L'étoile montante (10)
de Angelofys
Tout le monde est assis autour de la table. La boule qui agitait mon estomac s'apaise. Les sièges sont confortables bien que sommaires. La blonde me toise avec une sorte de grimace qui ressemble à un sourire. L'animateur lui parle pendant que je cherche le visage de Théo dans les coulisses, par où je suis arrivé. Par chance, je suis juste en face. Malheureusement pour moi, il n'est pas là. L'intérêt se porte ensuite sur Ophélie Winter et son rôle précédent parmi le jury de Popstars.
- Comment avez-vous vécu l'émission ? Est-ce que vous pensiez à un tel flop ? Parce qu'il faut bien avouer que c'en était un !
- J'y croyais vraiment à ce projet. Je pense que c'est tout le toutim avec Mia Frye qui a pourri le truc. On s'entend pas, ça c'est sûr mais c'était pas une raison de polémiquer et de causer la chute du programme.
La discussion s'anime un peu quand l'animateur demande leur avis à l'autre invité. Après lui, je n'y échappe pas :
- Tenez, Hugo Marc. Avez-vous regardé cette émission, vous qui êtes un peu un jeune talent, comme ceux qui sont arrivés en finale ?
- En réalité - je jette un coup d'il vers Winter qui me fixe intensément - non. J'ai été pas mal occupé ces derniers mois. Le seul programme de ce genre qu'il m'arrive de regarder, c'est la Nouvelle Star. Le jury parvient toujours à dégoter de vraies personnalités. Ça fait toute la richesse de l'émission.
- Ouais, on a fait un boulot de merde quoi.
La phrase balancée par l'ex de Popstars est agressive, le ton aussi. Je me tourne vers elle et la dévisage lentement, sans une once d'agressivité dans le regard.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il faut également ajouter que la Nouvelle Star s'ouvre à tout type de musique alors que Popstars recherchait du Rap ou R'N'B. Et je ne suis pas fan de ce genre-là.
- Pff
Le présentateur semble s'amuser de cette querelle qui n'en est pas vraiment une. Ce différend entre Winter et moi va soulever des débats. Changement de sujet. On parle de l'actualité d'Alexandre Astier, qui pour l'instant n'a pas dit grand-chose. J'apprends que le sixième livre de Kaamelott arrivera bientôt sur la sixième chaîne et que l'acteur apparaîtra dans le prochain Astérix. L'animateur pose pas mal de questions à ce propos. D'un geste presque imperceptible, mes yeux glissent vers le cadran de ma montre. Cela fait déjà une demi-heure que nous sommes là et on regarde l'acteur dans une des petites annonces d'Elie Semoun. On annonce ensuite une pause de réclame avant d'ajouter qu'Alexandre Astier va nous quitter. Le présentateur précise que les quatre premiers livres de la série Kaamelott sont toujours en vente ainsi que les deux premières bandes dessinées.
On entend « OK ! Pause de deux minutes ! ». Ophélie Winter se lève et se retire dans les coulisses de façon théâtrale. Je ne peux m'empêcher de secouer la tête, d'un air qu'on pourrait qualifier de désespéré. Une petite armée d'employés envahissent instantanément le plateau pour ajuster quelques éléments. Deux maquilleuses se précipitent sur l'animateur pour lui repoudrer le nez. Se levant à son tour, l'acteur vient vers moi et engage une conversation qui se doit courte, fin de la publicité oblige. Je lui confie que je suis un véritable adorateur de Kaamelott, dont j'achète chaque coffret dès sa sortie, et que j'aime beaucoup la façon de jouer ainsi que la vraie diversité de la série. Il me propose de reparler plus amplement dans quelques jours puisqu'on a l'air d'apprécier mutuellement ce que fait l'autre. Il me donne sa carte et se retire alors que le chauffeur de salle prie le public de rester calme à la reprise, dans quelques secondes.
« C'est reparti ! » Ophélie Winter est revenue sans attirer mon attention. Je dois avouer que je me fiche complètement d'elle. L'animateur beugle une fois encore en présentant cette deuxième partie de l'émission. Il presse la foule d'acclamer le prochain invité qui n'est autre que Christophe Maë. Après les salutations d'usage, celui-ci prend place en face de moi, à la table triangulaire. Le temps d'un sourire puis on nous demande de regarder un morceau de son dernier clip. La discussion est axée sur son album puis sur les ultimes représentations de la comédie musicale. Je ne suis qu'à peine sollicité et ça me soulage mais je sais que mon tour viendra bientôt. Je redoute les questions qu'on va me poser. Je prête attention à celles adressées à Christophe Maë et je trouve qu'elles deviennent un peu (trop) personnelles. Qu'est-ce que ça va être pour moi !
- Je vais maintenant me tourner vers Hugo Marc dont le premier album est sorti il y a deux semaines maintenant. En à peine deux semaines, les ventes ont explosé. Pour un nouvel arrivant dans la chanson française, vous faites un coup d'éclat ! Expliquez-nous comment vous avez commencé. On ne vous connaît que dans les grandes lignes vous et vos débuts. Qu'est-ce qui vous a lancé dans cette voie ?
