Ne me soumets pas à la tentation (1)
de William Borromé
Notice au lecteur: Ce récit se veut une histoire purement fictive - et non autobiographique - bien que basée sur des faits réels et vécus. Les personnages, tout autant que les lieux ont été inventés pour le bien du texte. Il est aussi important de garder à l'esprit que ce texte n'a pas pour but de vous offrir un récit érotique mais plutôt un récit basé sur les sentiments, les émotions et l'évolution de ces derniers. Gardant ceci en mémoire, je vous souhaite une bonne lecture.
Partie I
« Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l'abîme; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux... »
Noir, tout était noir. Un noir d'une opacité incroyable, plus noir que le goudron, plus noir que la nuit sans étoile. Je ne voyais rien. Tout était si sombre que je devais toucher mes paupières pour m'assurer de toujours posséder mes yeux. Je me sentais aveugle et insignifiant. Je ne savais pas où j'étais, je ne me rappelais plus de rien. Je n'avais aucun point de repère autour de moi, seulement du vide. Le néant m'entourait, je m'y trouvais seul.
Je n'avais aucune notion du temps, le temps était une idée abstraite dans cet univers. Je ne voyais pas le temps passé, je ne pouvais me rappeler ni de mon passé ni concevoir le futur. Je ne voyais aucun changement dans cette mer de noirceur qui puisse me servir de point de repère temporel.
«
puis Dieu créa la lumière, le ciel, la terre, la végétation, le firmament et les êtres vivants. »
Pourtant, dans cette noirceur incommensurable arriva un événement étrange. Un événement exceptionnel. J'ai vu. J'ai vu pour la première fois. Tout était extraordinaire. J'étais pris d'une curiosité presque obscène. À mes yeux maintenant ouverts s'offraient des couleurs et des images magnifiques. Je voyais la terre. Je voyais la lumière. Je voyais la création pour la première fois. La lumière avait été mon premier réveil. Ç'avait été comme un éclair qui avait déchiré mon néant pour m'ouvrir une porte de sortie. Je m'étais alors enfui et j'avais pu contempler cette terre qui semblait si accueillante.
Puis, je m'élevai avec les autres - ils étaient par milliards, tous des esprits comme moi - vers les sphères supérieures de ce monde. J'arrivai alors dans un monde étrange et fabuleux: le paradis. Là se trouvaient des créatures magnifiques et terrifiantes à la fois; Dieu nous les présenta comme anges. Tous ces anges étaient nus. Ils arboraient un corps à forme humaine, en fait, on pourrait dire que le corps humain découle de celui des anges qui lui même découle de Dieu.
Les anges n'avaient pas de sexe à proprement parler ; il n'y avait pas d'anges femelles ou d'anges mâles. Pourtant, tous avaient cette virilité mais aussi cette féminité dans leur être. Leur beauté était éblouissante, leur peau était blanche, d'un blanc réconfortant mais d'une transparence lumineuse. Leurs yeux semblaient donner de l'amour à tous ceux sur qui se posait leur regard.
Comparativement aux anges, les esprits avaient bel et bien une sexualité. Pourtant, l'amour que chacun donnait à l'autre ne prenait pas compte de la sexualité. Tous s'aimaient également, comme on aime un amant.
« Puis, le sixième jour, Dieu créa l'homme: "Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa". »
Finalement, alors que je commençais à ressentir pour la première fois le temps, je m'ennuyai, j'étais impatient. Il me tardait de voir ce monde de plus près. C'est alors que Dieu nous donna une enveloppe charnelle.
Je ne me rappelle plus de rien maintenant quant à la période transitoire du moment de la création jusqu'à ma naissance. Ce fut long. Très long. Je ne fus pas le premier à recevoir cette enveloppe que tous convoitaient, qui permettait de vivre. Cependant, mon tour vint et je fus donné de vivre, de grandir.
***
Une fois de plus, tout était noir. Pourtant, j'étais au chaud, à l'étroit mais à l'aise. J'étais si confortable mais à la fois si inconfortable. Je cherchais à tous prix à sortir de cet étau qui m'écrasait de part en part. Finalement, un jour, je naquit. Voilà, j'étais au monde. Ce monde nouveau qui m'entourait. Étrangement, je ne me rappelais plus de rien avant cette naissance.
