Mon histoire
de Charles
Une histoire parmi tant dautres, pas plus remarquable que les autres, beaucoup moins bien racontées que certaines, mais un ami ma conseillé de prendre la plume, et à la réflexion, écrire permet de digérer bien des tristes souvenirs
On a dit que je ne faisais que me plaindre. Peut être. Mais quand je me plonge dans mes souvenirs, tête la première, il ny en a que peu dagréables. Il ny a rien de pire que dêtre un gamin qui saperçoit quil est pédé en sortant juste du primaire. En les écrivant, jespère que ces souvenirs se feront moins vifs.
Jai 12 ans. Je viens dentrer en 6ème. Je suis déjà le solitaire de ma classe. Pas de chance, les cours dEPS se passent à la piscine. Je nage bien. Mieux que les autres, qui pourraient peut être me respecter un peu plus sils navaient pas surpris mes regards furtifs dans les vestiaires. Oui, jai 12 ans et je commence à regarder les garçons. Tout seul enroulé dans ma serviette, je regarde mes camarades, et jai honte. Honte de moi, de ce que je ressens pour la première fois. Ne plus y penser. Rentrer chez moi, prendre un livre, mabrutir devant un ordinateur, et oublier le reste. Je ne me connais pas encore, et mes propres sentiments me stupéfient. Mon cerveau nexplose pas encore. Les mois passent.
Je suis en 5ème, et je regarde toujours les garçons. Je ne suis pas normal, cette idée simpose à moi. Mon statut de rejeté du collège me condamne à la solitude, pourtant, certains garçons viennent me parler, tant que le reste de la meute ne les voit pas. La peur de la vindicte du groupe les empêche de se lier trop longtemps avec moi. Ma compagnie nest vraiment recherchée quen cours, pour me demander les bonnes réponses, que je livre volontiers, trop heureux quon fasse un peu attention à moi. Mon univers se limite à ça : des livres, des collégiens me méprisant ou quémandant une aide scolaire, et des pensées embrouillées. Pourquoi je ne regarde pas les filles ? Elles sont pourtant nombreuses, et le fait de ne pas en avoir « embrassé une sur la bouche » comme les autres, me paraît un grand sujet de honte. Le fait est que jen aurai envie, pour être comme les autres. Le regard dautrui est la pire des tortures, quand il ne vous est pas favorable.
Jai mis un nom sur mon anormalité. Pour la première fois, jai envisagé de façon abstraite léventualité que je pourrais être homo. Bam. Une vraie douche froide. Je ne me reconnais pas dans les images de folles véhiculées par La Cage aux Folles, et encore moins dans larchétype du gay branché vivant dans le Marais. Tout cela est encore flou pour moi. Jai lidée que je ne suis pas le seul, mais ça ne maide pas, car les autres sont absents de mon horizon. Je commence à accepter mon statut de paria. Je suis transparent. Pourvu quon moublie, et que je moublie, et tout ira bien. Je vois les autres se fondre dans la masse, et jen tire égoïstement mon seul sujet de satisfaction. Jai au moins le mérite de penser à quelque chose. Jai dépassé le stade de lamibe surmaquillée et vêtue de rose qui glousse en rose dans la cour de récréation. Je ne lis rien dans les yeux vides des grandes perches, vêtues de survêtements trop grands, aux crânes surmontés de pics en gel qui commentent le dernier magazine de motocross dun air docte et entendu. Je suis méchant, je sais, cest ma carapace. Le brevet finit par arriver sans que je men aperçoive, et je me retrouve au lycée comme par miracle. Quatre années passées à réfléchir en attendant lillumination
quatre années perdues ? Je ne sais pas.
