La vérité est au bout du couloir
par Kévin Hossegor
Il est presque minuit. La célèbre émission de télévision, « Seul importe la vérité », touche à sa fin.
Pour la dernière fois de la soirée, Pascal Combat, l'un des présentateurs vedettes, se prépare à poser la traditionnelle question. Les deux compères me fixent, Laurent Lassource me sourit gentiment. Ma tension nerveuse est palpable, mon cur bat à cent à l'heure.
Pascal, enfin, rompt le silence :
- Kévin, nous allons vous demander de vous lever, de vous placer au centre. Voulez-vous, oui ou non, ouvrir le rideau ?
-=§=-
Depuis plusieurs mois, ce divertissement de seconde partie de soirée permet à des gens ordinaires de venir délivrer un message à un être cher ou tenter de renouer avec un parent ou ami perdu de vue depuis bien longtemps. Parfois, des règlements de comptes en public provoquent quelques situations cocasses. Souvent, des retrouvailles de vieux amis arrachent quelques larmes au public friand de ce style de déballage médiatique.
Je m'étais juré que jamais, au grand jamais, on ne me prendrait à ce genre de piège. Jusqu'à ce lundi soir
-=§=-
Vingt-trois heures quarante Je suis dans la loge de Rébecca, j'ignore encore ce qui se passe dans le studio d'enregistrement.
-=§=-
- Mesdames et messieurs, accueillons Franck sur notre plateau.
Laurent Lassource, souriant, le visage poupin et débonnaire, se tourne vers l'entrée des coulisses. L'assemblée applaudit docilement.
Un beau gosse d'une bonne trentaine d'années vient de faire son apparition. Il porte un jean moulant, une chemise noire savamment chiffonnée selon la mode du moment, le cheveu châtain est coiffé en mèches qui ont du nécessiter une tonne de gel. Franck est beau comme un astre et semble très à l'aise sous le feu des projecteurs.
Semble seulement
Une légère transpiration perle sur ses tempes malgré le maquillage, on sent qu'il tente de se contrôler.
Après avoir serré la main des animateurs, il s'installe sur le banc en arc de cercle. Il sourit, montrant une dentition parfaite, un sourire à faire bander un saint.
Pascal Combat et Laurent Lassource, installés en face de lui, ouvrent le feu des questions, sans se départir de leur humour. Ils essaient de mettre à l'aise leur invité.
- Franck bonsoir, vous avez trente-quatre ans, vous êtes célibataire et venez de la côte basque, je crois
- Oui, je vis à Biarritz depuis plus de deux ans maintenant.
- Vous êtes sur notre plateau, pourtant vous nous avez dit lors de la préparation de la soirée que vous n'aimiez pas, mais pas du tout, notre émission
Un murmure de désapprobation parcourt l'assistance.
Le présentateur continue.
- C'est honnête de votre part mais alors, pourquoi être ici ce soir ?
- C'est vrai que j'éprouve un réel rejet face à toutes ces émissions « people », où chacun vient étaler sa misère pour divertir le téléspectateur. C'est justement parce que celui que je veux reconquérir connaît mon aversion, que je veux l'utiliser à mon avantage.
- Vous allez nous expliquer cela Franck, mais, avant tout, dites-nous qui est celui que vous voulez reconquérir, pour reprendre vos mots.
Franck respire un grand coup, on sent en lui une angoisse qui lui noue les tripes.
- Il s'agit de Kévin. Mon ex, comme on dit
- Vous êtes donc gay, nous l'avons compris. Combien de temps a duré votre relation ?
- Un peu moins de dix-huit mois. Kévin était très amoureux, je sais qu'il l'est encore. Mes sentiments, réels et forts au début, se sont progressivement dilués pour se transformer en simple mais profonde amitié. Nous nous sommes donc séparés en conservant de très bonnes relations. Cela fait un peu plus de deux ans.
- Et aujourd'hui, pourquoi vouloir revenir sur vos pas ?
- Parce que je me suis rendu compte que je tiens énormément à lui, que je l'aime vraiment, plus que ce que je croyais.
Franck s'interrompt, ses beaux yeux noisette embués par l'émotion.
Laurent et Pascal l'observent avec un petit sourire compréhensif.
Pascal reprend :
- Avant de continuer, je vous propose de voir un petit film qui retrace ce qu'ont été ces dernières années.
Le plateau sombre dans une demi-obscurité, les écrans s'éclairent. Défile alors une série de photographies, montrant Franck et Kévin souriants, main dans la main sur les plages de Quiberon, faisant du vélo en forêt landaise. Ils sont présentés, heureux, au milieu d'amis, au restaurant ou en famille.
