L'Amour Partagé (4)
par Kévin H.

-= 4. Je Vais Craquer ! =-

Résumé du chapitre précédent : David m'a avoué son amour, nous avons passé une journée merveilleuse. J'ai dormi, seul, dans l'appartement voisin du sien…

Je me réveille assez tôt, je crois avoir rêvé, le ventre de David est imprimé sur mes rétines... Mais une douloureuse barre de métal me ramène à la réalité ! L'envie de me masturber furieusement vient de s'insinuer en moi... Je tends l'oreille, des éclats de rire d'enfant me parviennent atténués... Je reconnais mon petit Vincent ! Puis la voix de David plus distincte.
Je comprends que la porte du palier vient de s'ouvrir. Une seconde après, un coup discret sur ma porte et sans attendre de réponse, David s'encadre dans la porte du salon :

- Tu es déjà réveillé ? Bonjour, mon Kévin...
- Bonjour, David ! Je rêvais de toi...

Son regard bleu s'arrête sur la couverture...

- Je vois ça... C'est flatteur !!!

Il s'assied sur le rebord du canapé, et m'embrasse tendrement... Sa langue s'enroule autour de la mienne tandis que sa main se glisse sous le drap...

- Arrête David, on va déraper...
- Chut ! Laisse-moi faire... Marie est au bain avec Vincent... On a un tout petit moment...

Sans attendre de réponse, il repousse le drap et prend mon sexe dans sa bouche... Il est encore si maladroit ! Mais il est si touchant et je l'aime tant que sa technique douteuse est vite oubliée... Je suis aux anges... Je me tortille de plaisir, c'est si bon de se laisser faire parfois... David arrive très vite à ses fins... Pendant qu'il essuie mon ventre avec mon propre tee-shirt, je ne peux m'empêcher de rire :

- Tu progresses plus vite qu'en maths !

Son regard plein de tendresse me fait immédiatement regretter cette mesquinerie. Je l'attire vers moi pour l'embrasser. Je ne me lasse pas de sa bouche, mais je voudrais bien goûter autre chose... Mais il se redresse :

- Je n'entends plus Vincent, son bain doit être terminé... Tu te douches et tu viens boire le café ?
- J'arrive tout de suite !
- Tu es sûr de ne pas vouloir rester avec nous aujourd'hui ? Cela me ferait tant plaisir...
- Non David, je dois garder du champ, tu le comprends n'est ce pas ? Je t'aime trop, je dois garder la tête froide sinon on va déconner, et pour cela je préfère vous laisser ensemble tranquilles... On se verra lundi de toute façon...
- Mais au Centre, tu sais que c'est différent... Tu as peut-être raison, c'est bien comme ça... Mais n'oublie pas que je t'aime...
- Je n'oublie pas ! Je t'aime aussi... Allez file à côté, je vous rejoins dans 5 minutes...

Il m'embrasse à nouveau et sort...

-=§=-

Ce dimanche fut bien long... comme beaucoup le seront pendant les 6 mois suivants...
Lundi, 7h45, je suis en avance sur la Place d'Armes pour la traditionnelle cérémonie militaire du matin. J'attends David avec impatience et je dois me retenir pour ne pas lui sauter au cou lorsque enfin, il me rejoint ; il est accompagné d'Eric.

- Ça va bonhomme ? Remis de tes émotions ?

Je rougis violemment ! Éric sait-il quelque chose ???
Il ajoute :

- une petite cuite, un baptême de voile, voilà un bon petit week-end ! Ça doit te changer de la vie monacale sur cette base de m...
- Pas le choix Eric, mais de retour à Brest, j'aurai mon appartement...

Soudain, en prononçant ces mots, je sens monter un sanglot... Mes yeux s'embuent, je fixe David... Il est blême...
Nous venons ensemble de réaliser qu'à la fin du mois de juin, je repartirai rejoindre l'escadrille des sous-marins à Brest tandis que lui restera à celle de Toulon...
Éric me regarde, l'œil interrogateur...
L'atmosphère est subitement très lourde, heureusement interrompue par les clairons...

David me glisse à l'oreille :

- A midi, on mange vite fait et on file dans ta chambre... Faut qu'on en parle...

J'essuie furtivement la larme qui coule sur ma joue...

-=§=-

Pendant ces quelques mois, nous exploitons chaque occasion qui nous est donnée pour nous retrouver seuls, dans ma chambre dès que mon colocataire s'absente, dans l'ascenseur qui nous mène à la salle de cours. Outre de régulières soirées chez Marie et David en semaine, j'ai à trois reprises, très précisément, le bonheur de pouvoir rester à dormir sur le canapé du beau-frère. Je donnerai dix ans de ma vie pour pouvoir enfin avoir une nuit entière avec mon amour ! Nous savons que nos chemins vont bientôt bifurquer... J'en suis malade et David en souffre tout autant...

