La rencontre d'une étoile (3)
de KH Brillant
Les pieds dans le sable, Andrew constata de ses propres yeux, que le spectacle valait vraiment le coup d'il. Les vagues argentées venaient s'écraser sur le rivage, la lune dans le ciel d'encre n'avait jamais été si grosse et brillante. Quelques étoiles tapissaient le ciel. Sean et lui avaient pour eux seuls cette bande de sable fin, le chant des vagues et l'odeur de l'embrun.
- Ce sont des gens charmants et les enfants sont adorables, complimenta Andrew.
- Je les considère comme ma famille.
- C'est vraiment beau par ici.
Sean et Andrew évitèrent soigneusement de parler des différents incidents de Brooke.
- Tu aimerais avoir une maison au bord de la mer, lui demanda Sean pour faire la conversation.
- Je pense que c'est le rêve de tout à chacun.
- D'accord mais toi ?
- Moi avec. Mais ça doit coûter extrêmement cher, surtout ici à Malibu. Tu en as une ?
- Non, ma mère en possède une. J'ai grandi au bord du Pacifique. Mais au fait tu es originaire du coin ?
- Non, je suis de la côte Est.
Sean s'arrêta de marcher et proposa de s'asseoir sur le sable. La mer devant eux offrait un spectacle reposant.
- Tu as tout quitté pour venir ici ?
- Famille et amis. Mais on se téléphone régulièrement.
- La peur de l'inconnu ne t'effraie pas ?
- Si je suis venu à Los Angeles c'est parce que j'avais une opportunité, mais jamais je n'aurais fais le voyage si je n'avais eu aucun contrat.
- Prudent.
Andrew laissa son regard se porter sur les vagues fracassantes d'abord, caressantes ensuite.
- Tu n'as pas du connaître ça souvent.
- Quoi ?
- La plage.
- En effet, là où j'habitais je ne pouvais y aller tous les jours. Avec Hallie je me rattrape. Je suis pas trop mal doré, dit-il en montrant son bras.
- A la lumière de la lune difficile à dire.
Andrew lui sourit. Il le regarda un long moment dans cette atmosphère idyllique, le script aurait voulu un baiser, mais dans la réalité rien de tel ne l'y obligeait. Au lieu de s'aventurer sur ce terrain inconnu, Andrew proposa de retourner à la maison.
Pendant leur petit tour forcé, Mark armé de son appareil photo immortalisait une nouvelle fois sa famille. Les photos de ses proches ne se comptaient plus.
- Déjà de retour, fit-il l'objectif en main. Gardez la pause, dit-il avant de presser sur le bouton.
- C'est pas juste, je n'ai pas eu le temps de me cacher, fit Andrew.
- Moi ça fait des années que j'essaye de me cacher, l'informa Mélinda un verre de vin à la main.
- La collection de photo qu'il a d'elle est incroyable, rajouta Sean, aujourd'hui avec le numérique c'est encore pire.
- C'est mon métier, se défendit Mark.
- Du harcèlement tu veux dire.
Mark se retourna vers Brooke.
- Tu trouves que papa fait trop de photos ?
- Oh non, moi j'adore quand tu fais des photos.
- La vérité sort de la bouche des enfants, dit-il fièrement.
Et une allusion de glisser, une !
La petite fille courra vers Sean et Andrew.
- J'en veux une avec tonton Sean et son amoureux.
Andrew ne put s'empêcher de rire.
- L'amoureux de tonton Sean sera ravi de poser avec toi et lui, répondit-il.
- Et bien si l'amoureux est d'accord, fit Mark, prenez la pause.
Il entreprit une série de photo des plus classiques aux plus grimaçantes, le reste de la fratrie vint les rejoindre pour ce fabuleux concours de singerie.
Les enfants allèrent ensuite se coucher, Mélinda débarrassa la table avant de les border et de redescendre avec un message.
- Brooke espère te revoir bientôt, fit-elle part à Andrew.
- Si j'en ai la possibilité se sera avec plaisir.
La soirée avait été un véritable succès.
Au volant de sa décapotable allemande, Sean raccompagnait Andrew chez lui. Ce dernier les yeux rivés vers le ciel appréciait cette balade nocturne et plus que jamais sa vie ici.
- Je crois sans me tromper que tu leur a plus.
- L'amoureux a donc passé avec succès le test de la famille, osa dire Andrew dans tout le détachement qu'il se força d'avoir.
- Oui, sacré Brooke, répondit Sean.
- Sacré Brooke.
Lorsqu'il se gara devant l'immeuble de brique rouge, Andrew lui proposa de prendre un dernier verre.
En passant la porte d'entrée Sean s'inquiéta de l'état de santé de sa voisine de palier, malgré tout, son absence de l'appartement le réjouissait. Les lampes allumées offraient une intimité de fin de soirée.
- Ne t'en fais pas pour Hallie, ce n'est pas très grave. Elle souffre d'une Laymonthite aiguë.
- Une Laymonthite aiguë, s'interrogea Sean bien qu'il se doutait que cela avait un rapport avec lui, le nom scientifique bien trop proche de son patronyme.
Andrew se dirigea vers le réfrigérateur et ramena deux bières.
- Une Laymonthite aiguë, expliqua-t-il en lui tendant une bière, est une maladie qui vous surprend soudainement, l'individu se retrouve comme paralyser lorsqu'il est en présence de l'agent infectieux Sean Laymonth.
Sean ébaucha un sourire tout en décapsulant sa bière brune.
- Agent infectieux, c'est charmant.
- Pardon, je voulais dire pathogène.
- Merci, ça semble moins grave dit comme ça.
Ils entrechoquèrent leur bière et portèrent un toast à la santé d'Hallie.
- Pas un mot à Hallie, elle ne voudrait pas que tu la prennes pour une fan hystérique.
- Le secret sera bien gardé.
Sean s'autorisa à flâner de manière naturelle dans le salon. Andrew ne le quittait pas des yeux tout en ayant du mal à croire que Sean Laymonth, une bière à la main, visitait son deux pièces.
- J'ai lu quelque part qu'une "dvdthèque" en disait long sur son propriétaire, fit Sean en s'avançant vers le meuble réservé aux DVD.
- Tu crois à ces choses là, s'étonna Andrew en le rejoignant.
- Autant que le cadi en dit en long sur l'acheteur.
- Et tu en dis quoi, demanda Andrew en regardant l'étagère.
Sean lui jeta un coup d'il avant que son index ne parcoure l'ensemble de la collection.
- J'en dis que tu as bon goût et que moi aussi je suis également fan de cette série.
Andrew détenait la collection complète de LA série qui avait bercé son adolescence, l'histoire de quatre adolescents grandissant dans l'univers bucolique d'une bourgade de Caroline du Nord et où la découverte des sentiments amoureux tenait une place essentielle dans le scénario.
- Tu veux qu'on la regarde ?
- Une prochaine fois, ce soir je pense que j'aurais du mal à garder les yeux ouverts.
Andrew alla se poser sur le canapé, laissant Sean le soin de faire parler sa collection de DVD.
- T'as presque tous mes films, s'exclama-t-il.
- Tu n'es pas le seul à l'affiche, se défendit Andrew.
- Ne sois pas sur la défensive, je constate juste que tu es l'un de mes fans. Ce n'est pas sale.
Andrew rigola volontiers.
- Tu me fais penser à ce sexologue qui donne des conseils à la radio. Il est toujours en train de répéter que rien n'est sale dans le sexe.
- Rien est sale en effet, confirma Sean en s'installant sur le sofa à ses côtés.
Seules une dizaine de centimètre les séparaient.
- Être fan pour toi a une connotation sexuelle ?
- Non je disais ça, juste pour amuser la galerie. Mais il est vrai que dans leur grande majorité les fans ont derrière leur admiration, certaines pensées sexuelles pour leur idole.
La conversation prenait une tournure que Andrew n'aurait jamais imaginé.
- D'accord mais d'autres imagines plus une belle histoire avant le sexe lui-même.
- Quel genre de fan es-tu ?
- Qui t'as dit que j'étais un fan ?
Sean un sourire aux lèvres descendit une rasade de bière.
Andrew voulait à tout prix que Sean ne le prenne pas pour un adorateur devant l'éternel, d'ailleurs il ne se considérait pas comme un fan, juste comme quelqu'un appréciant et suivant régulièrement l'évolution du parcours d'un professionnel des arts et spectacles.
- Très bien tu n'es pas fan. Parlons donc d'Andrew, la personne, fais-tu partie de ces autres qui imaginent plus une belle histoire avant le sexe.
- A cette question je répondrais oui.
- Est-ce que Andrew est un de mes fans, lui demanda Sean juste pour le taquiner.
- C'est drôle, fit Andrew d'un air détaché, à ce moment précis le seul rôle qui me vient à l'esprit c'est toi dans ce film d'horreur en train de te faire trucider. Tu peux me rappeler le numéro de ce tueur fou, je crois que j'ai un coup de fil à passer.
