Le cœur qui parle (5)
de KH Brillant


Chapitre 17: La soirée du bal

Le lendemain matin chez les Mackenzie, il flottait dans l'air un parfum de pains grillés qui venait à peine de sauter du toaster avec son déclique familier.
- Je vous ai vu hier soir, fit la mère de Brian au petit déjeuner.
Les garçons se regardèrent interloqués.
- Comment ça tu nous a vu ?
Madame Mckenzie se dirigea vers le grille-pain et retira les tartines pour les mettre dans une assiette.
- Il devait être un peu plus de vingt trois heures, j'étais venu te dire bonne nuit, j'ai frappé, mais je n'ai eu aucune réponse et quand j'ai ouvert la porte pour voir si tout allait bien, vous étiez tout les deux endormis, raconta-t-elle en beurrant les tartines.
Brian et Ron étaient soulagés, elle ne les avait pas surpris dans une fâcheuse posture.
- Vous étiez si paisible que je n'ai pas osé vous réveiller, j'ai donc éteint la lumière et je suis parti me coucher.
Ils n'avaient même pas fait attention à la lumière éteinte, heureusement que personne n'était revenu les voir après que la porte soit à clef, pensa Brian.
Ils prirent leur petit déjeuner tranquillement, Ron rentra ensuite chez lui.
De retour chez lui, il croisa son père dans le hall d'entrée, il venait de récupérer le journal. Il jeta un œil à sa montre.
- Tu viens tout juste de rentrer ou bien tu es sorti tôt ce matin ?
- J'arrive à l'instant.
- Tu étais où ?
- Chez Brian.
Monsieur Williams hocha la tête.
- Il a fait une fête ?
- Non, on s'est assoupi. Et quand je me suis réveillé, il était déjà deux heures donc j'ai préféré rester chez lui au lieu de prendre la route.
- Tu as bien fait, dit son père en parcourant la une du journal.
- Si maman me cherche je suis sous la douche.
Monsieur Williams regagna la cuisine où sa femme préparait son café.
- Ton fils vient tout juste de rentrer, lança-t-il.
- Ah bon, il était où ?
- Chez Brian.
Il tira une chaise et s'installa à table.
- Ha, il y a passé la nuit ?
- C'est ce qu'il m'a dit avant de filer prendre une douche.
- Ils ont du faire la fête toute la nuit, mettre de la musique, pousser les meubles enfin des trucs de leur âge, dit elle en prenant place à côté de son mari.
Monsieur Williams baissa son journal pour regarder sa femme dans les yeux. Il lui souriait presque narquoisement.
- De la musique, pousser les meubles…deux adolescents épris l'un de l'autre, passe la nuit ensemble le jour même où ils sont diplômés. Ai- je besoin de te faire un dessin ?
- Non, c'est que… je ne voulais pas que tu ais… ce genre d'idée dans la tête… enfin pas tout de suite, dit elle en lui caressant le revers de sa main.
Il l'a serra tout en caressant à son tour le revers de la sienne avec son pouce. Il accentuait sa caresse au niveau de la bague qu'il lui avait passé au doigt le jour de leur mariage.
- J'ai longuement réfléchit à la nouvelle tournure des choses, si Ron aime ce garçon, je n'y peux rien et nous y sommes pour rien. L'amour ne se commande pas. Ça vous tombe dessus comme ça et puis voilà. Il est tombé amoureux de Brian et puis c'est tout. Et en bon père je dois voir cette relation d'un mauvais œil, fit il avec un sourire.
Madame Williams en avait les larmes aux yeux. Son mari avait décidé de redevenir un père pour ce fils qu'il avait tant désiré et que son travail lui avait fait négliger. Il était à présent là, pour l'accompagner dans les différentes étapes de sa vie. Il lui acheta un smoking pour le bal de promo, il avait même mis son chauffeur et la limousine à sa disposition. Ron pouvait lire dans ses yeux sa bénédiction même si il n'en avait pas besoin. Du moins il était heureux de voir son fils heureux, c'était tout ce qu'il comptait.
- T'abuses, j'ai même pas encore eu le temps de faire mon nœud papillon.
- Désolé, mais Lisa m'a sommé d'arriver un quart d'heure avant par précaution.
La limousine roulait en direction de la maison de Lisa. Brian se débattait avec son nœud papillon il avait déjà du mal à le faire devant son miroir alors dans une voiture en marche même si c'était une limousine, cela ne l'aidait pas.
- Précaution de quoi ?
- Tu sais les filles et l'importance du bal de promo…bouge pas je vais te le faire ton nœud.
Ron avait les yeux rivés sur ce petit bout de tissu qu'il allait devoir transformer en papillon. Brian haussait le menton pendant que Ron s'appliquait à la tache. Il était si délicat quand il était concentré.
- Voilà, tu vas faire chavirer des cœurs ce soir.
- Et toi tu seras élu roi.
Lisa était resplendissante ce soir là, en plus elle avait le privilège d'être escorté par deux cavaliers qui portaient remarquablement la tenue de soirée. Elle fit une entrée des plus remarqués dans la salle de danse avec à chaque bras deux belles rencontres qu'elle avait faite vers la fin de l'année. Le photographe de la soirée immortalisa l'instant. La boulle à facette reprit par la suite son rôle d'éblouir la salle qu'elle avait momentanément laissé à Lisa, Ron et Brian. Ses deux derniers ne firent pas long feu dans la salle de danse, ils laissèrent Lisa avec un chevalier servant rencontré par hasard, pour se rendre sur le stade.
La lune qui brillait tout en haut dans le ciel, éclairait leur promenade sur la verte pelouse. Ils avaient chaud dans leur smoking, mais une légère brise leur apporta la senteur des bois et un peu de fraîcheur.
- Ça me fait tout bizarre de me dire que je ne jouerais plus ici.
- Tu la retrouveras ailleurs la clameur de tes supporters.
Ron jeta un œil vers les gradins vides plongés dans la pénombre.
- Peut être…mais mes grandes victoires c'était ici.
Brian posa sa main sur son épaule et tapota ensuite.
- Quand j'ai dit que la nostalgie viendrait nous surprendre, je ne m'étais pas trompé.
