 Sur le sable (2)
d'Othello
J'ouvre les yeux, les néons blancs au-dessus de mon lit m'aveuglent, je ne sais plus où je suis. J'essaie de rassembler mes souvenirs, mais rien. Où suis-je ? Le bip répétitif de l'électrocardiographe m'agace. Depuis combien de temps suis-je ici ? Je suis paniqué, je ne comprends plus rien. Une infirmière s'approche. Des souvenirs me reviennent, La sonnerie du téléphone, Yann, les cachetons. Elle se penche vers moi et me demande si je vais bien. Je fais signe que oui, Je suis un peu groggy.
Je suis dans le service de réanimation, comment je suis arrivé là, c'est un mystère. Cela fait une semaine que je suis ici. J'étais dans le coma. Le médecin chef fait sa tournée, il voit que je suis réveillé. Il se tourne vers moi et me dit :
- Un jour de plus dans le coma et c'était la fin.
J'ai raté mon coup, je suis encore vivant. Le cauchemar continue.
On me change de service, ma mère m'attend, il va falloir fournir des explications. « Pourquoi ? » Me demande-t-elle.
Je n'ose lui répondre, comment lui avouer ? Comment lui dire mon terrible secret ? Comment pourrait-elle encore m'accepter ? Si je lui disais tout, je serais la honte de la famille, ce serait un trop grand déshonneur pour elle et pour l'ensemble de la famille. Il faut avouer que lorsqu'on est domien, habitant un Dom, il n'est pas facile de s'affirmer. Être homo est pire qu'être assassin. Tout est régi en vertu de la famille. De plus, la religion possède un très grand pouvoir de persuasion. Ma famille étant issue d'une longue lignée de catholiques très fervents, cela aurait été le déshonneur le plus complet. Avouer, c'était prendre le risque d'être renié. Que faire ? Je n'avais pas vraiment le choix, garder mon secret et mes souffrances. J'entre dans un mutisme le plus complet, je ne dirai rien. Elle commence à crier, à pleurer, à me dire qu'elle est ma mère, elle me secoue mais rien à faire. J'ai mal, car j'ai conscience que je la fais souffrir, mais je n'ai pas le choix. De dépit, elle s'en va et ma laisse face à mon désarroi.
Cela fait deux jours que je suis dans ce service, le pédo-psy passe, on discute, je lui dis comment cela se passe à la maison, mais ne lui parle pas de ce qui me tient le plus à cur, mon homosexualité. Il prend la décision, avec l'accord de ma mère, de m'hospitaliser dans le service de pédopsychiatrie. C'est tout nouveau pour moi, on s'occupe de moi, je n'ai rien à penser. Au fil des jours, je me sens de mieux en mieux. Ma famille passe me voir, je me sens, pour la première fois, exister. Deux semaines déjà, il faut envisager une sortie, cela me fait peur. J'allais retrouver tout ce que je rejetais. Une question, cependant, me trotte dans la tête, le collège.
Je sors la semaine suivante. À la maison, ma mère fait des efforts pour que j'aie une vie d'adolescent comme tous les autres, mais je me rends compte que cela n'est pas facile, je fais de mon mieux pour l'aider. Mais, au fil des jours, les vieilles habitudes reprennent le dessus. Mon retour au collège est des plus laborieux, rien n'avait changé. Lors de ma fuite, Monsieur Bertrand avait appelé à la maison, mais personne n'a répondu. Ma mère l'a rappelé le lendemain lui expliquant qu'est ce qui s'était passé. Il n'avait pu élucider le mystère. Aucun élève n'avait eu le cran de dire ce qui s'était réellement passé de peur des représailles. Les choses n'étaient plus comme avant, tout le monde savait ce que j'étais. Je m'en foutais que les gens sachent mais je ne voulais pas que ma famille soit au courant. De toute façon je n'avais aucune crainte de ce côté-là, car personne ne venait chez moi et personne ne connaissait ma mère. J'avais pratiquement un mois de retard à rattraper, cela n'a pas été facile. Les tâches à la maison, mes devoirs et mon travail en retard étaient autant d'obstacles à surmonter pour mes frêles épaules.
Au moment de me coucher le soir, je m'enfuyais dans mes rêves. Je rêvais du prince charmant qui m'emmènerait dans son château, qui me prendrait dans ses bras et qui me dirait que tous mes soucis sont finis. Je veux aimer et être aimé. Je m'enfermais de plus en plus sur moi-même, je faisais ce que j'avais à faire à la maison et au collège et il ne fallait rien me demander d'autre.
Un matin, en entrant dans ma classe, je m'aperçois qu'il y a un nouveau. Il est beau, je n'ai jamais vu une beauté semblable. Il devait faire environ 1 mètre 85, des cheveux blonds, des yeux verts. Je reste figé, c'est le choc. La terre se dérobe sous mes pieds, je tombe
Mais une voix me rappelle à l'ordre.
