Lager et Fair (7)
de Saguilan



Un autre long moment d'attente

En arrivant dans l'amphi, Armand serra la main de Fred qui était assis vers les derniers rangs. Le professeur de Littérature anglophone contemporaine était lui aussi à sa place, des bouquins de poche et d'autres plus gros volumes étaient empilé anarchiquement, à la gauche de son bureau.
Pour entamer l'année, La Perle de Steinbeck, qu'il fallait acheter à la fois en version originale et traduction. Monsieur Sauranlt l'exigea presque en exhortant ses élèves à ne pas regarder à la dépense. En plus, pour lui, c'était un petit livre qui se lisait rapidement.
Il donna quelques éléments de la vie de l'écrivain, sa date de naissance, 1902, ses études à l'Univeristé de Sanford, puis fit un plan sur la détresse économique qui régnait à l'époque aux Etats-Unis, arrière-fond de toute son œuvre aux problématiques sociales et humaines.
Armand le nota machinalement, sans comprendre les mots qui étaient écris au tableau; sa tête était ailleurs. Ce n'était pas que le sujet n'était pas passionnant, mais dans l'ordre des priorités avant de valider cette matière et d'avoir assez de crédits, ce qui n'allait se produire que dans 4 mois, il y avait ce qu'il avait à faire tout de suite. Cela se résumait à: dois-je appeler oui ou non Laurent?
Après leur sortie parisienne, il lui avait retéléphoné, et il lui avait paru distant, mal à l'aise, prétextant encore du travail. Après l'entrain qu'il avait mis pour qu'il se voit auparavant, c'était quelque chose de très bizarre et, de peur d'être considéré comme un harceleur, il préférait attendre un signe de sa part.
On était le 11octobre et deux grands prix étaient passés, l'un totalement démoralisant, l'autre donnant du baume au cœur à Armand.
Le 25 septembre fut un jour bien triste marqué par le sacre d'Alonso, une fatalité. Ce jour-là, il était bien parti pour, avec un Kimi, en troisième ligne seulement à cause d'une erreur bête causée par le stress dans un virage aux qualifications et simplement une place sur le podium pour être couronné. La mécanique lui fut favorable, car sa monoplace n'eut aucun problème. Il ménagea sa monture et ne dut pas avoir une politique trop agressive, même s'il y avait Schumacher à ses trousses. C'était autre chose pour le championnat constructeur, mais un valait mieux que 0 et certains dirent qu'il se laissa doublait par les deux mac Laren. Celles-ci restèrent fidèles à leur tactique: être chargé au départ pour être rapide sur la fin et ne pas perdre trop de temps au ravitaillement. Même les pluies intermittentes n'y changèrent rien. Kimi avait mis des pneus adéquates et aucun changement brutal de météo avant son arrêt après son premier relais et ses huit tours de plus que les autres qui aurait nécessité de rentrer au stand prématurément pour en changer. Il finit deuxième, derrière son coéquipier, juste avec assez d'honneurs pour devancer celui qui était devenu champion.
Sur ce point on était fixé, voilà une chose qui était faite, mais, restait le championnat constructeur avec en tête les Mc Laren.
Et au Japon sa perspective s'éloigna monstrueusement avec des voitures en queue de peloton et une sortie de Montoya dès le premier tour tandis que Kimi gagnait cinq place. Puis le tendance s'amenuisa, car la pluie se mêla à l'affaire et, cette fois par sa présence, profita au Finlandais, n'ayant devant lui que des concurrents obligés de freiner à cause de problèmes de visibilité. Au stand et sur la piste se jouèrent des dépassement, et ses plus grands adversaires étaient aussi au meilleur de leur forme, si bien que le témoin changea pas de moins 10 fois de mains. Et cerise sur le gâteau après l'avoir eu du 41 au 45ème tour, il la récupéra à quelques mètres de l'arrivée aux dépens de Fisichella: scène d'anthologie à inscrire dans les annales.
En une seule course mémorable Kimi était rentré au panthéon des plus grands pilotes, même s'il n'était pas encore dans une bière. Cela éclipsa même le fait que les Renault, qui durent lui céder le haut du podium d'une des plus belles étapes du grand schlem, avaient tout de même deux point d'avances par rapport aux Mac Laren.
Cette exploit, Armand l'avait vécu transi, seul comme d'habitude et il savait que quoi qu'il advienne, Kimi Raikkonen était peut-être le meilleur pilote de l'année. Que serait-il advenu si l'on avait concouru avec des bolides identiques?
Impossible de le savoir.
Les argentés, autrement appelés flèches d'argent depuis que Cooper avait créé un modèle métallisé avec des rayures vertes, étaient peu fiables mais rapides, les bleus fiables et moins rapides.
Moins d'une semaine pour trancher au moins le titre de meilleur voiture, au Grand Prix de Chine.


