Journal intime 4
de Antinoüs
J'ai besoin d'écrire en permanence dans ce journal. Je n'écris rien d'intéressant juste ce qui me passe par la tête. J'en ai besoin. Lorsque j'écris, je ne pense plus à rien. C'est mieux comme ça. Je ressens un vide. Ma vie est remplie par un néant. Il y a un manque qui ne peut se combler. Je me sens mal. Je suis emprisonné dans une prison faite de mensonges et de non-dits. J'ai envie d'aimer. J'aime mes parents, ma sur, mes amis. Oui, mais, je n'ai plus envie d'aimer d'un amour fraternel et abstrait. Je ne veux plus vivre cette vie sans vie. Je veux sentir toutes les fureurs de l'Amour se déchaîner en moi. J'ai envie de ne faire plus qu'un avec lui. Lui. Je ne sais pas qui tu es. Mais viens. Je t'en prie, viens vite. Toi seul peut me sauver d'une mort certaine et fatale. Sois mon ange, mon protecteur, mon esclave, sois romantique et amoureux, sois TOI, mon Amour.
Je comprends à présent pourquoi je n'arrive pas à bien conduire. Je suis trop absorbé par mes pensées. Mais quelles pensées ! Je ne pense qu'aux beaux éphèbes que je peux voir lorsque je suis à place du copilote. Là, frustré, je tente en vain de me concentrer sur le seul sujet qui devrait occuper mon esprit pendant toute l'heure présente, la voiture. Cet après-midi, nous sommes allés (avec mon père) faire des achats. C'est pas possible le nombre de canons (je veux dire "beaux garçons") qu'il y a en train de faire des courses. Mais là, re-frustration. Pourquoi sont-ils tous mariés, avec leur femme ? Quand ils sont seuls, je peux enfin divaguer, fabuler, fantasmer sans troubles sur l'objet de mon appétit. Mais, comme par définition un fantasme est un rêve, une chimère qui ne survivra que quelques secondes, je sors déçu de mes obsessions.
Je me sens mal. Je me pose de plus en plus de question sur mon orientation sexuelle et ses conséquences. Je suis homosexuel. Je le sais depuis 3 ans. Mais je ne sais pas. Je ne sais pas vraiment ce qui m'arrive. Ce qui me paraissait tout à fait simple à vivre le devient de moins au moins. Je pensais qu'il suffirait de ne rien dire, de me cacher. Facile ! Non, Non et Non ! Je me sens seul ! J'ai l'impression d'être dans une ville, dans un monde entièrement hétéro. Sans aucune place pour la différence.
J'en ai marre de cette vie fade et prévisible. Prévisible n'est pas un inconvénient, mais c'est bien loin d'être un avantage. Je n'en peux plus de cacher, de dissimuler. C'est trop dur.
Je suis de plus en plus frustré. La vie et même la télé me fait voir et côtoyer des hommes aussi mignon les uns que les autres. Malheureusement, si je les vois, je leur parle ; je ne peux pas les approcher, ni les toucher et... plus, bien plus. Pitié, répondez-moi ! Quand les hommes s'intéresseront-ils à moi ? Quand voudront-ils vivre une relation avec moi, qu'elle soit sexuelle ou affective ? Quand vivrai-je mes fantasmes ?
Je me sens pris d'une trop grande lassitude. Je ne peux rien faire. Je suis las de rester prostré dans mon coin. Par fatigue, par peur, par désespoir. Oui ! Je suis désespéré par tant d'immobilité. Je me nuis. Je m'annihile, je suis étranger à moi-même. Que me réserve donc le Futur ?
Antinoüs
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