Après mon anniversaire (4)
de Angelofys


Un réveil difficile, avec les rayons du soleil, après une nuit troublée... Je file sous la douche, me remémorant ma nuit, mes rêves... les images de ce garçon rencontré hier. J'aimerais le revoir, pouvoir parler avec lui, échanger plus que des mots... Je sors finalement de la salle de bain, m'habille très simplement et descends à la cuisine pour combler mon ventre qui crie famine. Assis à la table, sirotant un jus de fruit, je repense à Lui. Je me sens soudain vibrer. Il me faut quelques secondes pour réagir et extirper mon portable de ma poche.
— Allô ?
— Salut Erwan, c'est Kevin.
— Coucou !
Je suis content de l'entendre car peut-être que son cousin est près de lui.
— Je voudrais offrir une balade en ville à Hugo pour lui montrer où il vit maintenant. Comme il m'a dit qu'il t'aimait bien... non... enfin si mais... bref ! Je me demandais si tu viendra avec nous aujourd'hui.
Mes pensées s'affrontent dans un duel sans merci, j'en ai mal à la tête. Ça veut dire quoi « Il m'a dit qu'il t'aimait bien » ? Je n'ose imaginer que ça pourrait être ce dont j'ai envie... J'ai là une occasion de passer la journée avec eux... avec Lui surtout. Je me sens tout à coup nauséeux. Ma vision commence à se troubler.
— Ce serait avec plaisir Kevin mais là j'ai trop mal au crâne. Je vais rester couché et ça devrait aller mieux demain.
— Tu es sûr ? Ok. Dommage, on aurait bien aimé que tu sois avec nous. Repose toi bien alors, que tu sois remis demain.
— Je vais tout faire pour en tous cas. Bonne journée ! Bye.
— Salut.
Je reste un moment comme ça, le téléphone contre l'oreille. La douleur dans la tête me reste, elle persiste, elle me tenaille tant et si bien que je me prend la tête dans les mains. Je garde les yeux fermés. Je me relève tant bien que mal, avale un compimé en le faisant passer avec de l'eau. Je marche, ou plutôt je titube vers le salon. Je sais que je ne tiendrais pas le coup si je remontais les escaliers. Je m'affale sur le canapé. Le salon est encore plongé dans le noir; je n'ai pas ouvert les volets. Je tourne la tête vers le lecteur de DVD pour voir l'heure. Lentement, mes yeux se ferment sur les chiffres lumineux... 10 : 47.

« — Je suis comme toi.
Je m'éloigne de Hugo mais je sens encore son regard posé sur moi. Je suis certain qu'il sait de quoi je parle. Après tout, c'est facile de deviner. J'ai mal fait de prendre par le centre ville pour rentrer. Bien que ce soit le chemin le plus court, celui que je prends tout le temps, mon esprit ne libère aucune de mes pensées avec le bruit qui résonne dans les petites rues que j'emprunte en ce début d'après-midi. Je ne parviens plus à réfléchir correctement. Dès que je referme la porte de la maison. Un flot de pensées d'images, de sons et d'odeurs envahissent mon esprit. C'est dur de faire le tri mais je me rends très vite compte que toutes ces choses me ramènent à Hugo. La sonnerie du téléphone fixe résonne dans le salon. Je me précipite dessus et décroche le combiné. Mon père prend de mes nouvelles, me donne des siennes puis me fait quelques recommandations pour la journée : un paquet à réceptionner dans la soirée. Soirée qui arrive très rapidement. Perdu dans ma seule idée fixe, les yeux rivés sur mon jeu vidéo, je sursaute quand on frappe à la porte. Je dévale les escaliers pour répondre. Je dépose ma signature sur le coupon et m'empare du colis. Ke trouve étrange qu'une livraison soit effectuée à cette heure. Plus tard, je me laisse tomber sur mon lit et me m'endors directement. Le visage de Hugo gravé sous mes paupières... »

On frappe doucement à la porte. Mes yeux s'ouvrent et je réalise que j'ai revécu ma journée d'hier en rêve. Etrange ce qu'un mal de tête peut faire... Je regarde autout de moi pour reprendre des repères perdus pendant mon sommeil. Je m'aperçois avec un grand contentement que mon crâne est purgé de tout mal. Deux coups contre la porte me rappellent la raison de mon réveil. Je marche lentement, de peur de réveiller ma douleur passée.
