L'étoile montante (4)
de Angelofys
Je reste abasourdi par le bruit des applaudissements. Je salue le public, le remercie, présente et remercie également Emile d'avoir joué avec moi puis je quitte la scène. J'ai une bouffée de chaleur en retrouvant la pénombre des coulisses. L'agitation de la salle est plus grande encore que tout ce que j'ai pu connaître jusqu'à présent. Théo m'enserre en me félicitant pour ma prestation. Il me dit en souriant que Ballet de Nuit est encore plus belle que lorsqu'il l'a écoutée pour la première fois. Ginie n'est pas là mais je sais qu'elle fait son entrée de l'autre côté de la scène. Je me retourne pour la voir apparaître aux yeux du public, éclatante. Elle me lance un clin d'oeil avant de se tourner vers la foule. J'emmène Théo dans ma loge quand Nico nous intercepte.
T'as été... splendiculaire Hugo !
Il se tourne ensuite vers mon copain avec un sourire :
Et voici donc "l'ami" en question... Nico Stan !
Théo Burnicat, enchanté. Hugo m'a parlé de vous après le premier concert...
Pourquoi ça m'étonne pas ?
Il éclate de rire et se dirige vers les proches coulisses. Je transpire à grosses gouttes; non pas que j'ai fait un effot surhumain mais être exposé sous les projos, ça donne vraiment un coup de chaud. Dès que la porte est fermée, Théo détaille la petite pièce avec attention : un large paravent est déplié et couvre une bonne partie du mur du fond. J'y ai posé mes affaires en arrivant. Une longue table contre le mur de gauche est surmontée d'un large miroir et en face, un simple console est installée près de deux chaises, placées l'une à côté de l'autre pour mes répétitions avec Emile. Le tout dans un style assez... "playmobil", du bleu clair et du jaune pétant... Théo s'installe sur une chaise et m'observe en silence. Je disparais, quant à moi, derrière le paravent récupérer mon sac et me changer. J'aurais été Madonna, j'aurais eu une douche inclue dans la loge... Je commence à me déshabiller mais, après plusieurs secondes, inquiet du silence de mon copain, je lui demande :
Ça ne va pas ?
Je sors du convert du paravent pour voir mon homme. Celui-ci est négligement assis sur la chaise, les yeux dans le vague. Je répète ma question et Théo reprend de l'activité.
Hein ?
Je te demande comment tu te sens.
Bah oui, super...
Clair que t'en as l'air...
Un peu vexé par sa réponse, je lui tourne le dos pour retourner me changer. A peine suis-je derrière le paravent que Théo passe ses mains autour de ma taille et pose sa tête sur mon épaule nue.
Excuse moi mon Hugo. Je suis juste un petit peu fatigué avec mon exam et ce début de soirée... J'aimerais qu'on rentre à la maison...
Il tourne la tête pour m'embrasser sur la joue.
Mais heu... tu veux pas rester au moins jusqu'à la fin du concert ? Après il y a une petite fête et...
Hugo, reste. Moi je vais y aller...
Non attends. Tu t'en vas, je pars avec toi ! Laisse moi le temps de me changer et de prévenir Nico et on y go d'ac ?
Il m'embrasse et me souffle un "merci" qui disparaît, englouti par un second baiser. Il se sépare ensuite de moi. Je me hâte d'enfiler mes vêtements de rechange. Une fois mes affaires ressemblées, je demande à Théo d'attendre quelques minutes dans la loge et sors dans le couloir, plongé dans l'obscurité. Je rejoins rapidement les abords de la scène où se trouve Nico, en pleine conversation avec... Laura Balme. J'hésite un instant avant de poursuivre. Après la petite vacherie sympathique, j'appréhende un peu beaucoup de reparler à l'organisatrice. Je respire une grande bouffée d'air et m'avance vers le duo. Sur scène, Raphaël est en pleine prestation.
Ah Hugo ! J'allais venir te chercher ! Tu connais Laura ? C'est une consoeur.
