La rencontre d'une étoile (1)
de KH Brillant


Synopsis


Fraîchement débarqué à la Los Angeles, ville du rêve et des stars, Andrew débute pour sa plus grande joie sa carrière de journaliste.
Spécialisé dans l'univers des séries télévisées, il se voit bientôt chargé de l'interview de l'un des acteurs du moment, Sean Laymonth.
Cet exercice, monnaie courante dans le métier, ne l'est pas pour Andrew. En plus d'être une première, il devra s'entretenir avec celui qui représente son idéal.
La rencontre de l'étoile montante et du jeune journaliste provoque un chamboulement que ni l'un, ni l'autre n'avait cru possible.

Préface

Depuis son plus jeune âge, Andrew aspirait à la profession de journaliste. Ses études orientées dans ce sens se déroulèrent sans embûches. A sa formation de journalisme pure et dure, traitant de la politique, de l'économie et des finances, s'ajoutait une option qu'il affectionnait particulièrement : l'audiovisuelle.
Ce programme dirigé sur le monde du spectacle, du cinéma et de la télévision lui permettait d'assouvir sa passion. L'utile et l'agréable se rejoignaient dans son cursus.
De nature organisée il prospecta les boîtes de presse, comptant une section show bizness, avant même l'obtention de son diplôme, ainsi il rejoindrait le monde du travail le plutôt possible. Néanmoins, il gardait en mémoire que les places se faisaient rares et chers. Mais l'espoir plus fort que tout se concrétisa la semaine suivant sa consécration universitaire.
Une matinée comme une autre, il alla récupérer son courrier, sur le chemin il salua la concierge de son immeuble qui discutait avec une des locataires au sujet du dernier achat de la voisine d'en face. Arrivé devant sa boîte aux lettres située dans un hall peu éclairé, il inspira profondément tout espérant qu'il y trouverait une bonne nouvelle. Il enfonça la clef dans la serrure et tourna. Fermant à demis les yeux, il ouvrit avec appréhension la petite porte métallique. Il trouva d'abord une multitude de papiers publicitaires et de prospectus entre lesquels se trouvaient quelques factures. Depuis plus d'une semaine, il répétait les mêmes gestes. Mais aujourd'hui son tri apporta son lot de surprise. En effet, une enveloppe visée du cachet postal de la Citée des Anges se trouvait parmi le tas, son cœur à la vue de celle-ci s'emballa.
Il ferma machinalement sa boîte aux lettres tout en gardant les yeux rivés sur l'enveloppe. Il remonta les escaliers le menant à son appartement, croisa de nouveau la concierge mais cette fois-ci en compagnie de la fameuse voisine au nouvel achat. Il ne vit pas l'air interrogé que son visage portait en le regardant passer devant elle. Andrew semblait atterré, ce qui l'a surprit, elle l'avait toujours vu avec le sourire aux lèvres. Etonnée, elle déduisit que l'enveloppe qu'il tenait en main ne devait pas être étrangère à son humeur. Elle reprit sa conversation remettant à plus tard cette énigme. Tôt ou tard se disait-elle, elle finirait par tout savoir.
Une fois arrivée à son appartement Andrew décacheta, non pas sans mal, l'enveloppe de couleur blanche. Mais avant cela, il la soupesa, à son avis, elle devait contenir une seule feuille. Une feuille pensa-t-il, une feuille capable de lui faire avoir une grande joie ou une grande déception. Il cessa de tergiversé, et l'ouvra. Il la déplia et commença à la lire, il survola le début et se concentra sur la fin du courrier, où il y avait d'écrit : "c'est avec plaisir que nous retenons votre candidature." Andrew poussa un cri de joie qui se fit entendre jusque sur le palier, ce qui attisa à nouveau la curiosité de la concierge. Le reste de la lettre, lui demandait de prendre contact avec l'agence de presse afin d'avoir tous les détails, ce qu'il fit.
Après quoi, il appela les personnes chères à son coeur, ses parents et ses amis. A chaque coup de fil des explosions de joie se faisaient entendre. Après avoir raccroché avec son dernier interlocuteur, quelqu'un frappa à sa porte. C'est avec un large sourire qu'il alla ouvrir. Il ne fut pas réellement surpris de trouver la concierge derrière.
- Tout va bien lui, demanda-t-elle, je t'ai entendu crier.
- Oui, tout va bien, je pars à Los Angeles, répondit-il les yeux pétillants et le sourire jusqu'au aux oreilles.
Une semaine plus tard il n'était plus là, et son appartement avait déjà trouvé preneur.

1

Après avoir fait plusieurs fois le tour du pâté de maison à la recherche d'une place de parking, Andrew se rendait pour la dernière fois sur le lieu de son travail d'été. Cela faisait deux mois qu'il était diplômé d'une école de journalisme New-yorkaise. Originaire de l'Est des Etats-Unis, Andrew avait traversé le pays afin de venir s'installer à Los Angeles et de tenter sa chance dans la ville où le rêve est permis. Une fois garé, il se remémora ses premiers pas dans la cité des anges.

Un jour après son arrivé dans sa nouvelle ville et nouvelle vie, Andrew se retrouvait catapulter dans un rendez-vous avec Betty Fisher la responsable du service people du magazine "Tout…". Malgré la chaleur, il s'y rendit avec une veste bleue marine sur le dos. Les locaux du magazine, se situaient dans un bâtiment impressionnant. Construction moderne, l'édifice architectural s'apparentait à une tour de verre dont les façades brillait tel un saint grâle à la lumière du soleil. Il présenta sa convocation au service d'ordre qui après vérification le laissa passé.
"Tout…", troisième mensuel le plus lu de la côte Ouest, comptait ses lecteurs par millions. Le magazine traitait de sujets divers et variés, allant de la politique intérieure à la décoration d'intérieure, en passant par la page enfant. La diversification des thèmes abordés contribuait aux raisons de son succès.
Andrew emprunta l'ascenseur qui le mena au cinquième étage où Betty Fisher l'attendait dans son bureau. Escorté par l'une des secrétaires de la plate forme, il y entra. Betty mettait fin à une communication téléphonique.
- Ses agents, soupira-t-elle après avoir raccroché.
Andrew esquissa un sourire de courtoisie.
- C'est votre rendez-vous de dix heures, Andrew Pryform, annonça la secrétaire.
- Merci, vous pouvez nous laisser.
Betty, rédactrice dynamique à l'air enjoué, ne perdait en aucune façon son sourire et sa bonne humeur même pendant ses jours les plus tristes, ce qui faisait d'elle, la personne la plus appréciée du magazine et adorée de son service.
Andrew lui tendit la main pour la saluer, Betty l'agita de haut en bas avec une telle excitation qu'il était impossible de ne pas se sentir à l'aise. Elle l'invita ensuite à s'asseoir.
Fredonnant, elle parcoura son CV et le regarda de temps à autre. La première impression qu'elle eut en le voyant passer la porte, était qu'il paraissait bien jeune, elle ne lui aurait jamais donné les vingt-quatre ans mentionnés sur le papier. Certes Andrew avait le visage assez juvénile, mais loin d'être poupon. Les cheveux coupés à la brosse, les yeux marron foncés, elle le trouvait fort mignon.
Après l'étude de son dossier, elle lui demanda de se présenter par pure formalité, car ses articles et sa bouille parlaient en sa faveur.
Conquise, Betty fondait de beaux espoirs dans leur collaboration, aussi courte soit elle.
Le caractère du poste, valable uniquement pour la période estivale, n'atténuait en rien la joie d'Andrew, il pouvait enfin s'exercer à sa passion, l'essentiel résidait en cela.
Au début, Betty le laissa prendre ses marques, elle ne lui confiait pas grand-chose à part quelques recherches à effectuer dans les archives lorsqu'il n'assistait pas une des pigistes. Le personnel partant chacun à son tour en vacances, Andrew se retrouvait à les remplacer tour à tour, c'est ainsi qu'il passa d'un poste à un autre et remplaça même la secrétaire.
Et puis un jour, une opportunité se présenta à lui. En effet, l'absence d'une chroniqueuse pour raison familiale lui permis de rédiger son premier article sur les séries télévisées diffusées exclusivement l'été. Sans véritable peine il pondit l'article sur les différentes séries, le présenta à Betty qui agréablement surprise le valida aussitôt. Elle le fit porté à la mise en page et le lendemain Andrew voyait son nom figurer en bas d'une des pages d'un grand magazine. Leur collaboration temporaire s'annonçait prometteuse.