— Tu vas bien ?
— Kevin ? Qu'est-ce que tu...
Kevin est là, devant moi.
— Je montrais la ville à Hugo et on est passé à côté de chez toi. Je me suis dit que tu aimerais peut-être un peu de soutien amical.
— Tu as laissé ton cousin chez toi ? Enfin, chez vous maintenant.
— Non, il...
Mon meilleur ami se retourne et cherche Hugo dans la rue.
— Enfin il est avec moi quoi. Tu vas mieux ?
— Oui merci. J'ai pris mon cachet et j'ai dormi... D'ailleurs tu as l'heure s'te plaît ?
Kevin lève son bras et me montre le cadran de sa montre : presque seize heures.
— Ça fait quasiment cinq heures que je dors. Mais entre, entre !
— Attends je vais chercher Hugo quand même.
— Il avait pas l'air aussi timide hier.
— Nan il ne l'est pas. Pas à la maison en tous cas. Il a dû s'arrêter dans la rue à côté. Je vais le chercher et je reviens d'accord ?
— Ok. Vous entrerez directement.
Kevin me lance un clin d'oeil et s'éloigne. Je referme la porte et entre dans la cuisine. Là, je sors deux verres, comme le mien est déjà sur la table, et une bouteille de soda du frigo. À peine quelques secondes plus tard, j'entends la porte d'entrée s'ouvrir et la voix de Kevin dans le petit hall. Je vais les rejoindre. Dès qu'il me voit, Kevin me sourit et s'avance vers moi.
— Salut.
Je me tourne vers Hugo.
— Salut Hugo !
— Tiens je... on est passé devant une boulangerie tout à l'heure et... je me suis dit que... l'heure s'y prêtait... et puis rien de tel pour allez mieux donc... voilà.
Il me tend un assez gros sachet de papier. Je l'ouvre et découvre plusieurs viennoiseries.
— Woa ! Merci Hugo. T'étais pas obligé !
Je le vois un peu mal à l'aise. Il est trop gentil !
— Ben venez ! On va aller dans la cuisine. Encore merci Hugo ! C'est super sympa.
Kevin est déjà entré dans la cuisine mais son cousin ne bouge pas. Je m'approche de lui.
— Ça va ?
— Oui je... j'ai beaucoup repensé à ce que tu m'as dit hier et...
— Vous arrivez ?
L'irruption de son cousin semble avoir bloqué Hugo. Aussi je pose ma main sur son épaule et l'invite à aller dans la cuisine. Je sors une assiette et y fais glisser les viennoiseries de Hugo. Je sers du soda aux garçons et je m'assois à mon tour.
— Vous avez fait quoi depuis hier ?
Là, j'apprends que Kevin et Hugo sont restés chez eux toute la soirée à discuter, à se connaître, à échanger leurs expériences et aujourd'hui, ils ont fait le tour de la petite ville. Tout en mangeant et en vidant nos verres, nous parlons tous les trois. Le téléphone de Kevin sonne après environ d'une heure et il se lève, le portable encore contre l'oreille :
— On va devoir rentrer.
— Vous pouvez rester ici si vous voulez.
Pendant qu'une lumière passe dans les yeux de Hugo, Kevin me sourit et rapporte mon invitation. Il se retire hors de la cuisine. Quelques secondes plus tard, il raccroche et se rassois, la mine sombre et l'air grave :
— Alors. Elle m'a dit qu'elle est d'accord mais qu'on doit passer à la maison avant.
— Génial !
