Une tornade dans ma vie
de Marc
Deux solutions soffraient à moi, écrire ou sombrer dans les abysses de la dépression.
Manquant de courage mais pas daudace, je choisis la première.
Colchester, Angleterre, 13 mars 1947, naissance de la tornade : Bienvenu dans le monde des vivants, Dave ! Un monde de souffrances et de dures réalités
Je veux parler de cette Angleterre daprès guerre, de ces temps difficiles où rien nétait acquis et la vie, un combat permanent.
La société de consommation navait pas encore pointé le bout de son nez. Tout restait à faire ou à défaire.
Enfant du « baby-boom », ses parents, de milieu modeste, lui inculquaient alors une éducation austère. Elle laissait peu de place à laffection débordante, dont sont, en principe, gavées les jeunes générations daujourdhui. Il faut dire que les temps nétaient pas à la gaudriole. Il fallait sactiver dur pour élever sa progéniture. Le travail ne manquait pas, mais il restait précaire, on était bien loin des 35 heures. Le progrès social restait à faire.
Cela ne gâchait en rien, visiblement, le train de vie de leurs souverains. « God save the Queen », mais pas ses travailleurs !
Je ne métendrais pas trop sur ce sujet, voulant éviter de nuire à ces symboles vivants. Sa majesté paye aujourdhui ses impôts
Ce fut dans ce contexte que le petit Dave fit son entrée dans ce monde. Colchester semblait bien loin de la vie tumultueuse de Londres.
Mais peut-être y songeait-il déjà
Une enfance « banale », semblable à celle de la plupart des enfants des travailleurs émérites du Royaume, une période pénible qui va forger son caractère et sa soif de réussite.
Sans doute plus proche de sa mère que de son père, ce dernier ne lui témoignait pas lamour auquel il aurait pu sattendre. Tour à tour, il laimait, le haïssait et puis dans ta tête, tout devenait clair : surtout, ne pas lui ressembler ! Il lui fallait échapper à ce climat hostile et violent qui létouffait.
Ne devient-on pas souvent lexacte réplique ou lopposé de ses parents ?
Cette soif de changement radical nallait pas se faire attendre longtemps. Très vite, Dave manifestait un désir de prendre des cours déquitation : Passeport pour un monde meilleur, mais surtout une volonté affichée de gravir léchelle sociale, aux barreaux parallèles qui ne se croisent jamais.
IL apprenait vite.
Son audace était dautant plus admirable quil trouvait largent nécessaire pour assouvir sa passion. Toutes ses économies y passaient. Dave, encore très jeune, marquait un pas : il était un autre sur ses montures.
Là, il sévadait.
Le vent sengouffrait alors dans ses cheveux bruns, héritage de sa mère. Il chassait ses idées noires. Peu importe où cette course effrénée le menait, pourvu que ce fût ailleurs !
Seul au monde, fils unique, son caractère obstiné saffirmait avec le temps. Lécole lennuyait, comme elle ennuie les enfants intelligents trop en avance sur leur âge.
Le petit « Tot », ainsi surnommé, avait quelques problèmes de discipline. Il sagissait de saffirmer très vite et de faire sa place en ce monde. Sa dyslexie naidait en rien à sa réussite scolaire ; le système éducatif de lépoque laissait peu de place aux récalcitrants. Peu lui importait, il savait déjà que cétait ailleurs quil fallait chercher la réussite et il voulait y parvenir.
Volontaire et décidé, Dave navait pas de temps à perdre. Il voulait tout, et tout de suite.
À lheure de mes premiers balbutiements, il avait fait ses premiers pas très tôt dans la vie active, dès lâge de quinze ans. Il possédait très vite sa propre affaire de « nettoyage à sec » dans un centre commercial connu à Londres. Dave ne choisit pas cette activité par hasard. Sa mère avait travaillé longtemps dans ce secteur, en tant quemployée sans doute exploitée.
Par la seule force de son obstination et de son travail de perfectionniste, ses affaires prenaient déjà de lampleur et il était pris au sérieux. On devait ladmirer, le jalouser mais aussi le craindre. Il coupait, tranchait, prenait ses propres décisions, tout fonctionnait comme il semblait le vouloir.
Ses « boy-friends » de lépoque le suivaient dans son ascension. Le nettoyage à sec haut de gamme se frayait un chemin : « Tots Dry Cleaning » Le self made man nétait pas peu fier et ne cachait pas sa réussite, quil ne devait à personne.
Cest donc une course folle qui sengageait. Notre société est ainsi faite : les affaires appellent les affaires
Il rentrait dans le moule du winner, mais il nécrasait personne.
Son esprit de revanche était tel, quil aurait pu réussir dans nimporte quel domaine, pourvu quil fut à la hauteur de ses espérances.
Son entreprise prit surtout de lessor en rencontrant Philippe, lui aussi promu à une belle carrière. Une rencontre à point nommée. Ce fût la fusion programmée entre deux surdoués en affaires.
Il va apporter un souffle supplémentaire et novateur à son entreprise en informatisant son fonctionnement : une démarche pionnière à lépoque. Plus efficace, elle va encore prendre de limportance et cest avec lui quelle atteindra son apogée.
