Sentiments troubles (3)
de KH Brillant

5

- Woah, je n'arrive pas à croire que je connais tout ce monde, s'étonna Matthew en hurlant aux oreilles de Jensen.
- Mais tu ne les connais pas, répliqua Jensen en criant tout au tant.
La soirée organisée en l'honneur de l'anniversaire de Matthew battait son plein. La moitié du bahut se pavanait autour de la piscine, la plupart un gobelet à la main. La musique entraînante les faisait se trémousser sur place ou sur la piste de danse improvisée à l'emplacement habituel des bains de soleil. Les dalles en pierre de Bavière loin d'être propice à l'exécution du moon walk faisaient malgré tout l'affaire.
Jensen organisateur invétéré de ce genre de soirée, voyait en cette fête l'occasion pour Matthew de se rapprocher de Callie, et lui de se rapprocher de monsieur Mettner, même si ce dernier s'était absenté pour la soirée.
D'ailleurs à l'affût du moindre signe de sa présence dans la maison, il envoyait balader tous ceux qui s'approchaient de lui. Laissant le divertissement aux autres, il réfléchissait à sa mission : arriver à ses fins, autrement dit s'envoyer en l'air avec le père de son ami. De temps à autre il jetait un coup d'œil amusé en direction de Matthew qui vivait en quelque sorte son premier émoi. Connaissant Matthew et Callie, il savait qu'il ne se passerait rien de sexuel, ils auraient peut-être leur premier baiser mais, le contact charnel en resterait là pour cette nuit.
Les heures défilaient, la distribution du gâteau se fit lorsque Jensen aperçu la silhouette de monsieur Mettner, en contre jour, dans l'embrasure de la baie vitrée de la cuisine. Il lui fit aussitôt un signe auquel celui-ci répondit avant de disparaître.
Matthew et Callie visiblement occupés à se faire manger du gâteau ne remarqueraient pas son absence, ainsi il prit de quoi manger et boire avant d'aller frapper à la chambre du propriétaire des lieux. Il regarda une dernière fois dans leur direction pour s'assurer qu'ils roucoulaient paisiblement.
Une assiette de gâteau et un gobelet de punch dans les mains, Jensen entra dans la chambre après y avoir été invité.
Spacieuse, elle baignait dans les tons beiges et miel, et offrait un confort digne des grands palaces, un lit de taille impressionnante trônait contre un des murs, sur celui d'en face un écran plasma attirait l'attention. Deux fauteuils dans un coin entouraient une table basse sur laquelle se trouvait un livre, d'après la couverture, il s'agissait d'architecture.
Debout au pied de son lit, monsieur Mettner, tout de noir vêtu, ôtait sa veste qu'il plia soigneusement avant de la déposer délicatement sur la banquette en velours marron.
D'abord surprit de voir Jensen, il comprit en voyant l'assiette qu'il voulait lui faire partager le gâteau de son fils.
- Tenez, dit Jensen en s'avançant vers lui.
Il prit l'assiette, le remercia, et s'installa confortablement sur le lit afin de déguster le gâteau à l'aspect des plus appétissant. Tandis qu'il mangeait, Jensen regarda à travers la baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur la fête.
- C'est sympa ce que tu as fais pour Matthew. Surtout que tu as passé le plus clair de ton temps au bureau cette semaine.
- C'est normal, fit Jensen en venant s'assoire sur le lit. Je suis un garçon efficace.
- Le thème de la soirée c'est Hawaii, demanda monsieur Mettner en désignant sa chemise aux imprimés d'hibiscus.
Les pans de sa chemise, ouverte, encadraient sa musculature athlétique, ses pectoraux et ses abdominaux parfaitement sculptés avaient fait fantasmer plus d'une fille lors de la soirée. Ce soir, plus sexy que jamais, il portait son short de bain blanc qui intensifiait la couleur de son bronzage dorée, alors que les imprimés d'hibiscus bleus exacerbaient la couleur de ses yeux.
- Hawaii et la sensualité de ses plages. Vous étiez avec votre blonde ?
- Oui, répondit monsieur Mettner la bouche pleine.
Jensen gardait le sourire bien que cette réponse l'agaçait au plus haut point.
- Vous avez passée une bonne soirée ?
- Oui.
Encore une réponse qui lui fit "plaisir", mais qui ne le démontait pas pour autant.
- Il est une heure du matin, il est un peu tôt pour que des amoureux se séparent.
