![]() L'étoile montante (7) Cet après-midi, une fine couche de neige tombe sur Paris. Heureusement, elle fond dès son contact avec le sol. Après être entré dans le bâtiment, je gravis les escaliers pour arriver au quatrième étage. Je frappe à la porte et on ne tarde pas à me faire entrer. Audrey me fait un grand sourire et me fait visiter avant de me demander : - Alors, qu'est-ce que tu en penses ? L'appartement prend tout l'étage, il est spacieux, lumineux et déjà meublé d'une manière très américaine, un effet très « plastique ». En plus de ça, il est bien placé dans la capitale. Le loyer doit être plutôt cher mais après tout, il le vaut bien. J'en parle à Audrey et celle-ci me sourit largement avant de me glisser qu'elle n'en est pas locataire, mais propriétaire. Je tombe des nues. Tu m'avais jamais parlé de cet appart' ! Je ne te dis pas tout Hugo Elle me regarde avec un air mutin puis se met à pouffer. - En fait, c'est un de mes collègues à San Diego qui en était propriétaire mais comme il ne vient jamais en France, il me l'a vendu. Il n'a pas dû y mettre les pieds parce que c'était vraiment donné ! Nous continuons de parler immobilier et de son nouvel appartement pendant un bon quart d'heure lorsque, d'un coup, ma meilleure amie se tait. Elle me fixe avec un sourire entendu et me lance : Théo s'installe bientôt ? Je me sens rougir et baisse un peu la tête. Oh allez ! Je sais bien que vous n'attendiez que mon départ pour qu'il vienne habiter avec toi. Donc, je te pose la question : c'est pour quand ? Ben à dire vrai, je m'attendais pas à ce que tu partes si tôt. Théo et moi étions partis du principe que tu ne t'en ailles que dans deux semaines encore et donc nous n'avons pas encore pris de dispositions vis-à-vis de son aménagement. En même temps, je t'avais dit que je partirai dès que je trouverai un logement mais qu'au pire, je resterai squatter chez toi trois semaines. Donc voilà, après c'est vous qui voyez mais je vous conseillerai de commencer le déménagement demain. Tu m'aides à déballer mes affaires ? L'appart' a beau être meublé, les meubles sont vides Deux heures plus tard, je sors de l'appartement, laissant Audrey se prélasser sur son canapé rouge. Je m'installe derrière le volant de ma voiture et entame le trajet pour aller chez Théo. Je compte lui annoncer le départ de ma meilleure amie et lui demander de s'installer chez moi au plus vite. J'essaie de me représenter son visage lorsqu'il apprendra la nouvelle. Lorsque j'arrive en bas de son immeuble, je trouve à me garer et monte jusqu'à chez lui. Quelques secondes plus tard, un homme me répond : Ouais ? Théo est là ? Bougez pas. Je reste stupéfait. Qui est ce type ? Qu'est-ce qu'il fait chez Théo ? Pourquoi sa chemise est Hugo ? Qu'est-ce que tu Théo est là, vêtu simplement d'un boxer. Je ne sais pas quoi dire. Je m'écarte de la porte et rejoins ma voiture. Je démarre le contact et roule jusqu'à mon studio. Une fois arrivé, je claque ma porte d'entrée et la ferme à clé. Je fonce ensuite vers mon bar et me sers un verre de scotch. La bouteille m'a été offerte par Nico Stan après mon premier concert. Je ne sais même plus ce que je fais. Théo me trompait-il vraiment ? Peut-être que, finalement, ce n'était qu'un rendez-vous d'affaire ou quelque chose dans le genre. Si ça se trouve, je me suis monté la tête pour rien. Mais et si ce mec chez Théo couchait réellement avec lui ? Je me sers un autre verre que je vide d'un trait. Mon portable sonne, je le sors de ma poche et décroche sans regarder l'écran. La voix de Théo se répercute dans mon oreille. Je sais que c'est stupide mais je coupe la communication sans prendre le temps de l'écouter. A peine ai-je fait raccroché qu'une foule de remords prend possession de moi. J'aurais dû le laisser s'expliquer, lui permettre de me dire qui était ce type. Je me sens maintenant minable. J'avale un énième verre ; j'ai perdu