Complémentaires, tous deux ne ménageaient pas leurs efforts, et les efforts payaient
Parti de zéro, avec pour seul bagage son sens aiguisé des affaires, le petit Dave de Colchester a bien grandi et a bien appris.
Qui leut cru ?
Les chevaux laissaient place aux belles voitures.
Largent était là, encore fallait-il avoir le temps pour en profiter
Dave et Philippe travaillaient beaucoup et la réputation de la Maison était acquise depuis bien longtemps. Peu dautres commerces de nettoyage à sec de luxe pouvaient senorgueillir dêtre parvenus à un tel niveau. La clientèle, exigeante et sélectionnée, ne sy trompait pas.
Une conjoncture inquiétante simposa alors.
La fin des années quatre-vingt sannonçait difficile pour lentreprise. La concurrence, sans doute inspirée par leur réussite, grandissait.
Les clientes, majoritairement juives et fortunées, apeurées par la crise économique mondiale et le malaise des attentats en Israël sous le fond de « guerre du Golf », se faisaient plus timides. Les tensions entre les communautés allaient croissant. Lheure était à la prudence et non au gaspillage.
Maudites années, avec son cortège de crises économiques et sociales et lavènement du fameux syndrome, fatal pour la communauté gay du monde entier. Les amis disparaissaient tragiquement les uns après les autres.
Tout périclitait et ce fût la fin de lâge dor pour beaucoup dentreprises.
Cétait pour lui une autre période qui commençait : La France. LExil, en quelques sortes.
Cest à lage de 47 ans quil quittait ton pays, ou plutôt sa ville.
Contre toute attente, Dave le citadin devenait rapidement
un « gentleman farmer » Quel changement radical pour lui !
Après quelques mois passés en Provence, il leur a fallu tout apprendre, repartir de zéro. Ce furent des années de durs labeurs et de contraintes quotidiennes
Résolument peu attirés par la facilité, ils ont travaillé darrache pied. Le repos, il est vrai, ne faisait pas partie de leur vocabulaire.
Le petit « Tot » pouvait-il se douter un jour quil quitterait sa terre dorigine pour passer de Londres aux
Pyrénées !
Il tombait vite amoureux de La France et découvrait une qualité de vie à part. Il réussit à sadapter rapidement. Toutefois, la barrière de la langue subsistait et la manier nétait pas chose aisée car difficile à maîtriser à un age si tardif.
Les gens alentour, croyant bien faire, ne laidaient en rien car tous semblaient fiers de pouvoir converser avec lui dans la langue de Shakespeare. Délicate attention mais cela ne le fit pas beaucoup progresser dans son apprentissage du français.
Cest bien ce qui le chagrinait, il dépendait alors de son entourage, mais il arrivait néanmoins à se faire comprendre au fil du temps. Il savait alors que son sourire était bien plus éloquent quune quelconque phrase, à la construction grammaticale hasardeuse.
Les gens ladoptaient vite et il fut surnommé « lAnglais »
Voilà en quelques lignes, le résumé de son passé, quil mest nécessaire aujourdhui dévoquer. Cest là une question de repère dans le temps et dans lespace.
Ce dave-là, je lai connu et nos vies se sont croisées. Je men souviens comme si cétait hier. Je me souviens de tout car durant tout ce temps-là, jai bu ses paroles et jai beaucoup appris à son contact.
Tout commence une nuit de décembre, quelques jours avant Noël, où pour la première fois, je lai rencontré par le biais dun site de rencontres sur « Internet »
La nuit est glaciale, la chaussée est gelée. La route me paraît interminable et je commence à me demander si je fais le bon choix. Pourquoi aller si loin ?
Mais voilà, je suis presque arrivé et autant aller jusquau bout. Au fond de moi, je me dis que ça vaut peut-être le coup. Jai une vague idée sur ce à quoi il peut ressembler et je me laisse porter par cet interminable trajet qui me mène jusquà lui.
Je ne connais que son prénom et ne sais rien encore sur sa vie.
Premier contact téléphonique afin dobtenir son adresse exacte. Il me répond et là enfin, jentends sa voix.
Surpris, je remarque demblée sa belle voix rauque et son charmant accent anglais. Il sexprime péniblement en français. Je me dis alors que notre échange risque dêtre difficile
Il me vouvoie, cela me fait sourire.
Il fait de plus en plus froid et jappréhende déjà le retour.
Je suis finalement devant léglise de son petit village. Nerveux, je le rappelle une seconde fois. Il massure quil part sur- le- champ à ma rencontre. Jattends en fumant une cigarette et lair glacial sengouffre dans lhabitacle. Un doute menvahit : viendra-t-il vraiment ?
Un bruit de moteur se fait entendre et je laperçois furtivement au volant de sa camionnette blanche.
Dans quelques minutes, la tornade va entrer dans ma vie.
Je gare mon véhicule dans sa cour et dans le noir quasi total, jhésite à sortir car jentends les aboiements de ses chiens qui viennent à ma rencontre. Il me rassure et me prie de le suivre à lintérieur, ce nest quà quelques pas.