Ron tenu un instant cette main délicatement posée et la caressa avant de la laisser s'en aller. Ils marchèrent longuement sur le terrain, l'un à côté de l'autre, ils échangeaient. Tout et rien, accompagné de moments de silence, de simple regard et de simple sourire. Ron sorti ensuite sa main de la poche de son smoking et pris celle de Brian qui s'entrechoquait contre lui quand il marchait. Les mains de Brian étaient aussi douces que ses lèvres.
- Qu'est ce qui t'arrive, demanda Brian ne comprenant pourquoi Ron faisait cela.
- J'ai pas le droit de te prendre la main ?
- Non, c'est juste que c'est la première fois que tu le fais quand on marche.
- Je le fais parce que j'étais en train de penser à toi.
Tout comme Brian l'avait guidé sur des terrains inconnu qu'étaient les bonnes notes et l'amour qu'il ressentait pour un autre garçon, Ron le guidait sur ce terrain que Brian n'avait jamais foulé. Il avait surtout envi de le savoir là, tout prés de lui en cette nuit des plus nostalgique. Le tenir pour qu'il ne puisse pas lui échapper. Il le tenait fortement et tendrement à la fois. Ils s'arrêtèrent ensuite en plein milieu du terrain. En fait, Ron s'était soudainement arrêté. Brian ne comprenait pas pourquoi il avait le regard fixé sur les gradins.
- Je me souviendrais toujours de toi au milieu d'une foule en délire et criant mon prénom.
Il serra encore un peu plus fort cette main comme pour la remercier de s'être tendu à lui, à une période de sa vie où il en avait besoin.
- Je me dis souvent qu'inconsciemment c'est peut être à ce moment là que tout à commencer en moi. Pour la première fois, j'avais l'impression que tu étais vraiment derrière moi, à me soutenir, à me dire de continuer. Ça n'avait rien avoir avec ton soutien scolaire. Tout comme les études sont importantes pour toi, t'avais compris que ce match l'était pour moi. Et le fait que tu t'y intéresses, je me suis dit que tu me voyais autrement que comme un mauvais élève. Je voulais te prouver certainement que je n'étais pas un looser, en tout cas, pas partout.
- C'est vrai que t'avais insisté pour que je vienne te voir.
Ron quitta les gradins des yeux et les posa sur Brian qui le regardait avec un sourire de fierté qui saluait les nombreux changements de Ron.
- Merci d'être venu, je ne crois pas te l'avoir déjà dit.
- Je ne crois pas non plus. Pour ce que l'on vit toi et moi actuellement, je crois que j'ai bien fait de venir. Alors, de rien, c'était un plaisir. Fin de la parenthèse enchantée, allons rejoindre la soirée.
Ron amena Brian tout contre lui, la parenthèse enchantée devait se clore par un baiser. Un stade vide et immense, une nuit profonde de silence, le cadre idéal pour un échange de baisers intenses. Puis des petits bruits se firent entendre autour d'eux bien trop occupés à s'embrasser, pour s'en rendre compte. Des gouttes d'eau par millier commencèrent à jaillir, ce n'était pas la pluie, mais les arroseuses automatiques. Ron et Brian eurent un réflexe de surprise et se mirent à rire. Brian se précipita pour quitter le terrain, mais Ron lui prit la main. Il l'arrêta et continua à l'embrasser. Brian céda, ce n'était pas bien grave d'être trempé, tout ce qui comptait, c'était d'être dans les bras de son quaterback. L'eau avait diluée de leurs esprits l'idée même du bal de promo qui se tenait juste à côté. Le couronnement c'était fait sans eux, ils s'amusaient à courir parmi les jets qui les entouraient. Ils jouaient au jeu de la bonne humeur des cœurs qui s'étaient trouvés et qui ne voulaient plus se quitter.
Pourtant, deux semaines plus tard, ses cœurs allaient jouer à un notre jeu.


Chapitre 18: Par un beau matin d'été

Un matin d'été, un matin où vers dix heures le soleil commençait à régner dans un ciel bleu sans nuage, Brian se rendait chez Ron. Ses chemins, ils les avaient toujours emprunté avec un sentiment de profonde sérénité. C'était souvent son cœur qui conduisait. Brian pouvait faire ce trajet les yeux fermés tant il le connaissait. Les virages n'avaient plus de secret, il savait les négocier. Mais ce matin là, Brian était bizarre, ce cœur qui le guidait, n'avait pas envie de continuer. Il voulait faire demi tour, mais Brian l'avait forcé. Il s'emballait, Brian faisait tout pour le calmer, pour le rassurer. Il essayait en vain de le contrôler, il voulait le faire taire, il savait très bien que ce qu'il s'apprêtait à faire était pour son bien. Leur bien à tous les deux, c'était ce qu'il se disait pour se consoler. Brian regardait la route sans la regarder, il était hypnotisé par une seule et unique pensée. Il ne voulait voir que cela, il ne voyait pas toutes les autres alternatives qui s'offraient à lui, qui s'offrait à eux. Il était aveuglé par sa cupide idée qui selon lui allait l'aider à survivre. Car d'une manière ou d'une autre sa vie allait laisser place à la survie. Il voulait apprendre à survivre dés maintenant, au moins se disait il, c'est lui qui l'aurait décidé.
La maison de Ron était vide, la présence de sa seule voiture, laissait à penser que ses parents étaient sortis. Brian se permit donc d'entrer sans même sonner. Il grimpa une à une les marches de l'escalier, il se tenait à la rambarde, chose qu'il n'avait jamais fait. Il se hissait pour pouvoir avancer et se donner du courage. Il frappa à la porte de Ron et entra. Celui ci était imperturbable dans son canapé, manette en main et les yeux rivés sur l'écran. Brian s'avança vers lui, passa délicatement sa main dans ses cheveux où le gel était devenu de plus en plus inexistant. Il y déposa un baiser comme à chaque fois qu'il le faisait quand Ron était plongé dans une partie qui le captivait. Mais cette fois ci, son baiser était plus appuyé, il s'imprégna de la délicate odeur qui s'y dégageait comme si c'était la dernière fois qu'il faisait cela.
- Bonjour, dit Ron pour répondre à ses gestes pleins d'affection.
- Je t'ai déjà dit que tu étais mieux sans tout ce gel dans les cheveux.
Ron continuait à s'exciter sur la manette en faisant des grimaces, la partie semblait des plus ardues.
- C'est bien pour ça que j'en mets de moins en moins.