Andrew abandonna ses souvenirs lorsqu'il arriva devant Stuart l'un des vigiles du bâtiment, une véritable armoire à glace. Il le salua et le laissa entrer sans le contrôler à la différence de la première fois. Hasard de la vie, Stuart présent lors de son arrivée répondait présent aujourd'hui pour son départ. Ils échangèrent quelques mots au sujet du match de la veille, mais le cœur n'y était pas. Andrew faisait partie des rares membres du personnel à discuter avec lui. Parfois, lorsque leur emploi du temps s'y prêtait, ils déjeunaient ensemble. Stuart lui parlait volontiers de sa petite amie, esthéticienne dans le centre ville, de leur projet en commun, de sa possible demande en mariage, bref il faisait des plans sur la comète à l'écoute de l'oreille attentive d'Andrew. Il lui avait même présenté Tiffany, un joli brin de fille. Après cette brève discussion, Andrew se dirigea vers l'ascenseur avec sa petite boite de carton dans les mains.
Arrivé au cinquième étage, Lyndsay, la secrétaire, l'attendait avec un sourire compatissant, elle tenait entre ses mains une boite de muffin. Elle pensait qu'une petite douceur l'aiderait, elle savait qu'Andrew adorait ceux fourrés au chocolat. La boite contenait exactement cette variété. Andrew la trouvait adorable comme le reste de l'équipe.
- Tu vas me manquer, avoua Lyndsay d'une petite voix.
Le téléphone pouvait sonner aussi longtemps qu'il le souhaitait, elle ne le quittait pas.
- Toi aussi tu vas me manquer, tout le monde va me manquer.
Elle s'approcha de lui et l'enlaça.
- Tu sais où me trouver, on se perd pas de vu, t'as mon numéro, murmura-t-elle avec les larmes aux bords des yeux.
Sa réaction loin de toute exagération se comprenait par les liens tissés durant tout l'été et à la complicité qui en découlait. Première à l'encadrer, à l'épauler et à le féliciter, Lyndsay représentait la collaboratrice rêvée. Ils partageaient de nombreux points communs, comme ils partageaient leur encas de 10 heures. Un lien spécial les unissait.
Le téléphone jouant les troubles fête, elle alla décrocher pendant qu'Andrew alla débarrasser son bureau. Il jeta un œil à l'horloge de la pièce qui affichait neuf heures quinze. Il regarda autour de lui, la dizaine de personne du service travaillaient de façon effervescente, ça sentait le bouclage à plein nez, le stress des derniers instants, la modification de dernière minute.
Le moment de plier bagage arriva après un au revoir général. Il se dirigea vers l'ascenseur, Lindsay à ses côtés tenait dans sa main un mouchoir en papier. Il appela l'ascenseur et la consola pendant l'attente en posant une main réconfortante sur son épaule. Le ding de l'ascenseur se fit entendre et les portes s'entrouvrirent sur Betty. Cette dernière lorgna sur la boite en carton qu'il tenait fermement.
- Chéri suit moi dans mon bureau, dit-elle en s'adressant à lui.
Lindsay pensa sans doute qu'elle voulait lui dire au revoir en particulier, Andrew lui la suivit sans se poser de question.
A peine entrée elle lui fit le topo de la réunion matinale.
- Comme tu le sais, je sors d'une réunion avec Big Boss.
Derrière ce surnom se cachait Debra Hunting la fondatrice du magazine. Agée d'une cinquantaine d'année, Debra, respectée dans le milieu et surtout crainte pour sa rigueur et sa fermeté, laissait de très rare compliment s'échapper.
- Il a été décidé de mettre en place le pendant du ciné people, c'est à dire le serial people. Pour résumer, il s'agit là d'interviewer les acteurs de série télé et d'effectuer des reportages surtout ce qui les concerne.
Andrew assis dans son siège ne répondait rien et ne faisait qu'hocher la tête.
- Debra a lu tes chroniques estivales et pense que tu serais un atout majeur dans cette nouvelle branche du magazine.
A cette partie de l'histoire Andrew commença à avoir le sourire aux lèvres répondant à celui de Betty.
- Ce que nous te proposons c'est un post d'assistant car tu sembles callé sur le sujet. Bref tu m'assisteras pour ce nouveau défit.
Andrew le sourire scotcher sur son visage réalisait ce qui lui arrivait.
- Dis quelque chose Andrew tu me fais peur.
Il éclata de rire.
- Mais c'est génial, cria-t-il enfin.
Il laissa exploser sa joie et remercia chaleureusement Betty pour ce qu'elle venait de lui annoncer. La nouvelle se propagea dans tout le service, Lyndsay pleurait cette fois de joie. Le soir à la sortie du bureau, Stuart le félicita d'une accolade ravi de ce qui lui arrivait.
Le cœur en joie Andrew rentra à son appartement. Il habitait une des anciennes constructions du centre ville. Un immeuble de trois étages couleur brique, dont il occupait le dernier étage où Hallie, une fille de son âge et styliste de son état, faisait office de voisine.
Avant de rentrer chez lui, il frappa à la porte d'Hallie afin de lui faire part de la bonne nouvelle.
Hallie fut la première à l'accueillir dans sa nouvelle vie. Le premier soir où il se trouvait encore dans les cartons, elle lui proposa d'aller faire connaissance au petit restaurant en bas de la rue. Andrew se souviendra toujours de ces spécialités mexicaines. Ils partagèrent leur premier fou rire lorsqu'il vira au rouge à cause du piment. Ils se racontèrent leur vie comme s'ils se connaissaient depuis des années. Ce premier dîner fut suivit par d'autres, et d'autres encore. Par la suite, une fois par semaine l'un d'eux cuisinait et invitait l'autre. Les discussions ou les plateaux télé s'éternisait jusque tard dans la nuit.
Hallie prit un moment avant d'ouvrir, aussi bien qu'Andrew tourna les talons lorsqu'elle ouvrit enfin. Avec ses cheveux blonds ramassés en chignon d'infortune et ses lunettes sur le nez, Andrew comprit qu'elle travaillait sur un de ses croquis.
- Ça va Andy, demanda-t-elle avec une petite voix tristounette.
Hallie ne savait encore rien pour le poste d'assistant. Elle regarda dans sa main et vit qu'il tenait une bouteille de vin.
- Andy je comprends que tu veuilles noyer ton chagrin, mais ce soir on fait pas moite moite, je suis inspirée pour ma nouvelle collection.
Andrew balança la tête et entra. Hallie ferma derrière lui et le suivit jusqu'à la cuisine. L'appartement d'Hallie faisait honneur aux dernières tendances de la décoration d'intérieure. La cuisine ouverte sur le salon comprenait des touches pastelles qui rappelait les couleurs de ce dernier. Sur les poutres du salon s'enroulaient des guirlandes de lumières.
Andrew sortit deux verres d'un placard et pris le tir bouchon dans le tiroir. Son air mystérieux et silencieux laissa Hallie songeuse. Il lui tendit un verre et commença à l'emplir, il en fit ensuite de même pour lui. Après avoir déposé la bouteille sur le bar, il leva son verre.
- Tu as devant toi, le nouvel assistant de Betty Fisher, annonça-t-il brûle pour point.
- C'est pas vrai, s'étonna Hallie avec un large sourire.
- Si, lui répondit Andrew avec de vifs hochements de tête.
Débordante de joie, Hallie entrechoqua un peu vivement son verre contre le sien.
- Oups, c'est bon je l'ai pas cassé, fit elle en le regardant sous tous les angles, puis elle reprit, félicitation mon Andy !
- Merci.
Il se dirigea vers la table à dessin légèrement inclinée, comportant en son centre le dernier croquis d'Hallie. Andrew admiratif de son coup de crayon l'encensait toujours.
- Joli, fit-il.
- Il me reste à mettre un peu de couleur.
- Ça tombe bien j'ai un verre de vin à la main.
Hallie posa sa main sur son épaule et le fit reculer d'un pas.
- Il reste de la pizza, va t'en prendre une part et calle toi devant la télévision pendant que je termine.
Andrew la regarda de haut en bas.
- Tais toi, c'est juste un petit écart et puis j'ai demandé à ne pas mettre beaucoup de fromage.
Depuis toujours Hallie faisait partie de ces filles dont l'embonpoint les poussait à se mettre au régime sans vraiment s'y tenir. Difficile quand sa philosophie de vie rime avec plaisir de la table. Sa surcharge se localisait essentiellement sur ses cuisses et au niveau de ses fesses. Un physique généreux comme le qualifiait Andrew.
Une part de pizza à la main, le zappeur dans l'autre, Andrew faisait défilé les chaînes pendant qu'Hallie choisissait ses crayons de couleur. Son établi faisait face à toute la pièce, elle pouvait ainsi travailler sans le quitter des yeux. Affalé de la sorte, il ne ressemblait pas à un assistant, pensa-t-elle en souriant. Soudain elle le vit sursauté et enlever ses pieds de la table basse.
- Hallie vient vite, cria-t-il.
Hallie jeta un œil sur l'écran et déposa aussitôt son crayon avant de le rejoindre dans le canapé. Le sourire aux lèvres et le regard hypnotisé par l'écran, ils regardaient religieusement une bande annonce, pas n'importe laquelle, celle de "Confidence". Une fois celle-ci terminée, ils mirent fin au silence d'église.
- Vivement que ça commence.
- Oh oui, soupira Hallie.
"Confidence", le nouveau carton télévisuel depuis deux ans déjà, rendait les audiences folles. Ce drama relatait l'histoire d'une bande de copain sortant de la fac et entrant dans le monde du travail. L'histoire servit par des acteurs talentueux restait en elle-même basique et racontait le quotidien d'une bande de jeune et de leur entrée dans la vie active. Parmi ces comédiens, Sean Laymonth, figure centrale de la série, rassemblait tous les suffrages.
- Qu'est-ce qu'il est beau, cria Hallie en parlant de lui.
- A ses débuts, je trouvais que tout le monde faisait un pataquès sur son physique avant même que je puisse le voir. Et en le voyant, je l'ai pas trouvé si beau que ça, mais depuis la fin de la saison 2, je trouve qu'il a vraiment quelque chose. C'est peut-être aussi dû au caractère de son personnage si gentil. Mais dans la vie ça reste à voir. C'est là que je me dis que le caractère aide à la beauté des gens, termina Andrew.
- Tu penses trop, lança Hallie.
A milles lieux des acteurs blond starisé, Sean Laymonth ressemblait plus au garçon d'à côté, certes avec une beauté renversante mais tellement simpliste. La douceur de son regard marron et son sourire angélique faisait sa réputation, sans compter son physique athlétique.
Sean Laymonth débuta sa carrière en tant que mannequin, las de ne pouvoir s'exprimer en dehors d'une attitude ou d'un regard, il se lança dans la comédie. Il prit des cours dans des établissements de renom, et fit ensuite de nombreux casting pour des apparitions ou figurations avant d'obtenir l'un des rôles principaux de "Confidence". Les directeurs de casting d'abord frappés par sa beauté, acclamèrent son jeu d'acteur remarquablement juste pour un débutant. Conscients de son potentiel, ils l'engagèrent sans attendre. Quelques semaines plus tard leur choix s'avéra être le bon, la série faisait parler d'elle et Sean faisait un carton auprès de la profession. Les magazines se l'arrachaient. Encore aujourd'hui le phénomène "Confidence" et Sean Laymonth ne s'essoufflaient pas. La bande annonce qui venait de passer à l'antenne informait de l'arrivée prochaine du season premier.
- Tu crois qu'on pourrait monter un panneau publicitaire jusqu'au troisième étage, demanda Hallie.
- Par hasard celui où il est au premier plan et avec les autres acteurs au second ?
Hallie hocha activement la tête toutes dents dehors.
- T'es vraiment accro, constata-t-il.
- Tu peux toujours causer "monsieur j'ai presque toutes ses coupures de presse et un dossier de ses photos dans son ordi."
Andrew répondit par un sourire.
- Ai-je mentionné le fait qu'il est aussi en papier peint sur ton bureau et en écran de veille également ?
- C'est bon j'ai rien dit.
Andrew jeta un œil sur sa montre, 23 heures, une bise à Hallie et il rentra chez lui de l'autre côté du pallier. Il déambula dans le noir, le plus total, jusqu'à la salle de bain où il prit sa douche avant de gagner son lit. En entrant dans sa chambre, il alluma la lampe de chevet et s'allongea sur le lit. Confortablement installé il se saisit de son portable non loin de là. En l'ouvrant, il se mit à sourire en voyant apparaître la photo de Sean Laymonth, il repensa alors à Hallie. Un garçon comme Sean se devait d'être en fond d'écran, se rétorqua-t-il. Il s'endormit après avoir consulter ses mails et télécharger la bande annonce vu plutôt dans la soirée.

