L'étoile montante (8)
de Angelofys


Je n'y crois toujours pas. Elle était là, devant cette table. Je continue d'enchaîner les autographes sur les albums mais je suis absent. Après la violente dispute qui a entraîné mon expulsion de la maison et, par la même occasion, de la famille, je n'avais jamais revu aucun de mes parents. Je me rappellerai toute ma vie de ce jour là…

Ce matin d'automne est semblable aux précédents, calme et ensoleillé. Aujourd'hui j'ai décidé de dire à mes parents que je suis en couple avec Xavier depuis deux mois. Après des années d'hésitation, c'est aujourd'hui que je compte leur faire part de mon homosexualité. J'ai bien réfléchi à toutes les manières de leur dire mais je ne sais toujours pas comment faire pour ne pas gaffer. Je crains la réaction de mon père qui n'a jamais été très tolérant en ce qui concerne les différences. Quant à ma mère, je pense qu'elle s'en doute mais je ne peux rien affirmer.
J'ai terminé mes études il y a trois mois. Mes parents nourrissaient d'énormes espoir sur moi, voulant que je sois avocat, médecin ou quelque chose comme ça mais ce n'était pas ce que moi je voulais. Je rêve de chanter. D'après ceux qui m'ont écouté, je suis un bon chanteur. J'écris moi-même mes textes et compose mes musiques. Xavier m'encourage beaucoup sur cette voie et est toujours prêt à m'aider. Mais dès que je parle de "sortir du placard", il reste interdit et change de sujet. Il m'a toujours semblé s'assumer pleinement et cette réaction m'a toujours surpris. Bien que j'aie essayé, à plusieurs reprises de comprendre, j'ai essuyé de nombreux silences.
Je lui fais part, à son réveil, de ma décision de parler à mes parents. "Je viens pas avec toi" me prévient-il. Je comprends que ça ne doit pas être une situation facile d'assister à une pareille scène : si jamais les parents le prennent mal, ça pourrait retomber sur lui. Malgré cela, je suis déçu qu'il ne m'accompagne pas... Sa présence m'aurait rassuré. Nous passons la journée ensemble, comme tous les dimanches car il va en cours de psychologie pendant la semaine. Il est presque dix huit heures et je rentre chez moi, après avoir promis à Xavier de l'appeler tout de suite après ma discussion avec mes parents.
Je rentre dans leur maison. Ils sont tous les deux dans le salon et regardent la télé. Dès qu'ils m'aperçoivent, ma mère vient m'embrasser et me demande comment je vais. Mon père me sourit et écoute ma réponse. Nous discutons un petit quart d'heure de tout et de rien quand ma mère me propose de rester manger avec eux. "En fait, je suis venu vous parler d'un truc..." Tous deux me dévisagent avec attention, sans que je ne puisse lire quoique ce soit sur leur visage impassible. "Voilà, ça fait plusieurs mois déjà que je pense à vous en parler et... ben, je me suis enfin décidé à le faire... _ Oh arrête ! On dirait que tu vas nous dire que t'es pédé !" L'intervention de mon père m'arrête comme un coup de poing à l'estomac. Je pince les lèvres. Mon père se lève de son fauteuil et me lance un nouveau coup. "Non... Ne me dis pas que c'est ça !" Je ne sais plus quoi faire, quoi dire. Je sens que ça va mal se terminer. Mais une voix dans ma tête me pousse à confirmer, puisqu'après tout, c'est la raison de ma visite.
A peine ais-je prononcé le "oui", que le visage de mon père vire à l'incarnat et celui de ma mère devient craie. Je reçois un déluge d'insultes à la figure. "Putain ! J'ai élevé une saloperie de pédale ! Comment ça a pu arriver bordel ? Mon fils unique un sodomite de merde !" Je tente de rester calme mais la violence que mon père déverse dans ses mots commence à se propager dans ses gestes. Le cendrier en verre sur la table basse du salon finit par éclater à l'autre bout de la pièce, contre le mur. Je recule vers la porte quand il s'avance vers moi, le poing levé en signe de menace. "T'approche plus jamais de moi t'as bien compris ? Que je ne te revois plus dans cette maison ! JAMAIS, t'as pigé ! Va-t-en, tire-toi, DEGAGE !" Je lance un dernier regard à ma mère avant de quitter la maison à toute allure.