Kevin propose de partir tout de suite pour revenir au plus vite. Je trouve que l'idée est bonne et les garçons partent. Je ne peux m'empècher de noter le sourire et le clin d'oeil de Hugo à sa sortie. La porte refermée, je retourne dans la cuisine et jette les miettes dans le jardin, une habitude que mon père nous a fait prendre pour nourrir les oiseaux. Comme si ces piafs étaient pas fichus de manger tout seuls... Je nettoie l'assiette avant de la ranger. Je laisse les verres sur la table car je sais que les cousins vont revenir. Je décide de monter dans ma chambre pour préparer la nuit. J'installe le « clic-clac ». Je me rends compte que ça ne fait que deux lits. Je commence à descendre chercher un matelas supplémentaire mais je dois me rendre à l'évidence : il n'y a pas de place pour l'installer, même en décalant mon lit. Trois coups contre la porte d'entrée et j'oublie l'affaire. J'ouvre et vois Hugo et Kevin, un petit panier dans les bras. Je les fait entrer.
— Tiens. Ma mère voulait qu'on apporte ça. Il y a quelques brioches et... pas mal de sucreries.
— Awouaaa ! Tu vas le poser dans la cuisine et tu nous rejoins là-haut ?
Kevin me regarde bizarrement. Il finit par sourire et à marcher lentement vers la cuisine. Je me tourne vers Hugo :
— Tu me suis ?
— Où tu v...
J'ai rien compris mais je n'y prête pas attention. Je ne veux pas me faire d'illusions. Nous entrons dans ma chambre et je lui indique de déposer le sac sur le « clic-clac ». Je m'assois sur le lit mais ne le quitte pas des yeux.
— Ça va avec Kevin depuis ton arrivée ?
Comme il hésite, je lui fais signe de s'assoir à côté de moi. Il s'éxécute tout de suite.
— Oui oui. C'est très bien. Il est gentil et dynamique. Je m'ennuie pas, j'ai pas le temps.
— C'est pas faux.
On éclate de rire. Je me demande ce que fait mon meilleur ami mais je ne peux m'empècher de jouir de son absence. Je peux discuter tranquillement avec Hugo comme ça. Tout à coup, Kevin débarque :
— Problème !
— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Je commence à paniquer. Me dis pas que vous devez repartir !
— Ma mère a encore appellé. Je dois retourner à la maison pour prendre un truc.
— Dis moi ce qu'il se passe au moins !
— Mais rien ! Tu connais ma mère, maniaque qu'elle est ! J'ai oublié mon sac dans l'entrée.
— Sac de quoi ?
— T'as été embauché chez les flics ou quoi ? Nos fringues et nos effets !
— C'était si dur que ça ?
— Je reviens vite !
Avant que j'ai pu ouvrir la bouche, il était déjà parti.
— D'accord...
Un silence s'installe dans la chambre. Je fixe la porte, stupéfait par la sortie de mon ami.
— Je... tu... enfin... tu m'as dit que tu étais « comme moi ». J'ai pas arrêté d'y penser toute la nuit. Tu m'as dit ça pour plaisanter ou c'était vrai ?
— Tout ce qu'il y a de plus vrai.
Pause. Silence. Il me regarde. Il m'observe. Je sens ses yeux bleus sur moi. Mon visage cherche le sien. Je le contemple et je le trouve vraiment mignon, craquant... beau.
— J'en suis pas revenu que tu le dises à tout le monde comme ça ! Je suis admiratif !
Hugo rougit.
— Ben je voulais m'assurer qu'il y ai pas de malentendus comme avant.
— Avant ?
Ma réponse ne se fait pas attendre. Il me dit qu'il l'avait révélé à ses parents et qu'ils l'avaient traité de tous les noms. C'était deux jours avant leur accident, pendant un dîner. Son père s'était levé en l'injuriant pendant que sa mère tentait de calmer sa fureur en pestant sur son fils. Hugo avait préféré se réfugier dans sa chambre et avait pleuré toute la nuit. Tout la nuit durant, il avait entendu ses parents le maudire d'être tel qu'il est. Ils se maudissaient aussi et rejetaient la faute sur l'autre. Pendant que le cousin de Kevin parle, je vois ses yeux se remplir de larmes et là, je me sens mal. J'aurais pas dû lui poser la question. J'ai trop envie de le consoler. Je ferais n'importe quoi pour qu'il cesse de pleurer, pour qu'il aille mieux. Je m'approche de lui et pose ma main sur son épaule. Il se tourne vers moi et me regarde, les yeux embués avec des larmes qui coulent sur ses joues. Je l'embrasserait bien... mais j'ai peur de sa réaction. Aussi je ne tente rien de ce côté là.