A l'occasion d'une pause dans le tournage de "Confidence", Sean en avait profité pour répondre au cinéma qui lui faisait les yeux doux. Un producteur des plus connus dans le cinéma d'horreur le voulait pour la scène d'ouverture de son prochain film "La fin des maux", dans lequel un tueur psychopathe, proclamé éradicateur de la peine humaine, trucidait les âmes en peine. Hors de question que ce soit une minette au gros sein qui crève l'écran ou sans mauvais jeu de mots qui crève à l'écran. La courte scène et non des moins impressionnante avait fait gagné à Sean quelques galons. Les cris de souffrance qu'il poussait faisaient froid dans le dos, tout comme l'expression inoubliable sur son visage, lorsqu'il sentit sa fin proche, vous glaçait le sang.
- Je ne crois pas qu'il apprécierait que je te fil son numéro. Et puis, je suis tenu au secret professionnel.
- Tu as d'autres questions de ce genre ?
Après mûre réflexion la réponse fut non.
Son bras posé sur le rebord du dossier passait juste derrière Andrew, ses cuisses tournées vers ce dernier, les confinaient dans une quasi intimité. Dans le même silence que leur petite escapade à la plage les avait placés, ils se regardèrent un long moment, se détaillant presque. Ils n'avaient jamais été si proches.
D'une voix plus affectueuse et murmurée, Sean brisa le silence.
- Te décideras tu un jour à me poser la question ?
- Quelle question, feignit Andrew.
Un sourire digne de "l'innocence" d'Andrew illumina le visage de Sean.
- Si je suis célibataire.
- Oh, celle là, répondit Andrew en détournant légèrement la tête.
Sean inclina la sienne cherchant ainsi son regard.
- J'ai rencontré quelqu'un, une personne brillante et attachante. Pour l'instant tout se passe pour le mieux, et si les choses continues à évoluer comme c'est le cas actuellement, je pense que je ne serais plus célibataire très prochainement.
- Ravi pour toi, répondit Andrew avec une pointe de déception dans la voix.
Une calamité dans le décodage des signes Andrew n'avait pas comprit qu'il s'agissait de lui.
De son index Sean se saisit de son menton et ramena tendrement son visage vers lui.
- Si les choses continues à évoluer comme c'est le cas actuellement, sur ce canapé où je me trouve tout près de lui, je pense que je ne serais plus célibataire très prochainement.
- Oooh, fit Andrew, tu parlais de moi.
- Juste un petit peu.
Du revers de sa main, Sean lui caressa la joue avant d'approcher son visage du sien et de l'embrasser tendrement.
Après ce baiser tant attendu, Andrew porta machinalement ses mains sur ses lèvres, son rêve donnait les baisers les plus doux qu'il n'a jamais connu.
- Embrasse moi encore.
Avec toute sa tendresse Sean s'exécuta, le baiser langoureux confirmait qu'il ne s'agissait pas d'un songe. Andrew s'abandonna ensuite dans le réconfort de son torse.
- J'ai très envie de dormir avec toi ce soir.
A cette confidence au creux de l'oreille, Andrew eut un mouvement recul. Ses yeux parlèrent à sa place.
- Qu'il n'y ait aucune méprise Andrew, le rassura Sean, quand je dis dormir c'est dormir et pas dormir.
- Très bien, j'en ai très envie moi aussi.
- Sans vouloir précipité les choses, on peut y allez maintenant sinon je crois que je vais m'écrouler avant d'atteindre la chambre.
Laissant un moment Sean dans la chambre, Andrew alla se préparer dans la salle de bain, quand il y la regagna, l'homme qu'il avait laissé en tenue de soirée s'était transformé en mannequin pour sous-vêtement. Et quel mannequin ! Des photos de Sean peu vêtu Andrew en connaissait, comme celle vantant les mérites d'une crème solaire ou bien celle d'une gamme de produit douche destinée aux sportifs. Ses pectoraux et abdominaux n'avaient aucun secret pour lui encore moins pour Hallie dont l'ordinateur contenait essentiellement des photos de son idole à moitié nu. Mais à cet instant, loin du papier glacé et de l'encart publicitaire, ce corps d'athlète prenait une autre dimension. Woah avait pensé Andrew en passant la porte. Ses yeux ne purent s'empêcher de le regarder de haut en bas en passant par le milieu, où visiblement shorty gardait jalousement la partie de son anatomie qu'Hallie tentait de deviner sur chacune de ses photos.
- Tu as déjà défait le lit, constata Andrew.
- Quand je te dis que j'ai sommeil je ne plaisante pas.
Sean redonna forme à un oreiller, la vue de ses biceps en action donna à Andrew des idées malsaines, il se répéta alors ce qu'il s'était dit face au miroir de la salle d'eau "jamais le premier soir". Ces mots devinrent ainsi le let motive de sa nuit.
- Tu as une préférence ?
Andrew bascula à nouveau dans la réalité et, à son vu de chasteté pour cette première nuit.
- Choisit le côté du lit qui te conviens, je dors au milieu en général.
- Ok, je prends le côté fenêtre alors.
Sans attendre, Sean se glissa sous les draps. Il plaça l'oreiller d'Andrew bien au milieu pour être sûr de l'avoir à côté de lui toute la nuit.
- Viens, l'invita-t-il.
Comme un parfait petit soldat Andrew souleva les draps et entra volontiers dans ce lit qui accueillait pour la première fois en son sein un autre que lui.
Sean l'enlaça sans attendre.
Après quelques instants de tendresse Sean lui fit l'éloge de la douceur de son tee-shirt.
- Tu te fiches de moi ?
- Non, c'est juste qu'il est très doux et, qu'il cache parfaitement le moindre centimètre carré de ta peau.
- J'n'ai pas envie d'attraper froid.
- On est à L.A. la seule chose dont tu devrais avoir peur d'attraper, la nuit c'est un coup de soleil.
- C'est une vielle habitude que j'ai gardé de la côte Est.
Sean glissa sa main sous sa manche et lui caressa l'épaule.
- Si t'es contre moi tu ne risque pas de prendre froid, dit-il dans toute sa candeur.
- Tous les moyens sont bons.
- Non, c'est juste que si j'ai envie de caresser du textile je prends un oreiller.
Andrew lui donna le sien du tac au tac, le rire de Sean raisonna aussitôt dans la pièce. Puis sous son regard complice Andrew enleva le tee-shirt et, seulement le tee-shirt, avant de retrouver les bras de Sean qui visiblement préférait ce contact.
- C'est vrai que tu es bronzé.
- Tu l'as dit toi-même tout à l'heure on voit pas grand-chose à la lumière de la lune. De surcroît dans la pénombre il ne peut en être autrement.
- D'accord j'ai rien dit. Fais de beaux rêves.
Quels rêves de plus pouvait-il faire se demanda Andrew. Son plus grand le serrait tout contre lui.
- Je me sens si bien, murmura-t-il.
- Je me sens si bien aussi, répondit Sean en échos.
Ils s'endormirent jusqu'au petit matin sans qu'ils ne se réveillent une seule fois.
9
Un soleil des plus radieux resplendissait sur toute la côte, l'appartement inondé de lumière aurait pu faire l'objet de prise de vue pour un magazine de décoration d'intérieur. La chambre, dont le rideau filtrait à peine la lumière du jour, se réveillait peu à peu.
Tourné vers la fenêtre, Sean dormant comme un ange fut bientôt la victime d'un réveil en douceur. Plaqué contre son dos, Andrew parcourait sa nuque de baiser. Un sourire indéniable s'entendit dans son premier souffle.
- Bonjour toi, dit-il sans se retourner.
- Bonjour. J'ai essayé de lutter et de te laisser dormir mais, c'était plus fort que moi.
- Y a pas mal, répondit-il les yeux toujours fermés.
Après quelques instants de ce contact rapproché, Sean reprit la parole.
- Est-ce que je sens bien ce que je sens ?
- Oui, c'est bien ce que tu sens, répondit Andrew en l'embrassant dans le creux du cou.
- On s'était pourtant mis d'accord, souligna Sean.
- Oui, mais je ne suis qu'un homme, se justifia Andrew en lui mordillant le lobe.
- Moi qui te croyais plein de bonnes intentions.
- Je sais comment me faire pardonner, lui susurra-t-il à l'oreille.
Sean se retourna aussi vite qu'il ne fallait de temps pour le dire, à l'image d'un fauve surprenant sa proie il se saisit d'Andrew et l'allongea sur lui.
- Quand as-tu remis ton tee-shirt, lui demanda-t-il droit dans les yeux.
- Au petit matin, répondit l'accusé avant de le soudoyer d'un baiser. Tu étais à l'autre bout du lit et moi de l'autre, je n'ai trouvé que le tee-shirt pour me tenir chaud.
Andrew se perdit dans son malicieux regard marron qui prenait un reflet or à cause de toute cette lumière dans laquelle baignait le lit. Ses mêmes yeux le couvrit de tendresse l'instant d'après pendant des secondes ressemblant à l'éternité.
- Et comment comptes-tu te faire pardonner ?
