La grande première (4)
de Cyprien
Le début d'après-midi nous trouva tous les deux nus et étroitement enlacés. Le soleil qui entrait à flot dans la chambre et qui avait tourné nous frappait de plein fouet et nous n'avions pas baissé le volet, nous transpirions, collés l'un à l'autre. Je ne dormais déjà plus, encore dans les brumes du sommeil prit après un intense plaisir, me contentant de maintenir le dos de Vincent contre mon torse et d'éprouver sa respiration. Il bougea, gémit doucement puis un long soupir fit frissonner son corps et se transmis au mien, Dieu que c'était délicieux de s'éveiller ainsi. Ses fesses se frottèrent contre mon sexe qui s'éveillait également, se décollèrent lentement puis revinrent s'y blottir. Il me tuait. Je gémis à mon tour, il soupira en réponse. C'était la première fois de ma vie que je tenais un autre être contre moi au réveil, la première fois que je n'avais pas eu besoin de mots pour faire comprendre mon plaisir, c'est fou comme ces petits sons sont explicites. Ma main descendit de son biceps pour fondre sur son torse et ses fins abdominaux, s'y posant, le bout des doigts perdus dans la toison noire de son bas-ventre. Il passa son bras en arrière et le posa sur mon flanc, flattant mon côté de ses longs doigts, puis glissa sur mon derrière. Enfin sa tête se tourna vers moi et je croisai son regard noisette ensommeillé, il souriait. Ses lèvres se posèrent sur mon nez.
- Salut
Je souris à mon tour en l'enfermant dans mes bras. J'émis un énorme soupir de satisfaction mêlé d'une légère plainte de bien-être. Je ne voulais plus bouger, jamais.
Mais le véritable réveil sonna en fanfare
et quel réveil. La grand-mère de Vincent frappait lourdement à la porte de l'appartement, nous prévenant qu'elle allait ouvrir. Heureusement qu'elle avait au moins cette délicatesse. Nous avons tous les deux sauté dans des caleçons et nous sommes rués vers la cuisinette ; juste avant que la porte d'entrée ne s'ouvre sur la vieille dame tout sourire. Nous eûmes droit aux embrassades.
- Bonjour les enfants, tes parents nous rendent visite ce week-end, elle s'adressait à Vincent, ils arrivent dans deux heures, tâchez de rendre cet endroit présentable.
Puis elle se tourna vers moi.
- Tu as bien dormis toi ? Je t'ai vu te promener près de la maison cette nuit quand je me suis levée, tu avais l'air fatigué.
Je rougis, elle le vit forcément.
- Bien, j'ai eu quelques problèmes pour m'endormir c'est pour ça
il fait tellement chaud.
Elle sembla satisfaite.
- Vous n'avez qu'à fermer les volets et tout rouvrir ce soir. Bon, je descends, et, ah oui, Bruno est passé vers 11h30, il dit qu'il vous attend à la plage à 16h.
A peine eut-elle fermé la porte que nous étions déjà dans les bras l'un de l'autre à nous embrasser farouchement.