Le reportage ne dure guère plus d'une minute.
Les projecteurs illuminent de nouveau le studio d'enregistrement.
- Pourquoi avoir choisi notre plateau ?
- Kévin sait que j'ai une profonde aversion pour les plateaux télé. En venant ici ce soir, je veux d'abord profiter de l'effet de surprise. D'autre part, connaissant ce que j'en pense, il devrait apprécier l'effort que j'ai fait en choisissant ce scénario. J'espère que ça fera un atout supplémentaire. Je suis conscient de l'avoir fait énormément souffrir, je veux essayer de me racheter en employant les grands moyens.
Après être revenu brièvement sur les circonstances de leur séparation puis sur ce qui a été leur vie respective pendant ces deux dernières années, l'animateur se tourne vers un écran géant.
- Nous allons rétablir la liaison avec Rebecca.
On y voit le visage souriant d'une hôtesse. Laurent l'interpelle.
- Rébecca, nous nous tournons vers vous pour la dernière fois de la soirée. Etes-vous toujours en bonne compagnie dans votre loge ?
-=§=-
Rébecca sourit, me jette un regard complice puis répond au présentateur.
- Oui, Laurent. Je suis avec un magnifique jeune homme, en la personne de Kévin.
La caméra vient sur moi. Depuis maintenant une heure que je suis arrivé dans cet immense studio d'enregistrement, je ne sais toujours pas ce que je fais là. Ça me gonfle, mais j'ai hâte d'en savoir plus. Je suis persuadé que je vais retrouver l'un de mes anciens collègues sous-mariniers, un de ces nombreux amis que le temps et les aléas de la vie m'ont fait perdre de vue. Je stresse un peu, je suis pressé d'en finir.
Rébecca poursuit en s'adressant à moi.
- Kévin, je vais vous demander de vous lever et de suivre Max. La vérité est au bout du couloir.
Un jeune mec sapé comme un maître d'hôtel m'entraîne dans un long couloir. Un caméraman nous précède, son objectif braqué sur nous. Intérieurement, je me surprends à penser que sans sa présence, j'aurai bien tenté de draguer ce petit Max. Il est plutôt mignon et me rappelle un certain Arnaud que j'avais rencontré à Quiberon voici quelques années.
Il m'abandonne à l'entrée du plateau, où Laurent et Pascal m'attendent en souriant devant un immense rideau blanc.
Quatre écrans géants affichent le logo de l'émission.
- Kévin, bonsoir. Soyez le bienvenu sur ce plateau. Prenez place, s'il vous plait. Si vous êtes ici ce soir, c'est que quelqu'un a quelque chose à vous dire et nous a demandé de vous inviter. Comment vous sentez-vous ?
Ces deux bouffons sont sympas finalement ! Ils ont le don de me mettre à l'aise rapidement.
- Je flippe grave ! Je préfèrerai être à la maison avec mon chien !
Le public rit doucement. J'essaie de repérer les pancartes qui commandent ses réactions mais en vain.
- Kévin, vous connaissez le principe de notre émission. Avez-vous une idée sur celle ou celui qui vous a fait venir ici ce soir ? Un collègue de travail, un membre de votre famille, une ancienne petite amie
- Sincèrement, si vous deviez me demander un nom, je ne pourrais pas. Mais, j'ai ma petite idée.
Laurent me regarde, faussement étonné.
- D'après-vous ?
- Probablement un ancien sous-marinier comme moi, que j'ai perdu de vue depuis longtemps.
Je ne vois pas l'incrustation d'un visage hilare sur le petit écran.
- Vous avez été sous-marinier ?
- Oui, pendant de longues années. On s'y fait beaucoup de copains, peu de vrais amis. Mais ceux-là, on aimerait pouvoir les conserver près de soi toute la vie. Malheureusement, il en est certains que je n'ai plus revus depuis bien longtemps.
- Et vous pensez qu'il s'en cache un derrière ce rideau
- C'est mon idée.
Pascal prend le relais du feu des questions.
- Vous êtes parti vivre dans le Sud-Ouest, si nos informations sont justes ?
- En effet, dans le sud des landes, pas très loin de Bayonne.
- Et hormis votre chien que vous évoquiez avec humour tout à l'heure, êtes-vous accompagné dans la vie ?
