La rencontre d'une étoile (2)
de KH Brillant


De retour à son appartement Hallie l'attendait fermement. Assise devant son portable, elle avait le doigt posée sur la touche supprimée, tandis que de son autre main elle tenait un briquet au dessus de l'album dans lequel Andrew regroupait toutes les coupures de presse concernant Sean et d'autres articles le servant pour sa profession.
- Dis moi que tu as mon autographe.
- Je l'ai, répondit Andrew en glissant sa main dans le revers de sa veste.
- Pas de geste brusque Andrew.
Délicatement il sortit la photo dédicacée. Il s'approcha lentement en la mettant bien en évidence. Hallie dans un soupir de joie se rua sur lui.
- Merci, merci, dit-elle en lui arrachant la photo des mains.
Elle la regarda un instant avant la couvrir de baisers.
- Tu sais, je n'aurais pas eu de gestes désespérés. C'était juste une comédie.
- Oui, fais moi penser à t'inscrire dans une école d'art dramatique.
Andrew vérifia son portable et son album.
Très vite Hallie l'assaillit de questions.
- Alors qu'est-ce qu'il t'a dit quand tu lui as parlé de moi.
- Il m'a demandé si tu étais ma petite amie, répondit-il en s'installant sur le canapé.
- J'espère que tu as clarifié la situation.
- Rassure toi Hallie, je lui ai dis qu'on était marié et qu'on avait trois enfants.
- Très drôle Andy. Et ensuite ?
Andrew rassemblait ses souvenirs.
- Et ensuite, ben je ne sais pas quoi te dire de plus, on a échangé des banalités. Ah oui, on a parlé de sa vie amoureuse.
- Et tu appelles ça des banalités ! Alors ? Célibataire ?
- Je ne sais pas, avoua-t-il en se protégeant d'un coussin.
- Arrête Andrew je vais quand même pas te frapper.
Il redéposa le coussin quand Hallie le prit et l'assena de coups.
- Hey ! T'avais dis que tu me frappais pas.
- J'ai cru voir une mygale.
- Et moi j'ai vu une vipère.
- Ne m'insulte pas.
- Je ne parle pas de toi mais de Cassie Cunningham.
Andrew lui relata son comportement.
- Odieuse cette fille est odieuse, O.D.I.E.U.S.E.
- Si tu l'avais vu se pavanant, la terre semble un petit terrain de jeu, elle inspire à l'univers.
- Et mon mari tu l'as vu avant de partir ?
- C'est ton mari maintenant, s'étonna Andrew.
- Maintenant qu'il a écrit mon nom et signé à côté, oui.
- Mais ce n'est pas sur le registre de l'hôtel de ville.
- Jaloux !
- Non, je ne l'ai pas vu.
Le son de sa voix trahissait le fond de sa pensée.
- Mais dis moi tu en pince pour lui ou je me fais des idées.
- Disons que l'avoir rencontré, me fait dire que mon homme parfait existe bien quelque part.
- La vie est injuste parfois, elle met ton homme parfait sous tes yeux et il en aime une autre, moi, souligna-t-elle en se désignant des pouces.
- Oui, c'est exactement ce que je vis.
Hallie posa une main sur sa cuisse.
- Tu sais, les gens comme lui vivent dans un autre monde, un monde que l'on regarde au travers de cette petite fenêtre à écran plat qui nous sépare d'eux. Ce qui marque vraiment la frontière. Ils ne peuvent pas sortir et nous on ne peut pas y entrer. Et ceux qui sortent ne sont pas très gentils, dit elle en remontant ses pieds sur le canapé l'air apeuré.
Andrew sourit à la référence qu'elle faisait d'un film d'horreur.
- Oui mais dans la vrai vie, ils arrivent que ces gens là et nous se croisons.
- Mais cela n'empêche pas qu'il y ait cette frontière invisible entre eux et nous.
Désappointé, il l'observa.
- Je n'aime pas quand t'es réfléchie.
- Andy, je n'aime pas quand tu rencontres Sean sans moi.
Hallie retourna chez elle, laissant Andrew seul avec ses réflexions. Elle n'avait pas vraiment tort pensait-il, dans les histoires qu'il avait pu lire à travers la presse, rares étaient celles qui parlaient d'une histoire d'amour entre une star et une personne faisant partie du commun des mortels. Evoluant dans un monde tellement à part, les célébrités éprouvaient le besoin de se retrouver avec quelqu'un qui gravite dans les mêmes sphères qu'elles, quelqu'un qui puisse comprendre ce qu'elles vivent et ce qu'elles ressentent. Rendant ainsi les relations plus faciles. Mais Andrew nota également que les stars vivaient des relations éphémères, très peu nombreuses celles dont le mariage avait durée plus d'un an, même Brad et Jennifer finirent par se séparer. La recherche du semblable, n'apportait nullement la longévité de l'union. Andrew se dit alors qu'il leur fallait quelqu'un de différent de leur milieu, quelqu'un encore proche du genre humain, quelqu'un qui aurait les pieds sur terre et leur servirait d'ancre à la réalité. Mais à part l'acteur ayant joué les médecins urgentistes, il ne voyait aucun autre exemple de "people" s'emmanchant avec un illustre inconnu des tabloïdes. Une star appelait une star. Ce constat n'allait pas à l'encontre des différentes études sur la séduction et formation des couples qui abondaient toutes dans le même sens. Selon ces articles, la séduction obéit à des règles de niveau, il faut prétendre à quelqu'un qui nous ressemble tant sur le plan social, culturel et physique. Il ne faut surtout pas chercher plus ou chercher moins au risque d'être confronté à un échec. Non, il faut être semblable pour que la relation puisse fonctionner. Andrew songea aussitôt à la règle universelle des exceptions, pour qu'un principe fonctionne il faut lui reconnaître une exception le confirmant, de ce fait le principe même de la séduction devait comporter lui aussi une exception. Dans le monde qui l'entourait, Andrew pouvait facilement en trouver mais dans le monde starisé, aucune exception ne lui vint à l'esprit. Qu'à cela ne tienne, il créerait lui-même sa propre exception.
Puis, dans une lueur de consternation Andrew se ressaisit, qu'est-ce qui lui prenait d'avoir ce genre de masturbation intellectuelle, ce n'était pas comme si Sean Laymonth avait sous-entendu quelque chose qui aurait pu lui laisser penser vouloir une histoire avec lui. Il n'en était rien. Par conséquent il n'avait pas à se demander s'il valait mieux qu'une star sorte avec quelqu'un de son rang ou avec le camionneur du coin.
- Tu délires, dit-il en se parlant à lui-même.
Il éteignit les lumières du salon et alla se détendre sous sa douche avant de rejoindre son lit qui n'avait abrité que lui depuis sa venue à Los Angeles.