Après la douche, plutôt animée
nous avons rangé pendant une bonne heure tout l'appartement, nous retenant au mieux de ne pas nous jeter l'un sur l'autre dès que nous nous croisions dans le couloir
ce ne fut pas affaire facile, voir ses fesses rondes et minuscules tendues vers moins alors qu'il nettoyait la salle de bain ne fut pas loin de m'enrager. De son côté, il ne se gênait pas pour me palper joyeusement l'entrejambe alors que je briquais la cuisine et que j'avais les mains occupées par toutes sortes de détergeants ; je l'aurais volontiers mordu à m'exciter comme ça sans que je puisse riposter. Dans ces cas là, alors que je protestais, il s'en retournait vite fait à son travail en ricanant. Mais le pire est venu lorsqu'il fut temps de faire le lit, imaginez, deux jeunes gens amoureux, se retenant de leur mieux depuis une bonne heure et demie, à moitié vêtus, et avec encore une bonne demie heure devant eux
J'ai vu Vincent aviser la montre sur sa table de chevet, s'interroger une seconde puis envoyer valser son short avant de me sauter dessus tel un chiot affamé. Nous nous sommes embrassés partout, ôtant les derniers vêtements, léchant et suçant chaque centimètre carré de peau, griffant légèrement, mordant parfois, puis Vincent m'a immobilisé en prenant place sur mon bassin. Nous étions à bout de souffle, moi, coincé sous son poids, lui, me dominant, le visage penché vers moi, des cheveux fous sortant de l'élastique de sa queue de cheval un peu partout, les joues rouges, ses mains ancrées à ma poitrine. Je crois avoir compris sans vraiment savoir comment, mais j'ai su ce qu'il voulait, ce que sa verge allongée sur mon ventre, pulsante et gorgée de sang, désirait. Je rougis, l'embrassai puis tendis la main vers le tiroir découvert hier soir. Il m'interrogea du regard alors que je lui tendais le préservatif. Je savais bien ce que je voulais, je crois que je crevais de trouille mais c'était absolument décidé, il n'y avait aucune raison qu'il se donne sans que je le lui rende. J'ai cru voir ses yeux changer de couleur, ce fut comme si d'un seul coup j'avais joué les incendiaires et allumé le feu au fond de ses iris. Le petit chiot affamé est devenu un véritable fauve. Je me suis retrouvé sur le ventre en deux secondes, la langue de Vincent se cherchant un passage en moi. Je n'ai pas honte de le dire, j'ai gémis et couiné comme un fou pendant de longues minutes alors que parfois un léger rire amoureux me parvenais aux oreilles. Je découvrais des choses nouvelles, des sensations inédites, presque plus fortes que celles de la veille, mais je n'avais plus peur
c'était tellement délicieux. Puis j'ai sentis Vincent, son sexe contre mes fesses, j'ai fermé les yeux et ai laissé faire. C'était fantastique, l'explosion de couleur a mit un certain temps à venir, mais une fois la douleur première passée, lorsque sa main s'est promenée autour de moi, que sa bouche s'est posée sur ma nuque, je suis devenu comme fou. Je crois que je n'ai fais qu'en redemander mais tout s'est passé plutôt vite ; nous avons tous deux très vite explosé. Ca reste un souvenir magnifique, le torse de Vincent sur mon dos, ses hanches caressant mes fesses un peu douloureuses, ses mains qui me tenaient fermement, nos respirations emballées qui tentaient de se calmer, ses mots d'amour ; j'étais ivre.
Puis, une porte, dehors, a claqué et les voix des parents de Vincent nous sont parvenues. Nous avons sursauté, nous sommes permis un dernier baiser et détachés l'un de l'autre afin de faire le lit et de rejoindre le monde
******
Mais il ne faut pas rêver, Vincent et moi sommes restés ensemble presque un an au lieu de toute la vie. Ca fait un peu mal lorsqu'on se rend compte, au fur et à mesure, qu'on s'éloigne l'un de l'autre. Je suis resté seul quelques temps après cette histoire, ma première, celle que je croyais être la plus jolie, celle que j'étais persuadé ne plus jamais renouveler. Au lieu d'entrer dans une école ou à la fac en septembre de cette année là, j'ai préféré travailler, mettre de l'argent de côté pour prendre un appartement l'année suivante et continuer mes études. Comme je présentais bien et que je parlais anglais et allemand, je suis devenu hôte d'accueil dans un grand hôtel de ma ville tandis que Vincent est entré dans une école d'architecture. Vous savez, le travail en hôtellerie n'est pas ce qui permet de prendre du bon temps, surtout au niveau que j'occupais. J'avais donc très peu de temps pour moi, Vincent lui, en avait beaucoup et nous nous voyions uniquement lorsqu'il m'était possible de le rejoindre. Je me suis beaucoup fait dragué, Vincent est assez possessif, au moins autant que moi, ce fut le prétexte à de nombreuses disputes qui pourrissaient de plus en plus les moments que nous passions ensemble (temps qu'il y a de la jalousie, il y a de l'amour me direz-vous). Je pense que c'est pour tout le monde la même chose. Mais nous passions de sublimes moments d'amour, les six premiers mois se sont passés comme sur un petit nuage bleu à l'horizon. Je vivais une relation qui m'épanouissait sur le plan social et sexuel. J'étais amoureux. Je crois que j'ai rarement été aussi heureux qu'alors.