-=§=-

Terminé ! Le cours est terminé ! Mais deux d'entre nous seulement auraient souhaité qu'il dure un siècle... Mes affaires sont dans le coffre de la voiture. Nous avons prévu une dernière petite soirée chez Eric. Après une nuit réparatrice chez mes amis, je prendrai la route, direction Brest, via Paris pour une escale chez mes parents... Je suis à la ramasse ! Je ne sais pas comment je vais pouvoir surmonter la séparation... Bien sûr, nous aurons la possibilité de nous retrouver pour des vacances. Malheureusement, ce ne seront que rencontres furtives, cachotteries et multiples prétextes pour s'échapper... pour de nouveau se séparer...

Malgré la tristesse qui m'habite, je m'efforce de faire bonne figure. David, tout aussi désemparé que moi, réussit à en faire autant. La soirée, notre dernière avant longtemps, j'en ai peur, sera joyeuse grâce à la bonne humeur communicative d'Eric. Les deux marmots, Vincent et Jonathan, qui marchent maintenant, ne cessent de nous amuser par leurs pitreries... Afin d'éviter des allers venus et, surtout, des aux revoirs douloureux, j'ai accepté la proposition d'Eliane de me garder à dormir chez eux avant mon départ pour Paris... David s'est plié de mauvaise grâce à ce petit sacrifice, comprenant que c'était notre intérêt commun...
Utilisant la séparation d'avec le petit Vincent, je ne peux me retenir de pleurer, provoquant quelques larmes communicatives à tout le monde...
David tente de se reprendre :

- Dès que tu connais ton programme de navigation et tes permissions, tu nous appelles et nous organisons quelque chose ! Ok ?!
- Bien sûr, et dès que vous venez en vacances à La Trinité, vous me faites signe, je descends illico presto !!!

David possède une petite maison de famille dans ce joli petit port sur la baie de Quiberon... Ce n'est qu'à deux heures de Brest finalement...

-=§=-

Le téléphone à dix heures le soir ! Qui peut nous déranger à cette heure !
Je suis venu passer le week-end du 14 juillet à Paris. Je suis encore à table avec mes parents...

- Kévin, c'est pour toi mon chéri... Le papa de Vincent...

Je les ai assommés toute la soirée avec Vincent et Jonathan, leurs parents etc.... Maman si tu savais comme j'ai mal !

Je me lève d'un bond

- Je prends le téléphone dans le bureau, merci Maman !

Je ne veux pas qu'ils me voient pleurer...

- David !? Oh comme tu me manques, si tu savais !
- Et toi mon cœur ? Ne crois-tu pas que tu me manques à moi aussi ?

Son cœur ! Comme j'aime lorsqu'il m'appelle ainsi.

- C'est si dur...
- J'en profite, Marie est à côté, elle bavasse avec son frangin. J'ai un truc qui va te plaire... enfin j'espère...
- Je le connais déjà ton truc qui me plait !
- Coquin ! Mais non, écoute-moi plutôt. Je te résume : Marie a ses vacances tout août comme prévu et j'ai moi aussi pu prendre trois semaines... On vient à La Trinité !
- Génial !
- Laisse-moi continuer. Tu as toujours une semaine début août avant d'embarquer ?
- Sauf incident...
- Seul problème, Vincent est trop remuant pour lui faire faire le trajet en voiture, et sa chambre n'est pas finie à la maison. Alors Marie a eu une idée sympa ; Je prends mon vendredi pour éviter les bouchons du 31 juillet, je suis le soir à La Trinité, tu m'y rejoins, on passe le week-end à préparer la chambre de Vincent, puis Marie et le petit viennent en avion lundi, on ira les chercher à Nantes... Qu'est-ce que tu en penses ?
- Oh mon David ! Tu veux dire qu'on sera tous les deux un week-end complet ? Que crois-tu que j'en pense ? C'est trop beau... tu n'oserais pas me faire marcher ?
- Je t'aime trop pour ça mon cœur ! Les billets d'avion sont pris depuis hier et j'ai déjà posé mes perms ! Tu verras, ça va être génial !

J'ai du mal à parler, j'ai des sanglots dans la gorge...

- Kévin ? Tu es toujours là ?

J'arrive à balbutier,

- Oui, mon David ! J'ai tellement envie de te voir, je suis si malheureux sans toi.
- Bientôt mon petit cœur, plus que 2 semaines, à peine... Je vais devoir te laisser, j'entends Marie qui sort de chez son frangin... Je t'aime Kévin !
- Je t'aime aussi David ! A bientôt, très bientôt !

Encore deux semaines !

De retour auprès de mes parents, c'est avec difficulté que je réussis à cacher mon émotion... Mon père est occupé à débarrasser la table, ma mère me regarde discrètement, je suis heureux qu'elle ne pose pas de question... Un instant plus tard, en passant près de moi, elle me caresse tendrement la joue en souriant,
- Je t'aime mon chéri...

Ma chère maman n'a plus besoin de m'interroger… Elle SAIT sans que j'ai eu besoin de lui dire… Il faudra simplement que je puisse un jour lui faire connaître celui que j'aime… En revanche, mon père, faussement absorbé, n'a pas compris ce jour-là qu'il venait d'être déconnecté...

