Mon éveil sentimental.
par Naël


Chapitre un

Bonjour à vous, je me nomme Damien.

J'ai dix-neuf ans et demi, je suis plutôt mignon, avec des yeux noisette, des cheveux châtains mi-longs qui retombent doucement de part et d'autre de mon visage, des petites lèvres sensuelles et un regard doux et agréable. Je ne suis pas narcissique, mais c'est ainsi que l'on m'a un jour décrit. Je ne fais ici qu'une simple retranscription. Avec une certaine complaisance, je ne le cache pas, mais bon, je ne vais pas avoir honte non plus !

J'ai toujours eu de bons résultats en classe, sans trop travailler, et ma scolarité s'est déroulée sans aucune incidence particulière. Après avoir choisi au lycée la filière littéraire, je fus reçu au bac – avec mention – et décidais de poursuivre mes études en entrant en fac d'histoire.

Ma sexualité se développa, comme pour beaucoup, vers douze ou treize ans. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'apercevoir de mon amour pour les garçons. J'ai bien tenté au début de le refouler, mais celui-ci s'est avéré beaucoup trop fort, si bien qu'à quinze ans il a bien fallu que je me rende à l'évidence et que je m'avoue mon homosexualité. Mort de honte, j'avais tout d'abord décidé de le cacher, de ne jamais assouvir mes pulsions et de faire comme tout le monde : sortir avec des filles.

Je n'eus aucun mal à me trouver des copines, c'était d'ailleurs plutôt les filles qui couraient après moi que le contraire. Seulement je n'ai jamais pu consommer avec l'une d'entre elles. À chaque fois que ma copine du moment se mettait nue, je n'éprouvais rien de plus qu'un très vague désir, et aucune d'entre elles n'a jamais réussi à provoquer quelque chose de plus fort qu'un poussif début d'érection.

Parallèlement, les garçons que je rencontrais au lycée emplissaient mes pensées. Il m'arrivait souvent de les déshabiller du regard, d'imaginer leur nudité. Je me faisais mes propres films intérieurs où je m'imaginais embrasser mon prince charmant à pleine bouche, poser ma tête contre son épaule, puis mon esprit fertile m'envoyait alors des images plus osées, si bien que quand je revenais sur terre, je sentais toujours une pression presque désagréable au niveau de mon entrejambe, si bien que fus parfois forcé de me précipiter dans les toilettes pour soulager un besoin pressant.

Souvent, je m'approchais de l'objet de mes désirs et commençais à engager la conversation, ce qui avait inévitablement pour effet de briser tous mes fantasmes. À chaque fois, je me disais que si le mec était physiquement attirant, sa mentalité était par contre repoussante.

C'est ainsi que je suis arrivé en fac au début de cette année, complètement désespéré, voulant à tout prix trouver le prince charmant mais persuadé que je n'y arriverais jamais.

Et c'est au moment où je m'y attendais le moins, où je m'étais presque résigné, que celui-ci est apparu.

La fac me donna enfin l'occasion de me soustraire à l'influence parentale. En effet, j'habitais auparavant dans un petit village paumé du côté de Douai, et ma fac se trouvait à Lille.

J'avais eu la bonne idée de me chercher un logement dès janvier, car j'étais certain que le bac ne serait rien de plus pour moi qu'une formalité. Trouver une chambre en s'y prenant si tôt dans l'année est tout à fait dans le domaine du faisable. Vivant dans une vaste maison, j'étais habitué à avoir de l'espace, et rien ne m'en fit démordre : mon nouvel appartement devait avoir de la place.

Heureusement, une chambre spacieuse devait se libérer en septembre. Mais le prix avait été jugé trop élevé par mes parents, à mon grand désespoir.

Je tenais à cette chambre, si bien que quelques disputes à ce sujet éclatèrent. C'est en mars que mon père trouva la solution.

- Ça y est, m'annonça-t-il un jour. Je sais comment nous allons faire. Tu pourras avoir ta chambre. Un de mes collègues de travail (mon père est cadre supérieur dans une entreprise d'import-export) a un fils qui doit aller étudier les maths à Lille l'année prochaine. Je lui en ai parlé, et il m'a dit qu'il serait plus avantageux de se mettre à deux pour louer cette chambre. Qu'est-ce que tu en dis ?

Je fis la moue. Partager ma vie avec un garçon que je ne connaissais pas, et qui pouvait tout aussi bien être un sale con, ne me disait rien qui vaille. Malheureusement, mon père me fit clairement comprendre que si je voulais avoir cette chambre, c'était le seul moyen.

