Sentiments troubles (6)
de KH Brillant
11
Au retour de sa convalescence, Matthew retrouva le chemin du lycée inchangé durant son absence, l'atmosphère juvénile et superficielle empreignait toujours les lieux. Il eut droit à la sympathie de ses camarades de classes, à de chaleureuses poignées de main et autres accolades.
Une fois en classe, il eut droit au large sourire de Jensen, auquel il ne daigna pas répondre. Il s'installa comme s'il n'avait rien vu. Aux diverses sollicitations de son ami, son mutisme répondait, ou il préférait déballer ses affaires ou s'adresser à son autre voisin de table. Matthew l'ignorait complètement. Jensen déduisit alors de son attitude, qu'il lui tenait toujours rancune. Il ne pouvait pas lui en vouloir, mais à l'ignorance il aurait préféré une mise au point au travers de laquelle il aurait aimé arrondir les angles. Toutes ses tentatives d'approche pendant les cours se soldaient par un échec, Matthew écrasait tous les petits papiers qu'il lui envoyait sans prendre la peine de les lire.
Persévérant de nature, Jensen ne s'avouait pas vaincu, il profita de l'inter cours pour attraper Matthew au vol, devant son casier.
- Va bien falloir qu'on discute, fit Jensen en s'adossant sur le casier d'à côté.
- Je crois qu'on a rien à se dire, répondit Matthew en rangeant ses livres.
- Au contraire.
Matthew claqua la petite porte métallique de son casier, dont l'impact sonore assez conséquent fit se retourner quelques têtes. Sans un regard pour Jensen, il tourna les talons mais se fit rattraper aussitôt.
- Je veux juste qu'on mette les choses au clair, l'informa Jensen en marchant à ses côtés.
- Tout est clair, je pense.
- Non désolé pas pour moi, fit Jensen en l'arrêtant.
Matthew regarda sa main posée sur son bras.
- Ne joue pas au gros dur, avec moi ça ne prend pas, fit Jensen en retirant sa main.
- Et toi ne joue pas à l'imbécile, comment aurais-tu réagis à ma place si tu avais découvert que
Matthew s'arrêta de parler, cette discussion ne devait pas être tenu dans un lieu public, il prit Jensen par le bras et l'attira dans une des classes.
- Franchement Jensen, je suis sûr que si tu avais découvert que je couchai avec ton père, tu aurais réagis de la même façon, dit-il après avoir fermé la porte derrière eux.
- Mais ce n'est pas si grave.
- Pas si grave, s'indigna Matthew. À chaque fois que je te vois, je ne peux pas m'empêcher de t'imaginer en train de
avec mon père. Entre amis, c'est le genre de chose qu'on ne fait pas.
- Tu parles comme si je t'avais trahi. Ce n'est pas comme si je couchai avec ta copine.
- En amitié, il y a des règles à respecter et si on les enfreints, il n'y a plus d'amitié qui tienne.
- J'en conclu que nous ne sommes plus amis alors.
- Je crois bien, répondit Matthew en sortant.
Jensen bras ballant réalisait avec beaucoup de mal ce qui venait de se produire, la discussion qu'il espérait, il ne l'avait pas imaginé aussi courte, il aurait aimé pouvoir s'expliquer. Lui faire comprendre que ce qu'il faisait ne devait pas être vu comme étant mal. Il ne brisait pas un ménage, celui-ci étant terminé depuis longtemps, il n'entravait aucune autre relation étant donné qu'il était le seul que son père voyait. A part Tamara, mais cette dernière n'était qu'une relation amicale depuis un certain temps. Il couchait avec son père, oui et alors, il n'y avait pas mort d'homme.
Il se remémora les dernières paroles de Matthew, lui qui n'avait pas de véritable ami appréciait sa compagnie. Matthew pouvait se vanter d'être le premier pour qui il éprouvait un certain attachement, il était drôle et ils s'entendaient bien. Son désaccord, tout a fait compréhensible, constituait-il une bonne raison pour tirer un trait sur eux ? Oui, conclut Jensen en imaginant un instant la situation inverse. Cependant, il aurait essayé de se mettre à la place des amants condamnables, et peut-être, qu'il aurait revu sa position. Si seulement Matthew pouvait penser ainsi.