- Un petit déjeuner t'attend sur le bar de la cuisine.
- Un bon début mais pas assez.
- Je trouverais bien un moyen.
Assis au bar de la cuisine devant son bol de céréales, Andrew ne pouvait s'empêcher d'observer Sean prenant le plus naturellement du monde son petit déjeuner. Les cheveux ébouriffés, les coudes sur la table, Sean, toujours en sous-vêtement, mastiquait ses pétales de blé en veillant bien à ce qu'ils fassent des cracks cracks cracks bien raisonnant. Il fit un clin d'il à Andrew lorsqu'il porta son verre de jus de fruit à sa bouche.
- Du jus d'abricot, demanda-t-il.
- Oui, je n'aime pas le jus d'orange, mais comme j'aime bien l'idée d'avoir un jus orange à mon petit déjeuner j'ai opté pour l'abricot.
Sean ne put s'empêcher de sourire en déposant son verre avant de reprendre son concert de corn-flakes.
- Il fait super beau, constata-t-il la bouche à pleine.
Andrew qui n'avait rien compris lui répondit comme il lui avait parlé, mais en faisant semblant d'avoir la bouche pleine.
- Désolé, mais parfois je me laisse aller, dit-il en déglutissant. Je trouve que c'est marrant.
- Ça l'est, tout comme le bruit que tu fais quand tu manges tes céréales.
- Ma mère me surnomme "petit porc".
- C'est mignon, répondit Andrew dans un éclat de rire.
- Aussi mignon que ce garçon, que je connais, qui porte absolument des tee-shirts pour dormir la nuit, et qui tient à son jus couleur orange. Il a d'étranges habitudes mais ça me plaît.
Il se leva légèrement du tabouret, s'appuya à l'aide de ses avant-bras sur le bar et l'embrassa furtivement.
- Lui, il est super mignon, affirma-t-il ses yeux plongés dans les siens.
Sean se mit à débarrasser malgré les protestations d'Andrew et fit la vaisselle sous son regard presque incrédule. Même de dos il relevait de la perfection. Son regard d'abord porté sur son dos athlétique descendit rapidement sur ses fesses toutes aussi athlétique et toutes aussi cachées. Rêveur, le seul lien qui le retenait à la réalité résidait dans le son de l'eau s'écoulant du robinet.
Lorsque Sean l'interrogea sur le programme de la journée, il surprit l'attention peu discrète que Andrew accordait à son fessier. Un sourire de circonstance apparut sur lèvres avant qu'elles ne reformulent la question.
- Il est 11 h 30. Tu as une idée de ce qu'on peut bien faire de la journée ?
- Pardon ? J'étais ailleurs.
- Je disais qu'il est 11 h 30 et je voulais savoir à quoi on passerait la journée, dit-il le torchon dans les mains.
- On fera ce que t'as envie de faire.
Il se dirigea vers l'étagère à DVD et prit le coffret de la série dont ils partageaient l'adoration.
- A moins que tu ne préfères regarder mes fesses toute la journée, je te propose de regarder ça.
- Mais je ne regardais pas tes fesses, infirma Andrew en virant au rouge. Je regardais ton dos.
- Le dos est un peu plus haut, et ton point de regard était quant à lui beaucoup plus bas. Mais je ne t'en veux pas, dit-il en s'approchant le DVD dans les mains.
Il déposa le coffret sur la paillasse du bar sur laquelle il y appuya ses mains, de la sorte il encadrait Andrew.
- Ce n'est pas sale, dit-il en l'embrassant par répétition pendant plusieurs secondes. Allons mettre le DVD car sinon je ne réponds plus de moi.
- Y aussi un lecteur dans ma chambre.
- Je préfère le canapé, dit-il en allant s'y allonger. Met le et rejoins moi.
L'étroite partie assise du sofa permettait à Sean d'avoir Andrew tout contre lui, sa peau en contact permanent avec ce tee-shirt qu'il affectionnait tant.
Après quelques heures la faim se fit sentir, Sean se dirigea en cuisine pour leur préparer un truc vite fait. A genou dans le canapé Andrew ne ratait pas une miette de la scène. Le chef Sean aux fourneaux semblait maîtriser l'art de la cuisine. L'expression de son visage montrait un réel plaisir, il allait et venait entre la table de travail et la plaque de cuisson avec la certitude de savoir ce qu'il faisait. Lorsqu'il fouilla les placards à la recherche d'aromates, il fut surpris de ne rien trouver.
- Tu connais l'existence des condiments et autres herbes aromatiques ?
- Je ne connais que friture et pâtes à l'eau.
- Faut vraiment que je t'apprenne.
- Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques.
- Je sais dans quoi je m'embarque et j'adore.
Sean ne parlait plus cuisine.
Une déclaration à demi mot qui fit naître un sourire attendrit sur les lèvres de son petit journaliste.
- Comment t'as appris ?
- En regardant ma mère, et puis avec Mélinda.
- Très bonne cuisinière je dois dire.
- Epouse, mère, cuisinière modèle.
- Comment ils se sont rencontrés avec Mark ?
Sean dressait le couvert en même temps qu'il surveillait la cuisson de son plat.
La rencontre tout à fait hasardeuse de Mark et de Mélinda s'était déroulée dans un parc de la ville. Mark s'y rendait souvent pour y faire des photos et, Mélinda pour s'adonner à la lecture sur un banc. Le lieu grouillait d'enfants, de famille, d'amoureux et de marcheurs. Son objectif croisa un jour cette femme posément assise un livre à la main, qui ramenait de temps à autre une mèche derrière son oreille. Absorbée, elle ne voyait plus le monde autour. C'est lui qui la vit d'abord. Les semaines passèrent et il l'a retrouvait toujours assise sur le même banc, un livre différent à chaque fois mais elle n'avait pas perdu l'habitude de replacer sa mèche, toujours la même. Un jour, il prit son courage à deux mains, et lui demanda si elle accepterait de poser pour lui, d'abord méfiante elle ne donna pas tout de suite son assentiment. Ils discutèrent longuement. Les doutes une fois envolés, elle s'y prêta volontiers. La semaine suivante, elle admira son travail, jamais elle ne s'était trouvé si belle sur une photographie. Il lui montra celles qu'il avait prise de la vie aux alentours, de ses enfants jouant sur les balançoires, de ce couple âgé nourrissant les canards, de ces amoureux à l'ombre d'un arbre. Le tout immortalisé dans un noir et blanc qu'il aimait à travailler. Voyant la dame conquise, il lui proposa de se revoir et leur histoire continuait encore aujourd'hui.
- Jolie petite histoire.
- A table.
Les yeux rivés sur son assiette, Andrew se demandait ce que cela allait donner, son premier coup de fourchette fut suivit de nombreux autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Il n'arrêtait pas de complimenter le chef.
- Y a de la glace au congélateur, mentionna Andrew.
- Je sais mais je comptais la garder pour ce soir. Je mettais dis qu'on aurait pu prendre un bain et qu'on s'amuserait à manger de la glace alors que nous serions plongé dans de l'eau chaude, dit-il sur un ton des plus romantiques. Mais si t'as vraiment envie de ta glace, conclut Sean en feignant de se lever pour aller la prendre.
Qui était cet homme dans sa cuisine se demanda Andrew ? Certainement un mutant ou bien le fruit de son imagination un peu trop prolifique depuis 24 heures. Il pouvait être tout, mais ne surtout pas exister. Cette personne au corps d'adonis assise en face de lui, était du matin, bavardait même ensommeillé, ébouriffé au possible il restait toujours aussi beau, et comme si cela n'était pas suffisant il savait cuisiner. Et pour couronner le tout, il débordait de tout un tas d'attention incroyable. Mais qui es-tu avait-il envie de lui demander. La question lui brûlait les lèvres.
- Tout bien réfléchis, je n'ai plus faim.
- Sage décision.
Ils retournèrent s'affaler dans le canapé.
Alors que Sean plongé dans l'action du film ne pensait à rien d'autre, la concentration d'Andrew s'effritait. Ses yeux posés sur l'écran s'y détachaient pour se porter par intermittence sur le réveil et vers la baie vitrée à la recherche de la position du soleil. Ce dernier de plus en plus descendant combiné aux heures de plus en plus ascendantes faisaient approcher dangereusement l'heure de la délectation. Délectation des papilles et des pupilles. Comment pouvait-il rester concentré avec l'image de Sean complètement nu dans la tête ? Soudain il eut un regain de stress. Comment pourrait-il caché "la joie" qu'il aurait certainement en partageant ce bain ? Il ne voulait pas que Sean le prenne pour un obsédé sexuel déjà qu'il l'avait surpris à reluquer ses fesses, il ne manquerait plus qu'il face la connaissance de son indicateur de joie.
Dans un souci de paraître plus innocent que l'on peut être à son âge, Andrew se chargea de la préparation du bain.
Quand Sean arriva dans la salle de bain, il crut être en face d'un pot recouvert de chantilly, la baignoire faisait office de pot et la mousse de chantilly, une chantilly qui flirtait étrangement avec le plafond.
