Atif ou le bel au bois dormant (4)
de Saguilan



— Oh la la! Tu en as trop mis!
Aux yeux de Séverine, Atif n'a pas le sens des quantités.
— Pas de panique! Je vais te rajouter du coca, la rassure-t-il.
— Ca veut dire que tu n'en prends pas pour toi?
— Finalement, j'vais prendre mon verre on the rocks.
Il part chercher des glaçons.
Comme elle ne s'est pas fait entendre avant, Séverine monte d'une octave:
— Ce n'est pas dans tes habitudes…
L'hôte se justifie:
— A 28 ans, il est temps de goûter aux alcools purs comme les hommes.
Il verse d'abord du coca dans le verre de Séverine puis, démoule 3 glaçons qu'il met dans le sien.
Ils sont sur le point de trinquer mais Atif se demande ce qu'on pourrait bien fêter de spécial.
Comme y n'y a eu qu'un heureux changement dans sa vie et non dans la sienne, faute d'avoir trouvé un homme à la hauteur, Séverine formule:
— A ton histoire avec Mustafa!
Il essaye de prendre une lampée pour coller à l'amertume qu'il ressent en lui depuis peu à l'évocation de son copain. Mais, une fois avalé, le rhum le fait tousser.
Séverine sourit et ne dit rien de déplaisant. Ses spasmes s'estompent lentement et elle ose quelque chose:
— Ca n'est peut-être pas si bien que ça de devenir un homme.
Comme pour la contredire, il retrempe les lèvres à la surface mais, il ne fait que siroter. Son corps reste marqué par le souvenir des convulsions désagréables et, il se pourrait qu'elle ait raison.
Pour dédramatiser une situation qui fait des échos dans sa tête, Atif se marre et fait de l'humour sur ce qui s'est passé:
— Il devait déjà être assez costaud le jour de sa fabrication.
On termine son verre dans un calme relatif entrecoupé de questions d'ordre botanique du genre :«t'as taillé les rosiers? » sur la terrasse à l'ombre du store déployé.
Atif s'absente pour prendre un deuxième verre, non sans avoir au préalable demander à Séverine si elle en voulait un. Elle a refusé poliment.
Cette fois, il coupe le rhum avec du coca car il a vu qu'il descendait beaucoup mieux de cette façon. C'est en effet Séverine qui a consommé le plus vite son verre.
Atif ressort et se fait une joie de boire à grandes gorgées.
Bientôt, il sent sa tête tourner sous l'effet conjugué de l'alcool et de la chaleur et, propose que l'on rentre à l'intérieur.

Séverine n'est pas venue pour une raison particulière, juste pour que l'on se voit. La journée va peut être se prolonger avec des pizzas ou des suchis, en somme, rien d'inhabituel de planifier.
Mais, après une demi heure, Atif l'interpelle:
— Je crois que j'ai quelque chose à te dire.
— Vas-y, j'écoute.
— Ce n'est pas facile à dire…
— Tu m'as toujours tout dit, rappelle Séverine.
— C'est difficile de parler de ça avec une fille.
— Je suis peut-être encore vierge à 25 ans par conviction mais je ne suis pas prude, tient à souligner l'amie qui se doute de quoi il retourne.
— On n'en a jamais parlé…
— Si ça te pèse, parle.
— D'accord, je vais te le dire de la manière la plus délicate:Mustafa à quelques problèmes et on ne peut pas faire tout ce qu'on veut.
— Ce que vous faites ne te satisfait pas?
Séverine prend sur elle car ce sont des choses qu'elle ne veut pas spécialement savoir. En cause donc, ni la pruderie, ni le manque d'amitié. Elle aimerait bien aussi l'imaginer vierge. Pour être solidaire? Non, ça serait saugrenu, on ne peut pas attendre la lune des hommes… Si, au fond, à bien y réfléchir, pour être un double d'elle!
— Non, pas à 100%.
— Il a du souci parce qu'il ne travaille pas ou avec sa famille?
— Il ne travaille pas depuis 8 mois. Ses parents sont au Maroc.
— C'est peut-être ça… Il était comme ça avec ses autres copains. Il faut que tu lui demandes.
— C'est une question un peu difficile à poser, proteste Atif contre cette remarque il est vrai un peu directe mais, pleine de sens.
Séverine s'explique à ce sujet:
— Si tu as du mal à en parler avec lui, conseille-lui donc d'aller voir un spécialiste.
— Tu as raison, ça peut plus continuer comme ça, se rallie Atif à son point de vue.

Sur les coups de 7 heures on sort finalement dehors pour manger au restaurant chinois. Ca permet à Atif de décompresser malgré le fait qu'il va devoir prendre le taureau par les cornes.
Mais, quand et comment présenter ce qui ne va pas?


