Sentiments troubles (1)
de KH Brillant


Synopsis
Jeune, beau et audacieux, Jensen Backles sait très bien que ces mots le décrivent.
De sa beauté il en use et en abuse, de sa jeunesse il en profite, son audace il en a fait une arme. Le tout lui permet d'aller à la conquête de ce qu'il désire. Désir, qu'il veut le plus souvent charnel. Celui pour qui la vie est un formidable terrain de jeu se verra offrir, par sa rencontre avec Matthew, une partie totalement nouvelle. La remportera-t-il ?

1

En cette fin du mois de septembre l'été semblait ne pas vouloir s'en aller, bien que le mercure avait baissé, l'atmosphère de la saison estivale restait encore là. Les jeunes gens, aussi bronzés les uns que les autres, déambulaient dans la cour du lycée avec une seule envie, celle d'être à la plage. Une seule envie cachant d'autre : bronzer d'avantage, draguer encore et encore, et se pavaner de plus belle. Mais, la reprise des cours ne le permettait pas, du moins jusqu'en fin d'après midi. Fort heureusement pour eux, le soleil de Floride serait encore là pour caresser leurs corps en plein émois.
Comme la grande majorité, Matthew et Jensen se rendaient à la plage de Long Beach après le lycée, ils troquaient alors jeans et baskets contre short de bain et tong. Dans leur voiture respective, ils voyageait toujours avec l'indispensable package des sorties de plage, drap de bain et huile solaire. Non sans un grand soulagement ils balançaient leur sac de cours pour prendre leurs affaires de plage.
Prenant le soleil allongés l'un à côté de l'autre, personne pas même eux, n'aurait cru qu'ils seraient devenus de si bon amis, leur différence de caractère étant si marquée.
Matthew, adolescent réservé mais avenant, avait un nombre d'amis limités sur lesquels il pouvait compter bien des fois.
Jensen plutôt du genre à faire cavalier seul, n'en demeurait pas pour autant antisocial. Se lier à de grandes amitiés ne lui convenant pas, il préférait parler plus volontiers de potes que d'amis.
Leur rencontre remontait à quelques semaines, quelques jours après la rentrée. Matthew effectuait sa rentrée en dernière année au lycée, tandis que pour Jensen, il s'agissait de sa deuxième rentrée en classe de terminal. Assis au fond de la classe Jensen ne transpirait pas le bonheur à l'idée de reprendre les cours. Il ne connaissait personne et n'avait pas envie de connaître cette nouvelle classe. Gribouillant sur sa table, il entendit quelqu'un le saluer, il leva la tête. Il s'agissait de Matthew. Dans la plus grande indifférence, il le toisa un instant et reprit son gribouillis sans même se donner la peine de lui répondre. En langage de jeune, cela s'appelle prendre un vent, celui-ci souffla fort en direction de Matthew qui ne s'attendait pas à une telle réaction. Il aurait quand même pu s'en douter, Jensen n'apparaissait pas comme un ange au travers des bruits de couloir.
Depuis qu'il fréquentait le lycée, il avait déjà entendu parler de Jensen par le passé, les on dit le décrivait comme quelqu'un de solitaire, de mystérieux, à qui il ne fallait surtout pas chercher des noises au risque de s'en mordre les doigts. La plupart de ses potes savaient qu'il fallait simplement se contenter de sa compagnie, de son humour grinçant et de sa loyauté. Il ne fallait surtout pas l'interroger sur sa vie, ses aspirations et ses états d'âmes. La loquacité chez Jensen concernait plus les sujets de la pluie et du beau temps que de sa vie. Bon pote, il prêtait son oreille et ses conseils. Mais parler de lui, jamais. D'où ses relations superficielles. Son caractère et son attitude faisaient de lui la coqueluche des demoiselles du lycée, ceci sans compter sur son beau regard bleu, ses cheveux blonds et son corps d'athlète. Un corps qu'elles avaient tout loisir d'admirer aux entraînements de l'équipe de natation ou encore à la plage. Mais elles préféraient de loin l'admirer à la piscine du lycée, là où le slip de bain obligatoire, moulait la grandeur de sa beauté. "Parfait", soupiraient-elles en chœur.
D'un caractère téméraire et, dans ce cas précis presque suicidaire, Matthew avait continué de le saluer chaque matin jusqu'à en avoir marre.
- La politesse tu connais, demanda-t-il à Jensen sur un ton agacé.
- Quoi ?
- On dit pas "quoi", on dit "pardon". Pas étonnant que tu réponds pas quand on te salut.
Jensen se redressa sur sa chaise et se tourna vers la place de Matthew qui déballait ses affaires.
- Redis moi ça en face !
Matthew ne se démonta pas et le regarda droit dans les yeux.
- Ça fait des jours que je te dis "bonjour" et toi tu ne réponds pas. Je sais pas, quoi ! On est voisin de table, on est là pour un an, je m'étais dit que…
- Que quoi ? Qu'on pourrait devenir amis ?
- Non, bon copain ou juste se dire "bonjour" c'est tout, mais comme t'as l'air de faire celui qui est "à part", fit Matthew en ponctuant les guillemets par des flexions de ses index et de ses majeurs.
