La chair absente
de Laurent Hartman
Jai failli rater le train. Ça me fait chier daller en Angleterre mais en même temps je suis content de retrouver Fabien, je pars sans trop savoir pourquoi. Je monte dans le wagon, il y a quelquun à ma place, une femme dune cinquantaine dannées avec apparemment son petit-fils, elle voit que je suis gêné, que je veux pas mimposer, me demande si cest ma place, je réponds que oui, alors elle parle à son petit-fils comme si ça lintéressait « on va laisser la place au monsieur », ça membarrasse un peu. Je mets mon sac sur le porte bagage, je mets quelques affaires dans le filet du fauteuil devant, je minstalle côté fenêtre, prenant la place du petit-fils qui se retrouve sur les genoux de la vieille, elle veut que je culpabilise davoir pris leur confort, je men fous. Jai envie dappeler VN, jai pas eu le temps de le faire hier soir, sa voix me manque, il me manque, je vais pas le voir ni lentendre pendant dix jours, ça fait une semaine que jai pas de nouvelles, je sors le portable de ma poche, jappelle chez lui dans sa campagne, personne, jappelle chez lui à Langres, personne, ça memmerde, jaimerais bien lentendre avant de partir, je remets le téléphone dans ma poche, jessaie de me calmer, mais je suis pas bien, jaime pas voyager, jaime pas méloigner de VN, le train démarre, je me sens pas bien, jessaie de me calmer, je sors Voyage au bout de la nuit, jessaie de lire mais je pense à VN alors jarrête, je regarde par la fenêtre, Paris défile, ma vie passe.
Le gosse ménerve, jaime pas les enfants, jaime pas sa grand-mère, elle sadresse à lui mais parle à moi, jessaie de mendormir, je suis fatigué du voyage qui mattend, je suis fatigué de labsence qui mattend, jai envie de VN, je pose ma tête contre la vitre, jessaie de ne pas mendormir avec la bouche ouverte mais je peux pas mendormir, la vieille ne veut pas que je le fasse, je lui vole son confort, elle me hait pour la place que je lui ai prise, elle rêvait dun voyage tranquille avec un siège non réservé à côté delle pour quelle puisse y foutre sa descendance, elle laime pas sa descendance, elle aime personne, alors elle prend un air gentil et parle à son petit-fils comme si je lui avais mis sur les bras « regarde le monsieur, il dort, tu devrais faire comme lui, sinon tu seras fatigué en arrivant et tu pourras pas tamuser avec ta sur
tu es content de retrouver ta sur ?
Calme-toi, je sais que mes genoux cagneux ne sont pas confortables, mais regarde, le monsieur il arrive à dormir avec la tête contre la vitre, fais un effort», elle sait très bien que je ne dors pas, que je lentends mais ça la met en valeur de me mettre mal à laise, si jouvre les yeux je la contredis, si je reste les yeux fermés je mens, je suis un lâche alors je mens, jai pas envie de croiser son regard. Jarrive à mendormir sans trop y croire, je me réveille une heure plus tard , mal au crâne, jai faim mais mes sandwichs sont dans le sac sur le porte bagage, jai envie de pisser, mais la vieille est là, jai pas envie de lui donner dautres raisons de me détester alors jattends, je memmerde, toujours pas envie de lire, le paysage défile toujours comme quelque chose dinaccessible, jai soif, jai envie de VN, je suis pas à ma place, tout me semble inaccessible. Elle se lève enfin avec le gosse, je me dépêche daller aux toilettes, quand je reviens elle a déjà repris sa place, elle se lève quand elle me voit arriver alors que je suis à lautre bout du wagon, pour que je sache que je la fais chier, que je la dérange, elle mattend, alors je joue à son jeu, je prends mon temps, quand jarrive à sa hauteur je lève les bras doucement jusquà mon sac pour prendre un des deux sandwichs et une bouteille deau, je reprends la place du gosse, avec un air idiot de satisfaction, je suis content de ma connerie. Le sandwich est dégueulasse, je voulais celui au jambon mais jai pris celui au thon, je mange doucement, je bois doucement, jessaie de combler le vide, cest long de voyager, jaime pas voyager. Le paysage défile, un homme passe dans lallée laissant traîner une douce odeur de tabac, jai envie de fumer, ça fait longtemps que je nai pas fumé, jirais bien fumer juste pour faire chier la vieille, cest pas agréable le tabac froid, mais jai pas envie de lui faire plaisir, elle a trop aimé le coup du sandwich, elle est maintenant en droit de me détester.
Jessaie de mimaginer ce que fait VN, jaimerais bien quil pense à moi, mais il doit sen foutre de moi, je ne suis pas pour lui ce quil est pour moi. Je me fais chier, mais je suis moins fatigué alors je me mets à lire, je me perds. Quand je relève le nez, on sort du tunnel sous la manche, le voyage de Céline est plus vrai que mon voyage. Je suis un peu étourdi, jen ai marre de rester immobile, jai envie de bouger mais je reste immobile. Le paysage défile, ça a beau être un autre pays, le paysage reste le même, inaccessible, mort, la mort nous entoure, nous somme la mort, le gosse est un cadavre moins pourri que sa grand-mère, mais ça reste un cadavre. Je pense encore à VN, son absence mobsède, jaime pas ne pas savoir quand je vais le revoir, jaime pas être sûr de ne pas le voir pendant dix jours, jai envie de lembrasser, jai envie de savoir comment ça fait de lembrasser, jai peur quil meure et que je ne sache pas ce que ça fait de lembrasser, jai peur quil meure et que je rate son enterrement, jai peur quil meure.
Le gosse me regarde comme une chose quil ne comprendrait pas, il doit avoir sept ans, châtain, il a une sale gueule, une sale gueule à sept ans laisse présager une laideur adulte aiguë, ça saggrave avec lâge, à sept ans jétais mignon, on sattendait pas à ce que je devienne moche comme je le suis devenu. Jai envie de lui dire, de le dire à sa grand-mère, quil sera moche, qu il va perdre le peu de confiance quil avait en lui en sen rendant compte, quil sera certainement un minable, mais que ça, ce nest pas grave, que tout le monde est pareil. Je mets ma montre à lheure.
On arrive à la station Waterloo, jattends que la vieille soit partie avec son monstre pour ranger mes affaires dans le sac, je garde avec moi les plans des lignes ferroviaires et des lignes de métro que Fabien ma envoyés, je descends de lEurostar, je ne me dépêche pas, je nai pas de temps à gagner, dès que jarrive dans le grand hall je téléphone à Fabien, pour lui dire que je suis arrivé à lheure prévue et pour quil me rappelle comment je dois faire pour aller à Brighton, je fais ce quil me dit de faire. Je mendors à moitié dans le train, je suis fatigué du voyage que jai fait, je suis réveillé par lannonce du terminus, je prends mon sac, je suis content darriver enfin, jai envie de me poser, je veux voir un paysage fixe, je veux voir Fabien. Il mattend à lextérieur de la gare, la peur de ne pas me voir se lit sur son visage, dès quil maperçoit il ne peut pas sempêcher dafficher un énorme sourire, ma bouche a la même réaction, ça fait plaisir de revoir son frère. On sembrasse, il a un peu grossit, ça lui va mieux que son habituel manque de gras. Je lui demande sil habite loin dici, il me dit que non, quon est à dix minutes de chez lui. Je suis content quon nait pas à prendre le bus, jen ai marre de la promiscuité avec des inconnus qui comme moi ne demandent quune chose, être tranquilles chez eux. En marchant jusquà chez lui, on peut voir la mer, ça faisait longtemps que je ne lavais pas vue la mer, cest beau même si le temps est mauvais, il fait gris, jaime bien quand il fait ce temps, entre le soleil et la pluie, où il fait ni trop chaud ni trop froid, ni trop sec ni trop humide. On discute de ce quon va faire le soir même, on prévoit de manger un curry puis daller se balader sur la plage. On arrive chez lui, il habite chez une grosse femme qui vit avec son fils et loue deux de ses chambres à des étudiants. Il me présente à elle, elle commence à me parler mais je ne comprends pas la moitié de ce quelle me dit et je nai pas envie de faire leffort de comprendre, je lui explique que mon anglais est mauvais, on en reste là. Fabien memmène dans sa chambre, les murs sont rouges, je pose mes affaires, je range des habits, je déballe mon sac. On commande un curry Tansak à lagneau et on mange ça devant la télé. Fabien fait la vaisselle, jécoute les quelques disques quil a acheté depuis quil est arrivé ici, on sort et on discute en marchant au bord de leau, je lui demande sil a un guide de la ville, que je sache quoi faire quand il sera au boulot demain, il me dit que oui et avec un petit sourire ajoute que dans son guide il y a les adresses de quelques saunas, je ris. On se couche assez tard, on dort dans le même lit comme on la souvent fait, comme on le faisait étant petits, mais je sais que je dors mal quand je ne suis pas seul dans un lit, je sais que je ny arriverai pas tant quil ne sera pas parti travailler, je pense à VN, je mendors.
Jentends le claquement de la chaîne qui sallume, le disque qui se lance et « squares » du Beta Band qui démarre
« Merci davoir mis ça.
-De rien.
-Tu reviens à quelle heure ce soir ?
-Vers six heures. Je te mets le guide avec les clés au pied du lit. Je vais manger »
Il monte à la cuisine. Je me rendors, un peu, pas longtemps, je lentends redescendre les escaliers, il rentre dans la chambre, il prépare ses affaires, il membrasse et laisse une bonne odeur de Nutella sur ma joue avant de partir, ça me donne faim mais je pense aux heures de sommeil qui mattendent.
Le cri des mouettes, le soleil et une érection me réveillent, je me demande quelle heure il est, je suis un peu paumé, ma montre indique midi, je sors un mouchoir du paquet sur la table de nuit, je me masturbe machinalement. Le guide parle de deux saunas mais je suis persuadé quil y en a dautres, lun deux me plait, il nest pas très cher, je regarde où il se trouve sur la carte, il nest pas loin de chez Fabien, je mets le guide et la carte dans mon sac, je sors. Fabien ma conseillé daller voir les « Lanes », il paraît que cest très beau avec plein de petits magasins intéressants, cest sur le chemin du sauna, jai pas lintention dy aller aujourdhui, je vais attendre un peu mais je veux voir où il se trouve.
Cest vrai que cest joli les « Lanes », il y a plein de restaurants, ça me donne faim, je nai pas assez mangé mais jai pas envie de perdre de largent en bouffe, alors je continue de marcher, de me diriger vers le lieu qui mintéresse, plus je men approche plus les drapeaux multicolores sont voyants. Je le trouve sans trop chercher, il fait face à la mer, cest un hôtel qui fait aussi sauna, il y a des gens en train de boire quelque chose sur le devant de lhôtel, ils sont assez jeunes, je reviendrai demain, ils seront peut-être encore là. Je passe la journée à me balader, à écouter des disques dans un Virgin megastore, jaime pas les virgin megastore, mais ça me plait dy écouter des disques que jachèterai chez un autre disquaire. En revenant chez Fabien jachète un Big Mac et un Coca, je rentre, je mange en écoutant Schubert, cest beau Schubert. Quand Fabien rentre, je suis affalé sur le lit, il me demande si ça fait longtemps que je dors. Il me propose daller manger un fish and chips sur le Brighton Pier. On se ballade, je suis content dêtre là, je pense à VN.
Quand jarrive au sauna le lendemain il est quatorze heures, on me dit quil nouvre pas avant seize heures, cest trop tard pour moi, je veux être rentré et douché quand Fabien rentrera, je prends un numéro de « G-scene » et je men vais. Je fais à peu près la même balade que la veille, je vais jusquaux « North Lain », cest coloré, un magasin différent tous les deux mètres, mais rien dintéressant. Le soir on va au pub avec un collègue de Fabien, assez drôle, jarrive à peu près à comprendre ce quil dit, malgré son accent gallois. On rentre, je suis fatigué, je me lève trop tard le matin. On discute un peu avant de se coucher.
Je me lève à onze heures, il fait beau, ciel bleu, un peu trop chaud, je survole G-scene, cest plutôt pauvre comme magazine, il y a une pub qui me saute aux yeux, un sauna non mentionné dans le guide de mon frère, il ouvre à midi, il nest pas cher, à moins de cinq minutes dici, ça me plait. Je mange mes céréales dans la cuisine, jai pas faim mais il faut que je mange si je veux rester un peu au sauna. Je vois rarement la proprio et quand je la vois ça se limite aux conventions sociales. Je fais passer le temps en lisant Céline. Je prends juste huit pounds et je pars pour le sauna, il est quatorze heures.