— Excuse-moi Hugo. J'aurais pas dû remuer ces mauvais souvenirs. Excuse-moi, c'est pas mes oignons.
Il est vraiment beau quand il pleure mais je préfère de loin le voir sourire.
— C'est pas ta faute. Tu pouvais pas savoir...
Hugo efface les larmes de son visage d'un revers de la main. Il me regarde. Ses yeux bleus me transpercent. J'ai l'impression qu'il peut voir mes pensées, lire en moi comme dans un livre ouvert.
— Ça t'ennuie si je...
— Non pas du tout. Fais comme ch...
Ses lèvres sur les miennes... un contact doux, chaud, tendrement agréable. J'aime ça. Que ne ferais-je pas pour qu'il ne me quitte jamais... J'ai les yeux fermés. Je sens sa main passer derrière ma tête et soutenir ce baiser. Je rompt ce délicieux contact et rouvre les yeux. Je suis littéralement subjugué par ce baiser. A peine quittées, ses lèvres me manquent.
— Alors ça... Moi qui pensais que tu allais me demander d'emprunter ma salle de bain... Mais c'est mieux que ce que j'aurais pu imaginer...
Hugo est visiblement surpris par mon intervention. A ce moment précis, je me demande pourquoi pas mal de premiers baisers sont souvent entraînés par des larmes. Sûrement parce que la chaleur réchauffe l'âme d'un coeur blessé. Je ne sais plus ce que je fais. Mon visage se penche à nouveau et je plaque doucement mes lèvres sur celles de Hugo. Je renoue avec mes sens et retrouve ce bien être juste quitté. C'est plus court que la première fois mais tout aussi passionné. Nous nous séparons à nouveau et ce sentiment de manque, d'absence, de vide réapparaît. Ça me paraît étrange d'en être autant affecté, presque triste. Je replonge dans ces yeux magnifiques et les contemple amoureusement car, oui, je suis convaincu que je suis amoureux de lui, je sais que je l'aime. Nous restons sans bouger, les yeux dans les yeux, quand soudain trois coups à la porte me font sursauter.
— Excuse moi, je vais... ouvrir à Kevin. Ne bouge pas.
Il me sourit et se couche sur mon lit pendant que je descends faire entrer son cousin.
— Dis, t'es vraiment rentré chez toi à cause de ta mère ?
— Tu crois vraiment que faire l'aller-retour deux fois de suite est un plaisir ? Non, c'est une nécessité pour passer d'agréables moments avec mon cousin et mon meilleur copain sans avoir ma mère sur le dos.
Nous rions en regagnant ma chambre. A peine entré, Kevin balance son sac sur le canapé-lit et se jette sur mon lit, ou plus précisément, sur son cousin. Celui-ci gémit et repousse Kevin en se plaignant.
— T'es lourd !
Kevin s'assoit, un large sourire éclairant son visage, et laisse Hugo fulminer.
— On fait quoi ?
— Ben... vu l'heure, on va peut-être pas sortir donc on peut se faire un tournoi sur...