Jensen n'en revenait pas, il ne le connaissait ni d'Adam, ni d'Eve et le voilà qui lui fait la morale.
- Mais t'as un problème ou quoi ? Qu'est-ce que tu viens me casser les burnes avec tes envies de bonjour et de monde en paix. Un conseil, présente toi à l'élection de Miss Floride et fous moi la paix.
- Pauvre type.
- Pauvre Miss.
Après ce petit échange des plus chaleureux, Matthew et Jensen s'étaient ignorés toute la journée. Mais chacun de leur côté avaient repensé à leur altercation matinale. Matthew voyait alors en Jensen un connard fini, alors que Jensen voyait en Matthew un culotté courageux. D'ailleurs après leur échange plein de testostérone, Jensen jeta un coup d'œil vers Matthew. Brun aux yeux noisette, il ressemblait à monsieur tout le monde, il ne cassait pas des briques mais, faisant preuve de charme malgré tout. Jensen eut un léger sourire et un balancement de tête lorsqu'il se concentra de nouveau sur l'exercice donné en début du cours.
Le lendemain, c'est Jensen qui, contre toute attente, salua Matthew.
- Salut Pauvre Miss, je me présente, je suis Pauvre type, dit-il en tendant sa main à Matthew les yeux presque médusés.
Matthew la serra avec un air amusé sur le visage. Ils se mirent à bavarder et de fil en aiguille, ils appréciaient la compagnie de l'autre.

Cela faisait déjà presque un mois qu'ils se fréquentaient.
Cette après-midi là, le corps luisant de crème solaire, Jensen n'attendait qu'une seule chose de la part de Matthew : qu'il se jette enfin à l'eau et qu'il avoue ses sentiments.
La chaleur, pas trop accablante, demandait malgré tout une hydratation régulière, les volleyeurs à quelques mètres d'eux buvaient fréquemment. Entre deux gorgées d'eau, Jensen regardait attentivement Matthew allongé de tout son long. Ce dernier, pas aussi musclé que lui, entretenait malgré tout son corps. Matthew ouvrit un œil, et vit le regard insistant que lui portait Jensen tout souriant.
- N'y compte même pas, fit Matthew.
Jensen referma sa bouteille d'eau plate, s'allongea sur le ventre et approcha sa tête de celle de Matthew.
- Tu veux que je te supplie ?
- Jensen, n'insiste pas, il y a trop de monde.
- De toute façon je ne suis pas du genre à supplier. Et puis, tu sais très bien que si tu ne le fais pas c'est moi qui le ferait.
Matthew se redressa sur ses coudes, son visage à quelques centimètres de celui de Jensen dont les joues trahissaient ses heures à lézarder.
- Je te l'interdis, dit-il.
Jensen balayait son regard sur chaque partie du visage de Matthew qui brillait légèrement à cause de l'huile solaire. Plus il le regardait, plus il lui trouvait de beaux traits. Il ne méritait pas trop d'être catalogué de monsieur tout le monde, Jensen lui trouvait un "je ne sais quoi" d'attirant.
- Tu sais que tu viens de dire le mot magique, fit Jensen avec un léger sourire.
Matthew eut soudain l'air inquiet, quand Jensen se redressa il lui saisit le bras.
- Je t'en pris fait pas ça.
- Il faut bien que tu finisses par assumer ce que tu ressens et que tu te jettes à l'eau.
Matthew le suppliait du regard et sa prise se faisait de plus en plus ferme.
Jensen lui fit un clin d'œil avant de faire un signe de la main en regardant au loin.
La plage en majorité remplie de jeune de leur âge donnait une impression d'éternelles vacances.
- Redresse toi, elle arrive, fit Jensen en donnant à Matthew une tape sur le ventre.
S'avançait vers eux, une jolie naïade aux cheveux bouclés jusqu'à la taille répondant au nom de Callie. Il ne s'agissait pas de n'importe quelle fille, Matthew en pinçait pour elle depuis l'année dernière. Intimidé par sa seule présence, impossible pour lui de s'adresser à elle. De plus, il ne pouvait s'empêcher de bafouiller en lui disant un simple bonjour. Sa beauté et son intelligence peu commune le désarmaient. Pourtant, il n'y avait pas fille plus accessible que Callie dont le naturel et la gentillesse définissaient ses traits de caractères principaux.
Plus elle s'approchait, plus le cœur de Matthew s'emballait, sa bouche s'asséchait, il pouvait à peine déglutir. Quand elle s'arrêta face à eux, l'arrêt cardiaque se rapprochait.
Jensen l'invita à s'asseoir sur un bout de serviette.
- Chouette après-midi, lança Jensen pour commencer la conversation.
- Oui, ça fait du bien d'être à la plage par une chaleur pareille surtout après les cours, fit Callie le visage tout souriant.
Matthew restait silencieux.
- Justement en parlant de cours, je crois que tu es assez douée en maths, je me trompe ?
- Je me débrouille, répondit-elle tout en jetant un coup d'œil vers Matthew toujours aussi bavard. Pourquoi ?
