L'Amour Partagé (6)
par Kévin H.


-= 6. Soleil Levant =-

Résumé du chapitre précédent : Je vis maintenant à côté de Carnac, mais je suis toujours aussi seul lorsque, le soir venu, David retourne dans son foyer…

Depuis quelques mois, j'ai découvert Internet ! Les chats, les " dial ", les annonces, les forums, des milliers de mecs, sans parler des sites " imagés "... Un monde que je ne soupçonnais pas vient de s'ouvrir devant moi !
Je m'y fais des amis virtuels, des rencontres concrètes, très concrètes parfois, c'est pour moi la renaissance...

Par ce biais, j'ai rencontré quelques amis, vivant essentiellement dans la région nantaise. Il m'arrive maintenant de leur rendre visite pour des soirées sympas, des sorties en boîte ou dans les bars gays de Nantes... (Coucou à Fabrice en passant...) Je me change les idées, je fais le vide dans ma tête...
Je profite de mes escapades pour aller faire un tour au sauna...


J'ai rencontré Rody lors d'un chat. Il avait su m'inspirer confiance. Nous nous étions téléphoné, j'étais venu à sa rencontre à Nantes, un soir de déprime au printemps... Le but inavouable était strictement sexuel, mais, entre nous, ne s'était établi qu'une relation de franche amitié. Ce soir-là, je n'étais pas réellement prêt pour la bagatelle
En ce début août, je profite, avec un petit groupe de copains, du jardin de Rody, pour un petit barbecue sympa et convivial. Nous sommes une demi-douzaine. Deux sont des copains internautes, les autres des amis fraîchement invités.
Parmi eux, il y a Franck... Franck est ordinaire ! Il est châtain, mal coiffé, mal rasé, il a les traits fins sans relief particulier, des yeux noisette, il est habillé très simplement sans chichi ni fioriture... Il est bien bâti, pour le peu que laisse deviner sa chemise trop classique et trop ample à mon goût... Il pourrait passer presque inaperçu... Presque seulement ! Car moi, je ne vois que lui ! C'est indéfinissable... Il m'attire comme un aimant, je ne sais pas pourquoi... Depuis le début de la soirée, il ne me quitte pas des yeux... Nous bavardons de ce culte commun que nous vouons aux tubes du début des années quatre-vingt. Franck est légèrement plus jeune que moi, trente-deux ans, c'est toute notre adolescence qui nous revient dans ces refrains toujours présents...
J'ai une collection impressionnante de quarante-cinq tours de ces années-là et il se promet de venir les écouter chez moi. Sans comprendre ce qui m'arrive, cette idée me bouleverse de joie...
Franck n'est pas enclin, ce soir, à sortir en boîte ou dans les bars ; J'apprends qu'il sort d'un échec sentimental et qu'il s'est juré de rester éloigné du milieu pour un certain temps.
Je l'interroge :
- Franck, le petit groupe que nous formons ce soir, c'est un peu le milieu, non ? Au moins trois d'entre nous sont des indécrottables des bars gays locaux, sélectionnant même leurs restaurants sur les guides ad hoc, profitant de toutes les occasions pour aller passer un moment à Paris, ne sortant jamais hors du Marais...
- C'est vrai, j'étais ainsi il y a peu... Ce sont mes amis, c'est différent... Et toi, tu n'es pas du tout " milieu ".
- Parce que la vie que j'ai eue jusqu'alors m'en a tenu écarté ; mais sans cela, je serais probablement comme tous les autres...
- Justement, évite ! C'est ce qui me plait en toi, ton apparente innocence, ton état d'esprit...
- T'es bien mignon, mais tu ne me connais pas !
- Oh que si ! Rody m'a beaucoup parlé de toi, et c'est un peu pour toi que je suis venu ce soir...

Diantre... Comment dois-je interpréter ça ? Serait-ce une déclaration ?

- Qui sort maintenant ? Qui nous fait faux-bond ?
- Désolé Rody mais je dois rentrer à Carnac, je travaille demain matin...

Franck me fait écho,

- Vous connaissez déjà ma réponse !