— Non, il fallait tourner à droite, s'écrie Atif le plan à la main.
— C'est pas grave, si on continue on trouvera bien quelque chose, atténue le critique de la situation Mustafa.
— c'était notre dernière chance de trouver une chambre d'hôte près de la côte.
— Si tu veux, on peut retourner sur la côte et dormir sur la plage d'Avranche.
— Le camping sauvage, c'est interdit.
— Tout comme le naturisme, mais ça nous a pas empêcher de voir quelqu'un nu aujourd'hui.
— T'as vu son petit oiseau à ce jeune homme?
— Je t'en prie. Je suis en couple!
Ce gaillard en question était un allemand. Il se doutait bien que c'était un étranger pour avoir un tel comportement. Malgré l'harmonisation des législations européennes, un délit perpétré en France de cette nature-jouer aux Apollons, ne l'aurait pas inquiété outre mesure s'il avait été vu sur la petite crique où ils mangèrent des sandwichs et burent des bières légères maintenues fraîches dans la glacière de Martinique qui après tant d'années d'inutilisation retrouvait sa fonction. La mer était infestée de petites méduses, on se demanda s'il n'allait pas être piqué aux parties. Il n'en fut rien mais ça aurait pu l'avantager d'après ce qu'on avait entraperçu avant qu'il ne se jète dans l'eau.
— On peut aussi demander aux moines de l'abbaye du Mont Saint-Michel de nous faire dormir là-haut, renchérit Mustafa.
— T'as de drôles d'idées, toi!
— Si on peut plus plaisanter…
— Y'avait quoi sur la pancarte, ça commençait par un m.
Atif cherche sur la carte. Puis comme s'il avait trouvé quelque chose feuillette le guide qui l'accompagne.
_ C'est ça, il y a un gîte plus loin; reprend-il.
_ Alors, on y go!

La voiture s'arrête au bout d'un sentier accidenté, en face de ce qui ressemble à une enclave qui à tout de déserte. Nos deux tourtereaux décident de la laisser dehors pour s'enquérir de l'état des lieux. A l'intérieur, ils s'aperçoivent qu'il y a déjà beaucoup de véhicules alignés devant l'auberge dont les lumières allumées révèlent aussi une présence humaine.
Mustafa sonne à la porte. Un chien aboie et gratte le bois avec ses pattes. Un dame d'un certain âge mais coquette puisqu'elle se teint le cheveux en blond très clair l'ouvre, tout en retenant l'animal.
— Non, ne sors pas! lui interdit-elle.
Puis, levant les yeux vers les nouveaux visiteurs, elle prend un ton mielleux pour les saluer:
— Messieurs!
— Bonsoir, pourriez-vous nous donner une chambre d'hôte pour ce soir? formule poliment Mustafa.
— Avec des lits jumeaux ou séparés?
— Comme il y a du monde, donnez-nous ce que vous avez; se fait compréhensif son interlocuteur, même si un grand lit pour deux ça serait parfait.
Le ton de la gérante des lieux devient d'un coup plus directif et elle s'absente pour voir s'il y a encore des chambres libres.
Elle revient et dit:
— Désolée, nous n'avons plus de chambres. Mais nous avons deux caravanes avec couchette. Vous pouvait en prendre une.
— Avec deux couchettes? la questionne Atif, en s'immisçant dans la conversation.
— Non une seule mais en vous faisant tous petits vous devriez tenir tous les deux dedans.
Mustafa à Atif en aparté:
— Qu'est-ce qu'on fait?
— On continue à chercher.
La gérante les met en garde:
— C'est une bonne saison. On trouve rien aux alentours. Vous auriez dû réserver.
Soupçonnant une démarche commerciale pour les retenir, Atif clôt la conversation en lançant:
_ On va probablement rentrer ce soir. Merci.