Jensen jeta à son tour un œil en direction de Matthew.
- Matthew et moi, on a beaucoup de mal avec tous ses chiffres, équations et autres opérations. Ça t'embêterait de nous aider un jour ?
- Pas de problème.
- Demain, répliqua aussitôt Jensen.
Callie fut surprise par l'engouement de Jensen, un jour venait de devenir demain.
- D'accord, répondit-elle amusée par la rapidité du rendez-vous.
- On dit seize heures, chez la mère de Matthew.
- Entendu, mais il faudra me donner l'adresse.
Un non timide se fit entendre.
Callie et Jensen se retournèrent sur Matthew.
- Pourquoi non, demanda Jensen.
- Pas chez ma mère, demain je serais chez mon père.
- D'accord, et bien ça sera chez ton père, fit Callie en lui souriant.
Matthew redevint silencieux et n'hocha que la tête sous le regard désespéré de Jensen.
- Bon et bien on se retrouve sur le parking du lycée, et comme ça tu n'auras qu'à nous suivre.
Callie acquiesça d'un signe de la tête avant d'aller rejoindre ses copines sous le regard charmé de Jensen. Des yeux verts, des cheveux bruns et un bronzage couleur miel, étaient ce qui faisait de Callie une fille exceptionnelle. Jensen comprenait parfaitement l'attirance que Matthew pouvait ressentir. Pour ne rien gâcher, Callie, gâtée d'un corps joliment fait, mettait en valeur le bikini turquoise qu'elle portait avec ravissement.
Après cette contemplation, Jensen passa une claque dans la tête à Matthew.
- Miss, t'aurais pu être un peu plus causant.
- Ce n'est pas la peine d'en rajouter. Je m'en veux assez comme ça, répondit Matthew en se frottant le crâne. Autant je n'éprouve pas de malaise en parlant à des étrangers, autant avec elle je deviens totalement stupide.
- C'est souvent l'effet que procure les gens qui nous plaise.
- Il t'arrive d'être comme ça, demanda Matthew l'air étonné.
- Non, moi quand quelqu'un me plaît je fonce. Ça me booste plus qu'autre chose.
Matthew soupira, il aurait tant aimé avoir l'assurance dont Jensen faisait preuve. Rien ne semblait l'intimider. Loin d'être un surhomme blasé de tout sentiment de gêne ou de honte, il cultivait habilement l'art de ne rien montrer. Il contrôlait parfaitement ses émotions. Personne ne l'ayant vu autrement que comme il voulait qu'on le perçoit, c'est à dire un mec plutôt tranquille qui semble ne pas s'émouvoir pour un sou. Nature ou carapace son comportement ouvrait droit à débat.
Lui seul connaissait la vérité. Pour l'instant carapace ou pas, Jensen s'en sortait plutôt bien.
- Tu devrais aller les rejoindre, lança Matthew au bout d'un moment.
Jensen regardait une partie de beach-volley que faisaient des garçons plus séduisant les uns que les autres, leur muscle se contractant joliment sous chaque effort.
- J'y cours, fit Jensen.
Joignant le geste à la parole, il se retrouva en moins de deux secondes sur le terrain et intégra l'équipe déjà formée. Matthew admirait ce tempérament de fonceur, si seulement il pouvait avoir le quart de son audace, il aurait déjà demandé à Callie de l'accompagner au cinéma.
Jensen et Matthew s'assemblaient parfaitement, le fonceur et le plus retenu. Jensen savait entraîner Matthew et ce dernier le réfréner lorsqu'il allait trop loin, comme le yin et le yang ils se complétaient. Si Matthew ne préférait pas les filles, lui et Jensen aurait formé un couple parfait, la nature le voulant autrement, ils avançaient dans leur vie en bons amis.

Après la plage, les garçons prirent la direction de la maison de Matthew, plus exactement celle de sa mère. Aussitôt arrivé, Matthew se mit au travail derrière son bureau, tandis que Jensen allongé sur le lit faisait rebondir une balle en caoutchouc jaune contre le plafond.
- Jensen tu m'empêches de me concentrer.
- J'ai fait l'exercice l'année dernière, je t'ai proposé de te le filer, mais tu ne veux pas alors ne viens pas te plaindre.
- Je veux y arriver par moi-même, tu comprends ?
Jensen se redressa et envoya la balle sur Matthew qui se protégea se son avant-bras.
- Je comprends surtout que t'es un peu trop sérieux.
- Il faut bien que l'un de nous le soit.
Jensen se leva et regarda autour de lui.
- Regarde moi cette chambre, tout est parfaitement rangé, aucune chose ne traîne, on dirait une chambre prête à être shooter par un magazine déco. Et toi, assis derrière ton bureau comme un élève modèle. Une vraie pub pour une vie parfaite, dit-il en s'avançant vers Matthew. Si seulement tu contrôlais tes émotions comme tu contrôles la place de tes objets, Callie serait à toi depuis bien longtemps, fit-il en tapotant son épaule.
- Callie serait avec moi, pas à moi. Une personne n'est pas une chose qui nous appartient.
