La grande première (2)
de Cyprien
- Tu veux essayer ?
J'en suis resté complètement abasourdis. Je l'ai regardé, tel un poisson avalant son air, l'il vitreux et le visage sans expression.
Vincent était assis par terre en tailleurs devant moi, le torse nu légèrement avancé dans ma direction, ses yeux, attentifs, attendaient ma réponse. Et comme elle ne venait pas, il s'est penché et a entreprit de déboutonner mon short en jean. Toujours aucune réaction de ma part. Je voyais tout défiler comme dans un film, tout ça ne pouvait pas arriver. J'ai à nouveau croisé son regard lorsqu'il s'est redressé et à écarté le caleçon que je portais dessous. J'ai vu son sourire espiègle lorsqu'il a constaté que j'étais déjà dans un sacré état d'excitation.
- Ne me dis pas que tu ne veux pas, j'arriverai pas à te croire
Il a tiré sur l'élastique et ma queue est sortie toute seule, dressée, prête à l'emploi. Après, je n'ai plus bien compris ce qui est arrivé, il m'a poussé dos au sol, s'est allongé sur moi et sa bouche, bouillante, m'a happé complètement. Je suis devenu fou, des flashs de couleurs ont dansé devant mes yeux et j'ai explosé très vite sans même le prévenir. Mais le pire est venu après, quand je l'ai vu s'essuyer le coin des lèvres du revers de sa main, j'ai été pris d'une honte tellement affreuse que je l'ai violemment repoussé. Il m'a regardé, incrédule. J'ai saisis mon tee-shirt et je me suis tout bonnement enfuis de chez lui.
Je crois que j'ai alors passé les trois jours les pires de mon existence, la date du bac approchait et moi je ne faisais que pleurer. À peine étais-je seul, la porte de ma chambre close derrière moi, je fondais en larmes sur mon lit. J'avais l'impression que le monde s'écroulait autour de moi, j'avais honte d'avoir tellement adoré ce que Vincent avait fait, de ne plus penser qu'à lui minutes après minutes, de l'imaginer dans les positions les plus déshonorantes à peine endormis, et par dessus tout, de l'avoir peut-être déçu. J'avais eu tellement peur mais en plus, je lui avais peut-être fait du mal. Puis, tout s'est calmé comme par enchantement, un matin, je me suis réveillé en me disant que Vincent ne devait pas en avoir grand chose à faire, que de toute manière il ne m'aimait pas et qu'il était bien assez beau pour se trouver un vrai petit homo sûr de lui qui le baise comme une bête. Ça m'a fait drôlement mal au cur de penser ça mais j'étais sur le chemin de la guérison, l'acceptation de moi-même viendrait vite. Mais je pensais tout de même devoir m'excuser.
Le jour de la philo est arrivé, avec lui, son lot de lycéen traînants le si significatif boulet. Je ne faisais pas exception, j'aurais tout fais pour être déjà un mois plus tard. Le monde avait subtilement changé, je ne me faisais plus de soucis pour ma sexualité maintenant que j'avais une bonne idée du sens vers lequel elle s'épanouirait, et en attendant l'heure fatidique, je n'ai fais que regarder les fessiers juvéniles de mes camardes de martyre. Et Vincent est arrivé dans la cours, toujours seul, il s'est avancé vers les bancs et m'a vu. Je ne sais pas ce qui est passé exactement dans ses yeux à cet instant, mais j'ai pu y lire comme un vague regret. Il m'a sourit, j'ai encore craqué. Prenant mon courage avec toutes les mains qui me furent possible, je l'ai appelé, il est venu. Nous avons tout d'abord vaguement causé de nos révisions, espérions à l'autre que tout se passerait bien puis je me suis lancé.
- C'est à moi de m'excuser maintenant.
- Et c'est à moi de te demander pourquoi
J'ai été légèrement surpris.
- Je me suis comporté comme un mufle, un sale type, je suis désolé.
- Ce n'est pas complètement de ta faute, j'aurais du attendre ta réponse mais
Il a rougit, seigneur Zeus, il était le plus beau gars que j'avais jamais rencontré, je m'en voulais à mort.
- Mais quoi ?
Il a encore baissé les yeux.
- J'en avais envie.
Mon dieu mais moi aussi, mais comment avais-je pu être aussi con ? J'ai rougit à mon tour, nous devions avoir l'air de deux beaux crétins assit là, à virer au rouge piment pour deux mots.
- J'ai apprécié.
Il m'a regardé, l'air plutôt content de lui, ça m'a presque fait rire.
- Et moi j'aurais eu bien envie de continuer
J'ai failli recommencer à bander, je me suis retenu au mieux.
- Moi aussi.
- Tu l'as fais avec une fille depuis ?
Je ne m'attendais pas à cette question.
- Non, pourquoi veux-tu ?
- Je pense qu'étant donné ta réticence première, tu devrais peut-être essayé quand même, ça pourrait te plaire, après tout, ce que j'ai fais, une fille aussi le peut.
