Après mon anniversaire (7)
de Angelofys
Épilogue
Être homosexuel. C'est une chose répugnante pour certains, une chose commune pour d'autres. Je me souviens parfaitement lorsque j'ai dit, même si je ne l'avais pas prémédité, à mon meilleur ami que je n'étais plus hétéro. C'était le jour de mon anniversaire, le jour de mes seize ans. Autrement dit, c'était il y a sept ans exactement. Ça me paraît si loin maintenant, le lycée, les filles, cette petite ville en Bourgogne... et Hugo. Hugo, ce garçon sublime qui est entré dans ma vie à peine quelques jours après mon anniversaire. Quel meilleur cadeau que l'Amour ?
Après mon anniversaire, il s'est passé tant de choses : ma rencontre avec Hugo, mon coming out surprise... Le temps s'est ensuite soudainement accéléré et me voilà ici. Il suffit que je ferme les yeux pour que ces sept années défilent comme un film lent et pas toujours très passionnant d'un bout à l'autre. Je suis à Paris à présent. Ma ville préférée au monde. Je pense n'avoir jamais été aussi heureux qu'ici. Mon logement est modeste mais il me suffit. J'habite à proximité de la fac, à moins de cinq minutes précisément. Ça me paraît toujours utopique comme situation quand j'y repense. J'ai relu il y a peu une note sur le lapin blanc du conte. Lapin dont je n'ai plus rêvé depuis cette courte période qui a suivi mon seizième anniversaire. Ce lapin qui a symbolisé mes incertitudes, ma peur de ce que le temps peut m'apporter et mes problèmes qui me poursuivaient. Les incertitudes se sont dissipées : oui je suis homosexuel et alors ? De plus, je suis amoureux et en couple sans oublier que je me moque royalement de ce que peuvent penser les gens de moi. Cette peur du temps qui m'a si longtemps oppressée a disparue ; je prend ce que la vie me donne. J'aimerais également pouvoir dire que j'ai vaincu, terrassé ces problèmes qui me hantaient. Certes, j'en ai éradiqué quelques uns, mais j'en ai toujours. C'est le lot de chacun.
Depuis sept ans, j'ai découvert une joie de vivre que je ne connaissais pas aussi forte et rayonnante chez moi. J'ai dit que j'étais heureux. Enfin, jusqu'au jour où c'est arrivé. Pourquoi la Vie a-t-elle fait ça ? Un accident de voiture il y a quatre mois... Il y avait du verglas sur la route et sa voiture a fait un tonneau avant de s'écraser sur le bas-côté. Je ne m'en suis pas encore totalement remis. Lui qui a toujours été là pour moi, quand j'allais mal, quand j'avais pas le moral.
Kevin. Toi qui m'a dit un jour que tu serais toujours avec moi, où es-tu maintenant ? Je me souviens du jour où je t'ai posé une question à peu près similaire. Tu m'as regardé avec le sourire que toi seul peut faire, tu as posé ton index sur mon front en disant « Où ailleurs que là ? ». On a explosé de rire après ces mots. Kevin, tu ne te rends pas compte de la vague de tristesse qui nous a submergés après ton accident. Pourquoi tu as pris la route ce jour-là ? A ton enterrement, j'ai parlé à Lorraine. Tu voulais la demander en mariage, sûr qu'elle était faite pour toi et que ce n'était pas trop tôt pour lui demander. Après la mise en terre, Hugo et moi sommes rentrés directement à la maison. Comme moi, il était effondré. Mais alors que je recherchais le contact, lui s'est montré distant avec tout le monde, surtout avec moi. Ce n'est que le mois dernier qu'il est redevenu ce qu'il était avant l'accident, enfin presque le même. On ne sort jamais complètement indemne de ce genre d'évènement.