5

A peine sortie de l'ascenseur, Betty un café à la main fit signe à Andrew de la suivre dans son bureau. Elle déposa son attaché-case, touilla son café et alluma son poste de travail.
- Alors dis moi tout ? Comment s'est passée ta journée dans l'antre de "Confidence" ? As-tu quelque chose à me soumettre ?
- J'y travaille. La séance s'est terminée très tard, les studios ont fermé leurs portes après 22 heures.
Betty écarquilla les yeux.
- Et des gens arrivent à envier leur métier. Pour rien au monde je ne voudrais être actrice. Mais comme je suis déjà une très mauvaise menteuse, je pourrais difficilement prétendre être quelqu'un d'autre pour les besoins d'un rôle.
Lindsay apparut dans l'embrasure de la porte extirpant ainsi Betty de sa vie de mauvaise actrice.
- Qu'est-ce qu'il y a mon chou ?
- Je vous apporte le courrier.
Elle déposa une dizaine d'enveloppe sur le bureau de verre, fit un petit sourire à Andrew et se retira.
Betty les regarda les une après les autres, quand une, tout particulièrement, attira son attention. Avec une hâte non dissimulée, elle s'empara de son coupe-papier et ouvra aussitôt l'enveloppe d'allure anodine. Andrew intrigué se demandait ce qu'elle pouvait bien contenir.
- Chéri, dit-elle en agitant un petit carton sous son nez, ceci est le passeport que tout rédacteur de strass et paillette attend avec impatience.
Andrew les sourcils froncés ne se sentait pas plus informé.
- C'est une invitation à l'une des premières manifestations de la saison. C'est une petite fête que les géants du cinéma organisent, et j'y suis conviée ! A moi le parterre de star.
A la voir si excitée à l'idée d'une soirée people, on arriverait à oublier que Betty faisait partie des journalistes ayant milité contre la faim dans le monde.
- Tu achèteras la presse people de base et tu me verras certainement à côté des étoiles d'Hollywood.
- Vous serez en mission sur le terrain ?
- Chéri, à cette soirée je vais m'amuser, je laisse aux autres magazines le soin de couvrir l'évènement. En parlant de travail, j'ai reçu un coup de fil de l'agent de Cassie Cunningham, il m'a d'ailleurs sortit du lit. Bref, il aimerait que notre magazine face un article sur sa petite protégée.
Cassie Cunningham s'exclama Andrew avec horreur en son for intérieur.
- La dernière fois nous parlions d'interview peu reluisante avec certaine actrice dont je tairais le nom, et bien chéri à ton baptême, dit-elle en levant son gobelet.
- Vous êtes sérieuse ?
- Chéri, il y a deux choses avec lesquelles je ne plaisante pas : l'avenir de la planète et le boulot.
Abasourdi Andrew quitta le bureau de Betty, il alla s'asseoir et fut rapidement rejoint par Lindsay.
- Qu'est-ce qui ne vas pas Andrew ?
- Rien de bien méchant, je dois juste faire un papier sur Cassie Cunningham.
Lindsay eut une expression de dégoût sur le visage.
- Cassie Cunningham, s'exclama-t-elle, j'ai entendu dire beaucoup de chose sur elle et pas que des bonnes.
- C'est gentil de me rassurer, en plus de l'avant goût que j'ai pu avoir hier.
- Je suis désolé mais bon la presse s'en fait l'échos, on ne compte plus ses nombreuses apparitions en état d'ébriété avancée, ses sorties de boites de nuits avec agression de paparazzi ou de starlette. Tu n'as pas un entretien avec un ange.
- J'irais à sa rencontre avec de l'eau bénite.
- Vaut mieux que tu le prennes comme ça, dit-elle en posant une main compatissante sur son épaule.
Aussitôt Lindsay retourné à son poste, que le téléphone professionnel d'Andrew sonna, à sa grande surprise et pour sa plus grande joie se tenait à l'autre bout du fil, Cassie. Les mauvaises nouvelles en appelaient d'autres pensa-t-il.
En grande professionnelle dans la gestion de sa carrière, Cassie aimait s'entretenir avec les journalistes et fixer les règles des reportages qui lui seraient consacrés. Pour cette occasion, elle voyait un marathon de 24 heures. Mercredi soir minuit fixerait le début de ce qu'elle avait appelé en toute fierté "24 heures dans la vie trépidante de Cassie".

Andrew eut à peine le temps de réaliser ce qu'allait être ces heures passées auprès de Cassie que le pire se déroulait déjà. Embarqué dans une soirée à la mode, l'endroit ressemblait à ceux que l'on pouvait voir dans les clips des stars du R&B. Il suivait Cassie qui le cherchait sans cesse.
À son avantage dans sa robe du soir des plus affriolante, elle captait le regard de tous, même le sien. Bien qu'au top de la liste des supers pimbêches, elle demeurait magnifique. Une superbe pimbêche. Ses yeux verts et sa chevelure brune tranchaient avec ce qu'Hollywood avait connu jusqu'ici. Pendue à son téléphone portable elle faisait mine de danser un verre à la main. Sa conversation, inaudible et sans importance, attirait l'attention sur ses lèvres d'une générosité naturelle. À l'inverse de toutes ses petites copines, Cassie ne connaissait pas intimement monsieur bistouri. Sa beauté, elle l'a devait à dame nature ou au seigneur comme elle le disait souvent, dieu répétait-elle, la voulait parfaite et c'est ce qu'il fit. Le déhanché de ses courbes irréelles faisait tournée la tête de plus d'un homme et jalouser plus d'une fille. Consciente, elle en jouait.
A peine arrivée qu'il fallait déjà repartir, Cassie avide de se montrer dans tous les endroits branchés parcourait la ville au volant de sa voiture clinquante à son image. Du côté passager, Andrew la regardait retouché son maquillage alors que le compteur affichait les 90 miles à l'heure. Rien d'autre qu'un léger coup de gloss et de phare à paupière et la revoilà au-delà de la beauté même.
Cette petite traversée prit fin à cinq heures du matin dans l'un des hôtels de luxe de la ville. Après seulement trois heures de répit, Cassie arracha Andrew de sa chambre spécialement louée pour l'occasion, et le traîna dans ses rendez-vous de la matinée. Malgré sa courte nuit, elle paraissait aussi fraîche qu'un bouton de rose.
Affublée d'un jean stone et d'un vulgaire débardeur blanc dissimulé sous un gilet de la même couleur, elle faisait autant d'effet que la veille.
- Tu tiens le coup, lui demanda-t-elle dans l'ascenseur.
C'étaient les tous premiers mots qu'elle lui adressait en l'espace de 8 heures.
- J'essaye.
- Tu me trouves comment, lui demanda-t-elle en passant une main dans ses cheveux soyeux et légèrement ondulé.
Se croyant face à une fille qui ressentait le besoin d'être rassurée sur son physique avant une apparition publique, Andrew, en bon gentleman, cru approprier de lui dire qu'elle était tout ce qu'il y avait de plus jolie.
- Non ça je sais que je suis belle, on peut difficilement faire mieux. Je veux savoir si tu me trouves comme celle que les journaux décrivent.
Andrew ne s'attendait pas à une telle question.
- A la tête que tu fais je crois que oui. Rassure-toi ça ne me vexe pas, ajouta-t-elle victorieuse.
- Vous menez vraiment tous les jours ce train de vie ?
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
Cassie abaissa ses lunettes solaires et traversa le hall de sa démarche légendaire, médusant ainsi ceux qui la croisaient.
- La vie est trop courte pour se priver de la vivre à pleine dent. En plus, cette aprèm j'ai une scène.
En soulignant ce détail, Cassie mettait en avant les facilités dont elle faisait preuve, la vie lui souriait, pourquoi s'en priver. Elle se savait privilégiée et en profitait, un peu trop peut-être. Mais le personnage aimait l'excès qu'elle incarnait à juste titre.
Ils s'arrêtèrent d'abord chez un couturier de la place, où Cassie essaya la robe qu'elle porterait pour l'avant-première d'un film dans lequel elle avait accepté un second rôle. Le créateur la complimenta sans cesse sur sa silhouette, elle le remerciait d'une œillade et d'un sourire sans ressentir la gêne qu'un tel compliment suscite. Il lui semblait normal qu'on le souligne et que l'on lui dise, il ne pouvait en être autrement.
En descendant de voiture alors qu'ils se rendaient à un autre de ses rendez-vous, ils croisèrent une affiche publicitaire sur laquelle Sean jouait au mannequin pour un parfum.
- Encore lui !
Si ses lunettes ne masquaient pas son visage, ses yeux roulant en arrière auraient été visibles. Néanmoins la pointe d'agacement dans sa voix ne prêtait aucune équivoque. Jalouse de toute l'attention que les publicitaires lui portaient, elle ne s'en était jamais cachée, ni aux yeux du monde ni au yeux de Sean lui-même.
- Je me demande bien pourquoi le monde entier est à ses pieds. Rira bien qui rira le dernier, dit-elle en regardant l'affiche souriante. La semaine prochaine ça sera moi.
Cassie fit part à Andrew de la campagne pub dont elle serait l'égérie. Choisie pour être le nouveau visage d'une ligne de produit capillaire, le monde entier la verrait dès la semaine prochaine agiter sa belle chevelure en prononçant le slogan "osez être belle". Devenir ambassadrice de cette marque faisait état d'une célébrité incontestée.
Pour Andrew, Cassie semblait être en compétition avec son partenaire de travail et il ne se trompait pas.
En étant prise dans la série, Cassie cru que tous les projecteurs sans exception se seraient braqués sur elle, mais à la surprise générale, Sean en fut la révélation. Vexée elle entreprenait tout pour faire parler d'elle, en bien ou en mal, elle s'en fichait, pourvu qu'elle soit au centre des discussions.
Ils passèrent les portes d'un célèbre joaillier, le paradis des croqueuses de diamant se trouvait ici. Dans les présentoirs des bijoux plus beaux et plus purs les uns que les autres étaient un ravissement pour les yeux, même pour les plus novices.
Le gérant, vieil homme grisonnant, se précipita instantanément vers Cassie, ils échangèrent quelques flatteries et autres banalités avant d'en venir à l'objet de sa visite.
Il l'amena vers un petit bureau autour duquel ils prirent place. Il sortit du tiroir un écrin noir. Cassie les yeux impatients trépignait sur son siège. Lorsqu'il ouvrit l'étui, elle s'émerveilla. Ses yeux verts, admiraient intensément la parure de diamant sertie d'émeraude. Elle demanda à l'essayer et se contempla dans le miroir qu'on lui présentait. Ses doigts fins et délicats caressèrent les millions qu'elle portait au cou.
- Il est magnifique.
- Et il vous va à merveille, répliqua le propriétaire des lieux.
Au sourire qu'elle affichait, l'on devinait qu'elle n'en pensait pas moins. Ce prêt pour une soirée ajouterait encore plus à sa beauté. Impossible que l'on n'est pas d'yeux pour ce que la nature créa de mieux, elle et les diamants.
Après une pause salade, en guise de déjeuner, dans l'un des restaurant huppé de la ville, Cassie suivit d'Andrew se rendirent aux studios.