Une fois derrière le volant de ma voiture, les larmes se mettent à couler. Jamais je n'ai autant pleuré. Mon portable vibre dans ma poche. Je ne réponds pas, démarre et roule vers mon studio. Durant le trajet, je suis soulagé d'avoir quand même mon propre appartement avec mes affaires dedans. Je ne sais pas comment j'aurais fait si je n'avais pas eu ça. J'aurais probablement été à la rue, forcé de demander à Xavier ou à des amis de m'héberger. Penser au matériel me permet d'éviter de retrouver la détresse émotionnelle qui m'engloutit. Une trentaine de minutes plus tard, je suis arrivé, sans m'en rendre compte, chez mon petit ami. Je frappe à sa porte. C'est son frère qui m'ouvre et me fait entrer. Voyant mon air détruit, il me demande ce qui ne va pas. Je le regarde lentement. A seize ans, il ne peut pas se douter, ni même imaginer ce que je peux ressentir. Je me reprends et lui dit que je vais aller rejoindre Xavier dans sa chambre. Celui-ci me demande de tout lui raconter et me console en me serrant fort contre lui. Comme ses parents sont absents pour le week-end, il me propose de rester dormir avec lui cette nuit.
Le lendemain, il est presque sept heures lorsque je suis réveillé par le bruit de la porte de la chambre grincer. Je me relève douloureusement, mes muscles sont endoloris par une mauvaise position, et regarde autour de moi. "Hé mais ! Vous dormez ensemble ? Mais... mais... Vous êtes deux garçons !! Comment... pourquoi vous dormez dans le même lit ? Je comprends pas, Xav' t'es quand même pas..." Xavier se redresse et jette un regard horrifié à son petit frère. "Non ! Ça va pas la tête ? Hugo a dormi sur mon lit parce qu'on était trop crevés pour installer le matelas et puis il allait partir là." Le frangin reste perplexe quelques instants en se demandant si c'était la vérité. Xavier me donne un coup de coude presque imperceptible pour que je confirme sa version. Je hoche la tête et me lève. Comme satisfait, le garçon de seize ans sort de la chambre. Son frère me dit qu'il faudrait mieux que parte pour qu'il ne se fasse pas d'idées. Une fois rhabillé, je me penche pour embrasser Xavier mais celui-ci m'esquive et me presse de sortir, avec l'argument que son frère pourrait revenir...

Je ne savais pas que ce serait la dernière fois que je verrais Xavier. Plus tard dans la journée et dans la semaine, tous mes appels tombèrent sur sa messagerie vocale. Une semaine plus tard, je recevais enfin une réponse qui me disait que tout était fini entre lui et moi et que je devais arrêter de chercher à le joindre. Désespéré de perdre à la fois mes parents et mon petit ami, je me suis enfermé dans une profonde dépression. Audrey, alors à San Diego, est rentrée à Paris une semaine plus tard pour rester avec moi. Elle m'a présenté à notre hôte qui m'a lui-même présenté...
_ Hugo, voici Théo. Tiens ! C'est marrant ! Vous savez ce qu'on dit : "Prénoms de même sonorité, entente assurée !"
Donc depuis ce dimanche soir là, je n'avais jamais revu aucun de mes parents. Au début, j'avais tenté de joindre ma mère pendant les heures de travail de mon père, mais dès qu'elle entendait ma voix, elle me disait que mon père ne voulait plus que j'appelle et raccrochait. Des deux, je crois finalement que ce n'est pas mon père qui m'a blessé le plus avec ses cris et ses insultes mais bien ma mère, par son silence. Le silence est toujours plus néfaste, fait toujours plus mal qu'un acte en lui-même. Jusqu'alors, je n'avais jamais su pourquoi on disait ça. Maintenant que je l'ai vécu, je comprends très bien.