Une fois revenu à la voiture, à deux doigts d'ouvrir la portière, Mustafa devient ronchon, ils ont loupé l'occasion de se reposer. Ca fait longtemps qu'il roule et la fatigue le gagne. Atif lui propose de prendre le volant.
— C'est bien toi qui y a 10 minutes voulait trouver absolument quelque chose? s'étonne-t-on.
Notre voiture est aussi confortable qu'une caravane. Je te laisse la banquette arrière et je conduis.
— Tu veux retourner sur Paris?
— Non, on va trouver la place de village la plus proche et y dormir.
Sur la route, Atif croise un panneau de signalisation indiquant un bourg au nom improbable commençant par Saint. Il décide de s'aventurer dans sa direction.
Bientôt, il se retrouve sur un place et arrête le moteur.
— On doit être sur la place de l'Eglise, fait comme commentaire Mustafa en pointant du doigt un édifice pointu tranchant dans le clair obscur de la nuit.
_ Et il n'y a pas loin une salle des fêtes, ajoute-t-il.
Il appuie sur le bouton pour faire descendre la vitre et faire remarquer ce qui s'apparente à du tapage nocturne à ses yeux.
_ Il doit y avoir un mariage, en déduit Atif; l'air innocent.
Pour ne pas faire monter la sauce, Mustafa se retient d'être désagréable, même s'il n'arrive pas très bien à cerner son compagnon. Il se contente d'aller sur la banquette arrière. Atif referme la vitre qui est resté ouverte et incline son siège.
Il respire un bon coup puis somnole. Mais le bruit est trop fort et l'empêche de trouver le sommeil. Il se dit qu'il va passer une nuit blanche. Il ne se retourne pas pour voir si Mustafa est dans les bras de Morphée.
Sa voix le fait tressaillir:
— Tu crois qu'elle a deviné qu'on était homos?
— J'sais pas mais elle a changé bizarrement de ton, donne comme réponse en demi-teinte Atif.
— Elle a eu peur qu'on tache ses beaux draps.
— Tu penses qu'on peut imaginer qu'un indien est gay?
— Comme tout le monde.
— Mais, je suis le premier que tu as rencontré.
— C'est vrai, ça ne court pas les rues. En Angleterre, il doit y en avoir plus.
— Alors, elle a dû rien calculer.
Atif tapote sur le volant en suivant le tempo d'une chanson qu'il a reconnu et s'arrête car, à cet instant, il n'était pas censé être jovial. Il se rappelle pourquoi il est venu… du prétexte du week-end en Normandie.
Evidemment tout ne se passe pas comme il l'aurait souhaité. Il aurait préféré être dans une chambre intimiste pour essayer de lui annoncer la chose.
— Mustafa!
— Oui! fait l'amant, à moitié dans les vapes.
— Je t'aime.
— Moi aussi… bonne nuit.
Atif fait comme s'il n'a pas entendu ces deux derniers mots et continue à parler:
— Tu sais, je suis heureux d'avoir des moments intimes avec toi, passer mes mains dans tes cheveux, te les sentir…
L'indien essaye de prendre des gants pour dire la suite:
— Tu es très doux. Mais y'a des choses qu'on fait pas encore que je fantasme de faire.
Sur le navire, il n'y a plus personne, Mustafa reste silencieux.
— Mustafa, tu dors?
Un non froid en guise de réponse ne tarde pas à arriver.
— Ce qu'on fait c'est très bien mais, j'aimerais qu'on fasse des choses en même temps, plus fusionnelles. Et si tu as quelques problèmes de stress, on peut aller chez un spécialiste.
— Pourquoi tu le dis avec des gants?! Vas-y franco! Dis ce qui te plais pas!
— Il n'y a rien de grave… Calme-toi. Je t'aime, tu m'aimes, c'est le principal.
— Qu'est-ce que t'en sais? Ca peut très bien être grave! s'énerve Mustafa.
— Pas à ton âge, se veut rassurant Atif.
— Super le week-end en amoureux! Tu me l'as plombé. Si j'étais à Paris, je rentrerais sur le champ.

Vers 2 heures du matin, la musique s'arrête laissant place à un silence encore plus lourd et culpabilisant. Il oblige chacun à réfléchir, même si on ne se voit pas, même si on ne se confronte pas de face à face.
Le lendemain le problème est occulté mais pas entériné. On continue le week-end à la plage mais… sans réelle marque d'affection.


Mustafa est arrivé avec une demi-heure d'avance. Il a repéré l'immeuble des semaines auparavant alors qu'il venait juste de prendre rendez-vous par téléphone-pour plus de discrétion. Plus d'un mois pour en avoir un, il ne faut pas être gravement malade! Mais la secrétaire n'y était pour rien…
Une demi-heure, c'est long; qu'est-ce qu'il peut faire? Retourner au centre commercial d'à côté? Non, il n'aura le temps que de faire l'aller-retour. Comme il y a des plaques indiquant la présence d'un sexologue et d'une psychothérapeute, il n'a pas trop envie de s'éterniser à l'entrée. En plus, il y a plein de badauds qui circulent.
Mustafa remonte la rue pour se retrouver à un autre carrefour. Il remarque qu'au fond il y a une gendarmerie et même ce qui ressemble à un tribunal. Super, les impuissants sexuels ayant un peu de lucidité ont de quoi se réjouir si aucun traitement ne marche sur eux et s'ils deviennent des délinquants sexuels. Du cabinet a la cellule, il n'y a qu'un pas. C'est encourageant! C'est peut-être donc bien par commodité que des spécialistes du sexe se sont installés là- allez savoir!- avec un forfait tout compris, même le pire.
15 minutes sont passés. Mustafa redescend le trottoir, le cœur battant la chamade car, s'il fait la démarche pour Atif, c'est aussi un peu pour lui-même. Il ne compte plus les années où il a joué à « tu me touches, je te touches après». Il a menti à son amant, il a eu relativement beaucoup de personnes dans sa vie, par le force des choses. Dans ses histoires passées, devançant les ruptures à cause de ses rapports à la tourner-manège, il cassait précocement, sous prétexte de divergences de caractères.
Atif aurait pu très bien connaître le même sort. Simplement, il a été rapide à réagir car il était très amoureux. Ils faisaient l'amour très souvent, ce qui révélait bien que quelque chose clochait et qu'il ne s'agissait ni des tripes de début, ni d'une appréhension normale. L'indien a pris de court Mustafa.
Cette fois, celui-ci ne pensait pas appuyer sur le bouton siège-éjectable car il était tombé sur un garçon en or mais, il ne pensait pas non plus devoir aller consulter quelqu'un.