le compte. La bouteille de scotch est aux trois quart vide. Les minutes passent et les gorgées d'alcool s'enchaînent. Une caresse me réveille. Je me sens nauséeux. J'ouvre les yeux : je suis couché sur mon canapé. Théo est penché au-dessus de moi et sa main parcourt mon visage. Il me sourit tristement lorsqu'il capte mon regard. Je me relève d'un coup mais une douleur au crâne me stoppe net. Doucement Hugo. Tu as vidé la bouteille, tu dois avoir une sacrée gueule de bois. Je crois que c'est le moment opportun pour m'expliquer qui était ce Ce n'est pas ce que tu crois. Ah oui Je réussis à m'assoir puis à me lever. Une fois debout, je titube jusqu'à l'escalier. C'était un ami de Nico qui m'aidait à déterminer l'ordre des chansons sur ton album. Je voulais t'en faire la surprise En boxer ? Je sortais juste de la douche quand il est arrivé. Je l'ai fait entrer, il s'est installé dans le salon pendant que j'allais m'habiller et c'est là que tu as frappé. Comme j'avais pas entendu, il t'a ouvert et puis il est venu me chercher c'est tout. Il s'est rien passé. Ça tient pas debout. Le mec se permet d'ouvrir à quelqu'un alors qu'il n'est même pas chez lui ? Et puis Théo était sec totalement sec quand je l'ai vu. Non, ce dernier argument est nul : il a très bien pu se sécher depuis sa sortie de la douche. D'autre part pourquoi la chemise du type était à moitié ouverte ? En été, j'aurais pu comprendre mais là, on est en hiver et il neige ! Hugo je peux te jurer qu'on a rien fait lui et moi. Il ne s'est absolument rien passé. Les apparences sont contre moi mais les apparences peuvent être trompeuses ! Souviens-toi de « l'épisode Xavier » ! A cause d'un mauvais jugement, on a failli se séparer Je ne ferai jamais rien qui pourrait bousiller notre couple. Je t'aime trop Hugo Il se rapproche de moi et me prend dans ses bras. Je me laisse faire puis le serre à mon tour. Et puis, de toute manière, il est hétéro La lune est déjà haute dans le ciel et perce parfois les épais nuages qui obscurcissent le ciel parisien. Je pose la bouteille de scotch vide près de l'évier et retourne m'assoir près de Théo, sur le canapé. Nous avons parlé durant près d'une heure et demie. J'ai appris que le mec que j'ai trouvé chez mon copain allait se marier après les fêtes. Pour preuve, Théo m'a donné le faire-part. Il s'est ensuite excusé pour cet épisode qui n'aurait pas dû exister. Pendant ce laps de temps, je ne lui ai pas parlé de la nouvelle qui m'avait mené jusque chez lui. Je ne pensais pas lui en parler aujourd'hui mais Au fait, tu avais quelque chose à me dire quand tu es passé ? Je voulais te voir Je ne sais pas si je dois lui dire. On s'est réconciliés après tout. Ça pourrait être le bon moment pour lui annoncer non ? Le silence s'installe et j'imagine la réaction de Théo. Finalement, et après mûre réflexion, je me tourne vers lui. et te demander si tu voudrais t'installer ici demain ? Le visage de Théo s'éclaire. Ses grands yeux bleus étincèlent. Son sourire s'étire à n'en plus finir. Brusquement, il se penche sur moi et m'embrasse. Deux jours plus tard, l'aménagement est totalement terminé. Chacun de nous a dû faire quelques concessions mais globalement, tout s'est très bien passé. En fin de journée, Théo et moi nous écroulons sur le lit. Je me love contre lui et pose ma tête sur son épaule. Il dépose ses lèvres sur le sommet de mon crâne et me dit qu'il est heureux d'être là, contre moi. Je passe ma main sous son t-shirt pour le lui enlever. J'embrasse son épaule, puis son cou avant de remonter vers sa bouche. De son côté, il déboutonne maladroitement ma chemise d'une main tandis que la seconde s'empare de mon cou pour m'embrasser avec plus de force. Une fois ma chemisée jetée au bas du lit, Théo s'attaque à mon jean et le déboutonne avec dextérité. Ses mais glissent ensuite dans mon boxer où Ça a duré longtemps. J'avais l'impression de ne