Certains acteurs tournaient leur scène, autour d'eux, l'équipe de production restait silencieuse jusqu'au clap de fin. Cassie fila droit à sa loge sans un regard pour ses partenaires.
Son texte à la main Sean intercepta Andrew qui ne le vit pas arrivé.
- Et bien dis moi tu as l'air pressé.
- Je m'adapte à mes sujets, répondit Andrew.
- Tu vas bien ?
- Epuisé, la nuit a été courte.
Sean regarda en direction du mobil home de Cassie.
- Elle vit à 100 à l'heure.
- Et toi, tout va bien ?
- Je dirais que c'est la routine, un changement de texte de dernière minute, un tournage plus long que prévu et une interview pour un magazine étranger.
Andrew hocha la tête.
Ils restèrent un moment silencieux à se regarder jusqu'à ce que des sourires de circonstances se répondent. L'envie de lui proposer de se voir un de ces soirs bouillait en Sean, mais il ne savait comment abordée la chose de façon à ne laisser transparaître aucune idée de rendez-vous plus ou moins galant. Andrew de son côté n'arrêtait pas de se dire que ce garçon en face de lui ressemblait à celui dont il rêvait depuis toujours, mais comme un rêve n'était qu'un rêve, il n'osait imaginer une seule fois l'inviter un de ces soirs. Il serait faux de dire que l'idée ne lui avait pas traversé l'esprit. Cependant elle ne s'éternisa pas et alla vagabonder dans la partie fantasme de son cerveau.
Sean et Andrew partageaient la même caractéristique, ils pensaient beaucoup mais agissaient peu.
Quand enfin Sean se décida à se lancer, la porte de la caravane s'ouvrit dans un fracas, Cassie en mini peignoir de soie se tenait debout et visiblement agacée. Lorsqu'elle vit Andrew en compagnie de Sean son regard couleur nature s'enflamma et se consuma en laissant un noir profond apparaître. Pied nu, elle descendit les deux marches de sa loge et s'avança d'un pas écrasant qui ne cachait nullement son humeur.
- Ça fait dix minutes que je t'attends, dit-elle en s'adressant à Andrew. Et je comprends, poursuivit-elle un regard incisif posé sur Sean. Tu ne pouvais pas t'empêcher de faire la causette au premier journaliste qui n'est pas là pour toi.
- Cassie qu'est-ce que tu racontes, je le saluais car on se connaît, se justifia Sean sans y être tenu.
- A d'autres Sean, à d'autres. Dix minutes passées en interview avec lui ne signifient pas que tu le connaisses. Tu avais juste envie de te rappeler à son bon souvenir, et de lui dire que tu aimerais une interview marathon comme celle qu'il m'accorde.
Sean ferma les yeux face aux énormités que pouvait sortir Cassie lorsqu'elle plongeait dans sa paranoïa.
- Et s'il te plaît, ne prends pas tes grands airs.
- Cassie, je ne cherche pas à ce qu'il m'accorde une autre interview. D'ailleurs j'étais très content pour toi qu'Andrew t'interviewe parce qu'à mon sens c'est une personne de qualité et un vrai professionnel.
- Et là, tu lui passe la pommade, de mieux en mieux, dit-elle consternée. J'en reviens pas Sean de ce que tu es capable de faire pour être dans les petits papiers de la presse.
- Je n'ai pas dit ça…, voyant qu'il se livrait à un dialogue de sourd, Sean mis fin à la discussion.
Il se tourna vers Andrew.
- J'ai été ravi de te revoir. Je retourne bosser.
Cassie attrapa le poignet d'Andrew.
- Oui tu fais bien d'aller bosser, moi et mon journaliste allons en faire autant, cria-t-elle en entraînant Andrew dépassé par la tournure des évènements.

