La rencontre d'une étoile (4)
de KH Brillant


A l'autre bout de la ville Andrew tapait sur son clavier en étant régulièrement dérangé par des appels téléphoniques.
Sa famille d'abord ouvrit le bal, le questionnant bien entendu sur l'article que reprenaient la plupart des journaux télévisés. Les divers clics qu'ils avaient entrepris sur Internet affirmaient que leur fils entretenait une relation avec la star montante du petit écran. Rien en commun avec les petits amis qu'ils lui connaissaient. Sa mère lui reprocha de ne lui avoir rien dit avant même qu'il puisse en placer une, et de reporter à plus tard cette conversation qui ne devait en aucun cas se tenir sur son lieu de travail.
S'il écarta sans peine sa famille, la tâche fut moins facile avec les journalistes, qui par un grand professionnalisme avaient su dégoter son numéro. Toujours la même question : la rumeur est-elle vrai ? Au bout d'une heure la même question devenait une affirmation. Au bout du fil des propositions d'argent l'appâtait pour le récit de cette love story hors du commun qui aurait été banale s'il s'agissait d'une relation hétérosexuelle. Tous voulaient le scoop, la primeur de l'exclusivité sur ce qui allait être le phénomène médiatique du moment. Le standard du magazine fut assailli lorsqu'il coupa son téléphone obligeant Lindsay, une heure plus tard, à débrancher son poste.
- Je sais pas pourquoi, mais ils ne demandent que toi, dit-elle pour détendre l'atmosphère.
- Je suis désolé.
- Tu n'as pas à t'excuser Andrew se sont des choses qui arrivent. Ceci dit rien de tel ne s'est déjà produit. C'est la première fois qu'un des membres du magazine suscite autant d'attention.
Betty sortit la tête de son bureau.
- Vous vous rendez compte qu'ils essayent de passer par moi pour t'avoir Andrew.
- Je suis désolé.
- Ne t'excuse pas. Cette histoire prend des proportions que je n'aurais jamais imaginé possible…avant demain.
Après mûres réflexions, Betty ne vit qu'une solution.
- Andrew, je pense que tu devrais rentrer chez toi. Je te conseille de travailler à ton appartement pendant quelques jours le temps que cette affaire se tasse.
Cette proposition aurait pu sonner comme une sanction si Betty n'avait pas raison. Andrew qui quitta le bureau dans les minutes suivantes ne s'attendait pas à être la proie de journaliste sur le parking. D'un seul coup, ils surgirent de leur planque et foncèrent sur lui le micro en avant, en l'empêchant presque d'avancer. La situation appartenait tout bonnement au surréalisme. Entouré par un demi cercle de vautour, il ne savait plus quoi faire, les flashs et les questions fusaient de toutes parts, certaines chaînes locales en avait même fait un direct. Conscient qu'il devait se taire, il essaya de rejoindre sa voiture mais le flot de micro et de magnétophone tendus le calait dans sa progression.
Le voyant dans cette mauvaise posture, Stuart l'armoire à glace de l'entrée surgit à son tour et l'escorta à sa voiture comme l'aurait fait n'importe quel garde du corps tandis que son collègue servait de rempart entre les journalistes et eux. Andrew le remercia et suivant ses conseils démarra au plus vite. Le portail de l'entrée se referma après son passage, enfermant pendant un temps les journalistes qui ne tardèrent pas à escalader le mur d'enceinte pour se mettre au volant de leur gros 4X4 et reprendre la chasse comme s'il s'agissait d'un safari en Afrique. La tempête médiatique avait commencé.

Le magazine en main, Hallie marchait de long en large dans le salon. Elle avait volé au secours d'Andrew en moins de deux secondes après son coup de téléphone.
- Tu sors avec une star, tu fais la une des tabloïds, ton prochain coup marketing c'est quoi, se renseigna-t-elle en plaisantant.
- Une sex tape ?
- C'est fou, dit-elle en regardant par la fenêtre, ils sont toujours là.
Téméraires, les journalistes faisaient le pied de grue devant son immeuble.
- Leur zoom est vraiment énorme, je m'étonne de ne pas voir Sean avec eux.
- Tu m'avais promis de ne pas revenir là-dessus.
- Oui, pardon je m'égare. Des nouvelles de notre grand ami ?
Andrew lui fit les gros yeux.
- Non, aucune il faut dire qu'avec le fixe et le portable de coupés il ne risque pas de pouvoir me joindre, à part en faisant des signo comme les indiens.
Après une très longue journée à faire le guet, seuls quelques chanceux vautours réussirent à obtenir la photo d'un homme portant une capuche, correspondant au signalement de Sean. Peu habitué à ce genre de situation parfois inextricable il savait néanmoins comment s'y prendre en grugeant les paparazzis.
- Je suis rentré, dit-il en passant la porte.
L'appartement semblait vide, il passa de pièce en pièce, pas l'ombre d'Andrew. Il alla frappé aussitôt chez Hallie qui l'ouvrit avec toujours cette aphonie passagère.
Andrew évacua son stress dans ses bras le serrant plus fort que de raison. Il lui relata sa journée plus proche d'une épopée que d'une journée ordinaire.
- Je suis désolé, fit Sean.
- Tu n'as pas à t'excuser. Je pense que c'est ça de sortir avec une célébrité.
- L'affaire se tassera bientôt et ces charognards s'en iront. Le plus drôle dans tout ça, c'est que j'ai fini ma semaine de tournage. Comme tu es aussi en "vacances" c'est cool, c'est le point positif de l'histoire on pourra passer la semaine chez moi.
- Comment ça se fait ?
Le hasard des plannings fit que pour cette nouvelle saison de "Confidence" chaque personnage avait droit à son propre épisode, et cette semaine le scénario se consacrait à celui de Kathleen interprétée par la revêche Cassie. Sa semaine de gloire correspondait à la crise qui s'abattait sur Sean, il ne pouvait y avoir meilleure semaine.