Je suis donc né dans le petit village d'Albert Lake dans l'état de la Louisiane, aux États-Unis. J'étais à l'hôpital, mes deux parents veillant sur moi. J'étais dans les bras de ma mère alors que toute la famille se trouvait rassemblée autour du lit à me fixer, à me regarder. Il y avait ma sur aînée, Mary, mes parents bien sûr, il y avait mes grands-parents maternels et paternels, mes oncles et mes tantes. La chambre était vraiment bondée. Tous essayaient d'attribuer mes traits à l'un ou l'autre de mes parents:
- Ce sont les cheveux de son père.
- Et le nez de sa mère!
- Mais d'où lui viennent ces yeux ?
- Vous avez vu ses oreilles... on jurerait celles de son grand-père.
- Regardez cette bouche...
Ça continuait comme ça, sans cesse. Moi, je commençais à en avoir vraiment marre. De toute façon, je pouvais bien m'endormir dans les bras chauds et confortables de ma mère. Je ne comprenais pas vraiment tout ce qui se passait autour de moi. Je n'y prenais guère attention.
***
Les mois ont passés, les uns succédant aux autres. J'ai grandit tranquillement, pouponné par ma mère et mon père... et ma sur. J'avais ma propre chambre. Toute simple, ses murs étaient blancs. J'avais un lit, une commode et une table de chevet en pin. Je marchais maintenant, je parlais aussi un peu. J'avais quatre ans. Je n'allais pas encore à l'école à cette époque. Cependant, je fréquentais, à l'occasion, une garderie. À l'âge de cinq ans pourtant, j'entrai à la maternelle. Ce fut alors pour moi le début d'un long processus durant lequel je me rendis compte de ce qui me différenciait des autres.
Alors que les adultes croient que les jeunes n'éprouvent aucun désir sexuel ou n'ont aucune notion de l'attirance physique, déjà, à cet âge, j'avais commencé à regarder les autres autour de moi. Instinctivement, ce sont les garçons que je regardais. Parfois, j'en croisait un plus vieux au centre commercial que je trouvais beau. Je le fixais et le suivais du regard. C'était normal pour moi. C'était la même chose à l'école et avec mes amis, je les regardais. Il m'arrivait même, dans mon innocence, de m'imaginer tel ou tel homme nu. Parfois le soir, je pensais à mon voisin, ou à qui que ce soit puis j'essayais de classifier tous les garçons que je connaissais selon leur beauté. Encore une fois, tout était normal pour moi. À l'âge de 5 ans, je ne savais pas encore ce que c'était l'homosexualité, je n'avais aucune notion du fait que j'étais différent des autres. Pour moi, aimer les garçons était tout à fait normal. Un jour pourtant, et peu à peu, je me rendis compte que tous n'étaient pas comme moi.
Alors que j'entrais à l'école élémentaire, succédant la maternelle, je me fis de nouveaux amis. Je découvris alors peu à peu qu'eux regardaient plutôt les filles. D'un autre côté, je commençais à prendre conscience du fait que la plupart des hommes avaient une femme... et non un mari. Je commençai alors à me poser de sérieuses questions sur moi-même. Dans mon petit village d'Albert Lake aux États-Unis, ils n'y avaient aucun homosexuels. En fait, il devait bien y en avoir mais comme dans toute petite communauté fermée, ils ne s'affichaient pas. C'est donc pour cette raison que dans mon jeune âge je ne fus pas exposé à ces gens et ne pus donc pas m'y associer.