J'ai pesé le pour et le contre quelques secondes.
- Ca ne m'empêche pas d'avoir envie de continuer avec toi.
La cloche a sonné, il fallait se rendre dans nos salles respectives, aux antipodes de l'alphabet, Vincent et moi devions nous séparer.
Il s'est levé et m'a longuement regardé.
- Si tu veux continuer avec moi, je te préviens, il va falloir RESTER avec moi. Je me suis assez fais sauter comme ça. On se donne rendez-vous à la sortie ?
J'ai bêtement hoché la tête et l'ai regardé partir.
À la sortie, il ne m'attendait pas.
Je me suis posé beaucoup de questions jusqu'au lendemain, incapable de deviner ce qu'il fallait faire. Aller chez lui ? Lui passer un coup de fil ? Peut-être était-il arrivé quelque chose ? Sans le vouloir j'angoissais, maintenant que j'avais réussis à mettre à peu près les choses à plat, il fallait que ce soit lui qui commence à déconner
mais je n'ai pas attendu bien longtemps, le matin, il était devant chez moi, Catherine n'était pas là. Mon avis était qu'il avait du la chasser gentiment, heureusement qu'elle ne se vexait pas facilement. Mon approche a provoqué un immense sourire.
- Je suis content que tu ne sois pas fâché.
Fâché ? Si, légèrement.
- Mhmh
- Ah
si, quand même un peu alors
Il m'a regardé avec un air de chien battu qui me fit presque rire.
- Ma mère est tombée dans les escaliers hier, on a passé presque toute la nuit à l'hôpital. Ce n'est pas très grave mais on a eu un peu peur.
- Tu es pardonné.
Là, je savais bien qu'il devait avoir une bonne raison.
La fin des examens s'est passé sans encombres d'aucune sorte, Vincent et moi avions continué notre copinage sans forcer sur les sous-entendus, d'autant plus qu'il avait décrété ne plus vouloir me toucher tant que je n'avais pas couché avec une fille. J'avais beau lui dire qu'il fallait déjà que je m'en trouve une à mon goût, que ça risquait de prendre longtemps alors que je l'avais lui, et qu'il était tout à fait à ma convenance. Il ne voulait rien entendre sous prétexte qu'il ne voulait pas me conforter dans une voie qui n'était peut-être qu'à moitié la mienne et qui me ferait endurer plus de souffrance que l'autre. j'étais halluciné qu'on me parle comme ça. Il me désirait autant que je le faisais moi-même, je surprenais parfois des regards enflammés avec lesquels je m'amusais à jouer, et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il se forçait à endurer cette torture alors que je me serais allongé au moindre mot et qu'il le savait parfaitement. Nous avons eu nos bacs et le premier mois de vacances est passé, toujours rien en vu. J'allais chez lui ou lui chez moi quasiment tous les jours, nous jouions à la console, faisions des longues promenades à vélos, etc
et puis je le questionnais sur ses précédents amants, dont le gars de trente ans, Dominique, la jalousie me rongeait mais je posais tout de même des tas de questions, toutes plus intimes les unes que les autres.
Vincent a vraiment découvert son homosexualité vers 14 ans, son premier amant, il l'a eut à 15 ans, c'était un jeune mec de 17 ans, assez quelconque, mais qu'il aimait bien. Ca n'avait pas duré très longtemps avec lui, deux mois d'après ses dires. Ensuite il avait eu une période où il n'a connu personne pendant presque un an et après il s'est mit à beaucoup sortir. Je n'ai pas voulus savoir le détail de cette époque, lui même ne savait pas combien de mecs lui étaient passé dessus au sortir des boîtes où l'emmenait un de ses amis majeur, de même qu'il ne comptait plus le nombre de ses plans drague. J'ai d'abord été vaguement écuré puis assez excité par ses récits de plus en plus chauds, que pouvais-je bien faire hormis fantasmer puisqu'il me laissait à peine la latitude de le toucher ?
Puis le mois d'août est arrivé et il m'a proposé de l'accompagner au Touquet. Il y allait tous les ans avec ses parents, hors, je ne saurais dire « par miracle » mais j'y pensais fortement, cette année ils n'avaient pas pu se libérer. Verdict ? Vincent et moi pouvions avoir la maison si cela nous chantait. Evidemment, il ne fallait pas se leurrer, les grands-parents vivaient au premier étage tandis que nous aurions l'appartement du haut. C'était largement mieux que rien. J'ai d'abord eu besoin de toute ma volonté pour convaincre mes parents puis nous sommes partis tous les deux en train via la maison de vacances.
