Une chance pour être aimé (5)
de KH Brillant
9
Dans le bureau d'Amy, au premier étage de la bibliothèque municipale, Jonathan relatait à son amie l'étrange rêve qu'il fit la nuit précédente. Sérieusement perplexe par rapport au travail nocturne de son cerveau, Jonathan faisait face à une Amy particulièrement hilare.
- Y a rien de drôle dans tout ça, rétorqua Jonathan en la regardant sérieusement.
- Oh que si, se défendit-elle. J'imagine la scène comme la queue que l'on voit au supermarché de la ville voisine, rayon charcuterie, une file d'attente avec un ticket dans la main, poursuivit-elle en rigolant. Tout ça pour s'occuper de ton petit ami. Visualise la scène c'est très drôle, dit-elle en reprenant son sérieux.
- Pour l'instant je n'ai pas à l'imaginer, étant donné que je l'ai vécu. Crois-moi c'est perturbant.
- Bah, c'est ton cerveau qui évacue comme il peut les différentes informations qu'il a reçues plus tôt sur Hayden. Non, ce qui devrait vraiment te perturber, c'est la taille de son engin.
- La première fois est assez stressante pour que t'en rajoutes, répliqua Jonathan en se laissant tomber contre le dossier de la chaise.
Assise derrière son bureau, les cheveux tombant sur ses épaules dénudées, Amy un sourire sur ses lèvres rose nacré, regardait avec compréhension son meilleur ami au seuil de sa première véritable histoire. Dans un passé pas si éloigné que ça, c'était lui qui avait tenté de la rassurer quand Buddy devint de plus en plus entreprenant.
- J'ai l'impression de me revoir, fit-elle en souriant. Je vais te dire la même chose que tu m'as dit : "S'il y a de l'amour, les choses se feront tranquillement".
- Mais pour l'heure y a surtout de la peur.
- Evite la peur, ne te contracte pas sinon t'auras vraiment mal. N'empêche c'est cool que tu le fasses avec Hayden.
- Développe.
- Il est super expérimenté, il a un corps splendide, il t'aime. Et l'ayant vu faire, je peux te dire qu'il assure.
- C'est assez tordant n'empêche, tu es au courant des prouesses de mon petit ami avant même que je te raconte, dit-il en rigolant.
- L'avantage qu'il ait des vidéos coquines à son actif. Question bête, tes parents sont au courant que tu sors avec un ancien joujou du net ?
- Non. Et il ne vaut mieux pas.
- C'est sûr. Et toi, par rapport à toute cette histoire ?
Jonathan se tenait à la "promesse" qu'il avait faite à Hayden, il ne reviendrait plus sur cette histoire appartenant définitivement au passé. A présent, il voyait le Hayden du présent, celui qui se tenait prêt à vivre une histoire avec lui.
Las d'attendre que la nuit ne tombe pour enfin l'apercevoir, Jonathan profita de son temps libre après le service de midi pour se rendre chez son petit ami, expression revenant comme le refrain d'une chanson qu'il ne pouvait extirper de sa tête. Son initiative se solda malheureusement par une déception. Les portes de la maison closent parlaient d'elle-même. Hayden avait certainement dû s'absenter. Prenant son mal en patiente, Jonathan s'installa sur les marches du porche. La nature alentours isolait la bâtisse, aucun chat à l'horizon, personne ne passait devant la propriété, à croire qu'elle se trouvait dans un lieu que seuls Hayden et lui connaissaient. Adossé à une poutre, les mains fourrées dans les poches de son sweat Jonathan s'apprêtait à partir lorsqu'un bruit de moto s'avançait quelques mètres plus loin. En se garant devant l'entrée, Hayden un sourire sur les lèvres ôta son casque de motard.
- Quelle surprise, s'exclama-t-il en descendant de la monture de fer, son jean épousant parfaitement la musculature de ses cuisses et la courbure de son entre jambe.
Définitivement sexy, pensa Jonathan en le voyant ainsi dans la carrure de son blouson.
- Je m'apprêtais à m'en aller, fit-il en se levant.
- J'ai bien fait de rentrer alors, dit Hayden en venant l'embrasser. Rentrons, tu as suffisamment bravé la température.