Pendant les semaines qui suivirent, en charge de la rédaction d'un article sur les différentes season premier des séries qui débarqueraient vers la fin de ce mois de septembre, Andrew se rendait de conférence de presse en conférence de presse, contactait les diffuseurs, prenait rendez-vous avec les chargés de presse…Cela représentait beaucoup de travail, mais pour un passionné comme lui cette partie de son boulot constituait plus un passe temps. Avec son badge de presse enfilé autour du cou, il portait fièrement les couleurs de sa profession, ses heures de travail il ne les comptait pas.
Passionné par son métier, il en devenait un acharné oubliant même de vivre, sauf les soirs où Hallie l'attendait pour une de leur soirée. Et si sa muse rodait encore autour de lui, il ne se privait pas de travailler en rentrant. Payé pour assouvir sa passion, il se rendait bien compte de sa chance et se faisait un point d'honneur de ne pas décevoir Betty.
Cette dernière ne l'a pas été lorsque Andrew lui remit les fameux articles, tout s'y trouvait comme il fallait que cela soit.
- Chéri si je ne fais pas gaffe, tu vas me piquer ma place.
Le papier dans les mains, elle le regardait avec un sourire satisfait.
- C'est un compliment ?
- Non chéri, c'est le motif de ton renvoi.
Le sérieux qu'elle afficha dans son attitude laissa Andrew perplexe et plein d'inquiétude.
- Détends-toi je plaisantais, je ne te laisserai en aucun cas partir chez la concurrence car Big Boss me virait aussitôt.
Une tasse de café dans une main et l'article dans l'autre, Betty s'adressa à Lindsay en lui demandant de bien vouloir porter le travail d'Andrew à la mise en page. Elle demanda ensuite à Andrew de bien vouloir la suivre dans son bureau afin de mettre au point leur planning de travail pour la parution du mois de novembre.
Dans ce genre de mini réunion, il s'agissait surtout pour Betty de déléguer les tâches qu'elle ne pouvait ou ne voulait pas accomplir. Elle s'installa à son bureau et prit son gros agenda en cuire marron qu'elle ouvrit au mois d'octobre afin de consulter tous ses rendez-vous. La moue sur les lèvres elle tournait les pages en se tortillant les cheveux.
- Tu dois me trouver arriéré avec mon agenda classique, mais j'ai du mal avec la technologie moderne comme j'ai déjà du mal avec mon mobile. Je me demande bien pourquoi je ne suis pas rédactrice en chef du service "Technologie d'ailleurs et d'ici", plaisanta-t-elle.
Andrew rigola volontiers à sa boutade, mais s'arrêta aussi sec lorsqu'il vit la moue contrariée de son visage. Rien à voir avec son rire. Deux rendez-vous se superposaient un peu trop à son goût. A moins de posséder le don d'ubiquité, la réalité temporelle ne lui permettait pas d'exercer son métier au mieux.
- J'ai du me prendre pour Wonder woman le jour où j'ai accepté ces rendez-vous.
- De quoi il en retourne, demanda Andrew.
Betty se mit d'abord à réfléchir en tapant machinalement ses ongles sur son bureau en verre.
- J'ai un rendez-vous avec une grande actrice talentueuse, mais tellement capricieuse qui aura certainement une heure de retard, et je dois ensuite enchaîner avec un acteur que je n'ai jamais interviewé.
Elle soupira essayant de trouver une solution à son dilemme, se cala dans son énorme fauteuil en cuir noir et pivota de gauche à droite, les mains jointes elle réfléchissait. Après avoir pivoter d'un tour complet elle se dirigea vers la baie vitrée située juste derrière elle. Une main sur une hanche l'autre au menton, elle regardait le ciel bleu. Toujours assis Andrew ne disait mot.
- Chéri, je crois que tu vas devoir faire ta première interview, l'informa-t-elle en se retournant le sourire aux lèvres.
Andrew se voyait déjà en compagnie de la talentueuse actrice capricieuse.
Betty regagna sa place fière de s'être tirée une épine du pied.
- Toi et moi savons très bien qu'une interview est un travail différent de l'écriture d'un article, mais je te fais confiance pour faire de cette rencontre un papier inoubliable. La veille t'auras un peu de mal à dormir, le matin du jour J tu seras au bord de la nausée et sur le lieu de l'interview tu auras envie de t'évanouir. Mais sache que tu seras content d'y être.
Andrew dont le stress se retrouvait banni depuis la fin de ses examens, le sentit de nouveau frapper à la porte de son esprit.
Voyant sa mine déconfite, Betty le rassura en lui relatant tout l'attrait d'une interview, la rencontre, l'échange et le caractère unique de l'instant.
- Qui vais-je devoir interviewer, demanda Andrew son calme retrouvé.
- Sean Laymonth.
Cette nouvelle tomba comme un coup de massue.
- Sean Laymonth, répéta Andrew les yeux écarquillés.
- Oui, Sean Laymonth, la star montante du petit écran et d'après ce qu'on raconte bientôt du grand. Pour un début on commence facile, il est très agréable à interviewer, pas capricieux. Enfin c'est ce qui m'a été rapporté, tu jugeras par toi-même.
Andrew prit note de la date et du lieu du rendez-vous, qui se déroulera dans trois semaines et dans un luxueux hôtel de Beverly Hills.
Il rejoignit son poste de travail, marchant machinalement sous le choc de la nouvelle. Dans sa tête il se répétait qu'il allait voir Sean Laymonth.
Cette annonce joua les troubles fêtes dans son travail journalier. Impossible de rester concentré. Même Stuart, à la sortie des bureaux, se rendit compte de son air abasourdit.
- La fatigue, répondit Andrew.

De retour chez lui, il croisa Hallie sur le pallier qui revenait de son footing, une pâtisserie à la main.
- Fais pas cette tête, c'est un gâteau diététique, se justifia-t-elle en voyant l'air bizarre qu'il affichait.
Ce dernier ne répondit rien.
- Andy, tout va bien ?
- Je sais pas trop, répondit-il en cherchant ses clefs.
- Tu veux qu'on en parle ?
La clef dans la serrure, Andrew la tourna jusqu'à ce que l'on entende le cliquetis.
- Oui, je veux bien, fit-il en entrant.
Une serviette autour du cou Hallie s'épongea en le suivant.
- Vraiment tu me fais peur. Il est arrivé quelque chose de terrible ?
- Je sais pas, en fait non.
Ils s'installèrent dans le canapé beige du salon et Hallie déposa son gâteau sur la table basse couleur chocolat.
- Ça a un rapport avec ton boulot ?
Andrew opina du chef.
- Ça doit pas être si grave que ça, dédramatisa-t-elle.
- Je…vais…interviewer…, dit Andrew en appuyant bien sur les mots.
Hallie suspendue à ses lèvres semblait être hypnotisée.
- Sean Laymonth, dit-il enfin d'une traite.
Elle se leva brusquement du canapé.
- Oh mon dieu, s'écria-t-elle la main sur le cœur.
Andrew hocha la tête de haut en bas.
- Mais c'est géniale, s'égosilla-t-elle, t'es un petit chanceux !
Andrew balança la tête de gauche à droite.
- Comment ça c'est pas génial ?! Réfléchis tu vas interviewer Sean, le beau Sean, Sean, Sean, Sean.
- Justement ! s'exclama Andrew.
Hallie se rassit.
- J'ai une fâcheuse tendance à ne dire que "oui" quand quelqu'un me plait.
- C'est pas lui qui posera des questions, tu n'auras qu'à lire celles que tu auras prévu pour lui, fit elle d'un ton consolant.
- D'accord mais je bredouille aussi.
- Ha.
Du canapé Hallie l'observait, elle le trouvait mignon dans son état de stress post traumatique. Le voir s'emparer d'un paquet de chips confirmait le stress qu'il dégageait. Andrew regagna le canapé et mangea en silence sous le regard effaré d'Hallie. Elle lui arracha le paquet des mains.
- Hey ! Mais qu'est-ce que tu fais, protesta Andrew la bouche pleine.
- Je t'évite de devenir un pâté avant ta fameuse rencontre avec Sean.
Avant de déposer le paquet sur la table basse à côté de son gâteau, Hallie piqua une chips.
- Ce n'est pas moi qui vais rencontrer Sean, répliqua-t-elle au regard d'Andrew.
- Très drôle.
En bon pote, Hallie tapota sa cuisse.
- Quand viendra l'heure de le rencontrer, dis toi que c'est une autre personne, que celui que tu vois n'est pas le Sean Laymonth qui te plait. Fais comme si c'était moi, au moins aucun risque de bredouiller.
Andrew rigola pour la première fois de la soirée.
- Qu'est-ce que je ferais sans toi ?
- Rien Andy, rien.
Hallie n'en revenait toujours pas son Andrew allait rencontrer "son" Sean Laymonth à elle. Quelle chance inespérée de parler avec un grand acteur aussi beau et charismatique que lui, le gendre idéal que toute mère voudrait. La sienne bien sûr n'aurait pas été satisfaite, elle l'entendait déjà lui dire qu'elle aurait pu choisir un médecin, elle chassa rapidement cette vision. Elle s'imagina l'espace d'un instant ce qu'elle aurait fait à la place d'Andrew, elle soupira de bonheur avant de se voir raccompagner par les agents de sécurité.
Ce soir là, Andrew s'en dormit comme si le compte à rebours de ses examens venait de s'enclencher.