- "A", "avec", du moment que tu la sautes.
Matthew soupira.
- T'es irrécupérable.
- Et toi, t'es trop romantique, laisse ça au film. Je vais t'apprendre que dans la vie le romantisme n'apporte rien, juste de la souffrance.
- Tu parles par expérience ?
Jensen s'installa sur le bureau.
- Non miss, je parle comme quelqu'un qui a vu suffisamment de romantiques souffrir de s'imaginer de trop belles idylles qui ne sont jamais arrivées. Les rêves de princes charmants et de belle au bois dormant doivent s'arrêter au moment de la puberté.
Des coups à la porte vinrent interrompre leur conversation.
- Entrez, fit Matthew.
Toute de beige vêtue, la mère de Matthew poussa la porte, dans sa main le combiné du téléphone.
- C'était ton père, il est bien arrivé et il t'attend demain comme prévu.
Le divorce de ses parents fut prononcé dans l'année de ses neuf ans. Depuis un système de garde alternée partageait la semaine en deux. La première moitié Matthew la passait chez sa mère et la seconde se passait chez son père.
Matthew silencieux la regarda sans sourciller. Madame Brenman ne s'en formalisa pas, elle savait très bien ce que ressentait son fils par rapport à son père, et à la part de responsabilité qu'il lui attribuait dans l'échec de leur mariage.
- Madame Brenman, que pensez-vous des romantiques ?
- Bonne question Jensen. Pourquoi ? Tu en es un ?
Jensen secoua la tête et désigna par un signe Matthew, ce qui la fit sourire.
- Les romantiques…sont des gens touchants, pleins de délicates attentions dans un monde qui en a bien besoin. Mais le monde actuel semble les avoir bannis, les jeunes semblent avoir bannis cet état d'esprit. D'après ce que j'entends un peu partout il ne vaut mieux pas être romantique dans votre génération avide de sexe.
- Maman, s'interloqua Matthew.
Ce qui fit rire Jensen.
- T'as vu même ta mère pense comme moi.
- Mon bébé c'est pas grave si tu es romantique, fit-elle en venant lui pincer la joue sous le regard amusé de Jensen.
Heureusement qu'il n'y avait que lui dans la pièce pensa Matthew et encore s'était déjà trop.
- Vous rêvez encore du prince charmant, enchaîna Jensen.
- J'ai arrêté de rêver au prince charmant quand j'ai compris ce qu'était un garçon, lâcha-t-elle en rigolant.
Madame Brenman femme au tempérament joyeux, aimait rire quand l'occasion se présentait, ses cheveux châtains coupés à la hauteur de ses épaules venaient lui cacher une partie du visage lorsqu'elle se balançait pendant ses éclats de rire. Souvent, ses yeux marron se perdaient derrière des larmes joviales. Matthew aimait la voir rire, Jensen aussi. Depuis qu'il la connaissait, il adorait regarder un sitcom en sa présence, on ne pouvait plus l'arrêter lorsque le gag était tordant, parfois il s'échappait de son rire des reniflements de cochon ce qui la faisait rire d'avantage, l'assistance avec.
Pour madame Brenman, le romantisme constituait une notion oubliée, plutôt proche de la désuétude, lorsqu'elle voyait le monde alentours. Son fils tenait, certainement d'elle, ce trait de caractère. Longtemps elle avait cru au prince charmant. Elle l'avait trouvé, mais elle n'avait pas su le garder. Pas faute d'avoir essayer. Mais parfois, les relations entre les personnes ne font pas le poids face aux nouveaux dictats de la société, et puis, plus on avance dans la vie plus les convictions que l'on partageait avec l'être aimé ne sont plus les même. Elle pensait qu'ils regarderaient dans la même direction jusqu'à ce que la mort les séparent, mais le divorce les séparèrent bien avant.
Elle regarda son fils, elle ne pouvait nier en le voyant vivre chaque jour qu'il était foncièrement romantique. Elle espérait alors pour lui une moitié qui regarderait toujours dans sa direction.

2

Après une longue journée, enfermés dans les salles de classes alors que dehors le soleil brillait, Matthew accompagné de Jensen et de Callie se rendit chez son père. La maison vide laissait à supposer l'absence du propriétaire. Rien de bien étonnant pour ce bourreau de travail dont la réputation professionnelle dépassait les frontières de l'Etat.
Le père de Matthew détenait un empire immobilier, d'abord architecte, il prit en l'espace de quelques années la casquette de promoteur. Aujourd'hui officiant sous ses deux activités, il possédait un intérêt dans la plupart des constructions de Floride. Son travail lui prenait énormément de son temps, le temps étant de l'argent, Monsieur Mettner pouvait se compter parmi les plus grande fortune de l'Etat. Sa maison pouvait en témoigner.
Située dans un quartier résidentiel des plus chic, où la virilité d'un homme semblait se mesurer à la grandeur de son habitat, sa bâtisse dépassait les milles mètres carré. D'architecture coloniale, elle tranchait avec l'atmosphère tropicale de Floride, de grandes colonnes se dressant sur sa façade.
