L'Amour Partagé
par Kévin H.



À Dominique,

C'est fait, je me suis libéré de la boule qui obstruait ma gorge depuis plusieurs jours, comme à chaque fois que je me trouve seul avec David. J'ai peur, peur de lui parler, peur de lui faire mal, peur de sa réaction...

Nous mangeons ensemble comme presque tous les midis en semaine depuis que nous travaillons ensemble... L'atmosphère est tendue, presque palpable... Il me fixe, inquiet. Je n'ose croiser son regard...

- Toi, ça ne va pas... Tu as quelque chose à me dire ?
- Je...

Je ne peux pas, j'éclate en sanglots... Il s'approche, essaie de passer son bras sur mes épaules, je dois le repousser... Je rassemble mes forces et respire un grand coup :

- David, je suis amoureux...
- ...
- Tu m'as entendu ? David ?
- Que veux-tu que je te dise...
- ...
- Je le connais ?
- Oui, c'est Franck...

Pas plus tard que la semaine précédente, des amis, Franck parmi eux, étaient venus passer le week-end chez moi...

- Et lui ? Il le sait...
- On a dormi ensemble ce week-end...

Inutile de lui dire que cela dure depuis plusieurs semaines...

Je sens monter la pression... une de ses fameuses colères dont jamais encore je n'ai été la cible... Rien ne semble venir... Je ne ressens même pas le besoin de courber l'échine... Je l'observe au travers mon rideau de larmes... Il se rassied à table, accoudé, la tête posée sur une main, il tente de reprendre le cours de son repas... Il pleure en silence, essaie d'avaler une bouchée... puis repousse l'assiette.

J'essaie de trouver les mots pour avoir son pardon, m'excuser de lui faire du mal, lui dire que ça devait arriver. Hélas tout ce que j'ai échafaudé comme beau discours se noie en balbutiements incompréhensibles...

- Arrête ! Ça ne sert à rien... Je m'en doutais depuis plusieurs mois, ce n'est pas le premier !
- Mais tu n'as pas compris ! Je ne te parle pas d'avoir tiré un coup pour l'hygiène !!! Je l'aime !
- J'ai compris, pas la peine de gueuler ! Depuis le temps que tu cherches... Tes amis rencontrés au hasard d'Internet ! Tu parles ! Que des histoires de cul !

Le salaud ! Je suis soufflé ! Moi qui lui ai sacrifié mes plus belles années ! Je renonce, je ne veux pas envenimer les choses en cherchant à justifier mes derniers écarts... Je préfère ne pas riposter, je ne suis pas en situation de force...

David se lève, abandonnant son repas... Ses larmes sont taries, un peu trop vite peut-être, les miennes continuent de couler lentement...
Arrivé près de la porte d'entrée, il se retourne, le regard perdu :

- Je reste ton meilleur ami, et pour moi tu seras toujours MON Kévin... Sache que je suis toujours là pour toi... Excuse-moi mais je préfère rentrer chez moi...

Je voudrais m'excuser à nouveau mais à quoi bon... Ai-je commis une faute en voulant vivre au grand jour ? L'erreur, je l'ai faite voici plusieurs années, mais il n'y a rien à regretter, notre amour a été plus fort que tout, malgré les écueils, les mensonges à notre entourage familial et professionnel, un incessant jeu de cache-cache avec sa femme...

Je viens de rencontrer Franck... C'est le coup de foudre réciproque, j'en suis follement amoureux et en quelques semaines seulement j'ai su qu'il est l'équilibre et la sécurité qui me manquent depuis......


-= 1. Au Plus Profond de l'Océan =-

Toulon, douze ans auparavant…

Superbe ! C'est le très modeste compliment qui me vient aux lèvres... Le miroir me renvoie l'image d'un beau petit militaire en uniforme blanc, impeccable et lumineux...
Les boutons dorés de la veste sont neufs, sur ma poitrine, l'insigne de sous-marinier a été frottée pour luire comme une étoile, la visière de la casquette a été lustrée ! Même mes yeux brillent malgré l'angoisse qui me tenaille...
Le petit blond du miroir me dit :

- Mon petit Kévin, tu vas devoir y aller ! Ils ne vont pas te bouffer !

Comment cela va-t-il se passer ? Comment cette première journée d'études va-t-elle se dérouler ?

7h30, il est largement temps de me décider à rejoindre le Centre d'instruction de la Marine. Neuf mois de cours m'y attendent... Arrivé la veille, je me suis installé pour une nuit dans une chambre au Cercle des Sous-Officiers de Toulon.
Pour me mettre en condition, il a fallu, vexation ultime, que je produise ma pièce d'identité pour faire admettre à l'appelé du contingent faisant office de réceptionniste que malgré mon air juvénile et mon jeune âge, j'étais en droit de prétendre à l'accès au Cercle !

