![]() Le deuxième livre de Mar Swooney (9) Andrej Koymasky © 2007 écrit le 15 Août 1978 Traduit en français par Eric CHAPITRE 16 Bis Un coup de théâtre
Il était plongé depuis longtemps dans ses pensées quand la porte se rouvrit. Il crut que c'était encore le Shentiste à la tunique jaune de Curateur, mais il remarqua vite du bleu. Il regarda intrigué et la curiosité tourna à la surprise : c'était Phyujel !
"Ils sortent toutes leurs armes... Quel discours va-t-il me faire, à présent... je dois faire attention, je ne devrais rien me rappeler de l'interrogatoire précédent..." Phuyjel approcha en le scrutant attentivement : "Comment vas-tu, Mar ?" "J'ai faim.." "Je m'en doute. On t'apportera bientôt à manger." Il s'assit sur le lit à côté de lui. "Tu dois reprendre des forces... tu es avec un ami, maintenant." "Et d'où vient ce changement ?" "Tout cela était une erreur." "Quand serai-je libéré ?" "Dès que tu auras repris des forces. Après le rite de démission. Mange, maintenant, après on fera quelques pas." "Quelques pas ?" "Bien sûr, tu dois prendre de l'exercice." Phyujel se leva et frappa ses bâtons. Un servant apparut vite. "Il commande ?" "Apporte un bon repas, léger mais nutritif. Vite !" Le servant sortit. Phyujel dit à Mar : "Je reviens tout de suite..." et il sortit. Il revint après quelques instants : "Personne n'est à l'écoute mais ne te trahis pas. Je t'aiderai, continue à feindre. Tes amis sont cachés près d'ici." Murmura-t-il rapidement. Mar le regarda, perplexe : était-ce un nouveau piège ? Phyujel sembla lire en lui. "Aie confiance, ce n'est pas un piège. Chakra n'est pas arrivé à t'hypnotiser et il ne s'en est pas rendu compte. Mais tu dois fuir..." il s'interrompit, puis il reprit à voix haute : "Tu dois comprendre que nous devons être certains à ton sujet..." Le servant revint avec un plateau en bois et une écuelle et les posa sur le tabouret, puis il sortit. "Mange et bois ce qui te dit, mais sans exagérer, ton estomac doit se réhabituer peu à peu. Je reviens vite..." dit Phyujel et il sortit. Mar mangea un peu du repas et but le bouillon de viande et de baies tout en réfléchissant : "Puis-je avoir confiance, cette fois ? Comment savoir s'il est vraiment un ami ou non ?" Il poussa l'éclat qu'il avait caché sous sa jambe et qui le gênait un peu et le fit glisser entre le lit et le mur. Phyujel revint accompagné par deux servants armés. "Viens, appuie-toi sur moi." Mar se leva : "Je peux marcher tout seul..." "Non, tu es encore trop faible." Lui dit le Shentiste en lui serrant fort le bras, comme s'il voulait lui faire un signal. Puis il se tourna vers un des deux servants : "Va lui prendre un habit de labass, il commence à faire frais dehors." Mar regarda le servant sortir. "Appuie-toi sur moi, essaie de faire quelques pas." Mar s'exécuta. Ils firent quelques pas vers l'autre servant puis firent demi-tour vers le lit. Le Shentiste lui tendit l'autre main comme pour l'aider et lui fit glisser quelque chose en main. Mar eut la tentation de regarder mais il comprit que Phyujel avait fait en sorte que le servant ne voie rien, aussi ne fit-il rien. Il essayait de sentir ce que ça pouvait être. On aurait dit un carré en bois... mais de quoi s'agissait-il ? Le Shentiste le guida jusqu'au lit. "Rassieds-toi, puis on essaiera de marcher encore." Il l'aida à s'asseoir et pour cela il s'interposa entre Mar et le servant. Mar regarda alors dans sa main : sur le carré était gravé le loco d'un mot : Vokka. Mar sursauta et regarda Phyujel. Lequel sourit et lui reprit le petit morceau de bois qu'il fit disparaître dans sa manche. Entre temps l'autre servant était revenu avec un scapulaire rouge et or. Phyujel aida Mar à le passer et ferma sa ceinture. "Allons-y." Mar se releva. Le Shentiste lui sourit en lui passant un bras autour de la taille. "On doit monter quelques marches, jusqu'au toit." Dit-il, puis il se tourna vers les deux servants : "Vous, marchez un devant et un derrière nous. Puis, une fois sur le toit, surveillez la porte." Ils acquiescèrent tous deux et le petit cortège partit. Mar se fatiguait plus qu'il n'aurait cru en marchant mais, lentement, avec le soutien du Shentiste, il arriva sur le toit. Le soleil baissait, le ciel était à peine strié de quelques nuages filiformes, éclatants de rouge. Le toit du Grand Temple était circulaire, comme tous les autres, mais bien plus vaste. Sur une partie plus haute, close et surveillée par deux autres servants armés, était attaché un ballon. Le reste du toit était un grand jardin suspendu, très beau. Ils approchèrent lentement du bord du toit et s'assirent près du parapet. "Tu as confiance, à présent?" lui demanda Phyujel à voix basse. "Je crois que oui... mais pourquoi m'aides-tu, toi ?" "Je te l'ai déjà dit à mon Temple : la vie est en toi et tu es dans la vie. Boar t'attend... tu iras loin, tu as déjà prouvé que tu en étais capable." "Que sais-tu de Vokka ?" "Rien. Tes amis m'ont donné ce nom à te dire pour gagner ta confiance." "Et de moi, que sais-tu ?" "Peu et beaucoup. Je lis en toi des choses intéressantes et c'est pour ça que je t'aide." "Tu lis en moi ?" "Oui, pour moi les humains sont des livres ouverts." "Comment ça ?" "Tous plus ou moins, nous lisons dans les autres. Mais moi plus que les autres grâce à des études et des entraînements spéciaux." "Tous les Shentistes sont comme toi ?" "Non, seule la secte des... mais si, je sens que je peux me fier à toi. Je suis, en plus de Shentiste, un Physiognomoniste. Nous savons lire les hommes et notre mission est de favoriser et de soutenir ceux qui ont des dons pour accélérer les progrès de la société. Le moindre geste, la forme du corps, la structure du visage, la façon d'agir et de réagir... ce sont autant de signaux qui nous disent qui est devant nous et ce qu'il vaut. Nous ne devons pas intervenir explicitement mais seulement favoriser en restant dans l'ombre. "En t'aidant maintenant je trahis un peu nos principes, mais je suis si sûr que tu es l'homme que nous attendons que... Bien sûr, maintenant que tu sais, je ne pourrai plus te suivre et prendre soin de toi. Mais d'autre le feront à ma place, des gens insoupçonnés et insoupçonnables. Dans toute la galaxie, nous savons bien nous cacher... Parfois des haillons cachent sous un clochard un de nos grands hommes... Mais revenons-en à nous. Cette nuit, par la fenêtre de ta chambre, il entrera un micro-espion volant..." "Tu sais cela aussi ?" "Oui, c'était nécessaire. Mais sois tranquille, de même que tu ne parleras à personne de nous, les Physiognomoniste, moi je ne dirai à personne que tu viens de dehors et que tu vas et viens à ta guise. Tu peux avoir confiance en moi." Mar acquiesça avec sérieux : "Oui, bien sûr, comme toi en moi." "Bien. Alors je disais : il entrera aussi par ta fenêtre une ceinture télécommandée. Prends-la. En l'actionnant tu pourras sortir par la fenêtre et tu iras vers ce grand arbre, là-bas. Tu le vois ? Là t'attendra un de tes hommes. Prends ce feuillet et laisse-le sur le lit avant de partir. Très certainement nous ne nous reverrons plus. Tous mes vux, Mar et... que Dieu, en qui tu ne crois pas encore, t'assiste tout de même." Mar lui serra une main : "Merci, au nom aussi de Vokka qui est le fils que je dois adopter avec mon époux. Peut-être un jour le connaîtras-tu... qui sait ? Mais dis-moi, si tu ne m'avais pas aidé, que serait-il advenu de moi ?" "Ils ne t'auraient certainement pas laissé partir : ou ils arrivaient à te faire parler et ils t'auraient tué après, ou ils t'auraient juste tué. Ils ne savent pas qui tu es, mais ils te craignent, parce que trop de mystères t'entourent et que tu constitues une menace pour leur pouvoir. Le Pouvoir se défend par tous les moyens." "Mais ne vont-ils pas me rechercher encore ? Ne serai-je pas toujours en danger ?" "Oui et non. J'essaierai de détourner d'éventuelles recherches, tant que je pourrai. Ton idée de ce Médam... oui, elle était bonne. J'y travaillerai. Enfin, tu devras être toujours attentif et sur le qui vive, il te sera plus facile d'éviter les dangers et de te défendre." Mar acquiesça : "Et... peux-tu m'expliquer comment tu as fait pour m'apparaître puis disparaître dans la cellule de la Voix de Shent ?" Phyujel sourit : "Je t'en ai déjà trop dit, je ne peux pas te révéler d'autres secrets des Physiognomoniste." "Oui. Excuse-moi." "Rentrons, maintenant, nous sommes assis depuis longtemps. Promenons-nous encore un peu, puis je te ferai raccompagner à ta cellule. N'oublie pas le feuillet..." "Que contient-il ?" "Une fausse piste. Ou au moins quelque chose qui, du moins j'espère, leur donnera longtemps du fil à retordre." Ils se promenèrent encore, puis Phyujel le confia aux deux servants qui l'accompagnèrent à sa cellule. Mar se coucha, vraiment épuisé. Le soleil se couchait à présent et par la fenêtre ne passait plus qu'un rai de lumière. Il entrevoyait encore le cercle de clarté porté par la fenêtre, mais il s'estompait lentement. Il sentit une grande torpeur s'emparer de lui mais il ne voulait pas s'endormir et risquer de n'être pas prêt quand arriverait la ceinture anti-gravité. Il se secoua et écarquilla les yeux, mais fut vite repris par le sommeil. Il se leva et fit quelques pas, puis se recoucha. Le temps semblait passer très lentement. Il repensa aux mots de Phyujel : "Le Pouvoir se défend par tous les moyens"... C'était vrai, mais était-ce un bien ou un mal ? Y a-t-il un pouvoir juste ? Et s'il existe, a-t-il le droit d'utiliser 'tous' les moyens, même les injustes ? Au fond, lui-même ne se battait-il pas pour accéder au pouvoir ? Et les moyens qu'il utilisait, étaient-ils toujours justes ? "Et continuerai-je toujours à me poser des questions et à ne pas trouver de réponses ? S'il y a une réponse, je dois la chercher ; mais s'il n'y en a pas, alors je perdrais en vain mon temps et mon énergie. Celui qui lutte contre un pouvoir, au fond, ne fait qu'en favoriser un autre... Alors autant choisir qui appuyer, dans le parti de quel camp entrer... Peut-on vraiment lutter contre tous les pouvoirs, y compris le sien ? Et le combat, d'ailleurs, n'est-il pas déjà un exercice de pouvoir ?" Il essaya d'arrêter de penser : il savait bien que la nuit ne suffirait pas à trouver des réponses. "Pour l'instant, Mar, essaie d'utiliser le pouvoir que tu as de la façon la plus honnête et la plus juste que tu peux..." conclut-il en lui. Soudain il eut l'impression que quelque chose bougeait dans sa cellule. Il s'assit. Il vit alors entrer par la fenêtre un anneau à peine visible : c'était la ceinture anti-gravité. Mar tendit le bras et l'attrapa. Elle résista, flottant en l'air un instant, puis soudain devint inerte dans ses mains. Son cur se mit à battre très vite. Avec des gestes fébriles il prit le feuillet sous son scapulaire et le posa sur le lit. Puis il ouvrit la ceinture et se l'attacha à la taille. Il en trouva les commandes et s'éleva doucement à la hauteur de la fenêtre, manuvra pour se mettre à l'horizontale, puis pressa les commandes avec détermination et glissa vite au dehors. Le bout de son pied cogna le bord de la fenêtre et lui causa une douleur lancinante, mais il ne cria pas. Il s'arrêta et reprit une position verticale : la grande vitesse de sa fuite lui avait déjà