Pendant qu'il parle, je me demande s'il va me laisser le temps d'en placer une pour lui répondre. Lorsqu'il ferme enfin la bouche, je prends le temps d'avaler une bouffée d'air.
- Après mon bac, j'ai eu quelques soucis à choisir mon orientation professionnelle. Je ne savais pas vers où me diriger. Je suis finalement allé au CNSAD pour avoir un diplôme de comédien. J'ai commencé à jouer de la guitare à huit ans et je chantais par-dessus. J'ai donc décidé de me consacrer à la musique. J'ai commencé dans un petit café-théâtre qui offre à de jeunes musiciens la possibilité de se produire en public. Après m'être inscrit, j'ai composé une petite mélodie et écrit des paroles.
- Vous n'avez créé cette chanson qu'après vous être inscrit ? Ce n'était pas un peu risqué ?
- Si bien sûr mais je n'avais pas beaucoup d'inspiration. Je me contentais de faire des reprises. L'urgence m'a permis de mieux réfléchir. Le soir de mon passage, j'étais un peu anxieux. J'avais peur de déplaire. Ç'aurait été la fin de ma carrière musicale à peine sortie de l'uf. Mais ma chanson a plu. On m'a demandé de revenir deux semaines plus tard. Cette fois, il y avait dans le public un producteur de concerts : Nico Stan. Il est venu me voir lorsque j'ai fini de chanter et m'a proposé de participer à l'un de ses concerts prochains. Tout est allé très vite par la suite.
- Combien de temps est passé entre votre licence et votre passage au théâtre ?
- Un peu moins de trois ans.
- Qu'avez-vous fait pendant ces trois années ? Le temps a dû vous sembler bien long
- Oui un peu. J'ai été embauché pour jouer dans une petite pièce de théâtre à peine sorti du Conservatoire. Ç'a duré quelques mois. Ensuite, j'ai été serveur pour avoir de quoi payer ce qu'il fallait. J'ai arrêté avant mon inscription au café-théâtre. Un mois plus tard, j'étais à ma première scène sous la direction de Nico Stan
-
qui est maintenant votre producteur.
J'acquiesce d'un signe de tête.
- Nous avons une photo de cette première scène. La voici.
Tout le monde se tourne vers l'écran géant derrière l'animateur. Sur l'image, je suis entouré de Nico et de plusieurs assistants dans les coulisses, tout près de la scène, qu'on peut voir en arrière plan. On me demande de commenter cette photo. Je me contente de décrire la scène en donnant impressions et sentiments de ce moment d'angoisse.
- Et voici une nouvelle photo.
Le coup de poignard est parfaitement placé. L'image qui a remplacé la première est celle qui est parue dans le magazine Public, celle qui a dévoilé mon couple au monde. Je sens un frisson glacé me parcourir l'échine. Quelle va être la question à ce sujet ? Après d'éternelles secondes, elle tombe. Je sens les lourds regards de toute la salle.
- Hum, oui. C'est bien elle.
- Est-ce vous qui avez décidé de faire publier cette photo de votre agent et vous ?
Je secoue la tête. Je ne vais quand même pas dire que la sur de mon petit ami n'a vendu cette image à Public uniquement parce qu'on avait mis fin à sa fête qui partait en zig. Je décide d'entretenir le mystère, garder l'ombre de cette affaire.
- Disons juste qu'elle m'a échappée.
- Vous voulez dire que vous n'aviez aucune intention de révéler cet aspect de votre vie ?
- Non. Je considère que ça ne concerne pas le monde entier. Ça fait partie de ma vie privée.
Le présentateur se tourne vers les deux autres invités pour leur demander ce qu'ils pensent de ça. La blonde désagréable rétorque simplement que tout finit par se savoir et me lance un regard assassin. Je pense qu'elle m'en veut encore pour ce que j'ai dit sur Popstar. Ou alors elle a du mal avec les homosexuels. Quant à Christophe Maë, il répond qu'il suit Ophélie Winter, que ça aurait fini par être mis au grand jour tellement les journalistes fouillent dans les vies qui ne sont pas les leurs, mais qu'il est aussi d'accord avec moi, que ça ne regarde que moi et mon agent. Je lui souris amicalement. Il me sourit à son tour avant de reporter son attention à l'animateur, qui semble décontenancé par sa réponse. Une troisième photo apparaît sur l'écran géant : c'est la pochette de mon album.
- Ce n'est pas une image de CD qu'on pourrait qualifier de conventionnelle, bien qu'on ait vu de nombreuses pochettes aussi diverses et variées. D'ordinaire, les premiers albums d'un nouveau talent sont assez classiques.
Il jette un léger coup d'il à Christophe Maë qui ne réagit pas.
- Qui a eu l'idée d'un tel amoncellement d'éléments ?