pas avoir fait l'amour avec lui depuis une éternité. Avec sensualité, j'ai profité du corps et des zones érogènes de l'homme qui partage ma vie. C'était d'autant plus bon que chacun sait où l'autre aime à être touché. Les caresses ont été dispensées et il n'y a pas une parcelle de peau qui n'a été épargnée. Je revis chaque instant, allongé sur le matelas. Les draps repoussés sont par terre. Nos corps, l'un contre l'autre, ne sont plus agités que par le doux mouvement de nos respirations. Je me redresse avec délicatesse pour ne pas risquer de réveiller mon copain. Je me mets à le regarder. Non, pas le regarder mais plutôt l'admirer. Son visage est serein. Derrière ses paupières closes, je remarque que ses yeux bougent calmement. Je devine à cela qu'il rêve et ça me fait sourire. Je me demande de quoi il peut bien rêver. Mon regard se fixe sur le torse imberbe de Théo que je contemple longuement. Je jette un coup d'il au radioréveil. L'heure tardive m'incite à poser ma tête sur ce torse que je trouve magnifique. Quelques secondes passent avant que la main de Théo se pose sur mon épaule et la caresse doucement alors que ses lèvres viennent à nouveau rencontrer le sommet de mon crâne. Bercé par les battements réguliers de son cur, je sombre rapidement dans un sommeil paisible. Lorsque je me réveille, je suis encore couché sur le torse de Théo. Une faible lumière passe à travers les volets. Le plus doucement possible, je descends du lit, ramasse mon boxer et marche à pas de loups jusque dans la cuisine. Je me sers un grand verre d'eau que je vide d'un trait. Un « bip » sur mon téléphone portable attire mon attention. Vous avez 1 nouveau message. « Salut Hugo. On peut se voir demain ? Passez à l'appart' vers dix heures. A plus ! » C'est le plus court message qu'Audrey m'ait jamais laissé. Je remets mon portable dans la poche de ma veste et remonte dans la chambre. Théo est immobile mais éveillé. Il me sourit et me fait signe d'approcher. Je me recouche près de lui et le serre contre moi. Audrey voudrait qu'on aille chez elle tout à l'heure. En fait, dans vingt minutes, ajouté-je en voyant l'heure. Ok. Va falloir se préparer vite alors ! Je lui prends la main et l'entraîne jusqu'à la douche. Dix minutes plus tard, nous sommes séchés, habillés et prêts à partir. Un record ! Après avoir fermé la porte du studio à clé, nous montons dans ma voiture et je nous conduis chez Audrey. Théo n'étant jamais venu, il s'apprête à découvrir l'immeuble et l'appart' de ma meilleure amie. Je trouve à me garer facilement puis je monte frapper à la porte du grand appartement. Audrey nous ouvre, tout sourire, comme d'habitude et nous fait entrer dans le salon. Depuis ma dernière visite, elle y fait quelques changements, notamment sur la décoration. Le mobilier est le même mais une bonne trentaine de photos sont éparpillées sur deux tableaux qui se suivent sur le mur. Entre les deux larges fenêtres qui s'ouvrent sur Paris, elle a installé un cadre numérique où défilent lentement une dizaine de photos. La plupart montrent sa famille, ses amis, Théo et moi et quelques prises du Zoo de San Diego. Elle décide d'emmener Théo faire le tour de son logement. Je les suis et apprécie le goût d'Audrey en ce qui concerne la déco. A son arrivée, l'appart', bien qu'il faisait jeune et moderne avec le mobilier, donnait une impression de lieu clos et vide. Depuis qu'elle s'y était installée, on avait une réelle vie, une chaleur qui se ressentait dans toutes les pièces. De retour dans le salon, elle nous explique pourquoi elle nous a demandé de venir. Ma meilleure amie tend un magazine people à Théo qui le saisit délicatement et fixe la couverture. Et regarde page 9, indique Audrey. Mon copain et agent s'éxécute. Il reste paralysé devant la page en question. Je le vois lire un court texte sans pouvoir voir quoique ce soit. Je commence à m'inquiéter lorsque je vois