Diaphane
de Dast
J'étais occupé à uvrer pour l'accomplissement de ma besogne quotidienne. Cestui matin, j'étais arrivé avec quelque retard. Le second maître d'uvre m'avait admonesté, qui était femme, me faisant avec la plus extrême verdeur comprendrez que si je ne me montrais pas désormais plus ponctuel, je devrais prendre mon congé. C'était là horrifique chose qu'il ne fallait en aucune manière qu'il advienne ! Point ne voulais dépendre des générosités des Solidaires Laîcs de la Bienfaisance Municipale. Cependant, la ire de ma chef et compaingne trouva prompt apaisement lorsque je lui expliquai ce qu'il mésadvint de mon destrier 205. Ce fut enchantement de voir ainsi cet homérique courroux retomber. Le dragon à seins me dit que ce serait bon pour cette fois ; mais qu'il était exclu que je compte souventes fois sur sa bienveillance. Pauvre innocente ! Si tu savais combien je me moque de ta fausse mansuétude. Sache, impudent vermisseau, que si je suis forcé d'uvrer avec diligence sous ta férule, je ne cesse de t'abreuver de mon plus souverain mépris. Comme si par enchantement elle avait eu connaissance de mon dédain, elle nappa du miel de l'hypocrisie ses cordes vocales ; elle me conseilla, tortillant des naches devant moi, d'aller visiter un sien compaing pour que je m'enquisse quant au prix d'un éventuel destrier de rechange. Je la remerciai avec hauteur de sa bénévolence et lui assurai que lorsque mon agence d'ouvrage temporaire m'aura versé mon du, j'aurai le moult grand honneur d'aller quérir un autre fauve à quatre pneumatiques. Car certes, je devrai au plus tôt et fort prestement me bailler un autre engin. Je n'avais d'autre media que la vis mecanica pour accomplir les neuf lieues me séparant de la manufacture où j'étais employé,
Ô lecteur, toi qui céans me lis, je me dois de t'expliquer la monotonie de mon quotidien. Apprends donc que je suis chargé d'équiper de coussins d'air des destriers à roues varègues, teutonnes, françoyses, angloyses, américaines, hispaniques, lombardes, ou encore des véhicules des contrées de Chosun, de Cipango ou de Cathay, pour le cas malencontreux ou lesdits destriers seraient percutés de face ou de côté par de tiers engins. Cela sauverait des vies, et j'aurais fait uvre pie en sauvant de male mort un quidam. Pour dire le vrai, puisque le vrai je vous dois, dames et seigneurs qui présentement me lisez, en acceptant cet emploi venu à moi par le truchement des agences de placement temporaires, je pensais au salut de mon âme. Peut-être les Instances Célestes prendraient-elles en considération mes pauvres élans à être ainsi le gardien de la vie de mon prochain -lequel je devais aimer autant, sinon plus que moi-même. Peut-être la vacuité de mon existence terrestre se verrait-elle compensée et sublimée dans l'Au-Delà ? Que savais-je, moi, insignifiante cervelle, des merveilles et autres bonheur d'âme promises aux trépassés ? Pour l'heure, fort peu, des promesses, mais j'avais confiance, viscéralement. Le Très-Haut a des détours et des desseins connus de Lui Seul. Deo gratias ! Qu'Il soit loué !
Le cur fondant de gratitude envers mon Créateur qui m'avais amené à travailler ici, j'oeuvrais. Petit à petit, j'oubliais griefs et rancune qui m'avaient dressé, un temps, contre mon suzerain de ligne
Labora omnia vincit, y compris de l'aigreur d'âme. Non, il n'irait pas colporter avec fourberie mon retard. Il serait seigneur et non saigneur.