Il rentre dans l'immeuble. Il y a l'interphone habituel pour les résidents à plein-temps. Machinalement, il se dit qu'il faut passer par lui pour accéder au cabinet médical de son médecin. Mais, il ne tombe que sur des numéros d'appartements. Puis, il remarque la grande plaque avec écrit dessus « centre médical agora». Sur le bottin qu'il a consulté à sexologue en spécialité médicale, ils n'ont pas précisé le nom du centre, pas plus qu'à l'extérieur où son absence doit être due à une erreur ou a un manque de place. Chaque praticien(pas seulement du sexe) y précise en effet toutes ses qualifications avec un peu trop de clinquant.
Agora, ça veut dire quoi déjà? Mustafa connaît la peur de l'agoraphobie mais, il ne sait plus ce que c'est. Ca ne doit pas être une méchante bébête car, qui aurait l'idée d'appeler ainsi un lieu d'accueil pour effrayer les patients?
Ca y est! Il le voit enfin, le bouton juste en dessous de «centre médical Agora ». Il aurait pu chercher longtemps dans la liste de l'interphone.
Après avoir appuyé dessus, par réflexe il rapproche sa bouche et dit bonjour. Rien ne se passe. Il recommence à appuyer puis, s'en tient là. Il y a quelques grésillements et la porte s'ouvre enfin.
Il prend l'ascenseur et va au première étage. Le centre médical se trouve tout au fond.
Il faut sonner avant d'entrer. C'est ce que fait Mustafa. Puis, il se présente à la secrétaire médicale:
— Bonjour, j'ai rendez-vous avec le docteur Baillit.
— C'est la première fois que vous venez?
— Oui.
La secrétaire sort une petite fiche qu'elle doit remplir.
— Vos nom et prénom.
— Mustafa Toufik
— Vous venez en angiologie ou en sexologie.
— Un peu gêné, le jeune homme murmure sexologie.
Le docteur qu'il va voir s'occupe aussi de tous les problèmes veineux, à l'instar d'un de ses collègues. Alors, dans la salle, on peut voir des personnes âgées qui consultent pour de banals soucis de varices comme pour des difficultés d'érection.
Mais comme on a suggéré à Mustafa que les siennes sont dans la tête- il a été chez un généraliste qui lui a fait un test d'hormone, plutôt bon car les chiffres indiqués sont dans la moyenne, et un examen clinique, il a choisi la catégorie sexologie même si, il s'attend qu'on le touche un peu.
Après qu'il ait donné son adresse et son numéro de téléphone, on lui dit d'aller patienter dans la salle d'attente adjacente.
Elle est bondée et il y a pas mal de personnes âgées. Angoissé, il n'a salué personne en rentrant. Il a trouvé sa place d'un coup, celle qui était vide.
20 minutes s'écoulent et il n'est toujours pas passé.
Alors qu'il a entendu plusieurs voix de médecins, l'une lui paraît nouvelle.
— Monsieur N'gouma!
— Non, ce n'est pas ça; répond une personne en face de Mustafa.
— Ah, excusez-moi! Y'a une erreur dans le nom.
On sourit.
— Non vous êtes Madame N'gouma! C'est votre coupe de cheveux qui m'a berné.
— Mademoiselle!
— Bien, Mademoiselle N'gouma.
Un couple de retraités qui patientent depuis aussi longtemps que Mustafa plaisante sur l'incident.
Mustafa lui, c'est tout de suite aperçu que c'était une fille car, même si les marqueurs de féminité ne sont très voyants, un gay finit toujours par les déceler.
Il se dit que ce médecin n'est pas très perspicace. Mais, après tout, il doit voir plus d'hommes dans son cabinet qui consultent en sexologie.
Pourquoi est-elle donc venue? Pour un problème qui rentre dans cette catégorie? Peut-être. Alors, Mustafa imagine le pire, une mutilation sexuelle. Comment passer après quelque chose de si délicat? Ca va probablement atténuer ce qu'il a, le faire passer pour un enfant de cœur, si cette voix est bien celle de son sexologue.
Un couple de jeunes adultes arrivent et s'assoient en face de lui. La fille est d'un physique quelconque mais, le garçon, plutôt fin, a un profil à tomber à la renverse! Il ne manquait plus que ça, des beaux gosses pour être émoustillé avant de passer chez le sexologue.
Il tourne la tête pour ne pas le voir mais, leur conversation l'interpelle. Elle est à propos des tarifs des spécialistes. Ils s'étonnent des prix élevés des consultations en sexologie qui peuvent monter jusqu'à 70 eus. Sur un panneau, une fiche indique cette information ainsi que ceux, plus raisonnables des divers examens de veines. Bizarrement, ces derniers ne sont pas hors-convention.
Au téléphone, Mustafa n'a pas demandé de précision sur les forfaits mais, 70 eus, c'est cher, ça sent l'arnaque.
Comme les jeunes viennent de découvrire le prix du plaisir, il est fort peu probable qu'ils soient là pour un problème de sexe.
A coup sûr la fille doit être comblé avec un garçon pareil. Elle n'a pas de problème.
Mais Atif est aussi beau que lui, ça n'empêche pas Mustafa de ne pas durer. Pourquoi?
Allez comprendre quelque chose à tout ça!