13

Le réveil, au lendemain de cette journée que tout le monde aurait voulu oublier, prenait des airs de vacances. Le ciel bleu, le soleil éclatant, la couleur turquoise des eaux, la teinte sablée du sol et les immenses palmiers d'un vert d'été donnaient une impression d'évasion. Sur une table de la terrasse surplombée de poutres de bois, un petit déjeuner attendait d'être mangé : croissant, café et jus orange.
Assis sur un transat, les yeux posés sur la piscine Andrew attendait patiemment que Sean ait terminé ses brasses matinales. Son rêve aux muscles tout mouillé alla se rincer avant de le rejoindre emmitouflé dans un peignoir immaculé. Ses cheveux, encore un peu gorgé d'eau, laissaient de fines gouttelettes perlées au niveau de ses tempes, d'un coup d'épaule il arrêtait leur course.
- T'as préparé tout ça pendant que je dormais ?
- Oui, juste avant de me dégourdir le corps.
- Belle journée.
- Le temps est dégagé, répondit Sean en regardant vers la ville.
L'impression d'être ailleurs aurait été totale si la ville ne s'offrait pas en toile de fond.
- Bien dormi, lui demanda Sean.
- Relativement peu.
- On en a déjà discuté, tout finira par se tasser.
- Tu as l'air si décontracté par rapport à ça.
Véritablement insouciant Sean croquait son croissant à pleine dent.
- C'est juste une rumeur, rien de plus. Tu sais ce qu'on dit : "La rumeur fait les stars et les stars font la rumeur".
- J'ai l'impression d'entendre Cassie.
- Ce n'est pas d'elle mais, ça pourrait. Tu vas faire quoi de ta journée ?
Andrew déposa son jus d'abricot.
- Mon boulot. Des articles à rédiger, passer un coup de fil à mes parents pour m'excuser de ne pas leur avoir dit que je sortais avec une étoile d'Hollywood. Et toi ?
- Bronzette, répondit-il en ôtant son peignoir blanc. Je compte sur toi pour m'étaler la crème. D'ailleurs, dit-il en le regardant, tu devrais essayer et raviver cette couleur que tu m'as tant vantée.
- Et que tu as approuvé dans la pénombre de ma chambre.
- A ce propos hier soir, elle n'était pas si éclatante que ça.
- Comme ta prestation.
- Dans ce cas tu es un très bon acteur, je devrais faire attention, bientôt tu me piqueras ma place.
- C'est drôle que tu dises ça, je venais justement t'en parler, fit une voix masculine.
Debout dans l'embrasure des coulissants, un homme en costume décontracté rangeait ses lunettes de soleil dans la poche de sa veste. Une barbe de trois jours, le visage légèrement rond, les yeux moins amicaux que d'habitude, l'homme proche de la cinquantaine, venait chercher quelques explications en tant qu'agent et manager.
- Andrew je présume, dit-il en lui tendant la main avant de se présenter, Denis Winch.
Le regard surpris d'Andrew demandait quelques précisions.
- N'ayez pas peur, je ne suis ni journaliste à scandale ni paparazzi. Je suis l'agent de celui que toute la presse, sans exception, qualifie comme étant votre petit ami.
Il prit un moment pour les observer.
- Et à en croire mes yeux, ça m'à l'air d'être vrai.
- Je t'avais donné les différents codes de la maison pour les cas d'urgence, fit Sean.
- Tu ne m'as pas rappelé malgré la dizaine de messages que je t'ai laissé, je suis donc passer voir si tout allait bien. Mais ça m'en a tout l'air, conclut-il en regardant Andrew.
Le ton de la conversation moins amical entre Sean et son agent tranchait avec celles qu'ils avaient l'habitude d'avoir.
Avant même que Sean demande à Andrew de les laisser, ce dernier pris les devants, être pris à partie n'était pas ce qu'il préférait.
- Je vais vous laisser, j'ai un coup de fil à passer.
Denis le dévisagea sur son passage.
- Il est mignon, dit-il quand Andrew n'était plus à porter d'écoute.
- Rassure toi j'ai compris tes messages et c'est pour ça que je n'ai pas répondu.
Dans la chambre située au-dessus de la terrasse Andrew avait du mal à joindre sa famille, et la baie légèrement ouverte laissa entrée des brides de la conversation qui se tenait au rez-de-chaussée. Ecouter aux portes ne faisait pas parties de ses hobbies favoris jusqu'à ce que "fin de carrière" vienne lui chatouiller les oreilles. Lentement il se rapprocha.
- Les annonceurs, les directeurs de casting risque de te laisser tomber. Les filles sont en grandes parties responsables de toute cette frénésie autour de toi. Le cœur de cible se sont elles pour l'essentiel. Tu as beau avoir du talent mais ce n'est pas ce qu'elles attendent de toi. A leur yeux tu es le mec idéal, et très peu nombreuses sont celles qui veulent voir leur mec idéal afficher son histoire avec son petit copain du moment.
- Andrew n'est pas un petit copain du moment, rectifia Sean posément.
- Peu importe, mais pour le moment ce petit copain ne doit pas apparaître à tes côtés.
- J'ai le droit de vivre à l'air libre avec lui. On ne va rester parquer chez lui ou chez moi.
- C'est très joli chez toi pour vos sorties en amoureux.
Sean sentait l'exaspération monter en lui.
- Ne tourne pas cette histoire en dérision. Respecte là.
- Je suis trop inquiet pour ta carrière pour respectez quoi que ce soit pour l'instant. Tu as un fort potentiel. Ne t'égare pas…pour un simple garçon.
- Andrew n'est pas un simple garçon, Andrew c'est l'amour de ma vie !
Sentant le sérieux de sa déclaration Denis revint à un autre niveau de conversation.
- Que dire de plus. Tu es quelqu'un qui marche Sean, si tu ne fais rien, si tu ne démens pas cette histoire, tu cours à ta perte. Tu sais comment fonctionne l'industrie, les apparences avant tout. Même l'amour.
- Sors de chez moi.
- Tu ne pourras pas dire que je ne t'ai pas prévenu.
- Sors de chez moi, insista lourdement Sean.
- Sean tu seras le responsable de ton propre naufrage.
- DEHORS !
Face à son agressivité Denis se décida à partir regrettant que son poulain ne fasse pas le choix de l'argent.
Pour Sean, il n'était pas imaginable d'abandonner Andrew au profit de sa carrière aussi brillante soit sa destiné. Ce qu'il avait trouvé en Andrew rien d'autre ne pourrait lui apporter. Tirer un trait sur lui serait tirer un trait sur sa vie. Comment continuer en sachant avoir abandonné ce qu'il y a de plus beau ? Ses futurs succès ne sauraient compenser ce sacrifice. L'amour était là et valait bien plus que l'argent, les récompenses et les audiences. Son choix était fait, Andrew envers et contre tous. Démentir serait le renier. Démentir serait le tuer. Démentir serait profaner ce lien particulier. Il ferait front un point c'est tout.
Andrew c'est l'amour de ma vie ! Les mots raisonnaient encore dans l'air. Impossible d'y rester insensible. Des mots forts, des mots vrais. Des mots que Andrew n'aurait jamais cru entendre du moins pas maintenant, pas si tôt, peut-être même pas de lui. Mais la force n'attend pas le nombre des années. Ce qui avait été dit était dit. Être l'amour de sa vie et en même tant ce qui allait la détruire. Comment deux choses bien distinctes pouvaient se retrouver en lui, se demanda-t-il ? Sean avait décidé de l'aimer jusqu'à sa propre perte, alors que son amour à lui n'allait rien détruire. L'amour de Sean lui apporterait le meilleur, le sien que le mauvais. Sean le construirait et lui le détruirait, alors qu'ils avaient ce même amour. Sean s'offrait en sacrifice, Andrew n'en demandait pas temps, son amour suffisait. Mais l'un ne semblait pas aller sans l'autre. Pourquoi ? Pourquoi son rêve se compliquait-il ainsi ? Le happy end semblait ne pas avoir de consistance dans cette réalité. Les lois de la vie avaient reprit leur droit, ils ne pouvaient tout avoir. On se sera aimé, pensa Andrew. Pas aussi longtemps qu'il aurait espéré. Leur histoire il continuerait à la chérir même s'ils devaient en souffrir. Avec la rupture, il n'y aurait aucun dommage collatéral. Juste une grande perte de toute une vie, et Sean pourrait ainsi continuer à briller. A ses yeux, il ne méritait pas un tel sacrifice. C'était décidé le sacrifice viendrait de lui.

Confiné pendant plus d'une semaine dans ce bunker de plusieurs millions de dollar, Andrew restait en contact avec le monde extérieur grâce à sa chère amie Hallie, restée seule dans la guerre médiatique. Volontairement agent secret de son journaliste préféré, Hallie 007 lui faisait un compte rendu de ce qui se disait dans le quartier.
Les autres locataires de l'immeuble interrogés sur le sujet ne savaient pas grand-chose de leur histoire, mais Hallie revenait souvent dans leur commentaire.
Lors de sa première sortie de l'immeuble, elle dut subir l'assaut de caméra et de micro pointés sur elle comme un flingue que pointerait un voleur pour obtenir la caisse. Le bruit de sa relation particulière avec Andrew Pryform avait couru jusqu'aux oreilles des vautours. Les flashs crépitèrent, les questions fusèrent, Hallie se sentit star l'espace d'un moment. Elle posa volontiers, mais ne répondit à aucune question. Elle profita de l'antenne pour faire sa propre pub. Elle portait une tenue confectionnée de ses propres mains et incroyablement fashion. Elle glissa dans son interview à l'arrachée l'adresse de sa boutique et après son dixième "sans commentaire" elle se fit traité de conne par un journaliste peu scrupuleux.
- Et tu as fait quoi, lui demanda Andrew par téléphone.
- Je l'ai tabassé à l'aide de mon sac à main.
Le lendemain dans un des canards, une photo d'elle maltraitant un journaliste la qualifiait de petite amie trompée s'en prenant à la presse. "Les baffes de la bafouée" avait sous-titré le journaliste.
Elle lui rapporta également que partout où elle se rendait, il y avait toujours des gens pour donner leur avis sur "L'affaire Sean Laymonth". Et sur Internet les forums de discussion sur ce sujet naissaient sur toute la toile, le scandale se propageait aussi vite qu'une mauvaise gastro.
Devant la propriété de Sean une dizaine de tout-terrain noir attendait sagement une éventuelle sortie des tourtereaux reclus.
Andrew jetant un œil à la caméra de surveillance s'impatientait de les voir partir. Sean une main sur son épaule le rassura comme il le pouvait. Si sa carrière ne se jouait pas, Andrew aurait pu trouver l'aventure médiatique amusante pour un temps, il en aurait rit avant de s'indigner et de piquer une grosse colère. Mais la carrière de Sean se trouvait en danger. Il s'invectivait contre l'acharnement dont ils faisaient preuves et dont ils en étaient la cause.
Incroyablement résistant, les chercheurs de scoop avaient établi campement dans la rue durant les quatre premiers jours.
- Ils n'ont vraiment rien à faire, se résigna Andrew. Ils n'ont personnes d'autres à persécuter, Cassie par exemple elle adorerait.
Cette réflexion décrocha un sourire à Sean.
- Elle se sentirait au paradis, acquiesça ce dernier.
Cassie aurait vendu père et mère pour être sous les feux d'une telle exposition. Ses frasques les plus connues n'avait pas fait la Une quotidienne des différents journaux spécialisés dans ce domaine. Ses conduites en état d'ivresse, ses bagarres en sortie de boite, ses petits amis changeant du jour au lendemain en fonction de sa toilette n'avaient tenu qu'un jour ou deux. Sean aujourd'hui faisait la une et ce durant toute la semaine.