Lorsqu'à l'intérieur, Hayden retira son blouson et laissa apparaître son tee-shirt immaculé soulignant sa courbe pectorale, Jonathan repensa à la conversation qu'il eut plus tôt dans la journée avec sa meilleure amie. L'heure de passer aux choses sérieuses semblait être venu à en croire l'excitation de ses pensées.
Sûr de lui, il s'avança vers Hayden. Sans prévenir il commença à l'embrasser, sa main descendant le zip de son sweat-shirt, seul bruit audible dans la pièce. A ses baisers et aux caresses dont il couvrit son corps, Hayden réalisa que Jonathan souhaitait passer à la vitesse supérieure.
- C'est le fait de m'attendre qui t'as mis dans un tel état, demanda-t-il entre deux baisers.
- Plus le fait de te voir aussi sexy, répondit Jonathan en pressant ses lèvres contres les siennes.
Ne trouvant pas le moment opportun, Hayden l'arrêta délicatement en prétextant son envie de boire un chocolat chaud, l'air frais l'ayant transpercé durant son parcours à moto. Il revenait d'une de ses récurrentes visites à sa mère. Aujourd'hui, elle l'avait reconnu, et ils avaient passé un agréablement moment à discuter, même de Jonathan.
- Elle s'est souvenu de moi, fit Jonathan surpris.
- Oui, cria Hayden depuis la cuisine.
- Je peux utiliser ta salle de bain ?
- 1ère à gauche en entrant dans le couloir.
En réintégrant le salon, les mains prisent par les mug de chocolat chaud, Hayden n'en croyait pas ses yeux. Debout à quelques pas de lui, Jonathan trempé de la tête aux pieds l'attendait patiemment.
- L'arrivée d'eau à exploser, lui demanda-t-il interloqué.
- Pas vraiment.
Déterminé à passer à la vitesse supérieure, Jonathan avait trouvé judicieux de s'arroser d'eau en souvenir de leur première virée à moto, sous la pluie, qui les avaient poussé à se déshabiller. Le temps clément de la journée l'obligea à se servir de la pluie artificielle du pommeau de la douche. Mouillé par une eau à 30°, il ne risquait pas d'attraper froid, mais pouvait ainsi attirer l'attention de son petit ami.
- A quoi tu joues, lui demanda Hayden en déposant les tasses fumantes sur la table basse.
- Et toi, pourquoi tu ne veux pas jouer ?
- J'attendais un meilleur moment, un moment que j'aurais fait inoubliable, un dîner, un truc sympa, se justifia-t-il en s'avançant.
- C'est très gentil à toi, mais le moment parfait n'existe pas. L'acte en lui-même n'est parfait que parce qu'on le fait avec la bonne personne, et tu es celui-là, rétorqua Jonathan en laissant tomber son sweat.
- Tu es incroyable, fit Hayden en passant une main dans ses cheveux gorgés d'eau. En plus, t'aurais pu faire en sorte d'utiliser l'eau glaciale.
- T'es fou, c'est pas une pneumonie que je suis venu chercher.
Dans un sourire complice, Hayden l'attira vers lui, l'embrassa comme il l'attendait, ses mains se glissèrent sous son tee-shirt lui collant à la peau avant de l'enlever. Après une série de baiser langoureux, il retira délicatement son jean, le déboutonnant à genou. Sa bouche chaude s'attarda sur le ventre plat et musclé que Jonathan lui cachait jusqu'alors. Une fois son caleçon retiré, il se releva avec un sourire coquin sur le visage.
- Tu es vraiment décidé, glissa-t-il à son oreille avant de l'abandonner afin de prendre un plaide.
D'un seul geste Hayden déplia le tissu et s'employa à sécher chaque centimètre carré de l'épiderme de Jonathan. Préliminaires originales pensa ce dernier en se laissant faire et en appréciant chacune des caresses auxquelles Hayden se livrait avec précision et expérience.
Une fois bien séché, Hayden envoya valser le plaide à travers la pièce, souleva Jonathan de terre pour l'emmener jusqu'à la chambre où il le déposa délicatement sur son lit avant de le couvrir de baiser chauds et de caresses exploratrices. A son tour, il se dévêtit dévoilant enfin à Jonathan ce corps dont Henry, Amy et Buddy connaissaient le secret. Le même effarement pouvait se lire sur son visage. Un corps massif et volumineux à tout point de vue.