Il se trouve au bout dun cul de sac, bien caché, cest rassurant, pas besoin de faire attention, si quelquun me voit entrer cest que lui aussi y va. Jentre, il y a des plantes partout, jentends le bruit dune sorte de sonnette, je voix pas doù ça vient, je me trouve dans un hall dentrée, je vois une porte vitrée au fond du hall, à travers un type qui me regarde en appuyant sur un bouton, me faisant signe dapprocher, cest juste pour filtrer, japproche, jentre. Il y a un comptoir avec un type derrière qui me dit « hello », je lui demande combien ça coûte tout en sachant que cest huit pounds, il comprend tout de suite que je suis étranger, alors il mexplique comment ça fonctionne, où sont les douches, les bains de vapeur, les salles de repos, me mène aux casiers et ouvre le treizième, mexplique que je dois aller le voir quand je veux men aller. Je lui réponds « OK ». Il me laisse. Je commence à me déshabiller. Juste à côté des casiers il y a une télé, deux types en serviette sont en train de regarder un film avec Paul Newman, je ne reconnais pas le film, les types sont plutôt vieux, quarante ans, mais pas moches. Je mets une serviette autour de ma taille, jen laisse une dans le casier, je ferme le casier, je pars vers les douches, me fous à poil, me douche, personne. Jentre dans un bain de vapeur, il est tout petit, il ny a personne dedans, je massois, jai du mal à respirer, ça mexcite, jattends, je transpire. La porte souvre, un homme denviron quarante ans entre, il est pas mal, il sassoit en face de moi. On se regarde, je regarde son sexe, je regarde le mien, il regarde le mien, il tends la main vers le mien en me regardant pour savoir si je suis daccord, je le laisse faire, il se masturbe, il me masturbe, la porte souvre, un autre homme veut rentrer mais en nous voyant referme la porte. On se comprend sans parler, on ressort pour aller dans une salle de repos, on monte à létage. On en trouve une libre assez vite, elle ne se ferme pas à clé alors on met une serviette au dessus de la porte pour montrer quelle est occupée. On se regarde, on sembrasse, il sest rasé récemment, certainement avant de venir, il a la peau douce, moi je suis mal rasé mais ça ne le dérange pas, il embrasse pas très bien, il est maladroit, ça mexcite. On se masturbe en sembrassant, je descends doucement jusquà son téton droit, je le mords tout en continuant de le branler, je descends encore et je commence à le sucer, il me fait signe de remonter pour quon sembrasse, on sembrasse, lui descend et fait exactement ce que je viens de lui faire, il remonte, on sembrasse, il nose pas enfoncer sa langue dans ma bouche, il commence à vouloir me mettre un doigt dans le cul, je lui demande sil a du gel, il comprend que je suis étranger, ça a lair de lexciter, il me dit quil va chercher ce quil faut. Jattends. Il revient avec plusieurs préservatifs et du gel, il ouvre le sachet de gel, en met sur ses doigts, jen mets sur les miens. Je suis allongé sur la banquette, lui est à côté de la banquette, quasiment à quatre pattes, il me met un doigt en membrassant, je lui en mets un, il pousse un petit cri dans ma bouche, il me met un deuxième doigt, je fais pareil, même petit cri de plaisir dans ma bouche, je lui en mets un troisième, lui aussi, ça devient très intense, jai du mal à respirer, lexcitation me bouffe tout mon air. Il me demande si je veux le prendre, je lui réponds que je veux quil me prenne, il déchire un préservatif, veut que je lui mette mais je préfère quil face ça seul. Je suis sur le dos, les jambes en lair, il narrive pas à rentrer, alors je me relève et je me mets debout devant la banquette, penché en avant, il commence à essayer de me prendre par derrière mais veut rentrer trop vite, me fait atrocement mal, jen ai la circulation coupée, le souffle coupé, les jambes, je me laisse tomber, je me retrouve couché, sur la banquette, à hurler, de douleur, lui reste debout, à cracher des « sorry » inutiles, la douleur prend tout mon corps, je connais cette sensation, je lai déjà vécue, je sais que ça ne dure pas longtemps, je me rassure avec ça, je respire doucement, jai du mal, je sais que ça dure pas longtemps, jessaie de penser à autre chose, autre chose, du mal à respirer, je ferme les yeux, ça commence à passer, je respire, je me redresse, ça va mieux. Je lui dis que ce nest pas grave, que ça arrive. On nest plus très excité alors on recommence à sembrasser, il me suce, je vois quil bande fort, sen est presque douloureux, je lui demande de se coucher sur le dos, je monte au-dessus de lui, je prends sa bite de la main droite et me la mets doucement, ça rentre doucement, je massois sur ses couilles et je commence à me branler en bougeant mon cul, je lui sers le téton gauche avec ma main gauche, il me dit quil va jouir, jaurais voulu que ça dure plus longtemps mais ça mexcite, jéjacule sur son torse, il éjacule en moi dans la capote. On sembrasse, je me relève, je sors, il me dit « Au revoir », je sais pas comment il a su que jétais français.
En redescendant jenlève la sueur que jai sur le torse, je me dirige vers les douches, il y a pas mal de monde, ça mexcite darriver en bandant sous les douches, je me nettoie le cul et la bite, je regarde les hommes sous les douches, ils sont trois, de trente à cinquante ans, ils me regardent tous, je suis pourtant pas très sexy, cest lâge qui les excite, je vais ensuite dans la salle de bains de vapeur sèche. Il y a un seul type, assis, il me regarde entrer, trente-cinq ans, je massois un peu plus loin, il est assez laid, imberbe. Jattends, cest dur de respirer. Dautres personnes entrent, différentes de celles sous les douches, lun deux, plutôt jeune, vingt-cinq ans, se met en face de moi. Il est pas mal, me regarde. Je ne bande pas, mais quand je vois la taille de son sexe, je sens le sang affluer, chaque battement de cur fait dresser ma bite, quand il voit quil mexcite, il me fait comprendre que je lintéresse, on sort ensemble, on prend une douche ensemble, on monte et on entre dans une salle libre, on met une serviette sur la porte. Je me dis que je nai jamais fait ça avec un type ayant un sexe pareil, jai du mal à respirer, je suis trop excité. Il me prend mon souffle, il embrasse bien mais ses lèvres on un sale goût de cigarette, elles sont amères, je suis trop excité pour que ça mempêche de lembrasser à fond, de lui glisser ma langue dans sa gorge, je descends doucement vers sa bite, la prends à pleines mains, la mets dans ma bouche, et je suce comme si javais jamais sucé, comme si je découvrais quelque chose, je sens son membre glisser dans ma bouche, je le branle en le suçant avec ma main droite et je sers ses couilles avec lautre, jadore quon me fasse ça, jai envie de lui faire plaisir, ça marche plutôt bien, des bruits quasi inaudibles sortent de sa bouche, il me remonte jusquà lui, on sembrasse, me dit « its my turn », mallonge sur la banquette et commence à me sucer en fond de gorge, je sais pas faire ça, mais jaimerais beaucoup. Il continue quelques minutes, je lui demande parfois darrêter pour ne pas jouir tout de suite. Jai envie de le prendre mais il sallonge à côté de moi, me branle, je prends son sexe de la main droite et le branle, ma main est pleine, il méjacule dessus, le sperme chaud me fait jouir, jéjacule sur lui. Je sors, je retourne aux douches, je me demande quelle heure il est. Après la douche je massois devant la télé qui se trouve près des vestiaires, il y a toujours les deux types qui regardent le film avec Paul Newman. Je ne reconnais toujours pas le film. Jattends là un bon quart dheure, je récupère. Je retourne aux bains de vapeur sèche. Je massois en face dun vieux, allongé, en train de se masturber. Un autre vieux entre juste après moi, sallonge à ma droite. Je regarde le vieux qui se masturbe. Je remarque un autre type que je navais pas vu à ma gauche, dans un coin, lobscurité cache son visage mais je vois quil me regarde, il touche son sexe dune drôle de façon, comme sil attendait que je vienne le sucer. Ca mexcite. Le vieux allongé à ma droite commence à approcher un bras vers ma cuisse, je continue de regarder celui à ma gauche. Celui de droite commence à me caresser mais je méloigne, je vais vers celui à ma gauche. Jarrive un peu à discerner ses traits, il est plutôt beau, brun, poilu, barbu. On sembrasse, jaime tout de suite sa façon dembrasser. Je caresse son torse et son ventre de ma main droite, je descends jusquà son sexe, il porte un cockring, il est bien membré. On continue de sembrasser, je le branle. Je me rends compte que plusieurs vieux sont entrés et se masturbent en nous regardant, il sen rend compte aussi mais on continue. Je lui demande sil veut monter , me dit quil doit dabord se doucher. On sort, on se douche, je peux maintenant le regarder. Il est vraiment très beau, un peu grisonnant, quarante-cinq ans, très poilu, un peu de ventre mais il dégage quelque chose qui me trouble. On monte, il me laisse passer le premier, jai comme un vertige, ça tourne, les murs, je tombe presque, il me retient, la façon quil a de me retenir me trouble. On entre dans une salle de repos, je comprends que je suis en train de faire une chute de tension. Jai les oreilles qui sifflent, je ne vois quasiment plus rien. Je massois sur la banquette, je lui explique que je ne me sens pas bien, que je dois reprendre mon souffle. Il pense que cest parce que je suis resté trop longtemps dans le sauna. Il sassoit à côté de moi, me laisse respirer, pose sa main sur ma cuisse, me caresse doucement, je me sens bien avec lui, il me trouble. Ca va mieux. On sembrasse, javais jamais embrassé de barbu, jaime beaucoup sa façon dembrasser, jai limpression quon embrasse de la même manière. Je le branle en lembrassant, je lui pince les tétons. Je lui lèche les tétons, je lui lèche le ventre, je descends doucement jusquà sa bite, je tourne autour, je lui lèche les couilles, je lui lèche la bite, je mets doucement son gland dans ma bouche, je le suce du mieux que je peux, une main sur un téton, lautre sur ses couilles. Il prend ma tête entre ses mains pour accompagner mes mouvements. Je lui lèche le gland, je remonte vers sa bouche, on sembrasse. On se caresse. Jai limpression quil ne veut pas me sucer, il ne veut pas non plus me prendre ni être pris. On continue de sembrasser. On sarrête. On se regarde. Il est beau. Il crache dans sa main droite en me regardant et commence à me masturber. On ne mavait jamais aussi bien branler. Il fait ça en me regardant droit dans les yeux. Il me trouble. Jai pas envie de jouir maintenant alors je lui demande darrêter. On sembrasse, on se sert dans nos bras, il se passe quelque chose entre nous, cest trop passionné. Je le suce à nouveau. Il mallonge sur le dos, se met au-dessus de moi, on se masturbe sexe contre sexe, en se regardant, en sembrassant. Il sarrête, se met à côté de la banquette, crache dans sa main et recommence à me branler, en me regardant puis membrassant, je lui dis que je vais jouir, il me branle de plus belle, jéjacule sur son bras, il continue doucement de me branler. Il sallonge ensuite à côté de moi, on reste comme ça à sembrasser quelques minutes. Je suis bien avec lui mais il se fait tard, il faut que jy aille. On sort ensemble. On se douche ensemble, il est magnifique. Jai envie de lui demander son numéro de téléphone, ou son adresse, il sest passé quelque chose entre nous, mais je nose pas, ce serait trop compliqué avec Fabien. Alors on se sépare, on en reste là, comme dhabitude, on en reste là, jai limpression de passer à côté de quelquun, à côté dune personne, dun type bien, je ne le reverrai jamais de ma vie alors quil sest passé quelque chose entre nous, je le sais, il le sait, il me regarde avec un grand sourire gêné, comme si lui aussi nosait pas me demander mon adresse ou mon numéro de téléphone, il a compris que jétais étranger, il a compris quon ne se reverrait jamais, mais la rupture définitive est déjà entamée, on en reste là, on se sépare. Je pense à VN. Je vais voir le type derrière le comptoir pour quil ouvre mon casier, je me rhabille, les deux types regardent encore la télé mais ce nest plus Paul Newman dans un film que je ne reconnais pas. Je me demande quelle heure il est. Il y a une pendule dans lentrée, il est dix-huit heures. Je me dépêche, je veux être rentré quand Fabien arrivera.
Je sors du sauna. Cest toujours la même impression, celle de sortir dun monde nappartenant pas au monde connu, celle dêtre un étranger, davoir fait quelque chose dincompréhensible pour la plupart des gens, dêtre complètement paumé, dêtre un étranger pour moi-même. Les gens défilent autour de moi, jai pas limpression dappartenir au même monde queux, je suis mal à laise, je me regarde dans le reflet des vitrines, je ne me reconnais pas, jai peur de porter une marque quelconque du sauna, peur davoir du sperme dans les cheveux, il ny a que cinq minutes du sauna à chez Fabien, ça me paraît être une éternité. Jarrive enfin, je descends dans la chambre de Fabien pour savoir sil est rentré, il nest pas encore là, alors je monte à la salle de bain pour me brosser les dents, je me sens sale. Je croise la grosse dans les escaliers, elle me demande ce que jai fait cet après-midi, jessaie de lui dire que je suis allé aux « North Lains » avec le plus mauvais accent possible, je me sens sale, elle me lâche, je vais dans la salle de bains, je me brosse deux fois les dents, je regarde si je ne porte pas les marques du sauna, rien dapparent, je me doucherai plus tard, je redescends dans la chambre de Fabien. Je mets le disque du Beta Band, je mallonge sur le lit, je regarde le plafond, je respire, je pense au barbu, je pense à VN. Jai envie dentendre sa voix, de voir son visage, de lentendre me parler, de le voir me sourire. Je commence à mendormir, Fabien entre dans la chambre.