Brian laissa Ron à son jeu et fit les cents pas dans la chambre. C'était comme un pèlerinage, il posait ses yeux à chaque endroit où il y avait des souvenirs. Il revoyait chacune des scènes qu'il affectionnait et qui les avait menées jusqu'à cet instant. Il regarda ensuite par la fenêtre comme pour les oublier, puis il se rapprocha du canapé. Il observa Ron en train de jouer et de s'énerver contre lui ou contre la machine qui lui fichait sa raclé. Le seul bruit que l'on entendait, c'était celui du thème musical du jeu auquel il jouait.
- C'était bien nous deux, lança Brian.
Bien que plongé dans sa partie, Ron avait toujours une oreille attentive pour lui.
- T'es peut être le major de la promo, mais tu fais quand même des fautes de conjugaisons, dit il en rigolant.
- Non…le verbe est bien conjugué.
Ron détourna ses yeux de l'écran et regarda Brian posté à côté de la fenêtre. Il se demandait s'il avait bien entendu et compris ce qui venait d'être dit.
- Comment ça tu l'as bien conjugué ?
Brian tourna la tête sur le côté pour fuir les yeux de Ron dans lesquels pourtant il aimait tant voir son reflet. Ron ferma les yeux et passa une main dans ses cheveux, l'attitude de Brian avait répondu à sa question de conjugaison.
- Attends si j'ai bien compris, tu viens m'annoncer que c'est fini, demanda Ron.
- Tu devrais faire pause, tu vas te faire terrasser, répondit Brian en parlant du jeu.
Ron poussa un grand soupire.
- Woah, et tu as décidé ça quand ?
- Y a à peine quelques jours, répondit timidement Brian.
- Quelques jours.
Ron se leva abasourdi par la conversation qui se profilait. Il s'assit sur l'accoudoir pour être face à Brian qui ne le regardait pas.
- Regarde moi, on peut discuter, tu ne peux pas décider pour nous. On est un "nous". Par conséquent nous devons décider ensemble.
- Je ne peux plus continuer.
- Tu ne veux plus pouvoir continuer! Pourquoi ?
Brian s'assit sur la banquette tout en regardant l'écran.
- Tu es en train de te faire tuer.
Ron jeta à son tour un coup d'œil machinal vers l'écran.
- Mais qu'est ce que tu me racontes, laisse le jeu tomber et parle moi de nous, parle moi de toi. Qu'est ce qui te prends ?
- J'en ai marre de compter les jours, j'en ai marre d'attendre, d'être en sursis, j'en ai marre de souffrir à me dire que c'est bientôt fini…
- Tu préfères donc souffrir maintenant, et me faire souffrir encore plus que si c'était le temps.
- Je ne veux pas te faire souffrir, je veux arrêter de souffrir.
Ron soupira en regardant Brian qui n'osait pas le regarder.
- Mais en agissant comme tu le fais c'est moi qui en souffre le plus. C'est pas parce que l'on se verra pas que l'on ne s'aimera plus, y a les vacances, y a les fêtes…
- Y a la distance, y aura d'autres rencontres et puis avec le temps tout s'en va, on s'oubliera.
Ron secoua vivement la tête. Mais qu'est ce qui se passe se demandait il.
- J'arrive pas à croire que tu me dis ça, t'as pas le droit.
- Je suis désolé, mais je peux plus continuer Ron, je peux plus. Je te vois et je me dis que j'ai tort, mais je le fais pour moi, pour nous.
- Si tu le faisais pour nous, tu ne serais même pas là.
- D'accord, et bien je le fais pour moi car je ne peux pas continuer à te voir et à faire semblant que tout va bien, à être dans tes bras et à me dire que c'est la X dernière fois.
Ron passa à nouveau sa main dans ses cheveux, ce qu'il entendait était invraisemblable, même dans ses pires cauchemars il n'aurait jamais pensé à cela.
- Voilà, tu t'es fait tuer, tu aurais du faire pause, dit Brian en regardant l'écran.
Ron battait nerveusement son talon droit contre le bas du canapé, ce qui attira l'attention de Brian.
- Tu as raison, j'aurais du faire pause. J'aurais du faire pause quand j'ai commencé à comprendre ce que je ressentais pour toi, j'aurais du faire pause la première fois où j'ai osé t'embrasser, j'aurais du faire pause la fois où tu m'as fais une petite crise de jalousie qui m'a fait comprendre que tu m'aimais, j'aurais du faire pause la première fois où on s'est fait l'amour, j'aurais du faire pause la fois où ma mère nous a surpris. J'aurais aussi du dire non quand on m'a proposé ton aide, j'aurais du résister quand tu as commencé à me bouleversé, j'aurais du voiler ce que je ressentais, j'aurais du faire taire mon cœur pour l'empêcher de t'aimer. J'aurais du tellement faire tant de chose.
Brian avait du mal à soutenir le regard de Ron qui peu à peu se remplissait de larmes. Qu'avait il fait se demandait il. Pourquoi était il venu, pourquoi n'avait il pas écouté son cœur et fait demi tour laissant au temps la douloureuse charge de leur séparation. Il ne pouvait plus revenir en arrière, il ne pouvait plus reprendre le mal qu'il venait de faire à Ron qui lui avait donné son âme. A présent Ron lui donnait ses larmes. Brian était attristé par ce qu'il voyait, peu à peu Ron s'effondrait. Sa robustesse ne pouvait dissimuler le flot de douleur qu'il ressentait à l'intérieur.
- T'as pas le droit de m'abandonner Brian, t'as pas le droit, dit Ron dans un début de sanglots.
- Je suis désolé Ron, mais je n'ai plus la force.
- J'en ai pour deux, j'en ai pour toi, j'en ai pour moi, j'en ai pour nous.
Ron avait du mal à retenir les larmes qui s'écoulaient sur ses joues, il ne les cachait pas car il n'avait plus rien à cacher à Brian. Ce dernier ne pouvant supporter d'avantage cette douloureuse vision se prépara à s'en aller. Il ne savait pas ce qu'il devait faire. Devait il partir sans aucun geste de réconfort ou bien montrer une dernière fois toute l'affection qu'il avait pour lui. Brian opta pour la deuxième solution tout en craignant la réaction de Ron. Malgré cette crainte il s'avança vers lui, de sa main il essuya une larme de trop sur ce visage qu'il avait tant aimé et qu'il aimait encore. Ron se leva subitement et le serra fort dans ses bras.