Au cours de leur traditionnelle séance de travail, Callie les yeux rivés sur Matthew s'interrogeait en son for intérieur sur son attitude. La visite de Jensen à l'hôpital lui avait déjà mit la puce à l'oreille. Voyant qu'il restait peu bavard sur le sujet, elle n'avait rien demandé, mais ce matin, la relation quasi inexistante entre lui et Jensen attisait d'autant plus sa curiosité. A l'occasion de la pause qu'ils s'accordèrent, Matthew, affalé sur le lit, la voyant tourner comme un lion en cage lui demanda les raisons.
- Belle transition, fit-elle en s'asseyant à ses côtés, c'est exactement ce que je me demande à ton sujet.
- Comment ça, s'enquit-il en se redressant.
- Je ne comprends pas ce qui t'arrives, dit-elle en passant sa main dans ses cheveux. Pourquoi est-ce que Jensen et toi vous êtes en froid ? Enfin, surtout toi.
Matthew se leva et se dirigea vers la fenêtre.
- C'est un truc entre lui et moi, fit Matthew sur un ton agacé à la simple idée de le savoir avec son père.
- Au son de ta voix, ça à l'air grave. Il t'a fait une crasse ou quelque chose dans ce genre ?
Ce que Jensen lui avait fait, ne pouvait pas être qualifié ainsi, il s'agissait plus d'un faux pas que d'une véritable crasse à son encontre. Voyant Callie soucieuse de vouloir arranger les choses entre eux, Matthew, l'espace d'un instant songea à se confier à elle, mais une telle confidence ne se faisait pas si facilement. Il l'a savait ouverte d'esprit et bonne conseillère, mais serait-elle capable de l'aider, du moins, à y voir plus clair. Et puis ce genre de problème ne devait pas être monnaie courante pour elle. Ne trouverait-elle pas cette histoire dégoûtante au point de rompre avec lui ? A cette dernière hypothèse Matthew arrêta de réfléchir en se disant qu'il pensait vraiment n'importe quoi.
D'un pas tranquille Callie s'avança vers lui en affichant son sourire le plus tendre, de sa main, elle lui caressa la joue, ses yeux compatissants ne tardèrent pas à lui faire cracher le morceau.
- Je sais ce que tu essayes de faire et ça marche, capitula Matthew en faisant tomber ses épaules.
- Viens on sera mieux pour parler, dit Callie en l'entraînant vers le lit.
Durant quelques secondes, Matthew silencieux, remettait de l'ordre dans ses idées afin de trouver la meilleure façon de présenter les choses.
- En fait, il s'agit d'un copain et de Jensen, dit-il en fixant Callie dans les yeux.
- Jensen et un copain, répéta Callie pour être sûre de cerner les protagonistes de l'histoire.
- Oui, Jensen a fait quelque chose qui, à mon avis, ne doit pas se faire entre amis.
Callie hocha la tête.
- En fait, j'ai surpris Jensen dans les bras du père de cet ami.
- Dans ses bras, qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Il était en train de
l'embrasser, répondit-il en jouant les détaché.
- De l'embrasser, s'étonna Callie.
Matthew remua la tête.
- Donc le père de cet ami est gay, envisagea-t-elle.
- Non, il est hétéro, il était marié et il a un fils.
- Quand deux garçons s'embrassent t'appelles ça comment ?
- Oui, d'accord, mais là c'est un père de famille qui n'aurait pas agit ainsi si Jensen ne l'avait pas séduit.
- C'est Jensen qui t'a dit qu'il avait séduit le père, s'enquit Callie.
- Oui.
- Et tu es fâché contre lui car il a embrassé le père de "cet ami", fit Callie en mimant les guillemets.
- Y a de quoi.
Callie se leva et fit les cents pas.