Ce soir je dormirai dans l'enceinte de l'Ecole... Selon mes informations, j'aurai une chambre à partager avec l'un de mes camarades de cours... La chance fasse que je tombe sur un mec cool, assez discret pour ne pas mettre le nez dans ma vie très privée...

Malgré l'heure matinale, la chaleur commence déjà être étouffante... J'aimerais être à ce soir pour me débarrasser de mes vêtements et aller me plonger dans la Méditerranée... Nous sommes au début du mois de septembre, et malgré un bel été, je n'ai guère profité de l'Atlantique, chez moi là-bas très loin, à Brest... ! Chez moi ? Un chez-moi d'adoption, pour un petit parisien aux origines normandes !!!

Pendant le cours trajet qui me mène à l'Ecole, je peux de nouveau analyser cette situation qui m'angoisse : J'ai à peine vingt et un ans ; je suis entré dans la Marine avec un bagage scolaire suffisamment solide pour me permettre d'avoir un début de carrière sérieusement accéléré ! Au grand désespoir de mes parents qui espérait voir l'élève brillant qu'était leur rejeton faire une Carrière avec un grand C ! Mais ma vie, ma carrière, c'est la Marine et les sous-marins, point final ! J'ai été cocooné jusqu'à ce jour, étant noyé au milieu de garçons de mon âge pour des tâches identiques...
Mais aujourd'hui, je vais être confronté à un groupe nettement plus ardu… Le plus jeune de mes collègues doit bien avoir vingt-cinq ans. Le plus ancien, avec un peu de chance, ne doit pas dépasser les trente-deux ans... Promotion et carrière obligent ! Mon côté fragile et ma sensibilité à fleur de peau risquent de me poser de sérieux problèmes d'adaptation. Heureusement, ma formation initiale m'a permis de m'en apercevoir, mes aptitudes scolaires devraient être un atout non négligeable, si j'en crois le dicton qui affirme qu'" au royaume des aveugles, les borgnes sont rois "... !

Mon angoisse sera vite dissipée... Les formalités accomplies, je peux prendre possession de ma chambre, me changer rapidement pour une tenue plus confortable et rejoindre le reste de mes camarades dans ce qui sera notre salle de cours...
Certains, comme moi, ont pu troquer la tenue réglementaire si salissante pour un pantalon bleu nuit et une chemisette blanche, d'autres ont conservé le pantalon blanc de notre arrivée avec une chemisette... Je range immédiatement parmi les fêlés Didier, mon nouveau voisin de chambrée, qui, malgré la chaleur, a conservé l'uniforme au complet !!!

Je suis effectivement le plus jeune du groupe, mais s'installe immédiatement une agréable camaraderie avec les plus anciens... L'un d'entre eux, les trente ans déjà révolus, prend possession avec autorité d'une place à mes cotés pour, il n'aura pas honte de l'avouer, profiter de ce qui devraient être à ces yeux mes inévitables bons résultats en maths !! Un simple clin d'œil de ce costaud barbu et déjà presque chauve m'indique qu'il fera un allié de poids si cela s'avère nécessaire...

-=§=-

Midi. Nous gagnons la salle à manger, une ruche d'au moins 500 abeilles dont beaucoup méritent qu'on y regarde le dard de plus près !
Les plus âgés se regroupent plus ou moins inconsciemment, tandis que je cherche dans les plus jeunes d'éventuels camarades avec qui je pourrais avoir quelque affinité...
David ! Dès le matin, j'avais été séduit par les yeux bleus de ce beau garçon de vingt-sept ans avec qui j'avais pu bavarder pendant une pause...
Etait-ce lui dont j'ai senti le regard vrillé sur ma nuque tout au long de la matinée ?
D'office, il vient s'installer à mes cotés pour le repas.
La conversation restera limitée aux sujets classiques, sous-marins, armée, carrière passée et à venir, et ces centaines d'heures de cours qui nous attendent...
Malgré quelques tentatives infructueuses, je ne sais que peu de chose de mon beau voisin... Je serai ravi de l'avoir pour ami au long de ces neuf mois, il est si séduisant... Dans le meilleur des cas, je me dis qu'il pourra toujours nourrir mes fantasmes les plus secrets...