Jentre et une autre surprise mattend.
Il me reçoit dun large sourire et je suis déjà intimidé. Il est bien mieux que je pensais et je ne me sens pas à mon avantage. Il porte des « chaps » par-dessus un 501, un tee-shirt blanc. Il est grand, beau et surtout sexy. Je fonds déjà, mais jessaye de ne rien laisser transparaître. Je me sens un peu bête dans ma tenue « sportswear » beige et jessaye dassurer.
Il me propose demblée une bière, que jaccepte volontiers bien que nétant pas du tout amateur. La pièce baigne dans la pénombre, éclairée par deux bougies posées sur la table. La mise en scène est parfaite et lexcitation monte en moi.
Pour détendre latmosphère et tel un rituel, il me suggère de fumer un joint que jaccepte sans trop tergiverser.
Il a froid et nous nous dirigeons vers la cheminée, me parle posément et je lécoute.
Jaime le son de sa voix, mais je mexprime avec un anglais scolaire et académique que je trouve ridicule. Leffet de lalcool et du joint se fait vite ressentir et je me laisse enfin aller. Je me mets à genoux. Il me plait de plus en plus. À cet instant, je suis sous le charme. Le temps na plus dimportance et je sens déjà quil nest pas comme tous les autres garçons que jai connus jusquà présent.
Après des préliminaires bien prometteurs, nous nous dirigeons lentement vers ta chambre, son antre.
Il me prend par les épaules et je me laisse diriger.
On baise ensemble et je passe un moment des plus excitants. Jaime son corps, sa queue et ses pratiques, inédites pour moi. Je sais au fond que jai du chemin à faire pour être à la hauteur de ses exigences. Je nai pas son expérience ni son âge.
Affaire conclue, nous nous dirigeons une fois encore vers la cheminée. On reparle et dans la conversation, il me confie que je suis « un homme à la sexualité classique ». Je souris, mais, au fond, je suis très vexé car je pensais avoir donné tout ce que je pouvais.
Il se fait tard, je repars au volant de ma voiture et je sais que nous nous se reverrons bientôt. Jai passé la plus merveilleuse des soirées. Le miracle de la nouveauté.
Les jours passent
Je lui envois un premier texto : « you are the most exciting guy I ever met, see you soon... »
Entre temps, je pars pour Biarritz et il décide de mappeler un soir.
Malheur !
Le petit mec coincé vêtu de beige avait oublié de préciser quil ne communiquait que par texto, par soucis de discrétion vis-à-vis de son ami. Embarrassé, je lui réponds sèchement et maladroitement de ne plus mappeler directement sur mon portable, mais dentrer en contact avec moi uniquement par SMS.
Noël arrive, Dave est seul et je lignore.
Je rentre enfin chez moi et le rappelle en mexcusant de ma réaction pour la fois précédente. Il nen a cure. Nous décidons de nous rencontrer de nouveau.
La route mest dores et déjà familière et le trajet me paraît moins long. Jai hâte de le revoir.
Le froid est toujours là, peu mimporte. Il me rejoint une fois encore avec sa camionnette car je nai pas encore bien repéré la route qui mène jusquà sa maison, sinueuse et semblable à toutes les autres.
Les chiens maccueillent toujours avec leurs aboiements.
Sa tenue est plus décontractée. Il est vêtu de jeans de la tête aux pieds.
On passe une bonne soirée, on baise mieux et plus longuement.
Il commence à parler de sa vie, je me sens à laise et je lui parle de la mienne.
Il me fait vite comprendre quil en a assez dun « plan minute » et quil voudrait que je reste une nuit entière : Inconcevable pour moi à lépoque mais lidée chemine et jen crève denvie. Ce sera pour la fois prochaine
Cest à partir de ce moment précis que les choses vont se gâter. Il va falloir dire à mon ami que jai rencontré un garçon et que jai envie, pour la première fois depuis seize ans, de ne rentrer que le lendemain.
Après une discussion houleuse avec ce dernier, ma décision est prise. Je veux passer plus de temps avec James, quoiquil men coûte et déjà, il occupe mes pensées. Je me languis de le revoir pour la troisième fois.
Le rendez-vous ne se fait pas attendre. Je sais désormais que ce sera loccasion pour moi de le connaître davantage. Je suis visiblement très attiré par lui et ne je men cache pas. Ces premiers instants seront magiques et resteront gravés dans ma mémoire pour longtemps.
Nous passons lessentiel de notre temps à discuter, parler de nos vies privées respectives. Ce sont des heures de discussion interminables, un peu comme si lon avait du temps à rattraper. Je manie plus aisément sa langue, qui ne présente plus dobstacle entre nous. Je déplore cependant de ne pas avoir plus de vocabulaire. Une complicité sinstalle et je men réjouis.
Nos fous rires sont légions, son humour et sa gestuelle sont irrésistibles.
Gentiment, il me dit que je parle bien anglais, je nen crois rien.
Je pénètre peu à peu dans son univers, et lui dans le mien.
Les semaines, les mois qui vont suivre vont nous rapprocher.