Le Touquet est une de ses stations touristiques qui ne me plaisent guère, évidement, le cur de l'ancienne ville avec le musée est assez intéressant mais somme toute surfait. La maison des grands-parents se situaient près du caravaning de Stoneham, pas vraiment loin de la mer, un peu à l'écart de l'agitation. Nous avons été accueilli très chaleureusement, déjà que j'avais appris dans le train que les parents de Vincent étaient au courant de son homosexualité - C'est alors que j'ai compris pourquoi sa mère m'avait saoulé de question le premier jour où j'étais entré chez eux -, je me rendis vite compte que les grands-parents devaient également être dans la confidence. Le grand-père Paul me regardait d'un il pas toujours très aimable et malgré avoir été détrompé par Vincent je sentais une sueur glacer me couler dans les veines à chaque fois que je le regardais. J'avais une frousse affreuse de cet homme encore tellement grand et large qu'il aurait pu m'écraser d'une seule main. Grand-mère Jeannette était par contre son antithèse parfaite, toujours aimable et souriante, elle s'est amusée à me montrer des photos d'enfance de Vincent sous son il révolté. J'ai beaucoup ris ces jours là, lui largement moins.
Puis il m'a présenté à sa bande de copains et à un de ses ex qui en faisait partie. Je lui ai à peine adressé la parole, remarquant par la même occasion que j'étais d'un naturel plutôt jaloux. Il était beau garçon, brun, les cheveux en bataille, les yeux bleus, le teint tanné par le soleil, sportif, bien foutu par conséquent, etc
tout pour me mettre hors de moi. Mais il y avait aussi des filles et l'une d'elle m'a un peu attiré. Elle s'appelait Alice. C'était une fille plutôt extravertie mais pas trop, aimable, blonde vénitienne aux yeux bleus pâles, les cheveux cours, quelques tâches de rousseur, un look de garçon manqué et jamais de maquillage. Je l'aimais bien, elle s'est vite prise d'affection pour moi, Vincent ma carrément poussé dans ses bras. Pour un peu je me serrais lourdement fâché, ça commençait à bien faire, cette fille, je l'aimais bien, mais lui, c'était une autre histoire !! Je commençais à me dire qu'avec Vincent c'était plus sérieux que ce que je m'étais imaginé, il passait de longues heures à prendre des bains de soleil sur la plage, je ne faisais que le regarder vivre et au fur et à mesure, le désir s'estompait un peu pour faire place à une tendresse qui m'était inconnue. J'avais envie de le serrer dans mes bras, de parler pendant des heures, de me promener avec lui au clair de lune, de faire l'amour sur la plage, de lui masser les épaules de sa crème solaire, de lui faire la cuisine, je sombrais dans un romantisme à pleurer qui me faisait parfois TRES peur. Bref, j'étais vraiment tombé amoureux et le voir se refuser encore et encore pour me jeter dans les bras d'Alice ça commençait à peser sur mes nerfs.
J'ai finis par le lui dire. Un soir où il était assit sur la balcon avec un livre, je suis venu par derrière et l'ai enlacé, la seule chose à laquelle je pouvais avoir droit de temps à autre. Mu par une impulsion, j'ai repoussé sa chevelure du bout de mon nez pour embrasser sa nuque, il a soupiré, un soupir de désir qui m'a complètement électrisé. Mes mains sont parties à la découverte de son torse par dessus son tee-shirt, il a gémit lentement. Mais lorsque j'ai voulu ôter ce maudit tissu, il m'a enfoncé un coude dans l'estomac et s'est arraché à moi. Ca m'a mit en colère.
- Mais bordel Vincent qu'est ce qu'il y a ?
- Je t'ai déjà dis que je ne voulais tant que tu n'avais pas
enfin tu comprends
- Non, merde, je comprends pas. Tu as envie de moi, moi j'en crève et tu te défiles à tous les coups.
- Cyprien
Il avait l'air tellement tiraillé que ça m'a encore plus fichu en rogne, il n'était qu'un imbécile doublé d'un ahuris, passer comme ça, volontairement, à côté du probable grand amour - On est toujours un peu excessif la première fois -, je n'arrivais pas à le comprendre.
- Quoi Cyprien ? Cyprien il n'en peu plus d'attendre, Cyprien il est bien gentil mais Cyprien il te veut maintenant.
Je l'ai vu trembler un peu, vaciller, pour un peu, j'aurais cru qu'il plierait.
- On ne peut pas
- Mais enfin POURQUOI ?
- Tu n'es pas sûr et
- Pas sûr ? Mais pas sûr de quoi ? Pas sûr de te désirer ? Pas sûr de rêver de toi toutes les nuits ?
- Mais je n'ai pas dis ça !
Il pleurait presque, moi aussi.
- Pas sûr d'être amoureux de toi ?! Putain Vincent, je t'aime comme un fou !
Il a écarquillé les yeux, la bouche ouverte.
- Tu as dis quoi là ?
- Que je t'aimais
Oh et puis merde, tant pis tu me fais chier.
J'ai saisi mon trousseau de clefs, ai lancé que je ne savais pas à quelle heure je rentrerais et ai claqué la porte.
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