- Je ne crois pas me tromper en disant que tu les aimes moussant tes bains.
- Tu as tout à fait raison.
- Pourquoi tu as les yeux fermés ? Tu as de la mousse dans l'il, demanda-t-il en riant.
- Et toi, tu as la glace et les cuillères ?
Sean avait beau les agiter que Andrew ne les voyait.
- Répond moi.
- Oui.
- Donne les moi pour que tu puisses entrer sans risquer de perdre l'équilibre.
- Et toi réponds moi. Pourquoi gardes tu les yeux fermés ?
- Parce que.
- Ouvre les.
- Tu es nu ?
- Heu non.
Andrew se décida à les ouvrir et vit pour sa plus grande satisfaction que Sean, la glace à la main, portait toujours son unique bout de tissu de la journée.
- Tu vas te moquer de moi.
- Après l'abricot et le tee-shirt, tu peux difficilement faire mieux.
Andrew lui balança un peu d'eau.
- C'est une blague. Alors qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne veux pas te voir nu, je veux te découvrir nu. Tu comprends, on fait tellement tout à l'envers que j'ai envie que ça, ça soit comme ça doit être.
- D'où la reproduction du Mont Blanc dans ta salle de bain.
- Tu vois tu te moques.
- Non je ne me moque pas, dit-il en s'accroupissant. Je te comprends et je suis d'accord. Prend ça et ferme les yeux, dit-il en lui tendant la glace dans laquelle il ficha les cuillères.
En moins d'une seconde Andrew l'entendit entré dans l'eau. Chacun à une extrémité de la baignoire faisait face à une montagne de mousse.
- Tout se passe bien de ton côté, demanda Sean sur un ton blagueur. Si tu ouvres les yeux et que tu ne me vois pas, c'est à cause de la mousse et non pas parce que tu serais devenu aveugle.
- Très drôle Sean, très drôle.
Tel un aventurier des régions polaires, Sean, avec ses seules mains pour outils, se fraya un passage dans l'iceberg de mousse, creusant avec acharnement et peine chaque centimètre carré de l'épaisse montagne de bulles savonneuses. Ses efforts furent rapidement récompensés par la vue du trésor qu'il avait recherché depuis des années.
Lorsqu'il apparut enfin, Sean était gratifiée d'une auréole de mousse.
- J'espère que tu notes ce dont je suis capable de faire pour
, dit-il en le regardant longuement avant de poursuivre,
de la crème glacée.
- Je suis persuadé que tu as bouffé le clown qui vendait le pot de glace.
Ils barbotèrent et se chamaillèrent comme des enfants.
Immergé dans une eau où la mousse avait baissé à vue d'il Sean songea sérieusement à son contrat.
- Je crois que je viens d'exploser ma clause de non prise de poids comme je viens de m'exploser le ventre.
- Je pense que beaucoup de personne aimerait avoir ton ventre "explosé" tellement explosé qu'on voit très nettement tes tablettes de chocolats. Tu devrais dire ça devant Hallie tu serais sûr d'avoir quelque chose de vraiment explosée, ta tête.
- Je pensais que vous passiez vos journées ensemble ?
- Oui, mais aujourd'hui mon portable est débranché et elle a du voir ta belle allemande en bas de l'immeuble. Ne t'en fais pas pour elle dès que tu seras parti elle donnera signe de vie.
- J'n'ai pas envie de partir.
Andrew resta muet.
- Je veux rester. Je peux ?
- C'est évident que tu peux. J'ai perdu l'habitude de dormir seul.
- C'est marrant, tu perds très vite l'habitude de dormir seul mais, ton tee-shirt, il est coriace !
Sean reçut de l'eau au visage.
- Je te préviens ce soir je dors nu, j'ai plus rien à mettre, annonça-t-il.
- Ok, du moment que je ne vois rien.
- Affaire conclue. Ferme les yeux, je sors.
Andrew s'exécuta et se prélassa encore un peu, Sean dans la chambre se sécha avant de s'entourer du drap blanc qui les avait couvert la nuit précédente. Affublé de sa toge il s'arrêta devant la salle de bain.
- Je peux consulter mes mails ?
- Vas-y je t'en prie. L'ordi est quelque part dans le salon.
Quand Andrew le rejoignit plus tard, Sean avait terminé et s'amusait de se voir en fond d'écran.
- Fais moi penser à te donner une photo plus récente, dit-il en s'adressant à Andrew qui se servait un verre d'eau.
- Oh merde, t'étais pas censé voir ça.
- Et quelle évolution professionnelle tu notes en m'ayant en papier peint sur ton bureau ?
- Ton jeu de regard, répondit Andrew faussement convaincu par son argument.
- Tu es mon fan, entonna Sean en quittant sa chaise et en paradant dans le drap blanc.
Il continua sa chansonnette en décrivant des cercles autour d'Andrew.
- Arrête dis pas ça.
- Ce n'est pas sale. En plus, c'est celle que Mark et moi avions choisie pour l'interview.
- Non sérieusement Sean. Je ne veux pas que tu crois que je suis un fan, je ne veux pas que tu penses que si je suis avec toi c'est parce que t'es Sean Laymonth. Cette photo c'est un pense bête.
- Un pense bête, répéta Sean en reprenant son sérieux.
- Oui, un pense bête qui me dirait à chaque fois que je le verrais, que je mérite quelqu'un comme toi, gentil, drôle, intelligent. Je rajouterai pas trop moche sinon je passerai pour un hypocrite. A l'époque tu représentais l'idéal que je me faisais, l'homme que je rejoignais dans mes rêves. Et en te voyant en fond d'écran je me disais qu'il y avait quelqu'un d'autre comme toi fais pour moi. Voir ta photo me permettait d'y croire, ma route à croiser le chemin de tellement conard, que te voir me redonnais espoir.
Sean n'avait jamais rien entendu de si touchant à son sujet, il prit Andrew dans ses bras et l'étreignit comme jamais il n'avait étreint personne. La tête posée au creux de son espoir, Andrew réalisa que ce par quoi il avait du passé semblait nécessaire pour apprécier encore plus ce cadeau de la vie.
Au même instant Sean réalisa quant à lui que sous ce tee-shirt se trouvait un amour sincère.
- Tes yeux sont ouvert, lui demanda Sean au bout d'un moment.
- Oui, pourquoi ?
- Ne regarde pas en bas, mon drap vient de tomber sur mes chevilles.
Ce moment de tendresse laissa place à un moment de rire complice.
Confortablement étendus dans la couche douillette ils se laissèrent aller à quelques élans de tendresse, la main de Sean caressant le dos d'Andrew blottit tout contre lui. Le geste répété et délicat donnait l'impression que cela avait toujours été le cas, évacuant même l'idée que leur histoire était toute récente. Un couple solide et qui s'aime voilà l'image qu'il en ressortait. Pourtant aucun d'eux n'avait encore prononcer le mot aimer même s'ils le ressentaient.
10
De son alarme la plus désagréable, le réveil sonna la fin de cet inattendu week-end. La tête plongée dans son oreiller, Andrew s'empressa de le désactiver en guidant sa main aveugle et tâtonnante sur la table de chevet. Imperturbable à ses côtés, Sean paraissait encore endormi. Andrew émergea peu à peu tandis que Sean s'immerger de plus en plus au pays des rêves. Le radioréveil affichait 6 h 10. Alors que Andrew s'étirait, Sean se mettait en position ftale.
- Tu ne travailles pas aujourd'hui ?
Sean marmonna quelque chose d'inaudible. Face à tant de vie, Andrew alla prendre son petit déjeuner. A son retour, Sean n'avait pas bougé, tourné vers la fenêtre son flanc se soulevait au rythme de sa respiration soulageant ainsi Andrew de la une qu'il s'était imaginé : "Le corps de Sean Laymonth retrouvé inanimé chez un inconnu". Il le laissa et alla prendre sa douche, à son retour Sean persistait dans son coma. Une heure s'était déjà écoulée et il ne semblait pas vouloir se réveiller.
- Sean, je vais bosser, chuchota Andrew en procédant aux dernières vérification.
Le jour s'emparait de la chambre.
- Et mon bisou du matin, quémanda Sean finalement.
Il bondit comme un ressort, enferma Andrew dans le piège de ses bras et bascula en arrière. Leurs corps enlacés rebondirent sur le matelas avant qu'il ne l'embrasse à plus que de raison.
- Je fais le plein pour toute la journée, dit-il souriant.
Ses jambes l'entourèrent comme un serpent entourait sa proie de ses anneaux puissant et inextricable. Il se renversa sur Andrew et l'embrassa généreusement, il renifla l'odeur du parfum qu'il portait dans son cou avant d'y déposer plusieurs baisers. Il lui caressa la joue de sa barbe naissante avant de l'embrasser de nouveau. Andrew constatait sans peine que le plein avait été fait à en croire la lourde jauge appuyée contre son jean.
- Je dois vraiment partir.
Sean se laissa tombé sur le côté.
- Tu bosses pas aujourd'hui, demanda Andrew.