toute couleur disparaître de son visage. Qu'y a-t-il ? Il relève ensuite la tête et lance un regard plein d'incrédulité à Audrey. Cette dernière lui fait signe de me passer le magazine. Une fois encore, Théo obéit. Il le referme et me le donne. Sur la couverture, un gros plan de moi prend une bonne partie de la une et le titre est assez évocateur "photo exclusive de l'étoile montante, Hugo Marc !". Je crains le pire et... c'est lui que je trouve à la page 9 : La photo disparue de Théo est là, prenant la moitié de la page. Nous sommes tous les deux en short de bain, assis sur une serviette de plage dans les bras l'un de l'autre. Nous nous embrassons. Une bulle de bande dessinée est au dessus de ma tête et dedans il est écrit "J'aime danser un ballet de nuit avec une jolie rousse mais je préfère mon beau brun". Sous la photo, il y a un petit texte qui dit "Hugo Marc et Théo Burnicat, son agent... et petit ami !". Je relis le texte et la bulle plusieurs fois. Je n'arrive pas à réaliser ce qui arrive. Je regarde tour à tour Audrey et Théo puis la date dessus est celle d'hier. Je n'arrive pas à croire que ce truc est accessible à tout le monde depuis hier ! Je ne comprends pas. Je cherche à savoir qui est le journaliste qui a eu cette photo. Je cherche autour de la photo et finit par trouver le nom du journaliste bégayant de chez Nico. Mais cela n'explique pas ni comment ni où il a pu trouver cette photo qui était accrochée sur le mur de la chambre de Théo. Je fais part de ma pensée aux autres. Audrey hausse les épaules et secoue la tête. Après quelques courtes minutes... Oh merde je sais... Comme s'il voulait garder le suspense pour lui, Théo ne dit plus rien. Et finalement, il se tourne vers moi. Ça me paraît évident maintenant. Le soir de la fête de ma soeur, quand on a viré tout le monde, elle a dû la prendre dans ma chambre. C'est Marie ! Le temps semble s'être figé. Marie ? Ça expliquerait pourquoi la photo a disparue alors que personne n'était entré dans la chambre de Théo lors de la fête. En fait, c'est la seule explication plausible. Mais pourquoi la soeur de Théo nous balancerait-elle à la presse ? Même si, sous l'emprise de l'alcool, elle nous insulte carrément, est-elle capable de nous jeter, moi et son frère, dans l'arène du jugement et du qu'en dira-t-on ? J'arrive pas à y croire ! Je me doutais que notre relation finirait par se savoir mais pas que ce soit ma propre soeur qui nous dénonce ! Théo, tu l'as dit toi-même, ça aurait fini par se savoir. Qu'est-ce que ça change, au final, que ça se sache maintenant ? T'imagine pas les retombées Audrey ! Une affaire comme ça vaut de l'or pour n'importe quel journaliste et crois-moi, ils vont pas se gêner pour venir fouiner leurs nez de fouille-merde dans nos vies ! J'ai pas envie de ça pour nous, j'ai pas envie de ça pour Hugo tu comprends ? Ça c'est pour notre vie privée, mais du côté pro, ça va se faire ressentir aussi. Si le public commence à croire que cette révélation est intentionnelle, Hugo sera perdant. Les gens vont croire qu'il cherche à dire un truc du genre "Hey ! Regardez-moi, je suis Hugo et je suis Homo, achetez mes cd's !". Ça foutrait un sacré coup à sa carrière. A leurs discours, c'est comme si je n'étais pas là, avec eux. Je suis trop estomaqué pour participer. Ce que dit Théo est vrai. Tout est vrai. Je réalise qu'il s'est déjà penché sur la question. Mais une chose me touche plus que les autres. Une phrase en particulier résonne dans ma tête : "J'ai pas envie de ça pour nous, j'ai pas envie de ça pour Hugo...". Non pas que je doutais de l'amour de Théo mais ces mots là traduisent ses sentiments à mon égard. Je lui prends la main et la serre dans la mienne. Il arrête alors de parler et se tourne vers moi. Théo, je... Je ne sais pas quoi dire. Je ne veux pas avoir l'air de n'en avoir rien à faire que notre couple soit révélé au grand jour mais je ne