![]() Enzo, un ami qui vous veut du bien J'entre timidement dans l'appartement d'Enzo, il est au dernier étage, et contrairement à l'aspect extérieur du bâtiment, l'intérieur est très joli, et l'appartement est très grand pour une personne seule... c'est un 97m_ comme je l'apprendrai plus tard, sur deux étages. La décoration est surprenante, on trouve dans le salon une ambiance kitsch type 70's, des couleurs flashies, ça me brûle la rétine au début, ma vue s'était adaptée à la nuit, dehors. La cuisine est beaucoup plus moderne, entièrement faite d'aluminium brossé. C'est bien meublé, et la vue est assez incroyable, on a une beau les avoir vus des centaines de fois, le champ de toits qui s'étale sous mes yeux m'impressionne toujours autant. Lylli m'avait dit que les parents de Carla et d'Enzo étaient pleins aux as, mais je n'aurai jamais pensé à ce point. Je ne verrai pas le reste de son appartement, ou du moins pas aujourd'hui, et probablement même jamais, je vais juste boire mon café et me tirer... Pendant que j'observe la décoration, mon hôte prépare la boisson chaude dans sa cuisine. L'odeur qui en émane est agréable, je n'aime pas tellement le café, mais le parfum du nectar noir me chatouille les narines, et, pour une fois, me fait envie. Il sort de la cuisine avec deux mugs remplis, et tandis qu'il me fait signe de m'asseoir, il me dit: -"Vas-y, quitte ta veste, je ne vais pas te violer!" - tout en repartant faire je ne sais quoi dans la cuisine - J'avoue que la plaisanterie ne me fait pas rire, mais par politesse, je rigole tout de même... Je m'assois sur le canapé, il est doux et chaud, tendre et moelleux, ça me donne envie de dormir. il repart dans sa cuisine, j'en profite pour enlever mon manteau, et je me sens soulagé, avec toute l'eau qu'il avait absorbé, il devenait très lourd. Avec la sensation d'abandonner ma croix, je réalise soudain que trempé comme je le suis, je vais ruiner son fauteuil. Je jaillit tel un Diable de sa boîte. Enzo revient de la cuisine juste à ce moment et me regarde d'un air un peu ahuri. -"Je... j'ai pas envie de salir ton canapé... -Hum... attends, ne bouge pas! Il se dirige alors vers sa mezzanine, tandis que je me cristalise dans son salon. Il revient quelques instant plus tard avec un pantacourt et un T-shirt blanc, il me les balance en disant: -"Tiens vas te changer, tu auras moins froid comme ça, la salle de bain est dans le couloir première porte à droite -Non mais c'est bon, je ne reste pas, je bois juste le café, vite fait, et j'y vais... -Ah non alors! -Uh?? - il ne va tout de même pas me faire un caprice j'éspère... - -Tu ne partiras pas d'ici tant que nous ne serons pas amis! Alors maintenant, prends ces fringues et va te changer avant d'attraper la mort!! -Euh... - pour le coup je dois bien l'avouer, il m'a littéralement "séché", je ne sais plus quoi dire, et avouons-le, j'ai l'air d'un con au milieu de son salon... de toutes façons, je ne pourrais pas partir, je suis sûr qu'il est au bord de fermer la porte à clef juste pour que nous devenions amis... ... ... ... ... Fait chier! j'aurai aimé rester seul avec ma solitude, mon ego et moi-même pour me lamenter sur ma rupture! Bon je dois lui répondre et arrêter un peu de penser! - euh... ok alors" Je me dirige donc vers la pièce recherchée, j'entre, et je trouve une salle de bain digne de celle des palais des Emirs arabes! Toute carrellée de gris clair, et de bleu pastel, la salle de bain est très reposante. Une baignoire s'impose fièrement contre un des murs, je me sens bien ici, comme dans le reste de l'appartement d'ailleurs. Je quitte mes vêtements, qui tombent lourdement sur le carrelage et je