Lager et Fair (6)
de Saguilan
Flâneries dans Paris
Julie regarda le reflet de son visage déformé dans le verre de diabolo-menthe qu'on lui avait donné. Puis, elle leva les yeux vers cet écran recouvert de chiffres qui la fascinait tout autant.
c'est quoi? fit-elle, intriguée.
Comme la question n'était pas destinée exclusivement à Armand, Pierre y trouva le moyen d'y répondre:
C'est un jeu comme le loto. Tu connais le loto?
La fille acquiesça de la tête.
On tire de chiffres au hasard et ce qui ont les bons numéros sur leurs tickets, ils gagnent; expliqua-t-il.
Julie regarda à droite, à gauche, sur le côté mais; ne trouva pas ce qu'elle cherchait.
mais où sont les boules de la télé?
Armand et Pierre se retinrent de s'esclaffer pour ne pas se moquer du petit esprit à un an d'avoir l'âge de raison.
Le second dit:
Y'a pas de place pour mettre des boules partout, dans chaque endroit. C'est la machine qui sort les nombres.
Devant lui, une bouille stoïque qui était verte et ronde à l'instar de celle de Shrek-plus expressive, à la surface du verre.
Alors, qu'est-ce que tu fais à l'école?
Armand intervint:
Elle est un peu timide.
Oui, c'est un peu normal, c'est la première fois qu'elle me voit.
Ils commencent la méthode syllabique et développe la notion d'addition.
Rien a changé par rapport à notre époque?
En gros, d'après ce que j'ai compris, les enseignant se battent pour savoir s'il faut plutôt les pousser à associer des lettres pour faire des sons ou stimuler leur mémoire visuelle pour reconnaître les noms en entier, un peu à la façon d'idéogrammes, d'images.
On voit que tu t'y connais. Tu veux devenir professeur des écoles?
Oh non! S'occuper d'une classe de petits, ça doit être exténuant! Peut-être devenir prof pour les grands
Tu fais quoi comme études déjà? Je sais plus si tu m'en as parlé.
En effet, Pierre ne se rappelait pas s'il lui avait dit et il ne voulait pas commettre la bourde de quand même faire allusion à l'anglais.
Je fais des études d'anglais, en deuxième année, à Jussieu.
Donc, ce sera prof d'anglais?
Seul l'avenir nous le dira: faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué
et puis, y'a d'autres choses qui m'intéressent aussi.
Pour en revenir à la lecture, les deux processus ne rentrent pas en ligne de compte?
Y'en a qui se battent pour savoir lequel est le plus important.
Moi, je pense que comme les lettres s'associent entre elles et produisent des sons qui sont dans beaucoup identiques, ça doit avoir de l'importance. Mais, penser avec des dessins, ça n'empêche pas non plus les Chinois de lire.
Toi aussi, t'aurais fait un excellent prof, plaisanta Armand, en ne s'exprimant pas au futur mais, au conditionnel passé. Cela soulignait qu'il considérait Laurent comme plus âgé, même s'il ne lui avait pas demandé combien de printemps il avait exactement. Il travaillait d'accord, malgré tout, il aurait pu prétendre être en âge de reprendre ses études. Il n'enjoliva pas les choses, en disant qu'il pouvait toujours apprendre à 20 ans passées et quelques grosses poussières car il y avait Julie:
Elle n'avait pas l'air d'être très à l'aise dans son rôle de Totally spy mais qui sait si elle n'allait pas réagir à la coquetterie d'un papa qui se rajeunissait.
Et toi, tu as appris facilement à lire? s'empressa de savoir Armand à propos de Laurent sans préciser à qui il s'adressait car il allait de soi que seul lui était concerné.
Ca m'a pas posé plus de problèmes que ça. Mais ça ne m'a pas incité à beaucoup lire.
Ah bon!
moi non plus, je n'ai pas eu de souci pour apprendre. Par contre j'en ai eu pour l'écriture.
Pour l'écriture?
En CP, l'institutrice m'a convoqué en fin de classe, pendant la récréation, parce que je n'arrivais pas à faire le différence entre les S et les L majuscules. Elle m'a expliqué plusieurs fois leurs formes devant mes fautes répétées. Rien à faire, je l'ai tracé toujours de manière identique. Et puis, elle a craqué, elle a haussé le ton et m'a dit: « c'est pas possible, qu'est-ce que je vais faire de toi? Je vais pas te faire redoubler pour ça quand même!»
Ca a dû te traumatiser? compatit Laurent.
C'est pour ça que je m'en rappelle encore.
Au fait, tu traçais les S comme des L ou les L comme des S?
Ca, je sais plus mais c'est la même lettre à une boucle près. Ma confusion peut se comprendre.
Oui, sûrement. Moi, j'ai pas eu ce problème.
Tu veux dire que j'avais des troubles du développement psychologique, fit Armand en faisant fi de se braquer.
Non, c'était pas dans mes intentions! J'ai dû accentuer une vieille blessure; pardon.