Je poursuivis mon éducation au primaire. La plupart de mes amis étaient des filles. Je n'aimais pas vraiment les sports. Je dois avouer que j'étais particulièrement malhabile. Je passais donc mes récréations avec des filles, à parler de tout et de rien et à marcher. C'était tout aussi normal pour moi. En cinquième année, vers l'âge de 11 ans, je changeai d'école pour aller dans une école spécialisée pour les étudiants doués. Effectivement, je réussissais très bien à l'école. J'avais toujours de bons résultats et je m'ennuyais. Je me fis de nouveaux amis. À cet âge, moi et mes amis commencions à développer ce que j'appellerais le langage sexuel. Nous parlions toujours de sexe, rien de malin mais toutes nos conversations étaient axées d'une façon ou d'une autre à ce sujet pourtant tabou chez les aînés. C'est à ce moment que je commençai à sérieusement me questionner sur moi-même. Les autres racontaient comment ils trouvaient telle ou telle fille jolie. De mon côté, je me contentais d'acquiescer. Pourtant, je ne les comprenais pas.
Vers l'âge de 12 ans, ma mère cru bon de procéder à mon apprentissage sexuel. Elle m'apprit bien sûr les termes à utiliser et tout ce qu'il en retourne. Puis, elle me parla de ce qu'elle appelait les "homosexuels". C'est que j'étais bien intrigué par ce que mes amis à l'école appelaient des "tapettes".
- Tu vois, papa et moi, nous nous aimons, et donc nous nous sommes mariés. Les hommes sont attirés par les femmes et les femmes par les hommes. La plupart des gens sont comme ça, tu vois ?
- Oui, répondis-je.
- Pourtant, certains hommes aiment mieux les hommes et d'autres femmes aiment mieux les femmes.
J'avais de la difficulté à comprendre ce qu'elle me disait. Pour moi, il était normal d'aimer les garçons... et maintenant elle me disait que les hommes devaient aimer les femmes.
- Pourquoi ?
- C'est comme ça mon chéri. Pourquoi ces questions ?
- Pour rien maman, merci, dis-je.
C'est à ce moment que mon questionnement devint quasi intolérable. Je ne voulais pas être homosexuel. Je ne voulais certainement pas être différent des autres. Je voulais simplement être un garçon normal. Pourtant, à l'intérieur de moi-même, je désirais aimer les garçons et quoi que je fasse, je ne pouvais m'enlever de la tête cette idée que j'étais homosexuel.
Puis, au fur et à mesure que je vieillissais, je devais subir et endurer les idioties que les autres disaient à propos des homosexuels. Parfois, je me mettais de la partie et les joignait dans leur méchanceté. Puis, j'ai pour un moment oublié mon débat intérieur et j'ai eu une blonde. Ça n'avait rien de très spécial. Je n'étais qu'en sixième année. Je croyais l'aimer. Je pensais que je l'aimerais pour toujours et que nous nous marierions. Pourtant il n'en fut rien, et j'en suis heureux. Tout s'arrêta un beau jour. Elle ne m'aimait plus - et moi non plus d'ailleurs. Ce n'étais qu'une "amourette" comme on pourrait dire. Et j'étais "jeune et innocent".
Quoi qu'il en soit, mon questionnement repris de plus belle. Je commençais à éprouver des sentiments pour certains garçons. Vers la fin de l'année, je me suis fait un nouvel ami, son nom était Chris. Il était très gentil. Pourtant, les autres le traitaient de tapette. Il est vrai qu'il avait une voix de fille mais je le trouvais vraiment sympathique. Nous n'étions que de simples amis alors, il est vrai, pourtant nous faisions partie d'un club d'échec à l'école. Je rencontrai alors d'autres de ses amis, des garçons que je ne connaissais pas. L'un d'eux se nommait Mark. Il était de taille moyenne, aux cheveux blonds, presque blancs. Les seuls mots qui sortaient de sa bouche avaient toujours rapport au sexe. Il ne parlait que de ça, toujours. Il était du genre hyper-actif, qui bougeait toujours et qui riait tout le temps. Lors d'une de nos session d'échec, il était particulièrement échauffé. Nous étions dans un petit local fermé, au sous-sol de l'école. Il n'y avait pas de superviseur présent.