fait dépasser le grand arbre. Il manuvra pour revenir à la hauteur de sa cime. Il scruta le feuillage et vit une minuscule lumière clignoter. Il se baissa et appela dans un murmure : "Anjil ?" "C'est Gaïthé." Répondit une voix, et la jeune femme sortit et s'arrêta en l'air : "Mar, enfin... comment vas-tu ?" "Bien... enfin, c'est la formule. On y va ?" "Suis-moi." Gaïthé remonta un peu et fila à toute vitesse vers le sud-ouest. Mar la suivit aussitôt. Ils volèrent tout droit un moment, puis dévièrent en faisant une grande courbe, puis continuèrent tout droit à pleine vitesse. Ils étaient précédés par l'espion volant et Mar voyait de temps en temps la lueur du petit viseur que son ami avait en main pour contrôler le terrain à l'entour. Ils volèrent longtemps. Le scapulaire de Mar battait entre ses jambes. Le ciel était en grande partie couvert de nuages qui atténuaient la lumière des lunes. "Une nuit idéale pour fuir." Pensa Mar. "N'est-ce que la chance ou y a-t-il vraiment un dieu qui m'assiste ?" Le vol continuait, rapide, et le terrain courait sous eux. Ils s'élevèrent pour passer au-dessus de montagne basses. Au-delà Mar vit le vague miroitement de la mer. D'un point devant eux surgit un très discret rayon lumineux. Ils se dirigèrent vers lui en descendant lentement. Le voyage avait duré plusieurs heures. Ils atterrirent sur une plage : là les attendait Anjil. "Ponctuels ! Comment vas-tu, Mar ?" "Je suis mort. Seul l'air froid m'a tenu éveillé." "Venez, la barque est prête. Au large Holyer nous attend avec le sous-marin." Ils embarquèrent et Anjil lança la propulsion à fusée. Ils glissaient vite sur l'eau, l'espion toujours au-dessus d'eux. A peine étendu Mar se sentit sombrer dans le sommeil trop longtemps retenu. "Je vais m'endorm..." murmura Mar, et il s'effondra. Ils ne s'aperçut pas que le submersible faisait surface, ni que ses amis l'embarquaient comme un poids mort et l'étendaient sur une couchette, ni qu'ils plongeaient. Holyer prit les commandes. Pendant le voyage, Mar se réveilla. "Les amis !" dit-il. Tous les trois se tournèrent vers lui. "Mar, comment vas-tu ?" lui demanda de nouveau Anjil. "Comme ci comme ça... très faible. Où allons-nous ?" Hoyler répondit : "On ramène Anjil à Ville-Close, puis Gaïthé à Port-Escale, puis je te dépose sur Ross." "Pourquoi Gaïthé ne rentre-t-elle pas sur Ross ?" demanda Mar, contrarié. "Ton absence a été trop longue. Gaïthé a passé le concours pour entrer chez les Armés et elle a réussi. C'est une Armée, maintenant, tu vois ses habits ? Elle ne peut pas s'absenter trop longtemps sans être suspecte aux yeux de son groupe." "J'ai été absent de Ross combien de temps ?" demanda Mar d'un ton incertain, "J'ai perdu le compte des jours..." "Presque quatre mois." "Quatre ! Comment va Njeiry ?" "Bien. Il t'attend." "Comment avez-vous fait pour me trouver, pour entrer en contact avec Phyujel ?" "On te racontera tout après. Pour l'instant mange quelque chose et repose toi encore un peu." Répondit Holyer. "Que fait Elker ?" "Il travaille à Ville-Close. Je te raconterai après." "Et le petit qu'on a sauvé ?" demanda-t-il alors en se retournant vers Anjil, mais il ajouta vite : "Tu me raconteras plus tard, j'ai compris !" Ils rirent tous les quatre. Mar mangea un peu et retomba dans le sommeil. A son réveil, Anjil avait déjà débarqué et ils approchaient de Port-Escale. Mar se sentait encore faible et alternait de brefs réveils pendant lesquels il se nourrissait avec de longs sommes. Gaïthé débarqua alors que Mar était réveillé. "Tu as fait à ta façon, contre mes ordres..." "Tu tardais et les concours commençaient... Si tu veux que je rentre avec toi sur Ross... c'est toi le chef." Dit Gaïthé d'une voix soumise. Mar sourit : "Non, tu as fait au mieux. Nous en reparlerons à mon prochain voyage. Bonne chance, Gaïthé." Ils repartirent en plongée et arrivèrent enfin à la grotte de l'île de la Garnison. Mar se sentait mieux et il débarqua seul. Il se transféra avec Holyer en transmen dans le tunnel d'accès. Là, ils appelèrent avec le rayon laser et deux soldats arrivèrent vite. Mar s'étonna que Njeiry ne soit pas venu l'accueillir et demanda aussitôt de ses nouvelles. "Il va bien, il va bien. Mais en ce moment même il est en réunion et nous n'avons pas pu l'avertir de ton arrivée." Mar lâcha un soupir de soulagement. Ils se transférèrent à la Résidence. Mar fut accueilli par le personnel du souterrain avec des manifestions de soulagement et de joie qui l'émurent. Dans le souterrain il se lava longuement, se fit couper les cheveux et la barbe qu'il avait plutôt longs et il remit ses habits de Gouverneur. Medle, le secrétaire, lui dit qu'il valait peut-être mieux attendre Njeiry en bas et remonta au bureau de Mar. Ce dernier s'assit sur un confortable fauteuil relaxant. "Maintenant, Holyer, tu dois tout me raconter en détail." Holyer, qui avait remis son uniforme, commença à raconter. Anjil avait allumé le feu et regardait le garçon quand il revint à lui, regarda tout autour, stupéfait et demanda : "Je ne suis pas mort ?" Anjil rit et lui expliqua qu'ils l'avaient sauvé. Le garçon parut contrarié : "Et maintenant, je fais quoi ?" demanda-t-il, renfrogné. Anjil lui dit qu'elle le raccompagnerait à son village. Le garçon dit qu'il ne voulait pas. Anjil lui demanda alors pourquoi et qui il était et d'où il venait. Le petit garçon répondit qu'il s'appelait Rel et c'est tout, qu'il était un "né" des Armés de Vieux-Château et qu'il faisait les épreuves triennales. Mais ayant échoué à celle-ci, il ne pourrait jamais devenir un Armé et qu'alors, plutôt qu'être servant toute sa vie, il préférait ne pas rentrer du tout. Ne serait-ce que parce que ses parents et ses frères et surs auraient terriblement honte de lui. Ils parlaient quand le garçon, excité, désigna un point au-dessus de la cime des arbres : il avait vu le ballon des Shentistes descendre. Anjil remarqua qu'il descendait à peu près là où Mar était allé. Elle dit à Rel d'éteindre le feu et de surveiller les affaires et elle alla vers la boucle du torrent. Elle vit que Mar parlait tranquillement et se dit qu'il valait peut-être mieux ne pas encore se faire voir. Mais quand ils sautèrent sur Mar, elle courut pour essayer de l'aider. Mais elle n'avait pas sur elle l'anneau laser qui aurait pu découper le ballon et les arrêter, alors elle les vit enlever Mar sans rien pouvoir faire. Elle essaya de les suivre à terre, mais le ballon était trop rapide et elle le perdit vite de vue. Alors elle retourna inquiète à la rade. Elle prit les affaires et décida de rentrer à Ville-Close le plus vite possible pour contacter Holyer et voir ce qu'on pouvait faire pour Mar. A marches forcées, aidée par Rel qui ne voulait pas la quitter, ("un endroit en vaut un autre pour moi ; garde-moi avec toi, s'il te plait !" lui avait-il dit) en huit jours ils furent à Ville-Close. Là, elle se concerta avec Elkar. Elle laissa Rel avec lui et prit le sous-marin pour rentrer directement à Ross. Njeiry, bien que visiblement secoué et inquiet, décida qu'il était inutile d'envoyer une expédition de secours avant d'avoir localisé la prison de Mar. Aussi Anjil retourna-t-elle sur Boar avec trois autres volontaires et alla à Port-Escale, avertir les autres. Là, entre temps, était arrivé un Shentiste, Phyujel, envoyé par Elkar. Le Shentiste était au courant de l'enlèvement de Mar et disait vouloir les aider. Au début les hommes de Mar ignoraient s'ils pouvaient lui faire confiance ou non. Le Shentiste leur raconta alors l'acquisition de Mar, le temps passé avec lui et ce qu'il avait vu en Mar. Puis il expliqua comment les Shentistes avaient conçu des soupçons sur Mar. Enfin, pour les convaincre, il accepta d'être soumis au sérum de vérité. Aussi finalement, ayant compris qu'ils pouvaient se fier à lui, avec l'aide de Njeiry qui était aussi venu à Port-Escale, bien que sans lui révéler le détail de leur plan, ils lui parlèrent des moyens à leur disposition pour libérer Mar. Phuyjel ne parut pas surpris. Ensemble ils établirent leur plan. Ils se dirent aussi que Mar, comme eux au début, pourrait se défier du Shentiste et refuser son aide. Ce pourquoi Njeiry lui avait donné le petit carré en bois avec le loco de Vokka qu'à ce moment seuls Njeiry et Mar connaissaient... Mar écouta tout le récit et confirma : "Oui, en effet ça a marché. C'est grâce à vous tous que je suis encore libre et vivant. Maintenant raconte-moi ce qui s'est passé à Port-Escale et à Ville-Close en mon absence." "A Port-Escale je me suis bien mis au travail des marroues. Nous en avons vendu une dizaine et ça rapporte bien. La nouvelle maison et le laboratoire annexé sont déjà en construction. On a aussi trouvé un jeune apprenti qui apprend vite. Galéty a l'air d'avoir rajeuni d'au moins dix ans. Gaïthé, tu le sais, a participé aux concours et, bien que de justesse, elle a été acceptée. A présent elle s'appelle Walpek Bogai. Elle envoie beaucoup d'informations utiles et intéressantes. "A Ville-Close, Elkar continue à travailler pour Oskol, et il a Rel à la maison maintenant, il lui apprend peu à peu les trucs du métier et nos nouvelles idées sur les livres. Rel semble un garçon intelligent et volontaire, il apprend vite et se prend d'affection pour Anjil et Elkar. Il n'y a rien d'autre de remarquable à raconter." Mar s'informa encore sur certains détails. Son bracelet avait déjà été rapporté sur Ross par Anjil à son premier retour et les techniciens travaillaient sur tous les enregistrements. Il demandait encore d'autres nouvelle quand arriva Njeiry. Mar sauta sur ses pieds et se précipita pour le prendre dans ses bras : "Mon amour... comment vas-tu ?" demanda-t-il. "Bien... bien, maintenant que je te vois. Mais toi, plutôt ?" Les autres se retirèrent discrètement et les laissèrent seuls. Mar raconta à son amant toute l'aventure passée. Njeiry lui tenait une main et la serrait, sans perdre un seul de ses mots. Puis Mar lui demanda de le mettre au courant des nouvelles de Ross et de la galaxie. Njeiry lui raconta tous les derniers événements. A la Garnison, les cellules secrètes avaient fait un bon travail. Une grande partie des agents était désormais plus ou moins ouvertement contre l'UPO et ses structures, et en admiration ouverte pour le système en vigueur à la Garnison, si bien que les cellules avaient dû insister auprès des Agents les plus enthousiastes pour qu'ils cachent mieux leur sentiments. Certains Agents UPO avaient même demandé à leurs officiers comment faire pour passer dans les effectifs permanents des soldats de Mar. Ils étaient même prêts à renoncer volontiers à leur paie supérieure. Les officiers répondaient que ce n'était pas encore possible, au moins pas pour le moment. Aussi les officiers d l'UPO étaient-ils de plus en plus isolés et ils réagissaient en devenant de plus en plus arrogants. Njeiry avait même dû en punir un et le Vice-gouverneur avait protesté avec violence, jusqu'auprès du Grand Commandant général de Quaryel. Mais étrangement ce dernier, dans l'attente de Mar, avait confirmé la décision de Njeiry. La longue absence de Mar avait été remarquée, aussi Njeiry avait-il fait savoir que le Gouverneur était malade et ne voulait pas recevoir de visites. De temps en temps il avait