« Salut, tas fait quoi aujourdhui ?
-Je suis allé au sauna.
-Au sauna ? »
Il a lair gêné, ne sattendait pas à ça. Je comprends alors quil plaisantait quand il parlait des saunas mentionnés dans son guide, il ne pensait pas quil y en avait vraiment dans son guide. Il se met alors à rigoler, mais toujours avec un petit air gêné, puis il me demande si cétait bien, je lui réponds que oui, on rigole ensemble, je suis content quil prenne ça bien. Il me propose de manger un curry, je suis daccord.
Cest le week-end, Fabien reste avec moi pendant deux jours, ça me fait plaisir. On fait la grasse matinée, comme chaque jour pour moi. On se lève à onze heures. Il me prépare des toasts au beurre de cacahouètes pour le petit-déjeuner, on prend notre temps, chacun profite de la présence de lautre, on est trop souvent séparé. On fait la vaisselle puis on se prépare pour sortir. Je prends un appareil photo jetable, jai envie de prendre des photos que je pourrai peut-être montrer à VN, je lui ai jamais montré de photos de moi. Je pense aux photos de lui jeune quil ma montré, il était beau, il lest encore. Jai envie dêtre présentable sur les photos quon va faire, je mhabille correctement. On se ballade sur la plage, la pellicule défile, je pense à VN. On part ensuite pour les « Lanes », il veut me montrer certains magasins que jai peut-être déjà vu, il veut surtout quon aille manger dans un restaurant recommandé par son guide. Il y a du monde dans les rues, il fait bon. Dans le restaurant recommandé par son guide, je prends un sandwich au thon avec de la mayonnaise au citron, Fabien prend une tarte au fromage de chèvre, on discute, on se balade, on rentre, je suis fatigué, je pense à VN, jai envie de dormir, on ne fait rien, on regarde la télé, on ne fait rien, la soirée passe, on dort.
Je prépare mon sac, je ramène des numéros du NME, quelques disques, Fabien tire la tronche, il rentre dans deux semaines en France, il a envie de rentrer, il va rester seul pendant deux semaines. On sembrasse à la gare, jai envie de rentrer, je vais enfin pouvoir rappeler VN, ça me fait plaisir, ça memmerde quand même de quitter Fabien, mais je sais que je le revois bientôt, alors ça va. Lui na pas lair bien du tout. On se quitte. Il ny a pas de vieille avec son petit fils à côté de moi, il ny a personne à côté de moi, je suis quasiment seul dans le wagon, jaime ça, je vais être tranquille. Je fini Céline, je pense à VN, je suis bientôt en France, VN nest plus très loin. Je me demande ce quil fait, jaimerais bien quil pense à moi, mais il doit sen foutre de moi, je ne suis pas pour lui ce quil est pour moi. Jai limpression que le tunnel ne finira jamais, je veux entendre sa voix. Je suis en France, mais je vais attendre darriver à Paris pour lappeler, il y a trop de bruits dans le train, je veux entendre sa voix. Jai plus rien à lire, je sais pas quoi faire, je remets ma montre à lheure, jattends, je mennuie, jai plus rien à faire, je mennuie, il ny a rien à faire, je pense à VN, on annonce que le train arrivera avec au moins une heure de retard à Paris, ça me fait chier, je vais rater mon train, je mennuie, je ne sais pas quoi faire, je pense à VN. Jarrive gare du Nord, je marche jusquà la gare de lEst, il ny a pas beaucoup de monde dans les rues, je suis content dêtre en France, mais jai envie dêtre chez moi, que ce voyage soit fini. Il y a de la place sur un banc pour attendre le train, je dois attendre deux heures de plus à la gare, jai raté mon train. Je sors mon portable, je lallume, je commence à avoir les mains moites, la gorge sèche, je stresse, je veux entendre sa voix, mais ça ne répond pas, alors jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix « je suis absent, vous pouvez me laisser un message, merci », ça me fait du bien mais ça ne suffit pas, jai envie dentendre sa voix quand il me parle, pas quand il sadresse au répondeur, je raccroche, jaime pas laisser de messages. Je réessaierai demain soir. Je vais dans un kiosque, je ne trouve rien à lire, je pense à VN, je vais me faire chier dans le train, jachète des cigarettes et un briquet, je me remets sur le banc, je fume, jattends, je mennuie. On annonce le quai du train, je vais dans un wagon fumeur, je minstalle, je fume, jattends, jattends le départ, je fume. Le train démarre, jai trois heures à attendre avec un paquet de cigarettes, rien à faire à part fumer, je vais me faire chier, je suis pas bien, jaime pas voyager, je me rapproche de VN mais je ne sais pas où il est. Je mapproche dune présence potentielle. Dun vide. Aucune certitude. Rien. Quun mal au ventre. Quune douleur. Quand il nest pas là, VN nest quune douleur. Je fume, je mennuie, je lappellerai demain soir, je pense à lui, je ne fais que ça, je fume et je pense à VN. Vie de merde. Jarrive à Culmont-Chalindrey, je suis pas de bonne humeur, dans la voiture maman massaille de questions, elle magresse, jessaie dêtre gentil, elle voit que je suis pas de bonne humeur, me le fait remarquer, ça ménerve, on arrive à Champigny, je défais mes affaires, je pense à VN, jessaie dêtre gentil, jai pas faim mais je mange, je mange tout ce que je peux, tout ce que je peux supporter, jen ai la nausée, jessaie dêtre gentil, maman me dit que je ne mange rien, je lui dis que jai pas très faim, elle me dit que je suis de mauvaise humeur, ça ménerve. Je minstalle devant la télé, je ne fais rien, je me laisse emporter, je mendors presque, je vais me coucher, jembrasse papa, jembrasse maman, je men veux dêtre tout le temps de mauvaise humeur, je vais me coucher, jécoute la B.O. de « Requiem for a dream », je ne me sens pas bien, je change de disque, je mets Alpha, je mendors, la musique me réveille, jarrête le disque, jéteins le poste, je mendors.
Il est onze heures du matin, je me réveille doucement, jécoute Alpha, je me lève, je vais aux toilettes, je descends, jai faim, ça sent les croissants chauds, maman est dans la cuisine, je lembrasse, elle me demande si jai bien dormi, je fais chauffer du lait, papa a acheté des croissants au beurre, jai faim, je suis gentil avec maman, on parle un peu de Brighton, elle me demande comment cest, ce que je faisais quand Fabien nétait pas là, ce quon a fait ensemble. Je lui dis quon est allé à la gay pride, elle est un peu étonnée, ça ménerve, je lui dis que cétait marrant, il faudrait que je lui dise que je suis pédé. On parle, on parle, je mange, on parle, je vais devant la télé, je ne fais rien, je regarde si jai des mails, je vais sur le forum de Technikart, je retourne devant la télé, je ne fais rien, jattends, je mennuie, jai envie de voir des gens, jai envie de voir VN, il ne faut pas que je reste seul, je sais que je ne vais pas pouvoir voir VN, il faut que je vois des gens, jappelle Michel, je tombe sur sa mère, il bosse toute la journée, jappelle Marie, je tombe sur sa mère, elle est encore à Dijon, jappelle Mathieu, je tombe sur son père, il est à Reims, Jean-Yves rentre la semaine prochaine de Toulouse, je sens que je vais me faire chier, je me fais chier, jattends, je mennuie, maman part voir mémère, jai pas envie dy aller, je reste seul, il faut que je vois des gens, jai envie dappeler VN, jappelle, je stresse, je veux entendre sa voix, mais ça ne répond pas, alors jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix « Je suis absent, vous pouvez me laisser un message, merci », ça me fait du bien mais ça ne suffit pas, jai envie dentendre sa voix quand il me parle, pas quand il sadresse au répondeur, je raccroche, jaime pas laisser de messages.
Je me fais chier toute la journée, cest pas une vie, attendre après quelquun, vivre dans lattente, lattente de rien, je nattends rien de particulier à part voir VN, mais une fois que je laurai vu, une fois que je serai sorti de chez lui, je ne ferai quune chose, jattendrai de le revoir. Attendre de voir VN. Ca en vaut la peine mais cest pas une vie. Vie de merde. Jessaie de ne pas penser à lui. Jessaie de passer à autre chose mais cest plus fort que moi. Je ne contrôle plus rien. Je subis. Comme toujours. Cest ma vie. Vie de merde. Papa monte à Langres, je me mets devant la télé, je regarde sil a de nouveaux pornos, rien de nouveau, je mets un film au hasard, je me branle, jéjacule dans un mouchoir, je range la cassette, jéteins la télé, je monte dans ma chambre, je prends la pochette de photos qui est sur mon bureau, je regarde lunique photo de VN que jai, jétais en terminale, il pose à côté de Jean-Yves, il est beau, cest moi qui ai pris la photo, jai envie de pleurer, jy arrive pas, jessaie de me forcer, jy arrive pas, je mets le quatrième mouvement de la cinquième symphonie de Mahler à fond sur mon poste, jessaie de pleurer, jy arrive pas, jen ai pourtant envie, je redescends à la salle à manger, je mets la télé, je mets la cassette de La ligne rouge dans le magnétoscope, je la cale sur le passage de lattaque qui arrive juste après celle de la colline, dhabitude ça me met les larmes aux yeux, là je veux chialer à fond, me lâcher, vomir ma douleur, jen peux plus, jai les larmes aux yeux mais je ne pleure pas, je ny arrive pas, jéteins la télé je remonte dans ma chambre, je sais quun jour je vais craquer, je vais pas pouvoir retenir ça au fond de moi toute ma vie, ça va exploser, la douleur est de plus en plus intense, il faut que ça sarrête dune façon où dune autre, je pense que je vais bientôt craquer, ça va sortir par tous les pores de ma peau, je voudrais juste que ça narrive pas en public, il faut que je sois seul, jessaie encore une fois avec Mahler, toujours rien. Je me fais chier. Maman rentre, papa rentre, maman me demande ce que jai fait, je lui dis que je nai rien fait, il est dix-huit heures, elle commence à faire à manger, Fabien appelle, je lui dis que je vais bien, je préfère mentir, quon me fasse pas chier, jai peur déjaculer ma douleur devant tout le monde, surtout devant Fabien, sa voix est triste, ça me fait de la peine, jen ai marre, tout me fait de la peine, je vais jamais men sortir, on se dit au revoir, je mange avec maman, papa est dehors, on discute peu, jessaie pourtant dêtre gentil, de ne pas être un poids pour les autres, de ne pas être une cause dennui, jai pas envie de bouffer maman, alors jessaie de parler tout en fermant ma gueule, je ne suis pas moi-même, je fais semblant, je fais semblant daller bien, je mange, je fais semblant davoir faim, je me force, jai envie de vomir, je finis de manger ma gerbe, jembrasse maman, je vais à la télé, je me fais chier. Je fais un tour sur Internet, pas de mail, pas de nouveau message sur le forum. Je pense à VN. Je regarde le programme télé. Il ny a rien à la télé ce soir. Je pense à VN, je regarde quelle cassette je pourrais regarder. Je prends Avanti !. Jack Lemmon ressemble un peu à VN. Je laisse papa regarder les infos, je me fais chier. Je laisse maman regarder la météo, je me fais chier. Je regarde Avanti !. Je vais me coucher, jécoute un peu de musique avant de mendormir, je pense à VN, cest pas une vie.
Je me lève, jai envie de rien, même pas envie de pleurer, jai pas faim, je sais pas ce que je vais faire de la journée, je sais que je vais me faire chier, je sais que VN ne répondra pas au téléphone, je me demande ce quil fait, jimagine bien quil ne pense pas à moi, je ne suis pas pour lui ce quil est pour moi, je sais que la journée va être longue, je sais que la semaine qui débute va être longue, cest la mort. Jattends laprès-midi pour appeler VN, je commence à stresser. Maman rentre, je mange avec elle, dès quelle est partie je prends le téléphone, jappelle, je stresse, je veux entendre sa voix, mais ça ne répond pas, alors jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas non plus, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix « Je suis absent
», je raccroche. Ca commence à minquiéter. Je me rends compte quil nétait pas chez lui du week-end, quil ny avait personne chez lui ce week-end, il ma pourtant toujours dit que ses frères étaient chez lui le week-end, il ny avait personne ce week-end, jarrive toujours pas à le joindre, ça me fait peur. Je me demande sil est mort. Je me demande si maman maurait prévenue sil était mort. Je me demande si maman le saurait sil était mort. Je me demande si la famille de VN aurait mis un avis de décès dans le journal sil était mort. Je minquiète sûrement un peu vite. Quelquun maurait prévenu. On est au courant de tout à Langres. Si je ne sais pas quil est mort cest quil nest pas mort. Jessaie de me rassurer. Je pense quà ça. Je regarde la télé, je pense à ça. Je mange, je pense à ça. Je ne dors pas, je pense à ça. Je me rends malade pour rien. Il répondra. Il est sûrement parti en voyage. Il ma dit quil partait en Touraine. Il ma dit quil ne partait pas longtemps. Je suis plus sûr. Jen sais rien. Je sais pas ce qui marrive. Je ne contrôle plus rien. Je ne sais plus ce quil ma dit. Je ne sais plus rien. Jai la tête vide. Il faut que je lise ou que jécoute de la musique ou que je regarde un film mais il faut que je fasse autre chose, que jarrête de penser à lui, à ça.