repense à mon café chaud qui va se refroidir. Je sortirai bien pour aller le chercher et l'emmener avec moi ici, mais je ne le sens pas très bien le coup de sortir en boxer et de m'exhiber comme ça dans la moitié de l'appartement. Tant pis, je m'habille rapidement dans ces vêtements un peu trop petits pour moi, mais je m'en contenterai... j'enlève mes soquettes, j'aime me promener pieds nus, puis je m'offre un instant de réflexion, assis sur le rebord de la baignoire... Après tout, peut-être devrais-je accorder sa chance à cet Enzo, et puis, à y réfléchir, être avec quelqu'un ce soir me permettra de me vider un peu la tête... Je ramasse mes affaires au sol, et les poses contre le rebord de la baignoire afin qu'elles puissent sécher, et je décide d'y retourner. Revenu de la salle de bain, je fais le constat agréable du sol de l'appartement, composé uniquement de parquet, hormis les trois zones: toilettes, salle de bain et cuisine. Je retourne dans le salon et je n'y trouve personne. Je tente la cuisine: encore raté! Il n'est pas dans la salle de bain, j'en sors, je ne vois pas de lumière ni dans la mezzanine, ni sous la porte des toilettes, et pas le moindre bruit... ça m'inquiète. Soudain, les marches en bois menant vers sa chambre craquent, je fais volte-face et je le vois redescendre avec un air assez énervé. J'aurais dû garder mes fringues pour m'enfuir au cas où... Je lui demande si ça va, ce à quoi il me répond: -"Ouais, mon ex qui me colle et me tape sur les nerfs... C'est chiant de continuer à se justifier quand tout a déjà été dit... -Oh... je... je ne connais pas cette situation... -Pourquoi? tu n'as pas d'ex ou tu te fais toujours larguer ou..." Il demande vite des détails personnels, qui, comme je l'aimerais, devraient rester personnels. Il me fixe d'un regard très insistant. Je peux toujours lui répondre un mensonge, mais ça ne serait pas terrible pour commencer une relation amicale. Et je ne peux pas lui balancer que mes exs sont tous des cons et des sales porcs... je ne vais pas balancer à un hétéro (car je pense qu'il est hétéro) que je suis gay comme ça, ça risquerait de le faire fuir, enfin faire fuir quelqu'un de son propre appartement tient déjà de l'exploit, bref... Je dois lui répondre, sincèrement, tout en évitant LE sujet sensible. -"Disons juste qu'à défaut de me coller, mes exs me décollent, et j'apprécie rarement les ménages à trois... -Ah oui? je ne comprend pas ce désir d'avoir un tableau de chasse toujours plus grand, toujours plus rempli. -C'est le désir de tout chasseur, avoir la plus belle collection! -Tu parles... je pense que les humains ne savent que faire du mal à leurs semblables... -Je te trouve un peu pessimiste dans tes propos, non? -Si j'ai bien compris, tu as été cornu de nombreuses fois et tu trouves encore une part de gentillesse chez l'Homme?" Désolé Enzo, il ne faut pas jouer au funambule sur une corde aussi sensible... Après cette "brillante" intervention, je pars au quart de tour. -"Si l'humain est si méchant, alors que fais-je ici? -Eh bien... - me répond le frère de Carla - la situation n'est pas pareille, nous ne sommes pas ensemble... enfin si, mais on ne sort pas ensemble, enfin tu me comprends... -Oui, bien sûr. - Les remarques de ce genre entrainent toujours un sourire identique au silence... c'est-à-dire gêné Je décide donc de rester sur le sujet, tout en déviant légèrement. - Et... comment s'appelle ton ex? -Judith. C'était une fille bien, je pensais vraiment que ça allait marcher, mais elle était trop jalouse, limite hystérique dès que je disais bonjour à une amie, ou que je regardais une fille dans la rue. Son comportement a eu raison de notre