Nous nous séparons près de ma voiture. Je suis au volant, Franck, à ma portière, écoute un morceau de cette vieille cassette de Moon Martin qui ne me quitte pas...

- Allez, je me tire, sois prudent sur la route ; attention aux contrôles sur la voie rapide ! C'est souvent bleu de gendarmes juste avant Vannes...
- Rassure-toi ! Si cela te dit, maintenant que tu as mon téléphone, tu peux m'appeler et venir me voir à La Trinité quand tu veux !
- Avec joie... Tu travailles tous les week-ends aussi ?
- Le samedi et le dimanche matin, mais si besoin est, le dimanche, je peux me libérer... Mon associé se débrouille très bien sans moi !

A tous les points de vue d'ailleurs...

- Ok ! Je t'appelle, c'est promis juré !

Sans que je m'y attende, il fait ce que je l'espérais très fort, il passe la tête par la portière et m'embrasse rapidement sur les lèvres.

- Attention à toi, je serais bien triste s'il t'arrivait un accident.

Je fais le trajet retour dans un état second, je ne comprends pas vraiment ce qu'il m'arrive...
Ce Franck ne quitte pas mes pensées, j'ai encore le goût de ce baiser furtif...
J'essaie de relativiser, de replacer mes pulsions sur le strict plan sexuel, mais impossible !
Je réalise que ce n'est même pas l'amour physique qui m'attire vers lui...
Je souris intérieurement en réalisant que j'ai simplement envie de dormir avec lui sans même avoir baisé avant !

Je suis encore tout tourneboulé au moment de m'endormir dans mon grand lit tout vide...

-=§=-

En ce dimanche matin, je marche au radar… Il était près de 2h00 lorsque je suis rentré chez moi mais bon, ce n'est pas une raison… J'ai toujours Franck qui me trotte dans la tête. Franck… Je me dis qu'avec de la chance, je le reverrai le week-end prochain… Il faudra que je fasse un petit barbecue chez moi, un de ces quatre…

La matinée est plutôt agitée, en ce premier week-end du mois, beaucoup viennent prendre possession de leur bateau pour la semaine ou une quinzaine… J'ai décidé de rester tranquille tout l'après-midi, un peu de plage, soirée télé et dodo de bonne heure. Demain matin, je serai seul au boulot avec notre employé. David et sa petite famille passe l'après midi et la nuit à Belle-Île en Mer…
Je les accompagne sur le ponton pour les larguer, Vincent insiste pour que je les accompagne mais le cœur n'y est plus… Je regarde David qui s'active à la manœuvre, j'aimerais revenir dix années en arrière… Il m'attire physiquement beaucoup moins qu'avant mais j'ai encore tellement de tendresse pour lui qu'il m'arrive parfois de culpabiliser et de me reprocher de me l'accaparer ainsi…

Je m'installe sur mon petit bout de terrasse avec un petit whisky, j'ai approché la télé sur le rebord de la baie vitrée… Je suis bien, seul mais bien ! J'ai la flemme de me faire à manger. Il doit bien me rester un morceau de viande froide et de la salade…
Je sursaute !
Putain de téléphone ! A cette heure, il est près de 13h, ce doit être notre employé qui a un problème avec un plaisancier ! Probablement encore un connard qui ne sait plus comment fonctionne la radio ! Et avec notre gars qui est un mécano de génie mais nul en électronique, c'est encore pour ma pomme !

Je décroche le téléphone brutalement,

- OUI !?
- Oh pardon, je te dérange ?

Le plafond vient de me tomber sur le crâne ! Cette voix, depuis hier soir, je n'ai que sa musique dans les oreilles !

- Franck ? Oh non, excuse–moi, je croyais que c'était encore notre employé qui avait un souci ! Je suis heureux de t'entendre !
- Ça va ? Tu as fait bonne route ?
- Oui, impeccable, un peu fatigué en arrivant, et surtout un peu les boules de devoir rentrer chez moi…
- Pourquoi ?
- Sais pas… Difficilement explicable… La solitude peut-être…
- Et aujourd'hui, ça va mieux ?
- Toujours la solitude mais de t'entendre, ça me remonte le moral !
- Tu es tout seul ? Tu veux m'entendre mieux ?
- Seul oui, mais j'ai pas compris…
- Je suis sur le port de La Trinité, je suis venu m'y balader en espérant que tu sois libre…

J'en ressens un long frisson !