- Donc Jensen est l'amant de cet homme, c'est à dire du père de "ton ami."
- Oui, mais pourquoi tu fais tout le temps ça, demanda Matthew en reproduisant la ponctuation de ses doigts.
- Ça m'aide à comprendre, l'histoire. Quand tu dis que c'est son amant, c'est au sens romantique du terme ou plutôt au sens judiciaire ?
- Romantique.
- Et il était marié ?
Matthew hocha la tête.
- Il a peut-être mit fin à ce mariage parce qu'il savait qu'il aimait les garçons.
- Mais non c'est pas ça du tout, s'emporta Matthew. Après son mariage il a eu beaucoup de conquête féminine, Jensen est le seul garçon dans toutes ses aventures.
Callie tapotant son index contre son menton, plissaient les yeux de la réflexion.
- En conclusion ils ne font de mal à personne.
- Mais si, puisque entre amis on n'a pas de relations sexuels avec les parents de l'autre. C'est une entorse au code de l'amitié.
Callie revint à ses côtés et lui prit la main.
- Je pense que tu prends les choses trop à cur. Qu'est-ce qu'il en dit ton ami ?
- Il ne dit rien parce qu'il n'est pas au courant.
- Dans ce cas, tu n'as pas à en vouloir à Jensen.
- Tu comprends rien, fit Matthew en se dégageant.
- Pourquoi tu ne me dis pas tout simplement qu'il s'agit de ton père et de Jensen.
Matthew la dévisagea en se tapotant sur la tête.
- Je t'ai dit qu'il s'agissait de Jensen et du père d'un ami.
- Matty, dit-elle en se tapotant sur la tête, tu devrais savoir que les histoires commençant par "c'est un ami", doivent se comprendre par : "c'est moi."
- En plus d'être jolie, tu es devin.
Callie se leva et l'enlaça, Matthew plongea sa tête dans le creux de son cou, sa chevelure douce et bouclée sentait l'abricot.
- Pourquoi ça m'arrive ?
- Je ne sais pas, mais ce n'est pas bien grave. Ton père et Jensen sont amants et alors ?
- On voit bien que ce n'est pas ton père.
- Ecoute Matthew, dit-elle en s'écartant. Ce n'est pas la fin du monde. En plus se sont deux beaux spécimens. Ils vont très bien ensemble.
- Tu fantasmes sur eux ?
- Non, mais il faut bien reconnaître qu'ils sont assortis. Tu ne trouves pas ?
Matthew desserra l'étreinte et alla regarder par la fenêtre, il aperçut sa mère dans le jardin en train de dépoter des fleurs, il aurait aimé être comme elle, dans cette ignorance qui rend la vie plus facile.
- Pour l'instant je ne vois que mon père ayant viré sa cuti grâce aux sollicitations d'un de mes amis. Je ne suis pas encore au stade de l'admiration pour le beau couple qu'ils forment, et je ne le serais peut-être jamais.
Avec ses mots, Callie essaya de lui faire comprendre qu'il ne s'agissait pas d'admiration, mais plutôt de compréhension. Rayer Jensen de sa vie ne servirait à rien, d'accord il avait enfreint le code de l'amitié, mais peut-être avait-il ses propres raisons, comme celles qui font qu'elle et lui vivaient une belle relation. Sous entendre qu'il existait réellement de l'amour dans leur histoire aurait pu aider Matthew à accepter cette situation, mais ils parlaient de Jensen, celui là même qui criait à qui voulait bien l'entendre que seul le sexe comptait et rien d'autre. À l'amour il n'y croyait pas.
- Tu sais Matty, tous ces gens qui disent que l'amour ne compte pas, que l'amour n'est rien, sont des gens qui ont été blessés. Pour ne plus souffrir comme ils ont souffert, ils ont rejeté cette humanité. Je te parie de que ton ami Jensen fait parti de ces gens là. Il fait juste en sorte de paraître celui qu'il n'est pas.