- De mon agent, mon producteur et moi-même. Nico Stan pensait à une photo à l'ancienne, bord rognés par le temps et en noir et blanc. Théo Burnicat lui, préférait l'aspect enflammé. De mon côté, je voulais des objets qui apparaissent dans mes chansons. Comme on arrivait pas à se mettre d'accord, nous avons mis les trois pour éviter toute effusion de sang inutile.
Ma réponse fait sourire autour de la table et dans le public. Le présentateur fait remarquer le balai que je tiens dans la main sur la photo. Il ajoute que c'est cet objet précis dont je fais mention dans mon premier single, Ballet de Nuit.
- Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'écouter ce titre à la fin de l'émission, pendant le générique. Nous allons marquer une seconde pause pour revenir avec deux nouveaux invités puisqu'Ophélie Winter et Hugo Marc vont nous quitter. Mais avant cela, nous avons une surprise pour vous, Hugo.
Il m'invite à le suivre au centre du plateau. De derrière l'écran géant, Alexandre Astier marche vers nous. Il tient un large cadre dont on ne voit que le dos. Arrivé à notre hauteur, il dit :
- C'est moi qu'on a choisi pour vous donner ceci. Personnellement, j'en suis pas mal content, ajoute-t-il à mi-voix.
Il me tend alors le tableau qui est plus lourd que je ne l'imaginais. Je le retourne pour le contempler et m'aperçoit que c'est
- Votre premier disque d'or ! Premier car il est certain qu'avec vos chansons, ce ne sera sûrement pas le seul que vous aurez !
Pendant que l'animateur continue de s'exclamer, je m'extasie devant l'objet. Je serre la main de l'acteur en le remerciant.
- Ce cadeau inattendu va marquer la deuxième page de réclame de notre émission. Après la pub, nous accueillerons
Je suis de retour dans les coulisses. A ma sortie du plateau, j'ai un peu discuté avec Alexandre Astier et nous avons convenu de déjeuner ensemble en fin de semaine prochaine. J'espère voir Théo en entrant dans ma loge mais il n'est pas là. Je m'apprête à ressortir pour le chercher quand il pénètre dans la pièce. Je l'embrasse et lui montre le cadre doré. Il arbore un grand sourire et me souffle qu'il est fier de moi. Il me demande de lui raconter comment ça s'est passé. Surpris, je lui demande s'il regardait.
- Oui je te regardais mais je voudrais savoir tout de ton point de vue. Il y a une image où Winter te lance un regard à faire peur !
Je lui décris toutes mes impressions et pensées. Amandine frappe à la porte et entre directement. Elle m'annonce que l'émission touche à sa fin et que je vais devoir retourner sur le plateau pour chanter.
- A la fin de votre chanson, on ne va vous garder que quelques minutes supplémentaires pour différentes choses sans grandes importances mais qu'on impose de respecter.
J'acquiesce en souriant et suis la responsable des coulisses à travers le couloir jusqu'aux abords du plateau. Théo me murmure qu'il m'attend ici lorsque j'entre à l'appel de mon nom beuglé par l'animateur. Un micro est posé en plein centre du plateau, à l'endroit exact où l'on m'a apporté le disque d'or. Le stress est vite remonté. L'ambiance dans le public bat son plein lorsque les premières notes résonnent dans la salle. J'entame la chanson en tremblant un peu, comme à chaque fois que je chante en public, puis la tension retombe et je me sens dans mon élément. Comme je chante par-dessus une bande musicale, je tiens à montrer que je ne fais pas de play-back. Aussi je prends quelques libertés sur le titre original.
A la fin de la chanson, les projecteurs principaux baissent d'intensité. Quelques secondes plus tard, une voix crie dans un mégaphone que tout est dans la boîte. Invités et présentateur se lèvent de la table, passent à côté de moi et nous saluons le public en regagnant les coulisses. Là, Théo me glisse qu'il m'attend à la voiture. Je lui réponds que je le rejoins rapidement. Je reporte mon attention au monde qui m'entoure. On me demande mes impressions sur l'émission et si les questions qui m'ont été posées ne m'ont pas dérangées. Je cite la photo tirée du magazine mais je fais comprendre que, même si ça m'a mis mal à l'aise, les questions à ce propos n'ont pas été trop inquisitrices.
Moins d'une dizaine de minutes plus tard, j'arrive au parking. Je marche jusqu'à la voiture de Théo mais ne vois aucune trace de lui. Un gémissement parvient jusqu'à mes oreilles et je crains le pire. Je cours jusqu'aux cris qui s'accentuent. Au détour d'une petite rue, je découvre un cul de sac dans lequel trois hommes sont en train de rouer un autre de coups. Ce dernier est recroquevillé au sol et tente de se protéger tant bien que mal. Sans réfléchir, j'attrape la première chose qui me passe sous la main et fonce vers eux. L'un des agresseurs me voit arriver, mais trop tard et la planche de bois s'abat sur son crâne et il s'effondre sans bruit. Les deux autres me font à présent face. L'éclat argenté qui m'éclaire les yeux l'espace d'une seconde confirme mon inquiétude : l'un d'eux a un couteau. Il me lance un coup d'estoc que j'esquive avec vivacité. Mon regard tombe sur Théo, au sol. Car c'est bien mon petit ami qui est par terre. Je prie pour que le mec ne se soit pas servi de son canif sur lui. Je manque d'attention et je sens la lame percer mon bras.