Avant cette échéance qui pouvait s'avérer de mauvaise augure en cas de nouvelle défaite, il prit le taureau par les cornes et suivit le conseil que lui avait donné Fred: « faut pas toujours attendre que les choses se fassent toutes seules. Faire du rentre-dedans, c'est ma spécialité, même si je suis un froussard. Fonce! ».
Il n'avait pas expliqué ce qui se passait de bout en comble, omettant de mentionner le sexe de la personne qu'il avait rencontrée de manière impromptue et son orientation.
Mais, il en avait inventé pas mal: « j'ai rencontré une chique personne en m'inscrivant à une activité de quartier, de maison de loisir».
Laquelle?, ça n'avait pas intéressé Fred. Ca aurait pu être de la poterie, de l'origami, ou de la cuisine! De toute façon, ce détail ne changeait rien à la teneur du récit semi-imaginaire.
Après avoir sympathisé avec un(e) étranger(ère), Armand s'était retrouvé sans nouvelle pour cause de départ brutal et non planifié. Pas le sien, celui du tiers, un sans-adresse-communiquée.
Il avait demandé à son camarade s'il devait se renseigner sur elle, ce qui n'était pas très compliqué:il suffisait de le faire au service des inscriptions.
Comme la situation semblait réaliste, on n'avait pas décelé ce qu'il y avait sous les paroles voilées, surtout pas une histoire d'amour.
Armand avait suffisamment dit qu'on ne rencontrait pas d'homosexuel au coin de la rue ou chez le boulanger.
« Comment tu fais alors? C'est pas trop dur pour…? », des interrogations qui, en retour, n'aidaient pas à faciliter outre mesure des choses très complexes, mais, qui, pour Fred, auraient pu permettre de trouver des subterfuges dans le but de palier à la rareté des gens qui étaient comme lui, internet par exemple.
«T'inquiète pas, je me débrouille ou je vais me débrouiller mais faut pas qu'on me pousse, j'sais ce que j'ai à faire », avait répliqué Armand en plagiant la chanteuse Princesse Erika pour s'adapter au caractère de son interlocuteur. S'il avait eu quelqu'un d'autre devant lui, il aurait pu se la jouer plus pessimiste car les difficultés était bien réelles, quoi que l'on soutienne.
On ne tranchait pas si aisément sur des souffrances, sur le deuil de ne pas avoir eu de petits copains à l'école.
Pour se consoler, il y avait toujours les histoires de films qui, pour certaines, étaient plus rare que la rareté. Cependant une seule romance, sauvait toute l'homosexualité, à l'instar de l'homme qui par sa témérité rachetait toute l'humanité.