Je me lève en écoutant la septième symphonie de Beethoven. Je mange, je regarde si jai des mails, je me mets devant la télé. Il faut que je fasse quelque chose, je peux pas continuer comme ça, je peux pas passer mes journées à ne rien faire. Il ny a rien à faire. Personne à voir. Je nai quune chose à faire, penser à VN, mais je veux pas, il faut que je fasse autre chose, je vais pas tenir longtemps comme ça, à ne rien faire, à attendre, à attendre, à ne rien faire, cest pas possible, je vais pas men sortir. Je regarde la télé, il ny a rien, je cherche un film à regarder, jai envie de rien, jai pas envie découter de musique, jai envie de rien. Maman rentre du travail, je mange avec elle, je suis gentil, je suis amour, jai pas faim, je me suis levé trop tard, jai envie de vomir, je mange, je me force, elle me dis que je ne mange rien, je lui dis que je nai pas faim, jarrête de manger. Elle me demande ce que jai fait ce matin, je lui réponds que je nai rien fait, que je mennuie, quil ny a rien à faire, que cest la mort ici, je sens que je memballe, je me tais, jarrête. Elle me demande ce que je vais faire cet après-midi, je lui réponds que jirai peut-être en ville, jirai peut-être louer un film, elle me dit quil faut que je sorte, que jaille faire un tour, que je prenne le soleil, je lui dis que cest difficile tout seul, quil ny a personne à voir, quil ny a rien à faire, que cest la mort ici, je sens que je memballe, jarrête. Je regarde la télé, maman retourne travailler. Je monte dans la chambre de mon frère, je mets Primal Scream à fond sur sa chaîne, je vais à la salle de bain, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je me brosse les dents, jutilise du fil dentaire, je vais dans ma chambre, je mhabille, un jean, un pull col en V, je retourne dans la chambre de Fabien, jéteins la musique, je redescends, je prends mes clés, le portable, la carte pour la bibliothèque, je monte dans la voiture, je mets le Beta Band à fond sur le poste, je monte à Langres, je sais pas où je vais, je sais pas ce que je vais faire, je chante comme un taré dans la voiture, jhurle, je me défoule, jen peux plus. Je fais la rue Diderot, je me gare à côté de lécole Jean Duvet. Je vais à la bibliothèque. Je ne dis pas bonjour en entrant, je monte à létage, à la discothèque, je loue nimporte quoi, je redescends, je ne dis pas au revoir en sortant, je vais place Ziegler, jentre dans la maison de la presse, je ne dis pas bonjour en entrant, on me dit bonjour, je ne réponds pas, jachèterais bien Têtu mais ce serait pas très malin, je nachète rien, je ne dis pas au revoir en sortant, on me dit au revoir, je suis pas bien, je retourne à la voiture, je massois, je respire, je vais pas bien. Je prends mon portable, jappelle, je stresse, je veux entendre sa voix, mais ça ne répond pas, alors jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix « Je suis absent
», je raccroche. Je vais pas bien. Jai besoin daide. Je démarre, je rentre. La maison est vide, jécoute les disques que jai loué, je men fous, jarrête découter, je me mets devant la télé, jai pas envie de lire, il faudrait que je lise, je mabrutis, je mendors, cest la meilleur chose à faire, joublie, je pars.
Je me réveille, jai dormis une heure, je passe devant le téléphone, il faut que jarrête, je deviens fou, je suis fou, je fais nimporte quoi, je peux vivre sans les autres. Je peux. Je fais nimporte quoi. Je me masturbe. Je fais nimporte quoi, jattends, jécoute de la musique, la journée passe difficilement, maman rentre, me demande ce que jai fait, je lui dis ce que jai fait, rien, jai fait nimporte quoi, je mennuie, je suis ennui, je meurs. Je mange avec maman, papa est rentré, il bricole dans le garage, je monte me laver, je prends un bain, je sors du bain, je me sèche, Fabien appelle, il va bien, il est content de bientôt rentrer, ça va bien, je lui dis que ça va, il me demande ce que jai fait de la journée, je lui dis que je mennuie, on se dit au revoir, je vais devant la télé, il ny a rien à voir, jen peux plus, cest pas une vie, cest pas possible. Je lis, je me couche, je dors.
Je me réveille en écoutant la septième symphonie de Beethoven. Je me masturbe pendant le quatrième mouvement, jéjacule dans un mouchoir. Je me lève, je descends manger. Jirais bien dans un sauna aujourdhui, ça moccuperait mais je vais rester ici à me faire chier toute la journée, à essayer dappeler VN, jen ai marre. Je fais nimporte quoi, je ne mène à rien, ma vie ne mène à rien, cest nimporte quoi. Je me demande comment vivent les autres, ce que font les autres quand ils sennuient, si les autres aussi ont une vie de merde, passée à attendre quelquun, quelque chose, natteignant jamais leurs buts, nayant pas de buts, vivant dans lattente davoir un but. Maman rentre du travail, maman mange, maman retourne au travail. Je sais plus quoi faire pour faire semblant de faire passer le temps. Jen peux plus. Le téléphone sonne, cest Michel, il ne travaille pas cet après-midi, il me propose daller se baigner au lac de la Liez, je suis daccord, je raccroche. Je monte dans la chambre de mon frère, je mets Primal Scream à fond sur sa chaîne, je vais à la salle de bain, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je me brosse les dents, jutilise du fil dentaire, je vais dans ma chambre, je mhabille, un short de bain, un T-shirt, je mets une serviette et une bouteille deau dans un sac, je retourne dans la chambre de Fabien, jéteins la musique, je redescends, je prends mes clés, le portable, je monte dans la voiture, je mets le Beta Band à fond sur le poste, je monte à Langres, je vais chez Michel. Je descends de la voiture, je sonne, jattends, je lentends descendre les escaliers, il ouvre la porte, on se serre la main, il veut quon prenne sa voiture, il ferme la porte de sa maison, on monte dans sa voiture, il démarre, on roule, on discute, on se raconte nos vacances, il me demande ce que jai fait à Brighton, je lui dis que je suis allé à la gay pride avec Fabien, il est un peu étonné, ça ménerve, je lui dis que cétait marrant, il faudrait que je lui dise que je suis pédé.
On arrive à la Liez, il y a du monde, on descend les escaliers qui mènent au lac, il fait trop chaud, il y a du monde, je vais pas bien, il me demande où je veux aller, je lui dis que je men fous, on va près des arbres pour pouvoir profiter de lombre, on pose nos serviettes, on va se baigner, on nage jusquaux bouées, on revient, on sort de leau, on se sèche sur les serviettes, je me fais chier, il me parle, il parle, jécoute à moitié, je mennuie, je me mets sur le dos, je regarde les hommes qui passent en maillot de bain, Michel me demande si jai vu la blonde qui vient de passer, je lui dis que non, que je nai pas lil pour ça, il fait trop chaud, je continue de regarder les hommes qui passent en maillot de bain, ça mexcite, je me mets sur le ventre. Je demande à Michel sil a emmené des magazines, il me répond que non. Il commence à me raconter des ragots, je lui dis que ça ne mintéresse pas, je men fous, les gens font ce quil veulent, ça ménerve, il répète tout ce quil entend, il faut pas que je lui dise que je suis pédé. On retourne se baigner, je pense à VN, à la photo quil ma montré de lui en maillot de bain, on nage jusquaux bouées, on revient, on sort de leau, on se sèche. Je lui propose de partir, jen ai marre, il fait trop chaud, même à lombre, il est daccord, on rentre chez lui. On boit un verre deau, je suis fatigué, je lui demande ce quil fait ce soir, il travaille, je lui demande ce quil fait demain après-midi, il ne travaille pas, je lui dis que je lappelle demain, on se sert la main, je retourne à ma voiture, je rentre avec le Beta Band à fond, jhurle, jai la gorge sèche, je tousse, je rentre. Je passe à côté du téléphone, jai pas encore essayé dappeler VN aujourdhui, je prends le téléphone, ça ne répond pas, alors jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix « Je suis absent
», je raccroche, jai peur, je massois, jai peur, ça fait trop longtemps quil ne répond pas, cest pas normal. Il ne faut pas que je memballe, il faut que je me calme, jai du mal à respirer, il faut que je me calme, je deviens fou, je fais nimporte quoi, jen peux plus, je sais pas comment men sortir, jai peur, je ne comprends pas, je me demande sil est mort, jessaie de ne pas memballer, je me demande si la famille de VN aurait mis un avis de décès dans le journal sil était mort, jessaie de ne pas memballer, il faut que je me calme, je deviens fou. Maman rentre, je vais pas bien ,elle me demande ce que jai fait aujourdhui, je vais pas bien, je lui dis que je suis allé me baigner à la Liez avec Michel, elle me dit que cest bien, quil faut que je prenne lair, je vais pas bien , je lui dis que ça ma fait du bien, que ça ma fatigué, je vais pas bien, elle me demande ce que je veux manger ce soir, elle veut me faire des quenelles avec de la béchamel et du riz, je vais pas bien, je lui dis que je suis daccord, que jadore les quenelles, je monte dans ma chambre, jai la gorge nouée, je vais pas bien, je comprends pas ce qui marrive, jai les larmes aux yeux, je sais pas ce qui marrive, je ne contrôle rien, jessaie de ne pas craquer, je suis à la limite, je tombe presque, je menferme aux toilettes, jessaie de reprendre mon souffle, je me calme, je me calme, je respire, je me calme, je respire, cest le vide, plus rien, je suis vide, je respire, je sors des toilettes, je descends, jallume la télé, je me couche sur le canapé, je regarde la télé, je comprends pas ce qui marrive, ça me fait peur. Je mendors presque devant la télé, il est dix-huit heures trente, maman mappelle pour manger, je mange, je suis vide, cest le vide, le calme, il ne se passe rien, je mange, ça défile, ça coule, je suis lisse, imperméable, ça continue, rien, javale, je sens les morceaux chauds descendre dans mon gosier, puis dans mon ventre, puis rien, javale, ça recommence puis rien, je continue, jai pas faim, je continue, jai plus rien dans mon assiette, je prends un yaourt, ça descend, cest vide, je finis, je bois, je me lève, le sol défile sous mes pieds, je marche, je sais pas comment, javance, cest vide, rien, tout bouge, plus rien, vide, sol, canapé, télé, dormir.