Lorsqu'un envoyé spécial d'une chaîne accès sur l'actualité people lui avait tendu le micro et lui posa une question sur Sean et non sur elle, son sang ne fit qu'un tour.
- Avez-vous un avis sur la vie amoureuse de votre partenaire à l'écran, essaya de lui soutirer le journaliste.
Cassie réalisa que son piège se refermait sur elle, Sean prenait place au devant de la scène tandis qu'elle se retrouvait rencardée au fin fond des back stages. Et sa vie amoureuse personne ne s'en soucis ? Son grand héritier d'un empire financier, on n'en parle pas ? Quelle insulte ! Cassie Cunningham n'était pas de celle que l'on enfonçait dans la trappe des stars déchues. Durant cette semaine de folie médiatique, elle due se satisfaire d'une minuscule photo d'elle sortant de chez un créateur de chaussure. Elle portait d'ailleurs une de ces créations aujourd'hui qu'elle voulait planter dans la gorge de cet insolent.
- Vous n'avez aucun commentaire à faire, l'interrogea-t-il en revenant à la charge.
Cassie se devait d'agir.
- Je dis toujours qu'il vaut mieux qu'on parle de moi, en bien ou en mal peu m'importe, pourvu qu'on parle de moi. C'est le même principe pour la presse qui plutôt de ne pas avoir de bonne Une, en fasse une même si elle n'est pas vrai.
- Vous voulez dire qu'il n'est pas gay ?
Le regard réfutant, elle jeta ses cheveux en arrière, un peu de glamour devant la caméra ça marche toujours.
- Je le saurais s'il était gay.
- Oui mais, plusieurs journaux s'entendent à dire qu'il l'est.
- Ce n'est pas parce que tout le monde s'entend à dire quelque chose que c'est forcément vrai. Ceci est le propre de la rumeur qui gonfle.
- Oui mais, il y a des photos.
- Vous appelez ça des photos criantes de vérité ?
Cassie elle criait à l'intérieure, elle n'en revenait pas de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle se déculpabilisa en pensant qu'elle agissait pour une bonne cause, la sienne.
- Quelques clichés où on les voit ensemble, sans se tenir la main, sans s'embrasser et sans s'envoyer l'air. Excusez-moi mais je n'appelle pas ça des preuves accablantes.
- Oui mais, il y a les regards.
- Les regards, dit-elle d'un ton amoindrissant l'argument qu'il avançait. Je peux avoir le même regard en posant mes yeux sur mon assiette de brocolis. Ils pouvaient très bien penser à autre chose. Tant qu'il n'y a pas de photo de lui la langue dans sa bouche, il n'y a absolument rien.
- Vous semblez vraiment le défendre.
- Je ne le défends pas, parce qu'il n'a pas besoin d'être défendu, parce qu'il n'est pas gay.
- Vous en êtes certaines ?
- Aussi certaine que la fois où j'ai eu sa "gay attitude" en moi, et croyez moi il s'est s'en servir.
Le faux scoop lancé relégua l'ancien au fond des abymes.
Le journaliste d'abord sceptique lui demanda d'avantage d'explication, pourquoi en parler que maintenant, pourquoi avoir tenu leur relation secrète ? Elle invoqua pour réponse le tapage médiatique qu'il y avait aujourd'hui. A l'époque où elle et Sean vivaient une histoire, il n'était pas question pour eux d'ameuter la presse, ils voulaient garder leur relation secrète dans l'intérêt du show. "Confidence" au début de son lancement n'avait cesser de faire les gros titres toutes presses confondues, le succès s'affichait partout. Faire connaître leur relation au grand public aurait selon ses dires desservit la série, il y avait suffisamment de publicité autour pour qu'ils n'en rajoute. Cela aurait pu être catalogué de coup marketing, un coup marketing qui aurait pu coûter cher. Les gens auraient pu bouder la série, les audiences auraient fondu comme neige au soleil et ils se seraient tous retrouver au chômage. Elle ne voulait surtout pas être une étoile filante.
- Vous comprendrez aisément pourquoi ceci est resté un secret.
- N'est-ce pas une ruse inventée de toute pièce par la production et les directeurs de la chaîne pour étouffer le scandale ?
Décidément il ne lâchait pas le morceau.
- Je vais vous confier un secret de polichinelle. Tout le monde sait que je serais ravi de voir la carrière de Sean s'effondrer, cette affaire aurait pu me servir, mais je suis contre le mensonge et je ne peux décemment pas cautionner de telles ignominies.
Son jeu d'actrice convaincant renvoya le reporter chez lui.
Le soir même Cassie donna rendez-vous au plus grand faker de la ville, le lendemain de fausses photos d'elle et Sean recoulant faisait la une des tabloïdes. La langue de la vérité y été affichée.
Sans voix devant l'intervention télévisée de Cassie et des articles des journaux à scandale, Sean se demandait à quoi elle pouvait bien jouer. Néanmoins son petit jeu le servait. La tempête de flash s'arrêta peu à peu, Andrew pouvait regagner l'air libre. Mais il n'avait pas abandonné l'idée de mettre un terme à leur relation. Bien que le tour de passe-passe de Cassie la sorcière ait réussi à berner le monde entier, tôt ou tard, aussitôt qu'ils auraient baissé la garde des questions se soulèveraient de terre tels des morts vivants. La carrière de Sean n'était pas si sauve. Andrew vécu ses derniers jours dans la villa aussi intensément qu'il le pouvait, comme le ferait un malade se sachant condamner.

