Les mots font scandales
de Olivier-Yves Ibrahim


J'aime sa poitrine, elle est glabre et déjà cadavérique
Elle est glauque, imberbe et pour toujours figée dans les arts
Elle ne ressemble plus à quelque chose de maléfique
Mais pourtant, elle hante mes nuits insomniaques et diffamatoires.

La pose n'est pas érotique, nonobstant elle obsède
La tête retombe avec une humilité et une douceur superbes, contre l'épaule maigre
Je me souviens encore de ces vieilles bigotes toutes aigres
Moi je lui trouvais une sensualité qui éveille des remèdes

C'est un mystère mêlé de mysticisme et de misère
L'âme humaine est un crime que je n'ai pas commis
Les cheveux longs et sales, la coiffure éprise d'épines
Je sens ma piété s'envahir de quelque érection amoureuse

La poitrine a des trous, elle me fait penser au soldat de Rimbaud
Je sens les parfums âcres de ceux de l'éther
Cette nuit ne termine plus elle me prolonge encore un peu
Et Toi, Crucifié amoureux, tu m'aides à passer l'ennui...
(Un bouquet de glycines)



L'amour est mort


Ce poème devrait être interdit plus tard (ce soir)
Il sent le poids des espoirs et du désespoir
Il sent le soufre amer le souffle court de la mer
Et l'abject poison de tes suicides délétères

J'ai mis fin à mes amours la semaine dernière
Mais un autre jour a point au point d'être éclair
Je ne suis qu'un mensonge de mon âme déchue
Mon cerveau que l'antithèse de mon corps déçu

Pauvres haillons, où donc vous enfuyez-vous là?
N'êtes-vous pas que de simples carapaces fugaces
L'amour est mort guerre à son âme paix pour les pieux

Ca sent la souffrance d'un Christ couronné d'épines
Ca semble la fin d'un monde qui n'a jamais eu d'hymne
Si les anges sont courageux je n'suis pas de ces cieux
(Un bouquet de glycines)



Colombe noire
(version pour Michal)



Où t'envoles-tu, Colombe noire et fragile ?
Dans la nuit, toutes les colombes paraissent noires,
Pourtant sous la lune, aux ailes dorées de miroirs,
Mon cœur, mon amour aux vents souples s'envolent fébriles…

Je voudrais tant confondre ton corps en voiles futiles
Les mélanger à des philtres indélébiles,
Je voudrais caresser ta peau avec la fumée magique
D'un bâton d'encens, couleur de santal et tantrique

Perles de désirs, pourquoi ne tenez-vous pas
Aux lèvres langoureuses de cette colombe peinée
Elle s'évade seule indépendante et adorée
Voulant oublier qui l'a aimée cette nuit-là

Mais cette nuit se donne des airs d'éternité
Et si après tout, loin de ta voix je fuyais ?
Mais si pour toi je me faisais démons et anges
Lascive mésange, aux couleurs d'un amour étrange

De l'autre côté de la galaxie, où voles-tu ?
Je voudrais te porter de là des baisers crus
Colombe noire, tu es mon plus bel amour
Est-ce que tu sais qu'il rime avec toujours ?

Mais tu dois t'enfuir là-bas…
Et tu t'enfuiras.

Oublier ton feu et pourquoi je t'ai aimé
Tu es la lame du couteau qui effaces mes plaies
Et moi je ne suis que l'âme qui vogue sur tes vagues
Voyage vers tes vertiges et tes yeux si vagues

Je t'aime à ne plus respirer

À en couper au vent son souffle d'été…
Et je m'enfuirai là-bas.

Colombe noire et silencieuse, où voles-tu ?
Ignorant mes messages, l'autre moi et son nu
Où t'envoles-tu vers quelles brumes et quelles plaines ?
Connais-tu les spirales les dédales de mes veines

Et je m'enfuirai là-bas
Oublier ton amour envolé
Te laisser libre d'aimer
D'autres souffles d'autres étés…

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