Point ne la vis de suite. J'étais fort occupé à uvré, présent de corps : je prenais les pièces produites, les soudais au laser, vérifiais le juste et correct alignement de chaque composant, rechargeais en composants chaque machine, contrôlais le produit une fois fini et assemblé, et le rebutais sans merci dès que je constatais la plus infime imperfection. Mais en esprit, j'étais parti en de lointaines contrées : celles du souvenir. L'eau monta humidifier ma bouche. Avant-hier, j'avais été chez un mien compaing, messire Anseau Daumy, ex mari de la dame Anne Huss, fort belle gueuse d'outre-chute de Rhin. Ancien collègue d'ouvrage, il avait eu une fort juteuse rémunération, laquelle lui avait permis de s'en aller par monts et par vaux. Revenu de longues pérégrinations urbi et orbi, il m'avait mandé. Une forte aimable réception, un fort goûteux banquet, donné en toute amitié. Ce fort gentil, moult aimable et fin gourmet ami m'avait servi de succulentes réjouissances. Cuisses de canard confites, cartoufles revenues dans la graisse, une tartiflette, écrevisses et moules aux lardons, salades arômatisées de vinaigres balsamiques, xéres, huiles provençales parfumées, sorbet de limes, blanc manger aux amandes, et tartes craquantes au sucre brûlé. Pour étancher les soifs données par tant de mets, j'eus force vins et liqueur, d'Hispanie, de Gascogne, de lointaines Californie et Australie. Ce fort plaisant ami conta merveille de ses voyages, les mirages de la cité de Las Vegas, laquelle après vêpres prend airs de nouvelle Babylone ; il me décrivit les ludiques enluminures qu'au pays du Soleil Couchant on nomme manga ; de là-bas il avait rapporté d'amusants ludae électroniques je me vis d'extase en auditionnant ses actions sur les bords du lointain Gange. Il me décrivit les misères et les splendeurs du continent d'ébène. Son périple avait duré près de deux années. Quelle plaisance que le revoir, quelle joy de l'avoir retrouvé après son long congé. Et quelle générosité, quelle délicatesse dans son recevoir. La chère était fine, le vin capiteux. Comme lui aussi avait quelque vapeur éthylique en sa cervelle, il se mit à me réciter poèmes hindous et chants endiablés de la lointaine Amérique. Il me fit découvrir les neufs talents de certains troubadours chantant en langue saxonne, reprenant les chorus. Ô joie, ô délectables instants ! Sur un mode égrillard, il me parla de mises en orbites dans le ciel des plaisirs charnels. En Inde, il avait pu s'essayer à des vertiges inédits, des fruits défendus que la bienséance réprouverait. Quoy ! Se pouvait-il que mon charmant compaing ait si impudiquement forniqué ! Je souris. Si le Ciel lui avait consenti un statut de mâle, c'était pour en jouir. Il eut été dommage qu'il fit abstinence. Grand de taille, le muscle saillant, le cheveu noir et long à n'avoir point été coupé, l'il de nuit, il avait belle allure. Il faisait grande impression aux femelles qui, à le voir, en devenaient chiennes. Moi-même, je devais avouer que parfois, j'avais envie et désir d'être à sa semblance. Et ce soir-là, était-ce le vin qui avait aidé, j'avais eu d'impurs et impudiques désirs, d'étendre la main vers ce fessier musclé, de laisser mon membre s'insinuer dans les parties les plus reculées de son anatomie
Il était là, comme un objet défendu, à portée de mon chibre tendu, à portée de main mais prohibé par la bienséance et par la nature de nos êtres. Nous étions mâles, et point ne pouvions nous adonner ainsi à la bougrerie. Je pensais que c'était là le manque de femelle qui me minait et me donnait des envies de pilonner ce viril fondement.
Je n'ouïs de suite qu'elle me parlait. Pour attirer mon attention, elle dut me toucher le bras, entraînant chez moi un léger sursaut. Que Dieu me pardonne, mais
comme elle me sembla irréelle ! Elle était parée d'une beauté diaphane, d'un magnétisme qu'oncques n'aurais soupçonné. Ardente, l'il azur nimbé du voile qu'à l'humain lorsqu'il est plongé dans la rêverie, souriante, elle était là, campée devant moi. Dame Cécile Hiccone, comtesse d'Aerbagh et marquise de Wonderbra, auprès de laquelle dame le sieur de la Founne et de Durex parfois gisait sous la couverture pour d'épiques aventures. L'on m'avait conté qu'il sabrait de toutes ses forces l'entrecuisse de la dame, qui pour la cause se faisait chaude gueuse et bien forte ribaude, criant fort et haut sa joy d'être prise et possédée. Mais devant elle, mes lubriques pensées cessèrent de suite. Un respect immédiat me vint pour elle, qui pourtant était l'incarnation du Péché Originel. L'escapade de cet elfe gracile hors de son bureau et des locaux administratifs était singulière. Icelle visite et en cestui lieu de confection des coussins d'air était rigoureusement exceptionnelle. Pour qu'elle en fût à de telles escapades, il fallait que les circonstances l'y obligent. Aussi fus-je saisi de circonspection.
