Cinéma Gay
Un siècle d'homosexualité sur grand écran
de Fabrice Pradas

Ean 13 : 9782748311259
ISBN : 2748311256
Éditions Publibook


4e de couverture
CINÉMA GAY
En 100 ans d'existence, le 7e art a rarement porté l'homosexualité à l'écran. Ces images rares mais inoubliables, ont influencé notre société. Elles ont contribués à forger la vision que les hétérosexuels ont de l'homosexualité et celle que les gays ont d'eux-mêmes…
Depuis la “Tapette”, personnage populaire des années 20 qui amusait le public, à l'image plus nuancée de l'homosexuel d'aujourd'hui, le cinéma grand public a toujours utilisé des clichés, considérés par les gays comme dégradant pour les uns, expression réjouissante d'un style de vie pour les autres…
À partir des années 60, grâce à des productions indépendantes, le cinéma gay et lesbien s'est développé pour offrir aujourd'hui une riche diversité dans la visibilité de l'homosexualité et des sujets abordés…
Ce livre retrace de 1895 à nos jours, un siècle d'homosexualité sur grand écran : Une anthologie de 1116 films, courts, moyens et longs métrages.


Extrait, de la page 11 à la page 18
En 100 ans d’existence, le 7e art a rarement porté l’homosexualité à l’écran. Aujourd’hui, il n’en est plus de même. Les films abordant le thème de l’homosexualité sont de plus en plus nombreux. Elle ne semble plus être un tabou comme il n’y a pas si longtemps encore. Mais qu’en est-il vraiment ?
Les homosexuels, autrefois cantonnés dans des productions indépendantes et marginales, occupent aujourd’hui un espace beaucoup plus vaste. Le cinéma commercial destiné à un large public offre depuis quelques années une série de productions dans lesquelles des personnages homosexuels ont attiré la sympathie du public : « The Birdcage », « Le mariage de mon meilleur ami », « Pédale Douce », « Pour le pire et le meilleur », etc. Tous ont su séduire le grand public. Ces personnages gays sont quelquefois moins ambigus qu’autrefois et sont mis en scène dans des situations semblables à celles vécues par les hétérosexuels, ce qui permet de donner une autre image de l’homosexualité.
En 1982, il y a un peu plus de vingt ans, le baiser très chaste qu’échangent Michael Ontkean et Harry Hamlin dans « Making Love », un film destiné au grand public dans lequel un homme marié découvre son homosexualité, souleva le dégoût de nombreux spectateurs outreatlantique. Le film fut un échec commercial important.
Pourtant, ces spectateurs, qui ne se gênaient pas pour crier haut et fort leur écœurement, sont probablement les mêmes qui, quinze ans plus tard, ont applaudi Tom Selleck lorsqu’il s’est agrippé à Kevin Kline pour l’embrasser dans « In & Out » ! Que s’est-il donc passé ?
Notre société d’aujourd’hui semble beaucoup plus tolérante et, pourtant, le cinéma est toujours à la remorque des grands courants de société. Il les devance rarement. Le film « Making Love », par exemple, a été fait trop tôt, le grand public n’était pas prêt…
Les productions commerciales destinées à un large public abordent donc aujourd’hui plus souvent l’homosexualité. Elles donnent néanmoins l’impression de devoir respecter des « quotas » envers les minorités. Elles semblent exploiter encore les clichés les plus grossiers. Les critiques trouvent l’industrie du cinéma encore trop prudente dans le reflet qu’elle donne des personnages, expériences et thèmes homosexuels. Visant un public aussi large que possible, les producteurs américains, par exemple, hésitent à s’intéresser à l’homosexualité de crainte d’indisposer une grande partie de leurs spectateurs et de faire fuir les investisseurs.
Les films qui se font l’écho d’une réalité gay complexe, plus en phase avec la réalité, naissent de productions indépendantes et sont depuis une décennie de plus en plus nombreux. Ils abordent l’homosexualité au travers des sujets les plus divers : coming out, difficultés de s’affirmer, vie de couple, homo-parentalité, homophobie et, plus récemment, la déportation des homosexuels pendant la deuxième Guerre Mondiale. Il est regrettable que ces films soient distribués majoritairement dans des salles de cinéma Art et Essai à audience limitée à un public averti et engagé. Heureusement, des sociétés de productions et de distributions se sont spécialisées dans ce genre de films. Antiprod, Optimale, BQHL, etc. offrent une deuxième vie à ces œuvres par une distribution en DVD. Mais ces films, souvent de qualité, sont vus essentiellement par un public communautaire et donc restreint…
Il existe par conséquent maintenant deux grands courants dans le cinéma gay : le film grand public et le film d’auteur, impliquant deux cultures homosexuelles différentes : l’une est populaire, avec les clichés qui s’y rattachent, et l’autre est plus réaliste et revendicatrice.