- Elle était fatiguée, et je t'ai déjà dit que ma vie privée ne te regarde pas.
Jensen s'installa au milieu du lit, ainsi il avait tout loisir de regarder monsieur Mettner. Encore une attitude qui surprit ce dernier, mais bien moins qu'avant, il avait apprit à connaître le personnage et à "s'habituer" à ses moeurs.
- Matthew passe une bonne soirée ?
- Très bonne, lui et Callie vont bientôt être un couple. Bien sûr ce soir ils n'auront pas de relation sexuelle, le moment n'est pas très approprié pour les romantiques qu'ils sont.
Monsieur Mettner manqua de s'étouffer et bu du punch pour faire passer le tout, et le gâteau et le commentaire.
Jensen souriait à l'embarras qu'il causait.
- Et toi, tu passes une bonne soirée ?
- Faire la surprise à Matthew c'était marrant, le voir surpris ne sachant plus quoi dire c'était cool. Mais là, c'est autre chose.
- Là, demanda innocemment monsieur Mettner.
Jensen se mit à sourire, il enleva l'assiette de ses cuisses et la déposa de l'autre côté du lit. Tout en se rapprochant, il soutenait son regard.
- Là, dans cette chambre…avec vous, dit-il en approchant son visage du sien.
Monsieur Mettner recula instinctivement.
- Qu'est-ce que tu fais Jensen, demanda-t-il d'une voix troublée.
- Ça ne se voit ? J'ai envie de vous.
- Comment ?
- Vous êtes incroyablement séduisant et j'ai envie de vous.
Monsieur Mettner se leva d'un bond.
- Je suis désolé Jensen, mais je…je n'ai pas envie de toi. Tu es un garçon surprenant et qui n'arrête pas de me surprendre, mais je ne partage pas tes sentiments.
- Je n'ai pas parlé de sentiment, je parle de sexe uniquement.
- Je suis désolé, mais tu te trompes de personne.
Jensen reprit l'assiette et le gobelet.
- Moi aussi je suis désolé pour vous. Vous ne savez pas ce que vous ratez, dit-il sur un ton léger.
Cette petite boutade le fit sourire.
- Non, vraiment monsieur Mettner, vous ne savez pas ce que vous ratez, rajouta Jensen en quittant la chambre la tête haute.
Le père de Matthew n'en revenait pas. Jusqu'à présent, il ne s'était pas réellement douté de ce que Jensen pouvait ressentir pour lui. Mais soudain les évènements passés prenaient un autre sens, Jensen se baladant à moitié nu, se baignant nu, ses regards insistants et surtout le massage de la veille. Il réalisa alors que dès le début de leur rencontre tout n'était que flirt et provocation de sa part.

Après le départ des derniers invités, une heure et demi plus tard, et après avoir coucher Matthew qui ne tenait vraiment pas l'alcool, Jensen alla de nouveau frapper à la porte de monsieur Mettner. Celui-ci ne dormait pas encore et se trouvait en caleçon dans l'un des fauteuils, un verre de scotch à la main.
- Jensen ?
- Tout le monde est parti et Matthew dort, si vous n'arrivez pas à dormir la piscine est libre.
Jensen le regarda longuement, le corps de monsieur Mettner ravissement pour ses yeux ranimait son désir. Sa musculature entièrement dévoilée l'excitait d'avantage.
- J'espère que je n'ai pas été trop dure tout à l'heure.
Jensen ne fit que sourire, il laissa tombé sa chemise sous les yeux étonnés de monsieur Mettner.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Jensen ne répondit rien et commença à défaire le lacet de son short de bain qui tomba sur ses chevilles.
- Jensen qu'est-ce que tu fais, demanda monsieur Mettner en déposant son verre avant de se lever de son fauteuil.
- Je m'offre à vous, répondit-il en s'avançant vers lui.
Lorsqu'il arriva devant monsieur Mettner il enleva son shorty.
- Rhabille toi immédiatement Jensen, exigea-t-il sur un ton ferme.
Ce dernier n'en fit rien et le défiait du regard, il alla même passer sa main sur son torse. Récalcitrant, monsieur Mettner l'enleva violement en réponse à son insolence. Jensen l'effronté eut un léger rictus.
- Rhabillez moi.
Monsieur Mettner ramassa la chemise et le short de bain, et tendit le tout à Jensen.
- Dehors, ordonna-t-il.