veux pas faire celui qui peut tout affronter avec un courage indéfectible. Un jour où l'autre, les journalistes l'auraient appris et... Ok, ça c'est un fait établi mais Marie... C'est à cause d'elle que l'info est arrivée là-d'dans ! Il prend le magazine et l'agite pour étayer ses paroles. Les mecs, moi je vous conseillerai de faire comme si vous n'aviez jamais vu cette photo. Comme n'importe quelle info people, ça va faire jaser un p'tit moment et puis ce sera fini. Je pense que si vous en faites vous-même toute une histoire, ça sera pire. Théo et moi regardons Audrey. Elle n'a pas tort. Après tout, nous ne risquons vraiment pas grand chose à ne rien faire. De plus, nous n'aurons plus de raison de nous cacher. Mais nous sommes nous réellement cachés jusqu'à maintenant ? C'est bien la raison pour laquelle nous aurions fini, tôt ou tard, par arriver dans un magazine comme celui-là. Un court intermède plus tard, nous décidons tous les trois de suivre l'idée d'Audrey et de ne plus aborder le sujet. Nous discutons ensuite de l'installation à proprement parler de ma meilleure amie puis de l'aménagement de Théo chez moi. Nous mangeons aux alentours de treize heures puis décidons de nous faire une toile. Nous sortons du cinéma deux heures plus tard et nous séparons pour rentrer chez nous. En marchant jusqu'à la voiture, je sens le regard de plusieurs personnes et entends des bribes de leurs conversations. Je réalise alors que je m'en fiche. Je n'accorde aucune importance aux quolibets dont Théo et moi sommes les sujets. Je lance un regard à Théo et je comprends dans son regard que nous pensons la même chose. On est samedi. Une fine pellicule de neige continue de tomber. C'est aujourd'hui que sort mon album. Depuis notre visite chez Audrey, il y a deux jours, et la découverte de cette photo volée, presque tous les magazines people se sont lancés à la recherche de nouvelles images de Théo et moi, à la différence que celles qu'ils publient dates de ces deux derniers jours. Bon, c'est sûr qu'ils n'ont pas de photo de nous en train de nous embrasser ou quoique ce soit d'autre étant donnéque ni Théo ni moi aimons nous "exhiber". Malgré cela, le magazine Public a publié hier une image de nous quand nous entrions dans notre studio et en fait sa Une. Aujourd'hui, Théo et moi devons aller à une sorte d'inauguration. Je n'ai pas bien compris la chose mais je fais comme si. Ça doit se passer dans de grandes boutiques ou quelque chose comme ça. Je sais que je dois en faire trois dans la journée. D'abord aux Halles, puis aux Galeries Lafayette et enfin sur les Champs Elysées. Je ne sais pas qui d'autre, en plus de mon copain, sera présent. Je n'ai jamais été à ce genre de trucs et je ne sais pas trop ce qu'il doit se passer. Il est presque dix heures et je trouve à me garer à deux pas des Halles. Théo descend de la voiture en premier et m'invite à le suivre. Nous prenons l'escalier et arrivons au premier sous-sol, à l'entrée de la Fnac. Je m'avance de ce côté mais mon copain continue à descendre. Je m'élance alors à sa suite. Une foule est massée devant cette entrée. A peine avons-nous posé un pied en bas des marches que des flashes nous éblouissent. Nous nous frayons un chemin jusqu'à l'intérieur de la Fnac où nous attendent Nico et deux autres personnes que je ne connais pas. Tous trois nous accueillent avec un grand sourire et nous saluent chaleureusement. Les deux inconnus se présentent : Vincent Brochant, propriétaire du magasin et Nathalie Dabreteau, gérante des lieux. Ils nous conduisent ensuite dans le rayon disque où est installée un table avec un bon nombre de CD. Donc le but, c'est la promotion. Je vous explique : les gens viendront vous voir pour que vous signiez les albums qu'ils seront venus acheter. Vous ne devez rester que... Un peu moins d'une demi-heure, indiqua Théo. C'est ça. Il faut donc faire court, rester concis. L'image