- Mais c'est super ! Tu as mangé ?
- Non pas encore, je pensais t'inviter si tu étais dispo…
- Bouge pas, j'arrive ! Donne-moi dix minutes le temps d'une douche, je me change et je te rejoins ! Tu es où exactement ?
- Deux secondes, je ne t'ai pas tout dit… Je suis avec Rody…

Douche froide ! Les boules ! J'aime bien Rody mais là, il est de trop ! Tant pis, on fera avec…
Hyper déçu !

- Bien ! C'est cool ! Mais vous auriez pu me prévenir avant, on se serait organisé…
- Meuh non ! C'est l'imprévu qui est sympa dans la vie !
- Accordé ! Alors t'es où ?
- Un grand bar avec les filets de pèche comme déco, face à la Capitainerie…
- Ok je connais ! A tout de suite !

J'exulte ! Je suis comme un fou ! Je range mes affaires en coup de vent, je me jette sous la douche, 8 minutes après je suis au port !
Je le cherche des yeux, je ne le vois pas… Un beau mec hyper sexy avec des lunettes noires me fait un grand signe joyeux…
Oh ben merde alors !
C'est Franck ! Il est méconnaissable : il est rasé de près, soigneusement coiffé, un chemisette blanche hyper moulante, un pantalon en toile grise avec des poches partout…

Je l'embrasse sur les joues rapidement avant qu'il ne me refasse le coup de la voiture, il sent bon ! Il est beau comme un petit dieu et je réalise subitement qu'il est vachement bien foutu !

- Je suis content que tu sois là ! Tu n'imagines pas à quel point j'en suis heureux ! Mais dis-moi, tu t'es transformé depuis hier soir ! J'ai failli ne pas te reconnaître !
- J'ai vu ça, et un instant ça m'a chagriné… Je n'ai rien fait de spécial, à part me raser, me peigner et essayer de m'habiller plus sympa qu'hier…
- C'est réussi, t'es beau comme un astre ! Et le Rod, t'en a fait quoi ?
- Parti acheter des clopes ! Ça fait déjà 15 minutes, avant même que je te téléphone ! Il a dû rencontrer un marin pécheur ! En chaleur comme il est en ce moment, je crains le pire !

Nous en rions encore lorsque enfin Rody pointe le bout de son nez !

- B'jour Kévin ! Ça rigole bien je vois ! C'est moi qui paye ?
- En plus c'est vrai ! T'étais où ?
- J'essayais de draguer un petit mec au bureau de tabac…
- On s'en doutait !

Je suis bien ! Très bien ! Avec mes deux amis mais surtout Franck ! Nous allons déjeuner dans une petite crêperie sympa, où je vais de temps à autre le midi avec David

- Bonjour Kévin ! C'est rare de vous voir le dimanche !

Emmanuelle, la patronne est adorable avec moi. Nous avons le même âge à quelque chose près, mais elle n'arrive pas à me tutoyer…

- Et sans David, c'est étonnant !

Là, d'un seul coup, JE LA HAIS !!! Non, je plaisante ! Mais quand même, elle déconne…

Franck me regarde en coin, je sens qu'il est gêné… Pas autant que moi !