Mark n'arrêtait pas de niaiser et de sauter partout, pour ainsi dire, à un certain moment, il est arrivé à Chris et a mis sa main - brutalement - entre les jambes de ce dernier. J'imagine que pour Mark ce n'était qu'un simple défi, pourtant, il m'avait fait de l'effet. Voir un garçon en toucher un autre m'excitait particulièrement. Quelques secondes plus tard, c'était la furie dans le local, tout le monde riait et criait. Chris faisait le pauvre garçon offusqué et violé tandis que les autres riaient comme des fous, tout comme moi. Mark continuait pourtant son jeu. Il courrait après les autres qui se sauvaient tous, je faisait comme eux. Finalement, j'arrivai à un coin de la pièce et montai sur un bureau. Mark fut pourtant plus rapide et me toucha aussi, tout comme il l'avait fait à Chris. Il n'avait en fait que touché mon pantalon et frôlé au travers du tissus mon sous-vêtement mais pour moi, c'était un véritable attouchement, comme une révélation. J'étais tout émoustillé. Je cachai pourtant mon émotion en repoussant Mark et en faisant comme Chris... en faisant semblant d'être offusqué. Il ne se passa pas grand chose d'autre durant cette session d'échecs - à part que nous ne jouions plus vraiment aux échecs.
Je ne crois pas que Mark était homosexuel, c'était pour lui un jeu. En fait, je le crois plus tôt bisexuel. Je crois qu'il était aussi en manque d'affection et... déjà, de sexe. Pour ainsi dire, il découvrait son corps et celui des autres tout à la fois. C'était, j'imagine, sa façon à lui de se comprendre.
Quoi qu'il en soit, l'année scolaire se termina rapidement, sans grand changement. Je me questionnait toujours, incessamment. L'année d'après, je changeais à nouveau d'école, j'avais terminée mon cycle élémentaire et j'entrais maintenant au cycle secondaire. En fait, tous mes amis changeaient aussi d'école alors ce ne serait qu'une adaptation à cette nouvelle école.
L'été suivant ma sixième année fut très ordinaire; comme toutes les vacances précédentes en fait. Toutefois, durant l'été, je continuai à me demander si j'étais homosexuel. J'eus aussi une longue discussion avec ma grand-mère au sujet de la religion. Ma grand-mère était catholique romaine - tout comme moi et le reste de ma famille - et très pratiquante; elle allait à l'église à tous les dimanches et faisait sa prière chaque soir. En fait, chaque été, j'allais passer un mois chez elle, en Floride. Vers la deuxième semaine de juillet, comme à chaque été, je préparai mes bagages. Je sortis mon sac de sport du fond de mon garde-robe et commençai à y enfouir mes vêtements. J'y mis aussi mes effets personnels et quelques livres et objets divers. Finalement, mes parents me reconduisirent à la gare centrale de la Nouvelle-Orléans d'où je pris mon train en direction d'Orlando. Le train était bondé... comme toujours. Le trajet fut assez rapide. J'avais amené avec moi un livre de poche que je lu durant tout le chemin.
Lorsque j'arrivai à Orlando, je me sentais, comme à l'habitude tout à fait désorienté. Le quai de débarquement était noir de monde. J'entendis pourtant derrière moi une voix familière.
- William!
Je me retournai d'un bond. Mon nom n'était pas commun aux États-Unis... Ce devait donc être quelqu'un qui me connaissais. Je reconnu alors à travers la foule le visage rieur de mon grand-père. Il avait les cheveux gris et cours, pourtant, on pouvait distinguer quelques cheveux roux. Il avait une très forte carrure et il était très grand. Quoi qu'il en soit, je repris mes bagages en main - que j'avais préalablement déposés sur le sol - et me dirigeai vers lui. Ma grand-mère se tenait juste à côté, son sourire étiré jusqu'aux oreilles.
- Grand-mère! Grand-père! Enfin des visages connus! m'écriai-je.
Mes grands-parents me serrèrent fort dans leurs bras. Je réalisai alors que je ne les avais pas vu depuis près d'un an... en fait, depuis mon dernier séjour chez eux.
- Tu nous a manqué, me souffla ma grand-mère à l'oreille.
- Allez, monte dans la voiture!