est primordiale vous vous en doutez, aussi souriez autant que possible tout en soyant naturel. Il ne devrait pas y avoir de souci, Hugo sourit tout le temps. Nico sembla content de son intervention qui me fit sourire. Je me demande pourquoi ne sommes-nous pas passés par les étages supérieurs du magasin, ça nous aurait évité d'avoir à traverser la masse encore grandissante de gens à l'entrée, mais je n'ose pas poser la questions. J'ai pas envie de faire le chieur alors qu'ils n'étaient pas obligés de préparer tout ça. Ils auraient très bien pu ne mettre que les panneaux qui encadrent la table. Voilà, il est dix heures, on va laisser les gens entrer maintenant. Je reviendrai lors de votre départ. M. Brochant lance un regard vers la foule et ajoute : Bon courage. Nathalie Dabreteau propose une chaise à Théo et Nico avant d'appeler deux vigiles. Mon producteur pose sa main sur mon épaule et murmure à mon oreille "L'épreuve du feu Hugo, l'épreuve du feu !" avant de prendre place à ma gauche. Les deux colosses en uniforme ont déposé une barrière de corde qui débouche devant moi avant de reprendre leur poste. Je n'aime pas cette attente qui commence. J'ai l'impression d'attendre un choc, un raz de marée. L'idée est juste car c'est une sorte de déferlante qui s'abat dans la rangée formée par le barrières de corde... Près d'une heure et demie plus tard, Théo et moi, suivis par Nico conduisant sa propre voiture, cherchons à nous garer pas loin du Virgin Mega Store des Champs Elysées. Après de longues et laborieuses minutes, nous finissons par marcher d'un pas rapide vers la grande enseigne. A notre entrée, nous sommes accueillis par le gérant ainsi que quatre vigiles. Ils nous accompagnent à l'intérieur où, dans l'immense salle principale, nous attend la table d'autographes pareille aux deux autres magasins. Nous nous asseyons rapidement. Je sens les gens à la caisse, derrière nous, lancer des regards étonnés alors que deux des vigiles ne déposent un large présentoir en carton. Nous sommes parfaitement exposés là, au centre de cette salle circulaire qui s'ouvre aux étages supérieurs. De nombreuses personnes sont déjà dans la file, attendant fiévreusement le coup d'envoi. Parmi la pléiade de clients, il me semble discerner un visage qui m'est familier mais avant que je ne puisse en être sûr, il est caché derrière quelqu'un. C'est parti ! Les gens commencent à se présenter devant moi, Théo et Nico. Ils se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun son propre style, ses propres couleurs, ses propres manières de m'aborder. Une fille attire mon attention : habillée en nuances roses, les cheveux blonds tombant sur ses épaules avec des tresses rouges et bleues et mâchant bruillament son chewing gum me salue d'un grand sourire éclatant. Salut ! Wouah c'est trop bien de vous voir en vrai et de près en plus ! C'est gentil, je... Tu peux le signer au nom de Laura ? C'est mon prénom, précise-t-elle. Pas de souci. Sympa le look ! Ah ouais merci ! Je fais ce qu'il faut pour me démarquer ! Je lui tends l'album dédicacé qu'elle prend en me faisant un clin d'oeil. Elle s'apprête à s'en aller puis lance un regard à Théo. Mais c'est vrai ! Vous êtes gays tous les deux ? Je ne sais pas vraiment comment réagir et ne dit rien. Laura se tourne à nouveau vers moi et lance : Pourquoi TOUS les beaux mecs sont homo ? Pff... Sa remarque fait éclater de rire les personnes suivantes en plus de nous trois, derrière notre table. Je la regarde disparaître derrière la queue et regarde la prochaine personne. Bonjour... Hugo... Je n'ose plus faire un geste. C'est bien elle que j'avais vue dans la file. C'est bien elle qu'il m'avait semblé reconnaître. Je reste abasourdi par cette rencontre. Elle ? Ici ? En face de moi ? Même si on me l'avait dit, je ne l'aurais jamais cru possible. Salut, Maman.
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