Le couple le plus vieux sort de la salle d'attente suivi des plus jeunes. Enfin, il y a du mouvement. Il entend la voix du gaffeur qui est rentré et qui se trouve dans son champ de vision. Mustafa ne l'a pas aperçu auparavant à cause de l'encaissement de l'entrée. Il était juste à côté d'elle mais dans un angle qu'on peut vraiment qualifier de mort. Pas besoin de se demander pourquoi le médecin a pris la peine de se pencher dans la salle:il n'y avait pas d'autres beurs dedans.
On se sert la main et Mustafa remarque que même dans sa jeunesse, le docteur Baillit n'a pas dû être un canon.
A quoi s'attendait-il? Un top-model pour régler ses maux d'amour? Atif n'aurait pas été d'accord mais, c'est ce qu'il y a de plus logique.
— Je vous écoute, qu'est-ce qui vous amène, Monsieur Toufik?
— Euh, voilà; j'ai quelques problèmes d'érection et cela ennuie ma partenaire.
« Ma partenaire! », apparemment, pour changer le sexe d'Atif, Mustafa n'est pas très à l'aise.
— C'est-à-dire, vous avez un début d'érection qui dure combien de temps?
— 5 à 8 minutes.
— C'est suffisant pour avoir un rapport sexuel.
Mustafa tombe des nues, le médecin ne comprend pas la situation.
Vous ne comprenez pas, ça arrive tout de suite parce que j'ai beaucoup de désir, juste le temps des préliminaires.
— Ses érections, vous pouvez les avoir à répétitions lors de ces préliminaires.
— Non, je ne crois pas.
— Comme ça marche dès le début, il ne doit pas y avoir de cause organique. Dans la lettre que m'a écrite votre médecin traitant, il est indiqué qu'aucune anomalie n'a été détectée au cours de l'examen clinique.
— J'ai aussi le taux de testostérone à vous montrer, s'exclame Mustafa en sortant ses résultats de prise de sang.
— Rien d'anormal là non plus.
_Mais vous êtes sûr que je n'ai aucun problème veineux?
C'est ce que finalement voudrait bien le patient car une opération ou un traitement, ça guérit d'un coup.
— Si vous aviez des soucis au niveau des veines, vous n'auriez pas d'érection pendant 5 minutes. Ce n'est pas la peine de faire un examen clinique. En plus votre médecin vous en a fait un.
« Pourquoi je vous paye alors? », pense dans sa tête Mustafa.
— Maintenant que les causes organiques sont écartées, il faut déceler les psychologiques.
Mustafa donne son agrément.
Quand il vous arrive à penser à la pénétration vaginale, votre verge se retrouve-t-elle subitement à l'état de repos?
« Par pénétration vaginale, il faut peut-être entendre l'équivalent chez les hommes qui préfèrent les hommes », se dit le malade. Mais, il ne sait plus ce que c'est.
— Je n'en ai jamais eu ou à de rares fois, ose-t-il se confier.
— Bien!
Le docteur note cette information sur un papier et poursuit son enquête:
— Quand vous pratiquez d'autres choses comme le sexe oral, est-ce que vous sentez une différence au niveau de la durée?
— Non, fait timidement le patient.
Ce n'est pas tous les jours qu'on répond à un tel questionnaire qui, dans un autre contexte, aurait tout de choquant.
— Rien ne vous bloque en particulier, sexuellement. Il faut trouver d'autres causes mais je ne suis pas accréditer pour ça. Je vous propose d'aller voir notre sexotherapeute pour guérir.
Se doutant qu'il y a anguille sous roche, Mustafa veut qu'il précise le prix des séances.
— C'est 50 eus mais ces séances peuvent durer jusqu'à 45 minutes quand il s'agit de relaxation.
— Je suis chômeur et, en général, on ne sait pas combien de temps ça dure ce genre de choses, s'insurge Monsieur Toufik.
— Ne vous inquiétez pas, la plupart des problèmes se règlent en moins de 10 séances.
— D'accord, j'vais y réfléchir.
Cette phrase conclue la consultation et Mustafa doit faire un chèque de 60 eus sans savoir exactement ce qu'on va lui rembourser.

Dehors, il est toujours ahuri par le prix que ça va lui coûter:10*50=500!
Il va falloir prendre dans tous les budgets, même ceux des disques et de la boisson.