2

Les jours passèrent les uns après les autres, le climat de la côte ouest insensible au temps qui passe, le soleil brillait toujours et une brise légère venait de temps à autre rafraîchir l'air. Si le climat de la ville restait constant, il n'apaisait en rien le climat intérieur d'Andrew embarqué sur la pente ascendante. Son stress grandissait au fur et à mesure que le rendez-vous se profilait pour n'être que Le rendez-vous d'aujourd'hui.
Stationné devant un hôtel au style victorien, Andrew travaillait sa respiration au volant de sa voiture. Son stress, aux yeux des autres, se comprenait par le simple fait qu'il s'agissait de sa première interview et qu'il allait rencontrer une célébrité, mais lui savait qu'il ne s'agissait pas de n'importe quelle célébrité. Sean Laymonth représentait son idéal, son impossible, son inaccessible. Andrew tentait tout pour évacuer son stress, il regardait le balai de voiture incessant dans la rue, les passants marchant sur les trottoirs et se parlait également à lui même dans le rétroviseur intérieur. Il répétait son introduction, comment se présenter en restant neutre, détaché, professionnel, se demandant si ce ton de voix serait le plus approprié et surtout moins évocateur. A vouloir se déstresser il ne faisait qu'empirer les choses.
Il descendit finalement de voiture et arrivé devant l'hôtel regarda sa façade impressionnante. Ce lieu propice au glamour, fut le théâtre de nombreuse déclaration. Il salua le portier et passa la porte au rebord dorée d'or fin, se dirigea vers l'accueille qui lui confirma que Sean Laymonth l'attendait déjà. Il marcha vers l'ascenseur dans lequel il indiqua au garçon d'étage le numéro auquel il fallait s'arrêter. Tout comme l'ascenseur son stress gravit différents niveaux.
- Vous allez bien, lui demanda le garçon en voyant son air palot.
- Oui, répondit Andrew avec un sourire cachant son stress.
Une fois les portes refermées derrière lui, Andrew essaya de reprendre son souffle, si le garçon d'étage pu déceler son malaise, Sean Laymonth pourrait avoir la même impression. Il chercha des yeux le numéro de chambre, une fois trouvé, il s'arrêta devant la porte et prit une profonde inspiration. Andrew sentait son cœur battre dans sa poitrine. Ce n'est qu'un acteur et rien d'autre qu'un acteur se répétait-il en vain. Avec une grande expiration, il frappa un coup et ouvra. Il referma délicatement derrière lui sans faire de bruit, un long tapis persan au fond bordeaux faisait office de chemin balisé qui le conduisit jusqu'au salon où là, il l'aperçut.
Assis dans le canapé moucheté au couleur du blé, Sean Laymonth penché en avant piochait un chocolat dans la boite disposée à son attention sur la table basse. Le voilage blanc aux fenêtres tamisait la lumière vive du soleil rendant ainsi l'endroit paisible et serein malgré une décoration marqué par les couleurs chaude du bordeaux et du blé. Il régnait dans cette chambre une atmosphère royaliste.
Dans d'autres circonstances Andrew serait resté muet, il n'aurait pas osé l'aborder, mais là il devait le faire, il en valait de son métier.
Se sentant observé Sean Laymonth regarda dans sa direction, pris en flagrant délit de gourmandise, il déposa le chocolat sur une serviette en papier.
- Betty Fisher, demanda-t-il d'un air hésitant.
La méprise fit sourire Andrew qui se détendit presque.
- Pour cela il me faudrait un nombre incalculable d'opération de chirurgie esthétique.
Cette réplique fit rire l'acteur. La rencontre commençait de manière appréciable.
- Betty a été retenue et c'est moi qui suis chargé de vous interviewer.
Andrew s'approcha et lui tendit la main tout en se présentant.
- Andrew Pryform.
- Enchanté, répondit Sean en la serrant.
Andrew constata la douceur de ses mains et la vigueur de sa poigne. Après s'être assis il entra dans le vif du sujet.
- Une nouvelle saison, un nouveau départ, qu'est-ce que vous ressentez ?
- Du stress, on pourrait croire que c'est la routine, mais non, c'est un nouveau défit. Il faut accrocher le public à chaque instant, en début, en cours et en fin de saison. Donc je suis stressé durant toute l'année, répondit Sean avec une pointe d'humour.
De son sourire transparaissait gentillesse et sincérité. Lorsqu'il répondait aux questions, son regard ne quittait pas son interlocuteur, Andrew se sentait déstabiliser, bien entendu une autre personne ne lui aurait pas fait cet effet. Gêné il avait presque le regard fuyant qui se réfugiait sur son petit bloc note.
- Vingt-cinq millions de téléspectateurs vous suivent régulièrement depuis le début de la série, ça vous fait quoi ?
- De la satisfaction et de la gêne, en fait c'est assez bizarre de se dire que l'on est autant suivit, ça fait plaisir mais ça reste bizarre malgré tout. Un bizarre bien.
Andrew eut un léger sourire à cette formulation.
- Pourquoi avoir fuit l'anonymat alors ?
Sean Laymonth fronça les sourcils avait-il bien compris la question se demandait-il.
- Pourquoi avoir fuit l'anonymat…c'est lui qui m'a quitté, les flashs et les projecteurs l'effrayaient et il est parti, et je me retrouve tout exposé à présent.
Andrew se mit à sourire avant de poursuivre.
- Comment gérez vous la célébrité ?
- En écoutant les conseils des gens qui m'entourent, famille, amis et professionnel. Le tout est de se rappeler d'où l'on vient et la célébrité se géra toute seule. Je ne me considère pas comme quelqu'un de célèbre, juste un peu connu.
- Dans quatre-vingt pays, souligna Andrew.
Sean se mit à sourire.
- Autant que ça ? Bon d'accord je suis un peu célèbre alors, murmura-t-il.
- Vous êtes placardé dans toute la ville, bientôt vous occuperez tous nos mardi soir, dans les kiosques à journaux vous faîtes la une de plusieurs magazines à la fois sans parler des contrats publicitaires, comment gérez vous cette exposition ?
Sean regardait fixement Andrew il le trouvait bien jeune et que cette chemise blanche aux allures classiques qu'il portait, avec un jean délavé, ne le vieillirait pas d'avantage. Cependant, il n'en restait pas moins impressionné par ce débutant doté d'une assurance et faisant preuve d'une certaine pertinence dans la façon de poser ses questions.
- J'évite d'y penser et de me regarder.
- Vous êtes complexé ? Vous faites pourtant parti du top "ten" des plus beaux garçons d'Hollywood.
- D'un point de vu objectif les gens me trouve à leur goût, beau, même si je n'aime pas employé ce mot en me décrivant, mais d'un point de vu subjectif il y a toujours quelque chose qui peut déplaire, même si je suis conscient que je n'ai pas à me plaindre. Ce n'est pas de la fausse modestie c'est juste que…
-…vous êtes comme tout le monde.
- Voilà, répondit Sean en pensant qu'Andrew avait lu dans ses pensées.
- Si ce n'est pas "beau", quel mot utiliserez vous pour vous décrire ?
Sean détourna, pour la première fois de l'entretien, son regard d'Andrew. Les yeux rivés sur le sol il se mit à réfléchir.
- Aucun mot qui sous entendrait mon physique. Je préfère qu'on me perçoive comme quelqu'un de gentil, d'attentionné, de drôle, de sympathique.
- Est-ce que vous l'êtes ?
- Sans trop m'avancer je dirais, oui !
Décidément pensa Andrew, ce garçon a tout pour plaire, pour lui plaire. Si seulement il pouvait être odieux, capricieux et méchant. Tout le contraire.
- Malheureusement c'est le physique que l'on voit en premier, fit Andrew, après quoi on voit l'homme. Ce qui me fait penser qu'il n'y a pas de classement sur la personnalité des célébrités. Le physique avant tout.
Sean ne répondit rien d'autre qu'un sourire.
- Vous n'êtes jamais à la une de la presse à scandale, quel est votre secret ?
Après un moment d'égarement, Andrew repris brusquement les reines de l'interview, ce qui surpris légèrement Sean.
- Être un pantouflard. C'est dans ma nature de rester chez moi, il est très rare que je sorte dans les endroits à la mode et tout ce qui va avec. Bien sûr quand je suis invité je mis rend, mais en dehors de toute manifestation je reste chez moi.
- Avec votre animal de compagnie ?
- Non, mes charentaises. Non je plaisante, je bouquine, je regarde la télé ou j'invite des amis. J'aime bien recevoir. Je me rend compte que j'aime bien resté chez moi, dit-il en rigolant.
- Agoraphobe ?
- Non, intimiste.
- Votre plus beau rôle ?
- Celui que je n'ai pas encore joué.
C'est sur cette dernière question que Andrew arrêta l'interview en remerciant Sean de lui avoir accorder du temps. Ils se serrèrent la main avant de se quitter, Sean soutenait le regard d'Andrew qui essayait de ne pas rougir.
- Je peux vous posez une question, demanda Sean.
- Oui, répondit Andrew étonné.
- Vous avez quel âge ?
- 24 ans.
Sean hocha la tête et regarda Andrew quitter la suite. Il reprit le chocolat déposé un peu plutôt et le mangea avec un sentiment étrange que l'entretien lui avait laissé.
De l'autre côté de la porte Andrew avait un sourire aux lèvres, il regarda sa main et repensa au moment où Sean Laymonth la lui avait serrée. Il ferma son poing et l'agita légèrement, il l'ouvra ensuite et regarda sa paume de nouveau. Un sourire d'excitation parcoura ses lèvres. Après quoi il se dirigea vers l'ascenseur tout enthousiaste, satisfait de ne pas avoir fait de bourde et autre désagrément de ce genre. Le garçon d'étage le trouva nettement plus détendu. En regagnant sa voiture il poussa un cri de soulagement.


De retour à l'agence de presse, il se mit à pondre l'article concernant Sean. Entre deux écrits il rêvassait revoyant Sean face à lui, le regard posé et le sourire aimable. Il lui avait fait forte impression, et paraissait exactement comme il se l'était imaginé. Il se rapprochait de l'idéal qu'il se faisait de sa moitié, un peu trop pour être vrai. Pourtant Sean tout ce qu'il y a de bien réel se classait juste dans les inaccessibles. Andrew soupira. Perdu dans ses rêveries, il ne vit pas Betty à ses côtés, essayant de suivre son regard qu'elle se doutait perdu dans le vague.
- C'est la photocopieuse qui te fait sourire ?
- Ha Betty c'est vous, j'étais perdu dans mes pensées.
Betty se mit face à lui en tenant serré contre sa poitrine un dossier rouge.
- J'ai vu ça. Alors dis moi chéri, comment c'est passé ta première interview ?
Andrew lui tendit ses prises de notes. Betty les survola en émettant des petits sons d'approbation à ses questions justes et judicieuses.
- Et ce stress ?
- Envolé. Et vous votre interview ?
- M'en parle pas, je n'ai jamais vu une personne aussi imbue d'elle-même. Et ce Sean Laymonth est-il comme on le raconte ?
Andrew détourna la tête vers Lindsay qui se battait avec le faxe.
- Il est d'une simplicité et d'une humilité, pour une première interview on ne peut pas rêver mieux.
Betty eut un sourire ravi pour lui.
- Je vois que tu t'es mis au travail, tu me le fais parvenir dès que tu auras terminé. Ensuite on attendra que le directeur de photographie de "Confidence" nous envoi les photos de Sean qu'on lui a commandé.
Betty réintégra son bureau et laissa Andrew finir l'article qu'il lui remit le lendemain matin. Il l'avait travaillé également chez lui, bien entendu après avoir parler de sa rencontre à Hallie qui avait attendu avec impatience son récit toute la journée.
Andrew lui confia ses impressions sur le caractère agréable dont Sean faisait preuve, sur sa simplicité désarmante, le recul qu'il a sur ce qu'il est et sur ce qui lui arrive. Sean lui apparaissait comme quelqu'un de drôle, réfléchis et sensible, d'après son ressentit.
Andrew ne tarissait pas d'éloge, et Hallie ponctuait son récit par des "J'en étais sûre" ou des "Je le savais". En relatant le moment passé avec Sean, Andrew se rendit compte qu'il lui serait facile d'en tomber amoureux. D'ailleurs toutes personnes sensibles à ce genre d'homme seraient susceptibles de tomber sous son charme. Mais à la différence des autres, Andrew l'avait rencontré en toute intimité professionnelle.