Eh oui, le temps a filé à une vitesse hallucinante. Il est déjà presque sept heures et bien qu'il fasse jour, il vaudrait mieux rester ici. Les cousins sont partants aussi allume-t-on télé et console et nous nous installons sur mon lit. Celui qui perd laisse sa place au troisième. Je note le nombre de victoires de chacun sur une feuille de papier. C'est un défaut de la console, on ne peut jouer qu'à deux. Environ une heure et demie plus tard, on éteint le tout et comparons nos scores : Kevin est premier, Hugo second et donc moi dernier. Les vannes de mon meilleur ami fusent, j'en ris et lui renvoie l'ascenceur. Nous décidons tous les trois de descendre chercher à manger et un film pour ce soir. C'est Hugo qui va le choisir pendant que Kevin et moi allons dans la cuisine prendre des bols pour y mettre bonbons et autres gâteries sucrées et salées. Je laisse Kevin monter avec la « nourriture » et prends quant à moi soda et jus de fruits dont nous aurons besoin pour la séance. Lorsque je remonte, Kevin est déjà étalé sur le « clic-clac » et pioche quelques chips. Comme Hugo n'arrive pas, je redescends le chercher dans le salon.
— Tu t'es décidé ?
— Ben... pas encore.
— Faudrait faire gaffe à ne pas traîner parce que ton cousin à déjà commencer à s'empiffrer.
— Il y en a plein que j'aimerais voir...
— Je te les prêterai et puis, tu reviendras surtout !
Hugo se lève et me sourit. Il prend un DVD sur l'étagère et me dit :
— Ça y est ! J'ai trouvé.
— Cool ! Let's go !
En passant près de moi, il m'embrasse furtivement avant de filer dans ma chambre, le DVD à la main. Même si c'est terminé, je sens encore ses lèvres sur ma joue. Je reste un moment comme ça, immobile. Je secoue la tête et le suis. Je lance le film, « Le Retour du Roi », et m'installe sur mon lit. Kevin reste couché sur le canapé-lit tandis que son cousin vient à côté de moi. Pendant les premières minutes du film, chacun fixe l'écran en piochant dans les bols et en buvant. J'ai bien sûr pris soin de donner une assiette pour éviter miettes et autres résidus. Personne ne parle. Au bout d'une heure, Hugo se redrese et me demande soudain :
— Au fait, qui dors où ?
Je met le film en pause. Je me suis déjà posé la question lorsque j'ai installé le canapé-lit cet après-midi. Je m'étais délesté de ce problème pour le reprendre ce soir. Je propose de laisser mon lit à Hugo, Kevin va dormir dans le « clic-clac » comme à son habitude pendant que je dormirai dans le lit vacant de ma soeur. On décide à faire comme ça même si Hugo se dit gêné de prendre mon lit.
— Tout va bien, t'inquiètes pas.
Le film reprend. La solution à ce problème de couchage est résolu. Je reporte donc toute mon attention sur les péripéties d'Aragorn et ses fidèles amis. Il est presque minuit, le film est fini. J'éteins à nouveau télé et console, prends ma caleçon de nuit et souhaite une bonne nuit aux cousins. Après mon passage dans la salle de bain familiale, je me glisse sous les draps du lit de Jess. Tel que je connais mon meilleur ami, il doit déjà dormir. Il a le sommeil rapide et lourd, le contraire de moi qui met une plombe à m'endormir et me réveille au moindre bruit près de moi. Je reste à fixer le plafond. Le temps passe, il s'enfuit comme le dit le latin « Tempus Fugit ». Mes yeux, accoutumés à l'obscurité qui règne dans la pièce, commencent à lentement se fermer quand un craquement parvient à mes oreilles. Je me redresse sur le matelas et cherche à percer les ténèbres qui m'entourent. Une ombre s'en détache et s'approche de moi :
— Je peux... ?
Je reconnais Hugo. Pour toute réponse, je rejette les draps. C'est par ce petite passage que le garçon me rejoint dans le lit double. Dès qu'il est couché, je le recouvre des draps. Je me rapproche de lui et lui de moi. Nos corps se rencontrent, mes mains partent à sa découverte. Je m'aperçois qu'il est, comme moi, torse nu. Je passe mes mains partout sur son buste et caresse son dos. Il entre en scène et me rend la pareille. Hugo m'embrasse. Je le serre fort contre moi. Nous restons comme ça et nous nous endormons...

Mes yeux s'ouvrent lentement. Le visage de Hugo qui me regarde apparaît devant moi. Un cri de surprise jaillit de ma bouche. Je me sens glisser aussi j'empoigne les draps. Je tombe au sol et les draps me tombent dessus.