Lorsqu'il revint s'allonger sur lui, Jonathan pouvait sentir la chaleur de son corps, le poids de ses muscles et la densité de son succès. Caresses et baisers langoureux les amenèrent à ce que Jonathan était venu chercher, l'extase de leur corps amoureux.
Après s'être laissé aller dans les bras experts d'Hayden, Jonathan se laissa tomber dans les bras de Morphée, le stress du passage à l'acte ayant eut raison de lui. Emmitouflé dans les couvertures, une sérénité étrange semblait l'habité, dehors le temps toujours aussi clément voyait néanmoins quelque nuage de basse altitude prendre possession du ciel. Hayden qui l'abandonna un court instant remonta peu de temps après avec en main une boisson de saison. Malicieusement il passa la tasse encore fumante sous les narines de Jonathan, mais l'effluve de chocolat ne parvint pas à le sortir de son sommeil. Qu'à cela ne tienne, après avoir déposer les tasses sur le meuble de chevet, il déposa des baisers dans le cou de cet être endormi, dont un sourire émergea quelques secondes plus tard.
- Ça fait longtemps que je dors, lui demanda Jonathan en ouvrant les yeux.
- Depuis un certain temps. Deux heures tout au plus.
- Woah, tu n'aurais pas du me faire tout ce que tu m'as fait. C'est fou comme c'est épuisant, mais qu'est-ce qu'on se sent bien après, fit-il en se blottissant contre lui.
- C'est toi qui l'a voulu, je n'ai fais que t'obéir, répondit Hayden en le serrant tout contre lui.
Jonathan aperçu les tasses, celles qu'ils devaient prendre quelques heures plus tôt.
- T'avais vraiment envie de chocolat chaud, dit-il.
- Oui, tout à l'heure quelqu'un m'a empêché de satisfaire mon besoin.
- Vraiment, il y a des gens qui se fiche du monde.
- A qui le dis-tu ! s'exclama Hayden faussement outré tout en dégustant le lait chocolaté.
Entre le chocolat chaud et ce qui venait de se produire quelques instants plus tôt, il n'y avait pas photo, le corps de Jonathan lui procurait d'autres sensations qu'une boisson de saison froide ne pourrait jamais lui procurer.
Après qu'Hayden se soit abreuvé, malicieusement Jonathan lui retira le mug des mains avec un regard et un sourire emprunt à de la malice aguichante.
- Eh ben dis moi, tu n'en as pas assez, fit Hayden surpris par l'ardeur de son regard.
- Tu sais ce qu'on dit : "quand on y a goûter on ne peut plus s'en passer". Tu n'avais pas à être si doué.
- Si nous en sommes aux compliments, pour un débutant tu t'en sors plutôt bien, fit Hayden avant de plonger sous les draps.
En début de soirée, Jonathan fit un détour par chez lui afin de prendre une douche et de se changer avant de prendre le service de nuit au restaurant où il croisa ses parents. L'air joyeux qu'il affichait involontairement faisait dire à ses derniers que leur fils était incontestablement heureux, un peu plus et il se mettrait à siffloter.
- Le temps se fait menaçant, tu peux fermer avant l'heure, fit sa mère à travers quelques consignes.
- D'accord. A ce propos, si je ne rentre pas, ne vous inquiétez pas.
- Tu vas voir Amy, lui demanda son père en prenant son blouson.
- Je vais prendre des cours de guitare avec Hayden.
Ses parents s'échangèrent un regard complice, des cours de guitare, quelle jolie métaphore.
- D'accord, mais n'oublie pas de te couvrir la pluie va certainement nous rendre visite, fit sa mère en réajustant ses cheveux.
- Oui, protège toi bien les doigts aussi, les cordes de guitare peuvent faire mal, insista son père avant de passer la porte.
- Ce n'est qu'une guitare, répliqua Jonathan.
- On ne sait jamais dans quelles mains elle a pu passer, soit prudent, rétorqua son père.
La pluie menaçante semblait avoir eut raison des habitués du soir, à l'exception des autorités locales qui guidées par Henry s'aventurèrent dans leur point de ravitaillement à la recherche d'un café et d'une part de tarte. Accompagné de deux collègues, l'ancien amour de Jonathan passa la porte en le saluant de son chef. Connaissant Jonathan et Henry, les coéquipiers de ce dernier le saluèrent brièvement, bavardèrent le temps d'être servis et s'éclipsèrent à une table près du juke-box qui entonnait un air connu.
- Comment ça se fait que vous êtes trois ?