Dans la loge cosy, Cassie toujours en colère, continuait, face à son miroir, sa véhémence sous le regard incrédule d'Andrew.
- Je ne crois pas qu'il voulait attirer l'attention sur lui, plaida ce dernier.
Elle arrêta brusquement de se coiffer et se tourna vers lui.
- Ne cherche pas à prendre sa défense. Il n'était pas là pour te faire la cour, il était là pour te dire "Hey oh je suis là, moi aussi je veux un papier comme elle". Tu ne connais pas ce monde, tous les coups sont permis pour être sous les feux des projecteurs. Et à ce jeu là, je me débrouille bien, je sais donc de quoi je parle.
Dans sa quête de l'attention à tout prix, Cassie en devenait irrationnelle. Andrew ne savait pas s'il fallait en rire ou bien éprouver de la pitié. Cette obsession de la reconnaissance dépassait l'entendement, cette fille qui présentait une assurance folle souffrait visiblement d'un manque de confiance en elle et d'une peur incessante d'être oubliée.
Aînée de cinq enfants, à la maternité elle fut le bébé star. Ses parents convaincus que sa beauté l'emmènerait loin s'attardèrent inconsciemment plus longuement sur leurs autres progénitures que la nature avait fait "normaux". Cassie ressentait cette différence. Ils s'ébahissaient moins sur ses différents succès de jeunesse, les exploits qu'elle pouvait accomplir ne recevant pas le même entrain que ceux de ses frères et soeurs. Ces derniers dans la rue ne recevant les mêmes éblouissements que Cassie suscitait aux passants et passantes, leurs parents dans l'intimité les portaient au sommet. Cassie, si jeune, ne comprenait pas pourquoi ses actes quotidiens à la maison n'entraînaient pas la même ferveur. Bien sûr l'attention qu'on lui accordait loin d'être si inexistante ne pouvait être comparée à celle que l'on porte à une plante verte. Mais ses parents la laissaient souvent dans l'ombre. Toute cette attention manquée expliquait, sans justifier pour autant, le comportement absurde, mais apaisant, qu'avait développé cette star montante du petit écran. Mais aussi haut que pourrait être son ascension, elle ne sera apaisée que lorsqu'elle sera reconnue par ceux qui l'on si souvent enfermé dans son rôle peu enviable de laissée pourcompte. D'ici à ce que cela arrive, son petit monde autour d'elle allait encore frémir.
- Il m'énerve à toujours être celui qui n'a jamais rien fait, d'une manière ou d'une autre il veut toujours sortir son épingle du jeu. Et je suis sûr que toute l'équipe est en train de l'entourer, "oui on a vu, elle complètement folle, elle délire." Enfin, dit-elle en soupirant, les stars comme moi attisent le mépris et je ne peux pas leur en vouloir. Regarde moi.
Cassie souriait à son reflet, sa crise passée, elle redevenait l'intouchable et l'inébranlable qu'elle voulait paraître aux yeux de la planète.
Assis dans l'un des fauteuils, Andrew l'observait en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir écrire sur ces 24 heures. Cassie ne lui avait donné pour seul encrier que sa véritable personnalité. À aucun moment elle n'avait essayé de se racheter une conduite, elle faisait ce qu'elle avait l'habitude de faire, son show.
La garce que le monde entier adorait détester restait fidèle au flot de description que la presse rédigeait.
Un quart d'heure plus tard, elle légitimait sa tête d'affiche, talentueuse elle délivrait son texte avec justesse devant les caméras et sous le regard respectueux de l'assistance. Pour elle, la première prise, généralement la bonne, suffisait. Cassie redonnait ses lettres de noblesse à la comédie, du grand art. Les gens pouvaient dire ce qu'ils disaient, ils ne pouvaient lui enlever ce pourquoi elle disait être faite.
Profitant de ce moment, Sean qui ne participait pas à la scène s'approcha en toute discrétion d'Andrew.
- Je suis désolé que tu ais assisté à ça.
- Tu plaisantes, assisté à une querelle d'acteurs c'est exceptionnel. Mais c'est vrai que je me suis senti mal à l'aise. Ça se produit souvent ?
- C'est une question du journaliste ?
- Non, juste la curiosité de l'envie de comprendre d'Andrew.
Le fait qu'Andrew parle de lui à la troisième personne fit sourire Sean.
- Disons que Cassie a ses moments, dit-il presque compatissant.
- Tu connais ton texte, lui demanda Andrew afin de parler d'autre chose que des tensions.
- Sur le bout des doigts.
Sean regrettait cette conversation pour le moins impersonnelle, mais il ne pouvait en être autrement.
Andrew le regarda, puis regarda Cassie.
- Je trouves qu'elle et toi vous partagez le même point commun.
- Cassie et moi un point commun, s'étonna Sean.
- Oui. Vous êtes à l'antipode de ce qu'Hollywood consacre habituellement.
- Explique toi.
- Cassie n'est pas une de ces blondes aux yeux bleus, et toi tu n'es pas un de ces garçons aux yeux de glaces. Vous êtes les voisins d'à côté, mais avec un supplément d'âme.
- Et d'après toi c'est bien ?
- Je dirais que ça change et que le changement fait du bien.
La conversation prenait la dimension que Sean désirait.
- Ça pourrait être un article, conclut-il.
- Oui, mais il faudrait que je me penche plus profondément sur le pourquoi qui fait de vous les nouvelles idoles.
- Après 24 heures avec elle, il te faudrait passer 24 heures avec moi.
De ces mots Andrew n'entendit que leur sens professionnel.
- Nous y voilà, s'écria Cassie que ni Sean, ni Andrew n'avaient vu apparaître comme par un mauvais sortilège.
- Ce n'est pas ce que tu crois, se défendit Sean.
- Ce que je crois, le monde entier le croira quand il le saura. Ça en sera fini de toi quand ils apprendront que tu es…un voleur d'idée d'interview.
A ces mots, Sean se sentit soulager, elle n'avait pas décelé la subtilité de ses propos, tout comme Andrew, et malheureusement dans son cas à lui.
- Tu m'as définitivement percé à jour, dit-il. Comme ma tentative vient d'échouer une nouvelle fois, je vais aller faire mon cinéma devant les caméras. Andrew.
Cette fois, Andrew avait comprit la subtilité de ses paroles, Sean avortait une énième dispute.
- Et c'est moi qu'on traite d'égocentrique. S'il y avait un titre du nombril du monde je crois que Sean serait un sérieux concurrent. Mais bien entendu c'est moi qui le remporterait, dit-elle en le regardant s'éloigner. Dans ce métier méfie toi des petits avortons qui cache bien leur jeu, conseilla-t-elle à Andrew.
Le marathon des 24 heures se termina comme il avait commencé, Cassie en compagnie des ses amies se montrait dans un des club les plus sélecte que comportait la ville. Andrew s'en alla sans prévenir, Cassie s'en fichait, de toute manière à cette heure, il ne l'intéressait plus.
En rentrant chez lui, il découvrit un petit mot d'Hallie sur sa porte, après quoi il s'en dormit comme une masse jusqu'en fin d'après-midi.