Jensen ne bougea pas. N'appréciant pas cet affront supplémentaire, monsieur Mettner, le saisit par le bras et le plaqua contre la porte en le sommant de s'habiller et de sortir. Jensen profita de cet instant pour amener monsieur Mettner tout contre lui et de plaquer son entre jambe contre la sienne.
- Vous me demandez de partir alors que vous commencez à apprécier ce que vous voyez.
- Tais toi et sort d'ici.
- Je la sens se gonfler d'avantage.
Jensen approcha ses lèvres de celles de monsieur Mettner qui lui empoigna la mâchoire.
- Arrête tes conneries Jensen.
- Et vous, arrêtez d'aller à l'encontre de cette pulsion que vous avez, dit-il en tentant d'articuler sous la pression de cette main qui lui bloquait la mâchoire.
Jensen se colla d'avantage à lui.
- Vous êtes prêt à l'abordage monsieur Mettner ne vous en privez pas, je vous sens drôlement dure, argua-t-il en glissant une main dans son caleçon.
D'un geste monsieur Mettner plaqua violement ses mains contre la porte, Jensen comme crucifié exhibait un regard des plus provocateurs. La respiration de monsieur Mettner, mélange d'exaspération et de rage, accompagnait un regard furax. Jensen lui souriait de toute sa défiance et de son insolence. Cette attitude le mit hors de lui, son regard pouvait en témoigner.
- Ne vous privez pas monsieur Mettner, certains trucs sont à vivre.
Exaspération ou réponse à la provocation, contre toute attente, il se plaqua contre lui et l'embrassa goulûment. Ses mains partirent à la découverte du corps de Jensen, qui les yeux fermés, appréciait le contact de ses baisers chaud dans le creux de son cou. Plaqué ainsi, il pouvait sentir la virilité de ce corps contre le sien, ce corps qu'il désirait ardemment. Monsieur Mettner le souleva, comme il l'avait fait lors de la visite de l'immeuble mais cette fois-ci avec beaucoup moins de délicatesse, son étreinte, pleine de désir, laissait la marque de ses ongles. Il balança sauvagement Jensen sur le lit, avant de se jeter sur lui et de se débarrasser à la hâte de son caleçon. Jensen le regard satisfait, appréciait le contact écrasant du corps de son nouvel amant, ce poids, cette virilité, ses caresses et ses baisers passionnés, voir enragés lorsqu'il lui mordillait les lèvres à travers lesquelles sa langue se frayait un passage.
A peine avait-il eut le temps de le réaliser, Jensen sentit monsieur Mettner en lui, dans son regard une lueur bestiale brillait avant de commencer son va et vient des plus intenses. Jensen s'agrippa à son cou et l'embrassa en grimaçant légèrement sous l'assaut qu'il avait volontairement provoqué. Il ne pu néanmoins s'empêcher de sourire, enfin, il vivait ce qu'il désirait tant.

6

Au petit matin alors qu'il faisait encore brun, Jensen se réveilla le premier, la chambre profondément silencieuse baignait dans une légère obscurité. Seule la respiration de monsieur Mettner allongé sous les draps, venait troubler le silence. Epuisé, il dormait d'un sommeil profond. Jensen le sourire aux lèvres, le couvrit des yeux avant de quitter le lit à la recherche de ses habilles. Avant de sortir de la chambre et de regagner la sienne pour s'endormir jusqu'en fin de matinée, il le regarda une dernière fois. Il obtenait toujours ce qu'il voulait pensa-t-il prétentieusement. Ce corps, repu et dénudé, enroulé dans ce drap blanc ne pouvait dire le contraire.

Quand plus tard à demi éveillé il arriva à la cuisine, il vit Matthew endormit devant son bol de céréale et monsieur Mettner derrière les fourneaux.
- Bonjour tout le monde, lança Jensen. Et bien miss, tu sembles bien réveillé ce matin, dit-il en s'adressant à Matthew.
- Parle moins fort Jensen, parle moins fort.
- POURQUOI, vint crier Jensen à ses oreilles avant de se mettre à rigoler.
- T'es bête. Mais merci pour la soirée c'était génial.