Je devinais qu'elle était rongée par un subject qui prenait de telles proportions qu'il en devenait insoutenable. Je le voyais à la légère ombre sous ses paupières. Elle souriait, mais ce souris était trop ethéré pour être naturel. Quel dilemme, quel trouble agitait ton âme, ô femme ? Je percevais que j'étais la cause de ce souci cruel. Elle avait à m'entrenir. C'en serait difficile. Mais la paix de l'âme valait bien l'expression de son tourment. Tremblante mais courageuse, elle se hasarda à me demander quelque chose, la voix si menue que je ne la compris pas. Ce qui vint à mon entendement, une fois de plus le dis, c'était cet air souriant mais qui masquait mal le tourment que creusait sa face, son regard de flamme nimbé d'une nuage sous l'il. A bien la considérer, toutefois, je voyais un air exigeant, possessif, toiser mes cheveux de suie, mon visage mal rasé. Car oui, depuis plusieurs jours, j'étais en discorde avec les sires Phillips et Gillette, et leur odieux seconds Wilkinson et Bic. Ces bien forts larrons, me scarifiaient le cuir de mes joues de disgracieuses coupures. Je les avais traînés ces mauvais sires devant la Cour des Consommateurs ! Par le Sang Dieu ! Que soient pourfendus ces pourceaux !
Mon air de brigand des grands chemins, ce faux air de trousseur de jupons bourgeois, cet apparence de gibier de potence ne paraissait pas lui déplaire : tel était mon raisonnement à bien la regarder ; pour se donner contenance, la dame avait saisi le générateur du coussin d'air. Etait-ce la forme phallique ou l'acier tiède juste fini d'être travaillé par la machine ? Elle était grandement et merveilleusement troublée. Elle eut rougissement à la face, et reposa la forme ouvrée avec un air de pucelle qui a touché au fruit défendu. Délicieuse Eve de manufecture ! Comme vous me semblâtes appétissante, alors, comme je le dis en vous dédiant ces quelques lignes. Mon sexe vous voue ad vitam aeternam un hommage lige. Je serai toujours votre féal et dévoué sieur de la Cramouille, comte de Rectal et de Mucueuzes. Je fis haro sur la Cécile Hiccone.
-Grand salut à vous, dame de Wonderbra. Que le Très Saint vous ait en Sa garde.
J'avançai, l'échine courbée et le maintient respectueux.
-Grand merci à vous, chevalier des Balloches.
Je baisai dévotement sa main, cette étoile rose. Elle trembla. Le poil de ma barbe sur sa peau de soie la faisait frémir ; elle se reprit, l'il luisant d'un éclat minéral.
-J'en viens au fait. Il convient que nous nous entretenions.
-Certes, gente dame. A quel sujet ?
Dame de Wonderbra se récria presque :
-Ici n'est point lieu adéquat pour en deviser.
-Vraiment ? Est-ce si grave motif que vous me celez ? Par Dieu, point ne vais-je être remercié ? Je ne le puis, ni ne saurais souffrir telle infamie.
J'étais véhément. Mais voyant que mon honneur prenait ombrage d'une telle menace, que mon sang d'ores et déjà bouillait comme la lave bouillonne dans un cratère, elle me prit avec moult douceur la main. Elle m'apaisa d'un angélique regard et d'une voix à l'avenant :
-Non point, doux ami. N'ayez si grand crainte. C'est de toute autre affaire qu'il nous faut nous entretenir.
-Fort bien. Et quand donc ?
-A la fin de votre quart, si ce n'est point en votre disconvenance. Ce serait là moment idoine.
Pénétré par l'importance de cette requête et par le ton pressant avec lequel la supplique avait été formulée, j'acquiesçai. Cette enfant devait avoir de bien grands drames intérieurs pour en être venue à moi en dépit des convenances : quel air de complot nous avions à nous parler à mi-vois, devant tout le monde !
-Bien, donc. Je passerai.
-Grand merci à vous, gentil intérimaire. Je vous en saurai bien gré ?
Elle me prit la main, la pétrit et la porta à ses lèvres, comme si j'avais été son secours.
-Quelle vive émotion vous assaillie, belle dame ? N'allez vous point défaillir en ce lieu ?
-Non, non. Tout se passera fort agréablement. A tout à l'heure, messire.
Elle s'en fut. Alors la comtesse Thiculle, ma chef -que le diable l'étripe !- qui de loin avait assisté à la scène, me héla :
-Holà, mauvais bougre ! Que donc te voulait cette gueuse ?
-M'entrenir de je ne sais quel propos.
-Aurais-tu quelque sinistre affaire ?
-Non point, me défendis-je, me retenant de lui faire gorge, tant mon aversion pour cette créature était vivace.
-De cela aussi il me semble, tu n'es point genre de jouvenceau à chercher noise ou à assaisonner ta vie de tracas. Aussi suis-je étonnée que cette bougresse te vienne parler en ces lieux.
-J'en suis agité de vaines supputations, ô comtesse
-Reprends ta place, reprit ma suzaraine de ligne, et besogne. Il nous faut reprendre bonne cadence, sans quoi nous aurons mauvais quart d'heure à soutenir.
Tandis que je reprenais le fil de mon labeur, j'entendais cette cloche fêlée tintinnabuler pour son compte :
-Nous autres femmes avons parfois épais mystère dus pour partie aux chaleurs de nos tempéraments. Cuidez, jeune sire, que la Nature nous a durement éprouvées depuis la Chute Primitive.