Au même moment de l'autre côté de la ville dans un studio photo, Sean se faisait démaquiller pendant que derrière lui des techniciens enlevaient les projecteurs et autres spots. Il remercia la maquilleuse avant d'aller rejoindre le photographe qui concentré sur son ordinateur regardait attentivement les clichés qu'il avait pris dans l'après-midi.
Mark Watson la trentaine aux tempes légèrement grisonnante portait une barde de deux jours qui lui donnait un côté séducteur. Photographe de renommé internationale il se vit confier le poste de directeur de la photographie sur la série "Confidence". Il avait photographié les plus grand, parcourut le monde durant des années et aujourd'hui avec un plaisir non dissimulé il photographiait Sean, non pas pour la première fois.
Ils débutèrent presque ensemble. Photographe, il fut responsable des premiers shooting d'un jeune dont la beauté devait s'immortaliser sur papier glacé. Il lui apporta ses conseils qui en un rien de temps firent de Sean le numéro un.
Aujourd'hui, il se rappelait ses débuts timides devant l'objectif. Que de chemins parcourus.
- Alors, lui demanda Sean en posant une tape sur son épaule avant de s'asseoir à côté de lui.
Les yeux rivés sur l'écran, un sourire admiratif, Mark contemplait son chef-d'oeuvre.
- Je dirais que tu t'en sors assez, ce n'est pas trop mal, répondit-il en lui faisant un clin d'œil.
- J'ai eu un bon professeur.
Le studio se vidait peu à peu les laissant bientôt seuls.
- Le meilleur, répondit fièrement Mark le sourire en coin.
Sean se mit à sourire à cette remarque amusée et amusante. Il regarda à son tour l'écran même si comme la plupart des gens il avait du mal à se voir en photographie.
- Je ne cesserais jamais de m'étonner sur ta beauté naturelle, tu es à peine maquillé et tu es si photogénique.
- Non, c'est l'objectif qui est excellent.
- Oui, c'est vrai tu as raison, toi il te faut une journée de maquillage pour être présentable, il n'y a qu'à Halloween que tu peux sortir sans.
Sean ne fit que sourire.
- Par contre sur certaines prises de vues, il y a quelque chose qui m'interpelle dans ton regard.
- Ah bon ?
Mark zooma sur l'une des photos.
- Tiens, celle-ci par exemple. Tu as les yeux qui pétillent si on reprend d'autres photos, celles de tes anciennes séances, il n'y a pas ces prémices de lueur, comme si quelqu'un t'avait tapé dans l'œil.
Sean se rapprocha.
- Je ne vois rien.
- Et bien moi j'y vois Andrew Pryform.
Le regard examinateur de Sean devint interrogateur.
- Andrew Pryform le mec qui m'a interviewé ?
- Oui. Tu m'as raconté ton interview en me parlant plus de l'impression qu'il t'avait faite que des questions qu'il te posait.
Sean se leva et alla prendre une bouteille d'eau, il en but une gorgée avant de revenir s'asseoir sur le strapontin.
- Je t'ai juste dit qu'il faisait jeune pour être un journaliste qu'on envoi en interview.
- Et qu'il était plein d'assurance, de pertinence et…mignon.
Sean leva les yeux au ciel.
- C'est le photographe en moi qui parle.
- A d'autre Sean, à d'autre.
L'ancien intérêt que Sean lui portait, permettait aujourd'hui à Mark de déceler son attirance et le démasquer au grand jour. Mais malheureusement pour Sean, Mark aimait les femmes, une en particulier, Mélinda, avec laquelle il est aujourd'hui marié, et père de trois enfants, Jason, Patrick et Brooke. Mark se souviendrait toujours des regards de Sean, des attentions qu'il lui portait, de ses brusques détournements de tête lorsqu'il croisait son regard contemplatif, et surtout de ce jour où Sean s'était confié à lui.
Sean devait avoir 20 ans et lui 27. Après une séance éprouvante pour un magazine de mode, Sean était venu le voir dans sa chambre d'hôtel. La température de l'île avoisinait les trente degré, la brise qui faisait chanter les cocotiers n'apaisait en rien l'air lourd et humide. L'horloge affichait vingt deux heures, la palle de la chambre, menant un combat perdu d'avance, brassait péniblement l'air chaud. Au milieu du salon face à la porte fenêtre dont les voilages dansaient avec la brise, Sean se tenait debout face à lui. Son regard plongé dans le sien, il avait commencé par décrire ce que leur rencontre professionnelle représentait pour lui, de l'estime qu'il lui portait et de cet amour qui avait grandit. A 20 ans, il se sentait pousser des ailes en sa présence, il avait toujours tout fait pour être ce que Mark attendait, d'ailleurs Mark le considérait comme son meilleur modèle. Bien qu'il savait en son for intérieur qu'il allait droit à la déception, il tenait à faire cette déclaration en espérant malgré tout qu'un miracle se produise. Mark fut touché par tous ses mots, mais ne pouvait répondre aux attentes de son cœur. A défaut d'avoir trouvé en Mark l'amour, il avait trouvé un remarquable ami, voir un frère.
- Je dirais juste que j'ai été troublé, avoua finalement Sean.
- Et tu crois que lui…?
- Je ne sais pas, mais ce n'est qu'un trouble, peut-être que la prochaine fois que je le verrais il n'y en aura pas.
Mark lui donna une tape dans le dos.
- Eh bien débrouille toi pour qu'il t'interviewe de nouveau et on sera fixé.

3

Quelques jours après la remise de son article, Betty vint apporter à Andrew une copie de la mise en page, photographies incluses.
- Tiens chéri, voilà le résultat de ton travail, lui dit-elle en lui tendant le papier glacé.
Andrew le prit et le regarda dans un premier temps dans sa globalité avant de l'ausculter point par point. Le titre en lettre capitale de couleur bleue, l'introduction idem, le tout sur un fond blanc. Seule la police du texte principale se retrouvait en noir.
Survolant ses écrits, il s'attarda légèrement sur les clichés accompagnant l'article. Au nombre de trois, ils mettaient en avant la beauté indéniable de Sean. La série de photos comprenait un mini portrait de face, un plan américain où il posait de trois quarts le regard perdu dans le vide, et la troisième photo de plein pied, le mettait en scène assis dans un strapontin avec un sourire digne des meilleurs pubs de dentifrice.
- Y a pas à dire, il est gâté par la nature ce Sean Laymonth ! s'exclama Betty.
Andrew ne répondit rien, il n'y avait rien à répondre. Allez dans son sens n'allait lui être d'aucun apport et la contredire le ferait passer pour quelqu'un de jaloux.
Elle permit à Andrew de garder cette copie et lui suggéra de la garder précieusement sous verre, elle en avait fait de même pour son premier article portant sur la déforestation.
Avant d'atterrir dans le monde des strasses et des paillettes, la carrière de Betty s'orientait sur les grands maux de ce monde. Sa reconversion fut des plus inattendu pour le monde professionnel et son entourage proche. Lasse de ne pouvoir supporter d'avantage la misère, elle effectua dans ses choix journalistique un virage à 180 degré. Bien que la défense de la planète soit l'une de ses grandes causes personnelle, elle aspirait à autre chose. Aujourd'hui, son combat consistait à mettre en avant joie et divertissement. Les prises de conscience, elle les laissait à d'autres.
Andrew rapporta l'article chez lui, le soir même l'exclusivité de sa lecture et du fantasme qu'il pouvait procurer revenait à Hallie.
Décrit sans trahir la vérité et photographié sans artifices exceptionnels, Sean apparaissait sur ce bout de papier comme le garçon idéal. Hallie, tout simplement en extase, bavait littéralement sur les photos.
- Regarde moi ses yeux, ce sourire, soupira-t-elle.
Andrew grignotait des chips en buvant un soda. La vue d'Hallie ébahit le faisait sourire. Depuis qu'il la connaissait voilà bientôt trois mois, il ne l'avait jamais vu avec un garçon. Comment cette fille particulièrement jolie, brillante, et propriétaire d'un magasin à son nom, pouvait se retrouver seule ? Par choix ? Non. La réponse se trouvait dans son enfance. Victime d'une surcharge pondérale, Hallie fut l'objet de nombreuses railleries au cours de sa vie d'enfant. A l'adolescence, les garçons marquèrent la différence, voir leur indifférence. Depuis le cours préparatoire jusqu'à la fin du lycée, Hallie ne s'appelait plus par son nom de baptême, mais la "grosse". Elle pouvait feindre l'indifférence comme celle qu'on lui portait, les mots la blessaient. Aujourd'hui, son potentiel de séduction et sa confiance en elle se retrouvaient amoindris et enterrés sous la couche terrestre. L'idée que les gens puissent la trouver jolie s'apparentait à une insulte. Quand ils regardaient dans sa direction, elle disait qu'ils regardaient toujours Andrew ou la personne juste derrière. Andrew essayait tant bien que mal de lui faire changer d'avis, mais Hallie l'envoyait valser.

Un soir de la fin du mois de septembre, Hallie contemplait de nouveau Sean mais cette fois à la télévision. Téléphone et sonnette débranché, Hallie et Andrew pouvaient s'adonner à se qu'ils préféraient dans le canapé du salon d'Andrew.
La lumière tamisée, les yeux scotchés sur l'écran de télévision, leurs bavardages cessèrent brusquement avec le lancement du premier épisode de la troisième saison de "Confidence". Durant la diffusion de l'épisode aucune mouche ne volait. La pièce plongée dans un silence de cathédrale, ne recouvrait vie qu'au moment de la coupure publicitaire. Les échanges fusèrent pendant une dizaine de minute, ils concernaient la fin du suspens que leur avait laissé le dernier épisode de la deuxième saison, le changement des images au générique et surtout l'incroyable Sean Laymonth. Ils se refermèrent dans un mutisme presque synchronique à la fin de la plage publicitaire. Ce n'est qu'après la fin de l'épisode tant attendu qu'ils reprirent leur vie.
- Vivement la semaine prochaine, s'écria Hallie.
Andrew hocha la tête en signe d'approbation, il se leva et alla chercher un pot de glace dans le réfrigérateur. Son appartement identique à celui d'Hallie agencement parlant se différenciait par la décoration et les couleurs, rouge, chocolat et gris pour l'essentiel.
Tout en partageant le pot de glace sur le sofa, Hallie revenait sur l'incroyable chance qu'Andrew avait eue en interviewant Sean Laymonth, elle regretta pour un moment de ne pas avoir fait journalisme. Elle ne cessait de lui répéter au combien il devait s'estimer chanceux, qu'à sa place elle en aurait certainement profité et lui reprocha aussi de ne pas lui avoir demander un autographe.
- J'avais peur de faire trop groupie.
- T'aurais du lui dire que c'était pour une amie, pour moi, il aurait marqué "à ma tendre Hallie l'amour de ma vie que je ne connais pas encore".
Andrew se mit à sourire, Hallie s'évadait une fois de plus dans ses délires où le petit ami imaginaire fleurissait comme les roses au printemps. Les seuls petits amis qu'elle eut dans sa vie étaient ceux des histoires qu'elle se racontait le soir avant de s'endormir, afin de se sentir moins seule.
Bien sûre elle avait eu des histoires, mais de maternelle.
- C'est promis la prochaine fois que je serais amené à faire un papier sur lui, je lui demanderais un autographe.
- T'as intérêt sinon je lui dirais que tu craques sur lui.
- Tu le connais même pas, répondit Andrew d'un air moqueusement dédaigneux.
Hallie s'offusqua presque.
- Fais ton malin, en me rappelant en agissant comme tu le fais que tu lui as déjà parler.
Elle croisa les bras et tourna la tête jouant ainsi les filles boudeuses.
Andrew ne pouvait pas s'empêcher de rire.
- Je lui dirais comme tu es méchant avec moi.
- Et il me donnera raison.
Hallie reprit son sérieux.
- C'est le genre de conversation, qui pourrait prouver au psy que je n'ai pas, que je vis dans un monde imaginaire.
- Et qui t'empêche d'avoir un petit ami dans la vraie vie, souligna Andrew.
- Tu peux toujours causer, t'es pas mieux lotie, t'es célibataire comme moi, tu trouves pas de garçon comme moi, bref ta vie sentimentale c'est la mienne.
Andrew haussa les épaules.
- Oui, mais moi j'ai rencontré Sean Laymonth.
Hallie lui balança un coussin à la tête.