Il sagit pour moi de concilier cette vie de petit-bourgeois bien rangée avec cette autre vie au jour le jour. Du rire aux larmes, de lamour à la haine, je découvre là une autre façon dappréhender mon existence et de la savourer avec lui.
Pour la première fois, je profite de chaque instant de ma vie en commun avec lui, une vie en relief mais mouvementée.
Il faut dire que son caractère nest pas des plus dociles, son tempérament est autoritaire et ses coups de sang quasi quotidiens. Il est souvent excessif dans ses propos ou dans ses actes. Jessaye alors de madapter au mieux, de changer pour lui et dêtre plus à son écoute. Le chef qui sommeille en lui refait souvent surface. Ses colères sont disproportionnées et la plupart du temps injustifiées.
Je ne cuisinais pas avant de le connaître et me voilà contraint de préparer tous les repas : Aïe !
À ma grande surprise, jy prends vite goût. Loin dêtre un cordon-bleu, il ma fallu tout dabord apprendre le B.A.-Ba de la cuisine, puis de composer avec ses goûts.
Mes maladresses sont alors plus rares. Je parviens à cuisiner convenablement et jen suis le premier étonné. Je nai pas vraiment le droit à lerreur, mais ses félicitations mencouragent.
Je le trouve bien difficile pour un Anglais, dautant plus quil ne cuisine jamais !
James a ses exigences : la petite cuillère à dessert placée devant lassiette nest pas tolérée, auquel cas la malheureuse se voit projetée en lair : Message reçu !
Son comportement parfois violent dévoile « lenfant terrible de Colchester » qui saffirme encore et trahit linstabilité de ton caractère.
Perfectionniste, il ne mépargne rien, mais cela me fait progresser rapidement.
Je reconnais toutefois que ses goûts culinaires sont sûrs et quil a un palais délicat.
Toutefois, cette pression permanente mexaspère souvent et me perturbe.
Jai tellement ce désir de lui plaire que je suis prêt à toutes les concessions. Ses désirs sont des ordres.
Laccumulation systématique de ces humiliations domestiques engendre des drames.
Je quitte alors son domicile et me réfugie chez moi à maintes reprises, en pleurs, jurant que lon ne my reprendra plus. Aussitôt parti sur les chapeaux de roues, je lui fais alors parvenir un texto dinsultes ou dexcuses.
Je le supplie de me pardonner, fais demi-tour et nous en restons là.
Tout est bien évidemment de ma faute et jacquiesce.
Il arrive que nos crises soient plus graves. Nous décidons alors dun commun accord que le retour à mon domicile simpose. Les e-mails samoncellent et augurent un retour imminent. Je ne sais pas combien de fois jai pu faire ces va-et-vient, certainement des dizaines.
Parfois, je ne me reconnais plus et jai honte de la faiblesse et de mon caractère soumis. Je le hais dans ces moments là car son contrôle sur moi est total et je sais quil en joue. Il mest impossible alors de men éloigner plus de deux jours. Je prends alors le large mais il me manque aussitôt. Nos retrouvailles ne se font pas attendre, je reviens souvent le lendemain ! La tornade sapaise, me laissant amnésique jusquà la prochaine
Cette scène se reproduit de nombreuses fois, à mon grand regret. Cela fait sans doute partie du jeu. En toute sincérité, je men serais bien passé. Ce sont des instants de doutes et de grands tiraillements où je suis incapable de mettre un terme à cette relation trop passionnelle. Lamour lemporte toujours et le quotidien reprend le dessus.
Dave a aussi besoin de moments de solitude. Ma nature trop envahissante lexacerbe souvent.
Avec du recul, je le soupçonne davoir prémédité nombres de ces conflits de manière à ce quil puisse respirer un peu
Fort heureusement, les moments agréables font aussi partie du tableau. Mon optimisme et son bon fond me font vite oublier lincohérence de ces durs et tristes moments.
Nos vingt-et un ans décart ne présentent alors pour moi que des avantages et je profite de son expérience et de ses conseils, lorsque je daigne les écouter. Je nai, il est vrai, jamais été attiré jusque là par des garçons de mon âge, trop immatures et aux préoccupations bien futiles.
Dave est si jeune de caractère et desprit, que je nadmets pas quil puisse se considérer comme trop âgé pour moi. Cela revient souvent dans son discours, tel un leitmotiv. A tel point que je nen tiens même plus compte.
Force est de constater quil ne paraît pas son âge et jai encore du mal à croire quil a 56 ans. Je ne vois en lui que la jeunesse de son caractère, me disant quil est un exemple. Je voudrais tant lui ressembler, moi qui me trouve si fade et déjà vieux dans mes idées.
Toutefois, je lui fais partager mes goûts musicaux, très éclectiques, et il semble les apprécier.
DEnya à Mylène Farmer, en passant par la « variété poubelle » dans ce quelle a de plus mercantile, il découvre un univers quil ne connaissait pas. Il faut dire quil navait pas eu le loisir de sy attarder par manque de temps ou dintérêt. Je crois avec ironie quil sest arrêté aux Beatles ou Barbara Straisand, la grande et talentueuse sur hurlante de Céline Dion !