-Certes, dame : entre légèreté et inconstance, bêtise et innocence, entre vos mises bas et vos ourses, souventes fois la cervelle vous fait défaut.
La gueuse en fut clouée. Ce déballage de misogynie me comblait. Et foin de représailles ! Je n'en avais cure.
A treize heures et dix minutes, je frappai à la porte de la diaphane mais nonobstant exquise visiteuse
-Qui vient frapper à ma porte ?
-C'est moi, messire des Balloches. Ne vous remembrez-vous point que vous me fîtes mander pour la fin de mon quart ?
-Si fait. Entrez et fermez.
Mon souffle se coupa. La créature était plus éthérée que précédemment. Fine, gracieuse de courbes, les formes pleines mais point trop copieuses, la brillance humide du regard, le pli rose de ses lèvres, elle était vêtue d'une buée vestimentaire. Elle se tenait debout, derrière la table. Ô vue démoniaque ! Ô vision de perdition ! Femme, veux-tu ma damnation ? Me veux-tu transmué en maniaque ? J'allais émettre une protestation quand elle mit son doigt sur sa bouche, me recommandant le silence. Par la vigilance de son regard, ce compendium des tentations aussi aguicheur qu'une immunda meretrica, elle me dévêtait en pensée. J'étais coi. Les démons de la luxure me harcelaient. Je sentais une démission turgescente entre mes cuisses, devant ce corps d'Aphrodite. J'éprouvais le même désir devant cette femme que devant le plaisant postérieur ferme et musclé de mon ami. Ma quiétude d'esprit était abolie, moi qui m'efforçais de ne pense qu'à peine semel in hebdomana aux choses du sexe. Mais je suis déshonnête. Je faisais le pur. J'étais vil. Oncques n'avais fait vu de chasteté. J'étais un homme. Et tel un hommes, j'avais d'ardents besoins de me soumettre à mes esprits les plus animaux, mais qui étaient soulagement pour mon équilibre intérieur.
Seulement, que ces cavalières façons de la bougresse étaient insolites. A l'ordinaire, l'homme propose et la femme dispose, quand ce n'est pas le mâle qui en fait dispose du bon plaisir. Là, elle avançait ses offres sans les formuler, mais plus clairement qu'une confession.
-Par Dieu, dame ! Me voulez-vous corrompu par ce que vous m'infligez comme épreuve ? Je ne saurais tolérer votre vue si peu vêtue sans éprouver gêne et trouble.
Le visage de la dame de Wonderbra se disloqua. La voix hachée de sanglots coléreux, la jouvencelle se cacha la face entre ses mains, et gémit de désespoir. Ses bras blancs d'albâtre me donnèrent envie de m'y blottir, d'y gésir, hic et nunc.
-Ma tenue alors vous déplait ? Ergo ma mienne angoisse avait solide fondement
-De fondement, il n'est question que du votre, fort bien galbé s'il en est. Mais de grâce, point de la sorte ne me l'exposez, sous peine de le voir sous peu éclaté.
Elle vola vers moi, me faisant reculer d'un pas. Agenouillée, le visage à hauteur du bas de mon bassin, elle n'aurait eu plus qu'à y apposer ses mains et à y accoler ses lèvres pour y recevoir un peu de ma substantifique moelle
Elle se saisit de mes mains, se releva et les posa sur ses généreux seins. Suppliante, pathétique, elle s'exclama :
-Ah, gentil sire, je vous en conjure, restez il me faut vous parler ! Je ne sais plus ce que je dis ni ce que je fais. J'en perds mon bon entendement. Je crains de damner mon âme à vous parler de la sorte, mais faire autrement, je ne puis. Prenez un siège et oyez-moi.
Ainsi fis-je. Elle avait repris meilleur air, meilleure mine et meilleure contenance. Elle nous servit un café.
Elle prit le temps d'en avaler quelques gorgée quand elle me demanda sur ton qui se voulait neutre :
-Avez-vous vu messer Daumy ?
-Il est rentré de son séjour sabbatique.
Etait-ce simplement de lui qu'elle voulait me parler ? Etait-il seulement possible qu'elle se mit en de tels états juste pour cela ?
-Vous avez du être bien marri de son absence.
-Point tant que vous ne croyez. Il m'a certes manqué car il est bon compaing, mais j'ai d'autres amis en mon cur et puis supporter son absence sans dommage aucun.
-Fort bien, fort bien
Dame de Wonderbra respirait fort, sa belle gorge se soulevant sous de fiévreuses inspirations. Elle ruminait ma réponse, avant de revenir à la charge :
-Il ne vous a point trop manqué, donc ?