Je me lève en écoutant la huitième symphonie de Beethoven. Je suis dans mon lit, je me souviens pas être monté me coucher, je sais pas trop ce quil sest passé hier soir, jai un peu mal au crâne, je me caresse le cuir chevelu, je me fais peur mais je suis bien, tout est calme, sauf la musique, je change de disque, je mets « olé » de Coltrane, je me recouche, je me relève, jouvre les volets, je me recouche, jécoute, le temps coule, la lumière me brûle les yeux, mes paupières se décollent, je me frotte les yeux, je regarde mes mains, les poils de mes mains, jaime pas mes mains, elles ne sont pas assez grosses, VN ma dit quil les trouvait belles, ça me rassure un peu, lui a des mains énormes, il les trouve moches, elles ont été déformées quand il était jeune par une angine mal soignée, jadore ses mains, avec ses légères déformations, ses poils, ses veines, ses ongles cours. Jai faim, je me lève, je descends, je mange, jai limpression que ça va mieux, jessaie de ne pas penser au téléphone, je sais que je vais chuter quand il ne répondra pas, cest mon ennemi, je passe devant, je lignore, jappellerai en rentrant du lac, dici là il faut que joublie que VN est peut-être mort. Ca sert à rien, ça changera rien, cest pas grave, si cest grave, vie de merde, rien ne va plus, la vie, la mort, ça recommence, il faut que je trouve un truc à faire, je vais sur internet, jécris des mails, je me lâche un peu, je dis que je ne vais pas bien tout en sachant que je pourrai pas expliquer pourquoi quand on me le demandera, ça me fait quand même du bien, ça me calme un peu, jai besoin détaler ma douleur, ça me fait exister. Maman rentre du boulot, je lui fais la bise, je mange pas, jai pas faim, elle ne me parle pas dhier soir, jai dû me coucher tout seul, jen sais rien, elle na pas lair davoir remarqué quelque-chose danormal, ça me rassure un peu. Jaurais bien voulu craquer à un autre moment, jai pas pu me lâcher, je sais que ça reviendra, que ce sera encore plus dur déviter la chute, jencaisse trop, il faut que ça jaillisse, que ça sorte, que ça explose mais pas que jencaisse, je peux plus encaisser. Maman retourne au travail. Michel appelle, il mattend, je raccroche. Je monte dans la chambre de mon frère, je mets Primal Scream à fond sur sa chaîne, je vais à la salle de bain, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je me brosse les dents, jutilise du fil dentaire, je saigne, je vais dans ma chambre, je mhabille, un short de bain, un T-shirt, je mets une serviette, une bouteille deau et « Hollywood » de Bukowski dans un sac, je retourne dans la chambre de Fabien, jéteins la musique, je redescends, je prends mes clés, le portable, je monte dans la voiture, je mets le Beta Band à fond sur le poste, je chante, jhurle, je monte à Langres, je vais chez Michel. Je descends de la voiture, je sonne, jattends, je lentends descendre les escaliers, il ouvre la porte, on se dit bonjour, on prend ma voiture, je conduis, je baisse le volume du poste, je laisse le Beta Band, on discute de rien, on parle dans le vide, on fait du vide, on arrive à la Liez, je me gare, on sinstalle, il y a moins de monde quhier, il fait pourtant plus chaud, on se baigne, on sennuie, lennui de lautre est palpable, on en rigole, il ny a personne à Langres en ce moment, cest encore les vacances, mais ça ne changera pas avec la rentrée, Jean-Yves est parti pour six mois à Toulouse, je passe dhabitude mes week-end avec Jean-Yves, lannée va être longue. Je pense à VN, je commence à avoir peur, on sort de leau, on se sèche, je lis un peu, laprès-midi passe, jen ai marre, on rentre, je revois Michel ce week-end, Marie sera là, on verra ce quon fera, je le dépose chez lui, je rentre, je pense au téléphone, la musique à fond, jai le téléphone en tête, je sais quil ne répondra pas, cest bientôt le week-end, il devrait répondre samedi ou dimanche, il répondra, il le faut. Jarrive, je rentre, je téléphone, je sais quil ne répondra pas, il ne répond pas ni dans sa campagne, ni à Langres, jessaie même plus de me rassurer, je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus comment vivre, papa rentre, maman rentre, la soirée passe, je suis absent, je sais pas où je suis, je nai rien à faire là, je suis fatigué, jarrive à dormir, je commence à mhabituer à la douleur, je suis blasé.
Je ne mets pas de musique pour me réveiller, je mange, je prends tous les journaux récents, je regarde à la rubrique nécrologie de chaque jour depuis une semaine et demie, les journaux précédents ont dû être jetés, je trouve rien, ça me rassure à moitié, je me demande si la famille de VN aurait mis un avis de décès sil était mort, je regarde la télé, je mets Mort à Venise pour passer le temps, maman rentre, jarrête le film, je ne mange pas, jai pas faim, je me suis levé trop tard mais je reste avec maman à la cuisine, elle me demande si je veux une salade dendive avec du gruyère, je veux bien, elle sort un tuperware du frigo, me sert, je prends du pain, je mange un peu, ça me fait du bien, on discute un peu, elle repart pour le travail, je finis le film, je mapproche du téléphone, je nai pas les mains moites, ni la gorge sèche, je ne stresse même plus, je veux entendre sa voix mais je sais que ça ne répondra pas, ça ne répond pas, jappelle chez lui à Langres, ça ne répond pas, jai envie dentendre sa voix, je tombe sur le répondeur, jentends sa voix, je laisse le répondeur, « Je suis absent, vous pouvez me laisser un message, merci », ça me fait du bien, plus rien ne maffecte, il est mort, plus rien ne peut arriver. Jessaie de faire autre chose, je ne fais rien, je nessaie même pas de me persuader quil nest pas mort, je suis trop fatigué, jen peux plus. La journée passe, je ne sais pas comment, cest long mais ça passe, ça défile, ma vie coule, défile, passe, je ne fais rien de ma vie. Rien. Vie de merde. Dennui. Cest la mort. Jattends. Papa rentre, maman rentre, Fabien appelle, on mange, je prends un bain en écoutant le requiem de Mozart, je sais que je ne devrais pas écouter ça mais je ne peux pas men empêcher. Je descends à la télé, il ny a rien dintéressant, jai pas envie de lire mais jai pas envie de perdre du temps à ne rien faire, jen ai marre de ne rien faire alors je lis Bukowski. Toujours rien à la télé, je regarde quand même ce qui passe, je zappe, papa et maman se couchent, jattends, je regarde un porno, je me masturbe, je me couche, jécoute la radio, jéteins la radio, je mendors sans penser à rien, jessaie de ne penser à rien. Journée vide.
Je me réveille en écoutant Spiritualized, je me lève, jouvre les volets, je me recouche, jattends, je mennuie, jécoute, jarrête le poste, je descends, maman est dans la cuisine, javais oublié que cétait le week-end, je dis bonjour, je me fais à manger, je mange, elle me demande ce que je vais faire aujourdhui, je lui dis que je vais voir Michel et Marie, que je ne sais pas ce quon va faire, je vais à la télé, jattends que Michel mappelle, jen ai marre dattendre, jen ai marre dattendre VN, jai la gorge nouée, ça me reprend, jai du mal à respirer, limpression que mes poumons nont pas assez de place, limpression que je saigne de lintérieur, que mon sang coule sur mes poumons, mes boyaux, mes organes, que mon sang est glacé, que je pars, que je meurs, lentement, en silence, je pourrais mourir là, on ne sen rendrait pas compte, on me retrouverait allongé sur le canapé, la bouche ouverte, un filet de sang partant de mes lèvres, continuant sur ma joue jusqu'à loreille, tombant à petites gouttes sur le carrelage en faisant un bruit léger. Je me relève, je respire doucement, je monte dans ma chambre, je peux pas craquer maintenant, je peux pas, jaimerais bien, il faut que je craque, jen peux plus, je me retiens, ça veut sortir, ça me défonce la cage thoracique, je pisse le sang, cest froid dans mon ventre, jai les mains glacées, je sais plus comment me retenir, jai tellement attendu ce moment, je lai tellement voulu, maintenant je dois me contenir, ranger mes espoirs deffondrement, mourir en silence, fermer ma gueule. Le téléphone sonne, jespère que cest pas Michel, je peux pas parler, je vais pas pouvoir retenir ce truc, jentends maman monter les escaliers, cest pour moi, je sais que cest pour moi, je sors de ma chambre, maman me tend le téléphone, elle me dit que cest Michel, je prends le téléphone, je lapproche de ma gueule, je dis bonjour, il me dit bonjour, maman reste devant moi, je lui tourne le dos, je retourne dans ma chambre, il me dit de venir chez Marie, on ira en ville boire un coup et faire je ne sais pas quoi, il nen sait pas plus que moi, je raccroche, je redescends le téléphone, maman est redescendue dans la cuisine, je lui dis que je vais aller en ville, je remonte me préparer, je fais même plus attention à mon ventre, jarrive à respirer presque normalement, je me dis que je suis complètement fou, je fais nimporte quoi, mon corps fait nimporte quoi, je ne contrôle plus rien. Je vais dans la chambre de mon frère, je mets Primal Scream à fond sur sa chaîne, je vais à la salle de bain, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je me brosse les dents, je saigne, jutilise du fil dentaire, je saigne, je vais dans ma chambre, je mhabille, un jean, un pull col en V, je retourne dans la chambre de Fabien, jéteins la musique, je redescends, je prends mes clés, le portable, je demande de largent à maman, elle me donne cent francs, je lui dis merci, je sors de la maison, je monte dans la voiture, je mets le Beta Band à fond sur le poste, je monte à Langres, je chante, jhurle, à me déchirer la gorge, à en saigner, à en crever, je déraille, jai la tête qui tourne, je men fous, je peux mourir, je men fous, si VN est mort plus rien ne me retient, je men fous, je pense à Fabien, à maman, à papa. Jarrive devant chez Michel, je me rends compte que je me suis planté, quil faut que jaille chez Marie. Je marrête quand même, je prends le portable, jappelle, je ne respire plus, jattends, je meurs, ça ne réponds pas, jappelle à Langres, même chose, le sang coule sur mes organes, je meurs, je redémarre, je vais chez Marie, je me gare dans la cour, je sors de la voiture, je regarde mon reflet sur la vitre, jai lair mort, je suis blanc, cest lété, le sang coule, je sonne à la porte, Marie ouvre, Cédric est à côté delle, Michel est à lintérieur, je fais la bise, je sers la main, ils me font entrer, je sers la main, on sassoit, je demande ce quon va faire, ils me disent quon va aller boire un coup, Cédric sort des blagues, il est pas drôle, il rit de ses blagues, il est pitoyable, je comprends pas ce que Marie fait avec ce connard, je comprends pas pourquoi je suis obligé de me le taper à chaque fois que je veux voir Marie, jaimerais bien lui parler, lui dire que je suis pédé, lui dire que je suis pas bien, que jai besoin quelle maide, que jen peux plus, que je fais nimporte quoi, que je saigne à lintérieur, que jaimais bien quand elle mécoutait avant, quand on se parlait, quand je lui parlais, quand je lui mentais, que maintenant jai envie de lui dire la vérité, je nai plus envie de mentir, plus à elle. On discute, je suis en retrait, ils discutent, jécoute pas vraiment, je saigne trop, je fais semblant découter, je men fous de ce quils disent, ça ne mintéresse pas, je suis en train de crever, ils peuvent même pas le voir, le sentir, pourtant ça coule, pourtant cest douloureux, ça devrait se voir, je dois tirer la gueule mais non, rien, cest comme si jétais pas là, jexiste pas pour eux, je suis déjà mort, ça coule, cest froid, ils décident daller boire un coup, je vois pas lintérêt, on se fait déjà assez chier ici, je vois pas ce que ça va nous apporter daller dans un bar, ça donne peut-être limpression dexister, de ne pas être fermer au monde, davoir une vie, dêtre sociable, gentil, je suis là en train de crever, ils veulent être sociables, je saigne, je métouffe dans mon sang, je me noie et ils veulent être sociables, je contrôle plus mes pensées, mes gestes. Jai la trouille dexploser devant tout le monde, peut-être que quelquun va voir que je saigne, que je pisse le sang, que je crève mais non personne ne voit ça, ça fait trop peur, cest dégueulasse les cadavres, on va me regarder comme si tout allait bien, je vais sourire, je vais dire bonjour aux gens que je connais, je vais demander comment ils vont, ils vont faire pareil, je vais leur dire que tout va bien, on va se dire au revoir, on va se sourire alors que je crève, le sang qui coule dans le bide, la mort en moi, le sourire aux lèvres, je meurs, on rigole, quest-ce quon samuse, la vie est belle, on est heureux et je crève, je tiens plus sur mes jambes, jai plus de jambes, je sais pas ce qui mempêche de tomber, de cracher mon sang, douvrir mon bide devant tout le monde, que tout le monde voit que je crève, que je suis mort à lintérieur, il ny a plus rien à lintérieur, je suis déjà bouffé par les vers, les vers se sont déjà bouffé entre eux, il ny a plus rien à bouffer. Ils me demandent où je veux aller, je réponds que je veux aller au Café de Foix, ils font semblant de sintéresser à moi, ils veulent aller au faux pub, on va au faux pub, ils font semblant de sintéresser à moi, je les suis, le sang coule, ils discutent je marche derrière eux, ils ne se retournent jamais pour me parler, je men