J'm'en remettrai jamais.
Ca t'a pas empêché de faire des études de langues!
Devant cette échange loufoque, Julie se tint muette comme une carpe et remarqua que son papa avait l'air heureux, plus que dans leurs dernières rencontres.
Si ça peut te rassurer, moi j'ai mis du temps à comprendre comment fonctionnait la petite et la grande aiguilles.
Bon, faudrait peut-être arrêter de parler de ça. Julie n'a même pas commencé les choses sérieuses qu'on la dégoûte déjà de l'école.
Armand à la petite:
T'inquiète pas, tu n'auras pas de maîtresse qui va te traumatiser, ni de problèmes avec les majuscules.
Ca veut dire quoi tromatizé?
Tu devrais pas utiliser des mots compliqués devant des enfants, taquina Laurent le jeune homme.
Comment tu veux dire ça d'une autre façon? se justifia Armand.
Pierre à Julie:
Ca veut dire quand nous fait mal au cur et quand on y pense longtemps après.
Là, tu m'épates, tu as l'habitude des enfants pour trouver les mots justes?
Oui, j'ai une grande famille, s'enorgueillit Laurent.
Des neveux et des nièces, ajouta-il aussi vite.
J'ai pas pu te dire l'autre jour au téléphone: on doit faire deux-trois courses avec Julie.
Armand avait regardait sa montre pour voir s'il était dans les temps. Il en avait une, contrairement à d'autres jeunes de sa promotion car, faut-il le rappelait, il n'avait pas de portable. Elle lui était toujours indispensable pour se repérer dans la journée.
On se sera vu en coup de vent, se plaignit Laurent.
Faudrait changer nos horaires. Faut que tu me dises quand tu es libre pour que je te fasse visiter Paris. Je sais que t'ai beaucoup pris en ce moment.
Contre toute attente, le bourguignon démentit:
Pas demain, après demain. Alors si t'es libre toi aussi, tu pourras m'emmener où tu veux.
Comment ça se fait? fit Armand, étonné.
ben, on a plus besoin de moi après demain et je ne m'en plains pas!
D'accord? Je t'appellerai
On part ensemble?
Quand? Après demain?
Non, maintenant.
Non, je vais rester encore un peu.
Pour après demain, on partira de la station qui est à côté de chez moi, Gentilly, c'est juste en dehors de Paris. J't'expliquerai le programme demain soir.
On se serra la main et Julie sortit de sa réserve pour saluer l'ami de son garde à domicile: « Au revoir, Laurent
»; le nom lui avait été rappelé lors des présentations, dans ce bar à mi-chemin entre le domicile familial et celui de ce dernier.
Il y avait des commerces de part et d'autre, avec une grande surface vers le bas et des magasins asiatiques concentrés à ses alentours. L'esprit logique d'Armand et sa marche rationnelle devaient donc le conduire là-bas, plutôt qu'en haut, c'est-à-dire vers chez Julie.
Cela n'était pas certain, et il se pouvait qu'il veuille se faire les muscles sur un long trajet.
Le risque zéro, n'existant pas, il ne sortit pas de sa tanière après qu'il fussent parti, de peur de les croiser sur son chemin et prit un demi. Il avait a peine touché le café qu'on lui avait servi avant.
« Kronembourg, 1664, Grimbergen? »
Il devait choisir le demi, chez certains garçons de café, ça ne signifiait pas forcément le verre le moins cher.
« Grimbergen »
Celle-là, il ne l'avait pas encore testée.
Elle était pas mal, avec ses saveurs fruitées. Comme il ne connaissait pas son coût, il la savoura. Elle devait durer au moins un quart d'heure à cause de ses craintes qui ne s'étaient manifestées que récemment alors que c'était une source de tracasserie depuis le départ: il ne fallait pas se faire prendre et même si l'on était séparé les uns des autres, on vivait dans une sorte de promiscuité, en grande partie à cause du train. Pour avoir les idées un peu clair sur le sujet, il sortit un plan du métro de son porte-feuille:
Armand habitait à Gentilly.
Il étudiait à Jussieu.
Julie habitait en fin de ligne 7
Elle allait à pieds à l'école, même si c'était relativement loin.
Pour l'instant, il prenait un bus de la petite ceinture et marchait un peu pour la récupérer, même s'il pouvait prendre le train pour la place d'Italie en passant par Denfert Rochereau et la ligne 6.
A la Place d'Italie, Pierre prenait sa correspondance: de la ligne 6, il passait à la 5.
Quant à Anne, elle passait de la place d'Italie à Denfert Rochereau pour prendre la ligne B, via la ligne 6.
Tout cela laissait de grandes possibilités de se croiser, d'autant plus qu'à la rentrée, l'étudiant allait certainement prendre la ligne 7 de Jussieu jusqu'à la Place d'Italie!