Manque de veine:alors qu'Armand attendait un contact direct pour être plus persuasif, il tomba sur la boîte vocale qui commençait par un «bonjour » affectueux, le rappel du numéro et se clôturait par « laissez un message, je vous rappellerez dès que possible».( Remarque:Pierre avait changé son message en ne mentionnant pas son prénom à cause d'Armand. Il ne pouvait pas en créer un de toute pièce avec « Laurent » puisque dans son travail on communiquait beaucoup par portable).
Pris de court, il ne laissa même pas le temps au bip sonore de retentir jusqu'au bout.
Mais, il en avait déjà trop fait; son appel serait immédiatement localisé. Pourquoi ne possédait-il pas lui aussi un portable comme tout le monde qui aurait pu lui permettre d'appeler en masqué?!
Tracé comme un criminel, il était obligé de repasser un coup de fil et, ceci dans les plus brefs délais, pour que l'on ne trouve pas le premier trop étrange.
Il avait donc à pondre une formule percutante dans l'urgence. Alors qu'il y réfléchissait, il ressassa tout ce qui avait pu déplaire à Laurent: le lieu de visite, un peu trop austère malgré le côté artistique et bohême, la bière qui l'avait rendu bavard…
Pressé et inhibé à la fois, en boire, en l'occurrence, lui aurait fait le plus grand bien.

« Allez, fonce et trouve un message choc », s'était mis martel en tête Armand.
Se fut finalement:
« Salut ça fait un baille qu'on s'est pas vu. Je sais que t'es très occupé mais lève le pied; je te propose qu'on fasse une sortie, et cette fois, si tu veux, tu peux choisir la destination. Allez, rappelle-moi sans faute. ».

Le dernier appel aurait dû sonner le glas de leur relation. Celui que Laurent venait de recevoir modifier considérablement tous les pronostics.
Mais, pourquoi avait-il voulu y mettre un terme alors que tout montrait qu'il brûlait de faire plus ample connaissance avec Armand?
Il avait beau avoir envie que ça dure, il y aurait un acte final à coup sûr.
Leur amitié n'allait tout de même pas traverser toute une vie semée d'embûches, sans par miracle, éclater au grand jour.
« Que le mensonge dure longtemps », il ne serait pas éternel…
Et c'est cette perspective d'aller à sa perte qui avait retenu le vendeur de la Fnac de prendre un autre rendez-vous.
« Perte », le mot est peut-être un peu fort.
Armand prendrait-il bien le d'avoir eu affaire à un imposteur?
Au moins, comme le père avait fait une croix même sur l'éventualité de revoir sa fille incognito, il n'allait pas être le dindon de la farce entourloupé.
Comme il s'était fait discret sur le sujet, Julie n'avait pas compris ses réelles intentions en passant un moment avec le garde à domicile et elle. Il lui avait dit que le jeu des espions était terminé.
Personne à mettre sous les verrous et pas de monde à sauver.
Elle lui avait rappelé qu'il avait eu peur de sa maman.
Cela avait permis à Pierre de solliciter la comparaison spyish dans un ultime soubresaut:
«Se cacher, tu sais, c'est très dangereux, surtout quand on est démasqué. Maman pourrait découvrir notre petite combine et là, ça ferait mal, même si Armand veut bien que je te rencontre. ».
Il avait ajouté:
« C'est pour ça qu'il ne faut pas que tu lui parles de moi. Tu ne lui dis pas qui je suis. », voilant ainsi sa réel angoisse et renonçant aux quelques heures de rab qu'il aurait pu avoir avec sa chérie.
Le message sur le répondeur était incisif, sous forme de petit reproche. En fait, Armand se souciait de son bien-être et Pierre, en l'entendant, était heureux que quelqu'un d'autre que sa fille pense à lui, et ceci de manière plus désintéressé car, aucun lien fusionnel ou familial ne les unissait.
Seul un mot le faisait, homosexualité qui, ne résonnait pas encore de toutes ses implications aux oreilles du beau blond mais, qui allait le faire.

«Cette fois, si tu veux, tu peux choisir la destination » et il voulut rempiler sur un coup de tête pour une nouvelle sortie, mettant dans un de ses coins sa peur.