6

A son réveil, allongé de tout son long Andrew alluma son téléphone portable. Quelques secondes plus tard son répondeur l'appelait, plusieurs messages l'attendaient.
D'abord Hallie qui mourait d'envie de savoir ce qui c'était passé, ensuite Lindsay qui voulait de ses nouvelles, Betty quant à elle lui annonçait qu'il avait reçu sa première invitation pour une soirée très privée, l'excitation dans sa voix le fit sourire.
Le dernier message, et non des moindres, laissé par une voix masculine, avec un grain particulièrement irrésistible, semblait sortir tout droit du monde télévisé. Il se redressa brusquement lorsqu'il comprit qu'il s'agissait de Sean. Le message plutôt court ne durait pas plus d'une minute, l'attention, pour l'essentiel gentil, consistait tout comme Lindsay à savoir s'il avait survécu. La fin du message comportait quelques hésitations, que dire de plus lorsque la première communication téléphonique se fait à un répondeur. Néanmoins pour un premier message Sean s'en sortait bien.
Assis sous les couvertures Andrew réalisait avec peine que son répondeur gardait en mémoire un message de Sean Laymonth. Il parcoura la mémoire des appels, celui de Sean apparaissait sous la mention "appelant inconnu". Son numéro protégé ne laissa aucune trace. Pas moyen pour lui de le contacter. Toujours dubitatif il se repassa le message un bon nombre de fois.
Andrew jeta un œil à son radioréveil qui affichait 16 h 20, il ne pouvait pas dire qu'il n'avait pas récupéré de ses virées nocturnes. Hors de question d'aller au boulot, cette journée de récupération gracieusement offerte, lui permettait de traîner dans l'appartement et de réfléchir à la rédaction de son article. Cependant l'appel de Sean le laisser pour le moins perplexe et l'empêchait de se concentrer sur autre chose hormis son bain.
Hallie débarqua plus tard avec le dîner, elle le chérissait bien son petit homme d'à côté.
- Bienvenu parmi les gens normaux, dit-elle en passant la porte les courses à la main en n'omettant pas de lui faire une bise au passage.
- C'est chinois ?
- Du chinois comme on les aiment.
A l'heure de se mettre à table, Andrew devait en faire de même. Il lui raconta les facétieuses péripéties de cette chère Cassie avant d'en arriver au surprenant message de son répondeur.
- Et bien dis moi c'est une vrai garce.
- Il y a encore plus fort.
- Encore plus fort, se demanda Hallie entre deux bouchées.
Sans dire un mot, Andrew prit son téléphone et composa le numéro de son répondeur, il brancha le haut-parleur avant que le message de Sean ne soit délivré.
"Bonjour Andrew, c'est Sean, tu dois être occupé j'imagine, j'appelais juste pour savoir si tu étais sortis indemne de ton reportage, bon et bien je prendrais de tes nouvelles plus tard, à bientôt."
Scotchée sur son siège, les baguettes à la bouche, Hallie, qui n'était plus que le fantôme d'elle-même, n'arrivait pas à en croire ses oreilles.
- Repasse le moi.
Andrew s'exécuta.
Au bout de quelques instants de silence Hallie retrouva vite l'usage de la parole.
- Sean Laymonth prend de tes nouvelles ? J'ai du mal à le croire. Elles sont où les caméras, demanda-t-elle en regardant autour d'eux.
- Moi aussi j'ai un peu de mal.
- Un peu de mal ? Mais ce qui se passe est complètement impensable ! Pourquoi il t'appel ?
- Pour prendre de mes nouvelles.
- Non ce que je me demande c'est ce qui le pousse à chercher ton numéro et à t'appeler. Vous n'êtes pas amis, vous n'êtes rien l'un pour l'autre. À part le seul fait que l'entretien que vous avez eu vous sert pour vos carrières respectives, il ne devrait plus rien à voir à faire avec toi. Vous êtes pour l'autre un mouchoir en papier déjà utilisé, hop à la poubelle.
- Il est peut être gentil c'est tout.
- Il est certainement gentil, mais bon il ne te connaît pas, alors pourquoi entretenir la brève rencontre que vous avez eu dans cet hôtel. Je sais pas moi, c'est une star, il a d'autre chat à fouetter.
Hallie eut soudain un éclair de lucidité.
- A moins que ce soit toi qu'il veuille fouetter.
Andrew manqua de s'étouffer avec son sauté porc.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Je ne raconte pas, je conclus.
- Tu extrapoles.
Hallie quitta sa place et fit les cents pas.
- Primo, tu le rencontres pour une interview, deusio il vient à ta rencontre dans le café, tertio tu le revois pour le reportage sur les coulisses de la série… quatrièmement tu le revois encore pour le besoin d'un reportage. Et là, monsieur la star prend de tes nouvelles. Ça n'est pas dans l'ordre des choses.
- Il a peut-être de la sympathie.
- Une star n'a pas autant de sympathie pour un journaliste, argua-t-elle avec force les mains sur les hanches. Et puis, on ne lui connaît aucune petite amie.
- Tout ça ne veut rien dire.
- Tout ceci est un faisceau d'indice tendant vers l'éventualité qu'il a envie de jouer une scène d'amour avec toi.
Soudain Hallie se mit à suffoquer, réalisant ce qu'elle venait de dire, elle constata éberluée que son mari imaginaire avait des vus sur son meilleur ami.
- Je suis même pas capable de garder mon homme imaginaire, dit-elle en s'écroulant dans le canapé.
- Cesse de dire des bêtises, lui somma Andrew qui n'avait pas quitté le bar de la cuisine.
- C'est facile pour toi de dire ça, moi qui te faisais confiance voilà que tu me piques mon chéri, continua-t-elle.
Andrew la rejoignit.
- Primo tu délires, deusio tu délires et tertio tu me fais peur.
- Et quatrièmement ?
- Je n'en ai pas.
- Moi j'en ai un bis, tu ne vois pas la chance incroyable que tu as, ton homme idéal te fait la cour et tu ne le vois même pas.
- Je ne te savais pas si atteinte.
Andrew resta imperméable à toutes ces divagations jusqu'à ce que son téléphone ne se mette à sonner.
Posé sur le bar, il sonnait tout en vibrant en se rapprochant dangereusement du bord, Andrew et Hallie échangèrent un regard avant que cette dernière ne se rue littéralement dessus.
- Appelant inconnu. Oh mon dieu c'est lui !
Elle apporta à Andrew son téléphone et exigea de lui qu'il décroche.
- Allo ?
A l'autre bout du fil Sean.
- Bonsoir Andrew.
- Bonsoir, répondit-il avec un peu de peine.
L'oreille collée à la sienne, Hallie essayait d'entendre ce qu'il disait.
- Comment tu vas ?
- Et bien ça va, j'ai passé la journée à dormir.
- Y en a qui ont de la chance. Moi j'étais sur les plateaux. Et j'y suis encore, je profite de ma pause pour voir comment tu vas.
Hallie se mordillait les lèvres de stupéfactions.
- Et bien ça va.
- Et bien tant mieux. Je voulais savoir si tu avais reçu l'invitation de notre chaîne.
Andrew se rappela du message laissé par Betty.
- Betty Fisher m'a dit que dans mon courrier il y avait un carton d'invitation, mais ne m'a pas préciser de qui et pourquoi. Mais je pense qu'il doit s'agir de cette soirée.
- Déduction par faisceau d'indice ?
- Oui par faisceau d'indice, répéta Andrew en regardant Hallie.
- Je dois te laisser, on m'appelle. Content de savoir que tu te portes bien. A la soirée alors.
- A la soirée. C'est gentil d'avoir appeler.
- T'inquiètes. Au revoir.
- Au revoir.
Sidérés, Hallie et Andrew regardèrent le téléphone.
- Je crois qu'il vient de te fixer rendez-vous.
- Je crois qu'on s'emballe.
- Les faisceaux d'indices sont là, lui-même il le dit.
Andrew ne savait quoi penser, la probabilité que Sean s'intéresse à lui bien mince, semblait exister malgré tout. Du moins dans l'apparence qu'en donnait Hallie.
Il s'installa machinalement dans le canapé et commença à stresser.
- Et si tu avais raison.
- Tu serais le garçon le plus heureux du monde.
- Le plus paniqué tu veux dire.
- Et le plus fourbe, je n'oublierai jamais que tu es de ceux qui te volent les petits copains, dit Hallie.
Cette petite boutade détendit l'atmosphère.
Hallie était la mieux placée pour comprendre ce qu'il pouvait ressentir, étant elle aussi en quête de l'homme de ses rêves, elle pouvait très bien imaginé l'état dans lequel Andrew se trouvait. Ces questions et appréhensions intérieures, elle les aurait eu. Comment réagir face à un imprévu que l'on espérait réalisable ? Presque du jour au lendemain, Andrew voyait son rêve secret se présenter dans sa vie.
Il s'était imaginé bien des fois une rencontre hasardeuse, à la place, il eut droit à une rencontre programmée. Il s'était imaginé une profonde sympathie partagée lors de cette première rencontre, il ne ressentit rien de tel, juste de la courtoisie professionnelle. Il s'était également imaginé une suite de rencontres hasardeuses elles aussi, il eut droit à une rencontre volontaire de la part de Sean. Mais le coup de foudre qu'il s'était imaginé lors de leur deuxième rencontre ne fut suivit d'effet et les rencontres suivantes étaient inévitables et loin de celles qu'il avait imaginé. Son rêve dans la réalité prenait une tout autre forme, cependant Sean restait le genre d'homme auquel il aspirait. Au vu de tout ce qui ne s'était pas passé comme il le souhaitait, si finalement dans son rêve ils vivaient heureux devait-il s'attendre à une autre fin dans le monde réel ?
- L'homme de tes rêves te fixe un rendez-vous, tu ne devrais pas faire cette tête.
- La vie n'est pas un rêve Hallie. Les choses ne se passent de la même manière.
- D'accord, mais tu as la chance qu'elles se passent.
- Mais avec de grosses variantes.
- Variante ou pas, tu le caresses du bout des doigts. A toi de faire en sorte qu'il ne t'échappe pas.
- Oui, mais avant ça, il faudrait qu'il soit intéressé par moi, pour l'instant nous ne faisons que fabuler, souligna Andrew en se levant.
Face à son scepticisme Hallie se devait d'intervenir.
- Un vieux proverbe chinois dit : "N'oublie pas la force des faisceaux d'indices".
Andrew se mit à rigoler de bon cœur, un fou rire qu'il ne pouvait arrêter s'empara de ses zygomatiques. La tension qu'il avait en lui s'évacuait peu à peu, la force de la thérapie du rire.