Il y a trente ans, tous les créateurs gays devaient obligatoirement passer par la culture underground pour se faire entendre. Le milieu était plus éveillé politiquement, et, semble-t-il, plus stimulant…
A force de progresser, il est normal que les différences s’accentuent. C’est ce que vivent les minorités.
Néanmoins, dans l’ensemble, la façon dont on dépeint l’homosexualité au cinéma aujourd’hui est généralement plus nuancée qu’auparavant. N’en déplaisent à tous ceux que cela dérange, la diversité de la réalité gay et lesbienne demeure, et inspirera encore de nombreux créateurs…
En un siècle, le cinéma a offert une vision de plusieurs stéréotypes du thème de l’homosexualité.
La visibilité importante de l’homosexualité au cinéma aujourd’hui n’a pas toujours été la même dans le passé. Les homosexuels n’ont pas eu la vie facile sur grand écran. Cependant, elle a toujours été présente d’une façon ou d’une autre, et ce dés les premières heures du 7e art.
Quand l’homosexualité s’invitait dans les productions hollywoodiennes, c’était sur le mode de la dérision, de la compassion ou de la crainte. Ces images rares mais mémorables, ont influencé notre société et laissé une empreinte durable. Elles ont contribué à forger la vision que les hétérosexuels ont de l’homosexualité et celle que les gays ont d’eux-mêmes. Longtemps ce cinéma n’a représenté qu’une partie de la population et non pas l’ensemble des communautés existantes. Pourtant, inversement, le cinéma a toujours fait partie de la vie de tous…
Dans « The Celluloid Closet », un excellent documentaire réalisé par Robert Epstein et Jeffrey Freidman d’après un livre de Vito Russo, il nous est montré un extrait d’un film expérimental réalisé par Thomas Edison en 1895 dans lequel deux hommes dansent ensemble.
À ses débuts, de 1890 aux années 1930, le cinéma hollywoodien dépeint souvent l’homosexualité sous l’angle du ridicule : « A Florida Enchantment » en 1914 ; un élément comique : « Algie the miner » en 1912 ; sous le personnage d’une tapette : « The Solders » en 1923.
Le personnage de l’homosexuel efféminé est populaire à l’époque et, selon Russo, amuse, rassure le public, conforte les hommes dans leur virilité et les femmes dans leur féminité. Pendant des années, la tapette, considérée comme un être asexué, occupe une place intermédiaire, à mi-chemin entre féminité et virilité : « Our Betters », « The Gay Divorcee », « The Broadway Melody », « Myrt And Marge », « Call Her Savage », etc. Son homosexualité n’a rien de menaçant.
En France, certains films comiques des années 30 regorgent aussi d’allusions comiques concernant l’homosexualité, qu’elle soit féminine ou masculine, et cette tradition bien gauloise se perpétuera régulièrement au cours du siècle…
Le personnage de la tapette, raffiné, maniéré, aux fines moustaches, n’est jamais présenté ouvertement comme un homosexuel. La sexualité de ce protagoniste n’est en aucun cas clairement abordée, mais fait plutôt référence à des clichés. Une représentation négative de l’homosexualité, certes, mais qui a le mérite d’exister…
Si s’habiller en femme à l’époque pour un homme fait rire, est mal vu et est déprécié du public, donc de la société, à l’inverse, une femme qui se travestit en homme (« Morocco », 1930) subjugue et se voit qualifiée de « merveilleuse ». Le geste prend une dimension érotique, peut-être par le simple fait d’accentuer l’excitation du spectateur masculin…
En Allemagne à la même période, une toute autre visibilité de l’homosexualité est montrée : le film « Anders Als Die Andern » de Richard Oswald en 1919 met en scène un homosexuel victime d’un maître-chanteur. Un mouvement d’homosexuels allemands réclame même à la fin de la projection, l’abolition du paragraphe 175, qui condamne d’une peine de prison les relations homosexuelles entre hommes.
D’autres films traitant de l’homosexualité sont produits jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, comme « Michaël » de Dreyer en 1924, « Loulou » de Pabst en 1928 ou enfin « Jeunes filles en uniforme » de Léontine Sagan en 1931. L’héroïne lesbienne de ce film est portée à la fin du film en triomphe par ses camarades de classe et offre une fin heureuse au public…
Dans les années 20 et 30, les scénaristes et réalisateurs laissent libre cours à leur créativité, au point de voir produire des films très érotiques aux Etats-Unis. L’Europe occidentale de façon plus marginale, certes, n’est quand même pas en reste : de scène d’orgie dans la partie babylonienne du film de D.W.Griffith, « Intolérances » en 1917 ou encore des plans fétichistes de Bunuel dans « L’âge d’or » en 1930 et du « Chien Andalou » en 1928, sans parler du fameux « Erotikon » tourné en Tchécoslovaquie par Gustav Machaty en 1929…
Aux Etats-Unis, l’Eglise catholique, les protestants fondamentalistes, groupes de femmes et associations religieuses diverses réagissent violemment à ces abus. Les prédicateurs dénoncent les orgies portées à l’écran, qui, selon eux, contribuent à l’immoralité publique.