- Ben alors la pédale ? Ça pousse la chansonnette mais c'est pas foutu de se battre. Allez salope, on va s'occuper de toi et ensuite on va se faire ton copain. Ramène ton c
Il n'a pas le temps de terminer sa réplique que je lui fais manger la planche. Il pousse un hurlement, laisse tomber son couteau et recule de plusieurs pas. Il trébuche sur les jambes de Théo et s'étale sur le dos. Le troisième gars se penche pour ramasser la lame mais je lui balaie les jambes en frappant l'arrière de ses genoux
qui tombent sur le canif. Son cri résonne dans la ruelle. J'avance la planche de son visage mais il la bloque et me l'arrache des mains. Il l'utilise pour me cogner le ventre. Plié en deux, le souffle coupé, je me fais violence pour me redresser rapidement, pour ne pas laisser le mec ramasser le couteau ou m'asséner un nouveau coup. Il se relève lentement. Je profite de sa vitesse réduite pour lui coller mon poing sur la mâchoire. Sa tête va directement contre le sol. Le propriétaire de la lame se jette sur moi et je m'écroule sous son poids. Ses mains enserrent mon cou pendant que sa bouche aboie toutes les insultes possibles. De son nez, que je dois avoir fracturé, et de la vilaine plaie qui lui barre la pommette droite s'écoule du sang chaud qui tombe sur mon visage.
L'air a du mal à se frayer un chemin jusqu'à mes poumons. Des points blancs apparaissent devant mes yeux. Je n'arrive plus à respirer. Je pense à la Mort mais il ne faut pas que j'y passe. Si je meurs, je ne pourrais pas aider Théo. Après moi, ce mec va s'en prendre à lui. Je ne peux pas supporter cette idée. Encore moins celle que mon amour est peut-être dans un état grave et que je ne peux pas le sauver. Je bouillonne de rage. Je ne peux rien faire et je ne vais pas tarder à mourir. Plus d'air ne passe. La pression autour de ma gorge se raffermit. Je ne sens plus mes jambes et je ressens des picotements dans les doigts. Comment c'est de mourir ? Je veux dire, qu'est-ce qu'il se passe quand on meurt ? Je ne vais pas tarder à le savoir alors pourquoi me poser la question ? Les points blancs forment maintenant un mur. Je ne vois plus rien. La seule chose qu'il me reste, c'est le souffle de l'homme qui est en train de m'achever. Pardon Théo, je n'ai pas été à la hauteur. Pardon.
Soudain, l'air revient, il se précipite dans mes poumons comme un torrent fougueux. Ma vision redevient peu à peu normale. Je ne sais pas ce qu'il arrive. Dans la pénombre qui règne à nouveau - le blanc s'étant dissipé - je discerne encore la respiration saccadée du type. Pourtant, il y a quelque chose qui a changé. Pourquoi s'est-il arrêté ? Pourquoi a-t-il dégagé ses mains, lui qui semblait si avide de me tuer ?
- Putain, vous allez bien ? Heureusement qu'on a entendu le chahut sinon, on se serait jamais douté de ce qu'il était en train de se passer ici !
Quelqu'un m'aide à me redresser et je regarde autour de moi d'un air ahuri. Mais qui sont ces gens ? Je distingue deux uniformes bleu clair dans le peu de lumière. Le corps de mon agresseur git près de moi, inconscient. Théo est assis dos au mur et respire doucement. Aucun signe des deux autres hommes. L'un des policiers dit qu'une ambulance est en route et qu'elle ne devrait pas tarder, un hôpital se trouvant à proximité. Le second me demande ce qu'il s'est passé. Le premier le réprimande en déclarant qu'on a le temps pour ça et qu'il faut d'abord s'assurer que nous allons bien, Théo et moi. Il m'aide à me relever et je m'adosse contre le mur. Je demande à ce qu'on me laisse et qu'on s'occupe de mon copain.
- Ne vous inquiétez pas. Il est vivant, c'est le principal. Je ne suis pas médecin, je ne peux pas dire dans quel état il se trouve. Nous allons attendre l'ambulance et
- Qu'est-ce qu'il est arrivé ?
Je respire difficilement en passant la main sur mon ventre douloureux.
- Je suis sorti du tournage d'une émission de télé dans le bâtiment, là derrière. Théo est parti avant moi pour chauffer la voiture. Quand je suis arrivé, il avait disparu. J'ai entendu des cris. J'ai couru jusqu'ici, j'ai ramassé une planche et j'ai assommé un des trois hommes qui frappaient mon ami. J'ai commencé à me battre avec les deux autres. Celui là - je désigne le type à terre du bras gauche, mais la plaie faite par le coup d'estoc me lance d'un coup - avait un couteau et
Je décris le reste de la scène en appuyant sur mon bras qui saigne abondamment. Le policier hoche la tête d'un air grave
ou du moins c'est ce que je pense car ses traits sont partiellement dissimulés dans l'obscurité. Il se penche vers le mec au sol qui cligne des yeux. S'apercevant que les hommes sont des flics, il cherche à s'enfuir mais il n'est pas remis des coups qu'il a reçu et parvient à peine à se lever.