- Je commence en fin de matinée, répondit-il en réajustant le drap afin de dissimuler que tout son corps était parfaitement réveillé.
- La porte d'entrée se verrouille automatiquement tâche de ne rien oublier.
- Ok. Et on se voit quand dans tout ça ?
- On dîne ensemble ce soir.
- D'accord mais chez moi. Je te laisserai l'adresse, et surtout prévoit de quoi te changer, ça t'évitera un détour.
- A ce soir alors.
- A ce soir, répondit Sean en s'étirant.
Dans l'ascenseur qui le menait à l'étage de son bureau, Andrew le téléphone à l'oreille consultait sa boîte vocale. Plusieurs messages, un seul correspondant, Hallie. Tous demandaient des nouvelles de la soirée. "C'est Hallie ça fait une heure que vous êtes rentrés et sa voiture est toujours garée en bas, tout va bien ?" chuchota-t-elle derrière ses rideaux -- "Il est 9 heures du mat' et sa voiture est toujours là, tu pourrais m'appeler" s'indigna-t-elle en plein milieu de son salon -- "Il est 17 heures, tu dois peut-être faire la sieste après avoir coucher avec lui, je veux tous les détails, bises." supposa-t-elle un paquet de biscuits à la main.
Au même moment son téléphone sonna, sans surprise il s'agissait d'Hallie.
- Je suis morte d'inquiétude Andrew !
- C'est pas le répondeur c'est moi.
- Bonjour Andy. Les détails s'il te plaît.
- Pas au téléphone, je passe à ta boutique pour déjeuner.
Il raccrocha sans lui laisser le temps de protester.
A peine avait-il mis le pied hors de l'ascenseur qu'il fut prévenu par Lindsay que Betty l'attendait dans son bureau.
- Bonjour chéri, dit-elle lorsqu'il passa la porte. Tu vas bien ?
- On ne peut mieux.
- Et bien ça ne va pas durer.
Le sourire qu'affichait Andrew se rétracta telle une torture dans sa carapace.
- Y a un problème ?
- Oui, ton article sur Cassie. Je n'ai jamais rien vu d'aussi
bien, dit-elle en rigolant. T'aurais vu ta tête c'était tordant.
Andrew se décontracta et souffla, la première fausse peur de sa carrière.
- Passer 24 heures avec une jolie fille ça te réussit, poursuivit-elle. J'aime la phrase rapportée en accroche : "La vie est trop courte pour se priver de la vivre à pleine dent", ça justifie son caractère. Le reste de l'article est peu flatteur à son sujet mais relaté dans la dignité et le respect. La semaine prochaine il sera dans les kiosques on verra bien si ses avocats nous appellent. Bon boulot, termina-t-elle.
Andrew la remercia et prit connaissance des différents sujets sur lesquels il serait amener à travailler.
Comme convenu à l'heure du déjeuner il retrouva Hallie dans son arrière boutique. Assis autour de la machine à coudre un burito à la main, Hallie n'en revenait pas du déroulement de son week-end.
- T'en as de la chance, soupira-t-elle. Il y a une chose que je ne pige pas.
- Laquelle, s'enquit-il en s'essuyant la bouche à l'aide d'une serviette en papier.
- Vous n'avez vraiment pas couché ensemble ?
- Non.
- Si une star est dans mon lit, moi je lui fais sa fête.
- Le désir ne manquait pas de mon côté mais, tu connais la règle du "je ne couche pas le premier soir."
- Tout le monde connaît cette règle incontournable du bouquin "je ne suis pas en chaleur respectez-vous." Mais je l'aurais bien transgressée.
Andrew mastiquait en souriant.
- Je l'aurais transgressé si j'étais sûr de ne pas le revoir mais, ce n'est pas le cas.
- C'est vrai que tu vas chez lui ce soir. A mon avis j'en connais deux qui vont pas dormir de la nuit, dit-elle d'un air coquin.
A sa grande surprise Andrew ne la contredit pas.
- Je veux tous les détails. Quel genre d'amant il est, quelle taille, et tout ce qui va sans dire.
- Tu ne veux pas qu'on te fasse une cassette ?
- Que je diffuserais sur Internet ! Au moins toi aussi tu l'auras ta sex tape.
Andrew repensa à Mark et à sa généralité des premières fois. Ce soir encore cela allait être une première, rien à voir avec sa première fois, mais sa première fois avec Sean. Dans le feu de l'action il n'y penserait plus, mais pendant les prémices son stress ne restera pas inactif, surtout durant le dîner.
Le plan laissé à son attention permis à Andrew de se rendre chez Sean sans encombre. Le quartier résidentiel qu'il traversait, n'avait rien en commun avec ceux qu'il avait déjà eu l'occasion de voir sur la côte Est. Des maisons plus immense les unes que les autres se dressaient fièrement dans la lumière du soleil couchant. Ce refuge de célébrité tranchait avec les quartiers populaires, bien sûr à cause des bâtisses mais surtout par les clôtures qui se hissaient autour de chaque propriété. Ces murs ou ces grilles ne se rapprochaient en rien de la petite barrière blanche, et offraient un net contraste dans un pays où l'absence de clôture, presque qu'un symbole au même titre que la Statue de la Liberté, empreignait les mentalités. Elles matérialisaient en quelque sorte la frontière invisible entre une star et le commun des mortels. Mais leur présence, avant tout gage de sécurité ne démontrait pas un but conscient de bien délimiter le monde qui les sépare, exception faite certainement pour Cassie. Ce même gage laissait aussi entendre qu'elles ressentaient plus le besoin de sécurité que l'américain moyen.
La propriété de Sean ne dérogeait pas à la règle, un immense portail en fer forgé noir barrait l'accès des lieux. Après s'être présenté à l'interphone la grille s'ouvrit.
Sean à la porte d'entrée l'attendait un torchon négligemment posé sur l'épaule signe qu'il préparait le repas.
- Mon appartement me semble bien petit à présent.
- Ne te formalise pas et entre.
Un baiser à l'arracher, Sean s'empressa de rejoindre les fourneaux. L'odeur alléchante traversait l'immense salon dont la décoration correspondait aux codes actuels. La table à manger déjà dressée, faisait preuve du sens d'organisation de l'hôte.
Andrew s'approcha de la cuisinière digne des plus grand restaurant où des marmites bouillaient depuis plus d'une heure.
- Ça à l'air bon tout ça.
- On ne s'approche pas c'est une surprise. Vas t'asseoir au bar, ordonna Sean en lui filant un coup de serviette sur le postérieur.
Il lui tendit une bière pour patienter.
- Raconte moi ta journée, lui demanda-t-il.
- Rien d'exceptionnel, lui confia Andrew, Betty m'a parlé de l'article que j'ai pondu sur ta grande amie, ensuite me suis consacré à mes prochaines enquêtes et interview, la routine. Et toi ?
- Un début de semaine comme une autre, une lecture du texte avec les scénaristes pour voir si tout s'enchaîne avec fluidité et ensuite on a prévu quelques dates pour le tournage. Journée plutôt cool, j'ai pu rentré tôt pour pouvoir cuisiner et voilà.
Le dring de la minuterie retentie.
Sean se leva, vérifia la cuisson et éteignit les feux avant de lui proposer de faire le tour du propriétaire.
En admiration devant chaque pièce, Andrew ressemblait à un enfant qui découvrait ses cadeaux. La piscine, la salle de sport et le billard captèrent son attention et satisfaisaient ses envies d'activités.
La visite se termina par la chambre à couchée, immense à l'image du reste de la maison, elle dégageait une ambiance chaleureuse et accueillante.
- Ce soir c'est ici que tu vas dormir.
- Quel petit chanceux.
Il s'avança vers la fenêtre et contempla la vue qu'elle offrait sur la ville.
- Hallie te dirait que t'en as de la chance.
- Tu l'as vu depuis ?
- Oui et elle a recouvré sa voix, ma messagerie s'en rappellera. J'ai pensé à toi toute la journée, fit Andrew en se rapprochant.
- Moi également, répondit Sean en l'enlaçant.
Ils échangèrent un petit baiser doux avant que Andrew ne décide qu'il soit plus langoureux. Ses lèvres s'attardèrent de façon inhabituelle sur son cou, Sean littéralement emporté par la douce envie que Andrew suscitait en lui n'en demandait pas tant, du moins pas tout de suite. Leurs bouches se retrouvèrent de nouveau, les caresses d'Andrew furent plus insistantes et passionnées.
- Faut qu'on aille mangé, informa Sean sans le penser véritablement.
- J'ai envie de commencer par le dessert.
- J'avais prévu ce dessert pour après le dessert, marmonna-t-il malgré les lèvres d'Andrew contre les siennes.
- Dans la mesure où depuis le début, fit Andrew la tête au creux de son cou, on fait tout à l'envers, je crois qu'il est normale de continuer dans cette logique.
- Si tu le dis, répondit Sean en le soulevant du sol.
Ils basculèrent dans le lit et se resservirent plusieurs fois du dessert.