histoire, nous avons passé tout de même six mois ensemble... et toi? Voilà, la question piège. Et le plus terrible c'est que je me suis moi-même jeté dans la gueule du loup. Que faire maintenant?... Sans même le contrôler, je repense à ma relation qui s'est achevée quelques heures plus tôt... Le drame approche, sournoisement, il est noir, et me fait souffrir. Il jaillit des ténèbres et s'empare de mon âme, et inéxorablement, je commence à verser une larme, enfin je me libère, ça me fait du bien tout en me faisant souffrir, mon âme est sombre comme la nuit, et mon coeur est exsangue à force de trop saigner... Ceci n'échappe pas à Hugo, qui se confond immédiatement en excuses. Cette situation me met très mal-à-l'aise. -"Je suis vraiment... désolé, je manque cruellement de tact parfois - me dit-il - c'était extrêmement déplacé de ma part, oublies ma question, faisons comme si de rien n'était, si ça te met dans un tel état, c'est que tu devais être très amoureux, et que tu as dû beaucoup souffrir, et puis... ça doit encore être frais dans ton esprit. -Pas grave! - dis-je en séchant rapidement mes larmes, et en enfonçant mon visage dans ma tasse de café. L'essentiel, c'est que je n'ai pas eu à répondre à sa question. - Décidant donc d'un commun accord de changer de sujet, nous parlons de choses et d'autres, politique, actualités, international, people, pluie et beau temps s'incrustent aussi dans nos phrases. Au final je passe une bonne soirée, le temps coule à toute vitesse, et me revient de nouveau "Sous le pont Mirabeau"... Maudit poème, maudit poète, maudits profs qui me l'ont enseigné! Il est (déjà) un peu moins de deux heures du mat' quand son portable sonne, il se lève, regarde qui ose encore appeller à des heures pareilles, il lève les yeux au ciel, ça doit être Judith. En tout cas, quand je repense à cette fille que je ne connais pas, ceci me confirme que mon compagnon de soirée est bel et bien hétéro. Je ne sais pas si je dois dire tant pis, en fait, j'ai même plus envie de dire tant mieux, ça m'enlève par avance une épine du pied. Sa conversation téléphonique s'éternise, 2h00 passent, puis 2h10, 2h15, 2h ..., 10h59... ... ... Un drame mental se joue alors sous ma boîte cranienne... j'ai dû m'endormir, et je constate que je suis toujours dans l'appartement d'Enzo, sur le canapé, une couverture me recouvre, je suis tout habillé. J'ai honte. Je me lève sans faire de bruit, au cas où il dormirait encore. J'ai raté les cours de la matinée, mais ça ne me fait rien. J'arrive dans la cuisine toujours sur la pointe des pieds, et je trouve le jeune homme en train de boire tranquillement un café, tout en lisant un journal. En me voyant arriver, il lève les yeux vers moi et me regarde en souriant, c'est la première fois que je le vois sourire, je suis encore un peu dans le potage, mais je dois reconnaitre que le garçon est très charmant. Avant qu'il n'ait le temps de dire quelque chose, je prend la parole: -"Désolé pour tout à l'heure, j'ai dû m'endormir comme la dernière des loques, pardon du dérangement... - la confusion atteint son paroxysme - -Oh ne t'en fais pas pour ça, c'est plutôt à moi de te demander pardon, Judith m'a encore appellé, elle m'a tenu la jambe jusqu'à 4h00, et puis cet appartement est grand, ça me fait plaisir que tu aies dormi ici, je me suis senti moins seul, et puis... - Un léger silence s'installe, mais il semble durer une éternité. - -Et puis? -Et puis tu es mignon quand tu dors." - me dit-il en souriant - La musique de Mr and Mrs SMITH envahit mon esprit, celle du passage où ils dansent sous la pluie, après leur rencontre...
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