- Un coup de matraque t'a pas suffi ? Bouge pas connard !
L'agent sort une paire de menottes et agrafe le gars, qui recommence à proférer ses injures préférées. La sirène de l'ambulance retentit bruyamment, elle ne doit pas être loin. Lorsqu'elle apparaît au bout de la rue, vers le parking, je m'aperçois qu'elle est précédée d'une voiture de police.
Quelques minutes plus tard, Théo et moi montons dans l'ambulance. Ils ont mis l'homme de ma vie sur un brancard car il avait du mal à marcher. J'ai pu contempler son visage tuméfié. Sa veste est lacérée mais je ne vois pas de sang. Cela me rassure mais je redoute d'autres blessures qu'il me serait impossible de remarquer. Lorsqu'un ambulancier referme les portes, j'entends distinctement l'un de nos sauveurs :
- Agression et tentative de meurtre. Tu vas t'en prendre plein la gueule, espèce de salaud !
Je me mets aussi à espérer qu'il reçoive une lourde peine. L'ambulance démarre et nous voilà en route pour l'hôpital.
C'est la seconde fois en un mois que je me retrouve dans un hôpital. Je suis pas verni. La différence avec la fois précédente est que je ne suis pas là en visite mais en tant que patient. Enfin, plus vraiment. On s'est rapidement occupé de Théo et moi. J'ai le bras en écharpe et je vais le garder comme ça pendant un temps. Mon copain, lui, a deux côtes cassées et de gros hématomes sur le corps. Son visage est bien abimé mais le médecin nous a assuré que ça ne devrait pas laisser de traces. Il devra cependant rester plusieurs jours ici. J'ai eu l'autorisation de rester avec lui cette nuit. Demain matin, j'irai à la maison prendre quelques affaires avant de revenir à son chevet. Théo dort calmement. On l'a mis dans une chambre double inoccupée.
Il est six heures lorsqu'une infirmière vient faire une prise de sang à mon amour. Je décide de rentrer à la maison, j'ai besoin de me laver. J'ai l'impression que le sang de l'étrangleur me recouvre encore. L'aide soignante me rappelle de ne mouiller mon bandage avant de quitter la pièce. L'homme de ma vie me recommande de faire attention à moi et de revenir rapidement. Je lui en fais la promesse, l'embrasse en passant ma main dans ses cheveux.
- Je t'aime mon Théo, lui glissé-je en me redressant.
Je sors de la chambre, puis du bâtiment en marchant calmement. Le trousseau de mon copain dans la poche remue en tintant. Je sors mon portable et appelle Audrey. Tombant directement sur son répondeur, je lui laisse un court message en lui demandant de me rappeler dès que possible. Il fait sombre. En même temps, on est en hiver et il est six heures et quart. Je compose le numéro de Nico et patiente le temps de trois sonneries.
- Allô Hugo ? Tout va bien ?
Sa voix éveillée me fait comprendre que je ne le réveille pas.
- Je me doute que si tu m'appelles aussi tôt, c'est qu'il se passe quelque chose, dis moi tout.
Je lui demande s'il lui serait possible de venir me chercher à l'hôpital Saint-Joseph. Inquiet, il me pose plein de questions.
- Je te raconterai tout plus tard et
- Je pars de suite.
J'attends un peu moins de dix minutes avant que Nico ne m'invite à grimper dans sa voiture. Là, il m'interroge sur les évènements qui m'ont conduit à l'hosto. Je lui parle de tout, de notre arrivée pour l'émission jusqu'au diagnostic du médecin. Mon producteur et ami me raccompagne chez moi et, une fois à l'intérieur, il propose de préparer du café pendant que je monte prendre une douche. J'accepte avec plaisir et, après m'être lavé en prenant soin de ne pas tremper mon bras, je bois lentement ma tasse fumante. Nico s'insurge contre les trois hommes qui nous attaqué Théo et moi. Il me suggère de m'emmener récupérer la voiture de mon homme, laissée sur le parking hier soir. Durant le trajet, je reçois un appel d'Audrey qui me demande ce qu'il se passe.
- Tu pourrais passer à l'hôpital Saint-Joseph dans une demi-heure ?
- Oui, bien sûr. Tu m'expliqueras pourquoi sur place. Je dois te laisser. A tout à l'heure.