Sa question me désarme. Je sens monter une boule dans ma gorge. Depuis une douloureuse séparation voici deux années, je cours de coups rapides en plans plus ou moins foireux. Je suis incapable de garder un mec plus de trois jours, me retrouvant seul, désespérément seul.
- Pas actuellement. J'ai beaucoup d'amis mais rien de sérieux.
Pascal reprend, malicieux :
- Ne voyez-vous pas une ancienne petite amie ou une collègue de travail venue déclarer sa flamme ?
Mais bien sûr ! Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu !
C'est un malin celui-là ! Il a réussi à m'amener sur ce terrain.
- Aucun risque ! Je suis homo et personne autour de moi ne peut l'ignorer.
Pascal laisse un échapper un petit rire complice :
- Un collègue alors ?
- Pas de danger. Je n'ai personne en vue.
- Peut-on parler de désert affectif ?
- Il y a de ça, mais je ne préfère pas épiloguer, ça me noue les boyaux. Il est des plaies qui ne se referment jamais
Les deux présentateurs semblent décontenancés devant mon refus d'aborder ma vie privée. J'essaie de deviner qui ce cache derrière ce rideau. Plusieurs visages défilent dans ma mémoire. Je penche pour le plus ancien de mes amis, que je n'ai pas vu depuis près de dix ans.
- Kévin, voulez-vous un indice ?
- Oui, why not ?
Sur l'écran apparaît le visage d'une inconnue, filmée dans la rue.
Elle délivre son message soigneusement appris :
- Kévin, s'il n'est pas toujours bon de regarder derrière soi, cela peut parfois s'avérer bénéfique.
L'écran s'éteint. Je regarde les deux animateurs. Ils attendent ma réaction. Je reste impassible. Je n'ai pas tout compris au message
- Cela vous aide-t-il, Kévin ?
- Oui et non. Si je regarde derrière, je vois ma carrière dans la marine. Cela peut rejoindre mon idée.
- Qu'avez vous fait après cette première période de votre vie ?
- J'ai travaillé dans une petite société de location de bateaux, à La Trinité sur Mer, dans le Morbihan.
En évoquant cette période, je pense subitement à une autre hypothèse.
IL aurait pas osé !!!
IL, c'est David, mon premier amour. Parti à l'étranger depuis quatre ans, je suis sans nouvelles directes. J'ai rompu assez durement, je ne souhaite pas le revoir.
Putain de bordel de merde !!! Promis, si c'est lui, je quitte le plateau !!!
Je deviens fébrile. Je n'avais pas envisagé cette possibilité.
Les deux gugusses ne peuvent pas être au courant de cette liaison. Ils m'observent, devinant mon trouble soudain.
Décidément, ces deux comiques ont le talent de me faire perdre mon assurance. Très professionnels, ils ont compris que l'intérêt de l'audimat serait peut-être de mieux examiner cette page de ma vie.
- Kévin ? Vous voulez nous parler de cette période ?
- Non, c'est rangé dans un tiroir.
- Comme vous voulez. Hormis vos anciens amis, voyez-vous sur le plan sentimental ou familial, une personne qui pourrait avoir quelque chose d'important à vous dire ?
Je ne me vois pas déballer ma liaison avec David. C'était un garçon marié. On ne sait jamais, des membres de sa famille pourraient être devant leur téléviseur.
Reste
Dois-je le citer ? Lui, mon cur, celui que je pleure presque chaque jour depuis deux ans.
Pascal Combat revient à la charge.
- Kévin, on vous sent hésitant. Vous pensez à une autre personne ?
- Oui, un bref instant
Mais, je suis rassuré. Il ne peut pas être là ! Au risque de vous faire de la peine, il ne peut pas supporter votre émission.
- Vous pouvez nous en dire un peu plus.
- Non, c'est trop douloureux.
L'animateur renonce et n'insiste plus. Décidément, son client n'est pas très loquace.
Je sens venir l'instant fatidique.
- Kévin, voulez-vous savoir qui se trouve de l'autre côté de ce plateau ?
- Bien sûr, que je ne sois pas venu pour rien
- Regardez donc qui se cache derrière ce rideau. Son visage va apparaître sur ces écrans.
Dans un fondu d'images, le logo de l'émission disparaît pour faire place au visage de
- FRANCK !?
Je n'ai pu m'empêcher de crier son nom. Je suis atterré !
Je tente de faire le vide dans mon crâne.
Qu'est-ce qu'il fait là ? Que veut-il me dire qui ne m'ait déjà dit ? Nous avons encore dîné ensemble au restaurant pas plus tard que la semaine dernière !