Les fêtes

Les vacances de fin d'année approchèrent à grands pas et, Laurent et Armand se revirent plus d'une fois.
Lors de ces rencontres, Pierre s'était montré très curieux en posant toutes les questions qui lui trottaient dans la tête et auxquelles il voulait avoir une réponse. Pour ne pas se montrer trop titiller par ce qui était pour lui une nouveauté, il lui avait fallu ruser et parler tout d'abord de choses générales:combien as-tu de frères et soeurs? Tu as toujours habité à Paris? Pourquoi as-tu pris un chambre d'étudiant?
Cette dernière question avait permis d'embrayer sur le sujet épineux de l'homosexualité. Voici mot pour la réponse d'Armand:
« A 18 ans, je me suis dit qu'il fallait prendre un peu de large par rapport à mes vieux. Je les aime, il m'aime mais je pense qu'il m'ont peut être un peu trop couvé. Entre avoir des amours de passage et un petit nid douillet, je crois que le calcul est vite fait .».
Après une intervention éclair de Pierre, destinée à mieux orienter la conversation, à la cibler « Tu as connu des amours de passage?», elle avait continué par « Non, c'est pas ce que je recherche, mais certaines personnes m'ont donné cette image de l'homosexualité. Certaines de mes ex-relations. Il est parfois plus facile de garder son équilibre affectif plutôt que d'affronter l'inconnu, le vide. C'est pourquoi j'ai pensé que quoi qu'il se passe, je devais me comporter comme un adulte; être autonome avant tout.».
En guise de conseil et de soutien, Pierre avait dit:
« Ne t'inquiète pas! C'est qu'une question d'âge! Tout le monde s'assagit avec l'âge. C'est pareil pour tout le monde. C'est normal que t'aies peur de l'avenir, une vie sans repères affectifs stables, des enfants par exemple, ou tout simplement un partenaire de longue date, ça à de quoi rendre anxieux. Mais si on ne les a pas, il faut se raccrocher à d'autres choses solides.».
Le père de famille s'était senti parler avec légitimité car il savait de quoi il retournait, étant séparé lui-même de sa femme et se trouvant dans une situation des plus instables; loin de sa fille. Il avait donc parlé avec connivence, même si il ne suivait pas tous les conseils qu'il prodiguait. Mais une chose est sure: rien ne sert d'accabler un jeune homme dans la fleur de l'âge qui a tout pour réussir.
Armand aurait bien voulu savoir si Laurent avait eu par le passé des relations stables. Mais par timidité, il n'avait rien demandé à ce qui ressemblait à un psy à qui l'on se confie et dont on ne sait pas grand chose de la vie.
D'autres discussions avaient porté sur elle et l'homoparentalité, le mariage gay.
Le point de vue d'Armand était mitigé sur la question des enfants.
Il était clair pour lui que si un ancien hétéro se remettait en couple après un divorce avec une personne du même sexe et que s'il avait la garde de ses enfants, la justice devait faire un sort à la personne partageant sa vie.
Si elle les avait élevé pendant de longues années et si la mère venait à manquer, il était normal que la garde lui revienne de droit.
Mais dans les faits, cette situation était peu courante et on ne lui faisait pas un sort. Quel idiotie: laisser des familles déchirées, séparées, sous prétexte que ça n'arrive pas souvent!
Le cas où la conjointe était une lesbienne arrivait plus souvent, mais dans ce cas, le père était souvent un donneur anonyme qui n'avait aucun droit.
Il existait cette inégalité fondamentale entre gays et lesbiennes en ce que c'était seulement les secondes pouvait se faire inséminer artificiellement ou engrosser par une personne charitable, gay ou pas, qui de toute façon ne revendiquerait pas ses droits s'il ne l'avait pas fait à la naissance.
Pour illustrer ce point, une amie de lycée s'était portée volontaire pour avoir un enfant avec Armand. C'était oublié les affaires tarabiscotées qui pouvaient se produirent dans ce genre de promesse. Comme elle était résolument hétéro, ça aurait fait au minimum trois pères pour un seul rejeton. Rien qu'à imaginer la chose, ça en faisait mal à la tête et un garçon à problème pour dépasser l'emprise des hommes, d'hommes paternels, qui même si pour deux d'entre eux n'avaient pas couché avec elle, ne manqueraient pas de dire: « Tu te comportes mal avec ta mère!».
Rien d'artisanal pour Armand, ni à deux, ni à trois et encore moins à quatre.
Il restait l'adoption qui était pour lui la voie la plus saine. Il y avait tellement d'enfants orphelins dans le monde et tellement d'aspirants parents désireux de donner de l'amour. Pourquoi les empêcher de se rencontrer sous prétexte que ces derniers sont deux femmes ou deux hommes?
La peur que se fût délétère pour l'enfant? Mais d'où provenait cette peur? Elle n'avait aucun fondement. C'était même inquiétant que des gens aient peur pour ça.
Quant au mariage homosexuel, outre les considérations spirituelles de sceller un amour, ça permettait d'être dans une grande salle remplie d'invités et pas dans un triste bureau glauque entrain de signer un simple formulaire de PACS en moins d'une minute, à la chaîne.

