L'étoile montante (2)
de Angelofys
Il est huit heures, je m'assois en face d'un bureau derrière lequel une femme au chignon relevé et en tailleur serré parle avec empressement dans le combiné de son téléphone. Avec un sourire, elle me demande silencieusement de patienter quelques secondes. Je fais courir mes yeux le long des murs. J'observe quelques diplômes et quelques photos d'artistes avec elle au dessus d'innombrables tiroirs.
Voilà. Excusez moi pour ce coup de fil intempestif mais bon, le business c'est le business et organiser des concerts, c'est as évident tous les jours ! Enfin... Vous êtes... Excusez moi, je ne m'y retrouve plus dans ce fatras !
C'est vrai que son bureau est jonché de papiers, prospectus publicitaires et autres documents. Elle cherche mon nom sur un de ses papers mais j'ai comme l'impression que ça sonne faux. Je me décide à l'aider en voyant que ça risque de prendre du temps :
Hugo Marc.
Ah oui ! Mais oui ! Donc oui. J'ai entendu parler de votre première participation et j'ai assisté à la seconde. Je peux vous assurer que vous avez fait frémir le public de contentement. Pour un artiste débutant, si je peux me permettre, c'est assez étonnant de voir un tel engouement. Je crois savoir que vous n'aviez jamais fait de représentations publiques avant votre premier concert il y a deux semaines.
C'est ça.
Elle me dévisage longuement et détache ses cheveux.
On m'a demandé de vous proposer de participer à un concert samedi mais j'aimerai vous proposer quelque chose d'autre...
Son regard s'est fait aguicheur et elle commence à jouer avec une mèche de cheveux. Elle est très séduisante mais... ça ne m'intéresse pas.
Et... qu'est-ce que c'est ?
Hum... je suis invitée à dîner avec quelques amis journalistes de magazines musicaux et je me demandais si ça pourrait vous intéresser de m'y accompagner... histoire de vous faire connaître davantage d'eux, bien entendu...
Elle a feint de ne pas me connaître et n'avait d'autre but que de me poser cette question. Cette organisatrice faisait-elle ça avec tous ceux qu'elle croisait ? Je réfléchis à toute allure. Certes, un concert est alléchant mais ce repas peut donner un petit coup de pouce pour me lancer.
Donc, c'est le même soir ?
Absolument !
Je sens qu'elle détaille chaque centimètre de mon visage. Lorsqu'elle s'arrête sur mes yeux verts, je me sens soudain mal à l'aise.
C'est d'accord pour ce dîner ?
... Entendu.
Un large sourire illumine son visage. Elle me donne l'adresse du restaurant avec date et heure et...
Mon numéro personnel. Au cas où vous auriez des problèmes, questions ou... autres choses.
Non, je rêve pas : c'est bien du rentre-dedans qu'elle me fait ! Je prends le papier et commence à me lever. J'ai promis de déjeûner avec Théo mais je dois passer régler quelques affaires avant et ça va me prendre le reste de la matinée. J'ai hâte de sortir de ce bureau. Je n'ose pas clarifier les choses quant à cette drague que me fais l'organisatrice parce que... ça le fait pas.
Au fait, si vous n'avez rien de prévu, on pourrait discuter de votre emploi du temps autour d'un déjeûner ce midi...
Ah ? Non désolé, je suis déjà pris.
Ah bon... Eh beien, à la semaine prochaine alors ! Et puis, je passerais peut-être vous voir au concert de mercredi...
Hé bien, très bien ! Donc... Au revoir et merci pour...
Pensez vous, c'est tout à fait naturel !
Elle me raccompagne jusqu'à la porte de son bureau et me salue avec un clin d'oeil coquin. Je la quitte avec un sourire mais un peu gêné par ce rentre dedans... Je passe tout le reste de la matinée à penser "Si elle savait..." Non pas que j'aie honte d'être homosexuel et en couple avec Théo mais je ne tiens pas à ce que ça se sache. Je pars du principe que c'est ma vie privée et que le monde n'est pas concerné. Je rentre ensuite chez moi pour me changer avant de partir chez Théo. Je me gare facilement et monte à son studio, serrant une petite boîte dans ma poche. Deux minutes après avoir frappé à sa porte, je suis couché sur son sofa, mes lèvres soudées aux siennes.