Tout autour de moi, je croise des regards et des chuchotements. Mais je devine ce qu'ils doivent penser et imaginer. J'en ai rien à faire d'eux, j'étais sous le charme.
Christian, c'était son nom, me regarda. Mon regard croisa le sien, c'était magique. Un regard qui vous déshabille, sous lequel vous vous sentez si petit.
Tout doucement je regagne ma place, la prof commence son cours. Je ne peux détacher mes yeux de ce bel adonis. Que m'arrive-t-il ? C'est cela le coup de foudre ? C'est la première fois que je ressens quelque chose de la sorte, cela me fait tout bizarre. Je suis parti dans mes rêves. La sonnerie me rappelle à l'ordre. L'heure est déjà finie, je n'ai rien entendu de ce que disait la prof, tant pis. Je range mes affaires, il se retourne vers moi et me fait un clin d'il. Je souris, je ne comprends plus rien. Sait-il qu'est-ce qui l'attend s'il essaie de s'approcher de moi ? Injures, coups, moi j'avais l'habitude, à force les coups ne me faisaient plus mal, mais lui, pourrait-il supporter tout cela ? Pendant toute la journée, on joue au chat et à la souris. Tu me regardes, je détourne les yeux, je te regarde, tu détournes les yeux. Les cours se terminent, je dois aller à la garderie pour chercher mes frères et surs.
Je pousse le portail de l'école, je suis encore en train de rêver. Un choc me ramène à la réalité. Je viens de bousculer un parent d'élève. Je lève les yeux.
- Christian ! Cest seul mot qui sort de ma bouche, je m'écroule comme une feuille morte.
Je reprends peu à peu mes esprits, je suis dans la garderie, il y a beaucoup de monde autour de moi. Mon frère et ma sur, une institutrice, Christian, sa mère et son petit frère. Je demande qu'est ce qui s'est passé, on me répond que je me suis évanoui en percutant Christian. Je deviens rouge de confusion, je me confonds en excuses. La pendule sonne 18 heures, il faut que je rentre car les deux autres sont tout seul. La mère de Christian me propose de nous raccompagner, mais je refuse, elle insiste, je ne veux toujours pas.
Arrivée à la maison, c'est toujours le même manège qui recommence, collation, devoirs, ménage, repas, ménage, devoirs. Ce soir-là, je ne fais pas mes devoirs, j'aurai certainement une colle, mais je m'en fous car, aujourd'hui, Christian est entré dans ma vie. Dans mes espoirs les plus fous, je me mets à penser qu'il s'intéresse à moi. Le souvenir de ce que m'avait fait subir Yann, me rappelle à une certaine réalité, mais je ne peux m'empêcher de penser à lui. L'image de son sourire me plonge dans le plus grand des émois. Je ferme les yeux, il est là. C'est la première fois depuis des lustres que je m'endors avec le sourire. Je me réveille plusieurs fois dans la nuit. J'ai une trique d'enfer, je ne pourrai jamais me rendormir si je reste dans cet état. Ma main prend la direction de mon entrejambe. Je me saisis de ma hampe et je commence de lents va-et-vient. Je ferme les yeux, je pense à lui, à ses mains, à sa bouche, à son corps. Je sens que je suis sur le point de jouir, je me cambre, j'explose. Je suis obligé de mordre mon oreiller pour ne pas gueuler, ce qui décuple mon plaisir. J'ai l'impression, que mon gland n'arrête plus de cracher, j'ai du sperme plein le torse, sur les doigts. Je rapproche mes doigts de ma bouche et je commence à les lécher, je ramasse le plus possible de sperme qui est sur mon torse et il a droit au même traitement. J'adore avaler mon sperme, avec ce goût si particulier.
Le cadran de mon réveil affiche 5h45, je dois me lever dans 15 minutes. Je reste allongé profitant de ces dernières minutes de tranquillité avant le marathon de la journée. Mes pensées allaient vers une seule personne. Cela ne faisait qu'un jour que je le connaissais mais envisager une journée sans le voir était impossible. Soudain, une pensée sinistre vint assombrir ce doux tableau : la rencontre d'hier soir, il va certainement tout raconter, ils vont tous se foutre de ma gueule. Mes rêves s'effondrent, mon dieu, mon dieu, pourquoi suis-je ainsi ?
Suite
Othello
Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com

Retour à la liste des textes
Site protégé par copyright et conception
JL productions
©
2009 - Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs
respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés. Site muni du
Tag ICRA pour la protection des mineurs . Editeur : Editions Textes
Gais - Hébergeur : Olf Software |