Elle ne me croyait point. Vile catin qui mettait en doute ma parole ! Je répondis avec une aristocratique hauteur :
-Non point, belles mamelles.
-Vraiment ?
-Oui-da.
-J'ai peine à vous croire.
-Dame, qu'entendez-vous ? Vos doutes et m'insultent Je ne saurais les endurer
-Ayez pitié, doux sire, point ne vous mettez en courroux.
Le cur de la dame aux voiles souffrait. Je me radoucis :
-Ma douce mie, quel est ce poids qui si durement vous écrase ? Déchargez-vous de ce fardeau, si je puis vous être de quelque réconfort. Je veux vous servir, belle dame. Mon âme vous est dévouée, mais je dois si fait savoir ce que vous endurez.
Sa voix était vibrante, et me perça les entrailles comme un carreau d'arbalète ajusté par un génois trop adroit :
-Vous paraissez si proches, tous deux. O messer des Balloches, lorsque que mes yeux sur vous se posèrent par ce jour de septembre, je crus être touchée par des grâces à moi seule destinée. Votre vision était si fraîche, si dense, si merveilleuse, que je me surpris à en sourire avec béatitude. J'ai cru être frappée de cécité lorsque vos yeux dans les miens se sont posés, hélas sans s'y attarder. Ô grisant moment de complétude, quand une âme croit enfin avoir trouvé celle qui lui est vouée. Mais lorsque je hier je vins vous voir pour vous dire ma flamme et mon envie, je vous vis sortir. Je ne sais pourquoi je vous suivis, mais je vous ai trouvé chez messire Daumy. Je vous ai regardé, avec attention. Oh, Seigneur ! J'eus voulu cesser de sitôt d'exister tant mon âme fut fendue, ravagée de désolation
-Comment !
-Messire, je suis aux abois. Depuis des mois, seule dans mon lit, j'ai froid ; je pense à vous. Mon cur flambe, mes entrailles tremblent, j'irradie de cet amour. Je me vois baisant vos lèvres, dégustant avec félicité votre virilité comme je boirais un nectar réservée à quelques rares initiées
je me vois allant plus loin encore dans les joutes de l'amour, votre lance entre moi plantée, ô mon chevalier. Mais il y a deux jours, j'ai souffert l'enfer en voyant combien vous étiez troublé par les charmes d'un homme musclé et fort possiblement bien membré.
Elle frémissait, telle de l'eau dans un récipient. Et disant cela, je voyais son voile la coller au niveau du pubis, qu'elle avait épilé. Nerveusement, elle avait pris un crayon et jouait avec. Ses mamelons saillaient sous le voile.
-Dame, il me vient que vos pensées sont déconcertantes.
-Déconcertantes ? Comment vous étonner
-Oui, des insinuations qui m'offusquent.
-Vous paraissiez si proches, que je supputai des rapports plus complexes et intimes. D'où mon tourment.
-Point ne suis sodomite, point ne suis amateur de bites !
Dame de Wonderbra se tordait les poignets, en proie à une profonde détresse.
-Entendez-moi, douce femelle : messer Anseau Daumy et moi ne nous adonnons à aucune exploration de nos naches. Point ne me douche avec lui ni lui ne me douche avec son pommeau intime.
Souffle court, voix haletante et regard trouble, la chatte en chaleur, elle proféra :
-La douche
j'en dois faire si souvent usage
pour m'apaiser, vous comprenez
Yeux mi-clos, une main sur un sein, l'autre caressant son entrecuisse, elle me faisait d'impudentes et exquises révélations. Le Tentateur avait pris le contrôle de cette femme, la torturait, la faisait s'adonner aux joies solitaires.
-Oui, pour me calmer
Sous la douche chaude, c'est le pommeau. Sous la couette froide, c'est le vibro
Tout m'est bon pour monter haut, je suis enflammée, je perds conscience comme monte ma transe, je suis en extase, mais tout est si vain quand survient la fin. Je suis redescendue, patauge dans les marais saumâtres de la désillusion. Mes seins sont durcis, mon vagin béant, inondé et brûlant. Mon anus même me torture, avide de ressentir votre physiologique dureté. Mon lit est dévasté, de mes cris mes murs sont saturés. Lorsque le désir revient, je crie, je vous appelle, folle amoureuse. Je suis le champ de bataille de tous les désirs, de toutes les pulsions, et je jouis, vous entendez ? Je jouis, clamant votre nom de toutes mes forces, clamant de tous mes viscères mon envie de satisfaction
Je suis lassata sed non satiata d'autant de concupiscence qui si rudement m'éprouve. Je crains de ne pouvoir faire longtemps résistance.
Elle suçait le crayon, maintenant.