- C'est en prévision du temps orageux, on ne sait jamais, trois hommes valent mieux que deux dans certaines circonstances.
- Alors cette journée ?
- Comme d'hab, répondit Henry dans un soupire. Des contrôles sur le bord de la route, d'ailleurs j'ai croisé ton petit copain.
- Tu l'as arrêté ?
- Non. Si je l'avais fait tu me l'aurais reproché.
- Tu fais ton travail, je n'ai rien à dire.
- La vérité, c'est que je l'aurais bien fait si je n'étais pas avec un automobiliste.
- Je me disais aussi.
- Je me serais bien amusé, confia l'officier derrière sa tasse de café.
- T'inquiètes, je me suis amusé pour toi cette après-midi.
L'attention captée par l'étrange sous-entendu glissé à travers ces simples mots, Henry intrigué déposa sa tasse le regard inquisiteur.
- Voyez-vous ça, fit-il en observant Jonathan avec soin. Aurais-tu une confidence à me faire ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- On ne lance pas de tels propos si c'est pour ne rien dire. T'es passé à l'acte.
- Je dois dire que tu es un brillant enquêteur.
- Pas difficile, tu sens la perversion à plein nez.
Cette remarque fit rire Jonathan qui lui balança un torchon en plein visage. Au bout de la salle, le reste de la patrouille observait la scène avant de reprendre très vite le court de leur discussion.
- Alors c'était comment ?
- C'était woah ! Je ne suis pas très objectif étant donné que je n'ai aucun point de comparaison, mais en tout cas il s'est y faire. Il trouve que je me débrouille bien également.
- Lui en tout cas il peut comparer, fit Henry avant de se reprendre, enfin il a de l'expérience.
- De l'expérience, on va appeler ça comme ça.
- En fait, tu ne peux juger que ces baisers. Alors, il embrasse bien ?
- Oui.
- Mieux que moi ?
- Il n'y a pas de réelle comparaison à faire. Vous ne jouez pas dans la même catégorie. Toi tu m'as embrassé parce que tu te sentais de le faire, lui parce qu'il m'aime. On ne peut pas comparer ce genre de chose, répondit Jonathan en essuyant des verres.
- C'est vrai, confirma Henry en terminant sa part de tarte.
Lorsque la clochette retentit, Henry sourit intérieurement en voyant Hayden passer la porte. Normal étant donné la nouvelle de la journée.
Le plus naturellement du monde celui-ci s'avança vers lui après avoir ôter son blouson.
- Toujours de garde à ce que je vois.
- Comme d'autres sont toujours prêts à être au garde à vous, répondit Henry.
Un il à Jonathan, Hayden comprit que ce dernier l'avait mis dans la confidence. Ne voulant nullement entrer dans son jeu, il ne répliqua pas et salua son petit ami avant de s'asseoir tranquillement pour passer commande.
- Les nuits sont calmes à Little Valley, pas trop fatigant de rester éveillé ?
- Tu sais avec les années on s'habitude vite. Comme dans tous les métiers, répondit Henry.
- D'ailleurs en parlant de nuit calme, il n'y a toujours pas d'animation nocturne dans ce petit bourg.
- C'est à cela que servent les villes d'à côté.
Jonathan revint de cuisine avec une assiette.
- Vous parliez de quoi, demanda-t-il en la posant.
- Des nuits qui ne sont pas animées, fit Hayden en soupirant presque.
- Ton petit copain semble regretter le manque de vie nocturne.
- C'est vrai que parfois on s'ennui comme des rats morts.
- D'ailleurs, constata Henry, ça fait un bail qu'on est pas allé s'amuser.
La dernière sortie commune du petit cercle amico-familiale remontait déjà à quelques mois, presque un semestre tout entier. Organisée de longue date en fonction de l'emploi du temps de l'homme du shérif, ils s'étaient rendu dans l'une des villes voisines où l'ambiance nocturne incomparable était parvenu à leurs oreilles. Sur place dans un bar, ils avaient pu juger que la rumeur s'avérait fondée. Le lieu grouillait de personnes de leur tranche d'âge prête à faire la fête toute la nuit dans une atmosphère d'alcool et de watt. Ce soir là, ils s'étaient amusés jusqu'au bout de la nuit, et Henry avait même pu entraîner sa proie du soir au bout de la ruelle pour une danse d'expression corporelle un peu plus intime.