fous, je peux pas parler, je titube plus que je ne marche, je sais plus marcher, je dois tirer une sale gueule mais ils ne remarquent rien, ils ne mont jamais regardé, ils me connaissent pas, je suis un étranger, je les intéresse pas, ils sen foutent, je suis juste une présence, je rempli un vide, je me vide de mon sang, ça coule à lintérieur, je crève mais je peux quand même remplir le vide, alors je les gène pas, je suis bien utile, un cadavre utile. Je prends un Perrier menthe, on boit, on semmerde plus que chez Marie, Cédric est toujours aussi drôle, je crève toujours autant, ça sarrête pas, ça veut pas sarrêter, ça coule de plus en plus, je contrôle de moins en moins, je contrôle plus rien, plus rien ne peut marriver, jai plus quà mourir, je men fous, jaurais juste voulu quon sen rende compte, que jétais mort avant de tomber, quils nont rien vu alors que cétait sous leurs yeux, ils nont pas voulu le voir, leur vie est assez méprisable comme ça, ça suffit les cadavres mais jaurais bien voulu quils le voient, que je suis mort, assis à côté deux, cest pas de lair qui entre en moi, cest du vide, rien, la mort appelle la mort, je continue de boire, je sais pas comment je peux rester là, à mourir comme si je le savais pas, je fais semblant de rire, même aux blagues de Cédric, je sors pas un mot, Marie me demande comment se passe la fin des vacances, on fait semblant de sintéresser à moi, une réponse monte dans ma gorge, jai pas le temps de répondre, Cédric sort une blague, ils rient, ils partent sur autre chose, jai pas répondu, on fait semblant de sintéresser à moi, jexiste pas, ils le savent mais ils ne faut pas que les autres sen rendent compte alors on fait semblant de sintéresser à moi, je fais pas semblant de mintéresser à eux, je pose pas de question, on pose pas de question quand on crève. Jécoute pas ce quils disent, je men fous de ce quils disent. Je menfonce, ça saigne, il me faut un truc pour men sortir, pour pouvoir me relever quand on devra partir, jessaie découter, je me raccroche aux mots de Marie, cest dabord des sons, des trucs qui ne veulent rien dire, je reconnais quelques trucs, des mots, des blancs, des mots, des respirations, ça commence à avoir un sens, je commence à comprendre ce quelle dit, elle parle de Laurent Ruquier, elle laime bien, elle dit quil est drôle, je me dis quil faut que je change damis, elle insiste, Michel dit aussi quil est drôle, jarrive à parler, les mots sortent, jai rien à dire mais je le dis, ça me sauve, je dis que je le trouve très con, Marie insiste, il est drôle, je dis que je le trouve très con, que jai le droit davoir un avis, que jai le droit de ne pas laimer, elle insiste, on fait semblant de sintéresser à moi, il est très drôle, Cédric dit que cest con que ce soit un pédé, il est mort de rire, ça monte, en moi, la haine, la vengeance, les hurlements, jai envie de prendre la bouteille de Perrier, de la casser sur sa gueule, de lui faire bouffer les bouts de verre, de légorger, jai envie de le saigner, de lui défoncer la gueule à coups de talons, de lui arracher les yeux, il continue de me regarder en rigolant, je veux lui bouffer la cervelle, lui arracher les ongles, lui péter tous les os, un par un, un pour maman, un pour papa, un pour mammy, un pour papy, je tombe, je saigne, cest son sang que je veux voir, jen peux plus, Marie ne rigole pas, Michel non plus, ça dure longtemps comme ça, lautre qui rigole, il a pas compris que ça nous faisait pas rire, Marie est gênée, cest froid dans mon ventre, jai envie dhurler, je sais même plus pourquoi jai envie dhurler, je sais plus ce qui me pousse, jai envie que ça saigne, je veux un cadavre, un de plus, avec moi, un mort, du sang, dégueulasse, de la merde, des odeurs de cadavres, lodeur de la pourriture, sur sa gueule, quil crève, je veux lui arracher le cuir chevelu avec mes ongles, doucement, que ça coule, ça gicle, quil hurle, du sang dans les cheveux, des cris, quil sarrache la gorge à hurler, quil en saigne, quil crève comme moi, quils voient que je crève, jai envie de marracher la peau, de mouvrir le ventre, de me crever les yeux, de mécorcher les gencives, quils voient que je meurs, que ça fait longtemps que je suis mort, je veux quils sachent quils pouvaient me sauver, quils auraient pu me sauver mais quils mont laissé pourrir, crever, meffondrer, quils mont laissé par terre, dans mon vomi et ma merde, sans rien, à attendre que ça vienne, que ça passe, que ce soit fini. Je suis parti, jentends plus rien, je les regarde, je regarde pour savoir sils madressent la parole, on fait semblant de sintéresser à moi, ils parlent encore, je peux plus me raccrocher aux paroles, jentends plus rien, du bruit, cest fini les mots, ça nexiste plus, rien, vide. Je comprends quils veulent partir, ils se lèvent, je me lève, jai plus de jambes, je tiens pas debout, je tourne, ils ne voient rien, on sort, ça saigne encore, toujours, je me vide, je les suis, on descend jusquaux voitures, je pars sans dire au revoir, sans rien, je monte dans la voiture, je démarre, javance un peu, je sais pas comment, je marrête un peu plus loin, je peux pas conduire, jai plus de jambes, plus rien, les mains vides, jattends, jattends, ça saigne encore, jai peur, cest long de mourir, ça passe pas, je peux pas rentrer comme ça, je peux pas, je me crève, il faut pas que je conduise, la mort, je suis déjà mort, la peur, la honte, la douleur, ça coule, je sais pas comment men sortir, vie de merde, mort de merde, attente, merde, rien, vide, ça part, le paysage, lherbe, les maisons, les couleurs, ça tourne, se mélange, devient blanc, lensemble, tout blanc, plus rien, vide, vide, rien.
Jouvre un il, le crâne contre la vitre, cest froid, je me demande ce que je fous dans la voiture. Je me rappelle. Ça revient. Je comprends pas ce qui marrive, ce qui mait arrivé. Jai dû mévanouir, je sais pas, je deviens fou, je contrôle rien. Jai limpression que cest passé, cest fini, je sens plus le froid dans le ventre, ça ne saigne plus, ça na jamais saigné, je ne contrôle plus rien, je ne contrôle plus mes sens, mes pensées. Ça me fait peur. Je respire normalement, je récupère, je me demande combien de temps je suis resté là, pas longtemps jimagine, on maurait remarqué. Je démarre, je rentre à la maison, je fais comme si tout allait bien, jembrasse maman, elle me demande comment va Marie, je lui dis que tout va bien, je monte à la salle de bains, je regarde mon reflet, jai les yeux rouges, je suis encore blanc, je fais couler un bain. Il faut que je craque, je peux plus me retenir, je peux plus encaisser, cest plus possible.
Je me réveille, mal au crâne, la tête qui tourne, jai trop dormi, je ne me dépense pas assez, jencaisse tout. Tout est vide dans ma tête, juste la douleur, omniprésente, que ça, rien dautre, le vide. Je me lève, ça samplifie, la douleur, les battements, les tempes gonflées, à bloc, ça tape, je massois sur le bord du lit, ça tape, ça explose presque, ça monte, plus fort, ça monte, les artères, les veines, les vaisseaux, gonflés, prêts à craquer, rupture danévrisme, puis ça redescend, doucement, vide. Je me relève, je descends les escaliers, je dis bonjour à maman, elle est dans la cuisine, elle repasse du linge, elle me demande si jai bien dormi, je lui dis que ça va, que jai mal au crâne, elle me dit que cest souvent en ce moment, je mets deux aspirines dans un verre, je verse de leau, je fais chauffer du lait, jattends un peu, je verse le lait dans le bol, je bois le verre daspirine, je mange, jai des renvois, le goût dégueulasse dans ma bouche, amer, ça mécure, je finis mon bol, je le mets dans lévier, je nettoie la table, jembrasse maman, je vais devant lordinateur, je regarde si jai des mails, rien, vide, jéteins lordinateur, je me couche sur le canapé, jallume la télé, rien dans la tête, javale des images et du son, du mouvement, pour tout vomir ensuite, ne rien digérer, le vide, traversé par le vide, jessaie de ne pas penser à hier, je veux oublier, jessaie de ne pas penser à VN, je veux pas loublier mais cest pas le moment, jen peux plus, je ne fais aucun projet pour la journée, je vais végéter, rien faire, attendre, le vide, attendre je sais pas quoi. Jattends. Il est treize heures trente, maman va dans le jardin, je veux pas penser à VN, mais je peux pas mempêcher dappeler, ça me sauverait sil répondait, jattends que ça quil réponde, je sais quil ne répondra pas, je le sais mais il ny a que ça qui puisse me sauver, autant essayer, jappelle, rien, jappelle à Langres, rien, jai besoin de lui, je pense à lui, maman revient, elle me demande si je veux venir avec elle voir mémère, jai rien à faire, pas de solution, jaccepte.
Cest maman qui conduit, je mets une cassette dans le poste, pas trop fort. Maman essaie de me parler, je réponds, jy arrive, jouvre la vitre, le vent dans la tronche, je respire, je sens plus rien, on parle de Fabien, de mémère, de tout, de rien surtout. On arrive chez mémère, elle est dehors, elle tire une sale gueule, comme dhabitude. Je lembrasse, elle me dit « Bonjour Félix », elle ma toujours appelé Félix, jai jamais su pourquoi, je lui demanderai une autre fois, jentre chez elle, il fait chaud, maman et elle entrent, mémère me demande si je veux quelque chose à boire, je prends un jus de raisin, je bois, je mennuie, je me suis toujours ennuyé chez mémère, elles discutent, jécoute vaguement. Je sors, je vais sur le banc à côté de la maison, je regarde le paysage, les arbres, les fleurs, il ny a plus de coquelicot, les oiseaux, les voitures sur lautoroute, jécoute les bruits, le vent, les oiseaux, les voitures sur lautoroute, je suis vide, rien, ou pas grand chose, plus de sensation, plus despoir, plus dattente, lattente, la mort, lennui, cest pas une vie. Je me lève, je marche jusquau jardin derrière la maison, je marche, je pense pas, vide. Je reviens, je rentre, elles ne discutent plus, plus de sons, plus de bruits, les voitures seulement, sur la route, à côté, rien, des gens qui voyagent, qui meurent, qui sen vont, qui rentrent. Je massoie sur une chaise, on attend, maman me regarde, elle me dit quon va y aller, on se lève, jembrasse mémère, elle me dit « Au revoir Félix », on sort, je monte dans la voiture, on rentre.
Je fais rien chez nous, juste passer le temps sans faire monter la sauce, sans que ça revienne, ne pas mourir à nouveau, éviter ça, pas maintenant, demain peut-être, demain je suis seul, cest lundi, demain peut-être.
Je me réveille, je sais pas quoi mettre sur mon poste, un truc joyeux, je sais pas quoi, je sais que les trucs joyeux ça ne marche pas, ça ne me rend pas joyeux, au contraire, ça me gonfle, mais je veux essayer, je veux essayer le bonheur, pour voir, comme ça, même si ça risque de menfoncer. Je mets rien. Je descends à la cuisine, je mange, jai pas très faim mais je me force, je pense pas, jévite, pas de ça, fini, jen veux plus, de ça, de la douleur, des vertiges, fini. Je regarde si jai des mails, pas de mails, je me mets devant la télé, jexiste pas, je suis juste un corps, mais rien dedans, du vide, je pense pas, je regarde, je pense pas, ça passe, les images, les sons, toujours pareil, la même journée, lenfer, vie de merde, ennui, rien, attente et absence, rien dautre, ça marrache le ventre, labsence, vie de vides, rien dautre. Maman rentre du travail, je lui dis bonjour, je reste avec elle, je la regarde manger, je discute un peu avec elle, elle va pas très bien, mémère est pas très bien, je lavais vu mais je lavais pas compris, sa sale gueule, en décomposition, elle fait une dépression, le médecin la dit, elle est au fond du gouffre, personne ne vient la voir, à part maman, ils sont pourtant cinq enfants, ça la tue mémère de voir personne, dattendre, personne pour soccuper delle, à part maman, elle en a marre maman de soccuper de mémère, dêtre la seule à voir sa sale gueule, en décomposition, dêtre la seule à entendre ses râles, ses plaintes, dêtre la seule à en prendre plein la gueule, à la fermer, à aider, à en crever, à se bouffer le moral, à recevoir des coups de téléphone pendant la nuit, du médecin. Elle en peut plus maman. Elle se met à pleurer, je sais pas quoi faire, je la prends dans mes bras, je sais pas quoi faire, jaime pas ça, la douleur des autres, ça relance la mienne, jessaie de la consoler, ça monte en moi, cest pas le bon moment, je peux pas craquer devant elle, elle en a déjà assez, avec mémère, elle en peut plus, elle peut plus supporter les autres, leur douleur, je ferme ma gueule, jencaisse, je sais pas comment, élan surhumain, ultime réserve, la prochaine fois cest la bonne, leffondrement total, la fin, le saut dans le vide, linconnu, mais là je résiste, avec maman dans les bras. On reste longtemps comme ça, cest calme, pas de bruits, de sons, rien, le temps qui passe, les larmes qui coulent, qui tombent sur mon maillot, jécoute maman respirer, par saccades, suffoquer, elle se calme, elle me dit que ça va aller, elle se remet à manger, avec les yeux rouges, le regard vide, elle me répète que ça va aller, je sais que ça va pas aller, pas comme ça, elle pourra pas supporter ça longtemps, pas comme ça, je pense à ses trois frères, à sa sur, qui la laissent dans la merde, comme ça, ça ménerve, des ordures, ils ne se rendent pas compte, ils tuent ma mère.