Une semaine plus tard, Mustafa se pointe au même endroit, à 11 heures pile, car on lui a dit qu'il n'attendra pas comme la dernière fois. Il se présente de nouveau à l'accueil mais, on ne lui fait pas remplir de petit fiche. Comme il n'y a qu'un couple de personnes âgées dans la salle d'attente, il les salue.
— Monsieur Toufik!
Ca y est, l'heure de vérité est arrivée. Il suit une femme de moins de 50 ans habillée en tailleur, Madame Pitussi.
Arrivé dans le cabinet, il est un peu déboussolé car il y a siège molletonné face à un bureau et une chaise plus rudimentaire ainsi qu'un transat sophistiqué dans le coin. Il se dit que ce qui est bien douillet est pour les patients. On lui propose finalement de s'asseoir face au bureau. Le transat doit être pour les séances de relaxation.
— Qu'est-ce qui vous conduit dans mon cabinet? s'enquiert la thérapeute.
— Voilà, j'ai des problèmes d'érection et ça me gâche ma vie de couple.
— Vous venez sur les conseils de quelqu'un?
— Oui, Monsieur Baillit.
— Alors, vous devez avoir un dossier.
— La sexotherapeute sort et, de l'intérieur, on arrive à discerner ce qu'elle dit:
— Thérèse, donnez-moi le dossier de Monsieur Toufik.
— Le voici! répond la secrétaire.
— Merci.
On revient.
Mustafa a remarqué que la cabinet est peint en bleu clair uniforme sans objets ethniques ou de décoration. La seul chose qui attire l'œil est un poste avec des cassettes enregistrées positionnés sur une étagère.
— Bon, voyons voir! fait Madame Pitussi, le fameux dossier à la main, sur une pochette rigide.
— Le patient sent son stress monter.
— Alors, Monsieur Baillit a éliminé toute cause organique ou purement sexuelle.
— Tiens, il ne vous a pas demandé si vous preniez des excitants. Est-ce que vous fumez ou buvez? ajoute-t-elle.
— Je ne fume pas. Je dois boire l'équivalent de 6 verres par semaines.
— Bon, ça reste raisonnable, même si c'est un peu beaucoup.
Mustafa est contant de l'entendre dire ça car, il n'est pas question qu'il arrête. Il comptait simplement remplacer des bières de marque de premier choix par de la bibine pas chère.
— Vous comprenez pourquoi votre problème n'est pas purement sexuel?
— En fait, pas trop.
— Il y a des hommes qui n'ont des problèmes d'érection que lors du passage au coit car il associe cela à la finalité de l'acte sexuel. Ils sont stressés dans ces circonstances mais, par ailleurs, les autres pratiques ne les intimident pas. Ils ont peur de l'échec.
— Oui, je comprend mieux.
— Vous êtes en couple avec une femme de quelle confession?
— Une musulmane.
— Je vous pose cette question car j'ai reçu des couples mixtes qui avaient des problèmes justement à cause de leurs croyances divergentes. Dans ce cas-là, c'est le regard occasionné par les parents ou la société qui crée le blocage.
— Je suis bien avec une personne de confession musulmane mais c'est un garçon, se décide enfin à révéler Mustafa.
— Nous y voilà, ça doit être ce qui coince.
— Mais on ne peut pas guérir de l'homosexualité.
— Car ce n'est pas une maladie.
— Comment réagiraient vos parents s'ils apprenaient votre préférence?
— Ils me tueraient carrément, c'est interdit par le Coran.
— Même si c'est un musulman?
— Ca peut les adoucir.
— Bon, je vais planifier le programme. Vos symptômes peuvent guérir en 6 séances dont 3 de relaxation.
— A ce propos, je dois vous dire que le prix des séances est un peu trop élevé pour moi; je ne peux mettre que 30 eus à chaque fois.
— D'accord, c'est bien comme ça.
Après avoir quand même vérifier que le sujet n'a pas eu de graves traumatismes comme un viol ou des deuils, Madame Pitussi passe au règlement et stipule la chose suivante:
_Pensez toujours à me payer en liquide!
Si elle accepte de faire une petite ristourne à Mustafa, ce n'est pas seulement parce qu'il est chômeur; c'est aussi car elle n'est pas obligée de déclarer la somme.
Une question taraude l'esprit du jeune homme et, il doit la poser:
— Pourquoi on ne m'a pas prescrit des pilules?
— Votre problème n'est pas mécanique. Ces pilules n'agissent que sur le côté organique de l'érection. Chez vous, le désir est freiné par le stress. Je vous assure que quelques séances de psychothérapie vont vous faire beaucoup plus de bien.
— D'accord.
— Je vous mets un rendez-vous à la même heure, propose la thérapeute.
— OK.
Mustafa va au-delà de tous ses préjugés sur les thérapies. Il a vaincu ses réticences et, en sortant de l'immeuble; il se sent déjà beaucoup mieux.
Dans la rue, il marche avec détermination vers sa nouvelle vie.