Matthew médita ses paroles, Callie se trouvait peut-être dans le vrai, dans ce cas Jensen pouvait prétendre à un rôle dans le spectacle de fin d'année tant il feignait admirablement ses sentiments. Une véritable prouesse d'acteur.
12
Son sac de sport sur l'épaule, Jensen regagnait le parking du lycée après son entraînement de natation, les cheveux mouillés et les tempes ruisselantes, il avançait vers sa voiture. Le soleil déclinait dans le ciel, le parking ne comptait plus que quelques véhicules, près du sien, une ancienne Mustang au rouge délavé, Matthew l'attendait.
- Si je m'y attendais, fit Jensen en arrivant à sa hauteur.
- Pour tout te dire, je ne sais même pas pourquoi je suis là.
- Mais tu es là.
Matthew fit quelques pas et shoota dans un petit gravillon. Les mains dans les poches, il regardait Jensen intrigué par sa présence.
- L'entraînement c'est bien passé ?
- On est fin prêt pour le championnat, répondit Jensen avec un sourire.
Au fond de lui, il savait que Matthew ne venait pas le voir pour parler du championnat ou de la pluie et du beau temps. Il ne le brusqua pas et se plia à la petite comédie qu'il jouait.
- Avec toi dans l'équipe on est certain d'être sur le podium.
- Tu veux dire sur la plus haute marche, je ne sais vraiment pas ce qu'il ferait si je n'étais pas là, dit-il en déposant son sac sur le toit de sa voiture.
- Toujours aussi toi.
- Je pense que je dois le prendre comme un compliment.
- De toute façon tu prends toujours les choses comme tu veux.
- Oui, mais va falloir m'aider sur cette remarque. Qu'est-ce que tu sous entends ?
Matthew s'assit sur le capot, les avant-bras posé sur ses cuisses et le regard fixé sur le gymnase qui s'éclairait.
- Je veux simplement dire que tout pour toi n'est que compliment, que tu arrives toujours à tes fins, qu'il n'y a aucun échec que tu n'ais pas voulu. Bref que tu obtiens toujours ce que tu veux.
Adossé sur son flanc, Jensen souriait à l'analyse de Matthew qui le regardait sans aucune animosité.
- Je n'obtiens pas toujours ce que je veux, tu en es la preuve vivante.
Un doute plana dans l'esprit de Matthew et s'inscrivit sur son visage.
- Ne fais pas cette tête miss, je parlais de ton amitié et pas de tes jolies fesses.
- J'avais compris, tu as même dis à ma mère que je n'étais pas ton type de garçon. D'ailleurs maintenant je sais quel est ton genre de mec. Tu aimes vraiment les vieux ?
Jensen rigola à gorge déployée.
- Si ton père t'entendait. Il n'est pas si vieux que ça.
- Excuse-moi, mais il a deux fois notre âge ou plutôt ton âge.
Jensen vint s'asseoir à ses côtés.
- Je le vois plus comme un homme mûre que comme un vieil homme, et si c'était le cas, il ne m'aurait pas plu.
- Puisqu'on en est là, qu'est-ce qui peut bien te plaire en lui ?
- Regarde ton père, il est physiquement époustouflant. J'ai rarement vu quelqu'un comme lui, tu verrais les amis de mes parents, rien à voir.
- C'est que son physique qui t'intéresse ?
Jensen le regarda du coin de l'il.
- Chez une personne c'est la première chose que l'on voit, à moins d'être aveugle. Il faut qu'une personne me plaise physiquement pour que je m'intéresse à elle. Ce n'est qu'après qu'on voit la beauté intérieure. Mais s'il n'est pas beau à l'intérieur, je ne m'y intéresse plus. Je ne suis pas aussi superficiel que ça. Si t'es beau mais con, tu dégages. Mais si t'es comme moi, beau à l'extérieure comme à l'intérieur je te souhaite la bienvenue.
Matthew amusé, comprit que Jensen se lançait des fleurs pour le faire sourire, ce qu'il avait réussi. Ce qu'il venait t'entendre le rassurait un peu. Savoir que Jensen ne s'intéressait pas à son père que pour son physique lui faisait dire que l'histoire qu'il vivait avec lui paraissait plus sérieuse que purement sexuelle. Cependant, il ne l'avait pas entendu dire qu'il l'aimait.