- Ne me laisse pas, ne me laisse pas, dit il en sanglot.
Son étreinte était aussi vive que la douleur qu'il ressentait. Il s'agrippait à Brian comme pour ne pas tomber. Mais la chute était inévitable, cette chute que Brian avait décidée. Il l'empoignait pour ne pas le laisser partir, ce geste si fort était mesuré, il ne voulait pas lui faire de mal. Il le suppliait de rester. Brian était resté fort, aucune larme ne venait troubler son regard. Il se contenait. Ron le laissa se dégager, il quitta la chambre sans se retourner, il se mit à courir pour sortir de la maison au plus vite. Entendant sa course dans l'escalier Ron se mit à lui courir après pour tenter de le rattraper.
A l'extérieur monsieur et madame Williams venaient tout juste de se garer. Ils montaient les marches menant au porche. La porte d'entrée s'ouvra soudainement, Brian sortait en larme et en courant. Il n'avait même pas vu leur présence. Ils restèrent interpellé par ce qu'ils voyaient. Brian eu le temps de s'engouffrer dans la voiture avant que Ron n'arrive. La porte d'entrée s'ouvra de nouveau, Ron dévala les marches et arriva à la hauteur de la voiture de Brian. Il tapota sur la vitre, Brian démarra coupable de ce qu'il avait fait, il jeta un dernier regard à Ron avant de démarrer en trombe. Ron coura à côté de la voiture tout en tapotant sur la vitre.
- T'as pas le droit, t'as pas le droit, criait il.
Brian accéléra pour ne plus entendre sa voix, mais Ron courait encore derrière la voiture. Ses parents sur le porche ne pouvaient que se demander ce qu'il s'était passé. Sa mère cachant sa bouche de sa main était inquiète de voir son fils dans cet état. Son mari posa ses mains sur ses épaules comme pour la rassurer. Elle posa machinalement sa main sur la sienne. Ron avait disparu du rétroviseur de Brian qui était en larme au volant de sa voiture. Ron continuait à courir même s'il ne voyait plus la voiture de celui qui l'avait tendu autrefois la main, celui qui lui avait tant appris et dont il s'était épris. Il courait pour s'éloigner, oublier ce qui venait de se passer. Il voulait se vider de toute cette peine. Courir jusqu'à l'épuisement pour ne plus sentir qu'il était vivant. La vie venait de lui être arraché. Il finit par faire demi tour pour rentrer chez lui. La porte d'entrée claqua mettant ainsi fin à l'attente de ses parents qui se demandait ce qui était arrivé. Ils n'osèrent pas l'aborder, Ron regagna sa chambre en traînant sa peine avec ce regard hagard que ses parents ne lui connaissaient pas. Ils restèrent dans leur coin, plus tard ils iraient le voir. Ron ne descendit pas déjeuner. Ses parents se posaient beaucoup de question à son sujet. Madame Williams faisait jouait nerveusement ses ongles parfaitement manucuré sur la table.
- Mon dieu mais qu'est ce qui s'est passé ?
- Des cris, des larmes, je crois que l'on a quelques indices qui ne trompe pas, fit son mari.
- Tu crois vraiment qu'ils se sont séparés ?
Monsieur Williams soupira.
- Il y a de forte de chance.
- Mais pourtant tout aller si bien.
- Oui, mais la vie est pleine de surprise.
- Je vais aller le voir.
Son mari fit une moue.
- Quoi ? Tu crois que je devrais attendre ?
- Je ne sais pas, on a jamais eu ce cas figure, du moins on était pas là. Je ne sais pas comment il va réagir, s'il cherche de la compagnie. Je ne pense pas que se soit facile pour lui d'aborder ce sujet, surtout avec ses parents.
- Mais il faut bien qu'il parle. Tu ne voudrais pas aller voir, je ne pourrais pas m'empêcher de pleurer si je le trouve attristé.
Monsieur Williams se racla la gorge, la situation était délicate. Il n'avait pas l'habitude de parler des histoires de cœur avec son fils, il ne l'avait jamais fait dans un passé récent. Mais comme leur relation devait prendre un nouveau départ, c'était l'occasion où jamais de faire quelque chose.
Il frappa avec hésitation à la porte de Ron en espérant que celui- ci lui demande de retourner d'où il venait. Mais il lui dit d'entrer. Ron était couché sur le lit, le regard perdu dans la vue que lui offrait sa fenêtre, il ne la quittait pas des yeux. Les mouchoirs en papier éparpillés partout sur le lit, laissaient à penser qu'il avait pleuré toute l'après midi.
- Est-ce que ça va, lui demanda anxieusement son père.
Etait-ce une bonne entrée en matière, n'allait il pas avoir droit à une réponse des plus électrique. C'est ce que craignait monsieur Williams.
- J'ai connu mieux, répondit Ron en reniflant sa peine.
- Tu veux en parler ?
Ron se retourna. Il avait les yeux rouges, le regard triste et fatigué d'avoir trop pleuré.
- Tu veux vraiment savoir ?
- Oui.
Ron se retourna vers la fenêtre, la pudeur l'empêchait de regarder son père droit dans les yeux.
- Il m'a quitté.
A cet instant monsieur Williams se dit qu'il avait vu juste.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il voulait souffrir plus tôt.
Son père ne comprenait pas, souffrir plus tôt, que voulait il dire.
- Tu peux être plus explicite.
- Nous n'allons pas dans la même université, je vais à Central et lui à West. Autant dire au bout du monde loin de l'autre. Il ne supportait pas cette idée. Pas moyen qu'il puisse s'inscrire dans mon université, il n'avait pas fait la demande à temps. Selon lui, on aurait finit par se séparer, et il a préféré prendre les devants. Un peu trop tôt. Il nous reste, enfin, il nous restait encore un mois avant de partir chacun vers d'autre horizon. Et voilà, il m'a quitté. Woah, il m'a quitté.
Son père s'assit près de lui. Il tapota sur son épaule pour lui redonner du courage.
- C'est encore jouable tout les deux.
- Je viens de te dire qu'il m'a quitté, dit Ron en s'emportant légèrement.