Allongé l'un a côté de l'autre, épuisés et reprenant leur souffle, ils virent par la baie que la nuit occupait la ville depuis plusieurs heures déjà.
- Je n'imaginais pas que la soirée aurait débuté de cette manière, fit Sean en allumant la lampe de chevet.
Andrew, un sourire aux lèvres, remonta les draps.
Sean se pressa aussitôt contre lui et l'embrassa dans les cheveux.
- J'aimerais tant rester comme ça toute la vie, laissa échapper Andrew avant de se reprendre immédiatement. Enfin quand je dis ça c'est une façon parler, ne flippe surtout pas.
Sean referma un peu plus son étreinte.
- Ne t'inquiète pas je pensais exactement la même chose.
Andrew soupira de soulagement et rectifia ses derniers propos.
- Ce n'était pas une façon de parler.
- J'espère bien, lui murmura Sean.
Andrew et Sean n'avaient pas eut de véritable coup de foudre, celui qui frappe au premier regard on ne sait pas trop pour quelle raison et, qui fait emballer ce cur qui battait un peu trop régulièrement.
Ils s'étaient laissés une impression qui au fil des jours s'était transformée en une sorte de pensée constante de l'autre, satisfaite par des rencontres que le destin avait programmé. Comme s'ils étaient nés dans ce monde, à la même époque pour se rencontrer, et qu'il ne pouvait en être autrement.
11
Le lendemain, la fatigue de leur courte nuit se fit sentir dès le réveil. Il leur fallu pas moins d'une demi-heure pour se sortir du lit. Les yeux encore endormis, ils allèrent prendre une douche en couple où ils prirent une nouvelle fois du dessert. L'heure qui continuait à s'écouler entraîna Andrew dans une course folle ce qui fit rire Sean, le voir se préparer à toute vitesse était un spectacle qui l'amusait. Avaler à la hâte son petit déjeuner lui valu quelques taches de jus d'abricot spécialement acheté à son attention, les faux départs ne se comptaient plus et son démarrage en trombe laissa une carte de visite sur les pavés de la propriété.
Hallie ne manqua pas de l'appeler aux premières heures du boulot. Tout, elle voulait tout savoir et surtout dans les moindres détails qu'elle comprit par sous entendu particulièrement bien choisit qu'il n'était pas moindre, bien au contraire.
De son côté, Sean bénéficiait aussi de "son Hallie", Mark s'empressa de le rejoindre dans sa loge pendant qu'il s'habillait pour sa scène à venir.
- C'est un sourire qui en dit long.
- De quel sourire tu parles.
- De celui que tu n'arrêtes pas d'afficher, et que tu essayes de cacher en ce moment même.
- Je suis découvert.
- J'espère pour toi que tu t'es couvert.
Sean boutonna sa chemise.
- Alors raconte, ne te fais pas prier.
- Il est arrivé à l'heure, j'étais encore en train de cuisiner, il s'est plus ou moins émerveillé de la villa lorsque je lui ai fais faire un petit tour et la visite s'est achevée par la chambre où là, il m'a fait comprendre qu'il avait envie de commencer par le dessert.
- C'est chaud tout ça, fit Mark.
- La suite l'est plus encore mais, tu n'en sauras rien.
- C'est une affaire qui roule entre toi et lui.
- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme Andrew.
- Ça sent l'amour à plein nez.
- J'en suis définitivement amoureux.
- Ravi pour toi, fit Mark en le prenant dans ses bras.
Ils quittèrent la caravane et allèrent rejoindre le plateau sans se douter qu'un regard vert et victorieux les fixait.
L'oreille collée à l'extracteur d'air du mobil home, Cassie Cunningham, grande prêtresse de l'espionnage n'avait pas raté une seule miette de ces confidences.
L'air peu habituel que Sean portait sur son visage en passant les portes des studios avait attisé sa curiosité. Profitant qu'il saluait les différentes équipes, elle abandonna sa démarche de bulldozer et se faufila tel une vipère agile et sournoise du côté de sa loge. Elle n'avait pas songé à un tel scoop mais, cela arrangeait ses affaires. A présent ses doutes venaient d'être confirmer, et pas par des bruits de couloirs mais, de la bouche même de celui qu'elle voulait à tout prix évincer. Il ne lui restait à présent, que de mettre en place le plan dont elle s'était servie pour rendre public la toxicomanie d'une jeune actrice en lisse pour le second rôle qu'elles se disputaient. Cassie l'avait finalement obtenu avant même que le casting final n'est lieu. Brillante, elle n'avait pas besoin de tout ses coups bas pour réussir dans le métier mais, comme elle le disait si bien elle-même : "il faut savoir mettre toutes les chances de son côté".
Dick Palmer, détective à la petite semaine, tenait un rôle non négligeable dans "ses chances". Sa devise, discrétion et efficacité. Ses honoraires, importants mais justifiés.
Dick tenait son affaire dans les quartiers moyens de Los Angeles. Le principal de ses activités se tournait essentiellement vers les filatures de conjoints qui avaient pourtant jurés fidélité, de recherche d'héritier et d'enquête sur les personnes disparues. A cela s'ajoutait un travail de paparazzi sur commande. Cette pratique naissante, rare et très bien rémunérée, lui convenait parfaitement. Certains artistes, peu scrupuleux, de la télévision ou de la chanson, s'offraient ses services afin de se tirer "une épine du pied" délicate façon pour traduire "la mort médiatique d'un concurrent."
Parmi ses clients, il affectionnait particulièrement Cassie dont l'esprit machiavélique le poussait à faire de son mieux. Cliente régulière, elle lui laissait de généreux pourboire, et chacune de ses visites lui laissait un souvenir impérissable de sa grande beauté. Elle lui plaisait comme elle plaisait à tout le monde, mais ce qu'il aimait encore plus que sa beauté, résidait dans sa volonté de faire tomber les autres.
Sans aucune éthique, il admirait forcément ce trait de caractère. Une femme comme il les aime, disait-il à chaque fois qu'ils se rencontraient.
Bel homme de l'ombre pour ses cinquante bougies, et particulièrement séduisant, il plaisait aux femmes, mais ne correspondait pas du tout au goût de Cassie, pas assez riche et influent, même s'il l'aidait à sa manière dans sa carrière. Elle lui devait notamment, le déclin soudain de toutes les pâles imitations sorties de terre comme de mauvaises herbes lorsqu'elle fit ses débuts fulgurants. En moins deux, il les arrosait de pesticides.
Aujourd'hui, il devait se pencher sur Sean Laymonth.
- Je suis sûr qu'il ne serait pas contre, dit-elle.
Ils se mirent à rire de sa blague des plus douteuses.
- J'ai du mal à croire que Sean Laymonth en est, s'étonna le détective adossé à son vieux fauteuil en cuir.
Le bureau sobrement aménagé ne comportait qu'un meuble du même nom, une étagère et guéridon sur lequel une cafetière posée laissait s'échapper l'odeur de la caféine. A la fenêtre pendait négligemment un store mal descendu d'un côté.
- Avec tout l'argent que je vous donne vous pourriez procéder à quelques travaux, lui conseilla Cassie en jetant un il à sa décoration des plus mornes.
- Je suis quelqu'un de discret, ma décoration est un reflet de ce que je suis.
- Heureusement que vous n'êtes pas d'apparence négligée car vous auriez eut droit.
- Je sais à qui j'ai à faire, dit-il d'un sourire entendu.
- Merci pour le compliment, répondit-elle avec le même sourire.
Cassie qui ne remerciait jamais les compliments adoraient ceux de Dick qui touchaient son moi profond. Mais très vite elle revint à l'affaire qu'elle lui confiait.
- Moi la première, je ne me doutais pas que ce mâle qui a de la testostérone à revendre soit de la jaquette.
- Ce n'est pas sa dernière pub pour cette marque de sport qui dirait le contraire, tant de sueur et de virilité en plus de tous ses muscles
Le visage de Cassie prenait une expression particulière lorsque quelqu'un s'aventurait à faire des compliments sur Sean. L'agacement se lisait sur son visage.
- Bref, dit-elle en le coupant dans ce qu'elle appelait des divagations. Je veux que Sean disparaisse du paysage.
- Parce qu'il est gay ?
- Non bien sûr que non, s'indigna-t-elle. Les gens sont libres d'aimer qui ils veulent. Non, c'est pour les mêmes raisons qui m'ont fait venir les premières fois.
- Vous ne jouez pourtant pas dans la même catégorie.
- Le monde est trop petit pour qu'on se le partage à deux. Je veux régner seule.
- Une reine à pourtant besoin d'un roi.
- Même les reines se sont émancipées, souligna-t-elle en croisant les jambes.
- Un plan d'action ?
- Le même que les autres fois. Des photos compromettantes envoyées incognito à la presse à scandale.
- Et il est avec un journaliste c'est ça ?
- Oui, machin bidule. Celui qui a signé l'article que je vous ai remis.
L'article en question était sa fameuse interviewe.