Tout ça pour dire que la mort de Kevin a été l'Ombre de ma vie. Je me demanderai toujours pourquoi c'est arrivé à lui... Quand je repense à lui et c'est souvent je revis tous ces moments passés avec lui, nos éclats de rire, son sourire, sa manie de caresser les objets, sa façon de me toucher et... notre baiser, assis par terre, dans ma chambre. Alors des larmes coulent sur mon visage. Kevin, tu me manques tellement ! Si Hugo n'avait pas été là, je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait. L'Ombre de ma vie... A présent, je me conforte dans l'idée qu'il vit encore, quelque part. Hugo et moi avons repris le train-train quotidien. Enfin... les jours se suivent mais jamais ne se ressemblent. Je ne sais pas si c'est la même chose pour mon petit-ami mais, dès qu'on se retrouve entre amis et que j'entends un éclat de rire, je recherche inévitablement Kevin, celui qui a toujours été là pour moi pendant toutes ces années de collège et lycée puis à la fac, dans ma vie. Toujours été là...
Chaque jour, je remercie Hugo d'être avec moi et chaque jour, il m'embrasse et me répond qu'il m'aime. Sept ans qu'on se connaît, sept ans que nous sommes ensemble. Je sais qu'il a organisé une petite fête ce soir, pour mon anniversaire, comme il le fait depuis trois ans maintenant. Lui préfère passer son anniversaire en tête-à-tête avec moi. Ce soir, je vais essayer de m'amuser un peu. Mais... c'est la première fois en treize ans que mon meilleur ami ne sera pas présent. Il va me manquer encore plus ce soir...
Il est vingt heures et les premiers invités arrivent. Notre appartement n'étant pas immense, seuls quelques amis proches sont conviés. Jess arrive en dernier. Depuis son mariage, l'an dernier, elle est rayonnante. Marc, mon beau-frère, est libraire. Je l'apprécie beaucoup. Quand tout le monde est assis autour de la table du salon, Hugo apporte triomphalement l'énorme gâteau tout chocolat surmonté de vingt-trois bougies. Avant de souffler, je lève mon verre pour faire un petit speech :
Cette année, il manque quelqu'un autour de moi. Il est usage de faire un voeu avant d'éteindre les bougies. Seulement, la seule chose qu'il me manque, c'est Kevin et...
Assis sur la moquette de ma chambre, j'embrasse Kevin... Ce souvenir envahit mon esprit. J'essuie mes larmes d'un revers de la main.
C'est la raison pour laquelle je vais juste souffler les bougies. Vous inquiétez pas, j'ai pas mangé d'ail récemment.
Cette petite pointe d'humour me permet de ne pas me laisser aller à pleurer. Je regarde Hugo qui me sourit tristement puis souffle les bougies. Tout le monde applaudit comme de coutume en me souhaitant à nouveau bon anniversaire avant de prendre une part du gâteau. Je regarde la fumée disparaître en pensant : « Pour toi Kevin ».
Vers deux heures du matin, Hugo me rejoint dans notre lit et m'entoure de ses bras.
Content de ta soirée ?
Oui, je me suis amusé. Merci Hugo.
Il m'embrasse et me serre davantage contre lui.
Ne me quitte pas Hugo.
Je te le promets. Je reste avec toi.
Je supporterai pas qu'il t'arrive quelque chose.
Que veux-tu qu'il m'arrive ?
...
Je recommence à pleurer. Hugo m'embrasse à nouveau et me murmure quelques mots doux et réconfortant. Je tiens à lui plus que tout. Je ne pourrais pas me passer de lui. Il est devenu indispensable à mon bien-être, à ma vie. Après cette ombre, lui seul est parvenu à me faire revivre. Sans lui, je ne serais plus rien sinon qu'une coquille charnelle vide, dénuée d'âme. Si mon coeur a survécu, c'est parce que je le lui ai offert, qu'il l'a accueilli et protégé. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Demain sera un autre jour sans Kevin. Mais pour lui, je vivrai ce jour comme ceux qui suivront. J'embrasse à nouveau Hugo et la douceur de ses lèvres, la chaleur de sa bouche m'enivre.
Je t'aime Hugo.
Moi aussi je t'aime mon Erwan.
Oui. Demain sera un autre jour... avec Hugo...
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