Oui Nico... nous nous connaissons...
La réponse de Laure Balme est d'un ton acide, avec un sourire carnassier aux lèvres et un regard perçant. Je vois qu'elle veut dire quelque chose. Aussi je la coupe :
Au fait Nico, je viens te voir parce que je me sens pas au top niveau et je crois que je vais rentrer maintenant, je...
C'est pas le copain qu'est hors-jeu plutôt ? Si c'est ça, personne le retient...
Ça y est. La simple aversion que je pouvais ressentir pour cette femme s'est définitivement changée en mépris.
Non non. C'est bien moi qui me sens mal. Encore plus depuis quelques minutes... Je vais me rentrer.
Ah et...
Bien Hugo. Fais ce qu'il faut pour que tu ailles mieux et on se reparle demain d'accord ?
Il me lance un discret clin d'oeil. Je lui souris et Laura se tourne vers lui, avec un soupçon de colère maîtrisé.
Sans problème Nico. A demain.
Nico... mon héros ! Je ne peux pas penser autre chose de lui à cet instant. J'ai de la chance qu'il soit aussi compréhensif... et qu'il ait empéché cette garce de répliquer. On peut dire que Laura Balme a très vite chuté dans l'échelle de mon estime. Je me demande même si je vais aller au concert qu'elle organise de la semaine prochaine... Je prends congé du duo et retourne à ma loge chercher Théo. Sur le chemin, je croise Ginie et Nolwenn qui discutent en s'esclaffant. Je les informe de mon départ et chacune d'elles m'en demandent la raison. Après une courte explication, toutes les deux me demandent des les appeller plus tard. Je récupère le numéro de Nolwenn et leur dis au revoir avant de poursuivre mon chemin.
Quelques minutes plus tard, Théo et moi sommes installés dans ma voiture. Je lui raconte mon entrevue avec les deux organisateurs et il se met à pester contre Laura Balme. Lorsque nous arrivons enfin dans mon duplex, il se laisse tomber sur mon lit et je viens me lover contre lui. Les câlins commencent d'une manière très douce puis cette douceur se mue en tendresse passionnée. Mes mains glissent sous sa chemise noire. Il me bascule sur la couette et m'embrasse de plus belle. Nos lèvres sont soudées et ses mains sont baladeuses. Mes vêtements se retrouvent par terre après que les siens soient jetés dans la chambre. Il me semble ne plus entendre que nos respirations rapides et le frottement de nos corps sur la couette dans la pénombre de la pièce...
Nous avons fait l'amour plusieurs fois cette nuit et le soleil est déjà haute dans le ciel quand je me réveille. Théo est encore contre moi, un bras par dessus ma hanche. Je me dégage très doucement et attrappe un boxer. Après l'avoir enfilé, je descends à la cuisine me servir un verre d'eau. J'ai des flashes de ma nuit dans les bras de mon homme qui me reviennent en tête. Je remonte me détendre sous la douche, histoire de refroidir mes ardeurs. Quand je coupe l'eau, Théo se tient contre la porte, les bras croisés, et me regarde avec un sourire.
Tu sais qu'en te léchant les lèvres, tu passerais pour un cannibale ?
Cette nuit, c'était plutôt toi le cannibale...
Je me sens rougir et attache une serviette autour de ma taille. Mon petit ami se rapproche et m'embrasse. Nous échangeons un "Je t'aime" et il entre dans la douche. Je m'habille dans ma chambre et retourne dans la cuisine. Théo rejoint quelques minutes plus tard. Je lui demande ce qu'il aimerait manger, il me répond :
Je dirais bien "Toi" mais j'abuserais je crois...
Et c'est moi qui suis cannibale ? Sans rire, tu as une envie particulière ?
Au risque de paraître... enfin bref... Je voudrais bien un bon hamburger...
J'ai ce qu'il faut pour en faire des hamburgers "maison" si tu veux.
Ah trop bien ! J'adore ceux que tu fais !
