![]() L'étoile montante (5) J'entre dans le bâtiment et marche vers Théo. Il est déjà là depuis une heure pour préparer mon arriver et s'assurer du bon déroulement de la séance. Nous enregistrons Ballet de Nuit aujourd'hui pour mon premier single. Nico et Ginie m'ont un peu pistonné sur ce coup et je leur en sais gré. Je découvre avec étonnement et admiration les locaux. C'est la seconde fois que je pénètre dans un endroit comme celui là. La première fois, c'était la semaine dernière. On mettait l'album en forme. Il était prêt, paré à sa sortie dans les bacs. Aujourd'hui, j'enregistre le premier single en indépendant, autrement dit, dans une autre version que sur l'album. Théo me guide vers la pièce où l'on va enregistrer en discutant. ... c'est chez mes parents. Et après... tu as un rendez-vous avec... oh ! surprise ! Moi ! Je ris à sa plaisanterie mais change de sujet. Sérieusement, tu crois que Marie t'en veut encore ? Quand on y repense, tu n'as fait que rentrer chez tes parents. Tu pouvais pas savoir ce qu'elle faisait... Ah mais carrément ! Et puis, elle m'avait dit de la rejoindre. Elle aurait dû savoir que j'arrivais quand même. Ta soeur est bizarre de toute façon. On choisit pas sa famille, que veux-tu... Tiens, c'est là. Nous entrons à présent dans le studio d'enregistrement à proprement parler... Deux heures plus tard, nous avons enfin mis la chanson "en boîte" avec tous les arrangements. Théo et moi quittons les lieux et montons dans nos voitures. En août, en recevant son diplôme, mon homme s'est offert une voiture, simple et fonctionnelle. Ça lui permet toutefois d'éviter les transports en commun et une certaine autonomie vis-à-vis de moi. Je me revois il y a six mois, aller le chercher à la fac après son examen... Je dois passer chez moi chercher le cadeau de Marie, je retrouverai donc Théo chez eux. Devant mon duplex, je tombe sur Audrey Hannah. C'est ma meilleure amie toutes catégories confondues. Après environ un an à San Diego, elle est rentrée à Paris et comme elle avait résilié le bail de son appartement, je l'héberge depuis son retour d'il y a une semaine. Laisse moi deviner... Tu as oublié la clé ? Ben... En fait, je pensais pas que t'allais sortir cet après-midi. Du coup, je l'ai pas prise. J'éclate de rire. Tu sais que j'ai une vie moi aussi ? Oh ça va hein ! C'est la première fois... Première fois depuis hier ! ... On rentre ? À l'intérieur, je monte prendre le cadeau pour la soeur de Théo. Quand je redescends, Audrey est assise à la table de la cuisine, devant un magazine people et une boîte de cookies. Je remets mes chaussures et lui demande : Que racontent tous ces indiscrets ? Beckham entre au club de Los Angeles. Là, quelques photos d'Arielle Dombasle à poil... rien de très funcky elle tourne la page Ah ! Tom Cruise gueule parce que sa petite Katie doit apparaître nue dans son prochain film... Dieu quelle aventure ! Je mets ma veste et m'apprête à sortir. T'as toujours été très photogénique mon p'tit Hugo. Hein ? Je me rapproche de la table, étonné. Il y a une photo de nous deux. Elle me montre la page du magazine. Il y a une photo de moi avec Audrey. Elle a dû être prise samedi, quand nous sommes allés faire un peu de shopping. Je me penche un peu pour lire l'encadré : "Hugo Marc, l'étoile montante de la chanson française, en compagnie d'une ravissante jeune femme sur les Champs Elysées. Avec une muse pareille, son album (sortie le 10 décembre) promet d'être romantique !" Ils me trouvent ravissante ! s'exclame Audrey en riant aux éclats. Depuis le temps, tu devrais pas savoir que tu es superbe ? Je le sais... mais c'est toujours sympa de se l'entendre dire... Bon, j'y vais. Je suis pas en avance... Tu peux me rappeller pourquoi tu vas à la fête d'une garce pareille ? Pour Théo. C'est sa frangine quand même ! C'en est pas moins une connasse... A toute ! Je sors du duplex et entre dans ma voiture; j'ai du chemin à faire. Un bon quart d'heure plus tard, j'arrive enfin à la maison familiale Burnicat. D'après ce que m'a dit Théo, ses parents sont en vacances à Athènes. Marie jouit donc de la maison pour son seul plaisir. Je frappe à la porte de l'imposante maison et me retrouve très vite dans le salon où se bousculent et se trémoussent plusieurs jeunes à peu près tous aussi saoul les uns que les autres. La