Pierre remarqua qu'il n'avait jamais croisé Anne, mais, ça ne le mettait pas à l'abri de ne pas rencontrer Armand. Aussi, décida-t-il de dorénavant de se passer de la correspondance et de marcher un peu jusqu'à la station Campo Formio en fin ou début de journée, là où c'était risqué.
Plus familiarisé avec la géographie de son environnement qui était quelque peu différent de celui qu'il connaissait depuis deux ans, obsolète depuis quinze jours; il rangea son mini-plan.
Son demi était un événement, c'était la première fois qu'il en buvait un dans un bar. Seul, tout comme sa première bière dont il se remémora. Décidément les premières fois, se ressemblaient, à cela près qu'il n'y avait pas la quantité.
Il voulut remédier à cette carence mais le prix de la pression qu'il avait prise l'en dissuada, plus de trois eus dans la salle.
Il en sortit donc, ne pensa même pas à s'attarder au comptoir pour payer moins cher et, réalisa:
Il avait une demi-journée de tourisme et pas de congé.
Dans le RER D, il essaya de savoir où Armand le conduisait. Contrairement à ce qu'il avait promis, ce dernier n'avait pas détaillé le programme de la matinée, ni même mentionné un monument ou un musée. La ruse du rendez-vous hors de Paris était destinée à maintenir le mystère. « T'es plutôt Louvre ou Tour Eiffel »lui avait demandé le Bourguignon, alors que les règles de bienséance aurait dû faire en sorte que ce fût à lui de s'enquérir de ses goûts. De toute façon, c'était soit l'un, soit l'autre et, à l'approche de Châtelet et du fameux embranchement avec la ligne 1, Pierre pensa qu'il allait descendre.
Armand ne bougea pas d'un centimètre.
Surpris, Laurent s'exclama:
Tu m'emmènes hors de Paris. Tu sais on a dépassé la Tour Eiffel!?
Pour un provincial, tu t'y connais pas trop mal.
Ne considérant pas ça comme une marque de défiance, il ne se justifia pas de quoi que ce soit, ne prit pas la défense de ses amis d'adoption-les provinciaux « accusés » de ne rien connaître en dehors de chez eux si l'on cherchait du second degré dans la remarque, et; tarabusté, non pas par des paroles mais des silences répétés, s'écria:
Alors, on va chez un de tes amis?
Tu verras!
Rien à faire! On ne pouvait pas lui faire cracher le morceau!
Arrivé à la station de la Gare du Nord, Armand sortit de sa léthargie volontaire et passive à la fois-le trajet régulier du RER l'avait bercé l'aidant en cela à se taire, et, pointa les portes dès qu'elles furent entrouvertes.
Là, les choses s'éclaircirent un peu pour Pierre car il n'y avait pas mille lieux touristiques à la ronde.
Dans les dédales des couloirs et des tapis roulants, on se dirigea vers la petite station attenante à la Gare du Nord:La Chapelle.
Pierre feignit de ne pas savoir où on le menait:
La Chapelle? Qu'est-ce qui y'a à faire à La Chapelle?
Dans un souci explicatif, Armand l'informa de ce qu'il y avait là-bas:
C'est réputé pour ses commerces et ses restaurants indiens pas chers.
Ah, c'est là que tu m'emmènes?
On se figea près des tourniquets pour finalement se diriger vers la ligne 2.
On va au Sacré Cur? C'est dans le coin, non?
« Ca y est, il a trouvé », pensa l'étudiant, amusé par son petit jeu dont il présumait de la difficulté. Si Pierre n'avait pas supposé que l'on allait chez l'un de ses amis, là son esprit n'aurait pas été éparpillé à se demander comment il serait. Il aurait tout de suite trouvé après les Halles!
Malgré l'amusement, il fallait savoir si ça lui plairait et cela n'était pas exempt chez l'étudiant de la crainte de le décevoir:
Ca te dirait?
Oui, ça me plairait beaucoup, le conforta le provincial dans son choix.
OK!
Mais, pourquoi tu m'as conduit là et pas ailleurs? Tu aurais pu choisir un autre endroit, remarqua Laurent.
C'est simple! J'ai choisi d'y aller car c'est un des monuments les plus proches de chez moi grâce à la ligne D.
Le Sacré Cur, Pierre l'avait déjà visité
il y a longtemps, avec ses parents et ses cousins. Bien qu'il était à présent parisien à 100%(boulot+domicile) et que sa fille était en âge de gravir ses marches, il n'y était pas retourné avec elle. Et même si sur la longueur cela restait éprouvant pour des petits, il y avait le funiculaire. Les deux types de montées devaient bien sûr être accompagnées pour eux, tout comme celle dans l'ascenseur et, si Julie était rentrée seule de chez les Gianelli sans que cela ne pose trop de problèmes ou de souci à son père, c'est qu'ils habitaient deux étages plus bas. Là, elle avait donc pu emprunter les escaliers de l'immeuble-moins abrupts que ceux du monument renommé, sans danger ni fatigue. On ne badine pas avec la sécurité.
Pour Pierre, retourner là-bas aller lui rafraîchir la mémoire, à défaut de surprendre pour la première fois.