Théo et moi rentrons chez nous après un déjeuner avec Nico Stan. Je me laisse tomber sur le canapé pendant que mon copain vient près de moi.
_ Jamais j'aurais pu penser ça... voir ma mère ! Et en plus, ce n'est pas moi qui est allé la voir mais elle qui est venue !
_ Elle a peut-être réfléchi à propos de ton CO et...
_ Ah bah au bout d'un an, il serait peut-être temps !
_ Ecoute, tu m'as raconté comment ton père avait réagi et... ben ça se comprendrait qu'elle ait eu peur de sa réaction s'il apprenait qu'après t'avoir interdit tout contact, ta mère vienne te parler. Tu ne crois pas ?
Il n'a pas tort.
_ Ok mais alors, pourquoi maintenant ?
On frappe à la porte.
_ Là je crois que tu peux demander toi-même...
Voilà, c'est le moment. Comme convenu au Virgin Mega Store, ma mère vient dans notre studio pour discuter. Je commence à transpirer, à m'angoisser. Le fait de monter sur scène devant plus de cent personnes devient alors un jeu d'enfant ne causant ni stress ni tracas. Je réalise que je vais vraiment parler à ma mère pour la première fois depuis plus d'un an.
C'est Théo qui va ouvrir. J'entends un court échange puis tous deux s'installent dans le salon, mon copain près de moi sur le canapé, ma mère sur un fauteuil en face. Elle toise Théo silencieusement puis se tourne vers moi.
_ Ecoute Hugo... Je voudrais te dire combien je suis fière de toi, de tout ce que tu as fait. Regarde-toi maintenant ! Une vedette ! Je suis ta carrière de près depuis tes premiers pas au printemps. Ton père ne le sait pas mais...
Elle sort de son sac un petit calepin et me le tend en me faisant signe de l'ouvrir. Timidement je m'exécute. Je découvre en le feuilletant plein de coupures de presse qui ne parlent que de moi. Elle suit donc vraiment mon parcours depuis le début. Mes yeux commencent à s'embuer. Je cligne plusieurs fois des yeux pour retrouver une vision normale.
_ C... comment ça se fait que tu sois là ? Je veux dire... Papa...
_ ... ne peut pas savoir que je suis là, ni que je suis venue te voir. Il... oh, Hugo. Le soir où il t'a mis à la porte de la maison, il a fait une crise cardiaque. Avec du repos, il s'en est petit à petit remis jusqu'à hier. Rupture d'anévrisme ils m'ont dit. D'après eux, il ne lui reste plus beaucoup de... de temps... Si je suis venue, c'est...
Elle s'arrête un instant pour reprendre son souffle entre deux sanglots. Je devine et comprends sa demande, même si elle n'est pas encore formulée.
¯ Oui je... j'irai le voir...

Il est un peu plus de dix-sept heures quand j'entre dans le large ascenseur suivi de très près par mon petit copain. J'appuie sur le bouton "3" et nous commençons à monter.
— Tu es anxieux mon cœur... Essaie de te détendre un peu. Je sais que c'est pas simple mais...
— Et s'il me vire d'entrée ? S'il veut pas me voir ?
J'ai réellement peur que mon père reste borné sur ses préjugés et refuse tout simplement de me voir, de me parler, même maintenant, alors qu'il s'éteint. Ma mère n'a pas voulu m'accompagner mais a conseillé à Théo de venir avec moi. Peut-être espère-t-elle que mon père réagisse mieux en voyant mon copain ou alors c'est qu'elle tient à ce que je ne sois pas seul... Je penche plutôt pour la seconde option. Théo m'attrape le bras pour m'attirer contre lui. Il me serre fort contre lui en me rassurant. La réaction de mon père à ma visite m'inquiète. Son cœur est dans un état de fragilité extrême. Et si, en me voyant, il s'enflammait et son cœur lâchait ? Je fais part de mes pensées à mon copain qui me serre de plus belle.
— Hugo, ne pars pas défaitiste. Peut-être qu'avec le temps, il a réalisé à quel point il peut être fier de son fils unique, malgré toutes ses répulsions vis-à-vis de l'homosexualité.