— Erwan !
Une douleur m'irradie le dos. J'ai mon coude gauche est en feu. Difficilement, je me hisse sur le matelas. Hugo, en caleçon, s'approche de moi et m'aide à me relever.
— Tu vas bien ?
Je bredouille quelques mots que j'ai du mal à comprendre. Je m'affale sur le lit. Hugo pose doucement sa main sur mon épaule. Ma vision se brouille, j'ai l'impression qu'on a plaqué quelque chose sur mes oreilles. J'ai du mal à aligner mes pensées. Je respire à grandes bouffées. La souffrance s'estompe peu à peu. Lorsque je ne la sens presque plus, je tourne la tête vers Hugo.
— Maintenant oui.
— Mais vous faites quoi ?!?
Heureusement que je suis loin du bord du lit sinon je crois bien que je serais à nouveau tombé. Kevin a débarqué dans la chambre, sûrement après m'avoir entendu crier. Il nous regarde tour à tour, son cousin et moi. Hugo lui explique mon « accident ». Mon meilleur ami s'approche du lit et s'écrie :
— Je sais qu'Erwan tombe du lit le matin. C'est pourquoi t'es dans son lit ? Et comme ça !!
Je comprends sa stupeur. Il a accepté ma sexualité, puis celle de son cousin et là, il nous surprend tous les deux dans le même lit, en caleçon. Hugo balbutie une réponse en se levant vers son cousin. Il mets sa main sur son épaule et continue à parler. Kevin se recule brutalement, Hugo avance vers lui en lui demandant de l'écouter. Tout à coup, le poing de mon meilleur ami fuse et vient renconter la mâchoire de son cousin. Tout est au ralenti. Hugo tombe sur le matelas. Son « agresseur » s'enfuit dans le couloir. J'entends la porte de ma chambre claquer. Quand le temps reprend sa vitesse normale et que j'arrive enfin à bouger, je me précipite sur Hugo.
— Montre moi !
Sa lèvre est enflée et il a du sang dans la bouche. Je l'emmène dans la salle de bain. Il a dû se mordre la joue lorsqu'il a pris le coup. Je commence à m'occuper de lui mais il me repousse doucement et me dit de monter parler à Kevin. J'hésite un peu à le laisser mais il n'a pas tort. Il faut que je parle à mon meilleur ami. Je dois lui expliquer. Je dois lui faire comprendre... Je quitte donc la salle de bain et gravis les marches jusqu'à la porte close de ma chambre. Je l'ouvre lentement et entre. Le bruit de l'eau arrive à mes oreilles. Kevin est sous la douche... ou peut-être laisse-t-il couler l'eau pour le faire croire. Je tiens à en avoir le coeur net. Aussi, après avoir refermé la porte de ma chambre, je pénètre dans ma salle d'eau. Kevin est vraiment sous la douche. Il ne m'a pas entendu entrer et me tourne le dos. Le plastique opaque de la cabine masque sa nudité. Doucement, je referme la porte derrière moi et m'avance vers lui. J'ouvre la porte coulissante de la douche. Mon meilleur ami se retourne bursquement et me demande ce que je fais ici en criant.
— Je viens pour te parler de ce que tu as vu en bas.
— Je sais ce que j'ai vu : Tu t'es envoyé en l'air avec mon cousin !
C'est alors que je prends non pas une mais deux douches froides. L'une due à l'accusation de Kevin, l'autre de l'eau gelée qui tombe de la pomme de douche. Malgré cela, je ne bouge pas. Je ne prête même pas attention à la nudité de mon meilleur ami qui, pourtant, a jusqu'alors suscité mon intérêt.
— On a juste dormi dans le même lit ! Ce matin, quand je l'ai vu en face de moi, j'ai été surpris et je suis tombé du lit. Hugo m'a aidé à remonter et m'a demandé comment j'allais quand tu es arrivé.
— Pourquoi tu n'as pas bougé quand j'ai débarqué ?
— Je ne sais pas, je... j'étais tétanisé. Je savais pas quoi faire et... tout est allé très vite... je...