La voiture est toujours au même endroit qu'hier. Je suis soulagé qu'elle n'ait rien. Théo sera content, il avait peur qu'elle ait été fracassée. Ça m'avait fait rire qu'il se préoccupe tant de sa voiture alors qu'il était dans l'attente de la visite du docteur pour savoir ce qu'il avait de cassé. Au moins, son humour était présent ce qui signifiait qu'il n'allait pas si mal que ça. Je démarre avec ses clés et roule jusqu'à l'hôpital, Nico me suit de près. Je conduis doucement, quand même soulagé que l'autre taré ne m'ait pas atteint au bras droit. Nous nous engageons dans le parking de l'hôpital et marchons jusque devant l'entrée principale. Nous n'avons pas longtemps à attendre avant que ma meilleure amie n'arrive.
Elle est accompagnée par un garçon d'environ seize ans. Je suppose que c'est son frère, même si je ne l'ai jamais vu. Il a les mêmes cheveux roux flamboyants et des grands yeux verts semblables à ceux de sa sur. Il a une démarche assurée et suit Audrey avec détermination. Le soleil se lève à peine. Je regarde ma montre : à peine huit heures moins le quart. A notre hauteur, Audrey me prend dans ses bras et me demande comment je vais. Je désigne mon bras du menton.
- Disons que je vais mieux sans ça.
- Explique-moi ce qu'il s'est passé.
Tandis que nous marchons tous les quatre vers le bâtiment, puis dans le hall jusqu'à un ascenseur, je décris une fois encore notre mésaventure de la veille. Le frère d'Audrey affiche un air déconfit alors que sa sur me serre le bras droit de plus en plus fort. Lorsque les portes de l'ascenseur se rouvrent, elle déglutit difficilement.
- Donc voilà. Je m'en sors avec un bras balafré pendant que Théo a deux côtes cassées. Mais monsieur pense plus à sa voiture qu'à son propre cas, ajouté-je avec faible sourire.
Tous trois me suivent dans le couloir qui mène à la chambre de mon ange. Là, nous le trouvons captivé devant l'écran de la télévision. Il remarque ma présence et me tend la main. Je m'empresse de la prendre dans la mienne et suis son regard sur les informations du matin.
«
envoyé à l'hôpital suite à une agression hier au soir, à la sortie de l'enregistrement d'une émission télévisée. En effet, Hugo Marc a été agressé par trois individus dont deux se sont enfuis à l'arrivée de la police. Le troisième a été interpellé et se trouve maintenant en garde à vue. Hugo Marc et son agent, Théo Burnicat, ont déposé leur plainte durant la nuit. Tout porte à croire que le motif de l'agression n'est autre que l'homophobie. Nous rappelons à nos téléspectateurs que l'étoile montante de la chanson française Hugo Marc vit une idylle avec son agent et que c'est bien le principal élément qui aurait poussé les trois hommes à leur tomber dessus. Le jeune chanteur qui... »
Audrey a la bonne idée d'éteindre. Elle se rapproche ensuite du lit et pose sa main sur l'épaule de mon homme.
- Tu es pas mal résistant quand même. Hugo disait qu'ils te bourraient de coup de pied et tu n'as que deux côtes de cassées. Heureusement que tu as les os solides mon Théo !
- Nous avons récupéré ta voiture. Elle est dans le parking, en bas. Hugo m'a dit que tu y tenais plus qu'à tes côtes. Faut être frappé
Théo éclate de rire avant de réprimer un gémissement. Ses côtes doivent le tirailler. Nico prend conscience de son jeu de mots involontaire et s'excuse précipitamment.
- J'ai posé la question trois fois mais personne n'a voulu me dire combien de temps je resterais cloué à ce lit. Dis-moi Audrey, à tout hasard, ce serait pas ton frangin là ?
Sentant nos quatre visages se tourner vers lui, le garçon rougit et détourne les yeux. Ma meilleure amie l'attrape par l'épaule et l'attire contre elle.
- Si. C'est Adrien. Je vous ai parlé de lui, il y a deux jours. En rentrant chez moi hier, il m'a demandé s'il pouvait venir. J'ai pas pu refuser et le voilà. Il m'a réveillée à sept heures parce qu'il écoutait la musique trop fort. Je ne te dis pas quelle musique, tu me croirais pas.
Elle me lance un regard entendu et je comprends qu'elle parle de mon album. Je me souviens qu'elle avait dit qu'il l'écoutait en boucle. Il a l'air complètement dépassé. Il n'ose pas lever les yeux vers moi et se contente de fixer le lit de Théo. Je prends une chaise face au lit et la pose à côté. Je m'assois et caresse les cheveux de mon copain.
- Je propose une sorte de tour de garde. Je peux commencer si tu veux. Ça me permettra de discuter avec toi. En plus, ça t'évitera d'être tout seul et de t'ennuyer.
J'approuve complètement l'initiative de Nico, tout comme Audrey qui fait un signe de tête. Théo sourit et accepte « avec plaisir ». Ma meilleure amie dépose un bisou sur sa joue et lui demande de se tenir tranquille. J'embrasse ensuite mon petit ami en lui murmurant que je l'aime. Nous le laissons en compagnie de mon producteur. Audrey et son frère montent leur voiture, moi dans celle de Théo. Nous démarrons et allons dans son appartement. Je profite de la présence d'une boulangerie pas loin de l'immeuble pour aller acheter de quoi faire un petit déjeuner. Je préviens Audrey de mon intention mais elle envoie Adrien et me garde avec elle. Quelques minutes nous suffisent pour nous échouer l'un en face de l'autre sur son canapé.