utilisé le truc des appels enregistrés par Mar pour faire voir qu'il était sur Ross. Le Vice-gouverneur avait plus d'une fois demandé à rencontrer Mar ou au moins de lui parler au vidéophone et il était irrité par les nombreux refus reçus. Dans la réunion avec les officiers dont il sortait juste, Njeiry avait affronté la proposition de Kubilach de réorganisation des tours et des équipes de travail. Tous les officiers UPO s'étaient déclarés en sa faveur, mais tous les autres contre. Bien que Njeiry ait la majorité, Kubilach avait exigé une prise de position circonstanciée du Gouverneur. Par chance, Mar était rentré, juste à temps. Mar décida alors de se mettre au lit et d'appeler Kubilach au vidéophone. Mais d'abord il voulut aussi être mis au courant de la situation dans la galaxie. Teskar avait envoyé de Quaryel diverses informations et enregistrements que Mar voulut visionner tout de suite. La tension montait dans la galaxie. Les Roffela de Niusa avaient refusé de libérer le Gouverneur de l'UPO. Le Gouvernement Central avait alors envoyé un contingent de nefs armées contre Niusa. Les nefs voyageaient depuis un mois et se concentraient dans le système de Sirius auquel appartenait Niusa. Kétol avait protesté auprès du Secrétaire Général de l'UPO au nom du Grand Conseil des Familles. Ce dernier avait repoussé la protestation sous l'excuse que lors de la réunion du Conseil il manquait trop de Chefs de Familles pour que les décisions ait une valeur formelle. Kétol avait alors demandé à rencontrer le Secrétaire Général en personne pour discuter le problème. Ce dernier n'avait ni accepté ni refusé la rencontre et il tergiversait comme toujours. A ce stade, Kétol avait menacé d'envoyer toutes les nefs des Familles vers Niusa pour arrêter, par un barrage désarmé, l'avancée des Forces de Sécurité de l'UPO. Des dizaines et des dizaines d'astronefs de transport et de fret étaient déjà en route. Telle était la situation et tout ne tenait qu'à un fil. Mar envoya une communication urgente à Teskar pour lui demander de l'informer immédiatement des dernières nouvelles. Puis il remonta à la Résidence, se mit au lit et appela Kubilach au vidéophone. Njeiry était à côté de Mar, ainsi que son secrétaire sur Ross, Medle. Kubilach était hors de ses gonds : "A la bonne heure !" s'exclama-t-il dès qu'il vit Mar sur l'écran. Ce dernier le regarda durement : "Voudrais-tu répéter ?" "Il y a longtemps que je te cherche, Gouverneur, et je craignais de ne plus avoir la grâce de te voir. Ta, disons ta maladie, à un moment où..." "Nous traiterais-tu le Commandant ou moi de menteur Kulibach ?" Ce dernier hésita : "Non, bien sûr, mais comme je disais..." "La sécurité extérieure de la planète serait-elle menacée ?" le coupa Mar. "Non, le danger est plutôt dans la situation intérieure..." "Vraiment ? Il ne me semble pas." "Bien sûr. D'abord tu disparais dans l'espace pour tes crises mystiques, puis tu te terres à la Résidence pour ta maladie ! Même le Grand Commandant Général n'a pas pu te contacter..." Mar l'interrompit avec un dur sarcasme : "J'ignorais que pour mes pratiques religieuses ou même pour tomber malade je devais demander une autorisation préalable. Où est écrit quelque chose de ce genre ? Cela m'aurait échappé ?" Kubilach parut encore plus hésitant : "Mais tu ne te rends pas compte ! S'il était arrivé un ordre de Quaryel..." "Il en est arrivé un ?" "Non, mais..." "Bien, alors ne perdons pas de temps en conjonctures stupides. Tu sais bien qu'en cas d'attaque extérieure, et seulement dans ce cas, le commanderait passerait à toi, non ? Alors où est le problème ? Et comme le cas ne s'est pas présenté, arrête ça ! Si tu as quelque chose de sérieux à me dire, parle, sinon..." "Il se créé ici une tension insoutenable entre la troupe et mes officiers !" "Tes officiers ? Tes officiers ? J'ignorais qu'il y avait ici, sur Ross, des officiers à toi." Kubilach se corrigea, irrité : "Je voulais dire les officiers des Forces UPO venus sur Ross avec moi..." "Ah, voilà qui est plus clair et... plus correct. Tu dis qu'il y a un problème entre les officiers UPO et mes soldats ?" "Pas seulement, mais avec les Agents de l'UPO aussi. On me signale que certains Agents voudraient s'engager dans la Garnison : c'est un acte de défiance intolérable ! Tant qu'ils n'auront pas achevé la période de leur engagement..." "En effet, je n'ai pas connaissance que des Agents de l'UPO aient été engagés parmi mes soldats, pour l'instant. Et si, après leur temps, ils souhaitaient le faire, je ne vois pas en quoi ça pourrait te regarder. Mais enfin, pour quelqu'un qui comme toi prétend donner son autorisation à son supérieur pour tomber malade... Je n'ai rien d'autre à ajouter, Général. Je veux au plus tôt tous les officiers de l'UPO au rapport. Je te ferai savoir où et quand." Dit-il sèchement et, avant que Kubilach n'ait le temps d'ajouter un mot, Mar coupa la communication. Njeiry sourit : "Pour un malade, Mar, tu étais un peu trop énergique..." "Je me remets, Nje, je me remets." Répondit Mar l'air narquois. Il sortit du lit : "J'ai faim, maintenant. Il y a quelque chose de prêt ?" Medle se leva : "Je vais voir tout de suite." Dit-il et il sortit. "Kétol a fait signe ?" "Une seule fois, mais j'ai répondu que tu n'étais pas là. Il n'a rien demandé d'autre." Ils allèrent au bureau. Là, Mar jeta un il aux bulletins des quatre derniers mois sur le site de "l'informatrice galactique". "Pour quand est prévu l'événement ?" demanda Mar en continuant à faire courir les lignes sur le moniteur. "Quel événement ?" "L'adoption et l'arrivée de Vokka, que crois-tu ?" Njeiry rit : "Oh, j'ai cru que tu parlais d'un événement galactique." "Pour moi c'en est un !" "C'est pour ce mois-ci." "Alors il faudrait que je te remplace, comme Commandant. Quand Vokka arrivera, il faudra que tu te dédies à lui, surtout quand je ne serai pas là. Et puis tu as aussi ma délégation de Gouverneur, donc tu es sûr de ne pas manquer de travail." "Mar, pour moi..." "Non, non. Tu t'es déjà démené plus que tu ne devrais à cause de moi. Que dirais-tu si je nommais Commandant par intérim Joote Dake ? Il me semble le meilleur de nos officiers." "Oui, il me plait. Il faudrait voir si lui s'en sent capable." "Fais-le venir ici." Mar partait voir si Medle lui avait trouvé à manger quand sonna le vidéophone. Il retourna devant et l'acquitta. "Appel fermé de Quaryel." Annonça l'opérateur. "Bien. Ferme aussi cette ligne et stabilise la liaison." L'écran se remplit de lignes transversales puis s'éclaircit et il apparut l'habituel bord noir des appels fermés. C'était Teskar. "Bienvenue à la maison, Mar. Heureusement que tu es là." "Que se passe-t-il ?" "Deux mauvaises nouvelles. Je ne sais pas par où commencer..." "Par la pire... non, par la moins mauvaise, c'est peut-être mieux." "Le Secrétaire Général était en voyage vers Shunter pour une réunion urgente du Gouvernement. Sa nef a été interceptée par une nef armée sans contre-signe et il a été enlevé." "Enlevé ? Par qui ?" "Il n'y a encore rien d'officiel... mais ça me semble évident..." "Le bal est ouvert ! Des réactions du Gouvernement ?" "Un communiqué laconique sur le fait et la menace de frapper sans pitié les criminels qui ont osé..." "Et les troupes envoyées contre Niusa ?" "Elles ont eu ordre de s'arrêter et d'attendre des instructions." "Bien. Ferme la Résidence et les Bureau de recrutement et venez tous immédiatement sur Ross. Mais ne dites rien à personne et faites-vous remarquer le moins possible. Emportez tous les documents, ne laissez rien. Si c'est tout là-dessus, passons à l'autre nouvelle." "Voilà... Soufflet..." "Soufflet ? Que lui est-il arrivé ?" "Elle a eu une attaque cardiaque et les Curateurs n'ont pas réussi..." "Elle est... elle est morte ?" "Oui, malheureusement." Mar blêmit : "Quand ?" "Il y a peu." "Prenez-la avec vous, je veux l'enterrer ici. Comment va Vieux ?" "Il est... détruit, tu t'en doutes. Surtout que ça a été si inattendu. Vieux ces derniers temps nous avait donné quelques inquiétudes sur sa santé. Soufflet semblait plus en forme, et au contraire..." "Oui. Je donnerai des ordres pour que le cargo parte en avance. On a malheureusement une bonne excuse : les funérailles de Soufflet. Alors vous pourrez partir au grand jour, mais pour motif privé. Aucun étranger ne doit prendre le cargo, pas même les nouveaux enrôlés... C'est un ordre. Autre chose ?" "Non." "Je vous attends dans dix jours de Quaryel. Cette journée s'écoule, mon ami." "Oui, elle s'écoule, Mar." Mar fit appeler aussitôt Njeiry et Medle. "Joote arrive. Mais... que s'est-il passé ?" demanda Njeiry. Mar le mit au courant. Un des volontaires sortit du souterrain : "Gouverneur, un message de Kétol ni Wole..." Mar prit le feuillet où était écrit : "Ici, à 9,7,0 t.s.u.". Il actionna son 4C et vérifia : "J'ai encore dix minutes locales. Joote est arrivé ?" "Oui, il est là dehors." "Fais-le entrer." L'officier entra et salua. "Joote, je te prie d'accepter d'être nommé Commandant par intérim. Njeiry aura trop à faire ces prochains jours. Tu acceptes ?" Joote s'inclina rapidement : "Si c'est nécessaire, je ferai ce que tu me demandes." "Bien, merci. Maintenant j'ai un rendez-vous qui va me prendre une heure, peut-être plus. Je te prie de rester à la Résidence. Si Kubilach ou quelqu'un de Quaryel me cherche, dis de rappeler d'ici une heure. En tout cas vous ne devez pas isoler la Garnison sans mon ordre, sous aucun prétexte. Pour l'instant personne ne doit rien savoir de la nomination de Joote. A tout à l'heure." Mar se transféra au souterrain et, de là, sur Nuikétol. Le secrétaire des Kétol l'attendait. Après quelques instants, il fut introduit chez Wole. "J'ai su que tu as été malade, Gouverneur. Tu vas mieux, maintenant ?" "Oui, merci." "Nous y sommes, Gouverneur Swooney. D'ici six heures s.u., je déclarerai l'UPO abrogée. Tu dois être prêt." "Le Secrétaire Général est entre tes mains ?" "Oui, mais pas officiellement." "Que puis-je faire, maintenant ?" "Rien pour l'instant. Après la déclaration, dès que tu peux, rends ton choix public. Quelle est la situation à la Garnison avec les forces de l'UPO ? Pourras-tu faire ta déclaration d'ici six heures ?" "La seule inconnue c'est les nefs à équipage mixte à bord. Trois sont commandées par des officiers et sous officiers UPO. Mais je crois pouvoir agir vite. Peut-être pas en six heures, mais certainement ils seront assez vite entre mes mains." "N'agis pas tant que tu n'es pas sûr. Ces six nefs seront certainement utiles, tôt ou tard. Quaryel est proche qui sera pour nous une partie difficile, elle est bien défendue." "D'accord, Chef de Famille Kétol ni Wole." Ils se quittèrent et Mar rentra aussitôt sur Ross. Là il trouva dans son bureau Joote, Medle et Njeiry. "D'ici cinq heures et demi t.s.u. Kétol déclarera l'UPO abolie et donc ce sera la guerre. D'ici trois heures je veux une réunion de tous les officiers UPO, y compris Kulibach. Mettez immédiatement toutes les cellules en pré-alarme." Soudain Mar se sentit mieux : une énième grande partie débutait. Il se mit à préparer un plan d'action avec son époux , Joote et Medle et au fur et à mesure que le plan se dessinait, il se mit à donner des ordres et à préparer les mouvements nécessaires.