Je suivis mon grand-père à l'extérieur de la gare et m'engouffrai dans la vieille bagnole - c'est le cas de le dire. Le chemin jusqu'à leur petite maison de campagne ne fut pas très long. Ils vivaient tout près de Micco, dans une villa tout à fait charmante. Ils étaient merveilleusement situés, près d'une crique donnant sur l'océan. J'occupais la chambre d'amis, dont la large baie vitrée donnait sur l'eau. C'était un réel coin de paradis pour eux comme pour moi. En fait, j'adorais aller chez mes grands-parents car c'était l'occasion pour moi de m'évader dans la nature et de me promener à la journée longue sur la grève. Je pouvais aussi me rendre à la plage et me baigner. Je n'avais pourtant que 12 ans alors je ne m'aventurais jamais bien loin. Lorsque j'allais à la plage, j'y allais avec ma grand-mère, qui adorait y aller aussi. De son côté, mon grand-père tenait une coquette petite librairie en ville, où j'allais passer quelques après-midi.
Nous arrivâmes enfin à la maison et je m'installai dans la chambre d'invités. Je lançai mes bagages sur mon lit et me précipitai dehors. Je couru par le sentier étroit et arrivai finalement au bord de l'eau. J'avais l'habitude de m'installer sur un immense rocher surplombant l'eau d'où je pouvais voir jusqu'à la mer. J'avais une vue magnifique. Le vent chaud et humide venait par bouffées caresser mon visage, faisant voler mes cheveux. L'air sentait bon. J'étais si bien. Je m'étendis sur la roche et fermai les yeux. J'entendais le son des vagues se briser sur les roches lisses et usées. Je pouvais entendre le murmure du vent traversant les feuilles des arbres. Les longues herbes des champs dansaient au gré de cette valse si poétique. Je ne voyais pas le temps passer.
Finalement, je me relevai et enlevai mes chaussures. Je retirai aussi mes bas que je plaçai dans mes souliers, à l'abris sur le rocher. Puis, je repliai mes bermudas sur eux-mêmes jusqu'à mi-cuisses. Je me laissai glisser le long du rocher jusqu'à l'eau. Cette dernière ne m'arrivait qu'aux chevilles. Pourtant les vagues montaient jusqu'à mes genoux, berçant mes jambes dans leur fraîcheur. J'adorais cette sensation. Le sable sous mes pieds se faisait doux et je m'enfonçais légèrement, comme dans un coussin de ouate. J'avançai un peu vers le large. Je me penchai puis plongeai mes deux mains dans l'eau. Je les remontai vers mon visage et éclaboussai ce dernier. L'eau coulait doucement telle une caresse. Je ramenai mes cheveux roux vers l'arrière et levai les yeux au ciel. Je me rendis alors compte de la chance que j'avais d'être là.
Il me prit soudain le désir de plonger à l'eau et de m'immerger complètement dans cette douceur. J'enlevai donc mon t-shirt et le plaçai avec mes souliers. Puis, je retournai à l'eau et y plongeai. C'était froid mais agréable. Je fis quelques brasses puis me retournai. D'où j'étais, je pouvais voir le sentier menant à la maison de mes grands-parents. Je vis alors ma grand-mère descendre le chemin, me faisant de grands signes. Je nageai jusqu'à la rive. Je sortis de l'eau et allai la rejoindre.
- Tu as déjà retrouvé ton petit coin de bonheur, n'est-ce pas? demanda-t-elle.
- Oui... j'adore cet endroit, répondis-je un peu gêné. Qu'est-ce qui t'amène par ici, demandai-je ?
- Je ne pouvais quand même pas rester à la maison et te laisser seul alors que tu ne viens que d'arriver !
Ma grand-mère riait, comme à l'habitude. Malgré ses rides et ses cheveux de plus en plus grisonnants, elle gardait un visage jovial et paressait très en forme.
- Allez! Retourne à l'eau, me dit-elle en me poussant gentiment par l'épaule.
Je ne me fis pas supplier. Je couru jusqu'à l'eau et y plongeai de nouveau. Je me baignai ainsi pendant quelques heures, puis je revins à la maison avec ma grand-mère.