7

La soirée tant attendue et tant redoutée arriva, la première fête de la saison organisée par la OnlyShow TV, communément appelé OS TV, se déroulait dans une des splendides salles de réception que comptait la ville. Tapis rouge et photographes attendaient les différents invités qui se succédaient au rythme du bal des limousines. Les flashs crépitaient au moindre arrêt de voiture, les personnalités connues ou inconnues se prêtaient volontiers à l'exercice. Cassie Cunningham ne s'en privait pas. Elle ne resta pas moins de dix minutes sur le tapis rouge se faisant ainsi photographier sous toutes les coutures, de face la tête droite ou le visage de trois-quarts, de dos le menton posé sur son épaule mais toujours avec un sourire et des yeux de vampes. Vêtue d'une robe des plus somptueuse, Cassie ravissait les objectifs.
Photographes et paparazzi appréciaient sa disponibilité, les photos qu'elle leur accordait, toujours de bonne facture, trouvaient facilement preneur. Même ivre, elle ne se privait pas à prendre la pose et les magazines à scandales s'en frottaient les mains. De celles qui faisaient vendre, un de ses clichés s'arrachait à prix d'or bien qu'ils ne soient pas rares. Après avoir posée à ne plus savoir quelle posture adopter Cassie se rendit à la réception.
A l'arrivée d'Andrew la frénésie se calma, un flash ou deux. Pourtant, beau garçon dans les vêtements qu'Hallie, The styliste comme elle aimait à se surnommer, lui avait choisi, il méritait d'être photographié sous tous les angles.
Dans l'antre des festivités, célébrités et gens de l'ombre se côtoyaient autour des différents buffets. Quelques journalistes triés sur le volet, prenaient ici et là quelques interviews et capturaient à l'aide de leur numérique les plus beaux sourires. Bien entendu leur prise de vue ne valait pas celle de l'illustre Mark Watson.
Une coupe de champagne à la main, Mark voyant le petit Andrew un peu perdu alla à sa rencontre.
- Andrew Pryform, invité ou au boulot ?
- Invité, répondit poliment Andrew qui se demandait qui pouvait bien être cet étranger qui semblait par contre le connaître.
Voyant son air pour le moins intrigué, Mark se présenta.
- Veuillez m'excuser, je sais que vous faites de très belle photo mais je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir une de vous.
- Y a pas mal. Moi j'ai eu l'occasion de lire ton papier sur Sean et de te voir dans les studios.
- Ce qui vous attribut une longueur d'avance sur moi.
- Juste une courte longueur.
Cherchant Sean du regard, Mark leva la main pour attirer son attention.
L'intéressé s'excusa auprès de ses interlocuteurs et se dirigea vers lui.
- Regarde qui j'ai trouvé, lança-t-il dans un sourire des plus complices.
Légèrement confus par ce manque évident de subtilité, Sean ne laissa rien transparaître derrière un sourire ravi.
Habillé par un créateur italien, Sean ne laissait aucune chance à ses concurrents, même si à son niveau la concurrence se faisait quasi inexistante. Le cœur emballé, Andrew le trouvait de toute beauté.
- Ta première soirée de ce genre.
- Oui, ma première soirée hollywoodienne, c'est assez stressant.
- Comme toutes les premières fois, généralisa Mark.
- C'est sûr, mais ça reste toujours aussi flippant.
- Tout le gratin de la chaîne est là, même les requins sont de sorties, fit remarquer Mark lorsque ses yeux croisèrent ceux de Cassie.
Cette dernière, voyant Andrew entre eux, ne tarda pas à les rejoindre.
- Alors comment se passe la rédaction de mon article ?
Cassie, en dehors des relations sexuelles, ne s'embarrassait jamais de préliminaires. Elle aurait très bien pu commencer par un "bonsoir comment ça va", mais elle ne satisfaisait jamais à cette bienséance. Elle laissait aux autres cette perte de temps généralement appréciée par le commun des mortels. Le faux semblant ne comptait pas parmi ses devises. Si sur les plateaux elle se conformait, de temps en temps, à une certaine politesse professionnelle, en dehors pas question ! Sean n'eut même pas droit à un regard.
- Il est en phase de relecture.
- Il me tarde de le lire.
Elle se tourna rapidement vers Mark.
- Tu leur as envoyé les photos ?
- Je pense qu'ils ont du les recevoir, répondit Mark en interrogeant Andrew du regard.
- Je ne sais pas, peut-être. Quand les photos arrivent c'est le service d'édition qui les reçoit et se charge de la mise en page du texte et des photos. A mon niveau je ne peux rien vous dire.
- Tu verras, je suis à tomber avec mes ailes d'anges dans le dos.
Des ailes d'anges, pensa Andrew.
Cassie les quitta avec empressement et sans un mot, elle alla rejoindre un petit groupe de personne dont le profil professionnel s'avérait plus intéressant pour l'évolution de sa carrière.
- Tu as fais une drôle de tête lorsqu'elle a parlé d'ailes d'anges, constata Sean.
- Disons que c'est assez cocasse, elle en ange à côté de mots qui décrivent tous le contraire.
- Je comptais lire cet article, mais là je compte vraiment le lire, répliqua Mark.
- Attention, rien avoir avec les commentaires de la presse à scandale. Je ne porte aucune attaque à son encontre, je décris juste la réalité de ce que j'ai pu voir.
Mark lui souriait avec un air entendu.
- Ton magazine prévoit de faire 24 heures sur Sean ?
- Je ne sais pas, pour l'heure ce n'est pas à l'ordre du jour.
- Je pense que 24 heures avec Sean te guériraient de tes 24 heures avec Cassie. Sean est de ce qu'on fait de mieux, on en tomberait amoureux, dit-il en donnant une tape à l'épaule de Sean.
L'intéressé, qui avait pourtant interdit tout propos de ce genre, ne savait plus ou se mettre. Même s'il espérait qu'Andrew ait à son égard des sentiments, ou que ceux-ci puissent naître de cette soirée, il n'était pas partisan du petit manège auquel Mark se livrait.
- Mark et ses compliments, fit Sean.
- Des compliments tout à fait réels. Dans ce métier, je suis amené à rencontrer toutes sortes de personnes, et Sean est de loin la meilleure. En plus d'être beau garçon, sa personnalité est attachante. Tu devrais le voir avec mes enfants, tonton Sean est toujours porté en triomphe.
Sean devenait de plus en plus rouge.
- Il faudrait que tu viennes dîner chez nous, dit-il spontanément. Hein Sean, se serait bien qu'il te voit dans ton habitat naturel. C'est décidé samedi prochain toi et Andrew passerez la soirée avec Mélinda, nos enfants et moi.
Sean ne savait pas quoi répondre.
- Qu'est-ce que t'en dis Andrew, demanda Mark.
- Je n'ai rien de prévu.
- Affaire réglée, dit Mark avant de se retirer.
Ils le regardèrent s'éloigner, Sean lui en voulait quelque peu, tandis qu'Andrew bénissait la Providence qu'il représentait.
- Je pense, sans me tromper, que samedi prochain tu as quelque chose à faire à présent.
- A l'évidence.
- Je passerai te prendre si tu n'y vois pas d'inconvénient.
Les mots sortirent comme une lettre à la poste sans que se comprenne le côté galant de la proposition. Une véritable prouesse d'acteur.
- Dans la mesure où je ne sais pas où il habite, je n'y vois rien d'autre qu'un grand merci c'est gentil.
Sa réponse suffisamment détachée Andrew pouvait de nouveau respirer.
Le directeur du network vint les interrompre.
- Sean justement je te cherchais. Il y a quelqu'un que j'aimerais te présenter. Oh je ne vous dérange pas au moins ?
Bedonnant et grisonnant, Phil Bakins le maître incontesté du navire ne tarissait pas d'éloge sur son petit cheval de course, de la graine de champion. Aussi grand que son protégé, il lui portait toujours un bras autour des épaules et avait pour habitude de le secouer comme un enfant que l'on taquine. La première fois qu'il eut un tel geste, Sean s'était retrouvé avec du champagne sur la main. Depuis, par mesure de précaution, ne sachant pas quand la bête allait attaquer, il faisait en sorte que son verre ne soit jamais totalement rempli, aussi, dès qu'il avait une coupe à la main il en buvait la moitié au risque de passer pour un alcoolique ou d'un vorace. Phil ne l'y reprendrait plus.
- Je te présente Andrew Pryform, le journaliste qui a rédigé l'article sur "Confidence" et ses coulisses.
- L'article qui m'a bien plus. Enchanté jeune homme. Je ne sais pas si c'est l'alcool en tout cas vous faîtes bien jeune.
- Ce n'est pas l'alcool, ce sont mes gènes.
- Tu m'accompagnes Sean ?
- Part devant je te rejoins.
Phil serra la main d'Andrew et s'en alla en omettant pas de porter à Sean une claque viril dans le dos.
- Je t'appelle dans la semaine pour te fixer une heure et pour avoir ton adresse.
- D'accord. Tenue correcte ou décontractée ?
- Décontractée. Rien avoir avec ce soir. D'ailleurs, je dois dire que ce soir tu es particulièrement…
Beau était le mot auquel Sean pensait.
- …bien habillé.
- Merci, c'est grâce à Hallie, elle est styliste.
- Je pense que je prendrais volontiers de ses conseils.
- Tu es loin d'être en reste.
- C'est gentil. Je te dis donc à bientôt, dit-il en posant sa main sur son épaule avant de l'enlever comme une caresse.
A quelques mètres de là, Cassie a l'affût d'une personne intéressante balaya la salle du regarda quand dans un timing quasi irréel, elle aperçut ce geste loin d'être anodin. A cet instant, Andrew et elle partagèrent le même sentiment d'étonnement.
Maîtresse dans l'art du langage du corps, elle avait étudié au travers de ses diverses lectures les différentes significations que de simples gestes pouvaient avoir. Ce qu'elle venait de voir, n'avait rien de similaire avec la claque viril que l'on donne à un ami. Non, ce geste n'avait rien avoir avec la virilité que la société escompte entre deux garçons. Loin d'une bimbo écervelée, Cassie possédait de la matière grise à revendre. Trop tôt pour en tirer des conclusions, elle avait à présent de quoi occuper son cerveau pour les prochains jours, faudrait-il encore qu'elle puisse les voir ensemble. Avant d'extrapoler quoique ce soit à la presse, elle décida de prendre le temps de l'observation après quoi elle se ferait une joie d'en informer les médias. Afin de garder les idées claires, ce soir et exceptionnellement ce soir là, ses lèvres effleurèrent simplement sa coupe de champagne. Elle ne raterait sous aucun prétexte les quelques regards échangés qui la conforteraient un peu plus mais, pas assez.