- Est-ce que tu l'aimes ?
- Ton père t'a envoyé ici pour découvrir le fond de ma pensée ?
- N'essayes pas d'éviter la question.
Jensen descendit du capot.
- Je n'essaye pas d'éviter la question, je me posais juste la question, c'est tout.
- Et bien alors répond.
- Répondre à quoi déjà, demanda Jensen en ouvrant sa portière et en balançant son sac du côté passager.
- Tu réponds à la question par une autre question, fit Matthew en descendant à son tour.
Jensen accoudé à la portière, lui souriait bêtement.
- Et toi, tu en penses quoi ?
- Tu vois tu recommences, ce que je pense n'a pas d'importance, tout ce que je veux, c'est savoir si tu l'aimes.
Jensen le regard interrogateur, ferma la potière et s'y adossa en croisant les bras.
- Est-ce que cette question est comme celles des testes d'analyse de la personnalité qui précisent qu'il n'y a pas de mauvaises réponses ?
Jensen regarda Matthew avant de poursuivre.
- Je suis sûr que pour toi, il y a une bonne et une mauvaise réponse, à la bonne on reste amis, à la mauvaise tu ne voudras plus entendre parler de moi. Te dire que je l'aime n'arrangera pas tout comme par magie, il te faudra encore du temps pour l'accepter, du coup nos rapports seront comme ceux que nous avons ce soir, la gêne, l'incompréhension resteront pendant un certain temps. Peut-être que finalement tu ne l'accepteras jamais, on se jouera la comédie, on paraîtra ceux que nous sommes pas. Je ne veux pas une personne de plus qui paraît être mon ami, j'en ai suffisamment, et je n'ai pas besoin que tu viennes grossir les rangs, surtout pas toi.
Sans attendre une quelconque réponse de sa part, Jensen grimpa dans sa voiture, mit le contact, passa la première, lui jeta dernier un coup d'il, un sourire affecté sur les lèvres.
Matthew regarda la voiture s'éloigner, Jensen n'avait pas complètement tort, la réponse qu'il attendait, n'allait pas résoudre le trouble entre eux. Pourtant, il aurait été rassuré pour son père, bien qu'il ne sache pas véritablement ses véritables sentiments à l'égard de Jensen. Passade ou renaissance ? Soudain, il réalisa qu'il ne s'agissait pas de sa vie, mais de celle de Jensen et de son père qui la menait pour eux et non pour les autres. Tout ce qu'il pouvait faire résidait dans le seul fait de faire avec et non pas de faire semblant. Matthew se rendit à l'évidence, ce qui l'embêtait le plus dans cette histoire, c'était la façon dont il avait découvert leur relation.
Peut-être que si les choses s'étaient déroulées autrement, il aurait mieux accepté la situation, mais ça il ne le saura jamais. Cependant, il existait une chose qu'il pouvait connaître sans avoir à se le supposer : l'acceptation. Il ne tenait qu'à lui à présent d'accepter leur histoire comme étant la leur, et, n'en être que le témoin.
De retour chez lui après une longue garde, le docteur Backles ne pensait pas voir son fils à cette heure avancée de la nuit. Accoudé à la paillasse de la cuisine, Jensen grignotait des cookies, le tout accompagné d'un verre de lait. La cuisine pratiquement plongée dans le noir, ne comportait que pour seule lumière celle que projetait les spots placés sous les placards.
- Une petite faim nocturne, lui demanda son père en venant l'embrasser dans les cheveux.
Jensen ne répondit rien, il n'hocha que la tête, son père, qui rarement habitué à le voir manger au beau milieu de la nuit, supposa que quelque chose n'allait pas. Il se servit un verre de lait et l'accompagna dans sa subite fringale.
- Ta mère dort ?
- Oui, elle a parcourut quelques dossiers et elle est allé se coucher juste après.