Le jour où elle l'avait lu, Cassie, qui s'attendait à être décrit comme la pire des enflures, ne s'attendait pas qu'elle le serait dans un style plutôt élégant, bien loin de ceux qu'elle avait pu lire par le passé. Andrew avait apporté une note assez chic, qui sans dire le contraire, confirmait sa réputation. Elle failli presque en être touchée.
- Andrew Pryform, lit-il à haute voix.
- Lui-même. Faites ce que vous avez à faire, dit-elle en sortant ses lunettes solaires de son sac à main de grand couturier.
- Ne vous en faites pas, la rassura-t-il.
- Je veux qu'il tombe au plus vite.
Loin de toute cette conspiration Sean retrouva l'appartement après sa longue et harassante journée de tournage. Il frappa à la porte jusqu'à ce qu'un Andrew ensommeillé vienne lui ouvrir.
- Tu dormais, lui demanda-t-il en entrant.
- Il sera minuit dans environ trois quarts d'heure, alors oui je dormais un peu, voir déjà.
Sean le serra dans ses bras pour se faire pardonner.
- Je suis désolé, je n'ai même pas eut le temps de t'appeler.
- C'est pas grave, le rassura Andrew en baillant jusqu'à en voir le fond de son caleçon.
- Retourne te coucher, je prends une douche et je te rejoins.
Andrew ne demandait pas mieux.
Lorsque finalement Sean le rejoignit il dormait déjà profondément récupérant ainsi sa précédente nuit perdue. Malgré l'obscurité de la chambre, Sean le veilla une bonne heure se disant qu'il avait de la chance. Andrew paisible rêvait déjà, son rêve lui caressant les cheveux, et l'enlaçant toute la nuit.
Les jours suivant virent se dérouler le même scénario Sean arrivant toujours très tard et Andrew toujours très endormi à son retour. Au bout du quatrième jour, Andrew lui donna un double des clefs, Sean ayant pratiquement élu domicile. Il ne retournait chez lui que pour récupérer son courrier et quelques affaires de rechange.
L'appartement accueillait à présent un couple organisé, Sean d'office commis à la cuisine, Andrew se chargeant des autres taches. Des petites habitudes s'installèrent. Quand le planning de Sean se faisait plus léger, ils avaient pour habitudes de se retrouver au restaurant, de flâner ensuite sur la marina en dévorant une glace, une pour deux, car Sean devait à tout prix faire attention. Quand ils rentraient, généralement ils s'attaquaient à un autre dessert, et quand trop de desserts avaient été consommés dans la journée, ils s'attaquaient à la lecture. Un bouquin pour Andrew et un script pour Sean.
Adossés contre les oreillers, les lampes de chevet braquées sur les pages savamment noircies, ils ressemblaient à un couple avec dix ans de mariage au compteur.
- C'est intéressant, lui demanda Andrew.
- Ce n'est pas ce que tu préfères. C'est un film d'action sans cordes au plafond.
- Ha de la baston comme dans l'ancien temps.
- Oui, pure et dure, rien à voir avec les chorégraphies très envolées défiant les lois de la gravité.
Le script, expédié quelques jours plus tôt, faisait suite à la volonté des producteurs de compter Sean dans la distribution. Sa jeune carrière ne permettant pas qu'il soit bankable tout de suite pour le cinéma, il s'agissait d'un second rôle. Mais malgré ça, ils le voulaient. Talentueux il faisait partie de la relève. L'avoir dans le film permettrait de toucher une grande majorité du public féminin et d'apporter un peu de fraîcheur à ce genre de production.
- Et tu vas le faire ?
- Oui, le script me plaît et qui plus est, mon agent n'arrête pas de me dire que c'est bon pour ma carrière.
- Il veut que tu sois un acteur appâtant toutes les générations.
- Tu as tout compris. Il veut que je sois un acteur qui rassemble toute la famille. Pour les filles c'est facile, la série me permet de toucher un jeune public féminin, pour les garçons hétéro leur petite amie me cite en exemple, pour les gays il faut que je montre du sex-appeal
- C'est pour ça que dans le film d'horreur tu sors de la douche, l'interrompit Andrew.
- Exact. Pour les mamans la série est suffisante mais, il me faudrait une belle comédie romantique pour être le gendre qu'elle rêverait d'avoir.
- Et pour les papas ?
- Il faut que ça pète de partout. D'où ceci, dit-il en agitant le script.
- C'est fou comme vous devez bien maîtriser votre carrière, un mauvais film vous plante à jamais ; et si vous faîtes l'objet d'un scandale public, s'en est fini.
- Donc ce film me permettra d'attirer l'attention d'un autre public, plus difficile à convaincre. Il ne se base pas sur mon physique ou l'excitation sexuelle que je provoque.
- Tu vas devoir t'entraîner à bastonner.
- Ça, ça va être génial, répondit-il tout excité.
Andrew prenait plaisir à le voir si frénétique au sujet de son métier.
- Je ne pourrais pas t'aider sur ce coup là.
- Y a une scène sur laquelle tu pourrais m'aider à répéter.
- Ah oui ?
Les yeux de Sean s'emplirent de malice.
- Oui, dit-il en se rapprochant, c'est la scène clef du film, une scène bien particulière, je sauve un otage et je me rends compte qu'il est particulièrement sexy, dit-il en l'embrassant dans le cou.
Ses mains se baladèrent sur le torse d'Andrew.
- Il est transi de froid et je dois le réchauffer, poursuivit Sean.
- Tu permets que je lise le script pour m'imprégner du personnage.
Sean balança le script hors du lit.
- Ça sera pas nécessaire, lui affirma-t-il en souriant.
- C'est une scène bonus, c'est ça ?
- Tu as tout compris.
- Tu devrais avoir honte, protesta Andrew en se laissant embrasser.
Le petit couple de dix ans de mariage retrouva les habitudes de leur premier mois d'union.
12
Au lendemain d'une autre nuit mouvementée en amour, Andrew aurait préféré s'éterniser dans son lit et se reposer toute une vie. Mais une vie aurait-elle suffit ? Pas sûr. Sean, amant passionné et inépuisé, supplantait ses anciens partenaires. Au lieu de perdre une vie à ne pouvoir récupérer, Andrew d'une allure éreintée se rendit à son travail.
Il croisa d'abord Stuart peu bavard contrairement aux autres fois, loin de lui déplaire car la fatigue l'accablait.
Sa caféine en main, il prit l'ascenseur espérant que tout comme lui elle finirait par monter et agir aussi bien que lui devait desservir. Il trouva les gens bizarrement silencieux, le regardant avec un air pesant et dévisageant. Ses cernes devaient être impressionnantes.
Le brouhaha intempestif et ordinaire de son service qui se tue dès qu'il arriva le fit presque s'arrêter. Il salua un petit groupe agglutiné autour d'un seul bureau et alla s'installer au sien. Même assis derrière son écran il sentait les mêmes regards, mais ceux-ci encore plus interrogateur. A un moment où il leva la tête, les autres se détournèrent aussitôt.
- Quelque chose ne va pas ?
La sonnerie d'ouverture des portes de l'ascenseur retentit. Chargées, Betty la bourrique accompagnée de Lindsay la mule, portait non sans peine une colonne de magazines, tous encore encerclés.
- Woah, fit Andrew. Qu'est-ce que c'est que tout ça ?
- Andrew tu es déjà là, sursauta Betty.
- Je travaille ici.
- Oui c'est vrai, dit-elle en rigolant, c'est juste que je ne t'attendais pas maintenant toute de suite là ici, répliqua-t-elle sans une once de décontraction dans la voix.
- C'est quoi tout ça, demanda-t-il à nouveau en désignant les paquets de magazines.
Lindsay et Betty échangèrent un regard.
- C'est une collecte, répondit Lindsay pour palier au mutisme de sa boss.
- Oui, c'est ça ! s'exclama-t-elle en regardant Lindsay l'air de la congratuler pour son mensonge. Une collecte pour le concours nationale de papier mâché, surenchérit Betty pour être encore moins suspicieuse.
- Un concours de papier mâché ?
- Oui, fit-elle timidement.
Elle regarda autour d'elle, tous se demandaient par quelle vrille allait-elle s'en sortir.
- Oui, un concours, qui
se
fait dans tous les services
on doit faire la réplique d'un monument. Oui, c'est ça d'un monument ! s'exclama-t-elle en trouvant son idée convaincante.
- C'est pour bientôt ?
- Oui, oui, on a pas une minute à perdre, dit-elle en arrachant une page qu'elle roula en boule dans sa main avant de la fourrée dans sa bouche.
Mâchouillant en affichant son éternelle joie de vivre, elle invita Lindsay à en faire autant en lui proposant une boule de papier que celle-ci regarda avec hésitation. Dans un langage insaisissable, elle sollicita Lindsay sans relâche qui se retrouva bientôt à mâcher.
Toutes les deux souriantes et appliquées à la tâche, le regardaient en espérant qu'il arrête avec toutes ses questions.
- Vous avez une idée de ce que vous aller faire ?
Betty cracha l'énorme boule de papier baveux.