De retour chez lui, Andrew se plia à l'interrogatoire d'Hallie qui guetta toute la soirée son retour comme soeur Anne perchée en haut de sa tour.
- Rendez-vous, compliment et main sur l'épaule se sont bien plus que des faisceaux d'indices…
Hallie marqua une pause doublée d'un long jeu de regard.
- Tu nous la joues saop opéra ?
- Merci de l'avoir remarqué. Andrew, se sont des preuves évidentes, poursuivit-elle.
- Si tu l'avais vu dans son costume italien. Ce garçon est beau comme…
-…un dieu, finit Hallie en extase.
Elle le regarda étrangement et soupira.
- C'est fou comme t'as de la chance. Du coup je vais devoir me trouver un autre amoureux cathodique. Tu peux me répéter ce qu'il a dit sur moi.
- Qu'il viendrait te voir pour prendre conseil.
- Encore, dit-elle en se prélassant dans le canapé.
- Qu'il viendrait te voir pour prendre conseil.
- Encore.
- Qu'il viendrait te voir pour prendre conseil.
Plus il répétait la phrase plus Hallie se tordait bizarrement dans le sofa sous son regard quelque peu éberlué.
- Tu sais vraiment parler aux femmes Andy, précisa Hallie en revenant à elle comme si elle venait d'atteindre l'orgasme. Et donc cette garce a posé en ange ? J'y crois pas. Elle ose c'est incroyable.
- C'est du Cassie.
- Passons à autre chose, va falloir que je te trouve la tenue qui le fera craqué. Un jean qui mette en valeur tes fesses et un truc qui souligne ta petite…mais tonique musculature.
- J'ai eu peur à un moment.
- Andrew t'es bête. Je ne t'ai jamais vu à poil pour savoir si elle est petite ou pas.
Ils partirent dans des éclats de rires.

8

Hallie qui avait su dénicher au cours de la semaine les vêtements adéquats pour la soirée d'Andrew, l'aida le jour J à fignoler son look. Ses mains pleines de gel, elle domptait ses cheveux à la dernière mode. Une fois la dernière mèche rebelle structurée, elle s'éloigna de lui pour mieux contempler son chef-d'œuvre.
- S'il ne craque pas, je me fais bonne soeur.
Elle s'avança, approcha ses mains du polo et le retroussa légèrement.
- Rentre le, on verra mieux la ceinture.
Andrew s'exécuta.
- Et comme ça ?
- Andy tu es à croquer.
Au même moment on frappa à la porte.
Andrew et Hallie échangèrent le même regard, celui qui disait "oh mon dieu il est là".
Ils s'empressèrent de rejoindre le salon, Hallie arrangea ses cheveux en passant devant le miroir, Andrew la main sur la poignée attendait son feu vert pour lui ouvrir.
- Tu peux y aller, chuchota-t-elle après une dernière vérification d'usage en sentant ses aisselles.
Elle se devait d'être à son avantage, ce n'était pas tous les jours qu'elle rencontrait une star.
Lorsque Andrew ouvrit la porte il fut pris d'un doux vertige, Sean égal à lui-même se tenait face à lui une main dans la poche de son jean.
- Bonsoir.
- Bonsoir Sean, articula-t-il tant bien que mal.
Epoustouflant était le mot qui lui sciait aussi bien que le tee-shirt d'une griffe italienne qu'il portait avantageusement. Sa musculature généreusement développée laissait imaginer la force du mâle.
- Oh bonsoir, dit-il en apercevant Hallie.
- Entre un moment, lui proposa Andrew qui fit les présentations.
Hallie de nature bavarde s'enferma dans un profond mutisme. Un sourire scotché sur le visage elle ne faisait qu'hocher la tête aux différentes sollicitations de Sean.
- Ça va ?
Hochement tête.
- Je vois que tu as encore fait des merveilles sur Andrew.
Hochement tête.
Voyant Sean légèrement circonspect, Andrew intervint.
- Hallie a attrapé un affreux mal de gorge, du coup elle est en mode silence, et à moi ça me fait des vacances.
Hochement de tête, sauf pour la deuxième partie de l'explication où là elle fronça les sourcils.
- C'est très sympa chez toi, constata Sean en regardant brièvement autour de lui. Si tu es prêt on peut y aller.
- Deux minutes, je prends le vin.
Dans un profond silence Hallie et Sean se regardèrent un sourire aux lèvres.
- Nous pouvons y aller, fit Andrew.
- J'étais ravi de te rencontrer Hallie. Au revoir, et soignes toi bien.
Hochement de tête.
Andrew n'en revenait pas, Hallie que rien n'effrayait ressemblait ce soir à une autre personne dont le caractère loquas s'apparentait à celui d'une carpe. Généralement plus proche d'un perroquet la vue de Sean lui avait fermé son claquet.