Monsieur Mettner, presque gêné de voir Jensen, observait silencieusement la scène. L'ami de son fils d'une décontraction étonnante, agissait comme si rien ne s'était passé. Jensen à la recherche de céréale passa à quelques centimètres de lui, il s'écarta aussitôt, ce qui déclancha en Jensen une grande satisfaction. Monsieur Mettner prit son assiette de bacons et d'œufs brouillés, et s'installa en bout de table. Jensen veilla bien à frôler sa chaise lorsqu'il vint s'attabler à son tour avec son bol de céréale qu'il touillait avec un sourire des plus satisfait, légèrement en coin pour marquer sa victoire.
- Tu devrais aller t'allonger. Prends de l'aspirine et un gant froid que tu poseras sur ton visage. Reste au calme et loin des bruits ambiants et tu iras mieux.
- Tu parles par expérience ?
- Non. Miss je te rappel que je tiens l'alcool moi. Et puis l'homme d'expérience ici, c'est ton père. Il est plus âgé, il doit connaître plein de truc.
Monsieur Mettner faillit s'étouffer, comment Jensen pouvait-il faire ce genre d'allusion. Mais vu l'état de Matthew, pas de panique à avoir, un quelconque sous-entendu ne pouvait être compris. Son mal de crâne occupait suffisamment son attention.
- Tu n'avais pas dit que tu ne boirais plus une seule goutte d'alcool, lui fit remarquer son père.
- Si mais, je crois que le proverbe à raison, ne jamais dire fontaine je ne boirais jamais plus de ton eau.
- Etrange, c'est une réflexion que je me suis faite hier soir, comme quoi, on en est tous là. On affirme des choses sans vraiment les penser, dit Jensen en mâchouillant ses céréales.
Au vu de son état, Matthew trouva préférable de regagner sa chambre, il allait encore dormir toute la journée, en se répétant à chacun de ses réveilles qu'il ne toucherait plus à une seule goutte d'alcool.
Jensen et monsieur Mettner se retrouvèrent enfin seuls, pour autant cela n'empêchait pas ce dernier de rester muet comme une carpe.
- Vous êtes de loin le meilleur amant que j'ai pu avoir, fit Jensen en croquant ses céréales.
- Mais tu es malade !
- On est tout seul, on peut tout se dire. Vous m'avez trouvé comment, demanda-t-il en piochant dans son bol.
Monsieur Mettner, l'appétit coupé, poussa son assiette et posa ses coudes sur la table. Les mains jointes, il repensa à ce qu'il avait fait et qu'il n'aurait pas du faire, Jensen pouvait être son fils. Comment avait-il pu perdre le contrôle de la situation ? L'adulte responsable, c'était lui !
- On aurait pas du…c'était une erreur.
Jensen se mit à sourire.
- Une erreur, répéta-t-il. Vous l'avez répété quand même cinq fois d'affiler. Quand on fait une erreur on fait en sorte de ne pas la recommencer, mais vous, vous l'avez recommencé et vous vous y êtes appliqué. J'adore votre conception de l'erreur, termina-t-il en prenant une nouvelle cuillère de céréale.
Jensen, toujours aussi impertinent, plein d'assurance, mâchouillait presque insolemment. Agacé par son attitude, monsieur Mettner prit sa vaisselle et la balança dans l'évier, l'assiette se brisa et son verre se fêla. Quand il se retourna Jensen se tenait face à lui.
- J'ai passé un agréable moment en votre compagnie et je compte bien en passer d'autre.
Jensen passa ses bras autour de sa taille, rapprocha son visage du sien tout en soutenant son regard embarrassé, avant même qu'il ne puisse poser ses lèvres, monsieur Mettner se dégagea.
- Vous étiez moins prude hier soir et un peu plus bavard, fit Jensen qui comprenait néanmoins sa réaction. Je vous rappel que votre langue n'a pas fait que chatouiller la mienne. D'ailleurs j'ai beaucoup aimé.
- Tu ne comprends pas que c'était une erreur.
- Oui une erreur, bien sûre une erreur. Une erreur qui vous a plu. Et c'est ce qui vous gêne. Comment vous, l'homme de 36 ans, avait pu coucher avec le camarade de classe de son fils, à cinq reprise dans la même nuit, dans des positions les plus acrobatiques les unes que les autres. Le tout avec une vigueur à vous rompre comme du petit bois.
Monsieur Mettner se tirait les cheveux en faisant les cents pas entre la table de travail et le fourneau central.
- Je ne vous savais pas si animal, continua Jensen. Pas que ça ne m'ait pas plût, au contraire j'ai adoré votre puissance, votre ardeur. Je vous le dis, vous êtes un pro de la baise.