CHAPITRE 17
Des préparatifs de guerre
A 7.7.4 t. p. tous les officiers des Forces de l'UPO présents sur Ross, y compris Kubilach, étaient dans la salle de réunion du Commandement de la Garnison. A 7.7.6 Mar entra, accompagné de Njeiry, Joote et Medle et s'assit à la place du Commandant.
"Général, officiers, sous officiers, cet après-midi s'écoule." Chur de réponses. "Bien que je ne sois pas complètement remis, j'ai cru opportun de convoquer cette réunion. J'apprends que, malgré mes instructions précises, il est apparu sur Ross une situation de tension. J'apprends que cette situation est imputable, sinon complètement, du moins en bonne partie à votre attitude. Si c'est vrai, cela frôle l'acte d'insubordination, même sans être conçu explicitement comme tel. Il n'y a pas d'éléments pour incriminer spécifiquement aucun d'entre vous et peut-être est-ce une chance, car si j'étais contraint, je dis bien contraint, à prendre des mesures, la tension sur Ross ne ferait qu'augmenter. "Je sais que nombre d'entre vous ont, ou croient avoir, des raisons de sa plaindre de l'organisation de cette Garnison. En tant que responsable, légal et moral, du style de vie jusque là adopté, je veux faire une ultime tentative pour chercher à rééquilibrer les choses. Aussi vous serais-je gré de bien vouloir me faire part de vos suggestions..." Le général Kubilach se leva prestement : "D'abord, Gouverneur, j'aimerais savoir à quels titre sont présents l'officier supérieur Dake et le sous officier Vutix." "Je considère juste que leur présence est utile, Vice-Gouverneur." "En tant que témoins de ce qu'on pourrait dire ?" "Non, du tout. L'officier supérieur Joote Dake remplacera bientôt le Commandant dans ses fonctions, au moins le temps que le Commandant résolve ses problèmes personnels. Quant au sous officier Medle Vutix, il est là en tant que mon secrétaire privé. Te dois-je d'autres explications, ou pouvons-nous continuer ?" Kubilach s'assit, renfrogné. Mar les regarda tous et reprit : "Revenant au sujet qui nous réunit, je souhaite donc entendre vos suggestions. Mais je suis convaincu qu'un débat commun ne ferait qu'échauder plus encore les esprits. Aussi je vous prie de rester tous dans cette salle. Je vais maintenant me rendre au bureau du Commandant, seul, et je vous ferai tous appeler, un à un, pour vous écouter avec attention et prendre note de ce que vous me direz. Parlez entre vous en attendant, si vous voulez. Leje, Dake et Vutix resteront avec vous et seront à votre disposition. J'enverrai un soldat vous appeler. Y a-t-il des questions ?" Un officier se leva : "Ne vaudrait-il pas mieux aborder la question maintenant, en séance plénière ?" "Non, mais si vous le trouvez opportun, après avoir écouté tous vos avis personnels et formulé un plan d'action, nous aurons une réunion plénière." Un autre officier prit la parole : "Je ne vois pas l'utilité de la présence ici du Commandant et des deux autres..." "Si vous envisagez un complot contre moi, je comprends ta requête. Sinon le problème ne se pose pas. D'autres questions ?" Personne ne parla. Alors Mar ajouta : "J'oubliais : après m'avoir parlé, chacun de vous ira dans une autre salle où il sera rejoint, peu à peu, par les autres. A la fin, quand nous serons à nouveau tous réunis, je vous proposerai une solution possible à notre... problème et nous la discuterons tous ensemble. Des questions sur ce point ?" Beaucoup semblaient mal à l'aise, mais personne ne parla. Seul Kubilach semblait perplexe et regardait Mar d'un air dubitatif. Il était 7.9.1. Mar traversa l'antichambre de la salle de réunion, le hall du commandement et entra dans le bureau du Commandant. Là, deux soldats montaient la garde à la porte du bureau. "Repos, les garçons. Paralysateurs en main, derrière le dos et prêts à l'usage... Voilà, c'est bien. Quand quelqu'un frappera et ouvrira la porte vous devrez agir. Vous avez réglé l'intensité du rayon à une heure ?" "Oui, Gouverneur." "Bien, et ne vous trompez pas de cible, à tout prix." "Bien sûr. De si près et de dos c'est pratiquement impossible." "Par sécurité, j'aurai moi aussi un paralysateur à portée de main. Ceux qui vous remplaceront sont déjà prêts ?" "Oui, ils sont tous derrière cette porte." Mar entra dans le bureau, ferma la porte et s'assit derrière le bureau. Il régla le paralysateur sur un faisceau large et à 5 minutes. Puis il activa l'interphone et donna un ordre au planton : "Le Vice-gouverneur, général Kubilach." Il posa le paralysateur sur se jambes, serré dans son poing et il attendit. Il comptait les pas dans sa tête. A 7.9.6 Kubilach frappa. Mar cria : "Entrez !" La porte s'ouvrit à moitié et Kubilach s'effondra sue le sol. Vite, les deux soldats le désarmèrent, l'attachèrent et l'emportèrent. Deux autres soldats les remplacèrent au pas de la porte qu'ils refermèrent. Mar appela alors le deuxième. Et tout recommença à l'identique. Quand jusqu'au dernier sous officier fut pris, Mar lâcha un soupir de soulagement. Il était 8.6.9. Les regarder tomber un à un, même si tout était allé sans anicroche, avait été pour Mar un spectacle déprimant et fatigant. Njeiry, Joote et Medle arrivèrent vite dans le bureau. "Joote, convoque maintenant les trente huit gradés UPO ici dans le bureau par groupes de cinq. Tu les déclareras aux arrêts, les feras désarmer, menotter et enfermer dans l'auditorium. Toi, Njeiry, prends contact avec les six nefs et mets-les en état de pré-alarme. Les trois en nos mains et les satellites artificiels pointeront leurs armes sur les trois autres. Quand tout sera prêt, avertissez-moi.". Mar rentra à la Résidence se reposer un peu. A 9.0.6 Mar fut averti que tout avait été fait selon ses plans. Il fit alors diffuser un ordre à tous les Agents de l'UPO et à ses soldats : ils étaient tous consignés dans leurs logements jusqu'à nouvel ordre. Puis il convoqua les hommes qui travaillaient sur l'opération Boar au souterrain, leur fit tous mettre l'uniforme réglementaire et les fit armer tant de pistolets laser que de paralysateurs. Avec cette escorte il retourna au Commandement. Il était 9.4.0. Il appela personnellement et en liaison fermée l'officier de l'UPO qui commandait la première des nefs spatiales en dotation à la Garnison. "Officier, un fait très grave est avéré. Nous avons le soupçon fondé qu'il y a, parmi l'équipage de ta nef, un saboteur envoyé par les Familles. Sans fournir aucune explication aux hommes, tu les feras tous embarquer sur la navette qui arrive et emmène une équipe pour les remplacer. Vous revenez tous à terre pour l'enquête et, je répète, aucune indiscrétion avec les hommes." L'officier parut abasourdi, mais il obéit. A 0.2.7 le lendemain, tous les hommes de la nef spatiale descendaient de la navette, étaient désarmés par l'escorte de Mar et consignés dans leurs logements pendant que l'officier, ignorant tout, suivait Mar . Cet officier aussi fut paralysé, désarmé, attaché et mis au secret. A 0.7.6 heure locale, Kétol déclarait déchu le Gouvernement de l'UPO, annonçait que le Secrétaire Général était aux arrêts entre ses mains et mettait le siège à la planète Shunter où était réuni le Gouvernement Central. Sur Ross, seul le chargé aux communications entendit la proclamation et il en informa Mar. A 1.0.3 le deuxième équipage était remplacé et avait subi le même sort que le premier. A 2.0.7 le troisième équipage aussi avait été maîtrisé. Pendant ce temps, les soldats des cellules secrètes s'étaient activés et avaient identifié les Agents UPO assurément de leur côté. Mar reçut le rapport des chefs de cellule et accepta dans les rangs de ses hommes les Agents fiables qui firent serment devant Joote, et il fit arrêter les autres. Toute la Garnison, avec ses formidables défenses, était désormais entre ses mains. Il fit mettre les six nefs en état d'alerte de niveau quatre. Puis il fit établir une communication vidéophone entre le Commandement et tous les édifices de la Garnison et les nefs : il était 2.1.6. "Ici le Gouverneur Mar Swooney. Aujourd'hui, à 0.7.6 heure locale, le Parti de la Technocratie, sous l'égide du Chef de Famille Kétol ni Wole, le Technocrate, a déclaré déchue l'UPO et a pris les pleins pouvoirs sur la galaxie. En ce moment, le général Kubilach, tous les officiers, sous-officiers et gradés des Forces de Sécurité de l'UPO sur Ross sont aux arrêts sur mon ordre. Toute la Garnison de Ross, par mon intermédiaire, rallie le Parti de la Technocratie. "Je vous informe également que le Commandant Leje, pour des raisons personnelles, cède provisoirement son grade et sa fonction à l'officier Joote Dake, qui est donc dès cet instant le Commandant par intérim de la Garnison de Ross. Fin du communiqué." Les officiers de l'UPO, qui s'étaient retrouvés menottés et au cachot sans en comprendre la raison et qui continuaient à se poser mutuellement des questions, devinrent muets à cette annonce. Le Commandement Général de Quaryel n'avait pas encore pris contact avec Ross. "Ils doivent avoir des soucis bien plus grave pour l'instant." Commenta Njeiry. Mar donna ordre aux trois patrouilleurs de quitter les lunes et de se diriger à pleine vitesse vers le cargo qui emmenait ses amis sur Ross pour l'escorter. Puis il organisa les tours de surveillance des prisonniers UPO. Il donna après ordre d'envoyer par la "porte" les biens séquestrés des prisonniers, dont les magasins étaient pleins, par petits lots aux Accueilleurs, et de demander en échange exclusivement de la nourriture pour la Garnison. En effet il pensait que, du moment où il rendrait publique son adhésion à la Technocratie, Ross serait isolée de Quaryel et devrait pouvoir être en autarcie. Puis il fit chercher et contrôler une centaine de volontaires pour l'opération Boar : désormais il pourrait agir plus tranquillement. Quand il eut tout organisé, il fit établir un appel fermé avec Anje ni Moder. Peu après il obtenait la communication. "Mar ! Excuse-moi de ne pas t'avoir appelé pour participer au deuil qui t'a frappé. Mais tu es certainement au courant de ce qui est en train d'arriver..." "Oui, Moder. Merci pour ta participation. Je sais bien ce qui arrive dans la galaxie et c'est pour ça que je t'appelle." "Je peux t'être utile à quelque chose ?" "Non, merci, je ne crois vraiment pas. Tu sais, Moder, j'ai voulu te parler à toi avant tout autre. Après toi, j'appellerai le Commandant Général des Forces de l'UPO." "Il se passe quelque chose ? Je te sens... préoccupé." "Et bien oui... tu te souviens quand je t'apprenais le Go ?" "Et comment. Ça fait une paie qu'on n'y a pas joué ensemble." "Oui... et je ne crois pas qu'on en aura de nouveau l'occasion, Moder." "A cause de la situation ?" "Bien sûr." "Mais pour l'instant rien ne bouge." "Pour l'instant." "Quand reviens-tu sur Quaryel ?" "Je ne reviens pas. Je ne peux pas et je ne pourrai pas, dieu sait jusqu'à quand." "Mais tout est encore calme, ici. Ça ne durera pas mais, pour l'instant au moins, les principales batailles seront autour de Shunter et de Niukétol : il leur est difficile d'arriver jusqu'ici." "C'est possible. Mais on ne pourra plus communiquer, après cet appel. Plus comme ça, au moins." "Je ne comprends pas..." "D'ici peu j'appellerai le Commandant Général..." "Oui, tu l'as déjà dit. Que se passe-t-il ?" "Tu ne t'en doutes pas ?" "Non. Des ennuis sur Ross ?" "Pas encore, mais peut-être après." "Après ? Après quoi ?" "Moder, tu te souviens, un jour tu m'as dit espérer ne jamais te trouver parmi mes ennemis ?" "Ah..." "Cette fois-ci, malheureusement, nous sommes dans des partis opposés." "Tu te ranges contre l'UPO ?" "Oui, c'est le meilleur choix, le plus juste." "Il est juste d'aller contre la légalité ?" "De quelle