L'avant fut marqué le 19 par la décision d'Alonso de rejoindre l'équipe Mac Laren. Cela voulait dire que soit Raikkonen, soit Montoya, était sur un siège éjectable. Ca se comprenait d'autant plus que l'on avait pas loupé un épisode, le précédent, celui de la final du championnat.
Après un classement honorable sur la grille de départ, derrière les Renault mais tout près, les Mac Laren auraient pu espérer gros, surtout avec le stress de Fisichella, qui s'était fait doublé sur le fil une semaine auparavant.
La malchance était venue de la suspension de Montoya dont le problème avait été imputé par les mauvaises langues au manque de fiabilité de son bolide. La vérité, c'était qu'un débris d'une des monoplaces qui s'étaient entrechoquées lors du tour de mise en grille, celle d'Albers et celle de Michael Schumacher, l'avait pulvérisée.
Toute chance de victoire s'était volatilisée au 24ème tour et les savants calculs comme une bleue+ deux argentées=égalité étaient devenus inutiles.
Après la course, flavio Briator, le manager de Renault avait dit que leurs trophées cumulés de champions pilote et constructeur étaient la preuve de la suprématie des bleues.
L'annonce d'Alonso de rejoindre les flèches argentées, non pas l'année qui allait suivre mais durant celle d'après, montrait que ce jugement devait être pris avec des réserves.
S'il allait passer chez le clan ennemi, cela témoignait bien de leurs valeurs et même au niveau des voitures, dire qui était la meilleure était hasardeux.
Cette forme de reconnaissance faisait plaisir à Armand, même s'il savait que Raikkonen était le plus susceptible à être l'objet d'une fin de contrat, pas d'un licenciement, car dans le milieu c'était le CDD qui était la norme. Cela était aussi meilleur pour le suspense des championnats à venir au niveau constructeurs. Paradoxe:avoir deux lions dans la même équipe amputait de moitié les fins des courses, dont il ne fallait pas négliger les enjeux commerciaux en faisant vendre des voitures de luxe ou de particuliers, alors que cela permettrait de juger de leur véritable valeur.
Il ne fallait pas trop s'inquiéter sur le sort du finlandais car il allait monnayer son insertion chez Ferrari ou Renault.
Conjonctures aléatoires qui dépendraient aussi de la retraite ou non de Schumi.
Transferts, départ ou arrivée de bons ingénieurs, innovations techniques, déroulement des courses, la formule 1 était un jeu de poker géant.
Kimi en rouge ou en bleu et jaune, qu'est-ce que ça donnerait? Quelque chose d'un peu moins beau pour les goûts relatifs d'Armand, mais tant pis, Mac Laren n'avait qu'à réfléchir avant de solliciter quelqu'un d'autre.
Les fêtes allaient être remplies de doutes pour l'idole. Ceux du fan étaient beaucoup moins stressants et se résumaient à:« vais-je réveillonner avec mes parents ou des amis pour la nouvelle année?». Si c'était avec des amis, Laurent devait faire partie de la nouba. Mais quelques jours après un accord de principe, le bourguignon se désista, préférant retourner revoir sa famille grâce à ces jours de congé cumulés et anticipés. Quant à Armand, il n'allait pas rebrousser chemin, ça serait quand même dans un pavillon de banlieue avec des potes.
Avant ça, il y avait logiquement le veille de Noël, que Pierre avait l'obligation de passer seul avec ses parents. C'était le lendemain que débarquerait ses sœurs avec leur clique.
Après les petits-fourres qu'il n'avait pas touchés et son verre traditionnel de martini, Pierre se lâcha à table en en prenant deux de sauternes et deux de rouge. Ce n'est pas la première goutte de martini qui fut la cause de son manque de retenu devant ses parents qui assistèrent à sa mini-beuverie, sans ingurgitation d'élément solide. Deux bières l'avaient précédée et il était déjanté, comme un diesel qui carburait.
C'était le bon jour pour ça: une fête sans alcool, que c'est triste. Et c'était aussi le jour pour n'être plus un petit garçon.
Pour quelqu'un que l'on avait jamais vu boire autant, c'était très inquiétant.
Après les 4 verres, Maurice qui ne pouvait pas faire autrement que de le limiter lui dit que ce n'était pas bon de boire de l'alcool tout seul.
Le fois gras était descendu, pas la dinde au marron.
Devant son assiette à peine entamée, Pierre se mit à ricaner et ouvrit le débat, car il y avait matière à débattre, et ceci, sans détour:
— Tu crois que je suis alcoolique?
— …
Aucune réaction de la part du père et une mère qui juste au bon moment était partie chercher la salade.
— Alors?
— De quoi vous parler? dit la mère, une fois revenue; le saladier dans les mains.
— Je vais te mettre au courant, papa croit que je suis alcoolique!
— Voyons, Maurice c'est jour de fête. On peut faire des excès;atténua la chose Jacqueline.
Au menu, pas de canard confit mais, le visage déconfit du mari.
— Je pensais seulement que boire sans manger, ce n'était pas conseillé.
— Il dort à la maison, y'a pas de souci.
C'était un jour pour péter les plombs mais pas pour se faire broyer dans sa fiat.
— Allons, c'est jour de fête.
Au lieu de ne s'en prendre qu'au chef de la famille, Pierre singea sa mère et ajouta:
— Même si je suis à deux doigts d'être en instance de divorce et vous de ne plus voir pratiquement Julie.
— Anne, est une bonne mère, elle nous l'apporte régulièrement; objecta Jacqueline.
— Tu crois qu'on aura que ça à penser de vous l'apporter, une fois divorcé. On aura déjà assez à faire avec nous-mêmes! s'écria Pierre.
— Ne sois pas défaitiste, fit Maurice.
— Comment tu veux que je le sois? C'est facile à dire! Bon je crois que je vais aller me coucher. Je ne supporte de trinquer et de se souhaiter bêtement la santé, alors que rien ne vas. En plus, je crois que j'ai trop bu. Je vais aller me coucher.
Il se leva et une fois ses parents dans le dos, rajouta:
_Pour la même raison, je reste pas ici demain et je viendrai pas le 31.
La mort dans l'âme, il ne revint pas vers eux pour qu'ils le pardonnent, pour qu'ils le serrent dans les bras.

