Connerie de mardi
de Guillaume


J’ai 21 ans. Ce n’est pas beaucoup 21 ans. Mais quand je pense à toutes les choses que j’ai faites, et surtout à toutes les choses que j’aurais pu faire pendant toutes ces années, je me sens vieux… Pourtant, je n’ai pas une grande expérience de la vie. Surtout en amour.
Parce que c’est là que ça ne va pas. Quand je vois tous ces gens autour de moi qui restent en couple pendant des semaines, des mois, voire des années alors que moi qui ne suis ni plus jeune, ni plus moche, ni plus con, je n’arrive pas à trouver quelqu’un et à fortiori à le garder. En fait, c’est un bête problème mathématique : alors que la plupart de mes amis ont potentiellement leur chance avec les 2,85 milliards de femmes hétérosexuelles de la planète, je dois me contenter des 150 millions de garçons homosexuels sur terre. Mais le pire, c’est que je ne sais pas qui ils sont. Ou plutôt si, je peux en reconnaître certains. Mais justement, je n’aime pas ceux que je peux reconnaître.
Comment dans ce cas rencontrer quelqu’un qui puisse m’aimer lui aussi ? Bien sur, il y a plein de solutions. Les boites gay, lieu de rencontre idéal pour trouver une relation qui durera pendant des heures et des heures dans le meilleur des cas. En fait, cela s’applique à tout ce qui est gay, que ce soit un bar, une boite, un sauna, une piscine, un parc, un parking sous terrain ou un défilé. On y rencontre au mieux des écervelés superficiels, trop occupés à soigner leur apparence et à acheter leurs fringues moches et hors de prix pour se rendre compte qu’ils sont enfermés dans un stéréotype qui n’est pourtant pas un passage obligé. Je ne me prétend pas meilleur qu’eux, mais je ne les aime pas et c’est assez réciproque en général. Ensuite, il y a aussi les folles, les efféminés, les maniérés, toute cette clique qui me fait me demander s’il ne faut pas mal assumer son homosexualité pour sortir avec ces ersatz de femmes.
Autre procédé en vogue ces dernières années : internet. J’ai cru un instant que cela pouvait être une solution comme une autre. J’ai donc mis au placard tous mes rêves de rencontre romantique, les belles histoires d’amour dont le cinéma et la littérature nous gavent pour me convertir au pragmatisme de meetic. Les premières fois j’ai pu me convaincre qu’il s’agissait d’une bonne alternative aux rencontres qu’on peut faire dans le monde réel mais à chaque rendez-vous c’est la même chose : on fait son timide, on joue au jeu de la séduction… Que d’hypocrisie pour une rencontre dont le but avouer est de sortir/coucher ensemble ensuite ! Rien de convaincant de ce coté là et le coté payant de la chose est assez immoral. Les gens qui se font de l’argent sur la solitude des gens sont tout aussi infâmes que ces pompes funèbre qui se nourrissent de la mort, et qui vantent les mérites du marbre dépolis à des familles éplorées.
Non, je pense que les plus belles rencontres sont celles que l’on fait au hasard dans des soirées, au travail, etc. Mais pour des raisons mathématiques que j’ai exposé plus haut, je pense ce genre de rencontres réservées aux hétérosexuels. Et pourtant, il m’arrive de croiser des garçons avec qui je sais que j’aurais mes chances mais je me rend compte aussitôt que la solitude me fait inverser les priorités : je regarde d’abord si un garçon est gay avant de me demander s’il me plaît vraiment. Et pourtant il y en a qui me plaisent : j’en croise tous les jours ! Mais évidemment, ils ne partagent pas mon goût pour les garçons.
Tous ? Non. Car il en existe un comme moi. Un jeune homme, un p’tit gars sympa, sans deux tonnes de gel dans les cheveux, sans chemise "effet froissé", sans CD de Mylène Farmer, sans poster de Mr Gay 2003 dans sa chambre. Sans tout ça mais avec deux beaux yeux et un sourire qui m’a fait chavirer. Je l’ai vu dans une féria et il m’a plu. Pas un coup de foudre, non, mais il m’a plu. Mais son apparence trompeuse m’a fait penser qu’il n’y avait rien à tenter. Pourtant, on s’est parlé car nous avions un ami commun et, je ne sais plus trop comment (l’alcool ayant fait son effet), je me suis retrouvé dans sa tente où j’ai passé une bonne partie de la nuit avant de repartir au petit matin pour prendre un train qui m’amènerait loin de lui. Une aventure bien banale qui ressemble aux "plans cul" que j’ai pu avoir les très rares fois où je suis sorti en boite. Et pourtant non, je n’ai pas pu en rester là. Ce garçon que je n’avais connu qu’un soir – bourré qui plus est – ne voulait pas quitter ma tête. D’ailleurs, il m’avait donné son numéro, ce qui n’est pas courant dans ce genre d’aventure. Trop timide pour l’appeler, je lui ai envoyé un texto dont j’ai oublié le contenu et auquel il a répondu en substance : "J’ai été ravi de te connaître, dommage que t’habites si loin, bisous". Evidemment, chacun à un bout de la France (comme c’est typique !) il aurait été illusoire de penser qu’on irait plus loin que ça… Et pourtant, j’ai pris le temps de réfléchir et je l’ai appelé. J’ai réussi à le convaincre de rester en contact, entre autre par MSN. Depuis, nous avons beaucoup parlé et j’ai découvert qu’il existait quelqu’un comme moi, qui abhorrait la superficialité et l’exubérance du milieu gay, de cette prétendue "famille" et qui pourtant cherchait quelqu’un qu’il puisse aimer. Sa raison qui lui dictait de ne pas fonder d’espoir sur une relation à distance s’est rapidement effritée, sans doute influencée par des conseils extérieurs et je devais descendre passer un week-end chez lui. Une bonne occasion de voir si je m’étais trompé sur mes sentiments ou pas car, prudent, je ne lui en ai pas fait connaître l’ampleur.
Maintenant, cela fait plusieurs jours que je n’ai pas de nouvelles : pas de MSN, pas de texto, pas d’appel… Je ne veux pas m’imposer en lui téléphonant. C’est peut-être une connerie. Je ne sais pas si je vais le revoir un jour mais je sais que je n’en retrouverai pas un comme lui. Ou alors pas avant longtemps et il sera peut-être trop tard. Par dépit et pour tromper la solitude, je me serai peut-être casé avec un petit Steevy qui pourra supporter mes humeurs, mon alcoolisme et ma rancœur. Peut-être que je devrais laisser tomber cette quête vaine tout de suite, mettre mon débardeur moulant et aller en boite pour tirer mon coup. Peut-être que c’est essayer de singer le modèle hétéro que de vouloir être avec quelqu’un pour longtemps. Peut-être que c’est parce que j’ai besoin d’être rassuré. Ou alors je suis handicapé de ce coté, et je m’interdis moi-même d’avoir une vie heureuse. Peut-être…

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