Le regard ébahi, Jensen et Callie n'en revenaient pas de sa superficie. Matthew, passa volontiers sur la visite des lieux pour les emmener directement à sa chambre située dans l'aile ouest.
- Ton père vit dans un palace, constata Callie en s'installant sur le lit.
- Oui, répondit Matthew d'un ton indifférent.
Jensen lui fit les gros yeux, l'air de lui dire d'être un peu plus bavard.
- Mon père a la folie des grandeurs, enchaîna-t-il.
Après ce petit intermède, ils se mirent au travail, Jensen prit volontairement le bureau afin de laisser à Matthew l'heureux hasard se retrouver sur le lit en compagnie de Callie. Comme prévu, ils s'exercèrent aux mathématiques.
Une demi-heure après le début de l'exercice, Jensen se leva de sa chaise.
- J'ai terminé, annonça-t-il en s'étirant.
- Tu étais pas sensé être nul, demanda Callie.
- Pas sur cette partie du cours, mais pour le reste tu jugeras par toi-même, je suis un cas désespéré. Un peu comme Matthew.
Jensen n'avait nul besoin d'avoir un soutien scolaire en mathématique, ce domaine il le maîtrisait, mais il fallait bien trouver un stratagème pour faire venir la jolie Callie.
- Pendant que tu essayes de transformer notre Matthew en un parfait mathématicien, je vais aller faire quelques brasses dans la piscine, dit-il en sortant.
Matthew terrorisé à l'idée de se retrouver seul avec Callie voyait sa "stupidité" refaire surface à grand pas, tandis que Callie décontractée au possible ramenait ses cheveux en arrière. Se retrouver en tête à tête avec Matthew ne la mettait pas dans un état de stresse particulier. Souriante et détendue elle prit sa feuille pour vérifier son travail, alors que lui restait statufié.

Après ses quelques brasses dans la piscine, Jensen décida d'aller se chercher à boire. Tout dégoulinant il se dirigea vers la cuisine, son short de bain laissait s'échapper des gouttes d'eau sur son passage. A la recherche d'une boisson, dans le réfrigérateur américain, il prit une bière qui devait certainement appartenir au propriétaire des lieux. Le temps pour lui de l'ouvrir que quelqu'un fit irruption dans la pièce.
- Je peux savoir qui vous êtes ?
Une chemise couleur ardoise portée en dessous d'un costume noir, des dossiers à la main, aucun doute, il devait s'agir du père de Matthew pensa instinctivement Jensen.
- Un camarade de classe de Matthew.
- Tu n'es pas un peu jeune pour ça, demanda Monsieur Mettner en désignant du regard la boisson alcoolisée que Jensen avait en main.
- Tout comme vous semblez bien jeune pour être le père de Matthew, l'amadoua Jensen avec un sourire.
Monsieur Mettner, à peine âgé de 36 ans, brun aux yeux bleus, de corpulence athlétique, du moins son costume lui prêtait une belle carrure, ne ressemblait pas aux pères habituels.
Il s'avança, prit la bière de la main de Jensen et la redéposa dans le frigo.
- Tiens, dit-il en lui tendant un jus de fruit, ça convient mieux aux gens de ton âge.
- J'ai 18 ans.
- Justement.
Plus trempé qu'une serpillière ayant mariné dans l'eau depuis des semaines, Jensen avait inondé le sol de la cuisine qui prenait des allures de vestiaire de la piscine de la ville.
- Tu épongeras tout ça, ordonna-t-il en le regardant dans les yeux.
- Bien entendu, répliqua Jensen en soutenant son regard.
Monsieur Mettner, bel homme non seulement aux yeux de Jensen, mais aussi à ceux des autres, pouvait se vanter d'avoir un physique de playboy. D'aussi près, Jensen remarqua que dans le bleu de ses yeux se côtoyait un vert lagon. Mais son physique de mâle le titillait d'avantage. Il se dégageait de cet homme une virilité mature qui plaisait beaucoup au jeune adolescent.
- Matthew est où ?
- Dans sa chambre avec Callie en train de faire ses devoirs, répondit Jensen en débouchant son jus.
- Tu ne devrais pas être en train de faire les tiens ?
Tout en regardant monsieur Mettner, Jensen but plusieurs gorgées avant de répondre.
- Moi j'ai terminé, fit-il dans un ralle de soif étanchée, après la tête je m'occupe de mon corps.
Monsieur Mettner jeta un bref coup d'œil sur la prétention dont Jensen faisait la publicité.
- Occupe toi plutôt de passer la serpillière et dis à mon fils que je rentrerais après dîner.
- Bien monsieur, répondit Jensen tel un domestique, ce qui fit faussement sourire le père de Matthew.
Jensen le regarda s'en aller et se dit qu'il ne connaissait pas père aussi excitant.

De retour dans la chambre qu'il avait laissé studieuse, il surprit Callie et Matthew en pleine conversation, il n'en croyait pas ses oreilles. Matthew prononçait une suite de mot qui formait une phrase cohérente, et tout ça, en la présence de Callie. Du progrès se dit-il.