Etonnant pour un Anglais, lorsque lon sait que pratiquement tous les courants musicaux qui ont marqué notre paysage viennent doutre Manche !
Nous prenons aussi un plaisir évident à regarder des DVD ensemble. Cest surtout loccasion pour moi de me blottir contre lui. Peu importe le film, cest alors un instant de répit pour tous les deux. Là aussi, je lui fais découvrir des uvres de qualité variable quil ne connaît pas. Nos goûts cinématographiques sont similaires. Jinterromps souvent le film par mes commentaires et cela lexaspère. Il faut dire que je les ai tous vus avant et que ma nature bavarde reprend souvent le dessus dans des occasions inopportunes. Cest peut-être ma manière à moi de le taquiner gentiment car je le préfère malgré tout vociférant que muet.
Les horaires des repas varient selon les jours, nous mangeons quand bon nous semble. Rien nest déterminé ou programmé à lavance. Nous sommes surtout en retard parce que nous parlons beaucoup et de tous les sujets. Le sexe, bien loin dêtre un tabou, fait partie intégrante de nos conversations. Que nous le pratiquions ou que nous en parlions librement, il est omniprésent.
Dave en est un grand consommateur, moi aussi.
Nos soirées se résument ainsi : palabres, dîner, visionnage dun DVD et sexe.
Peu importe lordre dans lequel elles se déroulent.
Du coup, nous nous couchons toujours très tard mais ce sont des moments inoubliables pour moi. Je nai pas le souvenir davoir parlé si longuement avec quelquun de tous les sujets, qui plus est, dans une langue étrangère. Jai la nostalgie de ces soirées bien remplies où je ne me suis jamais ennuyé.
Dave se décrit souvent comme étant égoïste mais il nen est rien. Il a simplement du mal à afficher ses sentiments amoureux. Je sais que le manque daffection quil a vécu lors de sa prime jeunesse en est la cause. Les élans de tendresse sont rares et timorés. Peu démonstratif au quotidien, je devine néanmoins ses sentiments pour moi.
Il compense alors par sa générosité: loin dêtre un Ecossais, la notion dépargne lui est étrangère. Largent, lorsquil y en a, doit être dépensé et jadhère à cette philosophie. Peut-être les privations de son enfance lont elles forgé ainsi.
Ses attentions à mon égard sont nombreuses mais me mettent mal à laise, compte tenu de nos modestes moyens financiers respectifs.
Je me souviens du jour de la Saint-Valentin où il mapporte des chocolats, du champagne, un pull-over et surtout sa gentille carte que je conserve encore aujourdhui. Ce geste ma touché. Ne voulant pas passer pour trop romantique ou trop latin, je navais ce jour là rien prévu pour lui.
Notre relation ne datait que dun mois et demi, et je trouvais déplacé de lui faire passer un message en la circonstance par un quelconque présent. Je croyais quil se moquerait de moi et restais persuadé quil trouverait cela vieux jeux.
Il me reprocha par la suite ce manque délan de ma part ce jour là. Je rie encore aujourdhui de ce malentendu.
Nous finissons la soirée dans un bar gay de Toulouse « Le Grand Cirque »et je nai dyeux que pour lui. Ma jalousie maladive me met sur la défensive : gare à qui ose lapprocher de trop près
Cest pour moi une belle saint Valentin, non pas parce quelle symbolise mais parce que ce jour là, je peux mafficher en public avec lui dans ce bar. Un peu comme pour officialiser notre relation au grand jour. Désormais, la communauté gay locale sait que nous sommes « ensemble » Quelle fierté pour moi !
Dave me façonne en changeant mon apparence.
Je nai jusque là accordé que peu dimportance à limage que je renvoie aux autres. Bien que soigné et toujours impeccable, mes tenues beiges ou colorées lui occasionnent des moqueries.
Jignore alors ce potentiel que jai en moi dêtre plus attrayant.
Jabandonne vite ces couleurs pour des T-shirts noirs ou blancs. Là aussi, son goût est sûr et il sait me mettre en valeur.
Mes cheveux, pourtant courts, ne le sont pas assez. Dave manifeste très tôt le désir de les raser ! Je refuse. Clairement, il naime pas ma coupe de cheveux avec sa houppette que je dresse tous les matins, trouvant cela fastidieux et trop classique.
Son insistance finit par payer et jaccède finalement à sa requête un soir. Je lui fais confiance mais jappréhende le résultat.
Cest la révélation ! Je madapte rapidement à ma nouvelle coupe. Mon visage change dexpression, se durcit et se virilise. Jose aussi porter un treillis et des rangers. Je me sens différent et plus en harmonie avec lui. Finis mes rendez-vous chez les coiffeurs et les stupides conversations avec ces derniers. Je me sens libre, plus léger et jassume bien ce changement.
Ce potentiel était en moi mais je navais pas osé franchir le cap, sans doute par manque de confiance en moi ou peur du ridicule.
Par amour pour lui et à sa demande, jarrête de fumer. Dave ne supporte pas les fumeurs et se préoccupe de ma santé.