14

Les jours suivants marquèrent le point de départ de sa décision, les heures tardives du retour de Sean à l'appartement devenaient prétexte à réflexion "tu pourrais faire moins de bruit quand tu rentres, y en a qui bosse demain !", à cela s'ajoutait "non pas ce soir j'ai sommeil". Sean accusait le coup sans rien dire, pire il s'excusait presque des bruits et même de sa libido. Il lui trouvait des excuses, son travail, la pression de rendre un article dans les temps, tout était bon pour que son Andrew ne soit nullement responsable. Même ses petits plats ne lui ouvrait droit à ses félicitations, à ses petits sons d'adoration, et pour couronner le tout, il trouvait même à redire. Quand Sean lui demandait si tout allait bien, Andrew lui répondait que oui. Mais son comportement disait tout le contraire. Distant, moins câlin, il s'éloignait peu à peu. Sean mettait cette attitude sur la routine des trois mois.
Un matin, Sean décidé de reprendre leur relation en main, informa Andrew du dîner qu'il allait préparer pour eux et s'assura qu'il serait bien là. Oui, avait-il dit, compte sur moi. Seul devant son assiette Sean avait attendu toute la soirée, essayant de le joindre sur son portable mais tombant inévitablement sur sa boite vocale. Il se faisait un sang d'encre pensant qu'il lui était arrivé quelque chose. À deux doigts de téléphoner aux hôpitaux, il se ravisa lorsque Andrew daigna refaire surface au même instant.
- Tu ne dors pas, osa-t-il lui demander.
- En partant ce matin, je t'ai dit que je préparais un dîner, non ?
Andrew jeta un œil à la table dressée.
- Oh, je suis désolé ça m'était sorti de la tête.
- T'étais où ?
- Au restau avec des collègues. Sur la 4ème ils ont ouvert un club rétro années 60. La bouffe est bonne et la musique est sympa.
- Et moi qui m'inquiétais pour toi.
- Ben tu vois, fallait pas. Bon je vais me coucher.
- Tu vas te coucher, lui demanda Sean le regard effaré.
- Y a rien de bizarre à ça.
Sean s'approcha.
- Je résume la situation, je me casse le cul en cuisine pour te faire plaisir, tu oublies de venir, tu ne préviens pas, tu rentres à pas d'heure et tu oses me dire que tu vas dormir sans t'excuser, sans dire que tu es désolé ?
- Si c'est ce que tu veux entendre : je suis désolé.
- Non Andrew, ce n'est pas ce que j'ai envie d'entendre, c'est ce que toi tu dois avoir envie de dire. Qu'est-ce qui se passe ?
- Mais rien du tout ? Franchement je ne comprends pas ta réaction, ce n'est qu'un dîner que j'ai raté, ce n'est pas la fin du monde.
- Ce n'est pas qu'un dîner Andrew. Depuis un certain temps j'ai l'impression de tout faire de travers, j'ai beau réfléchir je ne comprends pas. Je n'ai pas l'impression de mériter ton attitude presque méprisante. Je fais tout et ce n'est jamais assez.
Andrew alla se servir une bière dans le réfrigérateur.
- T'en veux une ?
- Ce que je veux se sont des explications.
Il descendit la bouteille d'une traite.
- Je crois qu'il faut qu'on parle, annonça-t-il une fois avoir fait le plein de courage.
Cette phrase, Sean avait eu l'occasion de l'entendre et dans la vie et dans les films. Tout était dit. Mais il ne comprenait pas pourquoi Andrew la lui adressait.
Ils se posèrent dans le canapé, Sean suspendu à ses lèvres.
- Pourquoi j'ai l'impression que ça ne va pas me plaire ?
- Ce n'est pas qu'une impression, répondit Andrew posément. Je crois qu'il est temps pour nous, de nous arrêter là.
- Mais pourquoi, lui demanda Sean désemparé.
- Je ne t'aime plus.
La prononciation de ces mots raisonna aussi fort que la détonation d'une balle de gros calibre.
Tétanisé, touché en plein cœur, Sean réalisait sans peine ce qui venait d'être dit, mais avait malgré tout du mal à le croire.
- Comme ça, ça t'ai venu comme ça, s'étonna-t-il.
- Oui, comme le coup foudre mais dans le sens inverse.
- C'est drôle, exposa Sean, tu ne m'as jamais dit je t'aime mais, tu me l'as souvent montré. Et là, tu me dis que tu ne m'aimes plus et je me rends que tu me l'as souvent montré ces derniers temps. C'est plus facile à dire je ne t'aime plus ?
- Peut-être.
- Et bien moi, je t'aime Andrew.
Ce dernier, sans aucune compassion, le regarda droit dans les yeux.
- Et bien moi, je ne t'aime plus Sean.
Une seconde déflagration, une seconde balle pour être sûr qu'il ne se relèverait pas.
- C'est bizarre quand on veut sortir avec quelqu'un il faut son accord, mais quand on rompt on s'en passe. Ça ne devrait pas se passer comme ça. On devrait en discuter plus longuement.
Cette réflexion générale n'attendait aucune réponse de la part d'Andrew qui campait sur les positions qu'avait pris son personnage.
Cette soirée dénuée de tout sens aboutissait sur une conversation tout aussi insensée. Malgré cela, Sean se leva et rassembla ses affaires en quelques minutes.
Andrew se retenait pour ne pas craquer, sa bière l'aidait à ne plus y voir clair, les bruits des placards se vidant, le zip du sac de voyage se refermant, Sean posté au milieu du salon déposant sa clef sur le bar de la cuisine.
- Tout ça va me manquer, dit-il en regardant autour de lui, tu vas me manquer.
Son regard, posé dans les yeux insensibles d'Andrew, trahissait son immense peine.
- Tu n'as rien oublié ?
- C'est tout ce que tu as trouvé à me dire ?
- Non. J'ai au revoir aussi, et prends soin de toi.
Sean balança la tête et quitta l'appartement. La porte ne se claqua dans aucun fracas, dignement il tira sa révérence forcée.
Suite à son départ Andrew se réfugia dans un sanglot qu'il ne connaissait que trop. Mais cette fois, cette averse de douleur il en devenait l'instigateur.
Des torrents de larmes plus tard, il appela Hallie en renfort, un texto, vite écrit vite expédié, sa voix nouée de pleure n'aurait pu appeler à l'aide. Le temps de la réception Hallie le prenait déjà dans ses bras, à peine avait-elle franchi la porte qu'il s'effondra. Elle le réconforta aussitôt sans savoir les raisons qui l'avaient mis dans un tel état de tristesse et de désespoir. Jamais elle ne le vit l'âme en peine, le regard noyé de larmes. Ses mains le réconfortèrent tandis que ses mots tentaient de le calmer.
- Si tu continus, je vais finir par me mettre à pleurer, lui dit-elle.
Elle voyait en cette plaisanterie le dernier moyen de tempérer son chagrin.
Des rires se firent entendre parmi ses reniflements de tristesse. Opération réussie.
A l'aide d'un mouchoir en papier, elle essuya ses grosses larmes. Elle s'adressa d'abord à lui comme une mère à un enfant qui venait de se faire bobo, avant de redevenir l'amie en quête d'explication.
- Pourquoi toutes ses larmes ?
Andrew se contrôla pour ne pas craquer à la prononciation de ce qu'était la plus grande erreur de sa vie.
- Sean et moi, c'est fini.
- Oh le salaud, il t'a larguer, s'indigna-t-elle.
- Non c'est moi.
- C'est toi ?
- Oui, c'est moi, dit-t-il dans un reniflement.
- Mais pourquoi ?
- Parce que je l'aime trop.
L'incohérence de ses propos poussa Hallie à réfléchir intensément.
- Andy, je te rappel que tu parles à une blonde, dit-elle en empoignant une grappe de ses cheveux. Si tu ne me donnes pas la solution je ne risque pas de piger toute l'histoire.
Un sourire. Victoire encore, pensa-t-elle.
- Ça va sûrement te paraître bizarre. Le premier jour où j'étais chez lui, j'ai rencontré son agent. Il était venu pour parler à Sean de l'affaire des photos. Il lui a conseillé de démentir sinon il pouvait être sûr que sa carrière s'arrête. Bien malgré moi, j'ai entendu ce qu'ils se disaient. Sean était contre et son agent insistait.
Hallie l'écoutait avec attention.
- Il l'a sommé de bien réfléchir, que sa carrière valait plus qu'un simple garçon, moi en l'occurrence. Sean a tout de suite répliqué que je n'étais pas qu'un simple garçon, mais l'amour de sa vie.
Hallie écarquilla les yeux.
- Woah, ça c'est de la déclaration.
- Je ne m'y attendais pas. Je ne voulais surtout pas qu'il sacrifie sa carrière pour moi, du coup…
- …tu t'es sacrifié.
Abasourdie parce qu'elle venait d'entendre Hallie se leva et fit quelques pas.
- Cette décision je pense que tout le monde l'aurait prise, mais je pense malgré tout qu'elle est complètement stupide ! L'acte est beau, mais qu'est-ce qu'il est stupide ! Stupide mais compréhensif. En plus ce n'était pas nécessaire, Miss Garce du monde vous a sauvez la mise.
- Oui mais, un jour où l'autre ça aurait refait surface.
Elle revint s'assoire.
- Ce garçon est fou de toi, il est prêt à sacrifier sa carrière pour toi, c'est son choix. Ce n'est pas toi qui es en tort. C'est son choix, c'était sa décision. A lui d'en assumer les conséquences, et, il voulait le faire. J'aurais fait exactement comme toi, mais le choix ne nous appartient pas.
Hallie s'emporta dans ses réflexions.
- Bien sûr tu te serais senti coupable, rester avec lui, ce dire que tout est de ta faute, ce n'est pas vivre. Donc tu as eu parfaitement raison d'agir ainsi. D'une façon où d'une autre tu aurais fini par être malheureux.
Hallie avait beau tourné le problème dans tous les sens, il n'y avait pas de solution miracle. La plénitude n'aurait plus été au rendez-vous, l'amour ne faisant pas le poids face au sentiment de culpabilité.
- Tout était trop parfait, souffla-t-elle. Quelqu'un là haut s'est dit qu'il fallait ramener tout ce petit monde à la réalité.
Hallie se trouvait dans le vrai, tout se déroulait trop bien, cependant elle se trompait sur une chose, la décision ne venait pas d'en haut. Sur terre un ange déchu avait fait valoir sa volonté.