moyenne d'âge doit se situer aux alentours de 18 ans d'après les bribes de conversations qui parviennent jusqu'à mes oreilles. Personne ne fait attention à moi et j'en suis plutôt soulagé. Je ne tiens pas spécialement à être reconnu ici... Je monte au premier pour voir, j'espère, Théo, que je n'ai pas vu en bas. J'entre dans sa chambre où il est couché sur son lit, fixant le plafond. Il se tourne lentement vers moi. Il vient de se disputer avec sa soeur et cherche un moyen de lui remettre les idées en place. Alors que je lui demande ce qu'il se passe exactement, un bruit de vaisselle cassée retentit suivi d'éclats de rire. Mon homme se lève d'un bond et se précipite au rez-de-chaussée. Sans réfléchir, je me lance à sa suite. Marie et ses invités forment un petit cercle autour de la porcelaine brisée en s'esclaffant, leur verre à la main. Quant à lui, Théo reste horrifié devant les débris. Le temps s'est figé. Avant que le désastre que je sens arriver n'arrive, je prends la parole, attirant l'attention des invités... La fête est... finie ! Tout le monde dehors, merci d'être venus... Salut ! J'évacue la maison à grand renfort de cris et invitations à sortir. Quand je retrouve le salon, la tempête a éclaté : Marie et Théo sont en pleine engueulade. Et toi Hugo... pourquoi t'as viré tout le monde ? T'est pas mal chiant tu sais ! T'es complètement hors-jeu ma pauvre fille... Elle me regarde avec un regard vitreux, se tourne vers son frère et titube vers l'escalier. Vous faites chier les pédés... Démerdez-vous, je me casse dans ma chambre... Marie grimpe les marches aussi sûrement que si elle marchait sur une corde raide. Arrivée en haut, elle fait claquer la porte de sa chambre et à en juger par le bruit sourd qui suit, je pense qu'elle est tombée à côté du lit. Je me tourne vers Théo qui me regarde avec tendresse. Il n'a pas besoin de parler por que je comprenne qu'il approuve mon initiative et m'en remercie. Il a un regard si doux, si expressif... si craquant ! Je me rapproche de lui et le serre contre moi. Lorsque nous nous séparons, il regarde la vaisselle cassée et m'explique que c'était une porcelaine de famille et que sa mère y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Un héritage de son arrière grand mère ou quelque chose comme ça. Je sais pas comment je vais lui dire ça... Je l'embrasse sur la joue. Je vais t'aider à nettoyer la maison. C'est le souk. Après, on ira manger un morceau à la maison. Bonne idée Hugo. On commence donc à ramasser les globelets plastiques tombés par terre, déversant parfois leur contenu sur le carrelage, sans oublier les autres petits déchets alimentaires et les papiers. Théo récupère les morceaux de la précieuse porcelaine et les dépose dans une boîte qu'il range précautionneusement dans le buffet. Je débarasse la table des nombreux saladiers encore à moitié pleins. Je fais remarquer à Théo que pour manger leur contenu, il faut avoir l'estomac bien accroché. Nous rions un instant puis continuons de remettre le rez-de-chaussée en ordre. Il est presque onze heures lorsque nous en avons enfin terminé. Ah... je suis mort... Tu veux toujours qu'on rentre chez toi pour manger ? Je n'ai pas super envie de rester ici, avec l'autre folle là haut. Surtout qu'elle est imbibée et que, de fait, elle est légèrement homophobe comme on a pu le voir tout à l'heure. Je fais partager ma pensée et il s'avère qu'elle est partagée. Mettant sa fatigue de côté, mon copain se lève et nous retournons à nos voitures, fermant la porte d'entrée au passage. Je me demande si malgré tout, nous ne devrions pas rester, au cas où... Je me glisse derrière le volant de ma voiture et Théo monte à côté de moi. Il est fatigué, pas question qu'il conduise. Nous reviendrons demain chercher sa voiture. Les routes sont dégagées et nous arrivons assez rapidement devant chez moi. Je laisse mon copain rejoindre mon duplex pendant que je cherche une place de parking. Quelques minutes plus tard, j'entre à mon tour chez moi. Audrey m'accueille avec un large sourire et s'exclame : Ben tiens ! Vous avez du bol que j'ai trop fait de spaghettis les namoureux ! À table ! Pendant que nous mangeons tous les trois, je me demande encore si nous avons bien fait de laisser Marie toute seule dans son état...
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