En se remémorant cette soirée, Henry proposa d'y retourner ce week-end. Séduit par l'idée Hayden accepta avec un enthousiasme certain. Cela lui permettrait de faire un peu plus connaissance avec les membres du cercle privé de son petit ami.
Après son départ, Jonathan se fit une joie d'en informer Amy. Comme de coutume il se rendit chez elle. Bien malgré lui il abandonna Hayden mais promis de venir lui tenir compagnie dès qu'il aurait fini.
- Prépare ta plus belle robe, fit Jonathan en passant la porte.
Une casserole fumante à la main, Amy remplissait les mugs disposés sur la table de la cuisine.
- Et pourquoi, demanda-t-elle en relevant la tête.
- Ce week-end on est de sortie, s'exclama-t-il.
- Vraiment, s'enquit-elle en allant déposer la casserole avant de venir s'asseoir.
- Oui, c'est ton frère qui en a eu l'idée, répondit Jonathan les mains apposées sur le mug afin de les réchauffer.
- Pour une fois qu'Henry à une brillante idée.
- En fait, c'est Hayden qui le lui a soufflé.
- Me disais aussi.
Elle observa Jonathan et se rappela de leur dernière conversation.
- Et sinon, avec Hayden ? Vous êtes passés à la vitesse supérieure ?
- Comme tu peux être indiscrète parfois.
Le visage d'Amy s'illumina, un sourire complice traversant son visage. Jonathan répondait toujours de la sorte lorsque la réponse s'avérait positive. Comme la fois où elle lui demanda s'il pensait à Henry lors de ses jeux solitaires, ou bien lorsqu'elle le soupçonna d'avoir massacré en pleine nuit la robe d'une des conquêtes de son frère, un peu trop "il est avec moi", ou encore lorsqu'elle l'interrogea sur la présence d'une bouse sur le paillasson de la vielle Beverly qui lui avait dit plus tôt qu'il avait un pied en enfer. Le lendemain elle s'était retrouvée un pied dans la merde.
- Alors comment c'était, poursuivit-elle avec un peu plus d'excitation dans la voix.
- C'était incroyable, il est incroyable !
- Il est super armé, fit-elle d'un air coquin.
- J'ai toujours du mal à me faire à l'idée que t'es pu le voir nu avant moi.
- Oui mais toi, tu as la primeur d'y goûter.
Un doute plana sur le visage de Jonathan.
- Je t'arrête tout suite, intervint Amy, je suis satisfaite de mon homme mais Hayden rejoint la liste des mecs qui me font fantasmer.
- Oui, ben t'approches pas trop, répondit-il en rigolant.
- Plaisanterie mise à part, je suis contente pour toi. Ce mec est tout ce qui pouvait t'arriver de mieux. Je ne le connais pas vraiment, même si son corps n'a plus de secret pour moi, mais il m'a l'air d'un gentil garçon.
- Il l'est, affirma Jonathan.
- Comme quoi l'attente à du bon.
En regagnant la maison d'Hayden, la conclusion d'Amy lui restait en mémoire. La chance avait fini par lui sourire.
Encore éveillé à son arrivé, Hayden la gratte à la main accordait les cordes à la lumière du feu de cheminée. En tenu de nuit, il passa très vite en tenu d'Adam sous les sollicitations de son petit ami qui, si son pick-up avait eu une panne au démarrage n'en avait pas.
Au cours de la nuit, la pluie tombant averse et martelant la toiture en zinc sortit Jonathan de son sommeil. A côté de lui, Hayden dormait paisiblement. Avec précaution il descendit du lit et alla observer par les carreaux les trombes d'eau. Un proverbe lui revint en tête : "Après la pluie, le beau temps". Il pensa à sa vie sentimentale, une vie faite essentiellement de pleur au nom d'Henry, aujourd'hui sa vie s'ensoleillait un peu plus chaque jour. Il regarda en direction de la couche où le soleil de ses jours, étendu, avait mis du temps pour apparaître dans son ciel. A présent, il se disait être arrivé au beau temps. Un temps chaleureux, doux et aimant. La pluie n'était plus qu'un vague souvenir.
10
En l'honneur de la sortie si exceptionnelle, Buddy méconnaissable dans ses vêtements de soirée n'avait plus rien à voir avec le garagiste souvent couvert de cambouis. Sa femme ravie, ne pu s'empêcher malgré tout de le charrier gentiment, prélude à l'avalanche de bêtises qu'allait lui lancer sur le chemin du trajet son adorable beau-frère.