Mais, il y avait eu dans les propos d'Armand, quelque chose qui l'avait intrigué et qui l'intriguait encore: les commerces indiens, plus précisément les restaurants près de La Chapelle. Il ne se rappelait pas jamais avoir appris qu'il y en avait dans ce quartier. Peut être l'avait-il su et l'avait oublié. Toujours est-il que la nourriture indienne-contrairement à la chinoise ou à l'italienne- était pour lui un continent inexploré et qu'il avait des envies de faire des découvertes aujourd'hui.
Ainsi, comme c'était une journée à marquer d'une pierre blanche, il suggéra:
On y va, mais après on mange indien.
Ceci chamboula quelque peu les plans d'Armand car il voulait lui faire découvrir la brasserie d'Amélie Poulain, mais, il accepta. Après tout, c'était aussi sa demi-journée.
En sortant de la bouche de métro d'Anvers, l'étudiant demanda à Laurent s'il voulait prendre le funiculaire.
Le quoi? fit-il, toujours pris dans son rôle de provincial qui commençait à lui plaire.
C'est un petit train qui monte la pente du Sacré Cur.
Tu viens de m'éclairer la lanterne. Depuis que je suis à Paris, je me suis demandé ce que c'était ce petit trait sur le plan du métro.
Maintenant, tu sais!
Laurent se mit presque à sur-jouer:
Je savais même pas que ça exister.
Loin de se moquer, on lui fit remarquer que c'était normal, que l'on était pas obligé de connaître tout sur tout.
On commença l'ascension de la butte Montmartre avec la rue de Steinkerque. On s'arrêta au trois-quart dans une chinerie car un dessin dans la vitrine avait attiré le regard d'Armand. On y voyait une rangée de chiens, dont des caniches, entrain de pisser, les deux pattes de derrière solidement arrimées au sol, dans une rue parisienne, peut-être du coin. Le tout était un rien kitsch, dans des tons pastels, plaisant mais pas de mauvais goût. Du dehors, l'étudiant n'avait pas pu trancher sur la question de sa nature-uvre originale ou reproduction.
La tenante des lieux fut catégorique: c'était un original. A sa base, en guise de signature, il y avait un gribouillis incompréhensible. On devinait un P, un R, un T, pour le reste; il fallait être déchiffreur de hiéroglyphes.
Le prix de l'uvre ne paressait pas si cher que ça aux yeux de l'étudiant-environ 15 eus; c'est pour ça qu'il avait hésité sur son authenticité.
On souligna qu'elle avait été faite par un apprenti-peintre de la capitale et qu'avec un peu de chance il prendrait de la valeur. On ajouta que ce genre de dessin fait à base d'aquarelle partait en général très vite. Le potentiel acheteur dit qu'il repasserait, ce qui rendit encore plus aimable la brocanteuse, même si elle n'avait pas besoin de l'être. Son « passez un bon moment à Montmartre», fut pris comme une permission à disposer, sans se sentir redevable de quelque chose car; tout était virtuellement fait. Il y avait la promesse de revenir, comme un à-valoir non versé mais qui de toute façon le serait à sa juste valeur, sans sensation d'avoir fait perdre du temps à quelqu'un.
Chez le jeune homme, rien à voir du client qui accapare un vendeur pendant un demi-heure pour, au bout du compte, sortir sans aucun sac pendu aux bras. Ce type de consommateur qui consommait sans consommer, plutôt à travers le fantasme d'avoir tout et le pouvoir de dire non, n'était même pas par ailleurs un tantinet scrupuleux. 5 fois sur 10, il n'était pas travaillé par le remords de ne pas avoir permis à un honnête être humain de gagner sa pitance.
Et pour l'autre partie, il n'y avait pas eu de numéro particulièrement dithyrambique pour contraindre le choix.
Pierre avait assisté à la scène sans broncher et, une fois n'est pas coutume, n'avait pas cherché le mal partout:c'était une brave dame et il se pouvait bien que ces dessins étaient très prisés.
Une fois sur les marches centrales, Laurent n'aperçut par très bien le funiculaire. Dans ses souvenirs, on le voyait mieux. On décida d'aller voir la chose de plus près, en utilisant le chemin de traverse qu'était le gazon vert, sur la gauche. A la base et tout au long du parcours, il avait bien des allées transversales qui longeaient chacun des côtés de la racine mère du milieu, en particulier près du « petit train», qui se réunissaient et fusionnaient avec elle, mais ils étaient affectionnaient par des chiens ou des clochards qui y urinaient, voire des touristes à cause de leur relative isolement. Destinés à la base à désengorger le flux principal de visiteurs, ils étaient devenus des WC publics puant qui, pour cette raison, n'avaient pas emporté les faveurs du guide Armand dont la préférence allait plutôt pour les caricatures de toutous
plus drôles et non-odorantes!