Je lui dois, là aussi, une fière chandelle.
Toujours soucieux de mon image, il minitie à la musculation. Malheureusement, les allers retours incessants entre mon domicile et le sien ne permettent pas une assiduité, nécessaire à des résultats signifiants. Toutefois, jy prends goût et jai pour le coup le meilleur des professeurs. Les autres garçons lobservent, espionnent les conseils quil me prodigue car peu dentres eux savent utiliser les appareils correctement.
La vie à la ferme est harassante, Dave y consacre la majeure partie de son temps depuis une dizaine dannées. Bien que lactivité ait diminué progressivement, lentretien des terres est une corvée obligatoire. Les champs à perte de vue mimpressionnent et je comprends sa fatigue quotidienne. Jessaye alors dapporter ma modeste contribution en accomplissant, bien maladroitement, des tâches telles que la tonte de la pelouse des jardins mais je nai pas sa main verte. Mes allergies aux pollens et autres herbes folles ne mépargnent pas. Mes éternuements intempestifs font alors partie du paysage sonore et contrastent avec la quiétude des lieus. Dave na ni le temps ni la patience suffisante pour menseigner le maniement des outils. Il sénerve vite et je finis par capituler.
Nest-on pas souvent mieux servi que par soi-même ?
Je me promène souvent avec ses quatre chiens qui me suivent désormais partout. Je my attache très vite. Jai, comme lui, la même passion pour la nature et les animaux. Ils sont aussi une compagnie précieuse lorsquil est trop occupé pour se consacrer à nous.
Peu à peu, nous formons une équipe efficace, je suis de plus en plus à laise dans ma nouvelle activité. Jaime ce nouvel environnement paisible, loin du bruit et de la pollution des villes.
Je prends de plus en plus dinitiatives mais je lui laisse, il est vrai, les travaux les plus pénibles.
Dave na même plus le temps de se consacrer à léquitation et cela mattriste.
Cest tout juste sil a le temps daller caresser ses chevaux, ne parlons pas de les monter. Ma peur panique pour les équidés ne lui est pas dun grand secours. Je leur rends visite quotidiennement mais il mest impossible de les déplacer, à mon grand regret. Chevaux, chats, chiens et autres gallinacés lemprisonnent. Ces derniers demandent une attention de tous les instants et lempêchent fatalement de sabsenter plus dune journée. Je lui en fais souvent le reproche, regrettant de ne pas pouvoir partir de temps en temps avec lui ne serait-ce quà la plage pour un week-end.
Fort heureusement pour lui, il avait eu loccasion de voyager dans sa jeunesse lorsquil vivait encore à Londres. Ibiza, les Canaries étaient ses destinations régulières. Mykonos, mecque des gays par excellence était sa favorite.
Pensant lui faire plaisir, je prends un jour linitiative de réserver deux billets davion sur « Internet » pour aller à Londres, sans le consulter au préalable.
Je pense alors lui faire une agréable surprise et moccupe de tout. Peut-on rêver meilleur guide ?
Dave, dabord déconcerté, salue mon initiative mais je sens bien que son manque de disponibilité le mets mal à laise. Nous décidons alors de repousser la date du départ, rien ne presse.
Je suis très excité à lidée de pouvoir enfin me rendre dans sa ville en sa compagnie. Malheureusement, le projet avorte. Nous nous disputons deux jours avant la date du départ et James minvective quil ne souhaite plus sy rendre.
Plus quune déception, je suis meurtri car ce séjour me tenait à cur. Mais voilà : Je ne peux plus reculer et les réservations sont faites depuis longtemps. Cest donc seul que je me rends à Londres, blessé. Mon projet tourne au drame et je passe ma première nuit seul, enfermé dans mon minuscule studio au 13 Craven Hill, en larmes.
Je me sens perdu sans lui.
Puis, revigoré, je décide de profiter de ce séjour. Jemprunte le circuit du touriste de base. Londres peut être si exotique pour un Français
Je me rends à deux reprises dans un cruising bar gay, le « Hoist London », situé au Sud de la ville, et me laisse enivrer par son ambiance survoltée. Jobserve et jy passe une bonne soirée. Je me rends également au « Comptons » et au « Admiral Duncan » dans le quartier de Soho, deux fameux pubs gays. La clientèle y est décontractée.
Fort heureusement pour moi, jai un contact là-bas, Alex, un ami de Dave. Il me sert de guide. Sa gentillesse, sa disponibilité et son humour décalé me rendent le séjour plus agréable. Cest quelquun de bien que japprécie. Jespère le revoir.
Je suis enchanté par la ville mais labsence de Dave me gâche un peu mon plaisir. Cest la plus grande déception que jai vécue car je sais maintenant que je naurais plus loccasion dy retourner avec lui.
Jaurais tant aimé quil me montre son quartier et savoir doù il venait. Je crois aussi que Dave navait pas particulièrement envie de ce retour aux sources à ce moment là et jen tire rapidement les conclusions que nos projets de nous rendre ensemble à Paris ou à Berlin ne sont quune chimère.
Je ne lui en veux plus.
