La chronique de Toby
de Toby



Certains ont pu lire mes textes de fiction dans la partie réservée, mais il s’agit là d’une tout autre démarche. Ces textes se veulent plus réfléchis et essayeront de lancer des débats ou tout simplement d’aborder des sujets autres.

A propos de la nature de l’homosexualité…

Je relisais l’autre jour des extraits du Corydon d’André Gide. Texte d’une valeur certaine puisque c’est l’un des premiers depuis l’Antiquité à énoncer une défense de l’homosexualité. Position très courageuse à l’époque. Certes, et ce n’est pas la démarche que je vais questionner, il s’agit plutôt de la méthode par laquelle Gide essaye de défendre l’homosexualité.
Toute son argumentation repose sur le fait que cela serait naturel. Il se sert donc des théories en vogue à son époque (et qui ont beaucoup évolué) pour dire que l’homosexualité n’est pas contre-nature puisque des animaux font pareil (ex des vaches, chiens et autres).
Pourquoi les mâles vont-ils ensemble ? En quelques mots parce que leur sexualité est fondée sur la dépense, le gaspillage ; alors que les femelles, pour permettre la reproduction, sont fondées sur l’économie : un seul ovule contre des millions de spermatozoïdes. Les mâles vont donc ensemble pour assouvir leur trop plein de libido. Voici en gros la thèse de Gide. Bien.
Effectivement, les mâles ont peut-être un trop plein de libido. On le constate tous les jours, ou presque, ce n’est pas à vous que je le ferai remarquer. Outre le fait que l’explication est un peu trop pratique à mon goût, l’explication naturelle a toujours quelque chose de rassurant, cela n’explique en rien le lesbianisme. Nous sommes bien d’accord ?
Je crois qu’il faut perdre cette manie de vouloir tout expliquer par la Nature. Nous ne sommes plus depuis longtemps des animaux sous le régime de la Nature. Presque tout ce que nous faisons est contre-nature : regarder la télévision, prendre des vacances, prendre des RTT, utiliser des contraceptifs… Eh oui, l’hétérosexualité est devenue contre-nature. Je suis désolé de vous l’apprendre, mais au départ, le seul but de la sexualité est la procréation, il y a du plaisir dedans simplement pour inciter les individus à favoriser la perpétuation de l’espèce. Imaginez si, en plus, c’était une corvée… déjà qu’il faudra torcher les gosses… La nature est quand même bien faite.
Bref, hétéro, auto, homosexualité, tout ça c’est sur le même plan. Tout est contre-nature, ou si vous préférez à l’opposé du naturel. Qu’y a-t-il à l’opposé du naturel ? Le culturel, et c’est donc pour cela que je parlerais volontiers de l’homosexualité comme phénomène culturel. Et uniquement culturel, parce l’argument de la nature, du contre-nature est dépassé depuis longtemps. Ici, je rejoindrais assez aisément Gide, quand il dit que les « pics » d’homosexualité (même si ce n’est pas le terme qu’il emploie) correspondent aux périodes de grand essor culturel : la Grèce Antique, la Renaissance européenne, la Belle Epoque…
Soyons donc un peu plus contre-nature que les autres si l’on veut, mais soyons surtout plus culturels que les autres. Je ne veux pas dire, comme Sartre à propos de Genet, que l’on choisit d’être homo ou hétéro, non, pas du tout, je ne trancherai pas sur ce problème, mais je veux seulement dire que l’homosexualité dans une société est un signe d’évolution positif vers un degré de culture avancé, une société qui s’éloigne de plus en plus d’un état naturel primitif.

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