Drogue d'amour (2)
de Paul
Effacé de la vie.
Il s'agit de la suite et fin de « Drogue d'amour » ; ce texte est entièrement autobiographique.
Mon amour pour Quentin fini un peu de la même manière que son commencement. Souvenez-vous, Quentin avait stationné le Renault Espace de ses parents devant le CDI, j'avais croisé son regard, un embrasement était né en moi. Les vannes alimentant ce feu se sont fermées aujourd'hui (samedi 14 juin 2008) à 10h26 quand le Renault Espace est sorti chargé d'affaires de la Résidence des élèves avec deux personnes à son bord: Quentin et son père.
Les élèves de première année de « mon » école d'ingénieurs finissaient les cours hier, vendredi 13 juin. Pour ma part je finis les cours dans quinze jours.
Bien sûr mon amour ne s'arrête pas d'un coup malheureusement ; la raison a juste donné l'ordre à mon cur de fermer les vannes pour stopper cet incendie ; mais mon cur, lui, va mettre quelques semaines à s'exécuter, trainant des pieds, attendant des explications que la raison est incapable de lui donner.
Que s'est-il passé cette dernière semaine me demanderez-vous ?
J'avais pourtant écrit ne plus avoir le courage d'assumer un nouvel échec et vouloir laisser le temps au temps ; je n'ai pas pu m'en tenir à cette résolution. La date du départ de Quentin approchait de plus en plus ; de ce fait, je lui tendais des perches toujours plus grandes pour me témoigner une éventuelle réciprocité d'amour. Mais je me suis aveuglé tout seul ; j'ai interprété ses comportements envers moi avec mon cur et non avec la raison ; j'y ai cru, je me suis dit cette fois-ci je crois que c'est la preuve, il m'aime
pauvre fou que je suis
c'est comme s'il m'avait claqué la porte au nez. Vendredi 13
j'ai choisi ce jour (j'aurais dû en choisir un autre me direz-vous) pour lui écrire un petit mail dont voici le contenu :
« Bel ragazzo ,
puisque ta première année s'achève aujourd'hui, je n'ai plus qu'à te souhaiter de bonnes vacances, Quentin, un bon retour sur Léognan (s'il s'agit bien de ta destination). Et j'oubliais, un stage ouvrier captivant.
Paul (
sous l'emprise de ton charme) »
En soit, ce mail n'attendez pas vraiment de réponse, sauf si l'amour était réciproque. Je n'ai pas eu de réponse : j'avais tendu la joue pour me prendre une claque, voilà tout. Je ne comprends toujours pas comment on peut rester aussi indifférent
pas un petit mot, même pour me dire qu'il est hétéro ou que je lui plais pas. Il a bien vu que j'étais épris de lui ; je crois même que ses copains avaient senti l'affaire.
C'est simple, j'ai été dupe, candide, rêveur et fou. Il n'y a pas si longtemps, en classes préparatoires aux grandes écoles, certains professeurs nous faisaient comprendre que nous étions des « élites » (je n'ai jamais été d'accord d'ailleurs
), on nous a mis plein de connaissances dans la tête pour passer les concours
nous allions être des dirigeants de la France
.et je me rends compte que finalement tout n'est que palabres inutiles : tomber amoureux fait voler tout cela en éclat, je n'arrive même pas à me diriger moi-même, je fus pieds et poings liés auprès de Quentin ces derniers temps ; que la raison est faible quand le cur se déchaine.
Je cherche actuellement des explications pour ne plus être illusionné la prochaine fois, mais « le cur a ses raisons que la raison ne connait point » (Blaise Pascal).
Je n'ai plus d'objectifs, cette histoire m'a fait devenir transparent, je ne sais plus ce que je vaux, je suis comme effacé de la vie, j'aimerais dire « je ne joue plus » ; on espère toujours que les autres nous renvoie une bonne image de nous
Quentin m'a renvoyé le NEANT absolu.
Tout cela est bien sûr momentané, la vie reprendra le dessus, je le sais ; mais la situation est tellement inconfortable, on voudrait changer cette injustice, cette impuissance.
Je pense alors à quelques paroles d'Alain SOUCHON :
« Rame, rame. Rameurs, ramez.
On avance à rien dans c'canoë.
Là-haut,
On t'mène en bateau :
Tu n'pourras jamais tout quitter, t'en aller...
Tais-toi et rame. »
Maintenant que Quentin est parti je panse mes plaies ; « loin des yeux, loin du cur », je l'espère. Il restera surement des traces de cette histoire et surtout un nouvel enseignement, un de plus.
Remarques finales : je fus peut être confus dans ma narration ; certains détails peuvent manquer sans que je m'en sois rendu compte ; n'hésitez pas à me le signaler. Je n'ai mis que les grandes lignes de cette histoire pour ne pas te perdre, lecteur, dans des éléments qui pourraient te paraître futiles. Peut-être reviendrai-je un jour pour décrire d'autres débâcles amoureuses
ou réussites sentimentales.
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