Les mots de Théo m'aident mais, au fond de moi, je ne peux pas m'empêcher de me faire un tas de films au dénouement catastrophique. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et nous sortons. La chambre de mon père est au bout du couloir. Ma mère nous a décrit tout à l'heure l'endroit, la chambre, l'état de mon père... Je regarde un peu autour de moi : l'atmosphère lourde et les murs blancs froids me font frissonner. Mon petit ami s'en aperçoit et me frotte le dos amoureusement tout en marchant. Nous arrivons rapidement devant la porte entrouverte et une soudaine sueur froide me glace. Je n'ose pas pousser cette fichue porte et me retrouver face à l'homme qui m'a effacé de sa vie depuis un an. J'ai envie de rebrousser chemin... mais ce serait tourner le dos à tout espoir de renouer avec mon père mourant. J'inspire profondément et demande à Théo de rester dehors pour le moment. Il m'embrasse et me sourit en reculant contre le mur en face de la porte. Je me retourne une dernière fois vers mon homme et entre ensuite dans la pièce.
La chambre, petite mais dotée d'une large fenêtre, n'est remplie que d'un lit encadré par deux petites tablettes. Mis à part les trucs habituels qui accompagnent le patient et une paire de chaises en face du lit, la pièce est vide... le lit aussi. A ma grande stupéfaction, mon père n'est pas dans la chambre. Je reste sans bouger plusieurs minutes, imaginant le pire. Il n'est quand même pas déjà... Mes yeux commencent à être embués et je sens les larmes me piquer les yeux. Je m'apprête à sortir de la pièce pour retrouver Théo et fondre dans ses bras quand des voix sèches et autoritaires résonnent dans le couloir. Je me retourne brusquement lorsque deux infirmières entrent en poussant un lit. Je m'écarte, reculant vers la fenêtre. Après avoir placé le lit, l'une d'elles me demande si je suis de la famille. Je jette un œil au visage du patient qu'elles ont amené et j'acquiesce. L'infirmière me lance un regard compatissant et quitte la chambre.
Je me tourne vers le patient. Je me tourne vers mon père. Son visage a bien changé en un an. Il est devenu mince, émacié. J'ai du mal à reconnaître l'homme qu'il était lorsque je l'ai vu pour la dernière fois, à la maison, l'an dernier. Il ouvre péniblement les yeux et me regarde profondément. Je n'arrive à déceler aucune émotion, aucun sentiment. Je me rapproche un peu du lit.
— Salut P'pa... Je...
... ne sais pas quoi dire. Je cherche mes mots.
— Tu te souviens de ce que je t'ai dit l'automne dernier. C'est toujours d'actualité. Je veux pas d'une pédale à côté de moi. Je veux pas de toi ici.
Je reconnais là la même douleur que j'ai ressentie l'an dernier, le même choc. Même aux portes de la mort, mon père reste l'homme borné et intolérant. Je baisse la tête. Je ne m'attendais certes pas à ce qu'il m'accueille les bras ouvert mais j'espérais que sa perception à mon propos devienne moins conflictuelle. Enfin, non... pas exactement. J'aurais juste voulu qu'il m'accepte pour moi, son fils, celui qu'il a élevé en outrepassant ma sexualité.
— Et le type dehors...
Je préfère le couper avant qu'il ne profère une autre insulte. Il peut m'insulter, bien que ça me fasse mal, mais il ne touchera pas à Théo.
— C'est mon copain. Ecoute, je peux pas comprendre comment on peut rejeter son propre fils comme ça, tout ça parce qu'il n'a pas les même goûts sentimentaux.
— Moi je ne peux pas accepter que mon fils unique soit une saloperie de gay ! Alors maintenant va-t-en hors de ma vue ! Fils indigne !
— Et moi qui pensais que tu serais enfin devenu humain...
— C'est ça, c'est ça... laisse moi crever sans m'infliger la présence d'un putain de pédé... ajoute-t-il en étouffant une quinte de toux.
Je sors de la chambre et m'enfonce dans les bras de Théo. Celui-ci comprend tout de suite.