- Ton père est passé, il rentrera tard, faut pas l'attendre pour dîner.
- Ha. C'est tout ce qu'il t'a dit ?
- Oui, et de passer la serpillière.
- Quoi ?
- Ne cherche pas, répondit Jensen en faisant un geste de la main. Se sont les mathématiques qui vous rendent si bavard ?
- On parlait de nos goûts musicaux, fit Callie en jetant un œil à sa montre. Elle se leva et commença à ranger ses affaires. Je dois vous laisser, j'ai quelques courses à faire avec ma soeur.
Matthew se proposa de la raccompagnée à la porte d'entrée tandis que Jensen s'éclipsa dans le salon. Une fois les au revoir sommairement amicaux terminés, il reprit un rythme cardiaque normal.
Posté devant l'écran géant du salon, Matthew fit part de ce qu'il ressentait. Se trouver des points commun avec Callie s'apparentait à une découverte qui semblait avoir son importance dans l'encyclopédie, au même titre que la découverte de l'Amérique en 1492 par Christophe Colomb. Jensen, amusé de voir Matthew en émoi, ne pouvait s'empêcher de sourire.
- Qu'est-ce que ça va être quand tu vas la baiser ! s'exclama-t-il.
- Arrête de tout ramener au sexe.
- Miss comme tu peux être prude.
Matthew changea de sujet et parla des projets qu'il n'avait pas pour le week-end ce qui donna une idée à Jensen.

Monsieur Mettner refit son apparition vers vingt-et-une heures, il déposa son attaché-case sur la console et se dirigea vers le salon d'où émanait le bruit de la télévision. Il constata que l'ami de son fils se trouvait encore chez lui, confortablement installé dans le canapé, les pieds posés sur la table de basse.
- Tes pieds.
Jensen tourna la tête et les enleva aussitôt.
- Bonsoir monsieur.
- Matthew n'est pas là ?
Jensen se leva et alla à sa rencontre.
- Si, il est dehors, au téléphone, répondit-il les mains dans les poches arrière de son jean.
Monsieur Mettner jeta un œil sur sa montre en platine.
- Tes parents ne t'attendent pas ?
- Vu l'heure, ils doivent être encore à leur boulot, répondit Jensen en croisant les bras. Personne ne m'attend rajouta-t-il.
Monsieur Mettner hocha la tête.
- On vous a gardé une part de tarte salée et du blanc de poulet. Vous avez déjà dîné ?
- Non et justement je meurs de fin.
Monsieur Mettner se dirigea vers la cuisine, fit réchauffer les plats et s'installa à table. Il ôta sa veste qu'il déposa sur la chaise. La chemise, juste à sa taille, laissait imaginer une belle musculature que jaugeait Jensen qui s'installa juste en face de lui. Le père de Matthew, un peu surpris par son comportement, ne s'en offusqua pas plus que ça.
- J'ai fais ce que vous m'aviez dit, lança Jensen en le regardant manger.
- Pardon ?
- La serpillière.
Monsieur Mettner ne fit que hocher la tête tout en mastiquant.
- Vous avez une énorme maison. C'est vous qui l'avait dessiné ?
- Hum hum.
- Matthew m'a dit que la plupart des chantiers de l'Etat vous appartiennent.
- On peut dire ça.
Le père de Matthew n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer un camarade de classe de son fils aussi à l'aise, aussi familier. Ce qui dénotait fortement avec ceux qu'il avait pu voir par le passé.
- Qu'est-ce qu'ils font tes parents ?
- Ma mère est juge et mon père chirurgien.
- Ils rentrent tard.
- Quand ils rentrent.
Les parents de Jensen rarement chez eux, savaient que leur fils comprenait très bien la situation et qu'il s'en accommodait, même s'il aurait aimé les voir un peu plus souvent. Mais de rares moments de "retrouvailles" survenaient et n'en étaient pas moins intenses.
Pendant quelques minutes, Jensen regarda silencieusement le père de Matthew en train de manger. A la lumière des spots placés au dessus de la table, il pouvait voir son visage dans ses moindres détails. Il en arriva à la conclusion que Matthew tenait plus des traits de sa mère que ceux de son père, un père qu'il trouvait véritablement très attirant.
- Vous êtes drôlement jeune pour avoir un fils de l'âge de Matthew.
Monsieur Mettner resta interloqué avant d'avaler sa bouchée.
- Vous l'avez eu à quel âge ?
- Tu es un jeune drôlement curieux.
- Non. Je veux juste faire votre connaissance. J'apprends à connaître votre ex-femme ainsi que votre fils. Pourquoi pas vous ? Et puis, il est plus agréable de manger tout en discutant.
Monsieur Mettner bu son verre d'eau.
- J'avais 19 ans tout comme sa mère, ceci explique cela. Je suppose que tu n'aimes pas manger seul.
- Vous supposez bien. Il est plus agréable de faire des choses à deux ou à plusieurs.
Monsieur Mettner se mit à sourire.
- Comme ses gens qui disent que la vie est plus facile à vivre quand on est deux ?
- Je ne dirais pas facile, mais plus agréable.