Sean à l'autre bout de la ville avait regagné sa maison. Seul avec sa peine, il essaya de comprendre les raisons qui avaient poussées Andrew à prendre une telle décision. Il le croyait heureux avec lui, pourtant il en avait l'air jusqu'à il y a quelques semaines. Un changement d'attitude s'était profilé mais rien de bien méchant, même si parfois Andrew avait été presque odieux. Mais delà à rompre, ce n'était pas compréhensible. Il s'était éloigné, mais ne pensait pas qu'il était allé si loin. Je ne t'aime plus, des mots si durs pensa-t-il. Malgré ceux-là, à cet instant précis il l'aimait encore et tellement si fort. Je t'aime, je t'aime, je t'aime se répétait Sean. Il donna un violent coup dans la porte avant de s'installer dans le canapé, un pack de bière à la main. Il les buent les unes après les autres, pendant que la télé rediffusait une vielle série comique, enivré, Sean se mit d'abord à rire. Les larmes silencieuses qui s'écoulèrent sur ses joues, loin d'être des larmes de joie restaient dignes. Son chagrin se déversait discrètement sur son visage, ses yeux à l'image d'un barrage filtraient les eaux de son cœur meurtri. Mais sa peine bientôt trop grande rompit sa volonté de ne pas craquer. Des sanglots suivirent un cri de désespoir à vous fendre le cœur. Il n'était plus alors possible de les arrêter, seuls la fatigue et le sommeil eurent raison d'eux.

15

A son réveil, la douleur, toujours présente, n'avait pas disparu dans le flot d'alcool qu'il avait ingurgité. Le cœur et la tête dans un étau il se rendit chez Mark. Il eut droit à l'accueil habituel, enfants et animal à quatre pattes se jetant sur lui, criant et aboyant de joie. Son sourire laissa vite place à une petite larme.
- Tu pleures tonton Sean, demanda Brooke dans ses bras.
- C'est la joie de vous voir, dit-il en reniflant.
Mélinda qui assistait à la scène ne croyait pas en cette réponse.
- Retournez faire vos devoirs les enfants, sinon pas de dessin animé ce soir.
Malgré quelques réticences la marmaille capitula.
Dans un élan maternel, Mélinda s'approcha de lui, essuya cette vilaine larme du revers de sa main. Avant même qu'elle ne lui demande des explications il l'enlaça. Du réconfort c'était tout ce dont il avait besoin. La tête posée au creux de son épaule Mélinda resta silencieuse. Mark remontait du garage quand il les vit planté au milieu du salon, l'un dans les bras de l'autre. Lorsqu'elle l'aperçut, elle lui fit signe de venir, visiblement quelque chose n'allait pas et elle n'était pas Mark. Sa place à lui se trouvait être la sienne. Lentement il s'approcha d'eux, sa main caressa son épaule, Sean se retourna aussitôt et sans même le regarder se blottit contre lui comme un enfant qui cherchait du réconfort de toute part.
Mélinda interrogea son mari du regard, il ne savait pas quoi lui répondre. Sean n'avait jamais été dans cet état.
Un homme ça ne pleure pas avait-elle souvent entendu dire. Peut-être pas tout le temps, mais un homme reste un humain comme un autre avec des sentiments. Mélinda disait souvent qu'il existait trois choses pour lesquelles un homme acceptait de ne pas lutter contre la déferlante lacrymale : sa voiture, la mort, une rupture. Mais à cette dernière hypothèse il fallait souligner que la relation devait être extrêmement sérieuse. Les laissant un instant elle se retira en cuisine. A son retour un bol à la main, ils s'installaient dans le canapé.
- Andrew l'a quitté, annonça Mark.
- Comment ça, demanda-t-elle surprise.
- C'est à n'y rien comprendre.
Elle tendit le bol à Sean.
- Tu crois vraiment que de la tisane va l'aider ?
- Ce n'est pas de la tisane, c'est de l'alcool, souffla-t-elle. Je l'ai versé dans un bol pour que les enfants ne se disent pas qu'à chaque chagrin l'alcool est un bon remède.
- J'ai bu pratiquement toute la nuit et je peux attester que ça ne sert strictement à rien, fit Sean les yeux rouges d'avoir pleurer. Je ne dirais pas non à une tisane.
- Je reviens.
Mélinda se retira de nouveau.
Mark essaya de remettre dans l'ordre les pièces du puzzle. Ne filaient-ils pas le parfait amour ? Témoin du début de leur histoire, l'annonce de la séparation raisonnait bizarrement à son oreille comme si les médias annonçaient que le soleil tournait autour de la terre.
- Il ne t'a pas donné d'explications ?
- Aucune.
Une séparation sans réelle explication, étrange. Andrew ne ressemblait pourtant pas à un lâche. Bien au contraire il paraissait pour une personne ayant le courage de ses opinions et de ses actes.
- Même pas un indice ?
- Rien du tout. Juste un, "il est temps pour nous de nous arrêter là."
- Terminus tout le monde descend.
- A peu prêt.
Mélinda les rejoignit et partagea la stupéfaction de son époux. Elle ne le connaissait pas aussi bien que Sean, mais elle pouvait affirmer, grâce à son sixième sens, que quelque chose clochait. Le romantique qui sommeil en Andrew aurait fournit une explication de 24 heures. Il aurait fait en sorte que la rupture se passe en douceur, la brute de décoffrage que dépeignit Sean ne correspondait pas à la personnalité d'Andrew. A moins qu'il les ait grugé depuis le début.
- C'est la thèse la moins probable, écarta Mélinda.
- Oui, confirma Mark. Cette réaction est digne de Cassie casse bonbon mais d'Andrew…
Sean les écoutait sans vraiment les écouter, son regard perdu dans le vide fixait un coussin tapissier posé sur le sol. Il ne pensait même pas. Il semblait déconnecté. Le choc de sa vie. Jamais il n'avait aimé si fort, jamais il n'avait eu l'impression d'être aimé autant.
- Tous ce qu'il a avancé, comme les bruits, les horaires et compagnie, je n'y crois pas une seconde. Pour qu'un garçon comme Andrew quitte l'être aimé, il faut une raison valable, certifia Mélinda.
- Et qu'elle raison valable, demanda Mark.
- Une trahison, il faudrait que Sean l'ait trompé, ou l'ait traité d'une façon abjecte.
Ils se regardèrent avant de regarder Sean assis entre eux. Non, Sean ne pouvait agir ainsi. Il fallait chercher ailleurs.
- Il n'a pas l'air d'être psychologiquement instable, élimina Mark.
- Il n'est pas du genre à aller voir ailleurs, fit Mélinda.
- Et si tout simplement, il ne m'aimait plus, souligna Sean.
Si inerte depuis le commencement des débats, son intervention surpris l'assistance, son hypothèse encore plus.
Mélinda et Mark tentaient de trouver des explications qui n'existaient peut-être pas.
- C'est vrai, si c'était ça l'explication. Tellement évidente qu'on n'y pensait pas.
- On ne se réveille pas comme ça d'un conte de fée sans qu'une vilaine sorcière ne nous y oblige, dit Mélinda.
- Mais si dans cette histoire, il n'y avait pas de sorcière, répliqua Sean.
- Il y en a forcément une.
- La plus grande de toute reste celle qui s'est déguisée en ange.
- Cassie ?
Mark hocha la tête.
- Je ne vois pas comment Cassie a pu convaincre Andrew de me quitter.
Mark ne le voyait pas non plus.
- La sorcière n'est pas forcément une personne, fit remarquer Mélinda. Elle peut être une chose, un évènement, une situation.
Sur ce point elle n'avait pas tort.
- Je ne vois pas d'évènement bouleversant à part les paparazzis, répondit Sean. On ne quitte pas quelqu'un juste à cause d'une meute assoiffée d'histoire sensationnelle.
- Peut-être que lui, il n'apprécie pas ce côté de la célébrité, supposa Mark.
- Non, il m'a dit qu'il s'en fichait d'être pris en photo. Il m'a avoué être surpris mais c'est tout. Je n'ai pas senti de traumatisme.
- C'est peut-être ce qu'on a écrit sur toi dans la presse, présuma Mélinda.
Sans le savoir, elle s'approchait de la vérité.
- Ça la touché mais, il m'a dit qu'on surmonterait cette épreuve à deux.
En effet, ils la surmontèrent à deux. Cette manche remportée, Andrew avait décidé qu'il n'y en aurait plus d'autre.
- Non, fit Sean en se levant. Il faut qu'on se fasse à l'idée qu'il ne m'aime plus tout simplement.
Il se dirigea vers la baie vitrée, les vagues gigantesques offraient aux surfeurs leur plus beau rouleau.
- Les explications les plus simples sont souvent les meilleurs.
- Souvent ne veut pas dire toujours Sean.
- Je le sais bien Mélinda, mais pour cette fois on dira que souvent c'est toujours.