- Comment ça va ?
- Je dois dire que j'ai horriblement mal à la gorge à cause de cet enfoiré d'hier. Il a presque réussi à me tuer. J'ai pas osé regarder si les marques sur mon coup étaient trop visibles.
Mon amie se penche pour regarder et se redresse.
- Ben, ça se voit mais ça attire pas l'attention. Tu as été vachement courageux quand même. Foncer comme ça, sur trois mecs ! Tu savais même pas s'ils étaient armés. Imagine qu'ils avaient tous un couteau ou pire
L'idée me fait frissonner.
- Je n'ai pas vraiment été courageux. J'ai surtout eu énormément de chance. Si le premier gars avait esquivé mon coup, ils me seraient tombés dessus tous les trois et je serais sûrement pas là. Sans oublier les flics : s'ils n'étaient pas arrivés à temps, je crois bien que le mec m'aurait tué avant de s'occuper de Théo
Cette pensée m'est insupportable et je sens des larmes me monter aux yeux. Je pose mon coude sur mon genou et enfouis mon visage dans le creux de ma main. Audrey se précipite à côté de moi et passe un bras autour de mes épaules tout en me chuchotant des paroles réconfortantes. L'image du corps sans vie de Théo se fixe dans mon esprit. Je secoue la tête et me mords la lèvre. Ce n'est pas arrivé et ça n'arrivera pas. Il est en vie. Nous sommes tous les deux vivants. J'essuie mon visage avec ma manche et regarde ma meilleure amie qui me sourit amicalement. Mes larmes sont à peine taries que la porte d'entrée claque violemment. Adrien apparaît dans le salon et sa sur l'engueule pour le bruit.
- J'ai déjà eu du mal à ouvrir la porte avec les bras encombrés alors la refermer
!
Il se dirige vers la cuisine et revient avec deux assiettes sur lesquelles il a disposé pains au chocolat et croissants. Audrey demande si on veut boire un chocolat chaud. J'accepte volontiers et Adrien répond oui également. Pendant que sa sur s'affaire dans la cuisine, le garçon me dévisage longuement. Je sens encore les traces salées sur mes joues. Tout en essuyant ces ombres, je décide de prendre la parole puisqu'il n'a pas l'air d'oser parler.
- Alors Adrien, content d'être chez ta sur ?
Je sais, c'est assez pathétique mais je ne sais pas quoi dire d'autre. J'attends une réponse qui semble très longue à formuler.
- Ou
oui. Faut dire que la belle mère est chiante comme la pluie alors ça me fait des vacances.
- Apparemment, c'est à ta sur que tu ne fais pas de vacances.
Adrien rougit brusquement. Il ferme la bouche et regarde par la fenêtre. Sa réaction me fait rire.
- Tu lui mènes la vie dure à ce qu'elle dit. Heureusement qu'elle est pas rancunière !
- Elle a pas intérêt puisqu'elle est pareille que moi. Avant qu'elle ne parte à San Diego, elle nous battait les oreilles en écoutant la même chanson toute la journée.
- La relève est bien assurée alors.
Nous rions tous les deux quand Audrey arrive avec un plateau contenant deux bols de chocolat et une tasse de café, bien crémeux comme elle aime. Elle ne s'arrête pas à notre hauteur mais se dirige droit vers la table à manger et prie son frangin d'apporter les assiettes. Une fois installés, nous commençons à dévorer les viennoiseries dans une discussion animée. Après que nous ayons débarrassé la table, je reçois un appel de ma mère, catastrophée, pour me demander des nouvelles. Elle a dû voir les infos et a imaginé le pire. Je la rassure du mieux que je peux et lui donne le numéro de chambre de Théo à l'hôpital.
Vers dix heures, je suis de nouveau auprès de Théo. A mon entrée dans la pièce, je réalise que ce n'est pas Nico qui est au chevet de mon copain mais ma mère. Lorsqu'elle me voit, elle me saute dans les bras.
- Pourquoi tu ne m'as pas appelée ? J'ai appris par la télé ce qu'il vous était arrivé ! Ils disaient juste que vous étiez tous les deux à l'hôpital. J'ai vraiment eu peur !
- Il n'y a que moi qui sois à l'hosto. Et plus pour très longtemps.
- Tu as du nouveau ?
- Un médecin est venu pendant que je discutais avec Nico. Il a dit que je sortirai dans un ou deux jours mais qu'il faudrait que je reste tranquille quelques temps.