— Allez viens, on rentre.
Je commence à pleurer et le souvenir de cette nuit, l'automne dernier, me revient comme un boomerang, lancé il y a un an. Ma visite n'a été d'aucune utilité. Je suis plus anéanti encore que la première fois. Mon copain me soutient d'un bras passant sur ma hanche gauche et l'autre sur mon bras droit. Nous marchons rapidement vers l'ascenseur et nous engouffrons à l'intérieur. Pendant la descente, je n'ouvre pas la bouche mais me dégage de l'étreinte de Théo. Comme à l'aller, il me serre contre lui. Je me sens mieux comme ça mais mes larmes coulent toujours. Je les efface d'un revers de la main avant que les portes ne se rouvrent sur le rez de chaussée. Nous nous dirigeons vers la sortie quand nous croisons ma mère qui entre. Elle regarde tous les deux puis semble comprendre.
— Ne me dis pas que...
Théo prend la parole à ma place.
— Il n'a rien voulu savoir.
Ma mère fait alors ce qu'elle n'a pas fait depuis une éternité. Elle s'approche de nous et m'étreint contre elle. Elle fait ensuite la même chose avec Théo avant de me prendre un peu à l'écart.
— Tu... Enfin... Théo est très bien comme garçon. Je suis contente que tu sois avec quelqu'un de bien. Je vais aller voir ton père maintenant et essayer de lui parler... une fois de plus. Je te tiens au courant.
Et là, malgré mon entrevue avec mon père, je me sens un peu mieux. Le fait que ma mère me montre qu'elle m'accepte comme je suis et qu'elle apprécie Théo rattrape l'intolérance de mon père... tout du moins en partie. Nous nous séparons et, tandis qu'elle entre dans l'ascenseur, Théo et moi sortons de l'hôpital en direction de sa voiture. Il nous conduit jusqu'à notre studio. Durant tout le trajet, mes yeux ne cessent de cracher des larmes qui se sont remises à couler. A notre arrivée, le flot a tari mais je sens les ombres salées balafrer mon visage. Mon copain ouvre la marche, puis la porte de l'appartement. Il m'accompagne jusqu'à notre chambre où nous nous couchons l'un contre l'autre.
La sonnerie du téléphone résonne dans la chambre. J'ouvre péniblement les yeux en réalisant que je me suis endormi sur la poitrine de Théo. Il m'embrasse sur le crâne avant de décrocher. Je regarde mon radio réveil : je ne dors que depuis une heure. Mon homme me passe le combiné après quelques secondes.
— Allô ?
— Hugo... C'est ton père... Il...
Je comprends tout de suite ce qu'il s'est passé. On décide de nous retrouver à la maison. Cinq minutes plus tard, Théo et moi sommes dans sa voiture et mon copain démarre. Nous voilà partis pour une demi-heure de route. Je suis pris de remords : tout est de ma faute, je le sais. Aucun mot n'est prononcé durant tout le trajet. De temps en temps, Théo me prend la main. Je me repasse ma visite à l'hôpital plusieurs fois en essayant d'imaginer ce que j'aurais pu dire pour que mon père réagisse différemment. J'indique à mon petit ami la direction à prendre dans la petite commune pour arriver jusqu'à la maison.
— On y est.
Nous descendons de la voiture et marchons lentement vers la maison. Une fois à l'intérieur, je conduis Théo, qui n'est jamais venu, jusque dans le salon où nous trouvons ma mère, effondrée sur le canapé. Elle nous invite à nous asseoir et nous nous exécutons.
— Maman c'est de ma faute. Si je n'étais pas allé le voir, on se serait pas disputés et il se serait pas énervé. Si son cœur a lâché, c'est à cause de ma visite. J'aurais pas dû aller le voir...
— Non Hugo, non. Ecoute, ce n'est pas ta faute ! Ce... ce n'était plus qu'une question de temps...
Mon copain me prend la main et la serre dans les siennes. Je regarde tour à tour ma mère, Théo, nos mains jointes... et je me dis que pour avoir retrouvé ma mère, j'ai dû payer un tribut : mon père.

Suite

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