Maman repart, elle retourne au travail. Ca ma foutu un coup, ça ma rappelé sa dépression à elle, à maman, quand pépère est mort, ça a duré longtemps, la voir souffrir, se bouffer les boyaux, les pommettes creuses, la chair absente, que la peau, plus de muscle, que la mort, les os, lattente devant maman, attendre quelle arrête de pleurer, de souffrir, jai pas envie de revivre ça. Je me mets devant la télé, jarrive pas à me changer les idées, que la mort autour de moi, je pense à VN, il faut quil réponde, jen peux plus, je tiens plus, ça va exploser, jose pas appeler, jose pas, jen peux plus du vide, de son absence, jen peux plus, je veux juste lentendre, juste savoir quil nest pas mort, quil pense à moi, même pas, quil vit, le sang dans ses veines, dans son corps, que ses poumons se gonflent, aspirent lair, lespoir, jose pas appeler. Cest maintenant, ça se joue maintenant, je commence à le comprendre, je le sens, en moi, ça menvahit, si jappelle je craque, je le sais, je craque, ça me fait peur, maintenant que cest là, que ça va venir, ça va éclater, couler partout, ça me fait peur, ça fait pourtant longtemps que jattends, mais jai peur, je sais pas où ça va me mener, si je vais pouvoir me contrôler, si ça va durer longtemps, jen sais rien, ça me fait peur. Je sens chaque battement de cur, les tempes qui claquent, les jugulaires qui bondissent, à marracher le cou, à me décapiter, je sens que je vais rien contrôler, je ne contrôle déjà plus rien, je suis déjà à moitié parti, je le sens, autant y aller à fond, se lancer, séclater la gueule, pourrir, moisir, je prends le téléphone, ça monte dans ma tête, les paupières qui se convulsent, les mains tremblantes, cest là, juste là, en moi, ça va péter, ça pète, je repose le téléphone, je peux pas appeler, je peux pas, ça me fait trop peur, pas maintenant, si, maintenant cest le seul moment, je ne serai jamais plus seul que maintenant, mais jai peur, cest trop violent, je vais mal finir. Je monte dans ma chambre, je mets la quatrième symphonie de Beethoven sur mon poste, je me couche sur le lit, sur le dos, les yeux au plafond, le plafond blanc, vide, la musique monte, doucement, ça vient, ça pète moins dans ma tête, ça redescend, mais cest toujours là, je sens quun rien peut tout faire revenir, vite, ça me fait peur, je reste un moment couché, je me calme, ça descend encore avec la musique qui monte, je comprends que je peux me calmer si je my prends bien, que je peux rester calme dans langoisse, pas longtemps, mais suffisamment pour appeler VN, pour me rendre compte quil est pas là, pour prendre son absence dans la gueule, sans craquer, il y a des moments de répit, où je suis autre part, indifférent, tout peut arriver, ça ne me fait rien, ça durera pas longtemps, ces moments de répit vont pourrir, comme le reste, pour laisser place à la merde, un dernier bout de peau vierge, qui va se transformer aussi en abcès, près à éclater, là jaurai plus rien, plus de recours, je men fous, jy pense pas. Je descends, toujours calme, je prends le téléphone, je pense même pas à VN, il est plus là, dans ma tête, la tête vide, il le faut, pour pas craquer, jappelle VN comme si je me brossais les dents, sans y penser, machinalement, ça sonne dans mes oreilles, ça sonne, puis plus de sonneries, un claquement, quelquun décroche, je mattends à entendre quelquun de sa famille, je sais pas, je doute, je sais plus, il répond. Jentends sa voix. Je suis surpris, jémerge. Pas un mot en bouche, je sais même pas quoi dire, il est là, juste là, et jai rien, ça vient pas, vide, il demande qui est à lappareil, je sais même pas ce que je ressens, de la joie, de la haine, de la douleur, tout se mélange, cest la même chose, jarrive à lui dire que cest moi, il a lair content de mentendre, je lui demande comment il va, il me demande comment je vais, je lui dis que tout va bien, tout va bien maintenant, il est là, juste là, je lui dis pas ça, que tout va bien parce quil est là, il comprendrait pas, je ne suis pas pour lui ce quil est pour moi, ça revient, ça recommence, la parole, les mots, les sens, on discute, je parle de mes vacances, je lécoute surtout, sa voix, qui entre en moi, douce. Il me dit quil va rester encore un peu dans sa campagne, mais quil reviendra bientôt à Langres, quon se reverra à ce moment là, je lui dis que je lappellerai la semaine prochaine que jétais content de lavoir au téléphone, on se dit au revoir, il raccroche, je raccroche. Pendant une seconde il ne se passe rien, cest le vide, le silence, le calme, je sens un truc monter, en moi, dans la gorge, ça monte, ça devient énorme, je meffondre, ça sort, tout sort, tout, ça coule de partout, la joie et la douleur, dans le ventre, en même temps, ça explose, jhurle, je ris, jexulte, des spasmes, des saccades, de la bave, des larmes, tout, je suis par terre, la tête contre les genoux, les mains sur la nuque, je sais pas combien de temps ça dure, longtemps, je ne men rends pas compte, ça na pas dimportance, papa pourrait rentrer, me voir comme ça, ne pas comprendre, je men fous, ça na pas dimportance, je profite, jexpulse, à fond, tout ce que javais, ça part, comme un fluide, je le sens presque sortir de moi, cest palpable, incontrôlable, je me vide de ça, de tout, jentends plus rien, je voix plus rien, je sens plus rien, tout coule, sévapore, disparaît, je me décharge, de tout, du temps, de lespace, plus aucune notion, que ça qui sort, que le départ, le changement en moi, jen ai des crampes dans le ventre, à trop me convulser, les secousses me font mal aux coudes, par terre, le carrelage qui frotte. Jai plus rien, je suis vide, plus de fluide, plus de saccade, de secousse, de hurlement, plus de bruit, que le vide, je sais pas combien de temps ça dure, longtemps, je ne men rends pas compte, entouré par le vide, rien nexiste, que VN, plus rien dautre na dimportance. Je me relève. Je monte, je vais à la salle de bains, je regarde mon reflet, les yeux rouges, les paupières gonflées, je ris, je me marre, la sale gueule décomposée, je pense à VN.
La journée passe, je suis fatigué, épuisé, le bonheur ça rend con, je suis bouche bée, je ne fais rien, pas plus quhier, mais je suis bien, sur le canapé, devant la télé, les bras ballants, jécoute la huitième symphonie de Beethoven, les yeux douloureux. Maman rentre, elle ne remarque rien, tant mieux, papa aussi, elle va mieux, tout va bien, moi ça va, tout va bien, je dors.
Jean-Yves est rentré de Toulouse hier soir, il a une semaine de vacances à passer à Langres, il me dit ça au téléphone, je le savais, je suis content, je lui dis que je viendrai le voir cet après-midi. Maman rentre, je mange avec elle, jai pas faim mais je me force, je veux lui faire plaisir, je suis amour, on discute, elle me dit que ça va mieux, elle encaisse, cest pas bon, jaime pas ça, je ne lui dis pas, je devrais. Elle repart. Je monte me préparer, je change de disque, je mets la symphonie fantastique de Berlioz à fond sur la chaîne de Fabien, je vais à la salle de bains, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je me brosse les dents, jutilise du fil dentaire, je regarde mon reflet, je me regarde, je pense à VN, je souris, ça me prend dans tout le corps, je suis bien, je vais dans ma chambre, je mhabille, jean, pull col en V, jéteins la chaîne de Fabien, je redescends, je prends les clés, mon portefeuille, je monte dans la voiture, je pars, même chose, toujours, rien na changé, tout a changé.
Je me gare, je sors de la voiture, je mapproche de la maison, je sonne. Jentends courir, Jean-Yves ouvre, je suis content de le voir, il me fait entrer. On va dans sa chambre, on discute, on rigole, il me raconte Toulouse, il me fait rire. Jaime quon me fasse rire. On sort de chez lui pour aller boire un coup, on va au Café de Foix, on se dit rien de spécial, comme dhabitude, mais cest bien, comme ça, ça changera pas, on nest pas obligé de parler, je me sens bien avec lui, il me fait rire, lui seul est capable de me faire rire quand jen ai pas envie, jai envie de rire. Laprès-midi passe, doucement, je pense à VN, je vais bientôt le revoir. On se dit au revoir, on se revoit demain. Je rentre. Je mallonge. Je pense à VN, je réfléchis, je repense à tout ce qui vient de marriver, ma manière excessive de réagir, de ne pas pouvoir contrôler mon corps, mes pensées, je me dis que je suis fou, que je suis taré, que je ne me connais pas.
Il faut que je le dise à VN, que je laime, que cest comme ça depuis longtemps, que je souffre, il faut que je lui dise tout, que je déballe, que jétale, que je lui montre ce que ça me fait, quil est important pour moi, quil est tout pour moi, que je dépends de lui, de son être, de ses gestes, que jexiste pas sans lui. Ca va lui faire peur, ça me fait peur, je sais pas comment il réagira, je men fous, je men fous pas, mais il faut que je lui dise, si je ne le fais pas, je vais le regretter toute ma vie, vivre dans le regret, lincertitude, la certitude de lacte manqué, il faut tenter, je sais quil ne maime pas autant que je laime, je ne suis pas pour lui ce quil est pour moi, mais il le faut, il faut que je crève labcès, cest trop lourd à supporter, à cacher, il a peut-être déjà tout compris, jen sais rien, je veux quil sache, quil ne me regarde plus comme un fils, quil voit que je souffre, quil maide, quil me sauve encore. Je pense au texte que jai écris lannée dernière, ça parlait de lui, de moi, de tout, de rien ,du vide qui menvahit, je me dis que je pourrais le reprendre, il comprendrait, il suffit juste que je change quelques trucs, que jarrange, que je rafistole, que ce ne soit pas trop explicite tout en étant révélateur de ce que je ressens pour lui.
Je monte dans ma chambre, je retourne mes affaires, je sais où jai mis le texte, il est caché, il ne faut pas quon le lise, trop important, dangereux. Je le retrouve, je le lis, je vois quelques trucs à changer, il ne faut pas que ce soit trop explicite, il faut que jétale, mais discrètement, quil devine, il ne faut pas quil se prenne tout dans la gueule, ça lui ferait peur, ça me fait peur, je risque gros, je risque VN, je risque tout, jhésite, il ne faut pas que jhésite, cest décidé, je le fais, jallume lordinateur, jouvre un fichier, je commence à taper le manuscrit, sans faire de changements, pas maintenant, je les ferai plus tard, jécris, je copie, les mots défilent, des passages me plaisent, je pense à VN, je risque gros, je continue. Jentends maman rentrer, jarrête, jenregistre tout sur une disquette, jéteins lordinateur, je redescends, jembrasse maman, je vais devant la télé. Jai la peur au ventre, je me demande si jai raison, cest trop tard, cest décidé, pas de retour en arrière, cest fait, cest quune question de temps, comme dhabitude, pas de regrets, je ne veux pas de regrets, je peux le faire, il faut que je le fasse, il comprendra, sil ne comprend pas, tant pis, je sais pas ce qui arrivera, tant pis, il faut que je le fasse, je le fais, cest le moment ou jamais, cest le moment, cest pas trop tard, cest maintenant, ma vie, maintenant, en ce moment, tout, je joue tout, je risque VN, je risque tout, jai quelquun à perdre.
Fabien est rentré, Jean-Yves est reparti, demain je retourne à Nancy, ça va recommencer, les cours, lennui, lattente, cest pas grave, je vais continuer de recopier le texte, je pense à ça, le temps que jaurai pour recopier le texte, je ne pense plus à leffet que ça fera sur VN, jessaie de ne pas y penser. Je prépare mes affaires avec maman, jessaie de passer du temps avec Fabien, il va bientôt à Londres pour sa thèse, trois ans là-bas, ça langoisse, moi aussi. Je démonte lordinateur, je le descends au garage, je cache le manuscrit dans mon sac, tout est prêt. Fabien à lair triste. Cest la fin. Le début dautre chose, une année de merde, encore une, bientôt la fin de ces années de merde. Je pense à VN, jai envie de le voir, envie dentendre sa voix, ça fait longtemps, je commence à en avoir marre, je croyais que ça passerait un peu avec les vacances, ne pas le voir pendant deux mois, mais cest pire, ça sest accentué, je sais pas pourquoi, il faut quil le sache, le temps presse, je veux pas de regrets, la peur quil meure, la peur de ne pas savoir.
Je regarde la télé avec Fabien, maman à lair triste aussi, cest la fin, tout le monde à lair triste, ça ménerve, cest la fin de tout, ils me le font sentir, cest pas de ma faute, mais ça retombe sur moi, cest mon départ qui fait ça, ça me rend triste, je pense à VN, je regarde la télé, je pense à VN, je vais bientôt plus voir Fabien, je pense à VN.
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Je prends mon portefeuille, maman me passe cent francs, je mets le sac dans le coffre de la voiture, papa maide à mettre lordinateur dans le coffre, Fabien cherche une cassette pour le voyage, maman prend le volant, on part.
On ne dit rien, la route défile, le paysage défile, jaime pas voyager, jaime pas méloigner de VN, je sais que je vais pas le voir pendant une semaine, pendant les vacances je le voyais pas mais il y avait toujours un espoir quil revienne à Langres, quil mappelle, quil me dise de venir, mais là non, je vais à Nancy, lui reste dans sa campagne, je lappellerai mardi, il faut que je finisse de recopier avant de le revoir, la prochaine fois cest la bonne, le saut dans le vide.