Je lui souris et viens l'embrasser. Je me rends compte que c'est la première fois que j'ai un tel geste d'amour pour Théo devant ma mère. Je me retourne pour voir sa réaction. Elle a le même regard attendri que lorsqu'elle voit un couple hétéro s'embrasser. Je pousse un léger soupir de soulagement car elle n'est pas dégoûtée et ne montre aucune désapprobation, au contraire. J'ai tout son soutien et ça m'emplit de joie. J'ai la certitude que je peux avoir une confiance sans faille en ceux qui me sont proches. En chacun d'eux.
Le soleil est déjà haut dans le ciel. Ce premier jour de printemps est plein de promesses. Je regarde le calendrier accroché sur la porte du frigo. Ça fait maintenant un an que je vis ma passion sur scène. Je vide mon verre de jus de fruit d'un trait et marche vers l'escalier que je monte en prenant soin de ne pas faire de bruit. Sur le mur, à mi-hauteur, se trouve pendu mon disque d'or. Je passe devant sans y prêter plus attention que d'ordinaire. C'est le symbole de mon triomphe mais également de la terrible nuit qui a failli nous faire perdre la vie à Théo et moi. Arrivé sur le palier, je jette un il à travers la porte que j'ai laissée entrouverte en sortant. Sur le lit, mon homme est couché sur ventre, un bras étendu là où je me trouvais il y a cinq minutes et le second enfoncé sous les oreillers. J'aime le regarder. Quant à ce petit acte de voyeurisme, je m'en lasse vite. Il me tarde de retourner sur le matelas et sous le fin drap blanc qui le recouvre.
Je me glisse à l'intérieur de la chambre puis contre Théo. Je n'ose pas retourner à ma place par peur de le réveiller en bougeant son bras. Aussi je passe de l'autre côté et m'allonge. Sa peau est si douce que l'envie de la caresser s'empare de moi. Comment résister à un tel désir ? Délicatement, je promène mes doigts sur son dos. Je pose ensuite ma paume sur sa hanche. Mon copain décide alors de changer de position et se retrouve sur le dos. Je profite de l'occasion pour caler ma tête entre son épaule et sa poitrine en passant mon bras sur son ventre. Je m'endors à nouveau, bercé par sa respiration régulière.
Je suis réveillé par un goût extraordinaire sur les lèvres. J'ouvre lentement les yeux et ne suis pas étonné de ce qui apparaît devant moi. Théo est penché sur mon visage et m'embrasse une fois de plus. Je me laisse transporter par la saveur de ses lèvres. Le téléphone sonne. Je le maudis pour interrompre un si délicieux instant. Mon copain attrape le combiné pour décrocher. Après quelques secondes, il le repose et me regarde droit dans les yeux.
- Les gens devraient regarder le numéro qu'ils composent, ça leur éviterait de déranger.
Sur ce, il m'embrasse et je l'attire contre moi. J'aime sentir son corps dans un étreinte comme celle là. Sa présence m'est vraiment indispensable. Nos portables tintent à l'unisson. D'un simple coup d'il, nous réalisons ce que c'est et nous nous écrions d'une même voix :
- On est à la bourre !
Nous fonçons tous les deux à la douche. Un quart d'heure plus tard, nous sommes dans la voiture, prêts - ou presque - pour le concert. Il est presque six heures quand nous arrivons sur le site. On se précipite vers l'accès réservé où Nico nous attend, l'air furieux. Il nous rabroue en se plaignant de notre paresse mais, devant notre gêne qui en dit bien plus que ce que nous pourrions dire, il s'adoucit et nous amène derrière la scène. Le stress commence à me gagner. Théo me prend par les épaules et me rassure à renfort de ces sourires dont lui seul connaît le secret. Il m'accompagne devant un petit escalier.
Le show est diffusé en direct à la télé et des dizaines de caméras doivent être posées un peu partout là haut. Je prends de grandes bouffées d'air pour calmer mon anxiété. Des voix criant mon nom suivent les paroles d'un animateur qui annonce les stars qui se produiront ce soir. C'est assez impressionnant de savoir que tant de célébrités seront présentes ici-même. Je souris à mon homme qui me caresse la joue. Il pose sa main sur ma nuque et me tire vers son visage. Le contact rompu, je ne désire que le reconnecter. Aussi je le prends par la taille et l'embrasse de plus belle. A ce même moment, des flashes nous atteignent. Nous nous tournons du côté d'où ils arrivent et voyons une petite armée de photographes qui nous mitraillent.
Lorsque j'entends mon nom jaillir des enceintes, je réclame un dernier baiser et gravis les quelques marches qui mènent à la scène. Plus d'une vingtaine d'artistes vont passer par cet escalier, fouler ce sol mais c'est moi qui commence. J'ouvre le bal. Un dernier regard à Théo qui me sourit, confiant, et je fais quelques pas pour apparaître au public. Je crois n'avoir encore jamais vu autant de personnes réunies au même endroit. Ou du moins, pas de cette façon. Tous les yeux sont rivés sur moi. J'avance jusqu'au centre, là où un micro m'attend. Je l'empoigne et salue vivement la foule qui me répond en hurlant à plein poumons. Les premières notes de ma chanson sont jouées. Ça va être à moi. Un, deux
Trois.
Angel Of Ys
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