Content de l'effet produit, Laurent et Pascal sourient, regardent tour à tour Franck dans son écran et moi, de plus en plus mal à l'aise sur ma banquette.
- Kévin, vous reconnaissez ce jeune homme ?
- Bien évidemment, c'est mon ex. Nous nous sommes séparés voici un peu plus de deux ans. Deux ans, deux mois et vingt-quatre jours pour être exact.
- Voilà qui est précis ! Voulez-vous entendre ce que Franck a à vous dire ce soir ?
- Bien sûr ! On est là pour ça.
Se tournant vers l'écran :
- Franck, on vous écoute.
Franck tente de sourire mais je le connais trop bien. Il est aussi mal à l'aise que moi.
- Bonsoir poussin !
- Coucou mon cur.
- Voilà, Kévin. Tu connais mon sentiment à propos de ce type d'émission. Tu devines ce qu'il m'en coûte d'avoir fait cette démarche. J'ai voulu taper fort car ce que j'ai à te dire exige que j'y mette le paquet.
Je crains le pire. Je l'écoute sans laisser paraître mon angoisse.
- Nous avons été très heureux ensemble pendant un an et demi. Je t'ai fait souffrir par mon départ à Biarritz et je sais que, depuis, tu vis très mal notre séparation. Tu ne manques pas de me le dire chaque fois que nous nous voyons.
Je souris, car il a raison. Régulièrement, je lui rappelle que je l'aime toujours. C'est en général autour d'une bonne table, je sais que ça l'agace !
- Depuis deux ans, pas tout à fait car je sais que tu comptes les jours, j'ai essayé de refaire ma vie, pensant pouvoir tourner la page. Il n'en est rien ! Je réalise maintenant que je tiens à toi, beaucoup plus que je ne le croyais. J'ai tenté de me persuader mais l'évidence est là. Je ne peux pas et ne veux pas me passer de toi.
Mes larmes ont commencé à dégouliner
. Je me sens incapable de proférer le moindre mot.
- Voici ce que je te demande, poussin. Accepte de me pardonner et reprends-moi à ton côté. Je voudrais qu'on redémarre notre histoire près d'une certaine table de billard.
Cette évocation m'arrache un petit rire au milieu de mes larmes.
Laurent et Pascal, silencieux jusqu'alors, nous regardent, l'il interrogateur.
Franck a, semble-t-il, terminé son monologue.
Quelques secondes interminables s'écoulent avant que Pascal ne prenne la parole.
Il m'interroge :
- Kévin, c'est quoi cette table de billard ?
- Trop intime, désolé ! Après minuit seulement
L'animateur s'empourpre légèrement.
- Je vois !
Ce fut notre plus belle soirée pour fêter notre installation dans le Sud-Ouest. Dans un bar gay local, à l'issue d'une soirée très arrosée, Franck et moi avions exécuté un simulacre de scène plutôt hard sur le billard de l'établissement. Pour la plus grande joie et le plus grand divertissement des clients restant encore debout ! Le retour à la maison avait été particulièrement chaud !
Dans son écran, Franck m'observe, affichant un petit sourire triste.
Je suis sous le choc. J'essaie de rassembler mes idées, je ne sais que lui dire.
Franck revient à la charge.
- Kévin !? Es-tu prêt à me pardonner le mal que je t'ai fait endurer pendant ces deux dernières longues années ?
Ces dernières années ressurgissent en bloc de ma mémoire. Depuis notre séparation, j'ai vainement tenté de me reconstruire, essayé de refaire ma vie. Ce ne fut que mauvais plans, mecs de passage, saunas et lieux de drague plus ou moins glauques, une éternelle fuite en avant.
Mais, l'insouciance de Franck durant cette période, ses rencontres dont j'ai parfois été bien involontairement le témoin, cette amitié dont il m'enveloppait feignant d'ignorer ma tristesse, tout cela ne peut être gommé.
J'ai parfois voulu lui demander une nouvelle chance, mais à quoi bon ? Je n'ai jamais osé, par peur d'essuyer un refus voire une moquerie.
Puis, voilà qu'aujourd'hui, alors que je n'y croyais plus, il fait lui-même la démarche.
Et quelle démarche ! Je sais à quel point ce style d'émission l'horripile. Il m'a suffisamment cassé les oreilles avec ses commentaires acides sur les shows télévisés racoleurs ! Cela a dû lui en coûter de venir jusque là !