- Rassure toi j'avais compris. Je veux simplement te dire, qu'il ne t'a pas quitté parce qu'il ne t'aimait plus, mais parce qu'il t'aime trop pour laisser le temps décidé pour vous.
Ron était surpris par les paroles de réconfort que lui tenait son père.
- C'est gentil.
- Ce qui serait gentil, c'est que tu sèches tes larmes et que tu ailles le voir.
Ron se retourna vivement.
- Il m'a plaqué, je doute fort qu'il est envi de me voir.
- Tu es quaterback, tu sais comment te relever des placages.
- Oui, mais ce n'est pas sur le même terrain.
Son père esquissa un sourire.
- Tu es un gagnant. Tu ne vas pas le laisser jouer tout seul la partie. Vous êtes une équipe, vous devez jouer ensemble.
- Tu as raison, je ne vais pas le laisser me mettre sur la touche.
- Vas plutôt le voir ce soir, dissipe ce chagrin d'abord.
Son père se leva et quitta la chambre, Ron le remercia avant qu'il ne passe le pas de la porte. Lui qui n'avait jamais osé aborder avec son fils les histoires de cœurs, il venait de le conseiller de ne pas laisser tomber le garçon qu'il aimait. Ron pouvait voir en cela, un désir qu'avait son père de rattraper le temps qu'ils avaient perdu. Il était admiratif face à la démarche d'un père qui venait à peine de savoir que son fils aimait un garçon. De l'autre côté de la porte, monsieur Williams n'en revenait pas, depuis plusieurs années déjà, c'était la première conversation personnelle qu'il avait avec son fils. Il ne s'était jamais imaginé aborder les histoires de garçons avec lui, mais la vie réserve parfois des surprises. Cependant, il était ravi d'avoir été à son écoute et de l'avoir conseillé. Il retourna voir sa femme tout en repensant à cette conversation et essentiellement au délicat problème des universités.


Chapitre 19: Par une douce nuit d'été

Le soir avait finit par tomber sur cette éprouvante journée, où les cœurs déchirés tentaient de se soigner. Le ciel était dégagé, les étoiles scintillaient. Sur les conseils de son père, Ron se rendait chez Brian. Sur le trajet, il se demandait si il avait raison d'y aller. Et si Brian refusait de le recevoir ? Si il avait donné consigne à ses parents de ne pas le laisser entrer, comment ferait il pour le contacter. Il ne répondrait sûrement pas au téléphone. Devrait il faire intervenir Lisa en tant que médiatrice ? Voilà toutes les interrogations qu'il avait pendant que son 4X4 l'amenait jusqu'à Brian. Il se gara un peu avant la maison de ce dernier. Il coupa le moteur et éteignit les phares, mais il alluma sa lueur d'espoir. Il se donnait du courage. Les paroles de son père lui revirent à l'esprit, il ne t'a pas quitté parce qu'il ne t'aimait plus, mais parce qu'il t'aime trop pour laisser le temps décidé pour vous. Si seulement son père avait raison se disait il. Il tapota nerveusement sur le volant et se décida à descendre. Il avança d'un pas discret, mais décidé vers la maison de Brian. Aucune lumière à sa fenêtre pourtant sa voiture prouvait sa présence. Il frappa à la porte. Madame Mackenzie le fit entré. Elle demanda à Ron si il était au courant de ce qui avait pu mettre Brian dans un tel état. Elle lui raconta qu'il était rentrée en pleure et qu'il s'était dirigé dans sa chambre qu'il n'avait pas quitter de toute la journée. Ron ne savait pas quoi lui dire, juste qu'il était là pour en savoir un peu plus et essayer de le réconforter. Elle lui sourit et le laissa se rendre seul au chevet de son fils. Il salua monsieur Mackenzie au passage, qui était lui aussi inquiet pour son fils.
Ron frappa à la porte et n'eu aucune réponse. Il l'entrouvrit, la chambre était plongée dans l'obscurité de la nuit. La lumière du couloir éclaira par un faisceau le lit sur lequel il pouvait voir Brian allongé la tête dans les oreillers comme pour se cacher. Comme si il avait honte de ce qu'il avait fait. La porte se referma redonnant à la chambre son atmosphère de tristesse. Brian ne bougeait pas. Ron s'était permis d'entrée. Brian l'aurait peut être jeté si il s'était annoncé. Il ne voulait pas prendre un tel risque. Il s'avança lentement et dans le silence pour ne pas que Brian l'entende. Il était triste de le voir dans cet état, lui aussi avait souffert, mais voir Brian aussi inanimé que cela lui faisait du mal. Il était habitué à ses sourires et ses espiègleries, il lui était donc difficile de soutenir une telle image de lui. Pourtant, il semblait si paisible, mais en vérité Brian était meurtri et c'était ce qu'il cachait la tête dans les oreillers. Qu'avait il fait, pourquoi l'avait il fait, étaient les questions qui martelait son esprit. Ron posa un genou sur le lit afin d'y entrée. Le contre poids sortit Brian de sa torpeur. Il se retourna en sursaut se demandant qui était là, il avait pourtant émis le souhait de rester seul. Il vit alors une silhouette assez massive au bord du lit, son cœur s'accéléra, il l'avait reconnu dans la lumière de la nuit. Mais pourquoi était il là surtout après ce qu'il lui avait fait ? La silhouette devint plus nette, un à un les traits s'affinaient, il vit alors que Ron avait un sourire et un regard tendre. Brian ne pu s'empêcher de s'effondrer. Après ce qu'il avait fait, il était là semblant prêt à lui pardonner. Ron le recueillit dans ses bras, il le serra de toutes ses forces. Tout était pardonné, tout était oublié. Brian continua de pleurer encore un moment. Ron le réconfortait en le chérissant de tout son corps. Il lui disait de se calmer, qu'il était là et qu'il avait compris ce qui l'avait poussé à agir ainsi. Brian finit par se calmer, il resta un long moment la tête appuyer contre le torse de Ron, il pouvait entendre les battements de son cœur. Le bruit de ses pulsations l'apaisait.
- Je suis désolé, finit par dire Brian.
Ron le pressa encore un peu plus contre lui.
- Ce n'est pas grave, répondit il en l'embrassant dans les cheveux.
Brian leva la tête et le regarda avec ses yeux humides qui demandaient encore de lui pardonner pour ce qu'il avait osé lui faire. Un sourire était la réponse de Ron à ses yeux qui quémandait.