Tes exams de ce matin se sont bien passés ?
Moui... chiant mais assez facile. Et toi, ton organisateur ? Ton agenda est surchargé ?
Organisatrice. Elle m'a proposé un concert mais m'a invité, le même soir, à un dîner de journalistes. Tu l'aurais vue ! Elle m'a dragué et m'a donné son numéro perso et me disant qu'elle passerait peut-être me voir mercredi. Et, bouquet final, elle voulait qu'on déjeûne ensemble aujourd'hui !
C'est qui celle là ? Attends que je la rencontre, je lui apprendrai qu'on te drague pas parce que, un, tu es avec moi, deux, je suis pas partageur !
Son air gamin me fait rire. Nous discutons de nos après-midi avant de nous mettre à table. Fin cordon bleu, Théo a préparé... des spaghettis bolognaise ! Il est presque une heure et demie quand nous finissons de manger. L'exam de Théo commence à deux heures et il va falloir qu'il parte dans peu de temps pour être à l'heure. Sur le seuil de sa porte d'entrée, je repense subitement à cette petite boîte dans la poche de ma veste. Je la sort et la donne à mon Copain.
Qu'est-ce que c'est ?
Ta nouvelle voiture en pièces détachées...
Trop bien !
On rigole un court instant avant qu'il ne se décide à ouvrir la boîte.
Je l'ai faite faire ce matin. C'est le double de la clé de mon appart'.
Merci mon coeur ! C'est un trop beau cadeau !
Tu pourras entrer directement comme ça.
Pour toute réponse, il me saute au cou, m'embrasse et enfile la clé sur son petit trousseau. Il jette un coup d'oeil à sa montre :
Ah merde ! Faut que je file si je veux y être à temps !
Tu veux que je te dépose ?
Tu le ferais ? Moi je dis pas non ! Mais let's go par contre...
Je rigole et me dépèche de descendre à ma voiture pendant que Théo ferme sa porte. A peine est-il assis sur le siège passager que je suis déjà en route. Je lui dis que je passerai le prendre après son exam et qu'on ira manger une glace à la maison.
En voilà une idée qu'elle est bonne !
Nous arrivons avec juste assez d'avance pour qu'il puisse aller dans la salle d'examen.
Je t'appelle quand je sors !
Un dernier baiser et il disparaît dans le batîment. Je rentre chez moi et me laisse tomber sur le canapé. Je mets le DVD que j'ai acheté vendredi mais que je n'ai toujours pas eu le temps de regarder...
Deux heures plus tard, je range le DVD et me fais quelques commentaires dessus. Après avoir bu plusieurs verres d'eau, mon portable sonne : c'est Théo. Je prends mes clés et pars pour la fac. Les places de libres sont plus rares à cette heure et je dois m'éloigner un peu de l'entrée. Je sors de la voiture pour que Théo puisse me voir. Les minutes s'écoulent quand deux étudiantes sortent du bâtiment et passent près de moi. Je n'y prête pas attention mais elles s'arrêtent à ma hauteur. L'une d'elle me demande :
Excusez moi, vous ne seriez pas Hugo Marc ?
Heu... Oui c'est moi...
On était là samedi soir et on vous a entendu. C'était vraiment cool !
Merci, je...
Vous attendez quelqu'un de la fac là ?
Déjà, j'ai du mal à en placer une mais en plus, je subis un interrogatoire. Malgré tout, je reste calme et réponds tranquillement.
Oui c'est ça.
Ah mais on vous reverra dans le coin alors !
J'acquiesce d'un signe de tête et elles se mettent à pouffer :
Préparez les stylos pour les autographes la prochaine fois !
Elles s'éloignent ensuite en gloussant et une main me touche l'épaule.
J'ai failli pas te voir, heureusement que ces filles attiraient l'attention ! Qu'est-ce que ces dames désiraient ?
Elles m'ont juste reconnu. On y va ?
Yap !