Un matin du mois de novembre marchant dans le quartier de son lieu de travail, Andrew alla se rendre au kiosque à journaux afin d'acheter le mensuel dans lequel il avait posé incontestablement sa griffe. Il régla son achat, fit un sourire à la vendeuse avant de s'en aller quelques mètres plus loin où il ouvrit le magazine à la page de son article. Un sourire de fierté illumina d'abord son visage avant qu'il ne s'emplisse de tendresse en regardant le portrait de Sean.
Le magazine sous le bras, il se rendit au bureau, croisa Stuart qui lui demanda d'un signe de tête s'il s'agissait du magazine. Andrew le lui donna avant de disparaître vers l'ascenseur. Sa journée commençait de la plus belle des manières.
Arrivé au cinquième, il salua Lindsay et se dirigea à son bureau où il se posa toujours le sourire aux lèvres. Il alluma son poste et commença par consulter son email professionnel. Pas moins de dix messages. Surpris il les ouvrit les uns après les autres. Tous provenaient de fan de Sean Laymonth. L'esprit considérablement le même variait dans sa forme. Pour l'essentiel des messages de remerciement pour une interview et une prose qui décrivait d'une manière différente et sincère l'acteur qu'ils portaient dans leur cœur. Andrew touché par ses quelques mots, ne pensait pas recevoir de tels échos pour son article. Décidément la journée débutait de la meilleure des façons.
Mais au milieu de la matinée, un problème informatique survint et affecta les postes du cinquième étage, contraint de devoir quitter les lieux, il fit un détour par chez lui prit son portable et établit son nouveau lieu de travail dans la pâtisserie située à trois rue de l'agence de presse. Il en informa Lindsay par téléphone.
Une part de gâteau au chocolat entamé posée devant lui, Andrew tapait sur son clavier, concentré il ne voyait pas l'environnement qui l'entourait. Par moment, il revenait à la réalité grâce aux odeurs des pâtisseries qui cuisaient dans l'arrière boutique. Entre deux paragraphes, il savourait le moelleux de son gâteau. Il se voyait bien travailler ici tous les jours. Il salivait rien qu'en levant les yeux de temps à autre vers la vitrine où se trouvaient exposées des douceurs aussi tentantes les unes que les autres. La vendeuse coiffée d'une toque lui souriait en voyant son regard d'enfant ayant atterrit au paradis de la pâtisserie. L'établissement portait bien son nom : "Le jardin des douceurs".
Le bruit de la clochette signalant l'entrée ou la sortie d'un client se fit entendre une nouvelle fois, Andrew resta concentré sur son écran, les cinq premières fois où il l'avait entendu il avait levé la tête, mais après il s'y était abstenu. Ce nouveau tintement signalait une entrée. Le bruit des pas se dirigeant vers lui ne lui tira pas non plus la tête de son ordinateur.
- Betty Fisher ?
Cette unique question ramena Andrew à la surface. Il leva la tête et n'en croyait pas ses yeux, devant lui se tenait Sean Laymonth, un blouson marron sur le dos dont la poche frontale gauche laissait deviner ses lunettes solaires qu'il venait tout juste de ranger.
Après de longues secondes de silence et de regards médusés, Andrew décocha quelques mots.
- Je ne me suis pas encore fais opérer.
Son sourire invita Sean à prendre place.
- Je suis passé à ton travail, mais tu n'y étais pas et s'est Lyndsay qui m'a dit que tu te trouvais ici.
Lyndsay, pourquoi ne m'a-t-elle pas prévenu se demanda intérieurement Andrew.
- Tu es occupé, lui demanda Sean en portant ses yeux, sur son portable ouvert devant lui.
Andrew suivit son regard et le répondit par la négative, et abaissa aussitôt l'écran. Il ne voulait surtout pas que Sean puisse se reconnaître en papier peint du bureau.
- Hum, fit Sean en regardant l'assiette posée sur la petite table ronde, ça à l'air d'être délicieux.
Andrew resta muet comme une carpe, il n'en revenait toujours pas d'avoir Sean à sa table et qu'il soit si familier à son égard.
- J'ai lu ce que tu as écris sur moi.
Voilà la raison de sa présence ici, pensa Andrew, à coup sûr il n'aimait pas.
- C'est la première fois que je me reconnais aussi bien dans un article.
Andrew eut un sourire radieux, son sujet d'interview le complimentait.
- Merci, répondit-il timidement.
- Tu es doué pour ton jeune âge. Tu as retranscris tout comme ça s'est déroulé. Et les à côtés me font dire que tu m'as percé à jour.
Andrew rougissait presque, était-ce du aux compliments ou simplement à Sean ?
En avant, les coudes posés sur la table Sean ne le quittait pas du regard. Le tee-shirt à la mode qu'il portait ne laissait pas penser qu'Andrew se comptait parmi les journalistes prometteurs. Sean trouva son regard d'une candeur qu'il n'avait pas vu jusque là. Il lui paraissait différent, loin du Andrew plein d'assurance et questionneur qu'il avait découvert lors de leur bref entretien.
Assis à cette table, Andrew semblait timide et il l'était effectivement. Son cœur battait dans sa poitrine, il battait pour Sean qui n'en avait pas la moindre idée. Ses jambes flageolaient sous la table quand il n'arrivait plus à les contrôler, une boule roulait dans sa gorge et des papillons au ventre voulaient sortir à tout prix.
La vendeuse traversa la salle et s'approcha d'eux, elle s'excusa de les interrompre avant de prendre la commande de Sean, mais ce dernier expliqua qu'il n'avait pas vraiment faim. Andrew attendit le départ de la serveuse, dont les rayures du tablier rappelaient la couleur rouge des sucres d'orges, pour s'exprimer.
- Pourtant tu semblais avoir faim en regardant mon assiette.
Sean haussa les sourcils.
- Effectivement, mais je n'ai pas le droit de manger ce genre de délices.
Le regard interrogateur d'Andrew le fit poursuivre.
- Mon contrat m'interdit de prendre du poids, c'est la dure réalité du métier. Les producteurs ayant vu trop d'acteur d'autres séries prendre des kilos de saison en saison, ont cru bon de faire stipuler dans nos contrats une clause spéciale.
Sean avait beau tenir son discours qu'il avait les yeux rivés sur la part de gâteau, ce qui n'échappa pas à Andrew qui eut un léger sourire.
- Tu peux peut-être en goûter juste un bout ?
- Ce ne serait pas bien, fit Sean en balançant la tête, mais comme tu insistes.
Aussitôt Sean s'empara de la fourchette et pris un bout qu'il porta à sa bouche sous le regard amusé d'Andrew. Il poussa des petits gémissements de délectation avant de soupirer.
- Il est vraiment bon.
- Prends en un autre, fit Andrew.
- Non ce ne serait pas bien, répondit Sean, mais la fourchette à la main il découpa un autre morceau.
Après qu'il eut redéposer la fourchette dans l'assiette, Andrew ramena celle-ci vers lui.
- Honore ton contrat, fit-il comme commentaire en gardant jalousement le gâteau devant lui.
Sean se mit à rire.
- Dis plutôt que tu n'es pas très partageur.
- Seulement quand il s'agit de dessert et…d'amour.
Andrew n'en revenait pas de ce qu'il venait de dire.
- Fidèle, fin gourmet, journaliste talentueux, toutes les bonnes fées se sont penchées sur ton berceau.
Andrew ne répondit rien, et ne fit que sourire bêtement.
Sean jeta un œil à sa montre, il devait se rendre aux studios, il remercia encore une fois Andrew pour son article.
Il mit ses lunettes, et se dirigea vers la sortie quand il fit soudain demi-tour.
- Au fait merci pour le bout de gâteau, dit-il en levant ses lunettes solaires juste au dessus de ses sourcils.
- Y a pas de quoi.
- C'est notre secret, fit Sean en lui faisant un clin d'œil.
Andrew le regarda partir, il venait de vivre un moment magique. Tellement magique qu'il se sentit obligé de le partager. Il ramassa ses affaires et sorti avec empressement du café, sauta dans sa voiture et conduisit en direction de l'atelier d'Hallie. Cette rencontre relevait du surnaturelle.
