Éloge du corps masculin
par Naël
à Julien.
Tu sors avec une lenteur calculée de l'eau salée, qui est désappointée de ne plus avoir pour hôte ton corps magnifique, ton âme si généreuse, tes expressions vibrantes de franchise. Plusieurs gouttes essaient vainement de se raccrocher à toi, comme si elles voulaient te convaincre de rester encore un peu à l'intérieur de leur mère. L'une d'elles est particulièrement ingénieuse. Elle a tout de suite compris comment faire durer le plaisir. Résignée, elle sait qu'elle ne pourra pas te forcer à retourner te plonger avec volupté dans la mer. Je la vois ainsi descendre le sommet de tes cheveux couleur d'or désormais plaqués sur ton front. Elle a bientôt trouvé l'un de tes fils dorés comme point d'appui et se met à le descendre calmement, comme une barque qui descendrait un cours d'eau au crépuscule.
Arrivée à la pointe de ton cheveu, elle a comme un instant d'hésitation, puis finit par se décider à poursuivre sa route. Le voyageur éprouve toujours un bref moment de nostalgie avant de continuer son périple. Plusieurs secondes s'écoulent tandis qu'il pense : le voyage fut tellement beau jusqu'ici ! Et il lui prend l'envie d'arrêter de marcher, de rester pour l'éternité dans l'endroit qu'il connaît, savourant tout ce qui fait son charme. Mais le voyageur, invariablement, tourne ensuite sa tête vers l'inconnu, et pense : Ce qui m'attend est peut-être encore mieux ! Et il continue à avancer
Tel est sans doute le raisonnement qu'a dû suivre la goutte, puisque cette brève période d'indécision passée, elle quitte enfin la pointe de ton cheveu pour couler sur ta peau juvénile, communiant avec tes pores qui se sont ouverts tout grands lorsque tu es entré dans la mer. Elle poursuit son parcours, heureuse, et l'on a l'impression que rien ni personne ne pourrait la faire dévier
Avant de buter sur la muraille de ton sourcil. Mais quelle douce muraille ! Aucune violence dans l'impact. Elle se contente de modifier la trajectoire de notre amie. Ton sourcil a pour but de protéger ton il. Et il s'acquitte de sa tâche, imperturbable, même lorsqu'il aimerait faire autrement. Notre goutte voit ainsi son chemin être canalisé, changer, bien malgré elle, mais elle ne peut que subir
Elle contourne ainsi ton il, et se retrouve comme propulsée sur ta pommette. À ce moment, je me suis dit que, comme toutes les autres voyageuses qui sillonnaient ton corps, celle-ci allait poursuivre à la verticale et s'écraser mollement. Mais c'était oublier que cette voyageuse-là était sans nul doute d'une intelligence largement supérieure à ses semblables. Faisant preuve d'une grande originalité, elle bifurque ainsi et poursuit son chemin de façon oblique, dévalant les chaleureuses montagnes russes que sont tes joues, lissant les rares racines de poils qui commencent tout juste à pousser. Et elle finit le voyage en apothéose, puisqu'elle atteint les fines commissures de tes lèvres.
Tu entrouvres légèrement la bouche de surprise, et tes sourcils esquissent une interrogation. C'est seulement à ce moment-là que je m'aperçois que tu n'avais pas pris conscience du trajet extatique que notre voyageuse accomplissait sur ton corps. Cela m'attriste quelque peu, mais la seule vue de ton expression me rend toute ma bonne humeur. J'aime voir les expressions de surprise, de joie ou de rire mettre en valeur chaque parcelle de ton visage. Chacune de tes expressions est unique, quand bien même elle exprimerait un même sentiment. Je ne me lasse jamais de redécouvrir chaque jour ces infimes variations sur ton visage angélique.
C'est malheureusement la fin du voyage pour notre goutte, puisque sans pitié, tu l'absorbes à l'intérieur de ta bouche.
Mon regard descend inexorablement, détaillant tes épaules magnifiques et bien formées, ni trop larges, ni trop étroites, subtil mariage de puissance et de grâce. Elles sont mises en valeur par ta peau mate, qui s'acharne à se protéger du soleil auquel tu adores l'exposer. Tes côtes saillantes forment de fines bosses sur les côtés de ton torse, entre lesquelles sinuent de délicieuses petites vallées. Ah ! Si tu savais comme j'ai envie d'embrasser ces collines et ces vallées !
J'en arrive maintenant au nombril, seul témoignage du fait que tu ne sois pas un être divin, et moi qui, un instant, en avais douté, me rassure progressivement. Ce petit bout de peau plissée affirme que tu es bien réel, que tu n'es pas une quelconque divinité grecque en train de te jouer de moi. Il proclame ton existence terrestre, ce qui est à la fois une source de joie et de tristesse. Ainsi je sais que je pourrais te toucher, que ton corps ne se dissipera pas en une fine fumée blanche dès que mes mains s'en approcheront. Malheureusement ce simple fait t'assujettit aux contraintes de l'existence terrestre, et rien que le fait de savoir que tu vas vieillir puis mourir me cause une douleur quasi insoutenable. De quel droit puis-je me réjouir de ta mortalité ? Je crois que je ne suis qu'un égoïste. Il aurait mieux valu que ta beauté soit préservée à travers les âges.
Une très fine touffe de poils noirs part de ton nombril. Elle s'épaissit au fur et à mesure de la descente, jusqu'à devenir une véritable forêt un tantinet sauvage, un tantinet mutine, bref une forêt enchantée dans laquelle je donnerais tout pour m'y perdre.
Ton membre majestueux repose délicatement sur ses deux coussinets de satin. Il dégage une impression de force tranquille. Son sommeil est toutefois très léger, et quelques secondes à peine lui suffisent pour en sortir. Mais pour le moment, il se contente de somnoler doucement, attendant paisiblement et sereinement. Je lui dédie un petit baiser, avant de reprendre mon exploration.
Tes jambes et tes pieds viennent parachever le chef-d'uvre, leurs courbes sont fermes et voluptueuses à la fois, quelques poils blonds reflètent le soleil, elles sont parsemées d'or.
Mon regard remonte lentement, savourant à nouveau chaque détail de ton anatomie. Lorsque je reviens à ton visage, les vagues de la mer te rattrapent soudain et viennent mouiller tes pieds. C'est à ce moment-là que je comprends enfin : si la mer voulait te retenir, ce n'était pas par bonté d'âme, mais par jalousie. Tes yeux bleus sont le plus profond océan du monde, et je m'y noie avec plaisir.
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