Notre relation, pour le moins chaotique, nest évidemment pas sans conséquence sur ma vie de couple avec Michel, lhomme qui partage ma vie depuis seize ans.
Je nose imaginer les stades par lesquels il a pu passer. Lincompréhension, la tristesse, la colère et parfois la haine, nuisent à notre bonne entente et notre complicité passée.
Il voit les changements qui sopèrent en moi et les choses lui échappent. Je ne suis, il est vrai, pas souvent chez moi et je nose lui donner les détails sur ma relation avec Dave. La tolérance et louverture desprit ont des limites
Je lui impose alors des horaires fantaisistes car je ne peux prévoir mes retours au domicile. Sa patience est exemplaire et je culpabilise souvent. Je sais que je gâche tout ce qui nous avait unis au fil des années mais mon choix de vivre avec Dave est plus fort. La mort dun amour donne la vie a un autre. Jen suis triste pour lui, et pour nous.
Michel senferme peu à peu dans sa bulle, son désarroi est total.
La séparation est inévitable.
Son mutisme me désarme et me signifie sa grande tristesse. Il ne se bat plus, ne cherche plus à me reconquérir et je ne peux len blâmer. Tous les torts viennent de moi mais jassume mon choix.
Tel un château de cartes, tout ce que nous avions bâti seffondre. La vente de notre maison simpose avec la décision de vivre séparément.
Michel avait aussi quitté le foyer familial très tôt, voulant échapper à un environnement étouffant mais aisé. Il réussit brillamment une carrière dans la restauration à Paris. Sa polyvalence lui offrait des opportunités professionnelles prestigieuses. Comme souvent dans cette activité, il put ainsi côtoyer nombres de gens célèbres mais toujours avec la distance quil simposait. Les anecdotes à ce sujet ne manquaient pas et je ladmirais. Je lai rencontré très tôt dans ma vie, à lâge de dix-neuf ans. Il avait entre temps déjà quitté la capitale et sétait installé à Toulouse, se rapprochant ainsi du fief familial et de sa ville dorigine.
Je nétais alors encore quun étudiant, mais cétait plutôt les études qui me poursuivaient
Jabandonnais très vite le cursus universitaire sans trop savoir ce que jallais bien pouvoir faire dans ma vie. Je nai, je lavoue, jamais pu trouver ma voie professionnelle. Les circonstances particulières de ma santé fragile à lépoque ne me poussaient pas vraiment à la recherche dun emploi.
Pour être clair, jétais atteint du fameux syndrome depuis lage de vingt temps. Une activité était alors incompatible avec la fébrilité de mon état général.
Jai bien connu les affres de la maladie, à une époque ou les médications noffraient pas des résultats toujours satisfaisants mais permettaient, au moins, de repousser léchéance fatale. Tous les malades nont pas eu ma chance, je me considère toujours comme un miraculé.
Jai, comme beaucoup, côtoyé la grande faucheuse de très près. Jai flirté avec elle
Les complications senchaînaient et il me tardait parfois den finir, lacharnement thérapeutique me paraissait bien vain.
Toutefois, mon moral dacier et sans doute la chance mont permis de me maintenir en vie jusquà lavènement des tri-thérapies. Jai du faire le deuil de mon deuil, selon la formule consacrée.
Là aussi, je nai pas pu compter sur le soutien de mon entourage, muet et sans doute aveugle. Les signes étaient pourtant visibles mais le sujet restait tabou et je navais pas la force psychologique pour laborder. Je subissais, me battais du mieux que je pouvais.
Je savais que je devais mon salut à laide constante et à lamour de Michel, très affecté par mon état. Plus quun soutien, il a été ma motivation, celui pour lequel je luttais.
Cétait aussi une période de ma vie où jai pu rencontrer des personnes formidables qui se sont alors substituées à ma famille, absente.
Je veux parler de tout le personnel médical et infirmier qui ma sauvé. Je leur dois la vie et ma reconnaissance éternelle. Je garde encore en mémoire chacun de leur visage et je suis encore en contact avec certains dentre eux.
On oublie souvent que la maladie vous isole, vous prive dune vie sociale et vous annihile votre confiance en soi : Comment alors se faire des relations amicales quand votre existence se résume à fréquenter les hôpitaux ou autres centres médicaux ?
Cest là que je remercie le ciel de ne pas avoir été totalement isolé et davoir eu Michel à ce moment de ma vie. Nous ne parlons jamais de ces moments, la page est tournée.
Ces évènements mont rendu plus fort et je nai plus le temps de me perdre dans tes futilités.
Ma santé est depuis bien longtemps plus que satisfaisante. Dieu merci !
Je sais maintenant que jai vécu un peu par procuration et jai toujours admiré les réussites professionnelles puisque jen fus privé.
Dave comme Michel avaient à mes yeux la chance davoir eu ces parcours méritants.
Michel avait plusieurs cordes à son arc. Il excellait également dans lart floral. Créatif dans lâme, il laissait libre cours à son imagination et ses compositions étaient toujours dune grande qualité. Il suivait les modes, eut ses propres magasins de fleurs mais arrêta cette activité, devenue pénible et peu lucrative.
