Journal intime
de Antinoüs
Tout le monde me dit que je ne sais pas exprimer mes sentiments et mes idées. Heureusement, car j'ai parfois envie de crier mes états d'âme et prières, mais étant données la confusion et la raison (peut-être !) qui se meuvent dans ma tête, rien ne sort. Pourquoi ? Pourquoi ?
J'avais besoin d'écrire. Rien que d'écrire ce qui se passe dans ma petite tête de lycéen, je me sens bien, je me délivre. Mais, il y a toujours cette gêne qui reste.
Bon, allez, je me lance. À cette heure où n'importe qui (mère, père, sur) peut entrer dans ma chambre, il faut que je l'écrive, que je le dise. Roulements de tambours "Je suis gay" Waouh ! Je me sens super bien. Mon premier coming-out se fait face à un ordinateur.
Je me sens léger comme si j'avais finalement cessé de porter un masque de carnaval, un masque paradant un faux, un sosie que je ne suis pas. C'en est fini ! Par ce simple mot sur un écran, je suis libre. Libre.
Le genre fantastique, j'apprécie. Je sors du système strict et réel de ma vie quotidienne, le cinéma est une échappée à la réalité ennuyeuse d'un monde où il n'y a pas de place pour quelqu'un comme moi. Je ne suis pas différent d'un autre jeune. Mais je ne suis pas pareil. Bien sûr, heureusement que je ne suis pas à l'identique d'un autre, mais j'ai le sentiment que tous les ados sont conçus dans le même moule : ils pensent tous de la façon, ils s'habillent pareils, ils ont tous les mêmes passions, ils sont tous hétéros. Pourquoi ? Cette question se pose sans arrêt dans mon esprit. Pourquoi suis-je différent ? Si cette différence était visible de l'extérieur, je n'aurais pas à me cacher et à me le cacher. N'allons pas dire que je n'ai que 16 ans, et que par conséquent, ce n'est qu'un état transitoire. Faisons un petit come-back dans mon histoire.
Cette attirance pour les personnes du même sexe à commencé assez tôt. Je n'en ai pris conscience vraiment qu'à 13 ans. C'est là que le problème commence à se poser. Au début, je prenais ces émois pour des sentiments temporaires, qui ne dureront que peu de temps. Je pensais que c'était un petit dérèglement de début d'adolescence, mon inconscient ou mon subconscient faisait une vérification de ma gamme d'émotions. (Enfin, je crois). Mais, à présent, je vis depuis 3 ans avec cette perception affective. Pour moi, cela ne pose aucun problème majeur. C'est avec les autres qu'il devient important. Ma vie se fera, que je le veuille ou non, avec les autres. Donc, il faut que je sois avec eux, il faut que je vive en leur compagnie. Or, comment peut-on vivre avec des personnes qui ne vous comprennent pas ? Placer une fourmi d'une fourmilière A pour la mettre près d'une fourmilière B. Les conséquences sont connues : toutes les fourmis B vont sortir et s'attaquer à la pauvre fourmi A sans défense. Voilà, ce dont j'ai peur. Je crains l'instant où je serai à découvert, sans protection contre les agressions de quelque individu qui n'apprécie pas la différence.
Je me pose l'Amour en question. Je ne peux pas apprendre comment baiser un mec correctement si je m'embellis l'acte sexuel avec des mises en scène sans vérités. Surtout, je veux connaître la vie normale du gay. Un coming-out "réussi", des ami(e)s sincères qui m'aiment pour ce que je suis et non pour un pantin qui suit la voie hétérosexuelle.
Un jour, j'ai reproché à une amie : "Ne rêve pas trop du Prince Charmant ! La vie, c'est pas une comédie romantique !". Pourquoi ai-je dit ça ? C'est ce dont je souhaite chaque jour. Je ne souhaite pas trouver l'homme de ma vie, tout de suite. C'est logique, je suis trop jeune. Mais j'aimerais arrêter de jouer ce rôle qui n'est pas le mien.
Je veux avoir un petit ami à qui je pourrai confier mes joies, mes peines. Un garçon qui me confierait tout ce qu'il a sur le cur. Je veux tout simplement pouvoir aimer et être aimé en toutes libertés.
Je n'en peux plus. J'ai l'impression d'étouffer. J'ai l'impression d'être dans une bulle où l'air se raréfie. J'aimerais détruire cette bulle pour retrouver à l'extérieur, mais j'ai peur. Je ne sais pas ce qui m'attend, après cette sortie. J'ai tellement besoin d'avoir un ami qui me comprenne. Je veux être aimé pour ce que je suis vraiment, pas pour un objet sexuel comme je l'ai été avec mes anciennes expériences. Si ce souhait pouvait être exaucé !
Mais que va être ma vie ? Mon rêve serait de rencontrer un mec mignon de mon âge (ou pas) qui soit le bon numéro. Je veux tout simplement trouver l'homme de ma vie. Je sais, je suis trop jeune. Je souhaite simplement ne pas être seul. Je suis si seul que j'annote tout ce que je vis dans un journal. Je n'en peux plus de toujours tomber sur des types de plus de 25 ans qui pensent simplement à tirer leur coup. Je n'en ai connu que quatre. Mais c'est déjà trois mauvais. Je retire le premier car ça a duré un mois. Et c'était génial. On se voyait tous les samedis (et parfois le dimanche aussi). J'étais vraiment amoureux. Rien que d'y repenser, j'en ai des frissons de plaisir qui me parcourent le dos, le bassin, l'esprit et le cur. Ça n'a pas duré à cause de moi. Pourquoi ? Parce que j'ai eu peur. Peur d'être aimé ? Non, j'avais peur d'aimer. Je n'avais jamais eu autant de sentiments envers un homme. Je ne lui ai plus donné de nouvelles ; on ne se voit plus. Depuis un an et demi, j'ai des regrets. J'espère que pour lui tout va bien. Grâce à son beau physique, il n'a pas dû rester seul longtemps.
Il faut que j'arrête de me détruire le moral, de ressasser mes défaites. En espérant croiser bientôt le chemin d'un nouvel Amour.
Antinoüs
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