Chaque jour, je retournais à mon rocher, parfois seul, parfois avec grand-mère. C'était un endroit tranquille, je n'y croisait jamais personne. Un jour pourtant, je m'y rendis comme à l'habitude et m'installai sur ma roche. Il faisait merveilleusement soleil. Je m'étendis donc sur le dos en regardant le ciel. J'étais dans un de ces élans poétique où tout me semblait parfaitement magnifique. Le soleil aidant, je m'endormis. Je plongeai alors dans un rêve comme j'en faisais souvent, je nageais au large puis, une grande vague m'emportait avec elle. J'étais perdu et ne pouvait me retrouver, la plage avait disparue. Puis, je me retournai dans l'eau et... me réveillai. Lorsque j'ouvrai les yeux, il faisait toujours soleil et aussi chaud. Je clignai des yeux puis me rendis compte du visage qui était penché sur moi. Je cru que je rêvais encore. C'était un visage comme on n'en voit que dans les rêves. Ses yeux étaient d'un bleu miroitant, un bleu à vous faire perdre haleine. Je me serais noyé dans ces yeux si profonds et magnifiques. Son visage était pâle, presque sans trace de bronzage. La bouche était légèrement rosée, pâle mais large. Je clignai des yeux car ma vue s'embrouillait.
Le visage s'éloigna alors et j'entendis une voix de garçon me parler, une voix ni grave ni aiguë, une voix jeune.
- Alors, tu te réveille enfin, me dit la voix.
Je me relevai alors et regardai la personne en question. C'était un jeune garçon... peut-être 13 ans. Juste un peu plus vieux que moi. Assez grand, mince. Il avait des cheveux blonds, tirant sur le brun. Son visage, comme je l'ai détaillé était magnifique. Il ne portait qu'un short jeans usé, un peu court. Il était nu-pied. J'étais sidéré, ce devait être l'effet de mon sommeil.
- Tu es muet ou quoi ?, me dit-il.
- Non, non, je dormais... qui tu es, balbutiai-je.
- Moi c'est Jonathan, appelle-moi John... c'est plus court à dire. Je suis en vacances chez mon oncle et je viens juste d'arriver... je suis du Michigan alors...
- Je vois, répondis-je. Mon nom c'est William... appelle-moi Will!
Il se mit à rire, moi aussi.
- Je suis en vacances chez mes grands-parents... je suis de la Louisiane, poursuivis-je. Tu viens souvent ici ?
Il fit une moue gênée.
- Non, en fait, c'est ma première fois. Je suis ici pour une semaine et j'avais envie de voir la crique de plus près et je t'ai vu là.
Il se mit à rire de nouveau.
- Je pensais que tu étais mort, souffla-t-il.
C'était à mon tour de rire. Il m'imita et nous riâmes pendant un bout de temps durant lequel je pu le détailler à mon aise. Il était décidément séduisant. Il avait une poitrine à peine dessinée mais une physionomie parfaite. Alors que je le regardais, je me rendis compte qu'il faisait de même et je me sentis gêné. Je détournai mon regard. Je compris alors que je devais faire attention à ne pas trop l'observer, il pourrait deviner...
- Tu veux nager avec moi ? me demanda-t-il.
Je n'hésitai pas.
- Bien sûr! répondis-je.
J'enlevai mes chaussures et les laissai sur la plage. J'étais déjà torse nu. Nous avons donc plongé dans l'eau comme deux fous. J'ai fais quelques coups de nage puis je me suis retourné. Il était juste derrière moi. Nous riions sans arrêt. Ses cheveux étaient trempés, comme les miens, il était si beau dans l'eau. Nous restâmes ensemble tout l'après-midi, puis, nous nous quittâmes et je revins à la maison.
Durant la soirée, je restai avec ma grand-mère sur le patio, à l'arrière, à parler de religion. C'était bien entendu son sujet de conversation par excellence. En fait, elle me voyait prêtre; parfois, moi aussi. En fait, lorsque je me trouvais avec ma grand-mère, je me sentais plus près de Dieu et je me sentais appelé, moi aussi, à célébrer sa grandeur. Que ce fut à cause de son influence ou pas, je me voyais, en compagnie de ma grand-mère, devenir prêtre. Pourtant, je ne pouvais et ne voulais m'y résoudre. Je voyais un plus bel avenir devant moi, je voulais devenir ingénieur, fonder une famille... Malgré tout, ma grand-mère réussissait chaque fois à me convaincre que mon avenir était d'être un homme d'église.