Dans l'après-midi, à l'occasion d'une petite pause, j'apprends avec amertume que mon beau David est marié et père d'un petit garçon de 6 mois... Je vois déjà mes espoirs les plus insensés d'évanouir ! Je me doute bien que cet univers militaire n'est guère propice aux rencontres du même sexe mais quelques brèves expériences passées m'ont prouvé que rien n'est impossible...
La journée se termine, les célibataires les plus jeunes restent à la Base, les autres vont regagner leur foyer... Je regarde David s'éloigner vers la sortie ; il est resté en uniforme, son pantalon blanc moule délicieusement une adorable petite paire de fesses, sa chemisette cintrée laisse deviner un dos musclé et plutôt carré... Soudainement, il fait demi-tour et revient vers moi, m'arrachant à mon début de rêverie :

- Tu loges au Centre, je crois ?
- Comme la majorité des célibataires, oui...
- Cela te dirait de venir demain soir à la maison ? Nous avons un test d'évaluation de maths après-demain et une petite révision ne devrait pas me faire de mal... Je pourrais ainsi te présenter ma femme et mon petit Vincent !

Je reste pantois !
Voilà qui se corse !
Rencontrer les épouses des collègues n'est pas mon sport favori, quoique je sois content de pouvoir dire qu'elles m'apprécient très vite...
Mais David, c'est autre chose... Au fond de moi, j'aurais préféré pouvoir continuer à le côtoyer seul, rester dans notre univers de mecs, et me contenter de profiter de sa compagnie en journée...
Mais comment refuser ! Pouvoir jouir de sa présence après les cours, quel bonheur !
Son regard si bleu, si profond m'interdit de refuser…

- Ce sera avec plaisir ! Tu habites loin d'ici ?
- A 30 mn environ... On en reparle demain ? Je dois prendre le petit chez sa nourrice... Bonne soirée Kévin et soit sage ! Commence à étudier, les mauvais élèves comme moi auront besoin de toi !!! , ajoute-t-il en riant

Je le regarde s'éloigner, le cœur un peu serré de me retrouver un peu seul mais heureux de m'être fait si vite un ami adorable ! Je me prends à envier sa femme que je ne connais pas encore...


La soirée sera banale, partagée entre le rangement de mes affaires, le repas à l'heure où dînent les poules, un navet à la TV et une douche réparatrice...
Après avoir évoqué avec Didier, mon camarade de chambre, mes premières navigations dans les sous-marins, je me couche rapidement et plaque les écouteurs du walkman sur mes oreilles. J'ouvre un livre, ce geste me provoque un sourire qui voici un an était plutôt un rictus de douleur...

"Juillet. Un an plus tôt. Partis de Brest pour deux mois, dans une grosse boîte à sardines noire, plus communément appelée sous-marin, je partage une chambre de douze, agencée en séries de trois lits superposés... J'occupe une des couchettes du bas, les moins intimes, car elles servent de banquettes dans la journée... Mon voisin de rez-de-chaussée, un petit brun musclé, aux cheveux noirs très courts, de 24 ou 25 ans, semble m'avoir pris comme exutoire à ses envies de chahut de collégien... Il se prénomme Gilles et, par son physique, me rappelle curieusement ce camarade de collège qui, un jour, m'avait appris à donner du plaisir à un garçon avec ma bouche...
Ce dimanche après midi, une partie de nos compagnons de chambrée assurent la veille, l'autre partie est entassée dans la cafétéria transformée pour l'occasion en salle de cinéma... Je crois être seul dans la cabine, allongé sur ma couchette, le casque de walkman sur les oreilles, commençant à somnoler sur un mauvais roman policier... Mon petit rideau s'ouvre alors brutalement, laissant apparaître la face hilare de Gilles !

- Je croyais que tu faisais une sieste, je pensais te réveiller !
- Tu y as presque réussi, je commençais à m'endormir sur mon bouquin...

Je réalise qu'il est simplement vêtu d'un short, et si la vision que j'ai de son entrejambes ne me trompe pas, il ne porte rien dessous ! J'entrevois les bourses brunes, au milieu d'une forêt de poils noirs...
Le torse est légèrement poilu, encore délicieusement bronzé malgré les quelques semaines d'enfermement... Je le soupçonne de faire des UV...

- J'avais envie de te faire chier un peu ! ajoute-t-il en souriant

Son sourire se fige. Il vient de noter mon regard rivé sur son short...
Le ton s'adoucit subitement :

- Ils sont tous au ciné ?
- Je crois, oui, sauf les gars de quart... bien sûr !
- Pousse-toi !
- Pardon !?
- Fais-moi une place, je vais lire ce bouquin avec toi !