- Je t'aime.
- Je t'aime aussi, répondit Ron en ponctuant sa déclaration par un baiser.
Ron s'allongea ensuite, tout en gardant Brian prés de son cœur. Ils restèrent muets en appréciant cet instant où ils s'étaient retrouvés après l'orage de la matinée. Brian effleurait de ses doigts le cœur de Ron, il inscrivait à l'encre imaginaire de son amour son prénom. Il repassait encore et encore son doigt en dessinant chacune de ses lettres. Ron amusé le regardait faire.
- Tu sais que dans Brian il y a nos deux initiales.
- Je n'avais pas fait attention.
- Moi aussi, je viens de m'en rendre compte. Un B et R, liés à jamais. J'espère que l'on connaîtra le même sort.
- J'espère aussi, dit Ron en lui caressant les cheveux du bout des doigts.
Ron jeta un œil à sa montre, il était encore tôt, la trotteuse caressait la grande et la petite aiguille qui marquait vingt deux heures. Tout comme la trotteuse, cela faisait déjà deux heures que Ron caressait les cheveux de celui qui avait changé sa vie. Il ne s'enlaçait pas d'être à son contact de le sentir vivre sous la tendresse de ses doigts. La nuit était de plus en plus silencieuse le passage des voitures dans le quartier se faisait de plus en plus rare. Brian se laissait bercer par le passage de ses doigts. Peu à peu il commença à fermer les yeux, mais Ron prit la parole avant qu'il ne sombre inévitablement.
- Allons faire un tour, j'ai envi de manger une glace.
Brian ouvra les yeux et sortit de son état léthargique du à la fatigue émotionnelle qu'il avait lui- même occasionné en cette journée.
- A cette heure ci ?
- Oui, à cette heure ci et en t'as compagnie.
- D'accord.
Ils descendirent au salon prévenir les parents de Brian de ne pas l'attendre. Sans conteste ils trouvèrent qu'il allait mieux. La venue de Ron lui avait été bénéfique se disaient ils sans trop savoir pourquoi. Ron et Brian s'engouffrèrent dans le 4X4, direction le pays des glaces. A cette heure tardive de la nuit, le glacier ne comportait que des habitués, des insomniaques ou bien des couples d'amoureux. Ron et Brian faisaient parti de cette dernière catégorie qui se faisaient de plus en plus rare. Ils prirent place à une table proposant une intimité certaine. Le décor était aux couleurs acidulées des glaces que l'on pouvait servir. Une serveuse vêtue de son tablier rayé rose et blanc vint prendre leur commande. Elle avait le sourire qui cachait sa fatigue et son envie de rentrer chez elle. Ron lui souriait à son tour, elle le trouva beau comme la plupart des gens. Elle lui fit un sourire qui laissait entendre qu'elle était charmée. Ron le voyait bien et fit en sorte de ne pas répondre aux appels de la jolie sirène. Il commanda une coupe XXL. Pour ce genre de commande, le client pouvait être maître de la composition de ce qu'il voulait manger. Il nomma un à un les parfums que Brian adorait, la vanille, la fraise, le café, le caramel, le chewing-gum…Brian ne pouvait s'empêcher de sourire.
- Et surtout, une tonne de chantilly à vous rendre malade.
La serveuse sourit.
- Ça sera tout ?
- Apportez nous deux cuillères, dit Ron.
La serveuse compris à cet instant qu'elle n'allait pas devoir prendre la commande de celui qui l'accompagnait. C'était la première fois qu'elle voyait deux garçons commander une seule et unique coupe pour deux. Elle se rendit au comptoir où elle laissa la commande au préparateur.
- T'aurais pu penser à toi, dit Brian.
- Je mange tout ce que tu manges, j'aime tout ce que tu aimes.
- Donc tu t'aimes.
- Si tu m'aimes oui.
Brian sourit, il était évident qu'il l'aimait, tout comme il allait être évident pour la serveuse qu'ils s'aimaient.
Elle déposa leur commande en leur souhaitant un bon appétit, toujours avec ce sourire. Elle se posta ensuite dans un coin de la salle où elle pouvait les observer tout en faisant son travail. Tout en essuyant les tables, elle leur jetait un regard. La coupe entre eux deux, chacun une cuillère à la main et l'autre posée sur la table, ils commencèrent par déguster la crème. Ils ne se quittaient pas des yeux comme ils ne s'arrêtaient pas de discuter et de rigoler. Il y avait chez eux une très grande complicité se disait elle. Leurs yeux ne pouvaient mentir, la sincérité de ce tendre regard qu'ils posaient sur l'autre ne laisser aucun doute sur la relation qu'ils avaient. Sous la table leurs genoux étaient en contact, elle l'avait remarqué, ce qui l'avait conforté. Ron avait décidé qu'à présent, il ne se cacherait plus, il ne restreindrait plus ses élans, les gens verraient simplement ce qu'ils voudraient voir. La serveuse avait elle compris que ses garçons à la coupe unique étaient tout simplement uni. Elle passa à côté de leur table en leur souriant, ce n'était plus ce sourire commercial ou aguicheur, mais un sourire qui saluait l'amour qu'il y avait.
A leur sortie, le parking était désert, Brian remercia Ron pour ce dessert. Ron lui souriait en jouant avec ses clefs.
- T'es bête.
- Quoi, fit Brian.
- C'est très poli de me remercier, mais tu n'en as pas besoin et tu le fais tout le temps.
- Je trouve que c'est normal.
Ron se mit à sourire.
- Je sais, tu es très bien éduqué.
- Je ne sais pas si je suis en train de faire une overdose de crème glacé, mais je ne te comprends pas.
Ron s'approcha de lui et posa ses mains sur sa taille. Brian plongea alors son regard dans le sien qui était devenu sérieux.
- Je veux dire que tu adresses tant de merci à toutes ses petites choses que je fais pour toi, te passer un livre, te passer l'eau. Tu vois toutes ses choses quotidiennes, banales, normales, tu les remercies à chaque fois. Et moi je suis là, à me dire que c'est rien. Et toi, qui en a tellement fais pour moi, je ne trouve même pas les mots pour te dire merci. Il n'y aura jamais assez de merci pour te dire que je suis touché par ce que tu m'apportes tous les jours, tes sourires, tes regards, ta respiration, tes baisers, ta présence tout simplement à mes côtés. Et je me dis souvent comment faire pour qu'il comprenne, est ce qu'il sait vraiment ce que je ressens ? Je veux que tu saches que je t'aime, pour ce que tu es, pour ce que tu m'apportes. Je t'aime Brian McKenzie. Je t'aime.