De retour chez moi, il me raconte la moindre minute de son examen pendant que nous savourons nos cônes menthe-chocolat. J'apprends qu'il est libre demain matin. Je lui propose donc de rester ici pour la nuit et de le ramener chez lui le midi. Il m'embrasse et me dit "ok". Dans la soirée, nous sortons marcher un peu sur les Champs Elysées. Il ne pleut pas, il fait bon et malgré l'heure tardive, l'avenue est animée : comme toujours. Je guide Théo vers la salle de concert dans laquelle je vais me produire mercredi soir, à quelques rues de là. Lorsque nous rentrons vers minuit, nous filons sous une douche chaude avant de nous caler l'un contre l'autre dans mon lit.
Il est presque dix heures quand je me réveille et Théo n'est plus dans ma chambre. Je descends à l'étage sans le trouver. Son sac de cours et toujours dans la salon ; il n'est donc pas reparti chez lui.
Théo ?
Pas de réponse mais... La porte d'entrée s'ouvre et mon Copain apparaît, avec des sacs dans les bras. Il se fige lorsqu'il me voit.
... grillé ...
Tu étais parti où ?
Je voulais rentrer avant ton réveil pour t'apporte un p'tit dèj' mais je crois que c'est fichu...
Ah... Oui mais non ! Regarde, je tourne me coucher... et tout est bon ! Une idée si belle, ce serait bête de ne pas la faire...
On éclate de rire et il me fait signer de remonter. Je m'éxécute immédiatement pendant qu'il commence à déballer ses achats dans la cuisine. Une dizaine de minutes plus tard, Théo entre dans ma chambre avec un plateau bien rempli et me lance d'une voix suave :
Bonjour, bel endormi !
Bonjour Toi ! Oh mon Dieu, mais quelle surprise ! Quel honneur tu me fais !
Il pose le plateau sur le lit en m'embrasse avec un sourire amusé. Sur le plateau, deux bols de chocolat fumant, une assiette de viennoiseries, quelques tartines grillées couvertes de nutella ou beurre, et enfin deux grands verres avec une bouteille de jus de fruits. Nous nous embrassons tous les deux puis nous commençons à manger.
Après cette petite matinée qui a commencé d'une façon merveilleuse, le moment de la séparation arrive. Je le dépose devant son studio et, après un trop court baiser, je rentre chez moi. De retour, je fais un peu de ménage dans mon duplex avec de la musique. Une fois terminé, je me rends compte que j'ai trois messages sur le répondeur de mon portable. Surpris car je n'ai rien entendu je me décide à les écouter :
"Salut Hugo... ça me gêne un peu de t'appeller comme on est plus ensemble et que j'ai beaucoup hésité avant... Enfin voilà, je voulais juste te dire que j'étais au concert de samedi et que je t'avais trouvé formidable... Donc... je voulais juste te dire ça... sans compter que moi... je t'aime encore et toujours et je m'en veux pour ce que j'ai fait. Je comprendrais que tu me répondes pas mais voilà... je te l'aurais dit..."
Pendant que la voix féminine classique m'énonce mes différents choix, je repense à lui, Xavier, qui m'a jeté après que son frère cadet nous ait surpris dormir tous les deux. A cause de sa peur de faire son Coming Out, il avait préféré couper court à notre relation, il y a maintenant près de neuf mois. J'efface son message, je ne veux plus rien avoir à faire avec lui. Le second message s'enclenche :
"Bonjour, c'est Julia Balme, nous nous sommes vus hier. Je me demandais si vous étiez libre ce soir. Je m'excuse de vous appeller en catastrophe comme ça mais le dîner de la semaine prochaine a été avancé à demain midi et je voulais savoir si vous étiez toujours intéressé et disposé pour venir. Rappellez moi dans l'après-midi s'il vous plaît pour confirmation. Bye !"
Il ne manquait plus que ça ! Heureusement que je n'avais rien de prévu ce soir. Je veux entendre le dernier message avant de rappeller l'organisatrice.
"Coucou Hugo ! C'est Ginie, je me demandais si ça te plairait de venir avec nous avant le concert. On va manger un morceau avant d'aller à la salle faire les répétitions. Si tu es partant, tu nous retrouves devant la salle demain à 16 heures d'accord ? Bisous et à demain !"
Elle me donne rendez-vous plus de quatre heures avant le début du concert ! Ça peut être sympa ! J'appelle Julia Balme pour lui confirmer ma présence ce soir. Quand je raccroche, je me dis que ce mercredi va être plutôt mouvementé...
Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com