Les amants de la passerelle des Arts

de Jonathan J. Jay

 

Ils rient et dansent tous les deux sur la passerelle des Arts à Paris qui relie Saint-Germain des Prés au Louvre. Ils se sont connus à côté de là sur les quais, un bel après-midi de printemps. Le plus grand, Philippe, un brun élégant, était venu la veille fêter avec ses camarades les résultats de son concours. Il avait trouvé l'endroit romantique et décidé d'ouvrir une bouteille de champagne avec son nouvel ami pour fêter les vacances qui commençaient. L'autre, c'est Aurélien, un très jeune minet, blond décoloré, habillé en veste et pantalon en jeans. Il aime ce jeune homme qui vient de réussir ses études scientifiques de haut niveau. il veut vivre avec lui car il lui assurera un bon niveau de vie.

Philippe a déjà pas mal bu auparavant et comme il a le vin gai, il ne tient plus sur place emmenant son ami dans une valse sans fin. Sentant ce dernier épuisé, lui-même hors d'haleine, il décide d'aller l'embrasser en se calant sur le garde-corps. Le baiser est long et merveilleux dans la tiédeur de cet été naissant. L'obscurité de la nuit, bien que mille étincelles illuminent le pont, le rend plus intime.

En voulant terminer son baiser sur une note plus folle, Philipe se penche en arrière, se retenant à son jeune ami en posant ses mains sur ses épaules. Mais un faux mouvement lui fait perdre l'équilibre. Il tombe à la renverse en donnant un violent coup de genou sous le menton de son amant. Son corps plonge brutalement dans l'eau noire. Aurélien s'effondre par terre portant ses mains à sa bouche. Sa langue est profondément entaillée par le vif claquement de sa mâchoire porté par le coup. Il se lève d'un bond, pris entre l'envie de hurler et la bouche bloquée par le sang qui coule. Bientôt une douleur intenable l'envahit.

Le jeune couple n'était pas seul, un batelier qui prenait le frais sur le pont se précipite vers Aurélien puis se penche sur la rambarde. Il voit Philippe qui s'affole. Il a bu la tasse et n'arrive pas à hurler. Le batelier lui ordonne de se calmer et de nager du côté du Louvre qui est le plus près. Aurélien rejoint le batelier et dans des borborygmes inaudibles de supplique l'invite à tout faire pour sauver son ami. Le batelier ne peut pas sauter, les tourbillons sont mauvais dans les parages. Il se détourne d'Aurélien et hurle de nouveau ses conseils. Philippe, dans l'eau, se débat comme un forcené, mais il perd rapidement ses forces, et n'arrive pas à rejoindre la berge. Deux jeunes adolescents regardent la scène en retrait, ils sont tétanisés. Ils ne feront pas un pas malgré le regard imploré d'Aurélien dont des filets de mousse rose tombe en abondance de la commissure des lèvres.

Le batelier se retourne vers Aurélien et lui annonce qu'il est trop tard. Son ami a disparu dans le courant. On aurait pu lui lancer une bouée de sauvetage, mais elles sont sans cesse volées. Il y en avait une hier, mais un groupe de garçons l'a de nouveau dérobé. "Je l'ai signalé, ils ne veulent plus en mettre." Dit l'homme.

Quelques jours après, d'un air méprisant, Aurélien jette sur la tombe de son ami la bouée de sauvetage qu'il a retrouvé chez lui en rangeant ses affaires.
Fin

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