« Oui, Allô?… Bonjour, Madame Dauman, comment allez-vous? Pourquoi m'appelez-vous?… Toujours votre peur de l'avion… Vous voulez vous relaxer avant de partir?… J'ai un rendez-vous de libre la semaine prochaine mardi à 16heures30, ça va?... D'accord? Bon à la semaine prochaine! »
Il y en a qui vont chez le relaxologue pour des troubles qui paraissent sans importance à Mustafa en comparaison des siens. Si, on a peur en avion, autant prendre des somnifères. Contrairement aux pilules bleues, on en en trouve des peu chères et là, c'est sûr que le traitement est moins coûteux qu'une séance de relaxation. Peut-être que la petite dame veut profiter de la vue en plein-ciel? Dans ce cas-là, après tout, elle fait bien de faire ce qu'elle a envie.
— Excusez-moi Monsieur Toufik, vous me parliez de quoi déjà? Ah oui, de votre tonton Jamal.
— Oui, il a un peu près votre âge. C'est mon oncle préféré. Tout le monde l'aime. Tout le monde le considère comme un grand garçon qui n'a jamais grandi car il ne s'est jamais marié.
— Pourquoi ne l'a-t-il pas fait?
— Il n'aime pas les responsabilités.
— Il a le goût du travail?
— Il a été pêcheur un temps à Tanger, la ville de ma mère et de toute sa famille. Puis, il a travaillé dans une boutique de souvenirs. Je me souviens toujours de la fierté que j'éprouvais quand il m'emmenait sur sa mobylette dans les ruelles de la ville. Il fallait faire attention à ne pas écraser les chèvres ou les volatiles qui traînaient par-là. Comme il habitait dans la maison familiale dans laquelle on venait durant les vacances, celle de ma grand-mère, il m'offrait toujours une glace quand le glacier passait. Un jour, il m'a même donné un petit poussin vert coloré et quand il a disparu, j'ai pleuré.
Pour recadrer la conversation, Madame Pitussi demande à Mustafa s'il l'aime autant que son père.
— Plus que mon père, il est génial, y'a pas de mot pour le qualifier! couvre-t-il d'éloges le brave tonton.
— Pourquoi me parliez-vous de cela déjà? fait-on semblant d'avoir oublié.
— C'est simple, je crois que chez les musulmans; on laisse tranquilles les gens qui ne veulent pas affronter tous les aspects de la vie. On sait qu'elle est dure et on accepte les vieux garçons…
— Continuez!
— J'ai envie d'être un tonton Jamal.
— C'est une bonne idée! Ça veut dire que si vous ne vous mariez pas, vos parents l'accepteraient?
_Oui, je pense.
— Alors, faites ce que vous voulez; vous le pouvez!

« Faites ce que vous voulez, vous le pouvez », cette phrase résonne aux oreilles de Mustafa qui tient la porte à une inconnue, résidente des lieux. Elle le remercie. Dehors, le soleil brille. Il sourit car il est en paix.
Comme la dame au téléphone, un envie sourd d'on ne sait où mais, elle fait tellement de bien. Qu'elle se réalise pour lui.


Atif pousse un râle de contentement et félicite Mustafa pour le travail accompli.
— Tu ne pensais pas que ça allait marcher aussi vite? dit ce dernier.
— C'est bluffant, c'est de la magie!
La psychothérapie n'est même pas encore finie que le marocain se retrouve en meilleur forme. Les deux amants fixent le plafond dans une somnolence post-orgasmique. Avant, Mustafa la mettait de côté pour se mettre à satisfaire ses partenaires. C'était, pour lui, un exercice de style périlleux qui s'apparentait à faire des caresses et des mamours alors qu'on est saoul.
Il tourne la tête vers la tapisserie bleue. Décidément, cette couleur est apaisante. Ils auraient dû essayer depuis longtemps de le faire sous un ciel azuré. Ca aurait sans doute déjà débloqué des choses.
Les meubles de la chambre d'Atif sont aussi bleus mais, laqués. Cette caractéristique leur donne un côté très moderne tout comme leur nature, du contre-plaqué.
Seul le bureau couleur bois semble provenir d'une période antérieure.
— Tu les as depuis longtemps ces meubles laqués? s'empresse de savoir Mustafa.
— Comme j'avais trop grandi, on a dû m'acheter un nouveau lit. Donc, on a pris tout l'ensemble.
— Il n'y avait pas de bureau assorti?
— Non, celui-là; je l'ai depuis tout petit. Il m'a suivi depuis lors, sauf en Martinique. Il est resté dans un garde-meuble pendant cette période.
Sur l'armoire de l'ensemble, Mustafa note un miroir qui permet de se voir de-pied. On pourrait le faire en s'admirant narcissiquement si le lit n'était pas collé contre le mur central. Il faudrait le décaler.

Si Mustafa savait ce qui est sur le point d'arriver, il n'attendrait pas une seconde; il penserait carpe diem. Mais, la thérapie l'a rendu confiant, le pire; il croit qu'il est derrière lui.