Chauffeur pour l'allée, Henry amené son 4X4 avec Hayden pour co-pilote. Callé à l'arrière, Jonathan, désigné conducteur attitré pour le retour, écoutait attentivement la conversation se nouant entre son ancien amour et son nouvel. Emmenée au début par des compliments, elle permit à Henry et à Hayden de se trouver des points communs que Buddy partageait également en raison de son métier. Le tableau semblait parfait, la pièce rapportée qu'était Hayden commençait à devenir un élément essentiel du rouage. Le club des 4 semblait tendre vers le club des 5. Si Hayden avait été dès le début dans la sympathie des jeunes mariés, cette soirée permettrait d'abaisser un peu plus les barrières, et notamment celle s'érigeant de manière naturelle entre Henry et lui. Hayden jetait par ailleurs, quelques regards par-dessus son épaule et souriait à son charmant serveur.
- Le co-pilote doit regarder la route, fit Henry qui avait surprit son manège.
Ce à quoi l'intéressé ne répondit que par un sourire.
Un regard dans le rétro, Henry épia à son tour Jonathan avant de s'adresser de nouveau à son co-pilote.
- Tu sais que tu es à la place du mort, dit-il. Regarde donc la route si tu veux rester en vie.
- Bah tu sais je suis déjà mort, répondit Hayden en captant l'attention des passagers arrière. L'homme à la capuche peut difficilement être en vie, poursuivit-il. N'est-ce pas Amy ?
- Une demi-heure à côté de mon frère et te voilà déjà contaminé. Au bout de l'autre, tu deviendras un parfait hétéro avec quelques centimètres en moins là où je pense. La vraie doublure d'Henry, s'exclama-t-elle.
- Oublie pas que t'es assise au milieu, répliqua Henry à travers les rires. J'ai pris soin d' user quelque peu la ceinture de sécurité, un seul coup de frein et tu retrouves encastrée dans le pare-brise, conclut-il un il dans le rétroviseur.
Le reste du parcours fut agrémenté de la même ambiance.
A leur arrivée, Hayden restait le même, un hétérosexuel dans l'attitude et dans le look dont sa chemise noire aux manches retroussées accentuait encore plus sa virilité qui n'échappa guère aux filles postées devant le bar. L'air émoustillé qu'elles affichaient se ravisa très vite lorsqu'elles aperçurent le sourire plein d'affection qu'il portait au jeune garçon qui l'accompagnait. Un qui n'est pas pour nous avaient-elles pensé. Elles se consolèrent quand le blondinet de la bande leur décocha son plus beau sourire.
A l'intérieure, la musique aux beats récents s'accompagnait d'un brouhaha ambiant et des sons de verres s'entrechoquant aussi bien que les boules des billards situés dans un coin de la salle. Face au bar, une piste de danse était prise d'assaut par des noctambules invétérés. Autour les tables ne désemplissaient pas.
Prenant la direction des opérations Hayden saisit une serveuse en pleine course, et passa une commande de bière pour lui et ses nouveaux amis. Le bar inaccessible et les tables toutes prisent ils la siffleraient dans un coin de l'allée. Une fois leur bière à la main, ils portèrent un toast, cette première tournée était pour lui.
Très vite le démon de la danse s'empara d'Amy qui sollicita aussitôt son mari qui sollicita à son tour Jonathan qui ne se fit pas prier.
- Tu viens danser, demanda ce dernier en se retournant vers Hayden.
- Pas tout suite, j'attends d'être dans l'ambiance, dit-il pour prétexte.
Il s'éclipsa très vitre avec Henry vers les greens. De là, la musique se faisait moins violente. La partie qui s'engageait, même si elle se voulait purement amicale, n'éloignait en rien le spectre de la compétition à en croire la fanfaronnade qu'exécutait Henry quand il réussissait un coup difficile.
- Essaye de faire mieux, dit-il après avoir descendu une rasade de bière.
- Un élève de maternel saurait faire un tel coup, rétorqua Hayden.
Dans le plus grand sérieux, il se concentra, réfléchissant à la trajectoire qu'il allait devoir donner à la boule pour rabattre son claquet à Henry. Son adversaire ne se priva pas de venir le déconcentrer en se penchant juste à ses côtés en lui demandant s'il croyait que c'était le bon axe. Hayden le repoussa alors poliment de son avant-bras.