-=§=-

David m'a envoyé un petit plan pour m'indiquer comment trouver leur maison, il devrait y être pour 19h00... La sortie de Brest est un enfer ! Les encombrements provoqués par la sortie des ouvriers de l'Arsenal et les mouvements estivaux me font hurler de rage ! 17h00, je n'ai pas choisi l'heure idéale... Lorsque je suis enfin sur la route à quatre voies, je peux écraser l'accélérateur ! Ne pas louper une seule minute ! Mon amour m'attend, je suis si heureux de le revoir !
Ma petite voiture allemande avale le ruban noir qui traverse le Finistère et le Morbihan, une région si belle que j'adore, mais dont je n'ai pas ce soir le loisir de goûter le charme ! Plougastel, Quimper, Lorient, bientôt Auray, je ne dois pas louper l'embranchement vers Quiberon... Je pense aux contrôles de vitesse. Je m'en fous ! Qu'importe l'amende voire le retrait de permis, tant que j'ai mon week-end avec mon amour ! Malgré la circulation de ce vendredi 29 juillet, j'arrive à tracer ma route...

Il est à peine 18h45 lorsque je gare la voiture devant la petite maison de David ; c'est une petite maison d'un autre âge en grosses pierres de taille avec une énorme cheminée ; Le jardin, si on peut donner ce nom à ce qui ressemble plutôt à un pâturage légèrement jauni, est entouré d'une barrière défraîchie peinte à l'origine en blanc. Voilà un travail à ma portée si David le souhaite... Le cadre me fait penser à un conte de Grimm. Seuls, un garage fraîchement construit et une antenne TV sur la cheminée nous ramènent à ce siècle...
Pour combattre mon impatience, j'effectue un petit tour des lieux. Derrière la maison, un ancien puit est partiellement obstrué par une énorme pierre plate : je me demande comment on a pu la hisser là ! Je me penche pour explorer le fond : il fait si noir, il n'y a rien à voir, pas d'échelle menant à l'entrée d'un hypothétique souterrain, rien !
Je pousse un cri d'effroi, deux mains viennent d'agripper mes hanches :

- Vous avez perdu quelque chose, beau gosse ?
- DAVID !!!! MON DAVID !!!
- Bonjour, mon petit cœur...
- Tu m'as fait peur !

Je tremble encore, lorsque sa bouche dévore la mienne...

- Viens, rentrons, il y a des voisins...
- Je n'ai pas vu ta voiture, je croyais être le premier
- Elle est déjà au garage, je voulais te surprendre...
- C'est réussi ! Tu aurais pu me faire mourir d'une crise cardiaque !

Il sourit et me lance avec un regard malicieux,

- Viens à la maison, je vais te faire mourir d'autre chose...

-=§=-

Il est près de 21h00, j'ai posé ma joue sur son ventre, je joue avec un oiseau fatigué de couver des œufs trop gros pour lui...

- On va manger quelque part ?
- Oh oui, je commence à avoir un petit creux, mais on ne traîne pas trop ?
- Promis mon cœur, on rentre et on fait un gros dodo, serrés l'un contre l'autre...

-=§=-

Fabuleux ! Je rayonne de bonheur...
J'ai eu trois nuits complètes auprès de mon amour... Nous avons monté le lit et l'armoire pour la chambre de Vincent, fait l'amour, nettoyé le terrain, fait l'amour, tondu la pelouse, fait l'amour, visité le port de plaisance, fait l'amour...
Et la nuit...
Je ronronne de bonheur, je suis couché en chien de fusil, David est en moi, il ne bouge plus, je sens qu'il se retient, sa bouche dans mon cou...
Dans peu de temps, après une rapide douche, nous allons devoir aller à l'aéroport de Nantes pour accueillir Vincent et sa mère... Ce sera la fin de notre intimité, je vais devoir céder MA place...
Je chasse ce furtif instant de nostalgie...
Je sens une langue venir me chatouiller le derrière de l'oreille, et un lent mouvement de va-et-vient qui reprend dans mes reins... La vague monte lentement, lentement, puis m'emporte à nouveau quelques secondes avant David qui enfouit sa tête dans mon cou en gémissant...
Nous restons encore quelques instants l'un dans l'autre avant de nous lever, mettre de l'ordre, effacer les dernières traces de nos ébats et prendre un petit-déjeuner réparateur...

-=§=-

Pendant des années, notre amour est fait d'instants furtifs ! Des minutes, des heures, volées à sa femme le plus souvent, en vacances, en week-end à La Trinité où tout est prétexte pour David pour venir y faire quelques travaux ! Plus complexe, plus risqué aussi, David profite de déplacements à Brest sous couvert de missions diverses, avec un point d'orgue : une navigation ensemble où nous avons exploité les moindres recoins du sous-marin... Trop fort ! Ces deux mois de plongée suffisent, seuls, à écrire un véritable film X… où mon David et moi serions les seuls acteurs… Je préfère me réfugier derrière le SECRET-DEFENSE !

Lorsque le moment est venu pour David de quitter le service actif, l'activité toute trouvée sera une base de location de bateaux sur le port de La Trinité où je le rejoindrai quand ce sera mon tour de quitter la Marine...

-=§=-

Kévin H

Suite

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