Brian était ému par ce qu'il venait d'entendre. La seule réponse qu'il trouva à cet instant était un baiser.
- Je t'aime Ron Williams.
Ron le serra fort contre lui, sur ce parking où minuit retentit.
- Tu les as trouvé tes mercis.
Ron déposa un baiser sur son front, comme à chaque fois Brian fermaient les yeux pour ressentir cette marque d'affection.
- Tu dors chez moi, lui demanda Ron.
- Je dors chez toi.
Ron faisait sauter ses clefs dans sa main, les cliquetis brisaient le silence de la nuit.
- Tu es conscient que je ne te laisserais pas vraiment dormir.
- J'en suis conscient, répondit Brian avec un sourire.


Chapitre 20: Et bien plus encore

Les jours qui suivirent cette journée étaient semblables aux jours qui suivirent le début de leur relation. Joie et bonheur étaient au rendez vous de leurs cœurs. Les parents de Ron en étaient les témoins. Ils avaient raté une bonne partie de sa jeune vie, mais à présent, ils le voyaient heureux comme jamais. Cela était devenu normal pour eux d'avoir toujours Brian sous leur toit, tellement qu'ils trouvaient bizarre les soirs où il n'était pas là, laissant ainsi Ron seul pour quelques heures. Ron était vraiment heureux à ses côtés, ce qui les rendait tout simplement heureux pour lui, pour eux.
Monsieur Williams se réveillait parfois la nuit pour aller se chercher un verre d'eau dans la cuisine. Au détour du salon, il avait toujours la chance d'assister à un moment privilégié. En effet, Ron et Brian étaient souvent avachis l'un sur l'autre dans le canapé blanc du salon, bien trop occupé par l'écran ou par leur conversation, ils ne l'avaient jamais vu. Bien entendu, la première fois où il avait assisté à cela, il avait été surpris. Mais très vite, son regard c'était attendri face à ce tableau des plus charmants où ses jeunes amants n'étaient qu'affection sur ce canapé d'un blanc aussi pur que leur amour. Son fils le regard perdu dans celui qu'il aimait était ce qu'il retenait. Ses yeux qui brillaient, ses lèvres qui souriaient, cette main qui prenait soin. Voilà ce à quoi il assistait. Alors, voir son fils parfois seul sur ce même canapé où Brian c'était évaporé pour une soirée, lui renvoyait l'image d'un fils tapis dans le noir sans cette lueur dans le regard. C'est dans ces moments là, qu'il repensait à la conversation qu'il avait eue avec lui, la fois où Brian avait voulu le protéger, se protéger. Cette lueur serait absente trop longtemps si Ron et Brian étaient amener à aller dans des universités trop éloignées. Son fils ne serait que l'ombre de lui- même, il ne pouvait l'accepter.
Un matin où Ron c'était momentanément absenté, Brian vint chez lui et ne trouva personne à part monsieur Williams qui lui avait ouvert la porte.
- Il est parti en ville avec sa mère, il n'en a pas pour longtemps.
- D'accord.
- Justement, j'ai à te parler.
Brian eu alors un air inquiet, de quoi le père de Ron voulait il lui parler. Ils n'avaient jamais vraiment parler, juste échanger quelques réflexions sur la pluie et le beau temps. Le terme "parler" raisonnait en lui comme des ennuis. Avait il mal agit ?
- Ne fais pas cette tête, suit moi dans mon bureau.
Brian le suivit comme si il suivait le proviseur qui allait le sermonner.
Le bureau de monsieur Williams était des plus classique, une pièce décorée par de la boiserie massive, des vieux livres sur des étagères atteignant le plafond, un tapis sur lequel trônait un bureau au bois remarquablement raffiné. Brian s'assit après y avoir été invité. Monsieur Williams était impressionnant dans son fauteuil en cuire.
- Détends toi, je ne vais pas te gronder.
Brian sourit.
- Es tu conscients de tout ce que tu as fait pour lui ?
Brian ne s'attendait de discuter avec monsieur Williams de la relation qu'il avait avec son fils. Il s'adossa à sa chaise et tripota ses mains. Il était mal à l'aise de parler de cela avec le père de Ron.
- Conscient du travail scolaire oui, pour le reste je ne sais pas.
- Tu l'as transformé, en quelqu'un de plus heureux. Comment tu as fais ?
- Je ne sais pas, c'est à lui qu'il faut poser la question.
- Je lui ai déjà posé et il m'a répondu que ta seule présence était une bouffé de bonheur.
Brian était touché par ce qu'il venait d'entendre, Ron le lui avait déjà dit, mais il ne pensait pas qu'il l'avait dit à d'autre.
- Je n'ai jamais vu mon fils aussi heureux depuis qu'il est avec toi. Il a toujours cette lueur dans ce regard qui parle…qui parle de toi, de lui, de vous. Et quand tu n'es pas là, j'ai remarqué qu'elle s'estompait.
Brian ne savait plus où se mettre, ce que le père de Ron disait était gentil, mais c'était bizarre aussi d'entendre ses mots de sa bouche. Il finit par lui tendre une enveloppe. Brian l'a prit avec un air intrigué. A l'intérieur, Brian eu la surprise de trouver un formulaire d'inscription de l'université de Ron. Un formulaire qui n'aurait jamais pu être entre ses mains avant l'année prochaine. Monsieur Williams avait fait joué ses relations pour que son fils ne soit pas privé de son bonheur, de sa lueur. Brian ne savait comment exprimer sa gratitude.
- Prends bien soin de lui, c'est tout ce que je te demande.
Brian ne s'attendait pas à une telle demande surtout de la part d'un père qui venait il n'y a pas si longtemps d'apprendre que son fils aimait un autre garçon, un père qui avait été si distant depuis qu'il l'avait rencontré. A présent et depuis quelques temps déjà, il ne voulait que son bonheur, Brian était celui là. Brian était très touché par cette demande si inattendue, mais tellement bien venue. Il y avait une sorte de reconnaissance dans cette formulation ainsi qu'une demande cachée, implicite, celle de ne plus faire souffrir son fils, ne serait ce qu'une seconde.