Située au centre ville, la boutique d'Hallie avait une devanture au brique bleu turquoise, ce qui faisait qu'elle ne pouvait passer inaperçue. Dans la vitrine des mannequins de cire dévoilaient ses créations.
Andrew poussa la porte, Hallie occupée avec une cliente, lui fit un petit signe. Il alla vers la caisse enregistreuse et s'assit sur le tabouret en patientant. Après quelques instants, la cliente d'une vingtaine d'année s'en alla avec dans une main un sac papier au nom du magasin : Hallie's Clothes.
- T'es pas sensé être au boulot ?
- Si, mais y a une panne sur mon poste et j'ai du travailler à l'extérieur.
Hallie pliait des gilets avant de les déposer sur les présentoirs.
- T'aurais du venir au magasin.
- J'y ai pensé, mais si j'étais venu je n'aurais pas rencontré Sean Laymonth.
Hallie s'arrêta aussi sec et leva la tête.
- Tu as quoi ?
- Rencontré Sean Laymonth.
A la prononciation de son nom, Hallie eut un sourire jusqu'aux oreilles.
- C'est pas vrai ! ?
- Si, j'étais à la pâtisserie qui se trouve à quelques rues du bureau, tranquillement en train d'écrire…
- Abrège, intervient-elle.
Andrew se mit à sourire.
- Le ciel était d'un bleu comme j'en avais rarement vu…
- Abrège, je te dis.
- Bon d'accord. Badaboum il est apparu devant moi, il voulait me parler de mon article, me féliciter en quelques sortes, il a mangé un morceau de mon gâteau…
Hallie l'arrêta dans son récit.
- Il a quoi ?
- Mangé un morceau de mon gâteau.
- Pitié, dis moi que ce n'est pas une métaphore que tu emplois pour me dire que toi et lui vous avez…dit Hallie en fermant les yeux comme si elle espérait quelque chose, à l'image d'une enfant qui espérait faire disparaître le monstre au pied de son lit lorsqu'elle les rouvrirait enfin.
- Mais qu'est-ce que tu vas imaginer ?!
Hallie eut un soupire de soulagement et s'appuya sur l'étagère.
- Et ensuite, demanda-t-elle.
- Il est parti.
- Comment il était habillé, est-ce qu'il était beau ?
Andrew réfléchit un instant.
- Je crois qu'il portait une veste marron ou un blouson, sous lequel il portait un tee-shirt vert profond et avec ça un jean délavé.
- Il devait être beau.
- A un moment il a mit ses lunettes de soleil, on aurait dit une star, souligna Andrew en rigolant.
- C'est une star Andrew, c'est une star !
- Oui, je sais très bien, mais c'est l'effet que ça m'a fait.
Cette histoire donna soif à Hallie, ils se rendirent dans l'arrière boutique où se trouvait entreposée une table à dessin et un bureau sur lequel trônait une machine à coudre. Hallie était la seule à s'en servir pour des pièces extrêmement importante, le reste de sa collection elle le donnait à faire à l'atelier de couture chinois à deux rues d'ici.
Elle prit deux bouteilles d'eau dans le mini réfrigérateur.
- T'as une veine incroyable, constata-t-elle après une gorgée.
- Je ne m'y attendais pas, et personne ne m'a prévenu, même pas Lyndsay.
Andrew apprendra plus tard qu'après l'appel de Sean il y a eu d'autre problème d'ordre informatique au cinquième, et que Lyndsay tellement débordé avait oublié son appel.
- Je crois que je vais plus te lâcher d'une semelle, lança Hallie.
- C'était peut-être la dernière fois que je le voyais.
- Tu ne l'as pas vu, il est venu à ta rencontre, il y a une nuance. Et puis tu sais ce qu'on dit : "Jamais deux sans trois", alors la troisième fois je serais là.
Hallie se posa devant sa table à dessin, et regardait d'un œil critique son croquis avant de prendre un crayon de couleur.
- Je doute fort que je puisse t'emmener à une prochaine interview si jamais il y en a une, l'informa Andrew en s'avançant vers elle.
- Je te fais confiance. Au fait, tu lui as demandé un autographe ?
Face au silence d'Andrew, Hallie arrêta de crayonner.
- Oups.
- Comment ça "oups" ? C'est pas si compliqué que ça.
- L'occasion s'est pas présentée, répondit Andrew en se penchant vers la planche à dessin, c'est très joli.
Hallie masqua le croquis de sa main.
- Ne change pas de sujet. Ce n'est pas en me flattant que j'oublierais que tu essayes de te mettre entre mon petit ami imaginaire et moi.
- Je n'essaye pas de me mettre entre vous, c'est juste que j'arrive pas à le lui demander, ça ferait presque déplacé. Ça me gêne.
Bras croisé, Hallie le fusillait du regard.
- Si déjà tu n'arrives pas à lui demander un autographe, j'ai peu de chance que tu m'imposes lors d'une prochaine interview.
Elle le regarda silencieusement des pieds à la tête.
- T'essaierais pas de me piquer mon petit ami imaginaire au moins ?
- C'est aussi le mien.
- Il était le mien avant toi.
- Il doit l'être à d'autres millions personnes aussi.
Un sourire machiavélique habita les lèvres d'Hallie.
- Oui, mais ces millions de personnes n'ont pas la chance que nous avons de l'avoir rencontré. Toi pour de vrai et moi par procuration. Ce qui fait de nous ses prétendants petits amis imaginaires en haut de la liste.
Andrew se mit à rire, Hallie maîtrisait l'art de tourner les situations en leur faveur. Il n'osa pas imaginer ce qu'elle aurait fait à sa place.
Il resta avec elle jusqu'en fin d'après-midi, il s'était fait de la place à côté la machine à coudre. Hallie lui avait raconté les longues soirées passées devant celle-ci à coudre la robe d'une future mariée qui lui avait conté sa rencontre avec son bel italien, son envie de devenir son épouse et la mère de ses enfants. La jeune mariée qui due passée par tant d'épreuve avant cette rencontre, lui avait confié que sa foie en l'amour avait finit par mettre la bonne personne sur son chemin. Hallie pensa alors que tout n'était pas perdu, qu'un jour elle aussi rencontrerait la bonne personne sur les chemins hasardeux de la vie.
Depuis, elle disait souvent que la bonne personne avançait sur le même chemin que le sien, une même ligne droite semée d'embûche qu'ils devaient traverser pour pouvoir continuer les milliards de kilomètres qui les séparaient, leur route devait être simplement un peu plus longue et obstruée que celle des autres.
De retour au bureau où tout était redevenu à la normale, Andrew enregistrait sur son poste son travail de la journée lorsque Betty l'appela dans son bureau. Ensemble, ils dressèrent le planning des rendez-vous pour la prochaine parution.
- Au vu des dernières audiences de "Confidence", il a été décidé que serait fait un reportage sur les coulisses de la série, bien entendu, c'est toi Andrew qui en aura la charge. Aucune ligne directrice ne t'ai imposé, il semblerait qu'en haut lieu ton travail soit apprécié, ils te laissent donc carte blanche. Chéri fait ce que tu fais de mieux.
- C'est vrai ?
Betty le regarda avec un léger sourire, Andrew la rappelait à ses débuts, elle aussi avait du mal à croire ce qu'on lui disait.
- On ne limite pas le talent. D'ailleurs c'est Big Boss qui t'a mentionné.
- Incroyable !
- Et pourtant. En ce qui me concerne, moi j'irais sur le tournage du dernier Richard Bronx, un film d'action avec que des têtes d'affiches. J'adore mon job.
Andrew adorait également le sien, surtout le fait qu'il n'arrêtait pas d'être en rapport de près ou de loin avec le beau Sean Laymonth. Ce reportage allait encore être une occasion de le voir, peut-être avec un peu de chance de lui parler à nouveau et d'essayer de lui demander le fameux autographe qu'Hallie réclamait.
Le soir même il l'informa de sa future mission professionnelle. À la différence de Big Boss elle le bombarda de directive, afin qu'il n'oublie pas ce pourquoi il allait le voir. Un nouvel échec ne serait apprécié et se verrait sévèrement sanctionné.