- Mais tu vas te taire ! S'égosilla-t-il en perdant son sang froid.
- Et vous, vous calmez.
Jensen s'avança vers lui passa une main sur son bras comme pour l'apaiser, le déculpabiliser. Le voyant revenir au calme il l'enlaça. Bras ballant au début, il lui fallu quelques secondes pour étreindre Jensen et finalement le serrer avec passion. Sa tête contre la sienne, il humait le parfum de ses cheveux, passant ses mains sur son dos tiède et doux. Jensen souriait à sa capitulation.
- Je ne devrais pas, dit-il en le repoussant.
Jensen soupira.
- Vous auriez du vous dire ça hier soir. Aujourd'hui c'est un peu trop tard.
- Il n'est jamais trop tard pour tout arrêter.
- Soit. Mais si vous changez d'avis, ce soir je serais à la piscine.
Jensen s'en alla en laissant monsieur Mettner avec son malaise intérieur et ses interrogations. Lui ne ressentait aucun malaise, aucune interrogation, tout ce qui l'habitait, c'était une irrépressible envie de renouveler l'expérience.
Le père de famille modèle, irréprochable, d'une droiture exemplaire s'assit au comptoir et poussa un profond soupire. Son regard se perdit dans la machine à café, il réfléchissait à tout ce qui venait de se passer en si peu de temps, se demandant pourquoi Jensen était entré dans leur vie, comment n'avait-il rien vu venir; et pourquoi avait-il cédé si facilement ? Etait-ce à cause de ses deux scotchs ? Ou bien était-ce Jensen et son aura ? Ou bien était-ce tout simplement une pulsion à laquelle il avait obéit ? D'autres hommes auraient-ils réagis de la même manière ? Jensen s'était littéralement offert à lui sur un plateau, à l'image du morceau de gâteau. Il repensa aussi à la rage et à l'agacement qui le submergea quand l'impertinence de ce jeune homme se fit plus grande. Peut-être s'était-il exécuté pour le faire taire une bonne fois pour toute. Son arrogance et sa défiance l'avaient mis hors de lui. Cependant Jensen avait raison sur un point, si cela était vraiment une erreur il n'aurait certainement pas recommencé. Les erreurs se dit-il ne s'enchaînent pas à quinze minutes d'intervalle. L'image de Jensen frémissant sous son corps, son propre reflet dans le miroir en train de s'appliquer à la tâche, lui revint en mémoire. Comment avait-il pu ? Il quitta la maison et ne réapparut qu'à la nuit tombée. Ailleurs pensait-il, il aurait les idées plus claires.
La nuit douce offrait un ciel dégagé qui laissait apparaître quelques étoiles plus brillantes les unes que les autres. Le calme régnait dans le jardin, seul le clapotis de l'eau se faisait entendre. A sa dixième longueur, Jensen aperçut monsieur Mettner assis sur un des bains de soleil, il ne tarda pas à regagner le rebord pour s'y accouder.
- J'allais commencer tout seul, dit-il en reprenant son souffle.
Monsieur Mettner regardait ce jeune homme à l'air provocateur en se demandant si cela était raisonnable. Que faisait-il ici au bord de cette piscine ? Il pensa alors qu'il n'aurait pas du venir, mais l'incertitude demeurait plus forte, l'envie le tiraillait, la peur aussi.
Jensen se hissa hors de l'eau, s'avança vers celui qu'il avait attendu toute la journée, ses pieds mouillés laissèrent leurs empreintes éphémères sur les dalles de Bavière. Debout face à lui, il commença à l'éclabousser, histoire de le dérider.
- Vous êtes bien silencieux, une fois encore. J'ai remarqué que vous vous êtes absenté toute la journée. Mais je vois que vous êtes là, c'est l'essentiel.
- Je ne sais pas ce que je fais là.
- Vous voulez la même chose que tout le monde désir : moi !
Sa vanité eut l'effet escompté, Monsieur Mettner se mit à sourire, son visage perdit l'espace d'un instant la gravité et l'inquiétude qui le rongeait. Même si cela sonnait comme une blague, Jensen n'en pensait pas moins. Conscient de son physique peu commun, de cette envie qu'il provoquait, aussi bien l'envie d'être comme lui, de lui ressembler, que l'envie charnelle de le posséder, de l'avoir à ses côtés.