- Et toi, fit son père en regardant sa montre, je sais que tu te couches tard mais il est quand même trois heures.
Jensen resta silencieux.
- Toi, tu as des soucis.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je connais suffisamment mon fils pour savoir quand il a des soucis, et des cookies à cette heure de la nuit ne laisse rien présager de bon.
Jensen se mit à sourire.
- Je ne savais pas que tu me connaissais si bien.
- C'est dans le manuel du père model, dans le chapitre "Les signes montrant une anxiété", le cookie en pleine nuit est classé n°1.
Suivant une discipline alimentaire rigoureuse, Jensen laissait peu de place aux fantaisies comme il aimait à les surnommées. Les seules qu'il s'autorisait, n'avait lieu que lorsqu'il était sûr de dépenser rapidement des calories, autrement dit avant chaque entraînement sportif ou partie de jambe en l'air, pour cette seconde catégorie, il se laissait tenter parfois pendant.
- Moque toi de moi, répondit-il à son père sachant pertinemment à quoi il faisait allusion.
- Pour quoi ou pour qui ses petits cookies ?
- A la fois pour quoi et pour qui.
- Intéressant. Tu veux qu'on en parle ?
- D'accord, mais si tu promets de ne pas faire de sous entendu comme tu l'as fais avec le père de Matthew, qui soit dit en passant est quelqu'un de bien et dont l'argent ne m'intéresse pas, papa !
Le docteur Backles leva la main droite.
- Je te résume en deux mots l'histoire, Matthew n'apprécie pas la relation que j'entretiens avec son père, du coup il ne me veut plus pour ami, alors que c'est quelqu'un dont j'apprécie la compagnie. Mais je ne vais quand même pas quitter son père pour essayer de regagner son amitié. De toute façon, je suis perdant, quoique je fasse, je me sépare de quelqu'un de bien.
- C'est l'exemple même du dicton : "on ne peut pas tout avoir."
- Je m'en serais bien passé.
Cette remarque fit sourire son père.
- L'amour et l'amitié son deux grands sentiments, difficile de faire un choix.
- Qui te parles d'amour ?
- Pas de ça avec moi Jensen, je te rappelle que je suis ton père, je t'ai fais et je te connais.
- Ce soir tu me connais un peu trop, répondit-il en croquant dans un cookie.
- Cependant, j'ignorais que tu t'intéressais aux hommes mûrs.
Jensen prit du film cellophane et recouvrit l'assiette de cookie qu'il laissa sur la paillasse.
- D'ordinaire je ne m'intéresse pas aux hommes de cette tranche d'âge, mais monsieur Mettner est différent. Mais au fait comment t'as su ?
- Une porte mal fermée, une conversation un peu trop forte.
Jensen opina du chef avant de terminer son verre de lait.
- Pour en revenir à ton problème, assez peu conventionnel, je ne sais pas quoi te dire, à part que les amis pardonnent, que les amours ne durent qu'un temps, et que lorsque l'amour n'est plus là les amis, eux, sont toujours là. Mais dans ton cas, l'ami est le fils de l'amour, dit-il en hochant les épaules. Fais ce que tu fais de mieux : foncer.
Après ses belles paroles, le docteur Backles laissa son fils en lui souhaitant une bonne nuit, il le regarda une dernière fois en se disant qu'il avait bien grandit. A présent se tenait face à lui un jeune homme confronté aux sentiments de la vie, qui devait agir de son mieux pour préserver ce qui devait l'être.
L'envie de se goinfrer s'étant dissipé, Jensen prit de remord, et surtout n'arrivant pas à dormir, alla faire des longueurs dans sa piscine, le soleil pointait ses premières lueurs quand il s'arrêta.
La nuit portant généralement conseil, ne lui en porta pas, du moins elle ne fit que le conforter dans sa pensée. Il ne voulait pas que Matthew fasse semblant d'être son ami, de ce fait la relation qu'il entretenait avec son père allait continuer jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre un terme de sa propre volonté et non pas pour satisfaire celle des autres.
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