Les industriels du cinéma ont toujours eu pour but la rentabilité et ont toujours conçu leurs films comme des produits destinés à un marché. Celui-ci étant le public le plus large possible, leurs films doivent pouvoir être vus, et aimés par des gens de 7 à 77 ans. Dès lors, les femmes et les enfants constituant une part non négligeable dudit public, ainsi que les personnes âgées, il n’est pas question de les choquer. Les films sont avant tout une distraction pour « toute la famille ». Aussi, en réaction à ces protestations et pour préserver leurs intérêts, l’industrie du film à Hollywood se dote d’une commission d’autocensure et d’un code aux règles très strictes de bonne conduite : le Code Hays.
Un code de moralité cinématographique dont le but avoué est d’expurger le cinéma de tout élément incompatible avec la « bonne » morale. Les « perversions sexuelles », dont l’homosexualité fait bien entendu partie, figure en haut de la liste. Ce code va contraindre les cinéastes et scénaristes à faire des prouesses pour tenter de contourner le règlement, imitant au passage leurs collègues d’Europe de l’Est…
Dès lors, et ce pendant plus de trente ans, aux Etats-Unis, la représentation de l’homosexualité au cinéma est impactée par ce règlement. Durant toute cette période, aucun personnage ne peut être ouvertement présenté comme homosexuel ; on se contente de le suggérer par des maniérismes et des particularités de caractère. La tapette des années 20, personnage inoffensif, est devenue une menace réelle. Les réalisateurs vont ainsi, pendant toute cette période, offrir l’occasion aux spectateurs les plus avisés de lire entre les lignes ou plutôt, de voir entre les images. Ils usent de subterfuges pour traiter de l’homosexualité à l’écran. La censure ne parvient pas pour autant à effacer les homosexuels de l’écran. Ils sont seulement plus difficiles à identifier. Il leur est assigné une nouvelle identité : les criminels impitoyables, comme dans « Rebecca » en 1940.
Les censeurs tolèrent quelques fois des homosexuels à l’écran à condition qu’ils soient derrière des barreaux : « The Caged » ou condamnés à mourir avant la fin du film : « The Maltese Falcon », le plus souvent dans des conditions atroces. Cependant, et heureusement, beaucoup de choses échappent encore à la censure, tel le film « The Rope » en 1948.
De fait, jusqu’en 1950, la dichotomie est claire : courtsmétrages pornos clandestins d’une part ou films grand public d’autre part.
Une partie du public avait donc appris à décrypter les messages. Le public homosexuel était à l’affût des moindres allusions. Par exemple, dans les comédies de boulevard des années 50, il est possible de rencontrer à l’écran de nombreux personnages pouvant laisser imaginer qu’ils sont homosexuels, tels que des décorateurs à la mode : « Lover come back ». Les films fourmillaient d’allusions.
Il faut ainsi entendre Gore Vidal, dans « The Celluloid Closet », qui a participé à l’écriture du scénario de « Ben- Hur » de William Wyler, raconter avec délectation la façon dont on a élaboré une véritable scène de retrouvaille de deux amants, entre Ben-Hur et Messala, en cachant tout de cette intention à Charlton Heston, mais pas à Stephen Boyd. Les regards incendiaires que lance l’interprète de Messala au futur président de la National Rifle Association n’ont vraiment rien d’équivoque…
De façon générale, dès que le sujet est abordé de front, dès qu’une relation homosexuelle est suggérée et qu’une insinuation à l’homosexualité de certains personnages est faite, les censeurs coupent les scènes incriminées, pour exemple : « Spartacus », « La chatte sur un toit brûlant ». Ainsi, dans « Soudain l’été dernier », le personnage de l’homosexuel idéal apparaît sans visage, sans voix et ayant vécu comme un monstre. Il est normal qu’il ait une mort monstrueuse, tel un film d’horreur ou d’une scène d’épouvante. L’homosexualité est ici montrée et considérée comme répugnante…
Dans la plupart des films, elle est abordée de façon indirecte comme dans la vie. Les gays et lesbiennes sont contraints comme les personnages des films de se cacher au quotidien et à vivre une double vie. Rappelons que dans les années 50 en Amérique, la virilité était la norme et avoir l’air d’un homosexuel était presque aussi grave que d’en être un. Le moindre faux pas pouvait être fatal. L’homosexualité est ainsi montrée au cinéma comme une maladie dont on peut guérir, en commençant par les comportements efféminés. Les homosexuels comme les révoltés de la société doivent systématiquement mourir à la fin de chaque film où ils figurent : « Rebel Without A Cause »…

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