En regardant monsieur Mettner, Jensen savait quel genre d'envie il lui provoquait, cela n'avait rien avoir avec sa beauté physique car il n'avait rien à lui envier, même pas ses jeunes années.
Monsieur Mettner comme le vin se bonifiait au fil des ans, plus il avançait dans sa vie plus il devenait ce bel homme incroyable que plus d'une tentait de séduire. Jensen savait pertinemment qu'il éveillait en lui ce désir charnel, la soirée de la veille confirmait ses dires, et sa présence ce soir étayait d'avantage ce qu'il pensait. Pourtant, il voyait le doute en lui subsister. La situation était compréhensible, se retrouver du jour au lendemain dans les mêmes draps que l'ami de son fils laissait quelques traces d'un trouble indéfinissable. Lui qui n'avait connu que les femmes, se retrouvait à son âge en train de batifoler avec un jeune homme en âge, bientôt, d'entrer à l'université. Cela avait de quoi le faire réfléchir sur son existence plus ou moins paisible et sur ce présent qu'il ne s'était jamais imaginé. L'apparition de Jensen dans sa vie, fut une succession de stupéfaction souvent, d'agacement parfois, et d'interrogations depuis hier soir. Pourtant il se trouvait là, assis, à attendre des réponses.
Toujours aussi entreprenant, Jensen se mit à califourchon sur lui, le mouillant par la même occasion. Une main dans ses cheveux, ses yeux dans les siens, Jensen essayait de le faire sortir de cette inertie dans laquelle il l'avait plongé. Il aurait préféré que ses bras l'entourent au lieu de pendre le long de son buste. Seul son regard lagon, semblait répondre, il observait son reflet dans ces yeux qui si souvent l'avaient dévoré. Comme hypnotisé, il ne pouvait s'en détacher.
Pourquoi ? Pourquoi là ou d'autres se seraient enfuis à cet instant précis, lui semblait avoir envie de rester ? Des garçons séduisants, il y en avait à la pelle sur les plages, dans les rues de la ville, dans les bars, les restaurants, les endroits branchés, pourquoi donc fautait-il aujourd'hui avec lui, précisément lui.
- J'ai pensé à vous toute la journée, lui avoua Jensen en déboutonnant le premier bouton de sa chemise.
Monsieur Mettner, toujours le regard fixe, sentait son geste mais ne bougeait pas. Alors que la décence lui criait d'arrêter, de stopper la machine, de ne plus commettre la même erreur que la veille, il ne bougeait pas.
- On ne fait rien de mal, continua Jensen en s'occupant du deuxième bouton.
Bien que la culpabilité grandissait en lui, monsieur Mettner ne pouvait bouger, ne pouvait l'arrêter, et ne pouvait s'empêcher de grandir.
- On prend juste du plaisir, reprit Jensen en arrachant d'un geste la chemise bordeaux dont les boutons s'éparpillèrent autour d'eux.
De son index, il souligna les contours des différents muscles. D'abord les pectoraux, volumineux comme il le fallait, ensuite les abdominaux qui ne demandaient qu'une chose, être croqués. Il s'attarda un temps sur son nombril, redessinant le cercle qu'il inspirait, après deux trois tours, son index reprit sa course et suivit la fine ligne de duvet qui prenait naissant à la base du nombril pour disparaître sous la ceinture. D'une main experte, Jensen défit celle-ci, il prit le temps de la faire glisser dans les passants du pantalon, donnant ainsi l'occasion à monsieur Mettner d'intervenir afin d'arrêter la machine en marche. Il n'en fit rien. Soutenant son regard, il s'aventura à déboutonner l'unique bouton du pantalon, toujours aucun signe de négation, il descendit alors lentement la fermeture éclair dont le zip troublait le silence. La main de Jensen remonta jusqu'à son visage, ses caresses n'enlevaient en rien l'impassibilité dont il faisait preuve. Etait-ce la peur qui le rendait si inerte ou était-il finalement consentant ?
Jensen l'embrassa dans le cou avant de lui mordiller le lobe de l'oreille et de le regarder une nouvelle fois. Lentement, sa bouche se rapprocha de la sienne, légèrement entre ouverte, elle voulait cueillir un baiser, il effleura d'abord ses lèvres avant d'oser le contact. Lorsqu'il se retira, il vit que monsieur Mettner avait les yeux fermés. Fermait-il les yeux pour éviter de voir, ou bien les avait-il fermés pour apprécier cette intimité ? Signifiaient-ils un refus, se demanda Jensen.