Puis j'ai annoncé mon homosexualité à mes parents (d'ailleurs à ce sujet Vincent est toujours persuadé que je pourrais être bi mais il ne m'a plus jamais poussé dans les bras d'une femme, et je ne m'y suis jamais jeté depuis), ce fut une expérience terrible, m'a mère a fondu en larme, mon père n'a rien dit, il est sortit de la pièce et a attendu que j'en sorte pour y rentrer à nouveau. Je ne crois pas l'avoir entendu m'adresser directement la parole depuis. Vincent a été interdit de séjour chez moi lorsqu'ils ont appris qu'on couchait ensemble (ils n'ont jamais eu d'autre mots, j'avais beau leur hurler que je l'aimais, que ce n'étais pas qu'une question de sexe
ils parlaient de lui comme du grand Malin qui a détourné leur fils de sa voie, du prince fornicateur. Une horreur.). J'ai déménagé plus tôt que prévu, en catastrophe, vers la fin de l'année scolaire. Je me suis retrouvé seul dans un petit appartement de 25m carrés. J'ai fais une dépression dingue, Vincent a fait de son mieux pour me soutenir. J'ai perdu mon boulot. Jamais un coup de téléphone de mes parents n'est venu à mon aide. Pourtant, ils ont su que j'allais mal de par ma tante qui est ma banquière et qui a tout fait pour me sortir de la merde. Et puis Vincent a rencontré Stéphane, est tombé amoureux, m'a exposé le problème et s'en est allé à l'autre bout de la France. J'étais anéantit, je maudis ce mois de Juin 2000. Pourtant, j'ai fais ce que j'avais décidé, j'ai cherché un travail de quelques heures dans la semaine dans un fast-food et je me suis inscris à la fac. Ca a été l'enfer, j'ai vécu quatre mois d'absolue solitude, pas d'amis, pas d'amour, encore moins de famille, seulement fac-boulot-dodo. Je m'en suis sortis comme j'ai pu, mettant bout à bout mes factures et cherchant des aides de tous les côtés possibles. Ensuite, les nuages se sont peu à peu dissipés, j'ai recommencé à sortir, ai contacté quelques anciennes connaissances, me suis lié avec mes collègues et me suis dégotté deux ou trois petits-amis mignons comme tout. Mais jamais rien de très sentimental. J'ai eu ensuite ma période d'intense activité sexuelle, je ne crois pas être resté alors plus de trois semaines avec un type. Je prenais, je jetais, je me rendais surtout compte que je pouvais être un jeune homme attirant. J'ai eu ma première année haut la main, peut-être un peu trop haut d'ailleurs car j'ai eu tendance à me reposer sur mes lauriers et j'ai repiqué ma deuxième. J'ai coupé définitivement les ponts avec mes parents qui ne voulaient, et ne veulent toujours pas avoir de contacts avec moi. Je me dis qu'ils changeront peut-être d'avis un jour, et peut-être aussi que ce jour là je ne leur en voudrai plus. Un jour, j'ai reçu un faire-part, Vincent s'était pacsé, il m'invitait à une petite fête. J'y suis allé, c'était sur le chemin de mes vacances, ça me faisait une halte. Son Pacsé est adorable, je ne l'avais jamais rencontré, lui, il avait l'air de bien me connaître, j'avais été le plus important après lui, enfin c'est ce qu'il m'a dit. Mais mois j'étais loin de vouloir proposer le Pacs à Vincent ! Très loin même et je n'avais pas deviné qu'il en avait envie. J'ai eu une longue discussion avec Vincent, retrouvant l'ami qu'il avait été avant de devenir plus « petit », j'ai apprécié. Il a demandé des nouvelles de ma situation que je lui ai résumé. Nous sommes quittés en nous promettant de nous écrire, ce que, par miracle, nous avons fait.
A mon arrivée en vacance, j'allais déjà beaucoup mieux, une année avait passé, j'étais là après la vague de touristes, la plage était assaillis par des tas d'étudiants. Je me sentais mieux, seul mais mieux. Et c'est là qu'apparu celui que j'attendais. Mais ça, c'est une autre histoire
Fin
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