-=§=-
Gentiment, Laurent Lassource me propose un verre d'eau. Après un long silence, Pascal Combat reprend la parole pour la question traditionnelle :
- Kévin, nous allons vous demander de vous lever, de vous placer au centre. Voulez-vous, oui ou non, ouvrir le rideau ? Voulez-vous, ce soir, accéder à la requête de Franck, qui vous demande une seconde chance ?
Le public est silencieux, habilement géré par quelques meneurs discrets.
Au centre de l'estrade, je lève les yeux vers Franck. Ses beaux yeux humides me fixent avec toute la tendresse dont je le sais capable.
Je l'aime, ça j'en suis sûr. Plus encore maintenant que lors de notre première rencontre. M'aime-t-il ? Probablement. Saura-t-il rester à mon côté pour un très long chemin ? Rien n'est moins sûr
Je sais que je vais devoir prendre un risque.
Je l'aime vraiment trop
mais je me refuse à envisager de souffrir une seconde fois.
Je respire profondément, puis, me tournant vers Laurent et Pascal :
- Non, je n'ouvre pas le rideau.
Je devine plus que je n'entends un sanglot rapidement étouffé de l'autre côté du rideau blanc. Une série de murmures de désapprobation parcourt le public.
Lentement, je lève les yeux emplis de larmes vers les écrans pour voir le visage de Franck disparaître derrière le logo de la chaîne.
Les deux animateurs me regardent, interloqués et perplexes. Mon cur est serré, ma gorge nouée, je me sais incapable de parler.
Très professionnels, Laurent et Pascal me tendent la main pour me saluer :
- C'est votre choix, nous le respectons. Nous devinons que ça n'a pas du être facile pour vous. Nous vous laissons regagner la sortie. Nous vous souhaitons bonne chance. Merci Kévin d'avoir accepté de venir sur notre plateau.
-=§=-
L'immense rideau blanc vient de se rouvrir. Les présentateurs rejoignent Franck qui finit de se moucher discrètement. Ses yeux sont pleins de larmes.
- Franck, vous devez être déçu
Vous vous attendiez à une telle réaction ?
- Je la craignais, je sais qu'il a peur d'avoir à souffrir à nouveau dans quelques années. Je n'ai pas su le convaincre. C'était le risque à courir
- Nous sommes désolés pour vous, nous pensions vraiment que la partie était gagnée
-=§=-
Le cur serré et les larmes aux yeux, je traverse les coulisses, accompagné par un assistant de l'émission.
Inconsciemment, le pas est lent comme si je ne pouvais me résoudre à tourner la page définitivement. Ma tête bouillonne. Mes pensées s'entrecroisent, je tente de faire le bilan de ces dernières minutes, cruciales pour le reste de ma vie. Dans un instant, je serai dans un taxi qui m'emmènera vers la gare.
Non ! Je dois prendre le risque. J'aime trop Franck pour le laisser m'échapper une seconde fois.
Alors qu'on m'indique le chemin de la sortie, je décide de faire demi-tour.
A la stupeur des assistants de l'émission, je reprends la direction du plateau.
Le public comprend rapidement qu'une situation inhabituelle se présente. Timides d'abord puis plus francs, des applaudissements s'élèvent. Je traverse en courant le plateau puis ignorant les deux larrons, je me précipite vers Franck. Il n'a qu'à écarter les bras pour me recevoir et m'enlacer.
Nous restons un long moment à sangloter dans le cou l'un de l'autre.
Laurent et Pascal ne savent plus que faire, les applaudissements se sont transformés en une véritable ovation.
Franck m'écarte légèrement et, conservant mes mains dans les siennes, me fixe dans les yeux :
- Pardon mon poussin !
- Ne dis plus rien, gardons la suite pour nous seuls et rentrons chez nous.
-=§=-
Épilogue
Cette courte nouvelle n'est hélas qu'une fiction. J'ai volontairement cherché le réalisme de l'émission bien connue car c'est une scène que je vis depuis plusieurs mois
. Chaque lundi soir, lorsqu'en fin de soirée la télécommande de la télé me ramène sur les dernières minutes de ce programme, le scénario se remet en place immuablement.
Je tourne et retourne cette scène dans ma tête, en m'endormant à diverses étapes selon mon besoin de sommeil ! De l'avoir ainsi partagée m'aidera peut-être à clore ce chapitre.
Car, pour être honnête, j'ai aimé mon « Franck » comme un fou et je l'aime toujours autant (pour le plus grand désespoir de mes copains de passage et son compagnon actuel).
Si tu me lis, mon cur, dis-toi déjà que je n'accepterai jamais une invitation sur TF1 ! Il te faudra trouver autre chose
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