- Bon sang Andrew ! Tu ne vois pas qu'on est en plein travail !
Voyant son air choqué elle s'en voulue.
- Oh chéri je suis désolée. Décidément je suis la pire des menteuses. Suit moi, lui dit-elle en prenant un exemplaire.
Dans son bureau Betty chercha des explications. Ne trouvant pas ses mots pour lui annoncer la nouvelle, elle glissa le magazine devant lui.
- Un sourire de star pour moins de 90 dollars, lut-t-il s'en vraiment comprendre.
- Pardon chéri retourne le.
Prostré Andrew n'en croyait pas ses yeux, le torchon, comme il l'avait tous appelé, placardait sur sa Une de la journée une photographie de Sean et lui, se regardant tendrement, surplombée d'un gros titre intitulé "Sean Gaymonth" littéralement le Gay du mois.
A l'intérieur d'autres images les montraient au restaurant, à la marina, dans le parc avec les enfants de Mark jouant avec Honey, au dessous de cette photo volée, il y avait d'écrit "Un désir d'être père. Bientôt l'adoption."
L'article qui accompagnait les photos parlait d'une star qui avait toujours été discrète sur sa vie privée ; que tout à présent était clair ; que l'absence de fille à ses bras s'expliquait ; que s'était une histoire Hollywoodien avec son retournement de situation ; d'un homme qui n'était pas à femmes ; d'un coup foudre au premier regard ; qu'ils vivaient un conte de fée ; Andrew devenait le cauchemar de toutes les filles, le journaliste l'avait même surnommé "le briseur de rêve au sourire enjôleur". Il le dépeignait comme quelqu'un à qui on aurait pu donner le bon dieu sans confession. Andrew était devenu, en l'espace de quelques lignes, le loup dans la bergerie. Si on ne l'avait pas laissé entrer, des millions de filles ne seraient pas en train de pleurer dans les chaumières en voyant leur rêve s'écrouler. Elles devaient le maudire. Le journaliste conclut en posant le problème que soulevait cette histoire, Sean continuera-t-il de briller ? La machine à scandale démarrait.
- Tout va bien Andrew ? Tu veux un peu d'eau ? Lindsay, appela-t-elle.
Aussitôt elle répondit présente.
- Non, c'est bon, fit Andrew.
Il fallait réagir et vite. Aussi, il se mua en une autre personne. Son attitude donnait l'impression qu'il ne s'agissait pas de lui.
- Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre, ou plutôt ne pas lire, dit-il sur un ton convaincant.
Betty ne chercha pas à savoir si le journal disait vrai ou s'il ne constituait qu'un ramassis de mensonge. Ce que Andrew faisait de sa vie privée ne la regardait pas. Peu importe, que l'histoire soit vraie ou fausse, elle lui fit comprendre qu'il pouvait compter sur elles.
Elles adoptèrent son jeu de l'indifférence.
- Ils ne t'ont pas attribué le plus moche, dit-elle sur le ton de la plaisanterie.
- Tu en as de la chance, amplifia Lindsay.
Cette dernière phrase au ton le plus sincère réconforta Andrew sans qu'il ne laisse rien transparaître. Il sut à cet instant que quoi qu'il arrive elles seraient toujours là.
De l'autre côté de la ville Sean eut droit aux mêmes interrogations. Tout comme Andrew il ne comprenait pas cette atmosphère lourde et pesante, ces yeux bizarrement braqués sur lui, le silence qu'il provoquait. Un silence instantanément brisé par l'arrivée raisonnante de Cassie.
Aujourd'hui elle aussi avait les bras chargés, elle s'avança vers le petit groupe où se trouvait son très cher partenaire.
- Belle journée, vous ne trouvez pas ?
Assis sur son strapontin Sean la regarda hébété.
- On est en Californie il fait beau toute l'année.
- Encore plus aujourd'hui, dit-elle d'un sourire incisif.
Sean regarda curieusement les magazines qu'elle chérissait fortement contre sa poitrine.
- Oh ça, dit-elle en suivant son regard.
Au lieu de distribuer et d'en tendre un exemplaire à tous les ignorants qui se trouvaient là, elle ne fit même pas mine de les faire tomber, mais les balança au sol comme des graines que l'on jette aux pigeons.
Sean regarda les magazines éparpiller sur le sol, et se vit en couverture.
Menant jusqu'à présent une vie particulièrement rangée, où l'excès n'existait pas, Sean ne se considérait pas comme un produit susceptible d'intéresser la presse à scandale. Les seuls articles, quand il y en avait, se résumaient à des titres très racoleurs "Sean Laymonth fait ses courses", "Sean Laymonth fait de l'essence" , "Sean Laymonth achète du pain". Sa vie privée ressemblant à celle de monsieur tout le monde ne permettait pas une couverture susceptible d'attirer les foules.
Mais aujourd'hui il faisait la Une !
Être en couverture ne lui posait aucun problème, son premier métier avait fait de lui un célèbre cover-boy, maintenant devenu acteur il couvrait la une de plusieurs magazines et ce dans le monde entier. Mais être le cover-boy de ce genre de presse n'entrait pas dans la liste de ses objectifs professionnels.
Le souffle coupé, il ramassa un exemplaire, le gay du mois lit-il, une lettre pour un stupide jeu de mot. La photographie, exempte de tout flou, offrait une netteté incroyable sur leur regard et leur sourire. Cette uvre ne pouvait être l'objet d'un débutant. Comment n'avait-il rien remarqué ? Il finit par l'ouvrir tournant les pages jusqu'au fameux article.
Autour du texte, des photos encore des photos. Ses dernières semaines se retrouvaient immortalisées sur ce papier glacé. En les regardant une à une, il revécu l'instant dans un flash back, le restaurant où Andrew se moquait de la petitesse des plats et de leur prix exorbitant "Quand tu vois le prix, ça te coupe l'appétit, du coup il t'en sert une minuscule portion" avait-il dit et ils en avaient ris. Sur celle où on le voyait à ses côtés gobant sa glace alors qu'il regardait ailleurs, il eut droit à une allusion d'Andrew sur son contrat.
La pire était celle prise en compagnie des enfants, il se remémora cette splendide journée au parc. Un samedi, ils s'étaient décidés à prendre les enfants et de laisser à Mark et Mélinda une journée pour exister en tant que couple. Les enfants et Honey s'en étaient fait une joie. Une nappe de pique-nique, quelques sandwichs et un frisbee rien de tel pour une sortie réussie. Ils avaient joués, ils avaient ri toute la journée sans se rendre compte que quelqu'un dans l'ombre volait leur intimité. Perchée sur les épaules d'Andrew, Brooke les yeux pétillant riait innocemment, accroché au dos de Sean, Patrick le faisait galopé, tandis que Jason essayait tant bien que mal de faire lâcher le frisbee à Honey. Cette photo de famille qui aurait dû se trouver dans un album du même nom faisait l'objet d'un étalage public. Une rage qu'il n'avait dès lors jamais ressentie le traversa. Le passage qui insinuait que le couple qu'il formait avec Andrew le mènerait à sa perte, à la fin de sa carrière, lui donna envie de vomir.
- Tout va bien Sean, lui demanda celle qui s'auto proclamait son ennemi.
Cassie voyait ses rêves de vengeance se concrétiser. Pas de la manière brutale qu'elle espérait mais s'en contentait. Les semaines de filature de son cher détective n'avait rien donné de scandaleux à l'image d'un baiser baveux, mais le doute que les clichés qu'il avait pu obtenir suffisait à mettre en uvre son plan d'extermination. Le trouble des images réussirait à faire réfléchir la conscience publique, les annonceurs et les marques. Elle voyait son déclin en trois étapes, les filles se désintéresseraient de lui, les annonceurs feraient pression pour le virer du casting, et les marques se demanderaient si cette nouvelle "icône" gay n'influerait pas négativement l'idée que se font d'elle leurs consommateurs virils.
- Qu'est-ce que tu veux me voir faire face à la stupidité de certaines personnes ?
- Si j'étais toi, j'aurais été effondrée.
- Tu n'es pas moi et je ne suis pas effondré. Ce qui m'énerve simplement, c'est de voir mes neuves et ma nièce et leur chien dans un torchon pareil ! C'est ça qui me fout en rogne.
- Tu as lu la fin de l'article, lui demanda-t-elle en lui arrachant le numéro des mains et en désignant la dernière phrase de son ongle acéré.
Impassible face à sa remarque, il pensait plus à Andrew, était-il au courant ? Il devait l'être probablement. Mais comment l'avait-il appris ?
- Est-ce que Sean Laymonth continuera-t-il a brillé, lu Cassie à haute voix.
- Est-ce que Cassie continuera-t-elle à être une garce ? Oui ! Et c'est la même réponse à ta question, répliqua-t-il.
- Mais en attendant, tu l'as dans l'os ou devrais-je dire dans le cul, planta-t-elle dans la discussion.
- C'est aussi fin que Gaymonth. Envoie leur un CV, ils manquent de vipère.
En bon professionnel Sean se retira pour tourner sa scène.
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