Matthew entra à cet instant, il venait de raccrocher d'avec Callie. Sur les conseils de Jensen, il lui avait proposé de se faire une toile avec ses amis et les siens, une sorte de premier rendez-vous dissimulé en une sortie collective. A en croire son sourire elle avait accepté.
- Bonsoir, fit-il en regardant rapidement son père avant de se tourner vers Jensen. Demain soir on va se faire un ciné avec Callie et d'autres camarades, tu resteras dormir.
- Dis comme ça je n'ai pas trop le choix.
- Tu viens, on va se faire une partie de jeux vidéo.
- Dis comme ça, je n'ai pas trop le choix non plus, mais vas y toujours, j'arrive dans une minute.
Jensen regarda Matthew s'éloigné, puis reposa ses yeux sur son père.
- En tout cas je vois de qui il tient ce côté très autoritaire. J'ai été ravi de vous tenir compagnie, mais le devoir m'appelle, je dois absolument lui mettre une raclée.
Monsieur Mettner se mit à sourire pour la deuxième fois de la soirée.
- Vas-y.
- Bonne soirée monsieur.
- Bonne soirée…
-…Jensen, dit ce dernier en lui tendant sa main.
La poigne de Monsieur Mettner, des plus ferme, le laissait imaginer une grande force physique.

La soirée ciné, véritable succès, s'était terminée par un détour au fast-food, Jensen et Matthew regagnèrent la maison de ce dernier vers une heure du matin, la plupart des maisons du quartier n'avait aucune lumière aux fenêtres.
Matthew attribua à son ami une des chambres situées dans la même aile que lui.
La chambre d'ami, confortable à souhait, offrait les mêmes avantages qu'une suite d'hôtel, la télé reliée au câble et une salle d'eau attenante. La vue qu'elle proposait sur le jardin, n'avait rien à envier aux grands hôtels. A cette heure avancée de la nuit, l'éclairage particulièrement bien agencé donnait une idée de ce que devait être l'Eden.
Malgré le confort du lit, Jensen ne trouvait pas le sommeil, rien avoir avec le fait d'être dans un autre lit que le sien mais, plus en rapport avec le propriétaire des lieux. Le père de Matthew lui avait vraisemblablement tapé dans l'oeil. Rien à voir avec un coup de foudre, il s'agirait plus d'un coup tout court.
Le patriarche convoité semblait être absent de la maison à en croire sa voiture qui manquait à l'appel. Allait-il rentrer se demandait Jensen ? En charmante compagnie ou non ? N'arrivant pas à s'en dormir, il décida d'aller à la cuisine se faire un chocolat chaud, seule cette boisson pourrait l'aider à trouver le sommeil, du moins à s'assoupir légèrement. Vêtu d'un shorty noir, il déambula dans les couloirs, quand à sa grande satisfaction il croisa monsieur Mettner dans le hall d'entrée jetant un œil discret à sa montre.
- Pris la main dans le sac, vous avez dépassé le couvre feu, plaisanta Jensen.
Cette remarque fit sourire le père de Matthew.
- Tu ne dors pas ?
- J'allais me chercher à boire, justement pour m'aider à m'endormir.
- La bière, n'est pas le meilleur des somnifères.
- Je pensais plus à un chocolat chaud, mais si vous insistez, j'en prendrais bien une.
- Allons chercher ton chocolat chaud, rétorqua monsieur Mettner en l'en accompagnant à la cuisine pour ne pas prendre le risque d'avoir un adolescent alcoolisé dans sa maison.
Il sortit le chocolat et le lait avant de s'attabler, il laissa à Jensen le soin de la préparation.
Aux fourneaux Jensen ne ratait pas une occasion de mettre son corps d'athlète en avant, ses pectoraux et ses abdominaux particulièrement mis en valeur par la lumière des spots ne passaient pas inaperçus. Il veillait également à se mettre de profil, pour que monsieur Mettner puisse juger des courbes généreuses que la nature lui avait données, et qui se localisaient dans la zone couverte de tissu. Les filles de l'école adoraient jeter un œil à son postérieur et à son entre jambe lorsqu'il portait fièrement le maillot de bain de l'équipe de natation. Mais malheureusement pour Jensen l'objet de son attirance n'avait pas une seule fois baissé les yeux en dessous de sa ceinture abdominale.
- Vous voulez que je vous en fasse un ?
- Non merci, moi quand je n'arrive pas à dormir je vais nager, ça détend mes muscles et moi avec. Alors ce film, demanda monsieur Mettner lorsque Jensen vint s'installer en face de lui.
- Pas mal, répondit-il en soufflant sur sa tasse faisant ainsi s'envoler dans l'air une effluve de chocolat qui chatouilla les narines de son interlocuteur.
Un bras posé sur le dossier de la chaise, une main sur sa tasse, Jensen ne quittait pas monsieur Mettner des yeux, il lui souriait avec une lueur audacieuse dans le regard.
- Et vous, votre soirée a-t-elle été concluante ?
- Je te demande pardon ?
- Un homme comme vous n'a certainement pas passé sa soirée en solitaire.
