Vincent
de Vincent Langlais


Ma vie a complètement changé ce jour-là. Et le mot « changé » est un mot qui me paraît presque insuffisant pour qualifier ma vie actuelle. Mais avant de discourir plus longuement, je me présente, je m'appelle Jérôme, j'ai vingt deux ans et je suis gay. Voilà! Tout est dit ou presque. Ces trois informations décrivent très bien ma situation avant cette aventure. J'avais une vie de célibataire homosexuel qui collectionnait les relations sentimentales mais essentiellement sexuelles. Sans vouloir vous sembler prétentieux, mon physique d'homme beau, grand et athlétique m'aide énormément. Non! Je ne me vante pas. C'est la plus pure réalité si l'on écoute mes anciens petits amis d'un soir et mon entourage proche. J'habite à Saint Gildas sur mer où j'ai un studio en location proche de la plage. Ce nom peut vous paraître inconnu et cela apparaîtrait comme un fait logique puisqu'il s'agit d'une petite bourgade sans réelle animation. Mais elle est proche de la ville avec ses bars et ses discothèques. Je me rends régulièrement au temple la plus connue d'entre elles en ce qui concerne le milieu gay.
Ainsi, le soir qui précédait ce bouleversement dans ma vie personnelle, un événement assez inhabituel se produisit. En effet, j'avais sympathisé avec Teddy un garçon blond avec de magnifiques yeux verts clairs âgé de vingt et un ans. Tout s'était bien passé. Nous avions échangé quelques verres et quelques tendres baisers très sensuels. Je sentais alors un désir puissant envahir tout mon être. Donc je l'ai incité à venir chez moi boire un verre. Nous sommes sortis du temple et mon état d'excitation semblait presque visible. A quelques mètres de la voiture, il me fit cette déclaration brusque et cinglante:
— Je suis désolé mais je crois que ça ne va pas être possible !
Et il est partit sans que je puisse trouver une parole pour lui répondre! Sur le chemin du retour, je me torturais l'esprit pour expliquer ce changement brutal d'attitude sans y parvenir. Seul dans mon lit, je ne dormais pas. Les idées se bousculaient et succédaient aux souvenirs désagréables de cette soirée. Finalement, le sommeil est venu tardivement m'apporter l'apaisement.
Le lendemain après-midi, je suis allé travaillé. Je suis livreur dans une entreprise située dans une zone industrielle proche de Saint Gildas et nommée Ouest Surgelés. Cette société dessert toute la région. Je livre uniquement le secteur local qui s'étend sur un rayon de trente kilomètres autour du site. Lorsque je suis arrivé ce jour là, Greg, mon chef qui connaît mes goûts et mes préférences, m'a dit avec un léger sourire:
— Tu as eu une soirée difficile j'imagine ?
— Plutôt décevante c'est vrai! Lui ai-je dis avec une expression qui trahissait mon humeur morose.
— Les papiers de ta tournée sont là! Ton camion est chargé! Tu as un nouveau client: monsieur Alphard. Il habite le domaine de Saint Maurac à dix kilomètres d'ici. C'est un château dont les propriétaires viennent rarement. Lui, c'est le gardien. Il loge dans la petite maison proche du mur d'enceinte de la propriété. Un de tes collègues l'a déjà livré une fois. Il t'a laissé un papier avec les explications pour t'y rendre.
— OK! Merci! J'y vais! »
J'ai suivi les indications qui m'avaient été fournies et je suis parvenu à destination après quinze minutes de trajet. Je distinguais le vieux mur qui entourait le château et ses dépendances. La grille était ouverte. Elle semblait constituée de vieille ferraille rouillée et s'ouvrait sur une grande allée ombragée. Je pouvais voir également le haut de la maison de monsieur Alphard à droite de l'entrée. J'ai donc arrêté mon véhicule dans le chemin qui devait mener au castel. Je me suis ensuite dirigé vers la modeste demeure qui était restée curieusement accessible! J 'activais la sonnette sans que personne ne réponde. Après deux autres essais, j'ai frappé sans résultat. J'ai donc décidé de l'appeler avec une voix suffisamment élevée pour qu'il m'entende :
— Monsieur Alphard? Vous êtes là? Société Ouest Surgelés! Monsieur Alphard? »
Seul le silence fit entendre sa réponse glaciale et inquiétante. Je m'y suis aventuré sans trouver âme qui vive. Je l'ai donc hélé une seconde fois mais je n'ai entendu que le souffle du vent. Je suis donc sorti et j'ai marché sur la petite route bordée d'arbres majestueux. Monsieur Alphard avait disparu ! Parvenu aux abords de l'immense bâtisse, un détail étrange a attiré mon attention. La porte d'entrée était ouverte ! A cet instant, j'ai supposé naïvement qu'il devait se trouver à l'intérieur. Je suis entré sans réellement me méfier. Le gardien entretenait cet endroit puisque les persiennes avaient été ouvertes et la poussière me semblait invisible. Je me tenait au centre d'une grande pièce meublée avec goût et équipée d'une cheminée d'une taille démesurée. Ainsi, préoccupé par l'absence persistante de mon client, la voix douce et mélodieuse qui m'a interpellé m'a fait sursauter:
— Tu cherches quelqu'un ?