légalité parles-tu, Moder ? La corruption qui pourrit l'UPO est-elle légale ? Je vais du côté qui me parait le moins pire, du moins pour l'instant. Je regrette, Moder. Je préférerais qu'on soit alliés tous les deux dans cette partie, mais je sais que les Anje..." "Moi aussi, j'aurais préféré. Je pense que tu as bien réfléchi à ton choix." "Bien sûr. Je n'en ai pas d'autre, tout comme toi, d'ailleurs. Neto est du côté de l'UPO et tu dois le suivre." "Ce n'est pas que je doive. Il me semble naturel et logique de le suivre et pas juste parce qu'il est Chef de Famille." "C'est possible." "Mais toi, Mar, pourquoi est-ce ton seul choix possible ?" Mar se demanda s'il se rangeait contre l'UPO vraiment parce que c'était une organisation corrompue et corruptrice, ou s'il n'y avait pas plutôt là une réaction inconsciente au fait qu'il tenait l'UPO et ses représentants légaux pour responsables des mésaventures qu'il avait endurées. Il mit fin au cours de ses pensées et répondit : "Cela me semble la seule chose sensée et juste, à présent. Il y a longtemps que j'ai rejoint le Parti de la Technocratie.'" "Alors tu vas te battre à leurs côtés." "Si nécessaire, j'utiliserai toutes mes armes." "Contre Quaryel ?" "Contre l'UPO et ceux qui la soutiennent et seulement si c'était nécessaire aussi contre Quaryel. J'espère néanmoins que nous ne serons jamais en confrontation directe, toi et moi." "Mais ça pourrait arriver." "Oui, ce n'est pas impossible. Et c'est pour ça que j'ai voulu de le dire en premier. Je le regrette, Moder, vraiment." "Je te crois et je le regrette aussi. Je ne peux pas souhaiter bonne chance à ton parti... mais j'espère que tu n'auras pas à payer ce choix trop cher. Nous serons des voisins difficiles pour toi, tu le sais." "Oui, je le sais. Mais Ross aussi peut être un voisin difficile. Parfois une souris peut faire fuir un éléphant." "De quoi parles-tu ?" "De rien, des animaux terrestres. Je veux dire que même une créature petite et inoffensive peut faire peur à une grosse et puissante. Et nous sommes loin d'être inoffensifs." "C'est vrai." Ils se turent un instant, en se regardant dans les yeux à travers le vidéophone. "Maintenant je vais appeler le Commandement de l'UPO." "C'est nécessaire, Mar ?" "Oui, c'est nécessaire." Autre silence. Puis Mar parla : "Je n'ai rien d'autre à te dire, Moder." "Cette journée s'écoule, Mar." "C'est vrai... cette journée aussi s'écoule." Répondit-il et il coupa la communication. Il aurait voulu dire bien d'autres choses à son ami, mais il sentait qu'elles pourraient sonner faux, même si elles n'avaient rien de faux. Il fit donc appeler le Commandement Général de l'UPO et il demanda le Grand Commandant Général. Il l'eut vite en ligne. "Oh, Gouverneur Swooney ! Cette journée s'écoule." "Oui, elle s'écoule. J'appelle pour une question importante. Je te prie d'activer l'enregistreur." "Il est déjà actionné. Alors ?" "Je dois faire une déclaration officielle. Dès cet instant, moi, le Gouverneur Mar Swooney, en mon nom et en celui de toute la Garnison de Ross, je me déclare libre de toute obligation de loyauté et d'obéissance envers l'UPO, puisque j'appartiens au Parti de la Technocratie. En conséquence, dès cet instant, tout vaisseau UPO ou non identifié ou inattendu qui se présentera à moins de cent cinquante diamètres de Ross, sera sans préavis la cible de tous nos moyens de défense jusqu'à sa complète destruction." Le Grand Commandant Général resta impassible : "Qu'en est-il du Général Kubilach et des troupes UPO envoyées à la Garnison ?" "Ceux qui n'ont pas rallié mon parti sont aux arrêts". "Fais-moi parler avec Kubilach !" "Je ne reçois pas d'ordre des représentants de l'UPO !" "Ah, bien. Je t'avertis que tu seras immédiatement accusé de haute trahison et déféré..." "Si vous me prenez vivant, vous ferez votre devoir. Mais pour l'instant épargne-moi les discours inutiles. Moi je n'ai rien à ajouter." Le Grand Commandant Général coupa la communication. Mar se détendit et lâcha un grand soupir. "Voilà, c'est fait ! Il ne nous reste plus qu'à attendre..." Il sentait comme un poids, une impression de malaise peser sur lui. Il savait qu'il y avait beaucoup à faire, à organiser, à voir, mais pour le moment il n'arrivait pas à ordonner ses idées, il n'arrivait pas à s'y mettre, à s'activer. Il était dans un de ces rares moments où l'on a envie de rien faire, ni même de rester là sans rien faire. Il avait l'impression d'avoir faim, mais il n'avait pas envie de manger. Il se demanda s'il ne serait pas en train de tomber malade. Il lui fallait réagir, mais il sentait ne pas en avoir l'énergie pour l'instant. Il rentra à la Résidence. Njeiry était en train de lire. "Nje, comment vas-tu ?" "Bien. Et toi ?" "Je ne sais pas. Ni bien ni mal. J'ai juste envie de me coucher un moment..." "Viens au jardin et étends-toi sur l'herbe. Je serai près de toi." Ils sortirent. Mar se coucha à côté de son époux en posant la tête sur ses genoux. Njeiry lui caressait les cheveux. Rapidement, Mar s'endormit. Et il rêva. Il refit le rêve du grand champ de velours sombre, avec les boules lumineuses, argentées, immobiles et splendides. Et il revit une petite boule se mettre soudain à tourner, frapper contre une autre et la faire bouger. Toutes deux continuèrent leur course jusqu'à en frapper deux autres et initier ainsi une sorte de réaction en chaîne. Mais le plus surprenant était que la petite boule, à chaque choc, semblait croître en taille et vitesse, au défi de toutes les lois de la physique. Quand il se réveilla, le soir tombait. Il parla de son rêve à Njeiry. "Je ne crois pas aux rêves, Mar, toutefois le tien est clairement un symbole... c'est peut-être ton subconscient qui te pousse à agir." "Oui, mais comment ? Quelles sont les grandes boules que je devrais frapper et mettre en mouvement ?" "Je n'en ai aucune idée. On verra. Garde les yeux ouverts et veille à toujours frapper de la bonne façon et au bon moment..." Le lendemain Mar se sentait bien mieux. Il alla tôt au laboratoire des Opérations Boar et s'informa sur l'avancement des travaux. Et il passa beaucoup de temps avec les groupes de volontaires. Les données rassemblées montraient assez clairement qu'il n'existait sur Boar aucun pouvoir central. Mais il y avait au moins deux forces organisées et agissant probablement au niveau planétaire. L'une était les Armés, avec une autonomie locale mais aussi un fort esprit de caste et une organisation fédérale. L'autre était les Shentistes avec leurs spécialisations et leur stricte structure verticale. Mar chargea un groupe de s'occuper exclusivement des possibilités d'infiltrer les deux organisations et de les utiliser pour aller, fut-ce à long terme, vers la formation d'un pouvoir central planétaire. Il demanda à un autre groupe de préparer un plan des transformations sociales à opérer sur Boar. Njeiry lui demanda si cela avait un sens d'agir sur une planète entière pour la faire changer selon un plan établi arbitrairement de l'extérieur. Mar réfléchit longuement à cette question. Il finit par répondre : "Je crois que oui. En effet, je veux que Boar puisse un jour devenir une planète ouverte, libre au même titre que les autres et bien intégrée dans la galaxie. Mais pour que cela advienne, il est nécessaire qu'elle soit organisée, autosuffisante et forte. C'est mon but." "Mais... et si les Boariens n'avaient pas envie de faire partie de la galaxie ?" "Ils n'ont pas le choix : ils seraient dépassés par les événements. Dès l'instant où Boar cessera d'être une planète prison, elle sera sans défenses et convoitée par des groupes de pouvoir externes. Et puis la transformation que je prépare sera lente et sans heurts." "Mais elle ne sera pas libre ni voulue par eux." "Lequel d'entre nous est vraiment libre ? Crois-tu que les gens sur Quaryel aient choisi d'être du côté de l'UPO ou ceux de Nuikétol du côté de la Technocratie ?" "C'est vrai. Mais le fait que ces gens-là doivent subire des décisions prises par d'autres ne justifie pas que Boar doive subire tes décisions à toi." "Je sais, c'est vrai. Mais s'ils ne subissent pas mes décisions, ils subiront celles d'un autre ou d'un autre groupe, et d'ailleurs, ils les subissent déjà : les boariens n'ont certainement pas choisi de naître et de vivre sur une planète prison ! Alors, autant agir. Moi aussi j'ai des idéaux, et des grands, mais je vois que souvent je ne peux pas ou je suis incapable de les suivre. Ou alors que parfois pour les suivre je dois emprunter des voies tortueuses ou faire violence à moi-même ou à d'autres. Je voudrais trouver comment éviter ça, mais pour l'instant je n'ai pas trouvé. Et il ne serait pas juste de ne rien faire par peur de se tromper. A présent j'ai un pouvoir sur Boar : je ne l'ai pas cherché, mais je l'ai accepté. Et j'essaie de faire de mon mieux, en sachant que je ferai bien des erreurs, mais en tâchant d'en faire le moins possible." "Oui, je le sais. Pardonne-moi, Mar !" "Non, tu n'as rien à te faire pardonner. C'est bien que quelqu'un m'aide à réfléchir sur ce que je fais, sur le pourquoi et le comment... et que l'aide vienne de l'homme qui m'aime. Souvent les questions sont nombreuses et restent sans réponses..." "Continue à les chercher, mon amour. Personne ne peut te les donner, malheureusement... tu dois les trouver toi-même." "Et si je ne les trouvais pas ?" "Continue à les chercher et entre temps continue à faire ce qui te semble juste à chaque fois. Mar, tu me plais comme tu es, avec tes certitudes et tes doutes, tes faiblesses et tes forces... et je veux que notre petit, quel que soit son physique, ait ton caractère." Mar sourit et serra Njeiry contre lui sans rien dire. Petit à petit, de caresse en baiser, leur désir s'éveilla et ils se mirent à faire l'amour, oubliant dans ces tendres moments toute préoccupation. Njeiry lui demanda avec désir de le prendre et Mar entra en lui avec bonheur. Quand ils se détachèrent Mar murmura : "J'ai de la chance de t'avoir à mes côtés, Nje. Merci pour ton amour." Mar voulait retourner sur Boar mais le temps approchait où ils devaient accueillir le petit qu'ils avaient adopté et il décida de rester auprès de son époux. Il avait devant lui trois mois t.p. aussi s'attacha-t-il à approfondir les plans pour l'Opération Boar. Par petits groupes il envoya les volontaires les mieux préparés sur la planète, tant à Port-Escale qu'à Ville-Close. Gaïthé revint du château Wal pour deux jours et donna bien des informations précieuses sur l'organisation des Armés. Sur la base de ces informations Mar décida de lancer le programme d'infiltration des châteaux par ses hommes. Parmi les volontaires il choisit les plus aptes et lança des sessions d'entraînement très dur auxquelles il se soumit personnellement. Ils s'organisèrent par noyaux de huit, regroupés en compagnies réunies dans un "château", reconstituant ainsi l'organisation de base des Armés. Chaque homme s'entraîna aux arts martiaux de Boar en utilisant les armes classiques de la planète. De plus, ils s'entraînèrent à l'art martial offensif du chushin et à la défense à main nue contre des gens armés. Ils s'entraînèrent aussi avec rigueur dans les disciplines de self-contrôle, de résistance, d'adresse et d'acrobaties en soignant le développement de chaque muscle du corps, la rapidité et la concentration. Ils s'imposèrent des marches forcées dans les coins les plus inaccessibles des montagnes de la Garnison, et s'adonnèrent aux sports les plus variés. Mar réunit ceux qui avaient réussi les cours et vérifia les groupes d'infiltration. Puis il établit le calendrier de leur entrée sur Boar en les envoyant par petits groupes comme exilés par la Porte. Les