est bien de dire la vérité.
Mais… Peut-être pas. Maintenant les cartes sont posées. Ma vie a changé ! Je devrais être heureux. Mais personne… Enfin… Si personne ne s’en souciait, ça ne changerait rien. C’est pas le premier gars que j’aime. C’est pas le dernier non plus. Alors pourquoi lui ? Tic, tac, fait mon horloge. Et tout d’un coup je comprends. Elle ne s’arrêtera jamais cette salope. Que ma vie change ou non. Je finis la tablette de chocolat. Je prends mes clés et je m’en vais. J’ai compris.

Adrien

PS : Et toi, qu’est-ce que tu comprends ?
Adrien

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