Pour la première fois, jai des amis. Je ne sais pas pourquoi un des garçons de ma classe sest assis à côté de moi dès le premier cours de lycée, mais nous ne nous lâchons plus. Les deux meilleurs élèves de la classe, tout deux au premier rang, les autres derrière. Qui plus est, il est mignon, et je peux le regarder de tout mon soul. Il nest pas le seul avec qui je mentends. Le journal du lycée maccueille à bras ouverts, ma plume est la bienvenue, et les autres scribouillards sont contents de me voir, semble-t-il. Jen suis le premier surpris. La seconde est une bonne année, la première depuis longtemps. Lannée suivante, jour de la rentrée, un éclair me foudroie. Un ami à moi, que je navais pas revu des vacances, me reparle. Je ne sais pas pourquoi je tombe fou amoureux de lui, mais pourtant
Pour lui jessaie de me sociabiliser. Je me mets à chatter, je linvite chez moi. Je commence à prendre soin de ma tenue, de ma coiffure. Jai beaucoup damies, beaucoup damis. Mon nouveau statut de chef du journal du lycée me rend plus populaire. Et jen viens à trouver en moi un courage que je naurai pas cru avoir. Pour ce même garçon qui me hante, pour lui, pour la première fois, javoue : « je suis gay ». Un vrai cri, en réaction à la cour assidue quune rousse me faisait. Il sait, et il nest vite plus le seul. Et tous ceux que je connais sont adorables, macceptant comme je suis tant que je ne mintéresse pas à eux. Voilà lennui. Je suis peut être accepté comme homo, mais je suis seul. Et apparemment, le seul dans tout un lycée de campagne de 900 personnes. Tant pis.
Mais je craque parfois, et je tente en vain de passer une main baladeuse sur des corps si tentants. Je suis toujours amoureux du même garçon. Il le sait, peut être même en joue-t-il. Non, il en joue, cest sûr. Un ami fidèle, mais pas que ça. Sa copine est furieuse, et je suis jaloux delle. Lui compte les points. Dautres amis regardent sans comprendre, ou tentent parfois de me raisonner. Je ny peux rien, je suis amoureux. Enfin, je me libère dune influence étouffante. Ma sur me colle de force sur un cheval, et je nen descends plus. Je deviens sportif assidu en quelques mois. Je passe mon bac à cheval, avec mention bien, sans même men apercevoir, et je quitte le lycée où jai passé trois ans avec un sentiment dévasion. Les études à la ville mattendent. Je suis surtout motivé par lespoir dune vie gay, rencontrer dautres garçons comme moi, et peut être lamour. La ville me parait être lEldorado. Cet été pour la première fois, je minscris sur des sites pour homos, et je chatte avec dautres jeunes comme moi. Je me rends compte que je suis loin dêtre unique.
Jai des amis homos. Ils sont bien plus en avance que moi. Je ne sais pas si cest lair de la ville qui les a fait mûrir si vite. Je vais même dans une boîte gay, je tente de rattraper mon « retard ». Eviter les avances des vieux assoiffés de chair fraîche nest quun jeu. Enfin me vient la révélation, un garçon que je mate sans trop y penser, et qui me passe un mot avec son numéro de portable. Cest la veille des vacances. Je lui téléphone, et le ne quitte plus. Mon forfait explose, mais je tombe vraiment amoureux. Et pas dun amour à sens unique. Nous décidons de nous voir, je prends un billet de train pour aller chez lui. Jai des préservatifs dans mon sac. Je sonne à la porte et japerçois à travers la vitre le garçon que jaime. Une fois enfermé dans sa chambre, je lembrasse à pleine bouche et le serre très fort contre moi. La neige tombe dehors, mais serré contre lui, jai chaud. Après cette première nuit, je suis amoureux, et jai le sentiment davoir triomphé de moi-même, de ma honte, de ma peur et de ma timidité. Jai découvert pour de vrai ce à quoi jaspirais depuis tant dannées. Jai 18 ans, cest peut être tard pour une première fois, mais ma vie dhomo vient juste de commencer. Cest une belle histoire, et triste ou heureuse, jai hâte de savoir la suite.
Charles.
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