groupes étaient formés tant de futurs Armés que de probables Shentistes et de volontaires devant se faire passer pour des Artistes, en raison de la grande liberté de mouvement de ces derniers. Par ailleurs, il fut envoyé par sous-marin argent et équipements aux deux maisons de Ville-Close et Port-Escale auxquelles les volontaires devaient se référer. Enfin arriva le cargo de Quaryel. Mar attendait et craignait ce moment. Ses amis descendirent, puis le corps embaumé de Soufflet, étendu sur une civière, avec Vieux à côté qui tenait sa main inerte. Vieux semblait serein mais il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il regarda Mar et, d'une voix étrangement calme, il dit : "Nous voici, nous sommes arrivés, Mar." Puis sa voix se cassa dans un murmure incompréhensible. Njeiry serra la main de Mar et, un instant, personne ne dit rien. Vieux reprit la parole : "Regardez-la : elle est tranquille, désormais... bientôt je le serai moi aussi." "Ne dis pas cela, Vieux..." murmura Mar, en surmontant le nud qui lui serrait la gorge. Vieux sourit tristement : "Pardon, Crevette, mais... mais c'est comme ça... nous n'avons jamais réussi à rester séparés longtemps, tous les deux. Nous avons toujours voyagé ensemble et je ne peux pas la laisser précisément pour ce voyage là... Tu me comprends, non ? Sauf qu'avant de partir, je voulais encore te voir, te saluer aussi de sa part..." Mar avait la vue de plus en plus troublée par le voile de larmes qui lui remplissait les yeux. Ils escortèrent le corps de Soufflet au salon de la Résidence et Vieux ne la lâcha pas un instant. Mar se sentait dépassé par les événements. Il voulait rester près de Vieux, mais les mille obligations de la situation qui évoluait d'heure en heure le forçaient à s'éloigner continuellement. Njeiry lui dit alors : "Ne t'en fais pas, mon amour. C'est moi qui tiendrai compagnie à Vieux. Je n'ai rien d'autre à faire, pour l'instant. Toi tu dois t'occuper de tout le reste. Va, amour." Mar fit envoyer un message à Kétol pour lui expliquer les derniers événements et le prier de le tenir au courant de l'évolution de la situation galactique. Maintenant qu'il avait coupé les ponts avec Quaryel, en effet, il n'avait plus d'autre sources d'information. Kétol envoya un signe d'accord et périodiquement fut transmis sur Ross le bulletin officiel de la Technocratie, parfois annoté par un secrétaire de Wole. Les forces de la Technocratie avaient envahi Shunter et d'autres planètes, après d'âpres batailles contre l'UPO. Les forces du Gouvernement avaient riposté par de violentes représailles sur une petite planète d'une branche de la Famille Kétol, Pox, avec d'énormes destructions et le massacre de quatre-vingt pour cent de la population. La galaxie était désormais coupée en deux et sur bien des planètes la bataille faisait rage, plus ou moins sanglante, entre les partisans de la Technocratie et les fidèles à l'UPO. La situation était confuse : à part deux cents quatre-vingt dix planètes déjà aux mains des Familles et près de cent soixante dix aux mains de l'UPO, la bataille se poursuivait sur environ quatre cents autres. Dans le secteur de la Galaxie où se trouvaient Quaryel et Ross tout était encore apparemment calme. Peut-être d'autres coins de la galaxie restaient-ils aussi calmes, mais ce n'étaient que quelques îlots dont probablement peu resteraient longtemps tranquilles. Dans le secteur de Bêta du Centaure où se trouve la planète Pox, les nefs de guerre des deux camps s'accumulaient en vue d'une gigantesque confrontation. Le secteur de Sirius était dans l' impasse : l'UPO avait retiré une bonne partie de ses nefs et les Roffela se retrouvaient en mesure d'affronter celles qui restaient. Mar réalisa que le plateau de la balance penchait lentement mais inexorablement du côté des Familles, pas seulement parce que le nombre de planètes contrôlées était supérieur, mais surtout parce que le Technocratie avait le transtar grâce auquel elle jouissait de l'avantage des communications instantanées quand l'UPO n'avait que les nefs pour déplacer troupes et équipements. Il est vrai que le transtar ne pouvait transmettre que des objets de dimensions modestes, dans les trois mètres cubes par envoi, et que donc pour les transports massifs ils devaient eux aussi recourir aux nefs. Mais pour placer des hommes ou envoyer des pièces de rechange, ils avaient un grand avantage sur l'UPO. D'autre part l'UPO avait une organisation bien structurée et des armes modernes et puissantes. Mais cette structure aussi était corrompue et déjà commençaient, en son sein, d'impitoyables luttes de pouvoir. Les Familles au contraire jouissaient de forts rapports de loyauté avec leurs hommes, ce qui augmentait la détermination et la discipline des nombreuses petites armées privées. D'ailleurs la Technocratie était très bien coordonnée. Son Grand Conseil siégeait en permanence et se déplaçait, selon le besoin, d'une planète à l'autre. Le Gouvernement de l'UPO s'était divisé sur la décision de nommer un nouveau Secrétaire Général ou de déclarer celui prisonnier des Kétol encore en charge et donc de ne nommer q'un Vice-secrétaire. Le Grand Commandant Général des Forces de Sécurité avait alors fait arrêter et destituer tous les membres du Gouvernement et il s'était auto-proclamé : "Chef du Gouvernement d'urgence de l'UPO" et avait affecté tous les postes clés à des généraux de son Etat-Major en implantant le siège de son Gouvernement sur la planète Rohé, plus centrale. Mar se sentit soulagé : l'éloignement du Grand Commandant Général de Quaryel lui donnait un peu d'air. Au Commandement de la Garnison il avait fait installer une représentation trois-D de la galaxie et une équipe était chargée de la colorier de façon différente à mesure que la situation évoluait. A 7.7.4 t. p. tous les officiers des Forces de l'UPO présents sur Ross, y compris Kubilach, étaient dans la salle de réunion du Commandement de la Garnison. A 7.7.6 Mar entra, accompagné de Njeiry, Joote et Medle et s'assit à la place du Commandant. "Général, officiers, sous officiers, cet après-midi s'écoule." Chur de réponses. "Bien que je ne sois pas complètement remis, j'ai cru opportun de convoquer cette réunion. J'apprends que, malgré mes instructions précises, il est apparu sur Ross une situation de tension. J'apprends que cette situation est imputable, sinon complètement, du moins en bonne partie à votre attitude. Si c'est vrai, cela frôle l'acte d'insubordination, même sans être conçu explicitement comme tel. Il n'y a pas d'éléments pour incriminer spécifiquement aucun d'entre vous et peut-être est-ce une chance, car si j'étais contraint, je dis bien contraint, à prendre des mesures, la tension sur Ross ne ferait qu'augmenter. "Je sais que nombre d'entre vous ont, ou croient avoir, des raisons de sa plaindre de l'organisation de cette Garnison. En tant que responsable, légal et moral, du style de vie jusque là adopté, je veux faire une ultime tentative pour chercher à rééquilibrer les choses. Aussi vous serais-je gré de bien vouloir me faire part de vos suggestions..." Le général Kubilach se leva prestement : "D'abord, Gouverneur, j'aimerais savoir à quels titre sont présents l'officier supérieur Dake et le sous officier Vutix." "Je considère juste que leur présence est utile, Vice-Gouverneur." "En tant que témoins de ce qu'on pourrait dire ?" "Non, du tout. L'officier supérieur Joote Dake remplacera bientôt le Commandant dans ses fonctions, au moins le temps que le Commandant résolve ses problèmes personnels. Quant au sous officier Medle Vutix, il est là en tant que mon secrétaire privé. Te dois-je d'autres explications, ou pouvons-nous continuer ?" Kubilach s'assit, renfrogné. Mar les regarda tous et reprit : "Revenant au sujet qui nous réunit, je souhaite donc entendre vos suggestions. Mais je suis convaincu qu'un débat commun ne ferait qu'échauder plus encore les esprits. Aussi je vous prie de rester tous dans cette salle. Je vais maintenant me rendre au bureau du Commandant, seul, et je vous ferai tous appeler, un à un, pour vous écouter avec attention et prendre note de ce que vous me direz. Parlez entre vous en attendant, si vous voulez. Leje, Dake et Vutix resteront avec vous et seront à votre disposition. J'enverrai un soldat vous appeler. Y a-t-il des questions ?" Un officier se leva : "Ne vaudrait-il pas mieux aborder la question maintenant, en séance plénière ?" "Non, mais si vous le trouvez opportun, après avoir écouté tous vos avis personnels et formulé un plan d'action, nous aurons une réunion plénière." Un autre officier prit la parole : "Je ne vois pas l'utilité de la présence ici du Commandant et des deux autres..." "Si vous envisagez un complot contre moi, je comprends ta requête. Sinon le problème ne se pose pas. D'autres questions ?" Personne ne parla. Alors Mar ajouta : "J'oubliais : après m'avoir parlé, chacun de vous ira dans une autre salle où il sera rejoint, peu à peu, par les autres. A la fin, quand nous serons à nouveau tous réunis, je vous proposerai une solution possible à notre... problème et nous la discuterons tous ensemble. Des questions sur ce point ?" Beaucoup semblaient mal à l'aise, mais personne ne parla. Seul Kubilach semblait perplexe et regardait Mar d'un air dubitatif. Il était 7.9.1. Mar traversa l'antichambre de la salle de réunion, le hall du commandement et entra dans le bureau du Commandant. Là, deux soldats montaient la garde à la porte du bureau. "Repos, les garçons. Paralysateurs en main, derrière le dos et prêts à l'usage... Voilà, c'est bien. Quand quelqu'un frappera et ouvrira la porte vous devrez agir. Vous avez réglé l'intensité du rayon à une heure ?" "Oui, Gouverneur." "Bien, et ne vous trompez pas de cible, à tout prix." "Bien sûr. De si près et de dos c'est pratiquement impossible." "Par sécurité, j'aurai moi aussi un paralysateur à portée de main. Ceux qui vous remplaceront sont déjà prêts ?" "Oui, ils sont tous derrière cette porte." Mar entra dans le bureau, ferma la porte et s'assit derrière le bureau. Il régla le paralysateur sur un faisceau large et à 5 minutes. Puis il activa l'interphone et donna un ordre au planton : "Le Vice-gouverneur, général Kubilach." Il posa le paralysateur sur se jambes, serré dans son poing et il attendit. Il comptait les pas dans sa tête. A 7.9.6 Kubilach frappa. Mar cria : "Entrez !" La porte s'ouvrit à moitié et Kubilach s'effondra sue le sol. Vite, les deux soldats le désarmèrent, l'attachèrent et l'emportèrent. Deux autres soldats les remplacèrent au pas de la porte qu'ils refermèrent. Mar appela alors le deuxième. Et tout recommença à l'identique. Quand jusqu'au dernier sous officier fut pris, Mar lâcha un soupir de soulagement. Il était 8.6.9. Les regarder tomber un à un, même si tout était allé sans anicroche, avait été pour Mar un spectacle déprimant et fatigant. Njeiry, Joote et Medle arrivèrent vite dans le bureau. "Joote, convoque maintenant les trente huit gradés UPO ici dans le bureau par groupes de cinq. Tu les déclareras aux arrêts, les feras désarmer, menotter et enfermer dans l'auditorium. Toi, Njeiry, prends contact avec les six nefs et mets-les en état de pré-alarme. Les trois en nos mains et les satellites artificiels pointeront leurs armes sur les trois autres. Quand tout sera prêt, avertissez-moi.". Mar rentra à la Résidence se reposer un peu. A 9.0.6 Mar fut averti que tout avait été fait selon ses plans. Il fit alors diffuser un ordre à tous les Agents de l'UPO et à ses soldats : ils étaient tous consignés dans leurs logements jusqu'à nouvel ordre. Puis il convoqua les hommes qui travaillaient sur l'opération Boar au souterrain, leur