C'est ainsi qu'il fut décidé que si nous avions tous les deux notre bac, nos parents loueraient cette chambre pour nous deux l'année prochaine. Par contre, si l'un de nous deux le ratait, le plan tombait à l'eau.

Pour ma part cela ne me posait aucun problème. J'avais toujours été un excellent élève, et ayant eu 18 et 18 aux épreuves de français en première, je n'envisageais même pas d'aller au rattrapage. Mais par contre, je ne pouvais être sûr que l'illustre inconnu, de son côté, allait valider ses épreuves. Voir ainsi ma destinée suspendue aux résultats scolaires d'un parfait inconnu m'avait quelque peu frustré. Mais heureusement, j'appris en juillet que ce garçon avait réussi, de justesse, à obtenir son bac S.

Durant l'intervalle, mon imagination avait travaillé.

Qui allait-il être ? Un pauvre crétin superficiel et homophobe ? Un intello avec de petites lunettes ? Un gros thon ? Mon prince charmant ? Tout cela à la fois ? (Oui, enfin bon, là ça risquait d'être difficile quand même).

Je passai mes vacances dans un camping dans les Vosges. La majorité de la population mâle, comme dans tout camping, y était parfaitement repoussante. Vieux, superficiels, et bedonnants, ils inhibaient ma libido, quelque chose de grave. Il y avait en fait bien peu de jeunes. Arrivé seul, et particulièrement timide, j'ai passé la presque totalité de mes vacances à lire et à faire des randonnées. Les Vosges sont vraiment un endroit magnifique pour y faire des randonnées. Et je m'étais amusé comme un petit fou. Je n'avais jamais eu besoin d'être avec quelqu'un pour pouvoir m'amuser.

Malheureusement, j'avais tapé dans l'œil de l'une des filles du camping. (Encore une… Mais quand me lâcheront-elles ?) Particulièrement entreprenante, elle m'avait fait des avances poussées. Oh, elle était plutôt jolie, selon les critères hétérosexuels… Et comme un con, j'avais accepté.

Mal m'en prit, puisque cette aventure eût le même dénouement que toutes les précédentes : ma verge m'informa expressément qu'elle n'avait absolument aucune envie de prendre contact avec la gent féminine. Évidemment, elle m'avait dit tout ceci d'une manière plus laconique, c'est-à-dire en entamant une grève syndicale de l'érection. Si je voulais qu'elle se mette un jour au boulot, je n'avais pas le choix : il fallait que je lui fournisse un beau mec. C'était la principale de ses revendications.

Mais qui a dit que le patronat n'était jamais désireux d'accéder aux revendications des grévistes ?

Octobre arriva enfin.
Et avec lui, les préparatifs de mon départ. Celui-ci se passa dans une excitation assez fébrile. Enfin, j'allais pouvoir aller à Lille, et peut-être en me renseignant bien, pénétrer dans la communauté gay (que tous les lecteurs qui ont pris ici le mot pénétrer au premier degré se désignent).

J'arrivais quelques heures avant l'inconnu qui allait partager ma vie pendant un an. Je ne savais pas grand-chose de lui, sinon qu'il s'appelait Loïc. J'eus déjà le temps de me familiariser avec les lieux. L'appart' était parfait. Il ne comportait certes que deux pièces, mais elles étaient vastes, aérées, très lumineuses.

J'installais mes affaires, à savoir mes fringues, ma trousse de toilette et mes livres, mes cd de zique (Mozart, Chopin, Chostakovitch, Stravinsky, et surtout l'œuvre culte : Carmina Burana). Histoire de me mettre tout de suite dans l'ambiance et de me sentir chez moi, je mis d'ailleurs Carmina Burana à en faire trembler les murs.

Loïc arriva trois heures après, alors que j'avais presque fini de ranger mes affaires.

Un assez beau mec, blond, les cheveux en brosse, baraqué, habillé d'un sweat blanc et d'un jean. Il me dit bonjour et entreprit de s'installer. En passant, il grimaça devant ma collection de livres et de cd. Ça commençait mal.

Durant l'après-midi, je liais connaissance avec lui. Loïc était quelqu'un de sûr de lui, limite frimeur, et il s'avéra rapidement que nous n'avions absolument rien en commun. Il aimait le foot, les filles, la techno et le joint. À part le joint (il m'arrivait d'en fumer de temps en temps), j'étais complètement indifférent à ses centres d'intérêt. Nous en partageâmes un, histoire de débuter sur de bonnes bases.