— Allez, ouvre tes cadeaux! Tu veux commencer par les plus petits ou le plus gros?
— Le plus gros, répondit Julie à sa mère, d'un air mollasson.
Elle tenta d'enlever les scotchs du papier cadeau décoré avec des maisons fumantes et enneigées.
— Voyons, tu peux déchirer le cadeau! s'exclama Anne.
— Non, je veux pas l'abîmer, refusa la fillette.
— Dans ce cas-là, je vais t'aider un peu. Tu t'occupes de ton côté et moi, je m'occupe de celui-là.
— Whaw! C'est super! S'extasièrent ses grands-parents à la vue de la ménagerie des petshops.
Julie resta asthénique et se contenta de faire un signe d'approbation de la tête.
— C'est bien ça que tu voulais? fis Évelyne, la grand-mère maternelle.
— J'ai pas dit ce que je voulais pour Noël.
— L'année dernière, c'est ce que tu voulais, lui rappela Jean-Yves, le mari d'Évelyne.
L'année dernière, ça faisait des lustres. Ils avaient raison, c'est ce qu'elle avait désiré avant d'être atteinte d'aboulimie et que son père fût parti.
Les choses matérielles n'avaient plus de saveur et, un peu à l'image de ce dernier, elle attendais quelque chose qui n'avait pas de prix, qui comblait tout quand on l'avait, mille fois mieux qu'une ménagerie ou un château de princesse:inutile de préciser ce que c'était.
Elle l'avait demandé à une instance un peu moins austère que Dieu, le Père Noël.
On était le 25 depuis une demi-heure et rien avait changé.
Puis, elle fut encerclée par le brouhaha des grandes personnes qui jouaient avec les petites figurines d'animaux dissimulées dans les petits paquets, car la ménagerie était vendue sans elles.
Il ne couvrit rien du tout pour elle, seuls eux ne réfléchirent pas durant le temps où ils parlaient, retombant dans une inconscience infantile qui se travestissait en sympathie à l'égard de celle qui n'en avait plus beaucoup.