Je me couchai vers 11 heures. J'étais fatigué. Dans mon lit, je repensai à ma journée, tout particulièrement à John. Il me plaisait vraiment. Il était vraiment super... Je me rendis alors compte que c'était peut-être plus qu'une simple amitié que je recherchais de ce garçon là... peut-être de l'amour. Je repoussai immédiatement cette pensée de mon esprit. Je ne voulais pas être homosexuel! C'était contre ma religion et contre la société elle-même. Je ne voulais pas devenir un simple... exclu. Finalement, je repensai à la discussion que j'avais eu plus tôt avec ma grand-mère. Je considérai alors le choix que j'avais : devenir prêtre. Je me dis alors qu'au fond, si je faisais vux de chasteté, je n'aurais même pas l'occasion d'être homosexuel... ni hétérosexuel non plus. Pourtant, cette idée me parut extrémiste, je ne voulais quand même pas renoncer aux plaisirs charnels... ou à la chance de fonder une famille. Je fis donc une promesse devant Dieu :
"Mon Dieu, si jamais je découvre que je suis bel et bien homosexuel, je consacrerai ma vie pour vous et deviendrai prêtre ou religieux ; dans le cas contraire, je me marierai avec une femme et fonderai une famille."
Une fois ma promesse dite, je me recouchai sur mon lit. Pourtant quelque chose à l'intérieur de ma tête me disait que je ne pourrais jamais tenir cette promesse. Quelque chose de plus fort que mes croyances religieuses mais pourtant qui se faisait faible maintenant. Je tentai par tout les moyens et toute la force de ma volonté de taire cette voix intérieure et m'endormis.
Le lendemain, je me réveillai de bonne heure et me rendis immédiatement à la crique. Je m'installai comme toujours sur ma roche. John ne mis pas de temps à arriver. Lorsqu'il s'installa à mes côtés et que je vis de nouveau son visage rieur, son visage d'ange, ce visage façonné par Dieu pour me tenter, je compris que ma promesse était déjà rompue.
Je compris à ce moment que je ne pourrais jamais la tenir et que je ne pourrais résister à la tentation. Je ne voulais pas l'assumer ni l'accepter et encore moins le comprendre mais je savais que je ne pourrais pas tenir cette promesse que je m'étais imposée. J'avais fais quelque chose de terrible et je le savais. J'avais menti à Dieu et maintenant je ne pouvais retourner en arrière. Ce garçon qui se tenait devant moi, ce garçon innocent qui ne me voulait aucun mal m'avait pourtant blessé. Je voyais dans ses yeux à quel point je l'aimais et le désirais. Pourtant, je m'imposais d'infranchissables barrières, des protections contre tout débordement de ma part.
Je passai ma journée avec John, comme le reste de la semaine. Je ne faisais que jouer en ami et me gardait de toute arrière-pensée. Finalement à la fin de la semaine, ce fut le moment de nos adieux. Jonathan devait partir. Nous étions tous les deux tristes mais ne le montrions pas. Nous nous sommes salués, j'ai cru voir une lueur de déception dans les yeux de John, pourtant, nous fûmes séparés et je ne le revis jamais. Au fond, c'est ce que j'avais voulu, je ne voulais pas le revoir, je ne voulais plus être tenté par ce corps.
Mon séjour chez mes grands-parents prit fin et je repris le train vers la Louisiane. J'étais toujours triste. J'avais failli la seule promesse faite à Dieu. En fait, je ne l'avais pas failli encore, mais je savais que je le ferais un jour ou l'autre.
De retour à Albert Lake, je préparai mes affaires pour la nouvelle année scolaire. Je ne me doutais pas que les deux années à venir seraient si difficiles...
Diffusez votre publicité sur nos textes pour tous publics en 468x60 ou 728x90, nos textes pour adultes en 468x60 ou 728x90
Les textes diffusés ici sont la propriété de leurs auteurs respectifs et de TextesGais.com. Tous droits réservés.
Site muni du tag ICRA pour la protection des mineurs.
Editeur : Editions textes gais. Hébergeur : Olf Software.
(c) Textesgais.com