-Avec Anseau Daumy, je vous vois vautrés dans un stupre dont je suis exclue sans espoir. Je meurs de désir, me languis de plaisir, à imaginer vos boules sucées, vos fesses pénétrées, vos langues emmelées. Je suis excitée, détrempée comme si une érotique mousson m'avait inondée ma toison, je suis comme une source à vous représenter dans des contorsions, des étreintes entre mâles, alors que je suis là, offerte, délirante, abandonnée, mourante.
Elle eut un rire où passion, désespoir ou désir étaient inextricablement liés. Elle se caressa les épaules devant moi. Je maîtrisais de plus en plus mal mon émoi.
-Ne méconnaissez pas que je vous imagine main dans la main, dégustant des saucisses ensemble
-Taisez-vous
-Faisant ensemble des achats
-Cessez
-Trinquant du sirop calédonien, fumant de l'herbe de Nicot après l'amour, vous dégustant vos anatomies
-Assez ! C'est insupportable.
J'avais rude turgescence.
-Vous faisant une tartiflette dont vous déverseriez le fromage fondu sur vos parties, au lieu de me napper les seins avec le reblochon fondu
-Par pitié, je vous en conjure
-C'est dur ?
Je me tâtais :
-Comme de l'acier
Elle mit ses doigts dans sa bouche et couina : à mes mots, un jet de cyprine avait coulé le long de ses cuisses. Furieuse, elle asséna :
-Je vous ai vu manquer de la salade de roquette !
-Vous nous observâtes donc longtemps ! Vous êtes une bien forte espie !
-Vous dégustâtes cette salade avec ravissement.
-Oui, certes. La sauce était épaisse, veloutée, nappait très bien le végétal, gardant la feuille bien croquante.
-Vous préférez donc la roquette à mon cresson ?
Elle pâlit, s'abandonna, éclatant en déchirants sanglots :
-C'est le coup de grâce !
-Mais dame, le cresson est mon herbe préférée.
Le regard de la damoiselle revint sur moi, le teint plus rose, l'il moins humide, mais le ton très sec :
-Vous êtes seul responsable de l'état de tristesse et de désolation où je suis. Je jure devant le Ciel que terribles sont les affres que je traverse, à vous savoir refuser l'hétérosexualité, à vous voir prendre votre pied dans des passions où je suis étrangère. J'ai souffrance à n'être point votre jouet, de ne pas être la cible consentantes de vos plus lubriques pensées. Je garde le cur saignant de ne pas être livrée à vos turpitudes.
-Par le Ciel, dame Wonderbra, en vérité je vous le dis. Point ne suis des invertis. J'aime sentir mon sexe en une cramouille, j'aime boire de l'eau de Vulvic, fol je suis des buttes de Vénus, des cavernes mystérieuses où mon ambassadeur irait se perdre, je suis demandeur de laisser mon pèlerin dégorger ses offrandes dans le temple d'Aphrodite. Messer Daumy a certes fort beau boule mais point ne suis avide de m'y abandonner. Dame, je vous vois éperdue, et mes sens vous veulent nue. Sentez la dureté de mon envie, la puissance de mon désir de vous.
Eperdue, la femme tendit les mains vers moi ; elle était comme transfigurée, n'osant croire aux merveilles que je lui disais. Stylo en bouche, elle me regardait comme une louve. Je la plaquai contre moi, pour qu'elle me sente tout tendu, tout dressé comme un point d'exclamation. Cramoisie d'envie et cramouille pulpeuse, elle murmura :
-Tu es donc porté sur les femmes, bel étalon.
Je lui ôtai le crayon de la bouche :
-Cessez la succion de ce Stabilo.
-Qu'eus-tu voulu que je suce, dès lors que je croyais que l'objet m'en était interdit ?
-Mais il ne t'est point proscrit, mais bien prescrit, je te le dis.
Elle jeta son voile, se jeta sur moi.
Je caressai les seins offerts , dont les bouts étaient durcis. Je les pressais entre mes mains. Ce faisait, elle me prodiguait un profond baiser. Ce contact des langues, je le ressentis merveilleusement. Elle se dessouda de moi, souffle court, haleine sentant de désir le plus ardent, et cheveux dans les yeux.
-Cruel insensé qui as exacerbé mon désir le plus outrancier, viens te déchaîner et épancher tes trop pleins de sensualité !
Je mis ma tête dans le creux de son cou, parcourus de baisers dévorant cette gorge offerte. Sous ma bouche, pulsaient les veines. Elle passait sa main dans mes cheveux, les ébouriffait.
-Messire des Balloches
-Dame de Wonderbra
Nous gémissions s'ardeur, dans les bras l'un de l'autre. Elle s'assit sur le bureau, tandis que je fouillais sa peau de mes mains un peu caleuses.