Une fois le coup réussit il n'eut même pas le temps de parader devant Henry qu'un illustre inconnu s'avança vers lui.
- J'ai l'impression de t'avoir déjà vu, lança-t-il.
- Je viens très rarement ici, répondit Hayden.
- Oui, t'as pas la tête d'un habitué, c'est ce que je me suis dit. T'es pas le gars sur le net ?
Hayden ne pouvait nier et feindre une erreur de peur d'engendrer un esclandre vu l'haleine quelque peu alcoolisée du type.
- Je suis trop fan de toi, reprit-il. T'es vraiment le meilleur, j'ai vu tous tes films. Mon gars tu assures, poursuivit-il en le regardant de haut en bas comme s'il le déshabillait du regard.
- C'est très gentil, répondit Hayden pour clore la conversation.
Henry souriait en voyant ce qui se passait.
- C'est ton mec, demanda le jeune homme en désignant Henry qui ne manquait rien de la scène.
Hayden n'eut même pas l'occasion de répondre qu'Henry se colla littéralement à lui en passant son bras par-dessus ses épaules.
- Propriété privé, fit Henry en faisant un clin d'il à l'inconnu.
Il se tourna ensuite vers Hayden et ses lèvres imitèrent un baiser. Face à ce tableau de couple, le fan se retira déçu mais content d'avoir approcher le support de ses jeux solitaires.
- Ça t'arrives souvent, demanda Henry en retirant son bras.
- Très rarement.
- Je te trouve mal à l'aise.
- C'est toujours un peu bizarre quand on me reconnaît. C'est tellement plus ma vie que je me dis qu'au bout 2 ans ma côte aurait dû baisser.
- Un tel visage et une telle bite ne s'oublient pas.
Hayden ne répondit rien à cette remarque. Néanmoins, il songea au fait que les proches amis de Jonathan connaissaient son intimité sans que lui ne connaisse la leur. Bien qu'il assumait ce passé, il ressentit un étrange sentiment qui passa très vite.
Son sourire s'illumina quand il vit son petit ami s'avancer vers lui.
- Qui mène le jeu, s'enquit ce dernier.
- La partie est serrée, répondit Hayden. J'ai besoin d'un peu d'encouragement, quémanda-t-il dans un sourire entendu.
Il se pencha vers les lèvres de Jonathan sur lesquelles il s'attarda jusqu'à ce qu'Henry les interrompe.
- Ici aussi il s'agit de queue et de boulle, lança-t-il en désignant la table.
- Très fin Henry, très fin, souligna Jonathan.
- J'ai besoin de terminer la partie pour en commencer une d'un autre genre si tu vois ce que je veux dire, se justifia-t-il en pointant discrètement du doigt une fille au bar.
Tout a fait dans ses critères de sélection, la prochaine victime consentante d'Henry sirotait un verre de martini ne sachant pas qu'un homme à femme allait bientôt s'en prendre à elle et à son décolleté.
La dernière manche fut rapidement expédiée tant Henry s'empressait de rejoindre sa blonde. Par charité Hayden fit semblant de perdre.
- Tu sais vraiment pas t'y prendre avec les queues, dit Henry en passant devant eux.
- T'es bête, répliqua aussitôt Jonathan.
- Alors cette soirée, lui demanda Hayden.
- Ça fait longtemps que je ne m'étais pas autant amusé. Et toi ?
- Pas depuis que je suis arrivé à Little Valley. Mais pour dire vrai, je préfère nos soirées au coin du feu.
Hayden connaissait que trop ce genre d'ambiance festive jusqu'à en être lassé.
- C'est sûr mais le changement d'air fait du bien de temps en temps.
Jonathan lui prit la main et l'entraîna jusqu'à Amy et Buddy qui s'accordaient une pause. Les heures défilant, des tables s'étaient libérées et ils sautèrent sur la première à leur portée. Grimaçante, Amy sentait des ampoules pointer le bout de leur nez à l'arrière de son talon, rien d'étonnant car elle s'était livrée à une véritable démonstration.
- T'aurais du venir nous accompagnée, lança Amy à l'attention d'Hayden.
- La danse c'est pas trop mon truc. Je ne suis pas très à l'aise.