On est encore dans un lit, cette fois en caleçon et Atif considère que c'est le moment le plus approprié, faute de mieux, pour parler de ce qui lui tient à coeur.
Il va demander à Mustafa s'ils vont pouvoir officialiser leur union aux yeux des autres. Le pendant hétérosexuel aurait tout de glamour à la Tour d'Argent, un consentement et un tas de personnes pour applaudir. Là, il ne s'agirait que de sortir du placard mais; c'est déjà beaucoup.
La peur au ventre en cas de refus, Atif se lance quand même en susurrant à l'oreille de Mustafa:
— J'ai quelque chose d'important à te dire qui me tient très à cœur. Ca fait longtemps que j'y pense et là, je fais le grand saut.
— Oh là! En général, quand tu prends ce ton, il vaut mieux être assis; s'amuse à dire Mustafa en se redressant et en posant sa tête contre le mur.
— On est tous les deux musulmans, diplômés, intelligents et beaux.
— C'est vrai! On est pas mal! se jète aussi des fleurs Mustafa.
— … Je me disais qu'on pourrait le dire à nos parents.
— Que l'on est musulmans, diplômés, intelligents et beaux?
— Il faut rajouter gay.
Mustafa se cogne la tête contre du dur comme pour marquer symboliquement qu'Atif a pété une durite et s'écrie:
— T'es devenu fou ou quoi? On est muslim, tu sais ce que ça veut dire? Sodome, ça te dit rien?
— C'est la seule solution, y'en a pas d'autre. On ne pourra pas se cacher éternellement. Un jour, on nous demandera de fonder une famille, se fait pessimiste Atif.
— Alors, c'est pour ça que t'es sorti avec moi? éprouve une forme de suspicion Mustafa.
— Qu'est-ce que tu crois? Que je préfère les aryens aux cheveux blonds et aux yeux bleus?
Avec cette dernière réplique, Atif a voulu détendre un peu l'atmosphère et c'est tout le contraire qui se passe. Mustafa y décèle quelque chose de cynique.
— Je veux pas être un bouche-trou, tu as dû sortir avec d'autre garçons que tu as aimés par la passé, devine-t-il.
— Je suis pas un ange, j'essaye de faire ce que je peux; se livre à cœur ouvert Atif.
— Et ben, moi; je peux faire ce que je veux. Je t'ai déjà parlé de mon tonton Jamal?
— Non, quel est le rapport?
— C'est mon oncle préféré. C'est pareil pour tous mes cousins. A 50ans, il n'est toujours pas marié et on sait qu'il ne le sera jamais.
— Ou veux tu en venir?
Atif a du mal à suivre Mustafa.
— Je pense qu'il y a des tontons Jamal dans toutes les familles musulmanes. S'il y a des gens qui ne sont pas fait pour le mariage, notre religion les laisse tranquilles. Sur ce point, notre religion est tolérante.
— En Inde, il n'y a pas de tontons Jamal. A 40ans, les plus récalcitrants sont mariés! contredit les propos de Mustafa Atif.
— Cherche bien, chez tous les musulmans, ça doit être pareil.
— Chez nous, il n'y a qu'une religion: la fertilité qu'on soit chrétien, musulman ou hindou. Tous les jours, il pleut et ça pousse de partout. Peut être que le Maroc, c'est différent, c'est plus aride, c'est moins vert.
Le pays d'Atif grouille de vie. Il suffit d'attendre sous un cocotier pour qu'une noix de coco tombe. La nature est prolifique. On peut faire deux cultures de riz à cause du retour de la mousson. Dans le sud, plus qu'ailleurs; le sol est fertile car, il y a très longtemps, si l'on remonte à l'époque des dinosaures, c'était une région volcanique.
Cette démesure foisonnante se retrouve dans le monde animal où l'on voit pulluler des chenilles, des moustiques, des lézards albinos et des cafards.
Les musulmans de l'Inde sont, au bout du compte, des indiens comme les autres. Ce qui magnifie l'Inde rend aussi d'un autre monde les invertis qui ne participe pas à cet élan général. Le parlement y a décidé que si l'on revenait sur la prohibition de l'homosexualité cela la rendrait encore plus fréquente et dangereuse. Elle représente le spectre de la mort.
Atif vit son plus grand moment de solitude. Il se sent ridicule. Pourquoi a-t-il cru qu'un musulman arabe le comprendrait? On est certes tout autant raccourcis mais, ça ne révèle pas une communauté de mentalités.
Il mise néanmoins tout sur son va-tout, si ça ne marche pas; il n'y aura plus rien à faire:
— Rappelle-toi que la couleur de l'Islam c'est le vert! Tes parents doivent vouloir que t'ais des enfants?!
— Tu l'as dit toi même avant! C'est du vert à côté de grandes étendues désertiques, des oasis pas plus grandes qu'un point vues du ciel, le met en déroute Mustafa.
L'arabe ajoute:
— On sait que tout le monde n'a pas la chance d'avoir une oasis. Je veux bien rester avec toi si tu m'obliges pas à faire mon coming out sinon, je crois bien qu'on pourra pas continuer.
— Tu disais que tout le monde pouvait être homosexuel. Mais comment le monde le découvrira si personne ne sort de sa tanière?
— On est assez grands pour faire nos choix.
— Nos choix sont souvent contraints par la peur. Crois-moi, je suis bien placé pour le savoir.
Le reste de sa pensée, Atif le prononce intérieurement car elle ferait trop mal: « Tu voudrais être libre mais tu le seras jamais. ».
Il ramasse ses affaires et communique sa décision:
— Je veux pas que tu sortes de ma vie, on sera toujours amis mais on fera plus l'amour.
Comme si sa nudité était devenue un sujet de honte ou d'indécence, il se rhabille dans le couloir et part de l'appartement de son feu amant.


Suite

Retour au sommaire de Textes Gais


Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com