Arrivé au pied de la Basilique, on se retourna pour admirer la vue parisienne, la Tour Eiffel et les Invalides à droite. Comme Laurent n'avait pas rajeuni et voulu faire l'attraction du funiculaire même en se rapprochant d'elle, Armand ne lui suggéra pas de le faire en plus grand grâce à la longue vue, qui était mise à cet effet à la disposition des « pèlerins », moyennant quelques piécettes. Quant à lui faire acheter des cartes, c'était aussi quelque chose de sensible. Il fallait paraître naturel, sans vouloir à-tout prix vendre la brochure de Paris et sans que ça paraisse être une journée de shopping.
Et avec son coup de cur pictural, l'étudiant avait vraiment l'air d'un touriste, plus que le faux-bourguignon, qui ne se laissait pas aller à des effusions de « japonais», premièrement, parce qu'il n'était pas très expansif mais aussi pour ne pas se montrer ridicule.
On entra à l'intérieur du Sacré Cur et comme le recueillement était un pré-requis pour cela, on se tût. Pierre fit mine de s'intéresser en lisant les plaquettes explicatives correspondant à des figures de saints. On s'assit quelques minutes, en face de l'autel principal où il n'y avait aucun office. Le plafond voûté orné d'un grand christ était plus saisissant que ce dernier et Laurent le fixa à plusieurs reprises, ce qui rendit ravi Armand. Enfin, on pouvait distinguer une émotion autre que celle de la neutralité sur son visage. Même si Dieu était une lointaine affaire pour lui, il devait reconnaître que ce Christ avait quelque chose d'hypnotisant. C'était un détail qui ne l'avait pas frappé à l'époque, alors que l'on est normalement plus réceptif à ce genre de choses quand on est tout minuscule par rapport à elles. Il chercha une explication à cela: Christian et Jérôme avec qui il jouait l'avaient-ils empêché de voir plus loin que le bout de son nez? Quelqu'un de plus grand que lui avait-il gâché le céleste paysage?
Au moment où se formèrent ces scènes qui par le pouvoir de l'imagination devenaient ou redevenaient des souvenirs du passé, en s'octroyant la vie, même si rien de tout cela ne s'était produit dans la basilique-expérience presque hallucinatoire, Armand chuchota:
On part?
Oui, fit Laurent en se levant lui aussi et en regardant une dernière fois le Christ
pour avoir un nouveau souvenir gravé dans sa tête, cette fois, vrai.
Suite et ultime étape de la visite de Montmartre:
La Place du Tertre avec ses peintres disposés en carré et, ses modèles, pas toujours très beaux, entourée d'hôtels à la façade rouge.
Un artiste suscita plus d'intérêt de la part d'Armand et de Laurent: il dessinait le portrait d'une fillette très ressemblant. Puis, il continuèrent autour du groupement, à n'en plus savoir donner de la tête, car il y avait une multitude de paysages sur des panneaux.
Vinrent les« faiseurs de silhouettes » qui impressionnèrent par leur dextérité.
Armand s'aventura à pousser Laurent à se faire « couper»:
Tu as un très beau profil, tu devrais essayer!
Il ne s'agissait ni de cartes postales, ni de longue vue et par l'originalité de la chose, il espérait qu'il acceptât de le faire.
Après un début de journée placé sous le signe du recueillement, c'était aussi le moyen de parler un peu.
Il est peut-être beau mais je ne suis pas du tout narcissique
, se défila étrangement Laurent en stipulant qu'il n'accordait pas trop de crédit à l'apparence.
C'est pas seulement une question de beauté, ton apparence risque de changer dans quelques décennies et ça serait bien de garder une trace de ta jeunesse, argumenta le plus jeune des deux.
Tu veux dire que je vais mal vieillir?
Non, je disais ça en général.
En un rien de temps, les railleries que l'on faisait sur les belles femmes qui allaient devenir de vieilles peaux avec la chute après le décollage, contrairement à d'autres qui ne changeaient pas grandement avec l'âge- faute de n'avoir jamais été ravissantes, s'imposèrent sans qu'il le veuille au garde à domicile. Avait-il été là un esprit trop soucieux des réactions des autres ou ce fond d'humour lui était bien connu pour avoir été pratiqué?
Ni l'un, ni l'autre: il y avait quelqu'un qui le pratiquait a peu de choses près, mais, pas lui-Fred.
Ca ne me fait pas peur de vieillir
Là, Laurent avait désamorcé tous ses effets censés être ravageurs et pour cela, il gagna des points dans l'échelle de valeurs d'Armand. Mais à cet instant, ce dernier n'avait aucune idée de toutes les pensées torturantes qui l'amenaient à cette conclusion.
Vieillir, abandonner le poids de l'apparence pour rentrer dans une aire plus sereine, sans avoir à se justifier, marcher dans la rue sans que des regards vous dévisagent
Malgré la réplique qui aurait dû lui clouer le bec et dont il ne négligeait pas la portée, Armand revint à la charge:
Ca ne te fais pas plaisir de revoir tes photos de jeunesse?