Kevin coupe l'eau. Je sors de la cabine, libérant le passage et lui tends une grande serviette qu'il attache autour de sa taille. Je lui demande la raison de sa réaction avec Hugo. Après tout, je ne l'ai pas vu dans un tel état depuis l'an dernier, quand un abruti lui a cherché des noises. C'est parti en sucette. Je lui pose la question :
— Ça t'ennuie que moi et Hugo...
— C'est pas ça mais... Ecoute Erwan, toi et moi, on est toujours ensemble depuis que tu es arrivé il y a quatre ans. L'arrivée de Hugo a changé beaucoup de choses et c'est pas fini... Tu comprends, j'ai peur qu'il prenne ma place. Hugo... je l'aime comme mon frère, je l'aime autant que toi. Mais j'ai peur que tu m'oublies, en cours par exemple...
— Stop. Je vois où tu veux en venir. Je sais que Hugo va changer énormément de choses entre toi et moi et au lycée...
— Erwan, je vais pas... je peux pas t'empécher de sortir avec mon cousin. Et même, j'en ai pas envie. Ça se voit que le courant passe entre vous. Mais je te dis, j'ai peur qu'on soit séparés. J'ai peur d'être mis à l'écart.
— Je te promets que nous deux, ce sera toujours pareil, comme avant, comme toujours. Tu es quand même mon meilleur ami ! Rien ne changera jamais ça, je te le jure !
Je le prends dans mes bras. Je me fiche totalement du fait que son torse mouillé soit contre le mien, que l'eau dont ses cheveux sont imbibés coule sur mes épaules. La seule chose qui m'importe, c'est ce pacte que nous signons en se serrant l'un contre l'autre à ce moment précis. Nous nous séparons après de longues minutes. À peine mon corps est décollé du sien, le drap éponge autour de ses hanches tombe au sol. Kevin et moi éclatons de rire devant le comique de cette situation.
— Bon, ben je vais te laisser reprendre ta douche. Je vois que tu en as très envie. On se retrouve en bas !

Je retrouve Hugo sur le lit de ma soeur. Les draps sont toujours par terre. Après avoir pris des nouvelles de sa bouche, je m'assois à côté de lui. Sa lèvre a déjà commencé à reprendre une taille à peu près normale et il ne saigne plus.
— Comment il va Kevin ?
— Il te le dira lui-même tout à l'heure.
— Il m'en veux pas alors ?
— Pourquoi il t'en voudrais ?
— Pour cette nuit avec toi.
— Je pense qu'il a surtout été surpris. Pour plus d'infos, faudra prendre rendez-vous avec lui. En attendant, je prends la salle de bain d'abord !
J'attrappe mes vêtements propres préparés la veille et file dans la salle d'eau. En refermant la porte, je lis une expression amusée sur le visage de Hugo. Une fois sous l'eau chaude, je revois Kevin, notre entretien, l'eau froide, la serviette qui tombe après notre séparation... Dix minutes plus tard, je descends à la cuisine où je ne trouve personne. Je décide de sortir chercher des pains au chocolat à la boulangerie. À mon retour, les cousins descendent les escaliers et arrivent devant moi. Pour répondre à l'inévitable question du « t'étais où ? », je secoue le petit sachet et les invite à me suivre dans la cuisine. Nous mangeons tranquillement en parlant et en riant. Kevin et moi préparons Hugo à ce qui l'attend demain, pour son premier jour dans notre lycée. Près d'une heure plus tard, Kevin annonce qu'avec son cousin, il doit rentrer. Je prends soin d'embrasser Hugo une dernière fois avant qu'il ne parte. Mon meilleur ami s'est détourné quelques secondes puis nous a observés.
— Allez les « namoureux » !