-Tu es une bête, un animal, un dragon sexuel
Je visitais son corps de mes doigts, imaginant par moment qu'il s'agissait d'Anseai Daumy
cette poitrine de buffle, cette peau bronzée, ces épaules larges et fières, ce sexe que j'imaginais de belles dimensions, au moins aussi gros que le mien
mais les épaules frêles et la peau blanche de Cécile étaient appétissantes, larges seins, volumineux, aux aréoles épanouies, mamelles engageante qui suscitaient l'envie de les sucer et alimentaient une envie de répandre ma semence, laquelle envie me tordait les testicules. Je caressai plus rudement cette peau de rose. Je la griffonnais, la mordillais, la rendre plus ignée, elle qui n'était qu'incandescence et indécence. Tendrement, passionnément, je lui disais les mots les plus abominables ; j'avais envie de me caler dans ce petit cul de salope perverse, de déchirer cette cramouille de délicieuse traînée. Gémissante, Cécile Hiccone haletait à petits coups. Je sentais ses pressantes caresses dans mon dos, sur ma nuque, mes épaules :
-Festina, mon ami, festina nunc ! A vos desiderata je serai soumise.
Alors j'écartai les tendres cuisses, exposant l'intimité qu'ardais à exploser. L'antre vénusien était presque totalement rasé, rose, les lèvres rougies, humide et suintantes de nectar. Avide de la savourer, j'y passais la langue. Je l'enfonçai même un peu.
-Joue avec mon bouton, chéri
J'excitai le clitoris, caressai des doigts tout en activant avec mon appendice lingual les ondes de plaisir qui n'en finissaient pas de la faire sourcer, la faire se contorsionner comme une énergumène possédée par le démon. J'étais un mouton, qui broutait la bergère. La source vaginale ne se tarissait pas, aussi la retournais-je, pour caresser son dos, ses fesses blanches et roses. Elle se cambra, et la tête sur le clavier de son ordinateur, se mettait à lécher de la pointe de la langue les boutons dudit clavier, comme s'il se fut agi de petits clitoris. Penchée, cambrée, Cécile Hiccone, avait les seins contre son bureau, était livrée, léchée par une langue qui allait toujours plus fort, toujours plus loin, toujours plus audacieuse : la mienne. J'appréciais combien elle était callipyge. Ferme, galbé, doux comme la peau d'une pêche, son petit cul était un régal. Je le léchai, allant jusqu'à la rondelle. Une nouvelle fois, Daumy revint à mon esprit ; je me représentais allant au fion des choses, face à fesse avec lui, avant d'y insérer un ou deux de mes doigts, ou peut-être mon sexe
Ces dunes de chair qui abritaient un petit il creux appelaient à une prompte et généreuse souillure.
-Je n'en puis plus, râla-t-elle, comme une sorcière prête à être immolée.
Elle se mit à genoux, et délaça ma tunique. Pour accéder au diamant, il fallait ouvrir un écrin griffé Dim Homme. Une fois rabaissé, le tissu laissa ma Bête lui apparaître dans toute sa dimension. Jaillissant d'au milieu d'une savane de poils noirs, dix-neuf centimètres de chair aux veines gonflées entrèrent au fond de la gorge, emplissant sa bouche, manquant de la faire s'étouffer. Je la ressortis dans un grognement.
-Je la veux toute, pour moi toute seule
Elle la savourait, comme une gourmandise. Penser à elle et à Anseau, qui me mettaient en bouche, me dégustant, me mettait dans tous mes états. Les deux, je les giflais de ma queue, les flagellais de mon vit.
-J'aime l'odeur et le goût de votre exquis phallus
Ce sont belles boules que vous avez là, dit dame de Wonderbra en les prenant dans le creux de ses mains, comme si elle eut été à soupeser les fruits sur l'étal d'un marché.
-Duos habeo et bene pendentes, dis-je.
-Certes, oui. Et fort grosses.
Elle les lapa, les suça, avant de torturer mon pénis, de la hampe jusqu'au bout du gland, de se l'enfoncer jusqu'à la luette. Cette catin avait forte sapience de l'art de la fellation. Elle en usait avec maestria. Caressant, suçant, léchant, serrant, pétrissant mon viril organe, elle le soumettait à ses délires buccaux les plus insensés. Elle jouait des dents, de la langue, du palais, et des doigts avec un art consommé, une expérience insolente.