- Un homme comme moi ?
Jensen se redressa et entoura de ses mains sa tasse encore légèrement fumante.
- Mature, riche, célibataire…beau. Vous deviez être accompagné d'une jolie brune ou d'une jolie blonde, à moins que vous ne préfériez les rousses.
- On ne peut pas dire que tu sois timide, tu n'as pas ta langue dans ta poche.
Jensen lui décocha un large sourire, ce qu'il venait de dire, il le prenait pour un compliment.
- Je vous ai dit que je voulais vous connaître.
Monsieur Mettner secoua la tête.
- C'était une blonde.
Il avait passé la soirée en compagnie de Tamara Bridges, une architecte d'intérieur qu'il avait rencontré, il y a deux mois de cela, sur un de ses chantiers. Leur relation pas vraiment sérieuse se résumait en des rencontres sporadiques. Aucune promesse, aucune déclaration. Ils prenaient plaisir à se voir, à discuter et à faire l'amour, mais il n'existait pas de réel engagement entre eux.
- Vous l'avez rencontré au boulot, demanda Jensen après avoir bu une gorgée.
- Oui.
- D'ailleurs, en parlant de votre travail, j'aimerais vraiment voir ce que vous faites.
Monsieur Mettner, peu habitué à ce que l'un des amis de son fils s'intéresse autant à lui, fut quelque peu surpris par l'attention que Jensen lui portait.
- Tu n'auras qu'à passer un jour au bureau, proposa-t-il sans vraiment le penser.
Dans le vocabulaire de Jensen un jour ne sonnait pas comme une date lointaine, un jour voulait dire pour lui dès lundi. Il se garda d'informer monsieur Mettner de sa visite surprise.
- Matthew a-t-il déjà vu votre jolie blonde ?
- Non, et je te trouve vraiment curieux.
- Non, si j'étais curieux je vous aurais demandé si vous aviez fait l'amour.
Monsieur Mettner resta scotché sur place. La désinvolture de l'ami de son fils le désarmait presque. Aucun ami de Matthew ne s'autorisait de telle intervention.
- On peut dire que tu n'as vraiment pas ta langue dans ta poche. Te montres tu si curieux avec ton père ?
- Mais beurk, bien sûr que non, c'est mon père. Vous, vous êtes le père d'un autre, et puis vous êtes jeunes et vous semblez sympathique, et ouvert d'esprit dans la communication. Parler à mon père de sa sexualité, vous en avez de drôle d'idée.
- Et toi, tu es drôlement bizarre. Je me demande si c'est une bonne chose que mon fils te fréquente.
- Justement en me fréquentant il perd ses inhibitions. C'est un peu grâce à moi s'il se rapproche de la fille qu'il aime.
Cette fin de phrase fit s'illuminer le visage de monsieur Mettner, son fils était amoureux.
- C'est qui ?
- Callie, un joli brin de fille. Mais je ne vous en dirai pas plus, je laisse à Matthew le soin de vous en parler. Mais vu que vous ne semblez pas communiquer, je vous dirais juste que c'est une fille bien, parfaite pour lui, vous n'avez pas à vous en faire elle n'est pas comme moi.
Jensen semblait marquer des points, sa remarque fit rire monsieur Mettner.
Mais en pensant à ce manque de communication qu'il y avait entre lui et son fils, son visage perdit de sa joie l'espace d'un instant. Il savait que Matthew lui reprochait de ne pas avoir sauvé son mariage d'avec sa mère, qu'il le tenait responsable de cette cassure familiale. Quand ils se disputaient, Matthew le brimait sur son travail auquel il consacrait trop de temps et qui avait finit par l'éloigner de sa femme, et qui avait mis fin à leur vie familiale, et que tout ce qui comptait pour lui c'était la fortune et la reconnaissance. Matthew n'avait pas tort. Son père plein d'ambition le demeurait encore. Avec tous ses griefs à sa charge, il n'avait pas très envie de communiquer. Son père acceptait et comprenait malgré tout son silence, du moins il s'en était fait une raison.
Jensen, comprit que ce qu'il venait de dire avait provoqué cette étrange expression et essaya de le rassurer.
- Vous savez monsieur, si vous aviez été mon père, je ne vous aurai certainement pas parlé comme je le fais ce soir. Avec le mien, je suis un peu comme Matthew avec vous, il ne connaît pas ma vie, juste en surface. Ne vous minez pas pour ça.
- C'est gentil.
Jensen se leva, s'approcha de lui et posa une main sur son épaule.
- Vous en faites pas il vous aime à sa manière.
Monsieur Mettner regarda cette main posée sur son épaule, puis regarda l'air réconfortant que Jensen affichait.
- Tu as sans doute raison.
- Bonne nuit monsieur.
- Bonne nuit Jensen.
Après son départ, monsieur Mettner resta encore quelques instants dans la cuisine, le temps de mettre dans le lave-vaisselle la tasse que Jensen avait laissé traîner. Au moins avec son fils il n'avait pas à passer derrière, Matthew avait tenu de lui sa manie de la propreté et des choses parfaitement rangées.

Suite

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