4

Arrivé aux barrières des studios, Andrew dû satisfaire au protocole des laissez-passer en déclinant son identité au garde qui vérifia sur sa liste son inscription après quoi, il lui remit un badge portant la mention de journaliste. Le gardien d'une quarantaine d'année lui indiqua le parking réservé aux visiteurs de son genre et, lui fit un exposé sur le chemin qu'il lui fallait emprunter pour arriver au studio 17.
Arrivé devant le studio, Andrew dû de nouveau satisfaire au contrôle d'identité après quoi le gardien lui ouvrit les portes.
Enthousiaste et intimidé à la fois, il prit une profonde inspiration avant d'y pénétrer. L'endroit, immense, grouillait telle une fourmilière, des gens en pleine effervescence dans tous les coins. Devant lui se dressaient plusieurs plateaux en contre plaqué. Les décors de véritable "trompe l'œil" devaient coûter cher.
Andrew avait le regard d'un enfant qui découvrait ses jouets au lendemain du réveillon. Il s'avançait un peu au hasard et fut assez vite abordé par la personne chargé de la communication, Miranda Bekker, grande blonde aux cheveux cours.
- Vous devez être Andrew Pryform.
- En effet.
- Je suis Miranda Bekker, attaché à la communication sur cette série. Je serais votre guide pour aujourd'hui enfin, le temps que vous vous y retrouveriez.
- C'est tellement immense que j'en aurais bien besoin.
Miranda lui fit visité avant tout la salle où se réunissait l'équipe des scénaristes en charge de l'écriture des scénarios, cette même salle faisait office de " table de lecture" autour de laquelle les acteurs répétaient leur texte en présence des réalisateurs afin de voir l'écoulement de celui-ci, et de la justesse des répliques.
Elle l'emmena ensuite sur les différents plateaux, en commençant par celui de la boutique de fleurs où travaillait le personnage de Kathleen, la petite amie de Todd, le personnage interprété par Sean. Après être passé par celui du commissariat, du bureau d'avocat, de la librairie, ils arrivèrent enfin aux plateaux des appartements des héros. C'est justement ici que le plus gros des scènes de la journée allait être tourné.
Dans ce coin du grand hangar, il y régnait le plus grand des silences, Sean et sa partenaire à l'écran jouaient une de leur scène : Kathleen et Todd la demande en fiançailles.
Sur les écrans de contrôles placés en bout de plateau, Andrew assistait en exclusivité à la demande que les téléspectateurs attendaient depuis le début de la série.
Il se sentait privilégié, les yeux allant de l'écran au plateau, il regardait avec attention Sean en pleine action. Son texte terminé, le metteur en scène intervint pour mettre fin à la scène. Dans la boîte, elle permettait d'annoncer dix minutes de pause.
Sean avait l'habitude de terminer ses scènes en appliquant une main sur l'épaule de son partenaire de jeu, mais comme il s'agissait de Cassie il ne le fit pas. En portant son regard vers l'équipe technique, il aperçut Andrew à côté des écrans, il lui fit un signe avant de venir à sa rencontre.
- Ça fait longtemps que tu es là, lui demanda-t-il.
- Depuis le début de ta tirade jusqu'au clap de fin.
Les mains dans les poches, Sean hocha la tête.
- Tu penses que le public va aimer ?
- C'était magnifique et votre jeu des plus sincères. On croit vraiment en votre couple.
Un sourire pour réponse, il se dirigea vers la table des boissons, Andrew le suivit instinctivement. Il se servit un verre d'eau et en proposa un à Andrew qui refusa poliment.
- La magie de la télévision permet la crédibilité du couple "Todd et Kathleen". Bref, tu es là pour un reportage sur les coulisses de la série, c'est ça ?
- Oui, d'ailleurs ce que tu viens de me dire est important et figurera certainement dans mon article.
- Je ne savais pas que l'enquête avait déjà commencé. Heureusement que je n'ai pas dis de chose compromettante.
- A ton sujet ou à son sujet…ou bien à votre sujet ?
Sean se mit à sourire, mais il le perdit aussitôt quand son regard croisa Cassie.
Jeune actrice de toute beauté, brune aux yeux verts, son physique angélique lui donnait le bon dieu sans confession. Certes une belle plante, Cassie n'en était pas moins vénéneuse. Ses frasques et sa mauvaise humeur faisaient les choux gras de la presse à scandale, Andrew n'en ignorait pas un seul fait.
- Aucun scoop de ce côté, lâcha Sean, et puis ce n'est pas ton rayon. Il marqua une pause avant de reprendre. Tu es le seul journaliste à ne pas avoir aborder ma vie sentimentale.
Andrew chassait de ses pensées cette fameuse question que tant d'autre à sa place aurait posée. Il la garda pour lui, car il avait peur de la lui poser. Connaissant ses sentiments pour Sean, il craignait que cette question sonne de manière un peu trop subjective avec pour seule intonation une proposition de flirt.
- La vie privée des acteurs n'est pas ma tasse de thé, se justifia Andrew en mentant effrontément.
Les conversations avec Hallie tournant autour de la vie amoureuse des célébrités se faisaient à chaque début de semaine. Hallie friande des frasques amoureuses des peoples, restait inconsolable quant à la séparation de Brad et Jennifer. D'ailleurs, au travers de ces conversations ils avaient remarqués que bizarrement, il n'y avait aucune histoire au sujet de Sean Laymonth, comme s'il n'avait aucune vie amoureuse. Du moins il l'a cachait bien. Ce manque d'information amplifiait l'imaginaire d'Hallie. Aucune personne ne se dressait entre elle et son petit ami imaginaire.
- Quelqu'un avec une éthique, le complimenta Sean.
Andrew ne pouvait le laisser aller plus loin.
- Non, d'hypocrite. La vérité c'est que je laisse aux autres le soin de demander.
Sean éclata de rire.
Andrew le trouva irrésistible à cet instant et en oubliait la raison de sa présence.
- J'en conclu que tu attendras ma prochaine interview par un de tes confrères pour savoir si je suis célibataire.
- Tu as tout compris.
Au loin le metteur en scène munit d'un porte voix appela les acteurs pour le tournage de la prochaine scène, Sean faisait parti du lot.
- J'ai été ravis de te revoir, fit-il avant de partir.
- Moi aussi. Avant que tu ne partes, j'ai quelque chose à te demander.
Sean pensa à cet instant que sa question concernerait sa vie amoureuse.
- Je t'écoute.
- Je voulais savoir si…tu pouvais me signer un autographe pour mon amie.
Sean cacha sa déception et s'exécuta, il prit le stylo et la feuille de papier qu'Andrew lui tendait.
- Elle s'appelle comment ?
- Hallie.
- C'est ta petite amie Hallie, demanda-t-il à Andrew en écrivant le mot.
- Non, ce n'est qu'une amie.
A cette réponse Sean ne pouvait cacher sa joie, discrète, mais bien présente. Il regagna le plateau sous le regard d'Andrew qui n'avait qu'une question sur les lèvres, mais qui n'avait pas pu sortir : "Est-ce que tu es célibataire ?"
Andrew continua le reste de la journée à interroger les personnes du staff technique, des scénaristes et certains des acteurs. Tout en effectuant consciencieusement son travail, il gardait toujours un œil sur Sean. Bien qu'indécelable, Mark le directeur de la photographie et ancien amour déçu de Sean démasqua son petit manège.
Après avoir observé et suivit plusieurs fois le point de regard d'Andrew, l'évidence lui sauta aux yeux. Ce garçon semblait être attiré. Andrew ne portait aucun de ces coups d'œil pour les autres acteurs ou n'importe quelle autre personne du plateau. Il se rappela aussitôt sa conversation avec Sean au sujet de l'interview rondement menée par Andrew. Persuadé que son meilleur ami en pinçait pour ce jeune journaliste, du moins pas indifférent, Mark alla voir Sean qui bavardait avec la styliste de la série.
- Je peux te voir instant, les interrompit-il.
Sean et la styliste décidèrent de continuer leur discussion plus tard.
Mark se dirigea vers un coin isolé du plateau à l'abri des oreilles indiscrètes. Sean le suivait un peu étonné, il ne l'avait jamais vu aussi mystérieux.
- Je t'écoute.
Mark regarda autour de lui avant de parler.
- Le journaliste qui est présent aujourd'hui c'est bien celui qui t'a interviewé ?
Sean opina du chef.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Ce n'est pas un secret pour toi et moi que tu l'aimes bien.
- Oui je l'aime bien, mais je ne vois toujours pas où tu veux en venir.
Mark regarda en direction d'Andrew en pleine discussion avec Cassie Cunningham l'interprète de Kathleen.
- Je ne crois pas me tromper en te disant qu'il t'aime bien lui aussi.
- Hein ?
Mark leva les yeux au ciel, ce qu'il venait de dire ne relevait pas d'un dialecte ancien. Mais connaissant Sean et sa nature de ne pas voir ce genre de signe, il ne se formalisa pas et expliqua plus clairement sa vision des choses.
- Tu étais peut-être trop absorbé par ton travail, mais notre cher Andrew ici présent était absorbé par toi. Au début je pensais que ce n'était qu'un regard comme ça, mais après la succession qu'il y a eu, je me suis dit qu'il est fort probable qu'il en pinçait pour toi.
Sean un peu dubitatif, espérait néanmoins qu'il dise vrai.
- C'est peut-être un fan, répliqua-t-il en ramenant les choses dans un contexte plus terre à terre.
- Je ne trouve pas qu'il est l'attitude d'un fan normal. Il n'a pas le regard plein d'admiration et ne te tend pas un stylo et une feuille de papier.
Sean tapota le script qu'il avait en main sur l'épaule de Mark.
- Pourtant c'est ce qu'il a fait tout à l'heure.
- Et c'était pour lui, demanda Mark étonné.
- Non, pour sa voisine et amie Hallie.
Mark se sentit triomphant.
- Tu vois, je ne me trompe pas, ce mec s'intéresse à toi.
Sean se tourna en direction d'Andrew qui se tourna en même temps que lui, leurs regards se croisèrent. Sean lui fit un signe de la tête et Andrew lui fit un sourire, après quoi il alla à la rencontre d'une autre personne.
- Tu vois, je ne me suis pas trompé. C'est un sourire qui en dit long, une vraie pub pour la Saint Valentin.
Sean tapota de nouveau Mark.
- Arrête de te fiche de moi. Mais ton œil de photographe m'est d'une grande aide sur ce coup là.
- A toi de faire le reste.
A moi de faire le reste songea Sean intérieurement. Mais comment ? Son métier ne lui laissait pas une minute à lui, les tournages se terminaient en majorité vers dix heures du soir. Le seul jour où il ne travaillait pas c'était le dimanche et encore, parfois le retard pris en semaine à cause d'un problème technique ou d'un autre impondérable faisait qu'ils étaient sur le pied guerre en ce jour dominical. Il songea à ses pauses déjeuner, mais étant dans le quartier de Culver City et Andrew travaillant à l'autre bout de la ville, le tout rajouté à la circulation des sorties de midi, se retrouver pour manger un morceau relevait de l'impossible. Il y aurait bien les interviews, mais le magazine pour lequel Andrew travaillait n'allait pas faire un papier sur lui tous les mois. Et puis, le côté professionnel de ce genre d'exercice n'allait pas aider au déballage d'intention et de sentiment. Comment se martelait-il. Soudain il repensa à sa conversation avec Sasha la styliste. Ils discutaient à propos de la soirée d'avant les fêtes qu'organisait le network sur lequel "Confidence" officiait. Il vit en cette soirée une occasion de faire plus ample connaissance avec Andrew. Cela n'aurait rien de formel, un endroit rempli de monde se retrouvant pour faire la fête, pas l'ombre d'un soupçon de premier rendez-vous. Mais comment inviter Andrew ? Il lui fallait être habile, il fallait que cela paraisse des plus normal, mais à la fois avec une touche de subtilité sur ses véritables intentions. L'appel du metteur en scène l'arrêta dans sa réflexion.
A la pause déjeuner vers treize heure, Sean aperçut Andrew encore présent, il laissa son partenaire prendre la direction de la cantine des studios et alla à sa rencontre.
- Tu es encore là ?
- Oui, en fait j'ai un passe valable jusqu'à la fin du tournage histoire de m'imprégner de l'ambiance jusqu'au dernier moment. D'ailleurs d'après le planning, il est prévu de tourner jusqu'à vingt-deux heures !
Andrew ne s'attendait pas à une si longue journée de travail, mais cela n'était pas vraiment une corvée. Etre au cœur de l'industrie "Confidence" ressemblait à un cadeau de la providence. Et puis apercevoir Sean valait bien des sacrifices.
- Tu as déjà déjeuner, lui demanda Sean.
- Non, j'y allais justement.
- Je connais…
Sean n'eut même pas le temps de continuer sa phrase que Cassie l'interpella de loin. Il se retourna et la vit s'avancer vers lui.
- Sean, les scénaristes veulent nous voir et on doit déjeuner à la table de lecture. Il y a une modification de dernière minute qu'il faut absolument régler avant la reprise du tournage, dit-elle sur un ton agacé. Et grouille toi, ordonna-t-elle avant de tourner les talons.
Stupéfait par son intervention, Andrew pensa à tout ce qu'il avait pu lire dans la presse à son sujet. Pour une fois la presse disait vrai.
- Bon et bien je dois y aller, fit Sean embarrassé pour Andrew.
A la prochaine, cette phrase repassa en boucle dans la tête d'Andrew qui perché sur son petit nuage montait un peu plus dans les cieux.
- Faut que j'arrête de me faire des idées, dit-il en redescendant.
Dans l'après-midi, il reçu un appel de Betty qui venait aux nouvelles. Tout se passait mieux que bien, les gens sympathiques se prêtaient à l'exercice, aussi bien qu'il ne voyait pas les heures passées.
Le clap de fin de tournage sonna les vingt-deux heures trente. L'équipe exténuée, les plateaux s'éteignirent les uns après les autres. Andrew gravait en lui cette incroyable journée. Il regarda la fourmilière se vider peu à peu.
Sortant de sa loge dans une robe noire des plus mini, Cassie parée de lunettes teintées qui lui bouffaient la moitié du visage passa à côté d'Andrew dans une démarche digne d'un top model. Le pas décidé et raisonnant, elle ondulait ses hanches qui battaient de gauche à droite et de droite à gauche comme si elle écartait des obstacles sur son passage. Ses lèvres inexpressives soulignaient le mépris qu'elle avait pour les gens autour. Du haut de ses talons qui martelaient le sol à se fendre, elle dominait le monde, sa chevelure brune au reflet marron claquait l'air tel un fouet.
Andrew vérifiait de ses yeux que la garce que tous les magazines dépeignaient en était bien une.
En une fraction de seconde elle fit volte de face tant dans sa direction que dans son expression, en laissant une rainure sur le béton ainsi que sur une partie de son visage. Un sourire des plus angéliques se creusa sur la ténèbre de ses lèvres.
- Dis moi Billy, ton magazine compte faire un papier sur moi ?
- C'est Andrew. Et je ne sais pas. Je n'ai pas encore le programme.
Elle lui sourit de toutes ses dents et de tout son gloss.
- Je suis une fille qui fait vendre, ne l'oublie pas, dis le à ton boss.
En un éclair elle tourna les talons à 90 °, sa chevelure le giflant presque, sa bouche à nouveau sans vie attendait impatiemment un autre sourire.
Andrew la regarda s'éloigner en se disant qu'elle était une véritable garce, et une véritable actrice.
Il rendit son badge et partit sans même apercevoir une dernière fois Sean qui en grande discussion avec les scénaristes ne pouvait se libérer.

Suite

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