Le visage incertain de Jensen lui apparut lorsqu'il les rouvrit, ce garçon, qui jusque là plutôt téméraire, ne savait plus ce qu'il devait faire. Monsieur Mettner approcha son visage du sien, lui donna un baiser plus timide que ceux qu'il lui avait donnés la veille, comme pour prendre ses marques, il tâtonnait. Quand il devint langoureux ses bras entourèrent Jensen, ses mains parcoururent son corps nu et mouillé. Quand sa respiration devint haletante Jensen se dégagea pour le laisser se dévêtir. Quand ils furent nus, ils firent l'amour sur le transat avant de faire des vagues dans la piscine.

A la lumière tamisée des lampes de chevet, Jensen et monsieur Mettner reprenaient leur souffle la tête posée sur l'oreiller, en fond sonore, la chaîne hi-fi jouait un morceau de jazz.
- Pour quelqu'un qui ne savait pas ce qu'il faisait au bord de la piscine, je trouve que vous vous débrouillez bien.
Monsieur Mettner s'allongea sur le flanc, regarda silencieusement Jensen, avant de passer sa main dans ses cheveux en lui souriant tendrement, les yeux fixés au plafond Jensen se laissait faire.
- J'en suis encore à me poser des questions.
- Cessez de vous poser des questions. Je comprends d'où vient se trait de caractères chez Matthew. Il est toujours en train de se poser des questions. Ça tient de famille.
- Ne parle pas de mon fils s'il te plaît, tu me fais me poser d'avantage de question, dit-il en grimaçant légèrement.
- De quoi voulez-vous qu'on parle, demanda Jensen en se tournant vers lui.
Monsieur Mettner haussa les épaules.
- Je ne sais pas, parle moi de toi, dit-il en effleurant ses cheveux du bout de ses doigts.
Jensen fermait les yeux sous l'effet de cette caresse, semblant apprécier la tendresse de ce geste, mais il sortit aussitôt du lit.
- Vous savez, je ne suis pas votre blonde. Vous n'êtes pas obligé de vouloir me connaître pour baiser avec moi. C'est moi qui veux que vous me baisiez, pas besoin de vous montrer charmant à mon égard.
Monsieur Mettner se redressa.
- J'avais compris, mais j'ai envie de te connaître un peu mieux.
- Quelqu'un m'a dit un jour : "Ma vie privée ne te regarde pas." Je vous dis exactement la même chose.
- Et moi quelqu'un m'a dit : "J'ai envie d'apprendre à vous connaître." Je te dis exactement la même chose.
- Faut pas toujours croire ce qu'on dit. J'ai dit ça juste pour vous mettre en confiance. C'est comme ma peur du vide qui n'était qu'un l'heur.
Monsieur Mettner resta bouche baie.
- Eh oui. Il fallait bien que j'établisse un rapprochement physique.
Jensen se baissa et regarda sous le lit.
- Je ne comprendrais jamais comment tu as pu devenir ami avec mon fils.
- Et moi que vous êtes son père, vous faites si jeune. Ha le voilà, dit-il en se parlant à lui-même.
- Je peux savoir ce que tu fais ?
- Je cherchais ça, répondit-il en montrant son shorty de bain qu'il enfila juste après.
- Tu t'en vas ? Tu ne restes pas dormir ?
Jensen se mit à sourire en serrant le lien de son maillot.
- Non. Mes parents doivent m'attendre, il est déjà minuit, dit-il en prenant la montre de monsieur Mettner posée sur la table de nuit. Et pour Matthew, je suis déjà parti depuis un bon bout de temps, comme il cuve on ne risque rien mais, j'ai dit à mes parents que je serais là ce soir.
- Tu ne crois pas qu'ils dorment ?
- Vu l'heure impossible. Ma mère doit être en train d'éplucher ses audiences pour demain dans la salle à manger comme tous les dimanches soir, et mon père doit revenir d'une de ses gardes. Donc il faut que j'y aille.
Monsieur Mettner sortit de sous les draps et s'avança vers Jensen avec un air de déception, mais résolument compréhensif.
- Je te revois quand ?
- Quand j'aurais envie de vous.
Il amorça un baiser, mais Jensen tourna les talons le laissant pantois, il le souhaita malgré tout, une bonne nuit, avant de sortir de la pièce.

Suite

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