- Je ferais de mon mieux.
Brian se leva de sa chaise, remercia une dernière fois monsieur Williams pour ce qu'il lui avait offert, du bonheur. Il se dirigea ensuite vers la porte, alors qu'il avait la main sur la poignée dorée, le père de Ron intervenu une dernière fois.
- Est-ce que tu l'aimes, demanda-t-il à Brian.
Ce dernier se retourna avec un sérieux et son cœur au bord des yeux.
- Et bien plus encore.
Il ouvra ensuite la porte et sortit, laissant ainsi seul monsieur Williams avec une certaine satisfaction, celle d'avoir fait le bon choix, celle d'avoir permis à ses deux êtres d'être réuni. Il regarda alors une photo de famille posée sur son bureau, sur celle- ci Ron devait avoir dix ans. Que le temps passe se disait il, il n'avait pas vu son fils devenir un jeune homme, mais il allait tout faire pour le voir devenir un homme.
Ron était de retour chez lui quelques instants plus tard. Brian l'attendait sagement dans sa chambre pour lui faire part de la bonne nouvelle. Assis sur le canapé il l'attendait. Montant les escaliers Ron ne se doutait pas de ce qui l'attendait. Bien sûr il savait que Brian était là, il s'en était douté en voyant sa voiture dans l'allée. Mais la bonne nouvelle n'avait pas laissé d'indice. Elle se gardait la surprise. Ron fut accueillit par une salve de baiser doux que Brian lui donnait à chaque fois qu'il voulait lui montrer qu'il l'aimait.
Quel accueil pensait Ron.
- Je devrais te faire attendre plus souvent si je suis accueillit comme ça, dit il en tenant Brian dans ses bras avec un sourire qui exprimait sa joie de le voir.
- Je vais avec toi.
- Tu vas avec moi ?
Brian lui donna un baiser avant de répondre.
- A Central, ton père a fait le nécessaire.
Ron souleva Brian du sol pour exprimer sa joie, il le serra fort, c'était la plus bonne nouvelle que Brian pouvait lui annoncer. Il était tellement angoissé par l'idée qu'il allait devoir vivre loin de lui, qu'il en avait perdu le sommeil. Quelle belle nouvelle. Ron n'en revenait pas, c'était si impensable. Il serra de nouveau Brian avec toute sa force, toute sa vigueur, en lui murmurant d'innombrable "je t'aime".
- Woah, c'est génial, je suis tellement excité que je ne sais plus si je dois m'asseoir…je tiens plus en place.
Il faisait les cent pas devant un Brian plus joyeux que jamais à s'imaginer leur nouvelle vie.
- Il nous faudra un bel apart', avec deux chambres au cas ou on se disputerait.
Brian ne faisait que sourire, il partageait l'euphorie de Ron. Tout les deux vivant ensemble, jamais ils ne l'auraient imaginé. Leur avenir universitaire commun n'était pas à l'ordre des derniers jours. Mais maintenant oui.
Ron remercia son père après le départ de Brian, qui lui informa ses parents du changement de programme.
- Tu seras donc à Central avec Lisa et Ron, résuma son père.
- Oui.
- Lisa doit être folle de joie.
- Je ne lui ai encore rien dit, je viens juste de l'apprendre.
Ils étaient tous les trois assis à la table de la cuisine.
- Et tu dis que c'est le père de Ron qui a fait ça, demanda son père.
- Oui.
- Et pour quelle raison ?
- Je suppose que Ron lui a parlé de la situation et de l'amitié que j'ai pour Lisa et lui.
Brian jouait des doigts sur la table.
- L'important c'est que vous soyez tous les trois réunis, conclue sa mère.
- Et que tu continus à avoir de bon résultat, ajouta son père.
Brian s'adossa à sa chaise.
- Dans le genre je te mets pas la pression t'es le roi.
Son père rigola et s'excusa, son fils n'avait pas besoin de ce genre de discours.
Les jours passèrent un à un, rapprochant Ron et Brian vers une nouvelle vie, une vie à deux sous le même toit matin et soir. Après avoir dit au revoir à ses parents, consolant sa mère dans ses bras, enlaçant son père une dernière fois, Brian prit la direction de la maison de Ron avec ses bagages posés sur le siège arrière de sa voiture. Arrivé à destination, Ron bouclait ses dernières affaires. Brian le regardait faire du pas de la porte. Ron vérifiait qu'il n'avait rien oublié. Son gros sac de voyage posé sur le lit était prêt à partir. Ron se mit à sourire, il repensait à ce soir particulier où il avait osé l'impassable, embrassé Brian pour la première fois. Plongé dans ses pensées, il ne le vit même pas s'approcher de lui.
- Tout va bien ?
- Oh tu es déjà là.
Il posa un bisou sur son front.
- J'étais justement en train de penser à toi.
- Ah oui, fit Brian.
- Oui. Plus exactement à ce fameux soir, où je t'ai embrassé pour la première fois.
- C'est un peu grâce à toi qu'on en est là.
Ron pencha la tête et fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- Tu as osé faire le premier pas, ce pas que je n'aurai pas moi- même oser franchir. Je l'aurais fait peut être bien plus tard, je te l'aurais plus dit, je n'aurais pas agit. Je n'aurais pas eu ce courage.
Ron l'embrassa à cet instant.
- Ce n'était pas du courage, c'était de l'amour.
Brian l'enlaça une dernière fois dans cette chambre qui avait vu naître jour après jour leur histoire d'amour.
Ron descendit ensuite dire au revoir à ses parents, ils seraient de retour pour les fêtes.
Arrivé sur le porche Ron jeta un œil en direction de la voiture de Brian.
- Tu la laisses ici.
- Mais pourquoi, j'en aurais besoin là bas.
- Je ne supporterais pas de faire le trajet sans toi, je ne veux pas être séparé une minute de plus de toi. Ma voiture sera ta voiture, comme ma vie est ta vie.
- Dis comme ça, impossible de refuser.
Ron regarda une dernière fois sa maison, ses parents qui leur souriaient.
Ils déposèrent leurs bagages dans le coffre du 4X4 avant de démarrer leur vie, un regard complice dans l'habitacle, et ils étaient partis.

FIN

 

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