-=§=-

Une journée géniale ! Petit passage par la maison, puis plage !
Franck est superbe ! Hier soir il m'avait plu malgré sa dégaine de beauf et son côté limite négligé …
Aujourd'hui, je découvre un mec canon, musclé, bronzé, soigné, douloureusement bandant…
Avec lui j'ai un sentiment vraiment bizarre, il me fait bander mais je n'ai pas envie de coucher avec lui. Une sorte d'instinct me pousse à garder une sorte de plaque de verre entre nous… Je n'arrive pas à comprendre ce qui me fait réagir ainsi… Pourtant, il est le plus beau mec qu'il m'ait été donné de rencontrer depuis bien longtemps, il est hyper bien gaulé, son maillot de bain me laisse deviner un délice…
Mais, non, je fais un blocage… Pourtant il est là pour moi, je le sais… Je lui plais, c'est évident, son regard le trahit…

La journée se termine, je leur propose de dîner chez moi avant de repartir pour Nantes… Comme si c'était évident, nous prenons date pour le week-end prochain. Je propose à Rody d'amener son copain Maxime, ça fait longtemps que je me promets de l'inviter lui aussi…

-=§=-

- Putain de bordel de merde ! T'ES NUL !

David est rouge de colère ! Vincent est à la limite des larmes… En voulant m'envoyer une amarre, le petit bonhomme a raté son coup et le cordage est tombé à l'eau… Le vent s'est levé et David doit se reprendre pour accoster à nouveau…

Bonjour l'ambiance ! Ils auraient mieux fait de rester à Belle-Île une nuit de plus !

- Mais reste pas là comme une andouille ! Va aider ta mère à sortir les affaires !
- Mais Papa, je disais seulement bonjour à Kévin !
- Magne toi, j'ai dit !
- Oui Papa…

David est infect, j'ai horreur de le voir ainsi ! Vincent est parti rejoindre sa mère en bas.

- T'es super bien luné ce matin, ça fait plaisir de te revoir !
- Excuse-moi, mais j'ai pas dormi de la nuit, on s'est fait secouer comme des pruniers dans le port du Palais, et l'autre gourde n'a rien trouvé de mieux que de casser le pilote automatique !
- Qui ? Vince ?

Des fois que la gourde ce soit Marie…

- Qui veux-tu que ce soit ?

Je préfère ne pas répondre…

- C'est pas grave, ça se répare ! T'es pas obligé de lui gueuler dessus comme ça !
- TU NE VAS PAS T'Y METTRE AUSSI !!!

Je sens venir les abeilles…

- OK ! J'ai compris, c'est une distribution générale… Je me casse, je retourne au bureau !
- KEVIN ! Fais pas le con, reviens !
- Va chier dans ta caisse !
- Reviens s'il te plait ! Kévin !

Je le connais mon David, il va minauder tout l'après-midi pour avoir un câlin… Je me connais aussi, ça va marcher !

-=§=-

- J'en ai marre, il est toujours après moi…

Vincent est venu me rejoindre dans mon bureau…

- Je sais mon Vince, mais il est comme ça, tu le sais pourtant ! Il t'adore, mais il ne peut pas s'empêcher de râler si tout ne marche comme il le veut…
- T'appelle ça râler ??? T'as vu la jette ? J'en ai déjà mangé une après le coup du pilote, j'ai bien senti arriver la deuxième ! C'est gonflant à la fin ! Je ne sais pas comment tu fais pour le supporter toute la journée !
- J'ai mes armes secrètes mon petit bonhomme ! Je laisse passer l'orage et ça va mieux après…
- Même Maman elle n'arrive pas à le calmer quand il démarre !

Elle manque d'atouts ta mère, mon chéri !!!

- Faudra quand même que tu m'expliques comment tu as fait pour péter le pilote automatique !
- Il était mal mis, c'est pas ma faute !
- C'est la mienne peut-être !?
- Ben ouais, Papa a dit que c'est toi qui l'avais installé comme ça…

L'enflure ! Même pas vrai !

- Y'a qu'à dire ça ! Ça va se payer ! Allez, file Vince, j'ai du boulot… Si tu n'as rien à faire, va donner un coup de main à Jean-Michel à l'aire de carénage… Et si ton père veut bien, ce soir on se fait un ciné à Auray…
- Ouais ! Cool ! Mais il risque de pas vouloir à cause du pilote !
- Pas de problème puisque c'est de ma faute… ! Va, je m'occupe du râleur !

J'ai d'autres arguments mon petit Vince, mais ça c'est mon secret…

Il se sauve en courant, joyeux comme tout ! Je l'adore ce petit con !

-=§=-

Kévin H

Suite

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