Puis, histoire de m'impressionner, il me raconta dans le détail sa nombreuse liste de conquêtes, liste qu'il avait à mon avis grossie démesurément.

Lorsqu'il arriva à la fin de sa prétendue collection de filles – il ne m'avait épargné aucun détail, il me demanda :
- Et toi, les filles ?

Qu'allais-je dire ? Que je ne parvenais même pas à bander quand j'en voyais une à poil ?

Voyant mon embarras, il me demanda avec un ton moqueur :
- Tu es puceau ou quoi ?

Je levais les yeux au ciel. Oui, j'étais puceau. Et après ? Qu'est-ce que cela pouvait lui foutre à cette pauvre tâche ?

- Tu ne serais quand même pas pédé ? reprit-il, d'un ton où pointait une certaine agressivité.

Oh, putain. Mais je t'emmerde ! pensais-je.

Histoire de le calmer, je lui expliquais les aventures que j'avais déjà eu avec des filles, sans lui dire bien sûr que je n'avais jamais consommé avec l'une d'entre elles.

Le reste de la journée se passa à finir de nous installer, non sans que Loïc n'ait insisté pour me faire écouter ses musiques, qui me firent d'ailleurs plus penser à du vacarme qu'à de la musique.

- Bon, ben, je crois qu'il va falloir qu'on achète des casques, conclut-il lorsqu'il vit mon expression blasée.

J'opinais de la tête.

Vint le moment où il fallut se mettre au pieu (tard dans la nuit : nous avions regardé un film, puis j'avais bouquiné pendant qu'il se fumait des joints). J'eus l'occasion de constater que Loïc n'était pas quelqu'un de très pudique, puisqu'il se mit à poil dans la chambre pour se coucher, alors que j'étais allongé sur le lit et que je lisais.

Il va sans dire que ce spectacle m'arracha à ma lecture. Son torse était musclé, bronzé et complètement imberbe. Ses deux tétons se dressaient fièrement, rouge clair, et une envie folle de les lécher me prit. J'ai toujours fantasmé sur les tétons. Ses poils pubiens étaient peu nombreux, bouclés, et aussi blonds que ses cheveux. Sa bite était magnifique. À la différence de la majorité de ses semblables (dont la mienne), qui ne font rien d'autre que pendouiller tristement au repos, la sienne donnait une impression de grâce et d'harmonie. Elle était longue et fine, non circoncise, et la peau ne laissait qu'entrevoir un gland prometteur, qui, j'en étais sûr, devait se déployer majestueusement dès lors qu'il était sollicité.
Voyant que je le regardais, il se tourna vers moi et me dit :
- Ça ne te dérange pas au moins que je me mette à poil devant toi ?

J'eus envie de lui répondre qu'il pouvait rester nu devant moi toute la journée s'il en avait envie, mais je ne voulais pas éveiller les soupçons.
- C'est bon, répondis-je. On est entre hommes après tout.

Je m'efforçais de détourner le regard, histoire de ne pas trop éveiller les soupçons. Inutile de dire que du côté de l'entrejambe, ça bougeait pas mal. Mon membre avait subitement décidé de stopper sa grève syndicale. Et il était clair que celui-ci n'allait pas me laisser m'endormir.

Je me suis levé et je suis allé dans la salle de bain. Après m'être enfermé, j'ai enfin pu déboutonner ma braguette et laisser s'exprimer le bel animal qui emplissait mon caleçon. Je ne me suis pas vraiment branlé pour jouir, mais plus pour que ma queue arrête de bander de façon gênante et me laisse dormir. Quelques caresses préliminaires, histoire de bien motiver l'engin, et j'attaquais le mouvement de va-et-vient. La scène de tout à l'heure me servant de film porno, il ne me fallut que quelques minutes pour que mon gland laisse couler son sperme dans ma main.

Je revins à poil dans la chambre, jetais un regard discret à mon compagnon, mais celui-ci s'était glissé sous ses couvertures, si bien que seule sa tête restait visible.

Un poil dépité, je me laissais glisser dans mon lit (j'aurais préféré aller dans le sien !) et je fermais la lumière.

Beau, homophobe et chiant, ce mec a toutes les chances de devenir une véritable torture, pensais-je avant de me glisser dans les draps de Morphée.

Suite

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