Oh non, j'était vraiment trop blond avec une coupe au bol.
On ne saisit pas l'importance du complexe de Laurent, qui se livrait pour la première fois sur ce sujet, puis on abdiqua:
D'accord, on va pas se mettre d'accord sur ce point, tu as des arguments mais je partage pas totalement ton avis.
Bon, on va à La Chapelle. Y'avait bien un musée de l'érotisme pas loin à te faire visiter mais, j'ai vraiment les crocs, ajouta Armand.
Dommage! Ca aurait fait une bonne transition après la Basilique! ironisa son interlocuteur.
Et il fallait bien reconnaître que Montmartre était un quartier éclectique, fréquenté par des gens qui étaient obligés de passer du coq à l'âne, non pas sans raison mais pas de son propre chef. Les allées de la ville, où l'on flânaient nous conduisaient à notre insu dans des lieux divers qui nous obligeaient à faire le grand écart, même si l'on était pas souple. Passer de la soutane à une combinaison en cuir, où d'autre pouvait-on le faire?
Alors qu'ils vagabondaient sur le Faubourg Saint-Denis pour trouver un restaurant digne de ce nom, Armand et Pierre croisèrent plutôt des échoppes de sari ou de musique et films. Même si le garde à domicile avait déjà traîné là-bas à l'occasion, il n'avait jamais osé tenir pour de vrai une comédie musicale d'Arjun Rampal. Et une fois demandée, il fallait probablement l'acheter. On allait pas conclure en remerciant gentiment le vendeur, parce qu'on voulait uniquement voir la jaquette. Alors pourquoi n'y irait-il pas pour tout simplement en acheter une? C'est que ce genre cinématographique était réputé interminable, avec plus d'une demi heure de chansons, deux heures minimum d'action, le tout dans une belle langue mais que l'on ne comprenait pas.
A bas les hésitations, il saisit l'opportunité qui se présentait à lui. Un rapide coup d'il sur les nouveautés Dvd exposées contre le mur qui longeait l'entrée. Pas d'Arjun Rampal en vue. Ensuite, il aurait vécu un sacré moment de solitude s'il n'y avait pas eu au milieu de grands bacs où se trouvaient des films pêle-mêle, obligé de sortir illico presto.
Il les fouilla donc de font en comble mais ne tomba pas sur ce qu'il désirait.
Comme il avait un comportement un peu mystérieux, Laurent lui demanda:
Tu cherches quelque chose?
Oui, un vieux film, dit-il; en cachant ses véritables intentions.
En fait, ce qu'il voulait, c'était un film tout court de son acteur basané préféré, qu'il aimait sans même avoir vu le jeu dramatique. Ancien ou récent, peu importait.
Après quelques minutes d'ultime vérification, il ressortit bredouille et pensa qu'il n'avait pas d'actualité pour le moment.
Pourquoi n'avait-il pas parlé de lui?
Car il était entre autres choses la cause de rupture d'avec ses ex-relations gaies.
Tout était parti de la première, Sébastien. Quand il lui avait montré ses photos téléchargées à partir du net, il les avait trouvés trop soft à son goût, malgré certaines où il était torse-nu, en arguant que, de nos jours, on voyait des choses beaucoup plus existantes. Armand lui dit de se rappeler de ses premiers émois sexuels, en solitaire. Comme s'il avait eu une quarantaine de balais, il lui avait répondu que c'était bien loin pour lui.
Tout cela n'était pas venu sur le feu tout de suite. Ni sur le tchat dont la mixité garantissait qu'il n'était pas mal famé, ni au cours des rencontres qu'Armand avait initiées pour entendre, voir, tout simplement, quelqu'un comme lui.
Un peu à la manière de Laurent, il avait été à l'affût d'une relation qui se voulait plus amical qu'autre chose car, pour lui, parler de goûts et, plus largement de la problématique homosexuels, était aussi important que de tomber amoureux, voir plus. Et le garçon avait semblé être bien sous tout rapport; d'autres n'avaient pas franchis le stade de relation virtuelle, avec échange d'adresse e-mail. Etudiant tout comme lui, il avait été plus qu'un pseudonyme.
Et après quelques mois, Armand n'avait plus trop tchaté, s'endormissant sur ses lauriers et ne cherchant pas à développer son carnet d'adresses. De toute façon, l'autre avait une tonne d'amis.
Et quand il se coupa de l'un, il s'éloigna des autres.
Avec le recul, il n'y avait pas grand chose à dire de cette période de la vie d'Armand, en tout début de première année. Sébastien ne méritait qu'une note en fin de page, un paragraphe dans un roman car il avait bien des défauts comme être volage et, sans qu'il le sache, Armand aurait fait un bon amuse-gueule.
En parallèle, Fred était devenu de plus en plus sympathique et, chez lui sa grande gueule et ses sarcasmes, cachaient un tout petit bonhomme pas sûr de lui.