On écoute le dernier Divine Comedy, pas de bruit à part celui de la route et de lautoradio, on semmerde, je vais plus voir Fabien avant longtemps et on ne dit rien, le vide, rien, on croirait des adieux, jaime pas ça, je me sens pas bien, jaime pas voyager. Cest long, maman tente de lancer une conversation, on ne continue pas, elle essaie autre chose, je me dévoue, je continue, je lance Fabien, il parle un peu, ça sessouffle vite, ça meurt, maman sarrache, elle veut pas que ça sarrête mais cest trop tard, cest fini, plus de bruits à part celui de la route et de lautoradio, on écoute ça, le vide, un panneau annonce Nancy dans soixante kilomètres, cest long.
On sort de lautoroute, maman me demande de la guider pour aller chez moi, je lui dis quen voiture je sais pas comment y aller, je vais essayer de trouver. Je me trompe, on tourne en rond, je trouve, on se gare, on monte mes affaires, jouvre la porte de lappartement, ça pue, ça a toujours pué, le renfermé, le vieux, le moisi, le vide. On déballe tout, on se dit au revoir, je serre Fabien dans mes bras, je sens quil va pleurer, jessaie de le faire rire, je le fais rire, maman aussi, ils partent, je suis seul, je range, je déballe, je trie, jinstalle lordinateur. Je me mets devant la fenêtre, je regarde la rue, les gens qui passent, lécole maternelle vide en face, cest la mort. Demain cest la rentrée, je sais pas ce que je fais dans cette école dingénieur, jy apprends rien, je ny fais rien, je mennuie, la mort, comme dhabitude, mais là mes parents payent pour ça, je suis content de retrouver tout le monde, mais ça me fait chier, lennui, lattente, je pense à VN, jallume lordinateur. Je reprends où jen étais, je fini de recopier, jimprime le tout, je lis, je corrige quelques passages au stylo, les fautes, jenlève des mots, je rajoute des phrases, jenlève des passages, jarrange tout, je reprends le texte sur lordinateur, je corrige, jimprime, je relis, je sais pas si ça me plait, cest trop frais, je verrai demain. Maman appelle, elle me dit quils sont bien rentrés, elle me passe Fabien, on parle peu, on se dit au revoir, je dis au revoir à maman, on raccroche. Je regarde dehors, je regarde mon réveil, il est dix-neuf heures, je me fais à manger, jai pas faim, je me force, des pâtes, crues, cest dégueulasse, je regarde la télé en mangeant, ça passe, ça coule, je lis un peu, je me couche.
Le réveil sonne, je me lève, je fais chauffer de leau, je pisse, je me lave les mains, je mets du café dans une tasse, il faut que je machète du café en grain, jirai cet après-midi, je verse leau chaude, je mange, rien, fatigué, je mets tout dans lévier, je me prépare, je mhabille, je me coiffe, je sors, je vais à lagence de bus, jachète une carte, je vais à la gare, je sais pas si les arrêts ont changé, je prends le bus, jusquà Vandoeuvre, je descends, jentre dans lécole, lodeur, la même. Je revois tout le monde. On prévoit une soirée chez moi avec tous ceux qui habitent en ville, le soir même. Ça passe, le temps, je pense à VN, ce texte mobsède, jai envie de rentrer pour le relire, la journée passe, je rentre, je monte chez moi, je pose mes affaires, je me mets sur le lit, je lis.
Ça me convient, cest clair sans être trop violent, jai peur de le choquer, quil ait peur, il faut quil devine, il ne faut pas quil se prenne tout dans la gueule, ça lui ferait peur, ça me fait peur, je risque gros, je risque VN, je risque tout.
Je sais que je ne risque rien, il est trop gentil pour ça, il ne peut pas me faire de mal, il ne veut surtout pas ça, il maime comme son fils, je crois, jespère, je maccroche à ça, obligé de me raccrocher à quelque chose, pas de retour en arrière, cest trop tard, cest comme si cétait fait, il me jettera pas, il ne peut pas, je continuerai daller le voir, il sera conscient de ce que je ressens pour lui, conscient quil est important, il le sait mais pas à quel point, il ne pourra pas me jeter, jespère, je le sais, il est trop gentil pour me faire du mal, il ne veut surtout pas ça, cest pas possible, il va avoir peur, mais il va prendre sur lui, il est trop gentil, il maime comme son fils, je crois, jespère.
On est huit à manger du riz et des quenelles, javais rien dautre à cuisiner, on rigole, contents de se revoir, on boit, beaucoup, trop, on senivre, ça me monte à la tête, je pense à VN, je sais plus trop ce qui marrive, ma vie, tout part dans tous les sens, je suis à un moment important de ma vie, tout se joue maintenant, rien ne se joue, je sais que je provoque quelque chose, un truc immoral, inacceptable, jétale tout, VN va tout savoir, jai besoin quil sache, je fais chauffer de leau, je prépare du café, il faut que jachète du café en grain, jirai demain, je suis là avec des gens qui sen foutent, peut-être pas, mais qui ne savent rien, qui croient me connaître, finalement on ne connaît personne, même pas soi-même, tout se base sur des rapports faussés, on veut se montrer, on montre quelquun dautre, trop peur détaler sa vérité, dêtre à nu, on étale autre chose, on étale lennui, labsence, on sabsente alors quon devrait se montrer, on montre quelquun dautre, leau bout, je sers ceux qui en veulent, je pense à VN, même lui je ne le connais pas, je crois le connaître, je me fais une image de lui, je me fais un idéal, mais plus je le connais plus je comprends que limage que je me fais de lui nest pas une image, cest lui, il est tout ce que je veux être, il est tout ce que jaime chez quelquun, il est limage que je me fais de lui, il est ce que jattends, il est tout, je me trompe pas sur lui, je sais. On boit tous, on continue, après le café, avec le reste de vin, on senivre, trop, on décide de sortir, daller boire un coup, encore, on sort de chez moi, on fait un bordel pas possible, on descend les escaliers, on sort, on va au Clou, on entre, je pense à VN, je sais que je lappelle demain, je sais pas quand je vais le voir mais il y a un espoir que je le vois ce week-end, et puis entendre sa voix, en moi, sa voix, on sinstalle sur des fauteuils, la serveuse prend la commande, on attend, on rigole, on fait nimporte quoi, je pense à VN, tout se mélange, je sais plus trop où je suis, je sais plus trop où jen suis, trop enivré, trop dalcool, en moi, trop de choses qui se mélangent, trop, ça a envie de sortir, jai envie que ça sorte, trop de choses, des mots, des phrases, des peurs, des attentes, pas dattente, des peurs, des craintes, il faut que ça sorte, quil le sache, quil sache tout, tout, quil me sauve, comme il la déjà fait, quil me sauve, encore, encore une fois, la dernière, la plus importante, quil me sauve comme il ma toujours sauvé, sans le savoir, inconsciemment.
Tout le monde est fatigué mais content, bonne soirée, on se dit au revoir, à demain, on se revoit à lécole, il est tard, je rentre, je monte les escaliers, jévite de faire du bruit, je tourne la clé, jentre, je ferme la porte à clé, je me déshabille, je me brosse les dents, je regarde mon image dans le miroir, je suis tout blanc, maladif, les yeux rougis par lalcool et la fumée de cigarette, dilatés, le marron perdu dans le noir, fatigué, les cernes, les paupières mortes, cest moi, ma sale gueule, quand jai plus la force de tirer ces traits, quand jai plus la force davoir lair moins fatigué, quand jai plus la force de me cacher derrière un sourire, la sale gueule, vide. Je prends un seau, je le mets à côté du lit, je mets le radio-réveil à sept heures dix, il est quatre heures, je mallonge, je regarde le plafond, je pense à VN, plus de bruit à part le sifflement de mes oreilles, je mendors.
Le réveil sonne, la radio en marche, les infos, je men fous, jécoute pas, je regarde lheure, je comprends que jai pas besoin daller en cours, jai pas cours, jéteins le réveil, je me rendors.
Jouvre un il, il est dix heures, les cris des enfants en face, les yeux enfoncés, je me lève doucement, jai pas vraiment mal au crâne, je vois tout le bordel dans la cuisine, la bouffe partout, le vin, les verres, les restes, tout sentasse, cest la merde, je vais aux toilettes, je pisse, je me lave les mains, je fais chauffer de leau, je déplace toute la merde de la table, je me fais de la place pour manger, entre les morceaux de quenelle, les grains de riz, je mets du café dans une tasse, il faut que je machète du café en grain, jirai cet après-midi, je verse leau chaude, je mange, rien, pas faim, je mets tout dans lévier, je me mouille les cheveux, je me coiffe, je prépare mon sac, je mets rien dedans, rien à faire, journée de merde, on accueille les première année, on fait un rally dans Nancy pour quils découvrent la ville, juste loccasion de revoir encore une fois tout le monde, je mhabille, je sors de chez moi, je prends le bus vers la gare, je descends à Vandoeuvre, jentre dans lécole, toujours la même odeur, je pense à VN, je vais en salle info, les ordinateurs vides, je minstalle, je regarde mes mails, je trie, jefface, jenvois, je vais sur le forum, je fais rien, jattends de voir quelquun que je connais, toujours personne, seul en salle info, personne dans lécole, je suis venu trop tôt, tout le monde dort, jattends, je pense à VN, content de lappeler ce soir, content du texte, content de tout, jattends juste de le voir, son visage, ses mains, entendre sa voix. Des gens arrivent, ça y est, une grande vague détudiants, tous fatigués, les yeux bouffés, la gueule bouffie, tous fiers de leur soirée de merde, ils ont plein de choses à raconter, leur nuit divresse, leurs débordements, ils sont fiers, remplis danecdotes bilieuses, prêts à cracher leur glaires, à remplir le vide par le vide, avec leurs histoires de riens. Jaime pas cette école. Je pense à VN.
Je mange au Cercle, on descend à Nancy pour le rally, jaccompagne, je mennuie, cest nul, vide, laprès-midi passe, je pense à VN, au coup de téléphone, je rentre chez moi, on se revoit tous ce soir, on va chez quelquun dautre, faire la même chose, pour mieux accumuler, pour mieux cracher nos glaires. Je ferme la porte à clé, je pose mon sac, je mallonge sur le lit, je regarde le réveil, dix-huit heures, jappelle maman, on ne se dit rien, rien de plus quhier, elle me demande ce que je mange ce soir, je lui dis que je mange chez quelquun dautre, rien dautre, on se dit au revoir, jappelle VN chez lui, dans sa campagne, les mains moites, je veux savoir, je veux quil sache, jespère quil est là, quil va décrocher, il décroche, je lui dis bonjour, je lui dis que cest moi, il me dit « Bonjour Laurent », il a lair content de mentendre, je crois, jespère, sa voix, je parle peu, comme dhabitude, je raconte juste ma rentrée, je lui demande si ça va pour lui, sil nangoisse pas trop, sa première non-rentrée, sa première absence, il me dit quil fait aller, je sens que ça va pas très bien, on ne dit plus rien, vide, jentends mon cur, les jugulaires gonflées, je lui demande sil est là ce week-end, il me dit que oui, quil doit rentrer vendredi soir, quil ne repartira que le samedi après-midi, je lui demande si je peux venir le voir, je sais quil dira oui, comme toujours, il me dit que oui, je lui demande si treize heures trente ça lui va, ça lui va, on se dit au revoir, sa voix, là, en moi, on raccroche, les jugulaires gonflées, je reprends le texte, je le relis, les yeux brûlants.
Je prends une douche, shampoing dans mes cheveux, gel sur mon corps, eau, partout, je messuies, je me coiffe, je me nettoie les oreilles, je me brosse les dents, je mhabille, il est vingt heures, je descends les escaliers, je sors, je prends la rue St Dizier jusquà la place des Vosges, jarrive devant la porte, je sonne, jattends, on mouvre, je pousse la porte, jentre, je monte les escaliers, troisième étage, on mouvre, jentre, tout le monde est déjà là, on mange, des spaghettis à la carbonara, on boit, trop, je menivre, ça me monte à la tête, on mange, on rigole, on boit, on soublie, on a tous quelque chose à oublier, je pense à VN, pas envie doublier, je le vois samedi, pas envie doublier, je pense quà ça, à VN, à ce quil va lire, à comment il va réagir, je bois, tout est trouble, tout est trop clair pour ne pas maveugler, je me jette dans le vide, linconnu, cest nécessaire, trop lourd à porter, peur des regrets, je ne veux pas de regrets, je veux savoir, je veux quil sache, savoir comment il va réagir, ce quil va me dire, je sais quil ne me jettera pas, pas possible, je suis comme un fils, je crois, jespère, je bois, plus deffet sur moi, je ne sens plus rien, joublie tout, pas envie doublier, trop tard, déjà oublié, la soirée continue, je sais pas comment, je me retrouve chez moi, je sais pas comment, je me brosse les dents, la même gueule quhier, sale gueule, mélange de rouge, de blanc, de jaune, teint maladif, cernes, marron perdu dans l