Encore une fois, je rougis... Il n'y a vraiment que lui qui peut me faire un tel effet ! Je sors le pain spécial hamburgers, le grille pain et les steaks pendant que Théo s'occupe des tomates et prépares les feuilles de salade. Après plusieurs longues minutes, nous nous installons l'un en face de l'autre à table. La discussion s'oriente d'abord sur ses examens enfin terminés du concert d'hier puis de nos projets pour la fin de semaine...
Vers quinze heures, nous décidons de sortir faire quelques emplettes et marcher un peu en ville. Le soir, nous rentrons chez moi et passons la soirée devant le troisième épisode de Star Wars accompagnés d'un saladier de pop corn. Le lendement, à mon réveil, Théo n'est plus dans le lit, je descends en espérant le retrouver dans le salon. Il est assis sur le canapé, mon portable dans la main. Je sais qu'il aime les jeux qui sont dessus mais à la mine sombre qui est peinte sur son visage, je me doute qu'un jeu vidéo n'est pas en cause.
Théo, tu...
Tu reparles à Xavier ?
Il me prend soudain au dépourvu. Xavier est mon ex et, même s'il m'a laissé un message il y a trois jours, je ne lui ai pas adressé la parole ni même vu ce type depuis notre rupture. Théo le connaît car nous avions été présentés par un ami commun lors d'une soirée. Théo et moi nous étions rapprochés puis mis ensemble durant les mois qui suivirent ma séparation avec Xavier. A-t-il laissé un autre message sur mon répondeur ?
Il m'a laissé un message mardi mais je l'ai effacé sans répondre. Tu sais bien que je ne veux plus jamais revoir ce mec. Pourquoi tu me demandes ça ?
Je jouais sur ton portable quand il a appellé. J'ai fait une fausse manoeuvre et ç'a décroché. Quand j'ai reconnu sa voix, j'ai voulu raccrocher mais il m'a dit que vous vous étiez vus avant le concert de mercredi et qu'il était déçu que tu l'aies pas rappellé "comme prévu". Il a dit aussi qu'il espérait que tu n'avais pas oublié votre rendez-vous de ce midi. Alors moi, tout naturellement, je me pose des questions. Sans compter que...
Sans compter que quoi ? J'ai rendez-vous avec personne et surtout pas avec cet abruti. Mercredi soir, avant le concert, j'étais avec Nico et Ginie avant d'aller dans ma loge répéter avec Emile, le guitariste du groupe et...
Oui mais...
Ecoute Théo, je t'aime, mais si tu accordes plus de crédit à ce que te dis un enfoiré plutôt qu'à moi, il vaut mieux que tu rentres chez toi.
Je fulmine en remontant l'escalier et me jette sous l'eau tiède de la douche. Comment cette raclure de Xavier peut-elle mentir comme ça ? J'ai bien envie de le voir, uniquement pour lui botter le cul. Et Théo ! Pourquoi a-t-il décroché ? Fausse manoeuvre tu parles ! Et comment peut-il croire ne serait-ce qu'un mot de ce que peut dire Xavier après tout ce qu'il sait de lui ? A-t-il si peu de confiance en moi ? La confiance est le ciment d'une relation, merde à la fin ! Je secoue la tête et expose mon visage à la pomme de douche. Et puis, même sans confiance, apèrs ce que m'a fait Xavier, comment Théo peut-il s'imaginer que je reparle à ce type ? C'est pas lui qui a ramassé les morceaux après la rupture ? Je me sens démuni : d'une part à cause de sa question qui laisse percer ses soupçons et de l'autre parce que je me suis expliqué alors que je n'avais pas à le faire. C'est vrai quoi ! Ce genre de questions à la con merci bien !
Je sursaute lorsque deux mains se posent sur mon ventre et un corps se colle au mien. L'eau tiède ruisselle sur ma peau et trempe Théo, derrière moi. Il m'embrasse l'épaule et me dit :
Excuse moi Hugo. J'ai été con... Je sais que c'était stupide d'insinuer que tu avais repris contact avec Xavier après... Je m'en veux d'avoir réagi comme ça. Pardonne moi Hugo...