A l'intérieur du petit restaurant qu'ils avaient choisi, Armand demanda à Laurent son âge qui le communiqua aussitôt
à 3 ans près: « 24 ans». C'était pour le plus jeune le meilleur des âges comme il ne manqua pas de mettre en valeur: « Juste assez pour avoir connu les Transformers, les débuts de la dance et, pas trop, puisque cela l'aurait obligé à faire le service militaire ».
Pierre se rappela de son report car il y avait Julie. En bon maître du foyer, il devait subvenir au besoin de tous, même s'il y avait eu les parents pour aider. Après qu'Anne eût trouvé un emploi, on ne l'avait plus trop embêté avec ça et il avait été exempté. Comme quoi ça avait du bon de faire des enfants précocement.
Avoir connu les Transformers et pas seulement les jouets, mais toute la série animé de ces robots qui se métamorphosaient en voitures, en avions, en dinosaures; c'était un plus inestimable. Armand ne pouvait pas savoir que c'était un vétéran, un vieux de la vieille, encore plus vieux qu'il ne le supposait; spectateur de la première heure.
De même, lorsque la dance atteignit son apogée, il n'était pas un pré-adolescent mais bien pubère. On l'avait invité à une surboom en 1993. Il n'y était pas allé car cette musique ne l'intéressait pas. Cette fête se voulait clore l'année de 3ème qui avait été riche en « péripéties », dont un voyage à Caen car la seconde guerre mondiale était au programme, et , il n'eut que les félicitations de ses parents pour unique tremplin et soutien avant la seconde générale.
Ses surs connurent une période East Seventeen et Backstreetboy's dans la foulée, de courte durée, car, elles étaient relativement plus toutes fraîches et les paroles à l'eau de rose ne les bouleversaient plus. Elles avaient roulé leurs bosses et fréquentés des garçons.
Les années 90 avaient été plus chiche en chanteuses dénudées. Il y en avait eu de sagement vêtues, le plus souvent pour faire des one shots. Une mention particulière a deux d'entre elles, membres d'un groupe suédois qui avait sorti plus d'un album.
Mais, pas d'équivalent de la plantureuse Sabrina et de son maillot deux pièces trop petit.
Nous parlons « d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître», de coco girls, de pin-up qui se dé-feuilletaient lentement devant l'approbation général, sans que cela ne choque ou ne remette en question l'ordre familial, dans la décontraction la plus totale, avec les enfants.
Les beautés suédoises sur lesquels il avait fantasmé notamment en repensant à l'un de leur poster placardé sur la chambre de sa sur qui avait le moins d'écart avec lui, étaient aussi des scandinaves.
Le nord de l'Europe était pourvoyeur de splendides créatures et Armand et Pierre auraient pu se mettre d'accord sur le sujet, mais il n'était pas question du même sexe!
Autre coïncidence, l'une des chanteuses, s'appelait Jenny tout comme la femme de Kimi.
On pouvait y voir une sorte de prédestination magique
si l'on ne connaissait pas le dossier, si l'on était un total néophyte.
Quel garçon n'avait pas rêvé de Jenny au collège? Presque aucun. Si, bien sûr les gays tout comme Armand, qui, s'il était né en 1978 n'aurait pas été émoustillé ni par elle, ni par les coco girls.
Et sur les sites gays, les mêmes mecs revenaient.
La question qu'on se posait et qui en découlait était:
« Est-ce que l'apparition d'un canon masculin ou féminin peut orienter des jeunes en masse vers telle ou telle sexualité? »
C'était plus une peur qu'une réalité mais, le fait était que l'on était heureux quand cela se produisait d'être au premier rang, dans les meilleurs loges.
Cela ne jouait pas dans le fait d'être mais dans celui d'accepter.
Tenue d'Eve ou d'Adam ou plus qu'une pièce riquiqui, un trois pièces pour les mannequins les plus smart?
Années 80, érotisme affiché, femmes dans les rues; années 90, minets avec biscotos; années du millénaire, belles célébrités.
A n'en pas douter, même si afficher les corps nus avait ses attraits, voir émerger deux-trois beautés non formatées de l'anonymat, rares car particulières, était des plus appréciables.
Et puis, il y avait la pornographie qui pouvait attendre ou allait se faire voir. Un sexe d'homme en érection, oui mais celui de l'homme qu'on aime ou d'un phantasme personnel, pas d'un objet. Pour visualiser de tant à autre la chose, Armand avait pensé au sien et cela couplé à son imagination, donnait à ses rêveries passées, une marque de fabrique 100% perso, une intimité beaucoup plus saisissante.
S'il regardait des films X, ceux-ci devraient être censurés après les préliminaires ou devenir réel, en l'intégrant à l'amour comme si ce qui se passait dans les épisodes de la 5ème dimension où l'on devenait prisonnier d'un monde parallèle existait
Un monde de création où l'on couperait des scènes de baisers ou de corps alanguis ne dissimulant pas une nudité frontale sereine comme l'on coupait des images de catalogue pour faire toute une histoire
Tu prend quoi? questionna Armand.