Armand et Fred se pointèrent à 8 h 00 du soir devant un pavillon de Bagneux qui appartenait aux amis d'un ami d'un camarade de Fac. Les vieux étaient ailleurs, c'est pour ça qu'on profitait de ce grand espace. Une chambre d'étudiant c'était trop exigu pour une quelconque fête, à part si l'on voulait battre le record de celle avec le moins de monde. Il fallait donc composer avec des connaissances lointaines et des inconnus.
Comme le portail était ouvert, nos deux étudiants rentrèrent dans l'allée après avoir sonné.
Pour les accueillir à la porte, Lucien-leur camarade, qui était venu avec un peu d'avance pour donner un coup de main!
— Salut! Vous êtes dans les retardataires!
— On vient juste de faire les courses.
Dans leurs mains, des victuailles et des vins blancs mousseux qui firent des cliquetis.
— Déposez ça au fond dans la cuisine, c'est tout droit!
Se faisant, ils passèrent devant une dizaine de jeunes environ, qu'ils saluèrent globalement.
Sur la table, des pizzas découpées en petits morceaux, des tortillas et des saucisses attendaient d'être servies.
Et comme il ne restait plus grand monde à attendre, Armand et Fred furent aussitôt embauchés pour faire le service.
Tout fut poser sur la table basse du salon.
Lucien les présenta au vice-maître des lieux, Grégory puis, aux autres:
Sylvie, Farid, Armand, Yannick, Bebi et Elisa.
Chacun avait sorti sa carte de visite en mentionnant sa formation. Tout avait été dit si vite, d'un bloc, qu'ils n'avaient pas mémorisé le statut de chacun et la raison de sa présence.

Et pourtant, il allait remettre à sa place quelqu'un et commencer l'année en beauté.
Après minuit, tout le monde fut un brin éméché et après avoir parler de tout et de n'importe quoi, de choses plus ou moins sérieuses comme le dernier disque de Madonna que l'on avait mis sur la platine, les émeutes urbaines ou encore la grippe aviaire, des langues se délièrent et Armand se retrouva dans une arène en face d'un pitbull.
Yannick lança une proposition:
— Ca vous direz de terminer la soirée en partouze?
Un joint circula de sa main à la bouche de Bebi qui enchaîna avec un«désolé, chéri, t'es pas mon genre, et je crois pas que ça brancherait les autres mecs. ».
— Détrompe-toi! Tu vois de quoi je veux parler, Armand?
Tous les regards se tournèrent vers lui, interrogateurs.
— Ca te dirais qu'on s'isole un peu et qu'on fasse des choses cochonnes?
— Ah, j'avais pas tilté! T'es…, fit Elisa à Armand ; en ne prononçant pas le mot, soit parce qu'il était tabou, soit parce que quand on commençait une phrase par «t'es » sans la terminer, ça ne pouvait dire qu'une chose.
— T'es sûr de ton coup, moi qui pensais que seules les filles t'intéressaient; s'étonna Bebi.
— C'est la nouvelle année, il est temps de prendre de nouvelles résolutions.
— Bon, on va se calmer, ça devient trop chaud; conseilla Grégory, tout en gardant une attitude cool.
Armand ne savait plus où se mettre et pour avoir vu cette situation plus d'une fois, présageait que tout cela avait des allures de guet-apens. Fred, qui ne tenait pas bien l'alcool et n'avait pas l'habitude de fumer, lui, ne voyait pas le danger venir et y participait à son insu.
— Il paraît que les gays on une bite plus grande que les hétéros! Faudrait vérifier ça, les gars!
— C'est une réputation surfaite, se décida enfin à dire quelque chose de l'homosexualité Armand.
Une réplique d'attardé: « surquoi? Tu peux pas parler français?» et tout le monde éclata de rire, sauf Armand et Fred, qui l'un n'en avait pas la moindre envie et l'autre, les muscles zygomatiques et le cerveau anesthésiés.
Armand ne se laissa pas démonter et sortit:
— Je me rappelle plus ce que tu fais mais nous en anglais on apprend des mots nouveaux même en français.
— C'est dommage que tu le prennes comme ça; j'étais bien partant pour…
Allons donc, bien partant pour… Pour avoir une expérience homosexuelle? A qui allait-il faire croire ça?
Et qu'est-ce que c'était cette manie qu'on avait de pas terminer les phrases?