- Si on sait faire un striptease comme tu le fais, on doit forcément savoir danser, répliqua Amy dont l'alcool lui faisait oublier le politiquement correcte.
- Tu les as toutes visionner ma parole, s'étonna Hayden.
- Disons qu'à la bibliothèque j'ai un peu de temps pour moi.
- A la maison également, rajouta Buddy.
Bizarrement Jonathan ne s'offusqua plus des remarques sur les vidéos particulières aux quelles Hayden s'était livré. Il y voyait même un avantage, grâce à elles, il put l'entraîner sur la piste de danse. Et à la façon dont il bougeait son corps, il savait y faire, le rythme dans la peau ! Pendant qu'ils se dépensaient sur la piste de danse, dehors Henry avait su attirer sa proie contre un mur de la ruelle contre lequel il la plaqua pour lui faire une démonstration de son déhanchement personnel.
Sur le trajet du retour, Amy, Buddy et Henry comateux sur les sièges arrière cuvaient l'alcool descendu tout au long de la soirée. Seuls au monde, Jonathan et Henry discutaient de la soirée.
- Je crois qu'ils t'aiment bien, souffla Jonathan.
- Quand tu dis "ils", tu inclus Henry également.
Un sourire sur les lèvres Jonathan se tourna vers lui avant de jeter un il dans le rétroviseur.
- Vous avez joué au billard, c'est un bon début.
- Oui, même si c'était une façon pour lui d'avoir une ascendance sur moi.
- Toi et moi savons que tu as fais exprès de perdre.
- Oui.
Lorsqu'ils s'approchèrent de l'embranchement menant à Little Valley, les voitures se firent de plus en plus rare.
- Dis-moi, fit Hayden, quand tu allais dans ce genre d'endroit, tu n'as jamais rencontré personne ?
- Non.
- Ne me dis pas qu'un garçon aussi mignon que toi ne se faisait pas aborder par le dragueur du coin.
- Justement, dragueur du coin que je remerciais poliment. Et puis
Jonathan n'osa pas poursuivre son explication.
-
et puis il y avait Henry, conclut Hayden.
- Pourquoi tu dis ça, s'étonna-t-il presque.
Un il dans le rétroviseur, Hayden observait Henry paisiblement endormi. Il sourit à Jonathan quand son regard se posa sur lui.
- Amy est ta meilleur amie, grandir avec elle c'était aussi grandir en fréquentant son frère tous les jours. Entre nous, c'est un beau garçon, dit Hayden. Le genre de garçon dont on tombe amoureux.
- Qui c'est qui te l'as dit ?
- Oh, je n'ai pas eu besoin qu'on me le dise. Je l'ai deviné à sa façon d'agir et au truc que vous avez entre vous.
- Au truc, demanda Jonathan.
- Y a un espèce de lien entre vous, je ne sais pas comment le décrire mais y a un truc. C'est juste une impression que je ressens et qui me fait dire qu'il a été ton grand amour.
Les yeux fixés sur la route défilant à la lueur des phares, Jonathan ne pensait pas parler d'Henry sur le chemin du retour.
- Pourquoi maintenant, demanda-t-il à Hayden.
- Ben je sais pas, ça me trottait dans la tête. Et je me suis dit que le moment s'y prêtait.
- Je l'ai aimé, mais c'est fini depuis bien longtemps, répondit Jonathan en le regardant pour être bien sûr qu'il le comprenne.
- T'en fais pas, je le sais, c'est juste que j'avais envie qu'on parle de ton passé pour une fois, dit-il avant de passer une main affectueuse dans les cheveux du pilote.
Les premières personnes débarquées furent le couple des mariés, Hayden se chargea de Buddy tandis que Jonathan s'occupait de son épouse. Divagants, ils s'écroulèrent comme des masses une fois déposer dans leur lit conjugal.
Pour Henry, ils s'y mirent tous les deux. Encadré par la brigade des accompagnateurs, l'homme du shérif ne se rendit compte de rien.
- Il pèse une tonne, fit Jonathan en gravissant les marches du porche.
- C'est un homme de loi qui s'entretient, répondit Hayden amusé.
Une fois à l'intérieur, ils le balancèrent vite fait dans le canapé du salon. Jonathan prit un plaide et recouvra son ami, avant de repartir chez Hayden au volant du 4X4. Demain le réveil serait dur pour certains.
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