Malgré le doute, Mark jugea préférable de commencer à oublier, "la vie suit son court" avait-il dit une semaine plus tard.
La vie suit son court, une jolie formule pleine d'encouragement pas forcément pensée mais de circonstance. Quelle vie ? Sean ne la voyait plus du même œil et se garda bien de le lui dire. Il y avait une vie avant Andrew et une vie avec Andrew.
Bien sûr, il y aurait une vie après Andrew, une vie qui ressemblerait à celle qu'il avait avant lui, avec un goût amer en plus. Sa belle vie enviée par le plus grand nombre, il ne pouvait la qualifiée de malheureuse. Cependant il pouvait dire qu'elle n'était pas si vivante. Elle n'avait pas de véritable sens. Avec Andrew à ses côtés, il se trouvait une autre raison de se lever le matin. Il ne se réveillait plus pour quoi, il se réveillait pour qui. Difficile de réapprendre à vivre, surtout quand on était persuadé que ce qui resterait toute une vie. Cependant beaucoup avant lui y étaient parvenu, le temps ferait son œuvre sur lui aussi.

La vie suivait son cours aussi pour Andrew, bien entendu loin de celle qu'il avait connue tout récemment. Les soirs et les matins raisonnaient autrement. Il n'y avait plus ces bras accueillant, ces sourires et cette voix tendre des projets pleins la bouche.
Andrew reprenait son ancienne vie, avec pour seul centre d'intérêt Hallie et son travail de journaliste. Seules eux, lui permettait de ne plus penser à sa vie rêvée, sa vie réalisée, sa vie consumée.
Au bureau personne ne parlait plus des paparazzis et des une de magazine. Cet épisode semblait appartenir au passé. Vague souvenir d'une blague, d'une caméra cachée. À la différence que les blagues en générale réapparaissent dans une conversation pour faire rire à nouveau. Cette blague ci restait dans les placards. A croire que tous pensaient qu'il ne s'agissait pas d'une simple blague.
Les regards maussades que Andrew afficha plusieurs jours d'affiler après sa rupture trahissaient sans le vouloir la réalité. Sa joie de vivre amoindrit disait à ce qui le côtoyaient que quelque chose en lui s'était brisée. Au lot des indices courrant vers la vérité, il fallait ajouter la nouvelle implication de Betty dans les reportages consacrés à "Confidences". Notamment sur les fameux épisodes où un acteur ou actrice se retrouvait seul au générique. Dans ses articles, les comédiens devaient donner leur point de vue sur cette approche de leur personnage et sur cette nouveauté de la saison. Ce fut l'occasion pour Sean de rencontrer la célèbre Betty Fisher. Une certaine mélancolie le traversa quand elle se présenta à lui. L'interview resta purement professionnelle mais, elle profita de l'instant pour observer le personnage. Il correspondait à la description faite par Andrew : gentil et bien loin du star system. Si la pudeur lui avait interdit de vanter sa beauté, elle ne s'en priva pas, tout comme elle ne badina pas avec le portrait qu'elle fit de Cassie. Elle signa l'article de son nom, pour le reste de l'humanité Andrew devait être ailleurs.
Sur les forums les plus attentifs avait remarqué son absence d'investigation personnelle sur ces nouveaux reportages. Cette remarque resta pour l'essentiel sur la toile, même si un N.B se glissa dans un article de papier glacé. L'affaire s'était visiblement tassée, la vie avait pour le reste du monde repris son cours.
Pour Hallie et Andrew la vie repris son court sauf le mardi soir. Avant consacré à la télé, plus exactement à la diffusion de "Confidence", ils firent désormais de ce jour, le jour de leur sortie cinéma, bien entendu, quand Sean n'officiait pas à l'affiche d'un film. Si cette hypothèse se présentait, ils se rendaient à la fête foraine du bord de mer, ou bien ils allaient danser. Hallie n'avait pas vraiment arrêté de regarder la série, elle l'enregistrait. Andrew l'avait surpris plus d'une fois en train de la regarder en cachette, ils en riaient mais n'en parlaient pas.
Voir Sean vivre à travers l'écran, il ne pouvait le tolérer. Il en arrivait même à éviter les kiosques à journaux. Mais le hasard des encarts publicitaires changeant par intermittence, fit surgir Sean devant lui un jour où il se rendait au magasin d'Hallie.
Quel choc ! Quelle surprise ! Le voir si grand et toujours si beau vantant les mérites d'une montre suisse éclatante. Sa carrière encore sur les rails n'avait pas souffert des on dit de la presse à scandale. Andrew soupira et passa son chemin, une affiche pouvait s'éviter.