Sans même attendre une réponse, il s'allonge sur ma couchette me tassant contre la cloison... Se tournant vers moi, il me fixe dans les yeux et sans quitter mon regard, attrape ma main et la pose sur son ventre... Ma gorge est bloquée, je n'ose faire le moindre mouvement... Son regard se voile :

- S'il te plait, souris ! Dis-moi que tu en as envie toi aussi...

Mes yeux rivés aux siens, un léger sourire en coin, sans dire un mot, je glisse ma main sous l'élastique de son short... Je rencontre aussitôt l'extrémité déjà humide d'excitation d'un gland de jolie taille... J'avais déjà pu l'observer au repos, je ne suis guère surpris... Ma main n'arrive pas à enserrer complètement la hampe, mais mon geste lui arrache un léger gémissement...

- Chut ! Si quelqu'un arrive, on est foutu !

Il referme le rideau, retire son short, puis se tourne à nouveau vers moi en chuchotant :

- Tourne-toi vers la cloison, fais voir ton petit cul !
- Tu es fou ! On va se faire tuer !
- Tourne-toi, s'il te plait, Kévin ! ( Tiens, d'habitude il m'appelle Gamin !)

Je suis terriblement excité par le danger de cette situation incongrue. Sans rien dire, je retire mon pantalon de jogging et me tourne face à la paroi...
Dans mon dos, j'entends cracher et je ne tarde pas à sentir un doigt mouillé venir me chatouiller l'anus... J'ai le sexe si dur que j'en ai mal et je ne peux résister au besoin de me caresser doucement...
Toujours sans un bruit, alors que je m'attends à l'assaut ultime, c'est d'abord un coup de langue sur la nuque puis un baiser derrière l'oreille qui me font frissonner... Gilles serait-il moins rustre qu'il n'y paraît... ? Dans les quelques secondes qui suivirent, j'appris à mes dépens que ce n'était qu'une impression... Je sens son torse se serrer contre mon dos, son sexe humide s'appuyer sur mon œillet : je ne peux m'empêcher de gémir... Gilles glisse son bras sous moi, place sa main sur ma bouche et, doucement entreprend de forcer l'étroit orifice de mes reins... Le gland est entré entièrement puis il commence un lent mouvement de va-et-vient, progressant à chaque coup de reins, gagnant un ou deux centimètres... Il est entièrement en moi et ne bouge plus... Des larmes de douleur envahissent mes yeux... Mes dents sont serrées sur son pouce...

- Ça va, bonhomme ?
- J'ai mal, mais continue ! Doucement, s'il te plait...
- Surtout ne crie pas mais ne me mors pas trop fort non plus...

J'imagine son regard rieur !
Il recommence alors ses coups de reins, lentement, comme un ressac sur une petite plage de galets... Ma douleur s'estompe doucement et laisse la place à une douce chaleur... Je sens que mon front est brûlant... Une pression de dents accentuée sur sa main laisse comprendre à Gilles l'arrivée d'un désastre... Accélérant légèrement ses allées et venues, je sens sa main entourer ma hampe d'une matière douce et soyeuse... C'est son short !!! Ce contact provoque un tremblement de tout mon être... Gilles s'agite de plus en plus vite dans mes fesses, tout en me masturbant furieusement... Je n'en peux plus, j'explose dans l'étui de satin...
Je mords sa main si fort que le gémissement que j'entends est autant un cri de douleur qu'un râle de plaisir au moment où il se vide par saccades convulsives...
Nous restons immobiles quelques minutes...
La chambre est silencieuse...
Je me retourne vers Gilles... Son sourire m'invite à un léger baiser puis lui tendant son short maculé, je lui propose d'aller discrètement le nettoyer en prenant une douche réparatrice...
- J'y vais le premier !

À son retour de la douche, alors que je me prépare à m'y rendre à mon tour, il m'embrasse sur la joue avec un air grave :

- Il ne s'est rien passé... T'es Ok ?
- Oui Gilles, je sais... on ne peut pas se permettre de déconner...
- Mais autant être clair, cela vaut aussi pour notre retour de mer...
- Je m'en doutais...

Il n'a pas vu ou pas voulu voir les larmes qui coulaient lentement sur mes joues...



- IL EST 7h00, TU VIENS DEJEUNER ?!!

Didier, mon camarade de chambre, m'a fait sursauter ! Le con ! Avait-il besoin de hurler ainsi !?
Mais je ne lui en veux pas : c'est une belle journée qui m'attend, ce soir, je dînerai chez David, je suis même prêt à faire des maths toute la soirée s'il le faut !

-=§=-

Kévin H

Suite

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