fit tous mettre l'uniforme réglementaire et les fit armer tant de pistolets laser que de paralysateurs. Avec cette escorte il retourna au Commandement. Il était 9.4.0. Il appela personnellement et en liaison fermée l'officier de l'UPO qui commandait la première des nefs spatiales en dotation à la Garnison. "Officier, un fait très grave est avéré. Nous avons le soupçon fondé qu'il y a, parmi l'équipage de ta nef, un saboteur envoyé par les Familles. Sans fournir aucune explication aux hommes, tu les feras tous embarquer sur la navette qui arrive et emmène une équipe pour les remplacer. Vous revenez tous à terre pour l'enquête et, je répète, aucune indiscrétion avec les hommes." L'officier parut abasourdi, mais il obéit. A 0.2.7 le lendemain, tous les hommes de la nef spatiale descendaient de la navette, étaient désarmés par l'escorte de Mar et consignés dans leurs logements pendant que l'officier, ignorant tout, suivait Mar . Cet officier aussi fut paralysé, désarmé, attaché et mis au secret. A 0.7.6 heure locale, Kétol déclarait déchu le Gouvernement de l'UPO, annonçait que le Secrétaire Général était aux arrêts entre ses mains et mettait le siège à la planète Shunter où était réuni le Gouvernement Central. Sur Ross, seul le chargé aux communications entendit la proclamation et il en informa Mar. A 1.0.3 le deuxième équipage était remplacé et avait subi le même sort que le premier. A 2.0.7 le troisième équipage aussi avait été maîtrisé. Pendant ce temps, les soldats des cellules secrètes s'étaient activés et avaient identifié les Agents UPO assurément de leur côté. Mar reçut le rapport des chefs de cellule et accepta dans les rangs de ses hommes les Agents fiables qui firent serment devant Joote, et il fit arrêter les autres. Toute la Garnison, avec ses formidables défenses, était désormais entre ses mains. Il fit mettre les six nefs en état d'alerte de niveau quatre. Puis il fit établir une communication vidéophone entre le Commandement et tous les édifices de la Garnison et les nefs : il était 2.1.6. "Ici le Gouverneur Mar Swooney. Aujourd'hui, à 0.7.6 heure locale, le Parti de la Technocratie, sous l'égide du Chef de Famille Kétol ni Wole, le Technocrate, a déclaré déchue l'UPO et a pris les pleins pouvoirs sur la galaxie. En ce moment, le général Kubilach, tous les officiers, sous-officiers et gradés des Forces de Sécurité de l'UPO sur Ross sont aux arrêts sur mon ordre. Toute la Garnison de Ross, par mon intermédiaire, rallie le Parti de la Technocratie. "Je vous informe également que le Commandant Leje, pour des raisons personnelles, cède provisoirement son grade et sa fonction à l'officier Joote Dake, qui est donc dès cet instant le Commandant par intérim de la Garnison de Ross. Fin du communiqué." Les officiers de l'UPO, qui s'étaient retrouvés menottés et au cachot sans en comprendre la raison et qui continuaient à se poser mutuellement des questions, devinrent muets à cette annonce. Le Commandement Général de Quaryel n'avait pas encore pris contact avec Ross. "Ils doivent avoir des soucis bien plus grave pour l'instant." Commenta Njeiry. Mar donna ordre aux trois patrouilleurs de quitter les lunes et de se diriger à pleine vitesse vers le cargo qui emmenait ses amis sur Ross pour l'escorter. Puis il organisa les tours de surveillance des prisonniers UPO. Il donna après ordre d'envoyer par la "porte" les biens séquestrés des prisonniers, dont les magasins étaient pleins, par petits lots aux Accueilleurs, et de demander en échange exclusivement de la nourriture pour la Garnison. En effet il pensait que, du moment où il rendrait publique son adhésion à la Technocratie, Ross serait isolée de Quaryel et devrait pouvoir être en autarcie. Puis il fit chercher et contrôler une centaine de volontaires pour l'opération Boar : désormais il pourrait agir plus tranquillement. Quand il eut tout organisé, il fit établir un appel fermé avec Anje ni Moder. Peu après il obtenait la communication. "Mar ! Excuse-moi de ne pas t'avoir appelé pour participer au deuil qui t'a frappé. Mais tu es certainement au courant de ce qui est en train d'arriver..." "Oui, Moder. Merci pour ta participation. Je sais bien ce qui arrive dans la galaxie et c'est pour ça que je t'appelle." "Je peux t'être utile à quelque chose ?" "Non, merci, je ne crois vraiment pas. Tu sais, Moder, j'ai voulu te parler à toi avant tout autre. Après toi, j'appellerai le Commandant Général des Forces de l'UPO." "Il se passe quelque chose ? Je te sens... préoccupé." "Et bien oui... tu te souviens quand je t'apprenais le Go ?" "Et comment. Ça fait une paie qu'on n'y a pas joué ensemble." "Oui... et je ne crois pas qu'on en aura de nouveau l'occasion, Moder." "A cause de la situation ?" "Bien sûr." "Mais pour l'instant rien ne bouge." "Pour l'instant." "Quand reviens-tu sur Quaryel ?" "Je ne reviens pas. Je ne peux pas et je ne pourrai pas, dieu sait jusqu'à quand." "Mais tout est encore calme, ici. Ça ne durera pas mais, pour l'instant au moins, les principales batailles seront autour de Shunter et de Niukétol : il leur est difficile d'arriver jusqu'ici." "C'est possible. Mais on ne pourra plus communiquer, après cet appel. Plus comme ça, au moins." "Je ne comprends pas..." "D'ici peu j'appellerai le Commandant Général..." "Oui, tu l'as déjà dit. Que se passe-t-il ?" "Tu ne t'en doutes pas ?" "Non. Des ennuis sur Ross ?" "Pas encore, mais peut-être après." "Après ? Après quoi ?" "Moder, tu te souviens, un jour tu m'as dit espérer ne jamais te trouver parmi mes ennemis ?" "Ah..." "Cette fois-ci, malheureusement, nous sommes dans des partis opposés." "Tu te ranges contre l'UPO ?" "Oui, c'est le meilleur choix, le plus juste." "Il est juste d'aller contre la légalité ?" "De quelle légalité parles-tu, Moder ? La corruption qui pourrit l'UPO est-elle légale ? Je vais du côté qui me parait le moins pire, du moins pour l'instant. Je regrette, Moder. Je préférerais qu'on soit alliés tous les deux dans cette partie, mais je sais que les Anje..." "Moi aussi, j'aurais préféré. Je pense que tu as bien réfléchi à ton choix." "Bien sûr. Je n'en ai pas d'autre, tout comme toi, d'ailleurs. Neto est du côté de l'UPO et tu dois le suivre." "Ce n'est pas que je doive. Il me semble naturel et logique de le suivre et pas juste parce qu'il est Chef de Famille." "C'est possible." "Mais toi, Mar, pourquoi est-ce ton seul choix possible ?" Mar se demanda s'il se rangeait contre l'UPO vraiment parce que c'était une organisation corrompue et corruptrice, ou s'il n'y avait pas plutôt là une réaction inconsciente au fait qu'il tenait l'UPO et ses représentants légaux pour responsables des mésaventures qu'il avait endurées. Il mit fin au cours de ses pensées et répondit : "Cela me semble la seule chose sensée et juste, à présent. Il y a longtemps que j'ai rejoint le Parti de la Technocratie.'" "Alors tu vas te battre à leurs côtés." "Si nécessaire, j'utiliserai toutes mes armes." "Contre Quaryel ?" "Contre l'UPO et ceux qui la soutiennent et seulement si c'était nécessaire aussi contre Quaryel. J'espère néanmoins que nous ne serons jamais en confrontation directe, toi et moi." "Mais ça pourrait arriver." "Oui, ce n'est pas impossible. Et c'est pour ça que j'ai voulu de le dire en premier. Je le regrette, Moder, vraiment." "Je te crois et je le regrette aussi. Je ne peux pas souhaiter bonne chance à ton parti... mais j'espère que tu n'auras pas à payer ce choix trop cher. Nous serons des voisins difficiles pour toi, tu le sais." "Oui, je le sais. Mais Ross aussi peut être un voisin difficile. Parfois une souris peut faire fuir un éléphant." "De quoi parles-tu ?" "De rien, des animaux terrestres. Je veux dire que même une créature petite et inoffensive peut faire peur à une grosse et puissante. Et nous sommes loin d'être inoffensifs." "C'est vrai." Ils se turent un instant, en se regardant dans les yeux à travers le vidéophone. "Maintenant je vais appeler le Commandement de l'UPO." "C'est nécessaire, Mar ?" "Oui, c'est nécessaire." Autre silence. Puis Mar parla : "Je n'ai rien d'autre à te dire, Moder." "Cette journée s'écoule, Mar." "C'est vrai... cette journée aussi s'écoule." Répondit-il et il coupa la communication. Il aurait voulu dire bien d'autres choses à son ami, mais il sentait qu'elles pourraient sonner faux, même si elles n'avaient rien de faux. Il fit donc appeler le Commandement Général de l'UPO et il demanda le Grand Commandant Général. Il l'eut vite en ligne. "Oh, Gouverneur Swooney ! Cette journée s'écoule." "Oui, elle s'écoule. J'appelle pour une question importante. Je te prie d'activer l'enregistreur." "Il est déjà actionné. Alors ?" "Je dois faire une déclaration officielle. Dès cet instant, moi, le Gouverneur Mar Swooney, en mon nom et en celui de toute la Garnison de Ross, je me déclare libre de toute obligation de loyauté et d'obéissance envers l'UPO, puisque j'appartiens au Parti de la Technocratie. En conséquence, dès cet instant, tout vaisseau UPO ou non identifié ou inattendu qui se présentera à moins de cent cinquante diamètres de Ross, sera sans préavis la cible de tous nos moyens de défense jusqu'à sa complète destruction." Le Grand Commandant Général resta impassible : "Qu'en est-il du Général Kubilach et des troupes UPO envoyées à la Garnison ?" "Ceux qui n'ont pas rallié mon parti sont aux arrêts". "Fais-moi parler avec Kubilach !" "Je ne reçois pas d'ordre des représentants de l'UPO !" "Ah, bien. Je t'avertis que tu seras immédiatement accusé de haute trahison et déféré..." "Si vous me prenez vivant, vous ferez votre devoir. Mais pour l'instant épargne-moi les discours inutiles. Moi je n'ai rien à ajouter." Le Grand Commandant Général coupa la communication. Mar se détendit et lâcha un grand soupir. "Voilà, c'est fait ! Il ne nous reste plus qu'à attendre..." Il sentait comme un poids, une impression de malaise peser sur lui. Il savait qu'il y avait beaucoup à faire, à organiser, à voir, mais pour le moment il n'arrivait pas à ordonner ses idées, il n'arrivait pas à s'y mettre, à s'activer. Il était dans un de ces rares moments où l'on a envie de rien faire, ni même de rester là sans rien faire. Il avait l'impression d'avoir faim, mais il n'avait pas envie de manger. Il se demanda s'il ne serait pas en train de tomber malade. Il lui fallait réagir, mais il sentait ne pas en avoir l'énergie pour l'instant. Il rentra à la Résidence. Njeiry était en train de lire. "Nje, comment vas-tu ?" "Bien. Et toi ?" "Je ne sais pas. Ni bien ni mal. J'ai juste envie de me coucher un moment..." "Viens au jardin et étends-toi sur l'herbe. Je serai près de toi." Ils sortirent. Mar se coucha à côté de son époux en posant la tête sur ses genoux. Njeiry lui caressait les cheveux. Rapidement, Mar s'endormit. Et il rêva. Il refit le rêve du grand champ de velours sombre, avec les boules lumineuses, argentées, immobiles et splendides. Et il revit une petite boule se mettre soudain à tourner, frapper contre une autre et la faire bouger. Toutes deux continuèrent leur course jusqu'à en frapper deux autres et initier ainsi une sorte de réaction en chaîne. Mais le plus surprenant était que la petite boule, à chaque choc, semblait croître en taille et vitesse, au défi de toutes les lois de la physique. Quand il se réveilla, le soir tombait. Il parla de son rêve à Njeiry. "Je ne crois pas aux rêves, Mar, toutefois le tien est clairement un symbole... c'est peut-être ton subconscient qui te pousse à agir." "Oui, mais comment ? Quelles sont les grandes boules que je devrais frapper et mettre en mouvement ?" "Je n'en ai aucune idée. On verra. Garde les yeux ouverts et veille à toujours frapper de