Notre quotidien au cours de seize années était dominé par la stabilité dans nos rapports. Les disputes étaient rares, notre complicité et notre complémentarité avérées.
Nos dix-huit ans décart me permettaient de menrichir à son contact. Il ma appris le bon goût et ma transmis un esprit bourgeois et casanier. Brocantes, meubles anciens et bibelots étaient notre passion commune. La décoration intérieure nous motivait et faisait ladmiration de tous. Tout était focalisé sur la maison et son confort.
Nous nous aimions. Je lui dois tout ce que je suis aujourdhui. Michel était tout : un amant, un ami, un frère, un confident et occasionnellement, un père.
Les moments difficiles nous avaient rapprochés et nous étions parvenus à surmonter, ensemble, les dures épreuves de notre existence.
Notre parcours fut aussi marqué par la perte de notre coquette maison, une « toulousaine », suite au décès de sa grand-mère maternelle. Cette dernière navait pas jugé nécessaire denregistrer son legs à Michel chez le notaire, malgré linsistance de ce dernier. Il y avait néanmoins entrepris dimportants travaux et en avait fait un nid douillet. Oasis de paix au beau milieu de la ville, la villa, de dimension modeste, était agrémentée dun luxuriant jardin et dune piscine. Passionnés, nous y consacrions une bonne partie de notre temps.
Lindivision entre sa mère et son oncle nous obligea à quitter les lieux. Son oncle, une véritable ordure, homophobe de la première heure à la méchanceté primaire et consommée, précipita la vente de la villa et nous dûmes rapidement quitter les lieux. Jaccuse également sa mère de navoir rien fait pour nous aider. Nous étions alors dans lincapacité de pouvoir racheter notre propre maison.
Peu leur importait, notre expulsion ne se semblait pas les émouvoir.
Nous apprenions, bien plus tard, quelle sétait vendue à un prix bien au-dessous de celui du marché !
Qui plus est, ce déménagement forcé et précipité correspondait à une mauvaise période pour moi. Jétais alors à lhôpital pour un pneumothorax et je ne pouvais donc pas aider Michel !
Impuissants mais dignes face à une telle injustice et sans aucun soutien ni appui familial, nous avons vécu un enfer. Nous avons du nous réfugier ailleurs.
Ce fut lépreuve la plus difficile à surmonter pour nous deux. Nous étions du jour au lendemain sans domicile et jen gardais longtemps les cicatrices indélébiles.
Je noublierai jamais cette année 1995
Nous devions nous reconstruire ailleurs, loin de Toulouse et repartir de zéro, portés par notre désir de revanche.
Après maintes locations et déménagements successifs pendant quatre années, nous rentrons sur Toulouse et faisons lacquisition de ce que lon pourrait aisément appeler une ruine, à la périphérie de la ville.
Il nous en faut plus pour nous décourager et nous entreprenons des travaux pharaoniques pour la rendre habitable et confortable. Plus spacieuse que la précédente mais dans un piteux état, elle absorbe alors toutes nos économies, notre énergie, mais le résultat est impressionnant.
La décoration, un tantinet prétentieuse, est sublime.
Nous sommes enfin chez nous
Je men détache aujourdhui de plus en plus car elle sinscrit dans une période révolue.
Notre maison qui est en vente mais nous sommes fiers de sa transformation.
Bien quinachevée, nous sommes arrivés au bout de ce quil nous était permis dentreprendre.
Je nai, pour ma part, rien à prouver quant à cette faculté de rebondir et réagir face à une situation qui me paraissait insurmontable.
Notre revanche est enfin accomplie, la boucle est bouclée.
Cest la fin dun cycle qui sonne le glas de ma relation amoureuse avec Michel qui partage aussi cette irrémédiable décision. La page de notre histoire se tourne en dépit de cette belle et longue aventure.
Je sais maintenant quil est temps pour moi de me libérer de ce cocon, de mouvrir enfin au monde, de me retrouver, de trouver la motivation nécessaire pour me construire un futur.
Dave aura été le catalyseur et mon guide.
Je lui dois tant.
Aujourdhui aspiré par la spirale des nouvelles affaires quil continue à mener, le laissant encore moins disponible quavant, il préfère sacrifier notre relation pour assurer son avenir. De mon côté, je ne me sens plus la force nécessaire pour lépauler dans sa nouvelle activité car ses horaires sont incroyablement chargés et ne laissent désormais que de place à notre vie privée. Il ne rentre que très tard le soir, éreinté.
Je ne peux lui en vouloir mais tout autour de moi sécroule, une fois de plus.
Il me manque terriblement et je nen finis pas de pleurer.
Michel sécrit déjà au passé et je ne sais plus à quel temps conjuguer mon amour pour Dave.
Javais tant misé sur lui. Jenvie Philippe dêtre toujours à ses côtés.
Aujourdhui prêt à tout, pourtant je ne mattends à rien.
Mon Dave sen est allé, me laissant seul sur le chemin.
Je voudrais tant le rattraper, mais mes efforts sont vains.
La tornade sen est allée. Avec elle, lespoir du lendemain »
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