Je sais pas. Je connais pas grand chose à part les samoussa.
Les indiens prononcent ça samosa. Samoussa, c'est le nom antillais.
Chuis donc plus antillais qu'indien.
Les samosa, entremets triangulaires délicieux qui avaient conquis beaucoup de pays qui se les étaient appropriés:Chine, Pays Arabes et contrées insulaires!
Les autres plats avaient des sonorités inconnues:idli, dose, vade, kottu barota et cetera
Leur composition était détaillée, pourtant, ça ne l'aidait guère à se décider.
Pour venir à sa rescousse et lui permettre d'y voir un peu moins flou, on l'aiguilla avec cette alternative:
Très dépaysant ou peu?
J'sais pas, quelque chose de plutôt pas trop dépaysant.
Cela n'était pas hors de propos. Il est un proverbe qui dit « impossible n'est pas indien» et il avait des crêpes à base de riz.
Prend un dose!
Un quoi?
C'est une crêpe exotique de riz, accompagnée de différentes sauces et d'une garniture à la pomme de terre.
D'accord!
Armand prit la même chose et détailla le contenu de chaque sauce: sambar avec des lentilles, chutney de noix de coco et purée d'oignon et de piment.
C'était très bon et aucun reportage n'était en odororama, ce qui fit pardonnait le fait qu'on ne servait pas de boissons alcoolisées, consommé si rapidement que David en oublia même le goût que ça avait.
Chez lui, difficile de s'en rappeler comme celui d'un sushi gobé pour la première fois, pourtant si particulier. Seules certitudes: il avait dit que ça valait bien les crêpes bretonnes et que c'était pimenté.
Le plafond du Sacré Coeur, quant à lui, il arrivait toujours à le visualiser à la manière d'une photo.
Le bilan de la journée était fort positif et il ne regrettait pas d'avoir inventé un bobard, un mal de tête pour ne pas aller au casse-pipe.
Cependant, alors qu'il y repensait, l'impression de devoir louper quelque chose germa en lui, un grand trou noir comme après une beuverie qui reste persistant quoi que l'on fasse.
Cette journée parisienne était destinée à parler de Julie. Cette prétention avait tourné court.
C'était ça qui avait foiré.
A vrai dire, ça ne l'avait pas tracassé car la compagnie d'Armand lui était agréable et si elle advenait à perdurer
il voulait que ça perdure.
Dans les petits rien de la vie, il y avait quelque chose de nouveau qui venait d'apparaître, et qui faisait contre-poids par rapport Julie, apaisant car détaché de tout et de la mauvaise boisson
Ce n'était pas un catalyseur, pas plus qu'un un variateur d'alcoolisation mais il pouvait s'avérer être un bon copain avec qui l'on trinque. Après le restaurant aux bonnes murs, on était allé dans une taverne indienne ou des bières étrangères étaient conditionnées de façon atypique en bouteilles de 60 cl. Devant un parterre d'habitués, d'indiens pour la plupart, Armand s'était fait remarquer et comme un moulin à parole avait parlé de tout et n'importe quoi, dans un état pas tout à fait normal même si elles n'étaient qu'à cinq degré. Le contenant faisait que l'on avait du mal à évaluer la quantité et il en avait eu pour son argent.
Là où l'on misait sur un arrêt futur, Armand était une justification immédiate
à l'utilité festive d'un bon brevage.
Voici ce qui était dorénavant la trame et l'ossature des choses.
Néanmoins, la chair voulait s'amalgamer indifféremment à l'un et l'autre et pour sortir du statut de macchabée, il fallait en avoir assez pour les mouvoir. Ces piliers, à la façon de deux jambes devaient porter Pierre, ce qui dans la réalité se heurter à leur orientation. Dans l'idéal, ils étaient droits et forts, rêvés, et là, rachitiques avec des développements contradictoires.
Avec toute la bonne volonté que l'on pouvait y mettre, le problème n'était pas tant d'accorder aux deux une intention égale que de les concilier.
Son cur était assez gros mais s'il disait tout de Julie, comment évoluerait sa relation avec Armand a qui il mentait? Il s'était inventé tout un personnage attachant de provincial et devenir en quelques instants un mari trompeur n'allait pas faire de lui quelqu'un de mieux.
Savait-il ce détail d'ailleurs? Non, Anne ne lui en avait probablement pas parlé, mais une fois au courant de qui il était, il chercherait à savoir pourquoi ils s'étaient séparés, d'autant plus qu'il voyait quotidiennement le désarroi de Julie.
Et si Pierre la revoyait un peu plus, Armand n'allait pas avoir une attitude décontractée, assis entre deux chaises en voulant à la fois lui faire plaisir et être fidèle à son employée qui lui avait donné une chance.
De plus, il fallait bien voir que l'idée de l'adultère lui traverserait l'esprit, immanquablement s'il avait devant lui un mur de silence.
Exit le plan et
« Que le mensonge dure longtemps »
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