Je les ai regardé s'en aller jusqu'à ce qu'ils passent le virage. Pour essayer de masquer ma tristesse que je sais futile, après tout je vais le revoir demain, je me décide à ranger un peu la maison. Il est environ onze heures et je commence à nettoyer la cuisine, jetant les miettes sur la terrasse. Puis je m'affaire à faire le lit de ma soeur. Je monte ensuite terminer mon inspection par ma chambre. Je constate en souriant que Kevin a rangé le canapé-lit. C'est ça de moins à faire pour moi. Je m'étends sur mon lit dans lequel Hugo est resté cinq minutes avant de se glisser à mes côtés la nuit dernière. Je sens encore son odeur sur mon oreiller. Je voudrais qu'il soit toujours avec moi. Longtemps je reste couché, à penser à mon Hugo. Que va-t-il arriver demain ? Va-t-on mettre Hugo dans la classe de son cousin ou va-t-on l'en séparer ? Ce doit pas être évident d'intégrer un nouvel élève en fin d'année, lorsqu'il ne reste que moins d'un mois de cours. Je suppose qu'il ne va pas faire de stage pendant les deux dernières semaines de juin. En même temps, l'accident mortel des parents de Hugo n'était pas planifié. Je sais que ça ne se fait pas, que ce n'est pas bien de penser de telles choses mais je suis content que cet accident ait eu lieu. Si ce n'avait pas été le cas, je n'aurais sûrement jamais rencontré Hugo, je ne serais pas tombé amoureux de lui. Je ferme les yeux.
Immédiatement, le sublime visage de Hugo apparaît, tout sourire. Je me penche vers lui pour l'embrasser. Je veux que mes lèvres prennent possession des siennes, combler ce manque qui revient à la charge. Mon corps bascule en avant et je commence à tomber. Une chute vertigineuse dans un brouillard crémeux. Je finis par heurter le sol, sans aucune douleur. Une fois remis sur pied, je fais quelques pas dans cet épais nuage blanc qui m'entoure. Un sifflement qui vient de la droite me fait sursauter. Je cours comme un dératé vers ce son qui, bien qu'il se soit arrêté, resonne encore dans ma tête. Une porte se dresse soudain devant moi et je suis projeté à l'intérieur. C'est dépouillé de mes vêtements que je me retrouve sur un lit rond. Hugo est là également, dans la même tenue que moi. Il m'embrasse et... Je ne vois plus rien. Je sens juste Hugo qui me donne tout ce plaisir, qui me procure cette joie, ce bonheur incommensurable. Lorsqu'il a terminé de s'occuper de moi, je suis épuisé et tout aussi égaré. J'ai perdu le peu de repères qu'il me restait. Une haie apparaît, suivie d'une seconde. Toutes deux forment un chemin. Je suis debout et habillé, à l'entrée de cette voie. Nulle autre issue possible, je m'engage donc sur cette route de fortune. Au premier carrefour, un lapin blanc armé d'une montre énorme me coupe la route. Je me souviens l'avoir déjà croisé il y a quelques nuits. Il est tout de suite suivi par une grosse folle en robe rouge bouffante et d'une couronne en carton posée sur un chignon fait à la « va-vite ». Je reprends ma route en cherchant une petite blonde en robe bleue avec un jeu de cartes. Je ne trouve aucune fille, juste un cul-de-sac. Une trappe s'ouvre sous mes pieds. Couché sur une pierre froide, une ligne de visages que je reconnais comme ceux des élèves d'une classe de terminale avancent droit vers moi. Je ne peux pas me relever, un gros anneau doré accroché à une chaînette autour de mon cou m'empèche de me redresser. Un sourire sardonique scarifie les visages qui sont à présent au dessus de moi. Je roule sur moi-même pour tenter de m'extirper de ce « bain de foule » non désiré. C'est laborieux mais je fais quelques mètres. Encore un et...
— Put....
Me revoilà par terre. Je reprends mes esprits en secouant la tête. Je regarde l'heure. Je n'y crois pas : il est presque sept heures du matin ! Comment ais-je pu dormir autant de temps ? Je n'ai même pas entendu mes parents rentrer, moi qui suis un vrai radar ! Je me lève et me dirige vers ma salle de bain. Ce rêve était vraiment...
— Méchamment méchant...

Angel Of Ys

Suite

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