16


Dans le hall d'un hôtel, pour les besoins du travail et sur ordre de Betty, Andrew se rendait à la réception. Cet endroit ne lui était pas inconnu, en effet il y avait fait ses premiers pas d'intervieweur lorsqu'il du s'entretenir avec Sean, qui représentait à l'époque que Sean Laymonth. Réfrénant ses souvenirs il s'adressa à l'hôtesse d'accueille. Il devait procéder à quelques interviews et s'imprégner de l'ambiance des lieux. L'hôtel accueillait aujourd'hui bon nombre de personnalité du petit écran. Constitué en une base de rassemblement, il gardait en son sein ses têtes médiatiques jusqu'à l'arrivée des limousines qui, les emmènerait sur les lieux de la plus grande cérémonie récompensant les séries. Ils bénéficiaient encore de quelques heures devant eux et traînaient au bord de la piscine ou au bar. Si tous les acteurs paradaient dans les lieux, Sean devait être présent et il l'était. Au bout du comptoir son regard s'attardait sur Andrew.
Se sentant observé Andrew leva instinctivement la tête dans sa direction. Son effroi se lisait sur son visage. Les yeux dans les yeux pendant quelques secondes, il ne pouvait agir comme s'il ne l'avait pas vu, bien qu'il n'ait qu'une envie, s'enfuir à toute jambe. La peur voulait qu'il s'échappe, la honte voulait qu'il disparaisse dans le sol rejoindre les taupes. Que devait-il faire, que devait-il dire ? Alors qu'aucune réponse ne venait, Sean arriva à ses côtés.
D'abord silencieux ils ne pouvaient s'empêcher de se regarder, se dévisager.
- Ça fait longtemps, commença à dire Sean.
- Oui.
Plus d'un mois.
La réceptionniste les interrompit en donnant à Andrew un papier qu'il survola avant de le ranger dans la poche de son jean.
Ils profitèrent de l'occasion pour s'éloigner.
- J'ai vu que tu étais nominé, mentionna Andrew.
- Oui. Je suppose que tu es là pour le boulot.
- Tout comme toi.
Ils se tenaient à un mètre l'un de l'autre. Sean les mains dans les poches ressemblait à un collégien qui s'adressait à son premier rencard. Gêné et hésitant. Andrew lui, essayait de se faire tout petit.
- J'ai quelques interviews, la routine.
- J'ai rencontré Betty Fisher, elle m'a fait penser à toi.
Andrew esquissa un sourire en se remémorant la scène de leur première rencontre. Betty Fisher, toute une histoire.
- J'espérais te voir, confia-t-il.
La conversation prit une tournure des plus embarrassante pour Andrew qui ne savait pas quoi répondre.
- Comment tu vas sinon, dévia Andrew.
- La vie continue c'est ce qu'on n'arrête pas de me dire. Je fais donc comme si elle continuait. Et toi ?
- Je vais bien. En voyant tout ce monde autour de moi je ne peux aller que bien.
- Le largueur s'en sort toujours le mieux.
Sean s'excusa aussitôt, sa bouche n'avait pu contenir sa pensée.
- Ce n'est pas grave, je n'ai rien fait pour ne pas la mériter.
- Tu sais, je me demande toujours ce que j'ai pu faire.
L'envie de s'enfuir refit surface.
- Ça ne sert à rien de remuer le passé.
- Peut-être mais ça pourrait m'aider à voir le futur et comprendre le présent. Je n'arrive plus à avancer Andrew, tu me dois bien ça.
L'idée de lui devoir une explication n'avait jamais quitté Andrew. Mais le lieu ne s'y prêtait pas, et lui n'était pas prêt.
- Avec le recul, je ne comprends pas moi-même, Hallie même ne comprend toujours pas bien qu'elle le comprenne. Je me mélange c'est tellement compliqué. Il y a tellement de chose à dire.
Andrew jeta un œil à sa montre.
- Je dois partir, j'ai du boulot.
Une excuse bidon servit sur un plateau d'argent pensa Sean.
Andrew le regarda furtivement, il n'échappa pas à l'œil de Sean qu'il se sentait troublé. Une personne indifférente n'aurait pas eut une telle expression. A son tour il jeta un œil à sa montre, il avait suffisamment de temps devant lui pour parler à l'unique personne qui pourrait l'aider à comprendre ce qui se passe. Il faudrait pour cela qu'elle ne soit pas atteinte d'aphonie en le voyant débarquer.

La boutique de Hallie enfin en vue Sean gara sa belle allemande. Les lunettes solaires visées sur le nez afin de passer inaperçu, il se dirigea vers le magasin avec la ferme intention d'obtenir des explications. Un petit panneau sur la porte vitrée indiquait qu'il était bien ouvert. Une clochette tinta lorsqu'il entra.
Occupée avec une cliente Hallie le salua et lui indiqua qu'elle serait bientôt à lui. Elle nota qu'il était beau garçon sans se rendre compte de sa véritable identité. Patientant en regardant ses divers articles Sean se fondait dans le décor.
Une fois sa vente terminée Hallie se consacra à ce client à fière allure.
- Que puis-je pour vous ?
- Beaucoup de chose, répondit-il en ôtant ses lunettes.
Ebahie, Hallie perdit aussitôt l'usage de la parole.
Voulant rester seul avec elle, Sean se dirigea vers la porte d'entrée afin de tourner la pancarte. Fermé.
- Je crois qu'il faut qu'on parle.
Devant son air pétrifié, il s'expliqua.
- Je viens de voir Andrew, et toute cette situation n'est pas claire. Il s'est dérobé. J'ai cru comprendre que tu sais quelque chose. C'est pour ça que je suis là.
Hallie hocha la tête.
- Il faut que tu me parles Hallie. Oublie un instant qui je suis. Dis moi ce je que je dois savoir.
La statue de cire bougea légèrement les lèvres, les entrouvris, avant que n'en sorte une flopée de mot incompréhensible. Hallie ressemblait à un moteur de vielle voiture dont le ronronnement sourd et fracassant se faisait d'abord entendre, avant qu'il ne devienne plus doux à l'oreille.
- Il l'a fait pour te protéger.
Incroyable une phrase complète qui avait en plus un sens.
- Me protéger ?
- Andrew savait que s'il restait avec toi, il y avait un risque pour ta carrière. Il a entendu la conversation avec ton agent.
- Je me fiche de ma carrière et il le sait.
- Oui. Mais il ne se fiche pas de toi. Il ne voulait pas être responsable de ton déclin.
Tout devenait à présent plus clair, son changement d'attitude, ses remarques désobligeantes. Il y avait bien une cause.
- C'est vraiment un gentil garçon, soupira Sean.
- Le meilleur que je connaisse.
- Notre première conversation, souligna-t-il.
Un sourire complice s'échangea.
Après cette brève et au combien importante discussion Sean se mit en quête d'Andrew, il quitta Hallie en lui disant que si tout se passait bien, ils se reverraient, du moins il ne pouvait que l'espérer.
A présent il devait s'expliquer avec Andrew. Ce dernier demeurait introuvable lorsqu'il arriva à l'hôtel. Personne ne correspondait à son signalement. Les heures s'écoulaient, toujours pas d'Andrew, son téléphone éteint il ne pouvait être joint. Mais où était-il ? Le sort s'acharnait. Il ne pouvait pas s'être volatilisé.
La pression de l'évènement monta peu à peu dans l'établissement, les premières personnalités s'engouffraient dans les limousines tandis que Sean dans sa suite essayait une nouvelle fois de le joindre sans succès. Les stylistes dépêchés sur place pour l'occasion avaient du mal à le faire tenir sur place, la maquilleuse désespérait qu'il lâche son téléphone. Bientôt on frappa à la porte, l'heure pour lui de se rendre sur les lieux de la cérémonie.