Je me retourne pour le regarder. Son regard est brillant et de nombreuses larmes coulent sur son visage angélique. Je ne sais pas quoi lui dire, lui répondre... alors je l'embrasse. Je mêle mes lèvres aux siennes. Il me serre ensuite contre lui. Nos corps dénudés entrent en contact dans une petite décharge électrique.
Pardonne moi... Je t'aime Hugo et l'idée que toi et moi... ça puisse se finir me terrifie. Je veux pas te quitter, je suis trop bien avec toi, je peux pas me passer de ta présence, de ton visage, de ton corps... de toi Hugo ! Je t'aime plus que tout au monde...
Je voudrais oublier tout ce qui est arrivé depuis mon éveil. J'oublierais tout ça si ça m'était possible. Une chanson des Corrs me revient en tête : Forgiven not Forgotten. J'ai encore du mal à comprendre comment Théo à pu me croire infidèle. A cette question, il me répond :
Tu sais, dans le monde gay, beaucoup de mecs vivent d'aventures et une fois de temps en temps... j'ai eu peur que... comme Xavier...
Ma fureur, alors calmée, reprend de l'ampleur jusqu'à atteindre des proportions que je n'imaginais pas possible chez moi. Je me dégage et lui fait face.
Mais moi ! MOI ! Je n'ai jamais été comme ça ! Jamais j'ai voulu avoir des "aventures" comme tu dis ! J'ai couché qu'avec deux mecs dans ma vie et tu sais lesquels. J'ai tout perdu avec Xavier je te rappelle ! J'ai fait mon CO après notre première fois, mon père m'a foutu dehors et lui... lui, il a eu peur et m'a jeté. Tu crois vraiment que je retournerais le voir ? Ça me tue que tu l'ai pensé ! Et maintenant, tu supposes que je te trompe à tout va !
Non, je...
Tu devrais rentrer chez toi.
Quoi ? Mais tu...
Un silence s'installe. Un silence pesant. Je lui tourne le dos. Sur mon visage se mêlent mes larmes et l'eau déversée par la douche. C'en est trop là. J'ai besoin d'être seul pour me remettre les idées en place. La porte de la salle d'eau se referme; Théo est parti. J'ai envie de courir à sa suite, le rattrapper et m'excuser pour m'être emporté. Une minute... Pourquoi je veux m'excuser ? Ce n'est pas moi qui suis en tort après tout.
Je coupe l'eau, attrappe une serviette et l'attache autour de mes hanches. Je sors ensuite de la salle de bain pour passer T-shirt et pantalon noir, à l'image de mon humeur, avant de descendre les marches. En haut de l'escalier, je vois Théo, assis sur la dernière marche, la tête entre les mains.
Tu me fais... si peu confiance ?
Sans bouger, il dit :
Tu sais bien que si.
Non je sais pas ! La preuve !
Je m'assois derrière lui, quelques marches plus haut.
Hugo je... j'ai eu un moment de faiblesse. L'appel de Xavier m'a totalement désorienté. Je me suis laissé berner par ses conneries... je suis désolé de t'avoir fait du mal avec ça... Je m'en vais, t'en fais pas...
Sans se retourner, Théo se lève, prend sa veste et marche vers la porte. Après sa sortie de la salle d'eau, il s'est rhabiller sans prendre le temps de se sécher correctement. Ses cheveux encore mouillés luisent à la lumière et sa chemise noire est trempée. Un flot d'idées et pensées diverses se bousculent, se battent dans mon esprit. Mon âme se tord, déchirée. Je me lève soudainement...
Non Théo !
Il stoppe tout mouvement et tourne légèrement la tête dans ma direction. Je ne sais plus quoi dire, quoi faire pour qu'il reste. Je ne veux pas qu'il s'en aille.
Tu... tu vas pas sortir comme ça quand même...
Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com