la bonne façon et au bon moment..." Le lendemain Mar se sentait bien mieux. Il alla tôt au laboratoire des Opérations Boar et s'informa sur l'avancement des travaux. Et il passa beaucoup de temps avec les groupes de volontaires. Les données rassemblées montraient assez clairement qu'il n'existait sur Boar aucun pouvoir central. Mais il y avait au moins deux forces organisées et agissant probablement au niveau planétaire. L'une était les Armés, avec une autonomie locale mais aussi un fort esprit de caste et une organisation fédérale. L'autre était les Shentistes avec leurs spécialisations et leur stricte structure verticale. Mar chargea un groupe de s'occuper exclusivement des possibilités d'infiltrer les deux organisations et de les utiliser pour aller, fut-ce à long terme, vers la formation d'un pouvoir central planétaire. Il demanda à un autre groupe de préparer un plan des transformations sociales à opérer sur Boar. Njeiry lui demanda si cela avait un sens d'agir sur une planète entière pour la faire changer selon un plan établi arbitrairement de l'extérieur. Mar réfléchit longuement à cette question. Il finit par répondre : "Je crois que oui. En effet, je veux que Boar puisse un jour devenir une planète ouverte, libre au même titre que les autres et bien intégrée dans la galaxie. Mais pour que cela advienne, il est nécessaire qu'elle soit organisée, autosuffisante et forte. C'est mon but." "Mais... et si les Boariens n'avaient pas envie de faire partie de la galaxie ?" "Ils n'ont pas le choix : ils seraient dépassés par les événements. Dès l'instant où Boar cessera d'être une planète prison, elle sera sans défenses et convoitée par des groupes de pouvoir externes. Et puis la transformation que je prépare sera lente et sans heurts." "Mais elle ne sera pas libre ni voulue par eux." "Lequel d'entre nous est vraiment libre ? Crois-tu que les gens sur Quaryel aient choisi d'être du côté de l'UPO ou ceux de Nuikétol du côté de la Technocratie ?" "C'est vrai. Mais le fait que ces gens-là doivent subire des décisions prises par d'autres ne justifie pas que Boar doive subire tes décisions à toi." "Je sais, c'est vrai. Mais s'ils ne subissent pas mes décisions, ils subiront celles d'un autre ou d'un autre groupe, et d'ailleurs, ils les subissent déjà : les boariens n'ont certainement pas choisi de naître et de vivre sur une planète prison ! Alors, autant agir. Moi aussi j'ai des idéaux, et des grands, mais je vois que souvent je ne peux pas ou je suis incapable de les suivre. Ou alors que parfois pour les suivre je dois emprunter des voies tortueuses ou faire violence à moi-même ou à d'autres. Je voudrais trouver comment éviter ça, mais pour l'instant je n'ai pas trouvé. Et il ne serait pas juste de ne rien faire par peur de se tromper. A présent j'ai un pouvoir sur Boar : je ne l'ai pas cherché, mais je l'ai accepté. Et j'essaie de faire de mon mieux, en sachant que je ferai bien des erreurs, mais en tâchant d'en faire le moins possible." "Oui, je le sais. Pardonne-moi, Mar !" "Non, tu n'as rien à te faire pardonner. C'est bien que quelqu'un m'aide à réfléchir sur ce que je fais, sur le pourquoi et le comment... et que l'aide vienne de l'homme qui m'aime. Souvent les questions sont nombreuses et restent sans réponses..." "Continue à les chercher, mon amour. Personne ne peut te les donner, malheureusement... tu dois les trouver toi-même." "Et si je ne les trouvais pas ?" "Continue à les chercher et entre temps continue à faire ce qui te semble juste à chaque fois. Mar, tu me plais comme tu es, avec tes certitudes et tes doutes, tes faiblesses et tes forces... et je veux que notre petit, quel que soit son physique, ait ton caractère." Mar sourit et serra Njeiry contre lui sans rien dire. Petit à petit, de caresse en baiser, leur désir s'éveilla et ils se mirent à faire l'amour, oubliant dans ces tendres moments toute préoccupation. Njeiry lui demanda avec désir de le prendre et Mar entra en lui avec bonheur. Quand ils se détachèrent Mar murmura : "J'ai de la chance de t'avoir à mes côtés, Nje. Merci pour ton amour." Mar voulait retourner sur Boar mais le temps approchait où ils devaient accueillir le petit qu'ils avaient adopté et il décida de rester auprès de son époux. Il avait devant lui trois mois t.p. aussi s'attacha-t-il à approfondir les plans pour l'Opération Boar. Par petits groupes il envoya les volontaires les mieux préparés sur la planète, tant à Port-Escale qu'à Ville-Close. Gaïthé revint du château Wal pour deux jours et donna bien des informations précieuses sur l'organisation des Armés. Sur la base de ces informations Mar décida de lancer le programme d'infiltration des châteaux par ses hommes. Parmi les volontaires il choisit les plus aptes et lança des sessions d'entraînement très dur auxquelles il se soumit personnellement. Ils s'organisèrent par noyaux de huit, regroupés en compagnies réunies dans un "château", reconstituant ainsi l'organisation de base des Armés. Chaque homme s'entraîna aux arts martiaux de Boar en utilisant les armes classiques de la planète. De plus, ils s'entraînèrent à l'art martial offensif du chushin et à la défense à main nue contre des gens armés. Ils s'entraînèrent aussi avec rigueur dans les disciplines de self-contrôle, de résistance, d'adresse et d'acrobaties en soignant le développement de chaque muscle du corps, la rapidité et la concentration. Ils s'imposèrent des marches forcées dans les coins les plus inaccessibles des montagnes de la Garnison, et s'adonnèrent aux sports les plus variés. Mar réunit ceux qui avaient réussi les cours et vérifia les groupes d'infiltration. Puis il établit le calendrier de leur entrée sur Boar en les envoyant par petits groupes comme exilés par la Porte. Les groupes étaient formés tant de futurs Armés que de probables Shentistes et de volontaires devant se faire passer pour des Artistes, en raison de la grande liberté de mouvement de ces derniers. Par ailleurs, il fut envoyé par sous-marin argent et équipements aux deux maisons de Ville-Close et Port-Escale auxquelles les volontaires devaient se référer. Enfin arriva le cargo de Quaryel. Mar attendait et craignait ce moment. Ses amis descendirent, puis le corps embaumé de Soufflet, étendu sur une civière, avec Vieux à côté qui tenait sa main inerte. Vieux semblait serein mais il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il regarda Mar et, d'une voix étrangement calme, il dit : "Nous voici, nous sommes arrivés, Mar." Puis sa voix se cassa dans un murmure incompréhensible. Njeiry serra la main de Mar et, un instant, personne ne dit rien. Vieux reprit la parole : "Regardez-la : elle est tranquille, désormais... bientôt je le serai moi aussi." "Ne dis pas cela, Vieux..." murmura Mar, en surmontant le nud qui lui serrait la gorge. Vieux sourit tristement : "Pardon, Crevette, mais... mais c'est comme ça... nous n'avons jamais réussi à rester séparés longtemps, tous les deux. Nous avons toujours voyagé ensemble et je ne peux pas la laisser précisément pour ce voyage là... Tu me comprends, non ? Sauf qu'avant de partir, je voulais encore te voir, te saluer aussi de sa part..." Mar avait la vue de plus en plus troublée par le voile de larmes qui lui remplissait les yeux. Ils escortèrent le corps de Soufflet au salon de la Résidence et Vieux ne la lâcha pas un instant. Mar se sentait dépassé par les événements. Il voulait rester près de Vieux, mais les mille obligations de la situation qui évoluait d'heure en heure le forçaient à s'éloigner continuellement. Njeiry lui dit alors : "Ne t'en fais pas, mon amour. C'est moi qui tiendrai compagnie à Vieux. Je n'ai rien d'autre à faire, pour l'instant. Toi tu dois t'occuper de tout le reste. Va, amour." Mar fit envoyer un message à Kétol pour lui expliquer les derniers événements et le prier de le tenir au courant de l'évolution de la situation galactique. Maintenant qu'il avait coupé les ponts avec Quaryel, en effet, il n'avait plus d'autre sources d'information. Kétol envoya un signe d'accord et périodiquement fut transmis sur Ross le bulletin officiel de la Technocratie, parfois annoté par un secrétaire de Wole. Les forces de la Technocratie avaient envahi Shunter et d'autres planètes, après d'âpres batailles contre l'UPO. Les forces du Gouvernement avaient riposté par de violentes représailles sur une petite planète d'une branche de la Famille Kétol, Pox, avec d'énormes destructions et le massacre de quatre-vingt pour cent de la population. La galaxie était désormais coupée en deux et sur bien des planètes la bataille faisait rage, plus ou moins sanglante, entre les partisans de la Technocratie et les fidèles à l'UPO. La situation était confuse : à part deux cents quatre-vingt dix planètes déjà aux mains des Familles et près de cent soixante dix aux mains de l'UPO, la bataille se poursuivait sur environ quatre cents autres. Dans le secteur de la Galaxie où se trouvaient Quaryel et Ross tout était encore apparemment calme. Peut-être d'autres coins de la galaxie restaient-ils aussi calmes, mais ce n'étaient que quelques îlots dont probablement peu resteraient longtemps tranquilles. Dans le secteur de Bêta du Centaure où se trouve la planète Pox, les nefs de guerre des deux camps s'accumulaient en vue d'une gigantesque confrontation. Le secteur de Sirius était dans l' impasse : l'UPO avait retiré une bonne partie de ses nefs et les Roffela se retrouvaient en mesure d'affronter celles qui restaient. Mar réalisa que le plateau de la balance penchait lentement mais inexorablement du côté des Familles, pas seulement parce que le nombre de planètes contrôlées était supérieur, mais surtout parce que le Technocratie avait le transtar grâce auquel elle jouissait de l'avantage des communications instantanées quand l'UPO n'avait que les nefs pour déplacer troupes et équipements. Il est vrai que le transtar ne pouvait transmettre que des objets de dimensions modestes, dans les trois mètres cubes par envoi, et que donc pour les transports massifs ils devaient eux aussi recourir aux nefs. Mais pour placer des hommes ou envoyer des pièces de rechange, ils avaient un grand avantage sur l'UPO. D'autre part l'UPO avait une organisation bien structurée et des armes modernes et puissantes. Mais cette structure aussi était corrompue et déjà commençaient, en son sein, d'impitoyables luttes de pouvoir. Les Familles au contraire jouissaient de forts rapports de loyauté avec leurs hommes, ce qui augmentait la détermination et la discipline des nombreuses petites armées privées. D'ailleurs la Technocratie était très bien coordonnée. Son Grand Conseil siégeait en permanence et se déplaçait, selon le besoin, d'une planète à l'autre. Le Gouvernement de l'UPO s'était divisé sur la décision de nommer un nouveau Secrétaire Général ou de déclarer celui prisonnier des Kétol encore en charge et donc de ne nommer q'un Vice-secrétaire. Le Grand Commandant Général des Forces de Sécurité avait alors fait arrêter et destituer tous les membres du Gouvernement et il s'était auto-proclamé : "Chef du Gouvernement d'urgence de l'UPO" et avait affecté tous les postes clés à des généraux de son Etat-Major en implantant le siège de son Gouvernement sur la planète Rohé, plus centrale. Mar se sentit soulagé : l'éloignement du Grand Commandant Général de Quaryel lui donnait un peu d'air. Au Commandement de la Garnison il avait fait installer une représentation trois-D de la galaxie et une équipe était chargée de la colorier de façon différente à mesure que la situation évoluait. Retrouvez les autres textes d'Andrej sur : http://andrejkoymasky.com/
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