Dans la limousine avec les autres membres du casting de la série, il tenta de le joindre à nouveau. Dehors la foule derrière les barrières de sécurité attendait leur venue appareil photo au point.
Le créateur de la série porta un toast à ses deux poulains, Sean et Cassie, nominés chacun dans la catégorie du meilleur acteur pour une dramédie.
La voiture à l'arrêt fut l'occasion d'un dernier mot d'encouragement, un à un ils sortirent de l'interminable transport noir.
Comme à son habitude Cassie posait et posait encore. Elle volait la vedette à toutes les autres starlettes, les photographes l'acclamaient. Sean et ses collègues posaient quelques minutes et regagnaient aussitôt la salle. Cassie elle posait encore et faisait bande à part. Elle n'avait même pas pris la peine de se joindre à la photo de groupe. Egale à elle-même.
La cérémonie commença par une rétrospective sur grand écran, suivit d'une parodie des séries en compétition, la soirée se voulait divertissante. Les premières catégories furent annoncées, les premiers lauréats allèrent récupérer le trophée doré à l'or fin, des discours de remerciements prononcés à chaque reprise.
Lorsque la catégorie de meilleure actrice fut annoncée, Cassie, assise bien malgré elle à la même table que ses partenaires, savait que son nom allait être prononcé. Pas du tout voyante elle avait confiance en son talent, de sa belle robe saumon elle traversa les tables pour se rendre jusqu'au podium recevoir une nouvelle récompense. Les dents plus blanches que jamais elle souriait à la caméra et à la salle. La cérémonie retransmise en directe faisait les joies de l'audimat.
Elle attendit les applaudissements s'arrêter pour prononcer à sa façon ses remerciements.
- Bonsoir, bonsoir. Woah, dit-elle en regardant le prix qu'elle tenait dans sa main. Encore une ! Avec celle là, je pourrais gagner facilement le prix de la jeune actrice ayant obtenu le plus de récompense. Je voudrais remercier les gens de la profession de confirmer une fois de plus mon talent. Cela me va droit au cœur, même si je n'en ai pas selon certains.
La salle s'esclaffa.
- Je vous dis donc merci, et qui sait, certainement à l'année prochaine.
Un dernier sourire, un salut d'une main pendant que l'autre brandissait sa distinction elle quitta la salle pour s'adonner en coulisse à la pose devant les photographes.
Par politesse elle avait remercié les gens, vague mot pour faire joli. En vérité, elle ne remerciait personne, elle s'était faite toute seul sans l'aide de quiconque, à part celle du seigneur. Quelques jours plus tard dans les colonnes d'un célèbre magazine, elle avait déclaré : "Je me remercie avant tout, personne ne m'ayant aider à être celle que je suis." Ses détracteurs répondaient que fort heureusement elle y était arrivée par ses propres moyens, car si ce monstre avait été le fruit de quelqu'un, ce dernier serait passible de crime contre l'humanité.
Sans créer la surprise, elle ne regagna pas la tablée.
L'annonce des nominées en compétition pour le prix du meilleur acteur se faisait, alors que Sean se perdait dans le fil de ses pensées. Où Andrew avait bien pu passé ?
A l'appel de son nom, ses partenaires le secoua vigoureusement et le sorti de sa torpeur. Il réalisa, à demi conscient, que la profession le couronnait du titre de meilleur acteur de cette année. Contrairement à sa consoeur, il étreignit chaleureusement les membres du casting et alla, dans son plus beau smoking, récupérer le prix tant convoité.
Il embrassa l'actrice d'une série concurrente, serra la main de son cavalier, et montra timidement le symbole de son talent.
- Bonsoir, dit-il au travers des applaudissements qui se calmèrent peu à peu. Merci beaucoup pour cette distinction. Bien entendu je remercie toutes les équipes qui ont travaillée avec moi, mes collègues et j'en passe, et vous tous ce soir. Je n'y croyais pas, dit-il en regardant le prix, pas plus que quelqu'un d'autre. Je fais un métier qui me plaît et en plus qui me récompense pour couronner le tout. C'est trop beau pour être vrai. Face à vous tous, je me rends vraiment compte que nous tenons tous des rôles différents, allant du gentil au méchant. Toute une panoplie de rôle aussi intéressant les uns que les autres.
Il marqua une pause de quelques courtes secondes, son regard porté sur la salle.
- Lors d'une interview, un journaliste m'a demandé un jour ce qu'était mon plus beau rôle. Je lui ai alors répondu : "celui que je n'ai pas encore eu". Ce journaliste c'est Andrew Pryform.
Une vague de silence submergea l'assistance au son du blizzard qui souffle sur les vastes terres froides et enneigées.
Andrew Pryform un nom qui associait au sien avait défrayé la chronique.
- J'ai l'impression que vous le connaissez, ironisa Sean. Si ce soir, Andrew Pryform me reposait la question, je répondrais sans hésiter que le meilleur rôle que j'ai tenu était celui d'être son petit ami.
Nouvelle vague de froid. Derrière les écrans de télé, les filles n'en croyaient pas leurs oreilles. Denis l'agent de Sean s'arrachait les cheveux. En coulisse Cassie tomba de sa chaise, elle avait étouffé l'affaire qui lui faisait de l'ombre et à présent il se permettait de faire son annonce en direct à la télévision.
- Andrew tu m'as donné le plus beau rôle, et je t'en remercie. Je te prouve en ce moment même que ma carrière n'est pas la plus importante. Tu es plus important que ceci, affirma-t-il en désignant le prix. Bien entendu c'est un merveilleux prix, mais il n'a pas la même saveur que si j'avais été avec toi. Je t'aime, et je t'aimerais toujours.
Véronica Jackings, l'actrice qui lui avait remis le trophée se précipita émue au pupitre des décernements et retint Sean dans son envie de quitter la scène.
- Y a-t-il un Andrew Pryform dans la salle, demanda-t-elle en lui tenant le bras.
Les têtes se retournèrent les unes sur les autres pendant qu'un projecteur complice balayait les convives.
- Andrew Pryform, es-tu là ? Tu es journaliste, tu es quelque part ici, n'essaye pas de te cacher, dit-elle en essuyant ses larmes de filles attendrit par ce qui se prêtait à une très belle déclaration.
La salle s'agitait dans tous les sens autant que l'épais faisceau de lumière blanche s'affolait dans les allées et recoins.
Un concitoyen faisant son devoir, dénonça de sa puissante voix, le fugitif recherché par tous tapis dans le noir et visiblement touché par ce qu'il venait d'entendre.
- Il est là-bas, s'écria l'actrice en pointant du doigt.
Le projecteur se braqua aussitôt sur lui comme un hélicoptère de la police éclairant en stand by l'individu armé allongé sur le sol.
Bientôt une caméra le prit pour cible. Le visage d'Andrew apeuré et ému apparu sur l'écran de projection et sur tous les petits écran de la nation.
Sean dévala les escaliers à la hâte. Il ralentit son ascension à quelques mètres de lui. Médusé et transporté dans un ailleurs proche d'un rêve, Andrew, le regard chargé de tendresse et surtout d'amour, l'encouragea à faire les derniers pas sans rien dire.
- Je t'aime, prononça de nouveau Sean.
- Je t'aime, répondit Andrew.
Dépourvu de micro, les gens avaient dus lire sur leurs lèvres. Face à cet amour sincère et fort ils ne purent qu'applaudir.
Sean et Andrew déconnectés s'embrassèrent tendrement avant de réaliser que de nombreuses paires d'yeux les fixaient.
Gênés, ils ne purent s'empêcher de rire à la caméra.
- S'il te fallait une caméra pour m'avouer ton amour, tu aurais du me le dire j'aurais apporter la mienne bien plus tôt, lança Sean.
Andrew lui fila un coup à l'épaule le regard empli de malice.
Cassie qui n'allait décidément pas se faire voler la vedette intervint au micro, félicita le couple comme si elle s'en proclamait la marraine, cria sur tous les toits sa foie en leur retrouvaille. Elle applaudit cet amour dont elle pu tiré avantage. A la sortie elle se confia à la caméra, relata au compte goutte ce qu'elle savait, et accepta un rendez-vous dans un talk show pour dévoiler toute l'histoire. Elle se laissa même tenter à écrire un livre sur la relation qu'elle avait, selon ses dires, vu naître sous ses yeux. Tout était bon pour faire parler d'elle. Cassie resterait toujours Cassie.
Sean et Andrew bien loin de cette agitation avaient regagné l'appartement pour rattraper le temps perdu.


Epilogue

Après s'être retrouvés pour de bon, Sean et Andrew accordèrent une interview à la presse écrite afin que les interrogations incessantes se dissipent. Qui de mieux placer que Betty Fisher pouvait y procéder. Personne. L'exclusivité lui revenait. Le magazine s'arracha à des milliers d'exemplaire, les gens avides de comprendre coururent l'acheter. Tout le monde y gagnait, les curieux étaient satisfait, les derniers incrédules dues s'y faire une raison et les détracteurs restèrent des détracteurs. L'article loin d'être révolutionnaire n'avait pas pour but de faire changer les mentalités, juste montrer un couple heureux et fier de s'aimer au grand jour.
La carrière de Sean n'en pâtît pas réellement, toujours le garçon rêvé à l'écran, le mâle dans toute sa splendeur pour les campagnes de pub et nouvel ambassadeur de la Saint Valentin pour une marque de chocolat. A croire que sa déclaration devant plusieurs millions de téléspectateur était restée dans les mémoires. "La force d'aimer" le qualifiait certains journalistes. Seul un ou deux contrats ne furent pas renouveler qu'importe il se sentait bien.
Sans grande surprise l'appartement d'Andrew resta leur nid d'amour, la villa sur les collines servait pour le week-end où des fêtes conviviales et chaleureuses étaient organisées. A l'occasion d'une d'entre elle, Hallie tomba sur son prince qui n'avait rien contre ses rondeurs bien au contraire. Il n'était pas la star dont elle rêvait mais il était l'homme qu'elle recherchait. Avec Sean la conversation se faisait beaucoup plus aisément, fini l'époque de la Laymonthite aiguë. Ils bavardaient pendant des heures.
Andrew quant à lui, se plaisait toujours dans son métier, nommé chroniqueur il avait du travaille à abattre mais ne s'en plaignait pas, sauf faussement devant Sean pour avoir droit à ses bras réconfortant.
Un soir en s'en dormant, Sean paisiblement allongé à ses côtés, il réalisa que son rêve avait finalement eu droit à son happy end. Il était à vie l'amoureux de tonton Sean, pour le plus grand plaisir de Brooke et de sa famille.


FIN

Retour au sommaire de Textes Gais


Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com