— Juste...Monsieur Alphard...
J'avais prononcé ces quelques mots qui laissaient mon trouble perceptible. J'avais assisté, devant moi, à une apparition divine. Un garçon brun avec de superbes cheveux longs et ondulés, qui devait avoir mon âge, me faisait face. Sa peau hâlée et ses traits si fins s'accordaient parfaitement avec ses yeux noirs aussi magnifiques que ceux d'une déesse. Grand et particulièrement bien proportionné avec ses muscles d'une finesse extrême, il a provoqué en moi un émoi que je n'avais jamais connu: le coup de foudre. Plus précisément, je ressentais ce que le monde nomme l'amour, le vrai, l'unique. Il s'était vêtu d'un pantalon de cuir noir qui moulait son corps, d'une ceinture et de bottines de la même couleur. Il avait laissé sa chemise en dentelle blanche presque ouverte ce qui laissait deviner son torse si harmonieux mais puissant. Ses paroles éveillaient tous mes sens:
— Tu es si charmant! Excuses mon audace mais j'ai une envie que je dois satisfaire!
Alors il s'est approché de moi et a mis ses mains derrière ma tête. Il m'enlaçait et a commencé à m'embrasser tendrement. Nous nous dévorions avec les yeux et avec la bouche. Je l'imitais tant le désir se révélait irrépressible.
— Viens! M'a t-il chuchoté.
— Comment t'appelles-tu ? Lui ai-je demandé.
— Vincent! Mon bel amant !
Il m'a emmené dans une chambre voisine et a continué à me couvrir de baisers. Je lui caressait la poitrine et j'avais l'impression de toucher de la soie par sa douceur inédite. Il a ôté sa chemise et a enlevé mon gilet puis mon tea-shirt. Après s'être débarrassé de nos chaussures et de nos pantalons, il m'a allongé sur le lit. Il me caressait et me glissait ces mots dans le creux de l'oreille:
— Tu es si beau! Je t'aime tellement mon adorable Jérôme! Je t'observe depuis longtemps! Tu es l'homme qui manque à ma vie! Ton corps est si sublime, si doux, je crois que je vais le dévorer!
Il connaissait mon nom! Il m'avait observé! Désormais, je pensais connaître la raison, auparavant mystérieuse, de mon échec d'hier. Mais cela n'avait plus aucune importance étant donné que je partageais ses sentiments. Soudainement, je me suis rué sur lui et l'embrassait langoureusement. Je touchais chaque partie de son corps si bronzé, si fin, si beau. Après quelques dizaines de minutes, il a mis fin à ces instants de délices:
— Il faut que tu t'en aille! Monsieur Alphard te cherche partout! On se reverra! Je t'aime amour de ma vie !
Puis, il a disparu alors que je sombrais dans l'inconscience. Je me suis réveillé dans un lit d'hôpital avec Greg, le gardien du domaine et ma mère à mes chevets. Celle-ci m'a parlé la première:
— Jérôme! Mon petit! Qu'est-ce qui t'es arrivé? Monsieur Alphard, qui es à côté de moi, t'a trouvé sans connaissance dans une des chambres !
Greg confirma :
— C'est vrai! Tu étais presque nu!
— Malgré mon état d'esprit embrumé, je me souvenais de tout:
— Je suis désolé monsieur! J'ai rencontré quelqu'un et ...
J'hésitais avant de continuer. Mais celui qui représentait l'archétype même du célibataire endurci m'a rassuré :
— Ce n'est rien jeune homme. Expliquez nous!
Je leur ai donc fourni tous les détails de mon aventure avec la description de Vincent ce qui a provoqué l'étonnement du vieil homme :
— Vous êtes sûr d'avoir vu cette personne? Je connais l'histoire de la famille de Saint Maurac et je peux vous assurer qu'il est impossible que vous ayez vu Vincent de Saint Maurac! Il est mort d'une terrible maladie, incurable à l'époque, il y a cent cinquante ans! »
Cette simple phrase m'avait brisé le coeur! J'étais amoureux d'un fantôme! Inquiet au sujet de mon état de santé comme tous les membres de mon entourage, Greg m'a donné quelques semaines de repos. Quelques jours après mon hospitalisation, je suis allé sur la plage pour me promener et m'aérer l'esprit. Je me suis assis sur le sable. Je pensais à lui et à l'impossibilité de notre amour ce qui me détruisait à l'intérieur. Perdu dans mes pensées, j'ai été particulièrement surpris de voir quelqu'un s'approcher de moi. Il s'agissait de lui! Vincent! Il était revenu! Je me suis jeté dans ses bras! Après m'avoir offert ce baiser inoubliable sur la bouche, il m'a tenu ce discours presque irréel :
— On ne se quitte plus d'accord? On m'a offert une seconde chance! Celle de vivre mon amour avec toi! Je suis vivant maintenant et je t'aime !
— Moi aussi je t'aime si fort! »
Actuellement, je vis donc avec Vincent même s'il a été difficile de faire admettre la vérité à mes proches. Il a dépassé les frontières de la mort pour moi et je peux vous affirmer que notre amour n'a absolument aucune limite!

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