-Elle est si belle, si dodue, si tendue
je la verrais bien aller buter au fond de mes abysses, jusqu'à la matrice
Elle m'attrapa, m'attira à elle, se renversa dos, sur le bureau, envoyer se briser comput électronique et clavier. Elle enfonça ses ongles dans mes fesses, sa langue dans ma bouche comme je m'introduisais avec vigueur au fond de son conduit. Ma tige de fer frottait contre ses muqueuses, vivement. Je pilonnais, j'assaillais, alors que des jets de liqueur de femme aspergeaient mon bas ventre. Elle râlait, gémissait, criait, comme j'ahanais, haletais. Et tant pis si l'on nous entendait ! Elle me rejeta, alors que j'étais sur le point d'éjaculer, m'ordonna de la prendre comme si nous étions un couple de chiens. En cette posture, les délices des sensations étaient démultipliés.
Nous nous activâmes de plus belle. Elle voulait un excès de sexe. Alors je revins l'attaquer. Une dernière idée me prit, comme je m'imaginais posséder Anseau.
-J'ai fort envie de vous détruire l'anus. Jamais je n'ai vu semblable cul où je serai si exquisément comprimé.
-Non, pas ça, pas mon anus
-Si fait. Dame, je vais vous enculer.
Je me retirai, écartai ses fesses malgré ses protestations.
-Non, non, pas ça, c'est trop gros, jamais ça ne rentrera dans si étroit orifice.
-Il n'est point trop lisse mais fera mes délices.
Je sentis l'entrée dudit anus, et poussai, centimètre après centimètres, distendant, écartant la petite ouverture. Cécile gémit, et bientôt hurla telle une bête forcée. J'étais arrivé à tout introduire, je l'avais dévastée, ravagée. Son vagin était cependant plus mouillé qu'il ne l'avait jamais été. Je me déchaînai, me défoulai en elle. J'étais un chevalier du sexe à la lance enflammée. Je sabrais les dragons du désir inassouvi, sabrais Anseau, sabrais Cécile. Ce ne furent qu'apogées et gouffres, emportement et frénésie, zéniths et nadirs. Enfin, je m'abandonnai ; j'en avais trop envie. Une cascade déferla du fond de mes testicules jusqu'aux tréfonds de son rectum. Elle se tordit, eut des spasmes, et son cri orgasmique fut coupé comme nous nous effondrions sans retenue au sol, foudroyés par la luxure enfin calmée.
Pourquoi vous avoir conté cela ? De quel intérêt cela vous aura-t-il été? D'aucuns penseront que ce ne sont là que perversités insupportables, billevesées émanant d'une cervelle dérangée.
Je confesse et confie que point ne suis marri ni contrit de vous avoir livré mes turpitudes, où entrèrent quelques tendances à la bougrerie, comme une épice dans un mets, pour relever la saveur des ébats. De la bougrerie j'ai tâté, et point n'ai été désappointé des transports engendrés. Si j'ai perçu en mon être quelque effroi à oser franchir le pas, j'ai été comblé par le fait même que j'étais en terrain connu et savais comment procéder pour atteindre et faire parvenir à la félicité, aussi bien que j'en eus fait avec femme. Brutes et intenses furent les sensations et les transports, à grands renforts de caresses et autres baisers à faire frémir les plus portés à la vertu et à la bonne morale. Mais quoi ! si la morale existe, c'est bien pour que parfois on passe de l'autre côté du miroir
l'immoral et l'indécent ne sont qu'une forme de ce qui se peut faire, mais que par pusillanimité ou manque de cur oncques ne fait. Du moment où j'ai conçu pour mon amant et ma maîtresse le respect que je leur devais, de quoi devrais-je me repentir ? Le sexe est belle chose, plaisante et moins triviale qu'on ne le croit et l'entend. On ne le sait point trop. C'est là un moyen pour s'ouvrir des perspectives, des idées, des pensées inédites. C'est apaisement, et satisfaction quand la besogne est bien menée, que les sucs hors des corps sont épanchés, que complétude et fusion ont été parfaites.
Si j'ai été fait homme, c'est pour pouvoir en profiter au maximum, faire don de moi comme pour recevoir autant.
J'ai aimé ce que nous fîmes, refîmes encore et encore jusqu'à parfois perdre la conscience nous-mêmes. Ce ne furent que voluptés, douceurs et flatteries charnelles. J'ai appris que tous mes sens étaient employés, avec finesse et dextérité, parce la dame de mes pensées avait su les énerver.
Je pense que je vous ai conté mes plaisantes, salaces et indécentes aventures pour alimenter votre désir, et peut-être faire novelleté de ce qui est ancien dans vos couples. Mince et ténue est l'édification que vous pourrez en tirer, vous, lecteurs, ou toi, peut-être, qui es seul à parcourir ces lignes. Mais j'ai été fort aise, plein de félicité et de gratitude, et tiens à le faire assavoir avec clarté et force, à la face de ce monde qui se prétend libre mais ne l'assume guère, tout empêtré qu'il est de ses anciennes chaînes et de ses habitudes hypocrites.
Aller lire une histoire érotique de Pédro
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