Fred s'était assoupi ou plutôt s'était plongé dans le coma depuis quelques secondes, en ne profitant pas de la réplique bien trouvé de son copain. Le troisième comparse de FAC lui proposa de dormir à l'étage dans la chambre d'ami. Ils le montèrent à deux, même s'il soutenait qu'il était parfaitement conscient.
Une fois là-haut, on le déshabilla et il se retrouva en caleçon uni noir. Armand ne voulut pas descendre malgré le fait que Lucien lui eût remonté le morale. Il se sentit coupable, car c'était par lui que le « scandale » était arrivé, l'homosexualité ne se lisait pas sur le visage et il avait dû le dire. Pourquoi? Quel raison y avait-il à parler d'homosexualité? Pour dire que l'on connaissait quelqu'un de différent? Pour montrer que la différence est dure à vivre? Pour que d'autre le tourne en dérision…
Pourquoi avoir pensé que c'était une bête à sexe prête à baiser avec n'importe qui?
Et s'il y avait eu un beau gay pour faire des cochonneries tout de suite, aurait-il vraiment était contre?
S'il n'y avait pas de changement dans l'air d'ici quelques années, un amour fixe, serait il forcé de sauter sur tout ce qui bouge à cause de cette satanée rareté sans prendre en considération les sentiments, l'intelligence ou la richesse du vocabulaire?
Un gay, donc on couche.
Foutaise! C'était de la faute de Yannick, s'il décelait chez lui quelque trace de tentation.
Fred était quasiment nu à ses côtés, il n'allait pas pour autant abuser de lui!
Heureusement que Laurent n'était pas venu où on les aurait pousser à se rouler des pelles… Ca n'aurait pas été une si mauvaise chose que ça, car, après tout c'était un bon ami au physique très avenant, plus agréable que d'embrasser un pseudo-bi.
Que faisait-il en ce moment? Etait-il entouré de ses neveux et nièces? Sentait-il qu'à quelques centaines de kilomètres, on avait besoin de lui pour…
Encore un phrase qui ne se terminait pas, mais elle ne se limitait d'aucune manière à l'évocation de l'homosexualité seulement: il y avait une connivence dans leur relation, une attitude zen qu'il n'avait jamais éprouvée avant.
Avec d'autres homosexuels, ce n'était pas pareil, il n'y avait pas ce je-ne-sais-quoi de magique.
Ce n'était pas de l'amour, car dans ce genre de situation, il fallait se contrôler.
Au delà des mots, une osmose, une acceptation, pas une revendication par on doit être gay comme ceci ou cela.
Simplement vivre et laisser vivre.
D'où cela lui venait-il?

Suite


Retour au sommaire de Textes Gais


Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com