Située sur les plages de Malibu, la maison de Mark, somme toute modeste offrait comme terrain de jeu à ses enfants sable et océan. La cour intérieure s'inspirait des jardins japonais où un labrador nommée Honey jouait à rattraper la balle que Brooke et Patrick, respectivement âgé des 5 et 7 ans, lui lançaient.
Lorsque Sean ouvrit le petit portillon, tous trois se jetèrent sur lui sans crier garde. Avec les enfants dans les bras et Honey sautant autour de lui, Sean ressemblait à un papa rentrant du travail. En retrait, Andrew admirait la scène.
Entendant les cris de joie, Mélinda un tablier autour de la taille sortit de la cuisine.
- Mark, cria-t-elle. Sean et son ami sont arrivés.
A l'apparence d'un monstre à trois têtes, Sean s'avança vers elle pour lui faire la bise, les enfants joueur lui en firent une également.
- Descendez voulez-vous, ordonna la mère nourricière. Vous allez casser ce pauvre tonton Sean.
- Il a de gros muscle, il ne risque pas de se briser, répondit Patrick.
- Oui, des gros muscles, répéta Brooke en lui touchant les pectoraux.
- Vous vous êtes précipités sur tonton Sean mais, avez-vous dit bonsoir à son ami, demanda-t-elle.
- Bonsoir, dirent les enfants en chœur.
- Il y a des jus qui vous attendent dans le salon, leur dit-elle pour les éloigner.
Mélinda, les cheveux noués, un tablier par-dessus sa robe du soir, ressemblait à une parfaite femme aux foyers.
- Enchantée Andrew.
Le geste familier de la bise qu'elle lui accorda pour une première rencontre le détendit. Après quoi, elle leur proposa de rejoindre le salon pendant qu'elle terminait ses petites affaires en cuisine.
Décoré dans un style conventionnel et familial, le salon accueillait en son sein une énorme télé sur laquelle une console de jeu branchée faisait la joie de Mark et de Jason. Le père et le fils de 9 ans s'affrontaient dans une course de voiture.
- Encore gagné, fit le père.
- T'as pas honte de fanfaronner devant un enfant de 9 ans, lui demanda Sean.
Jason se leva d'un bond et vint lui faire un câlin. A la façon dont les enfants agissaient, Andrew se demandait s'ils voyaient en Sean une sorte de dieu, lui voyait un apollon.
Mark le salua d'une accolade et donna la main à Andrew.
Brooke et Patrick autour de la table basse, buvaient allègrement les jus de fruit et piochaient à volonté dans les gâteaux apéritifs.
- Je suis sûr que je battrais papa comme je t'ai battu la dernière fois chez toi tonton Sean.
Un plateau d'amuses gueules en main, son tablier au placard et ses cheveux blonds en liberté, Mélinda s'adressa à son fils.
- Et à quel jeu tu l'as battu ?
- Massacre aux zombies.
Le jeu interdit aux moins de 16 ans faisait la joie de Jason lorsqu'il se rendait chez Sean.
- Massacre aux zombies, répéta-t-elle en regardant Sean, un massacre il risque d'en avoir un.
- C'était notre petit secret Jason.
- Oups, répondit l'enfant.
- Moi aussi j'ai un secret, s'écria Brooke des chips plein la bouche.
Sean se mit à sa hauteur.
- Un secret ?
- Oui, quand j'ai demandé à papa qui c'était Andrew, il m'a répondu que c'était ton amoureux et que je devais rien dire.
Mark manqua de s'étrangler à sec, Sean aurait voulu être invisible et Mélinda tenta de sauver les meubles.
- Ma puce intervint-elle, papa t'as dit que c'était un amoureux de la série dans laquelle tonton Sean joue.
- Non, insista la petite, il m'a dit que c'était son amoureux.
- Les enfants, fit Mélinda en caressant les cheveux de sa petite.
Brooke s'avança vers Andrew.
- Donc tu ne l'aimes pas mon tonton Sean ?
Son cher tonton ne savait plus où se mettre.
Andrew se mit à sa hauteur et la regarda droit dans les yeux, elle avait les même que sa mère, bleu ciel.
- Rassure toi ma petite comme tout le monde ici j'aime beaucoup tonton Sean.
- Et ben tonton Sean il t'aime, c'est papa qui me l'a dit.
Sean ressentait l'envie de disparaître.
- Papa propose de prendre un verre, dit Mark avant de marmonner, on en a tous besoin.
Après l'apéritif, la joyeuse famille et son invité passèrent à table. Brooke et Patrick ne faisaient que picorer dans leur assiette à force d'avoir engloutie une tonne de chips, Jason lui, finissait son assiette avec empressement, il lui tardait de jouer à la console.
- Ta console ne va pas s'en voler. Et rappelle toi ce que je t'ai dit, quand il y a un invité on ne joue qu'après le dessert. Tu pourras te presser comme tu veux, mais tant que le gâteau n'est pas sur la table tu ferais mieux de prendre ton temps, et d'apprécier le poulet que maman a mis trois heures à préparer.
- Il est vraiment très bon, souligna Andrew.
- Je te donnerais ma recette.
- Je ne saurais vraiment pas quoi en faire.
- Encore un mâle qui ne cuisine pas, lui demanda-t-elle avec un sourire moqueur.
- Ma cuisine est très basique, des pâtes, des surgelées, des plats à emporter. Je crois que pour ça Hallie et moi, on est les champions.
Le regard interloqué de Mélinda se dirigea discrètement vers Sean.
- Hallie, s'interrogea-t-elle en revenant sur Andrew.
- Ma voisine.
- Ha, fit-elle d'un air rassurée.
Elle resservit Andrew qui ne savait plus vraiment où il allait pouvoir caller tout ça.
- Vous vous êtes rencontrez comment, lui demanda-t-elle en le servant généreusement.
A voir ses yeux, Mark l'avertit qu'il ne devait pas se sentir obliger de tout terminer.
- C'est faux ! Maman dit qu'il faut toujours finir son assiette, répliqua Brooke.
- Ça c'est valable pour nous, pas pour les invités, lui dit Patrick.
Seule Brooke possédait la blondeur de sa mère, les garçons eux avaient tenus de leur père.
- Dans ce cas je veux être aussi une invitée.
Les grands se mirent à rire.
- Alors vous vous êtes connu comment ?
- Par le travail.
- Ah oui c'est vrai l'interview, se reprit-elle. Ça t'as fait quoi de le voir en chair et en os ? Moi ça m'avait fait tout bizarre de le voir à la télé, j'imagine que pour toi ça t'a fait le même effet.
- Oui, bizarre de le voir en vrai.
- Y en a qui dise que les gens sont mieux dans la réalité que devant les caméras, glissa Mark. Tu le trouves mieux qu'à la télé ?
A cet instant, Sean lui donna un coup sous la table, Mark grimaça légèrement.
- C'est vrai que voir quelqu'un à travers un écran et le voir en vrai, ce n'est pas la même chose. En vrai on touche à la très haute définition alors qu'à la télé…la mienne n'est pas en haute définition.
- Donc tu le trouves mieux en vrai, en conclut Mark.
- Oui…tout comme Cassie est très belle.
L'honneur est sauf pensa Andrew.
Mélinda souriait à son fin stratagème, brouiller les pistes et éviter toute ambiguïté.
- Tu dirais qu'il est très beau alors, insista de nouveau Mark avant de recevoir un nouveau coup et de grimacer de nouveau.
- On peut difficilement affirmer le contraire.
Et encore une pirouette, une ! pensa Mélinda.
- Tu es satisfait Mark, tout le monde trouve ton petit frère beau, dit-elle.
- Petit frère ?
- De cœur, rajouta-t-elle.
Mélinda savait quand elle avait épousé Mark qu'elle épousait Sean par la même occasion. Plus tard, elle apprit que Sean avait eu des vues sur son mari, elle ne pouvait lui jeter la pierre Mark étant un homme exceptionnel.
Après le fabuleux dessert au chocolat Jason eut droit de retourner à sa console, Brooke et Patrick quant à eux avait recouvré leur appétit.
La bouche pleine de chocolat Brooke s'adressa à Sean.
- Tu dors ici tonton Sean ?
- Ce soir je ne crois pas mon cœur.
- Ah, répondit l'enfant déçue. Tu vas dormir chez ton amoureux ?
La même gêne de tout à l'heure traversa la table.
- Tonton Sean à plein de choses à faire demain, donc tonton Sean ira dormir chez lui, répondit Mark.
Brooke retourna à son gâteau.
- Je crois que ça sera sa nouvelle obsession, souffla Mélinda.
Les vagues à cette heure avancée de la nuit grondèrent de plus en plus.
Sean et Andrew s'étaient à peine échanger des regards durant le repas et l'apéritif, la vérité sortant de la bouche d'une enfant devenait incontestablement difficile à soutenir.
- C'est une plage publique ou privée, s'informa Andrew.
- Publique, répondit Mark.
- Vous devriez y faire un tour, suggéra Mélinda. Avec le clair de lune qu'on a ce soir vous n'aurez pas besoin de torche. Les vagues prennent une couleur argentée qu'il faut absolument voir.
Sean se sentait tombé dans un guet-apens, cette ballade romantique n'avait un rien d'improviser, il se demandait si Mélinda et Mark n'avaient pas passé leur journée à trouver de tels subterfuges.

Suite

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