Ne me soumets pas à la tentation (3)
de William Borromé

Partie III

Ma première semaine d'école était terminée, ma seconde aussi. En fait, c'était tout un mois qui s'était écoulé depuis la première journée d'école. Chris et moi formions aux yeux de tous un couple - d'amis - uni. Nous n'étions jamais l'un sans l'autre. J'avais réussi à enfouir toutes mes craintes par rapport à mon orientation sexuelle très loin au fond de moi-même. J'avais réussi à intérioriser mon questionnement personnel et à cacher ce dilemme. J'avais en fait réussi à diminuer toute attirance psychologique envers les garçons...

Vers la fin du mois d'octobre, Julia, une bonne amie, invita tout le monde chez elle pour sa fête. Chris et plusieurs autres amis proches furent aussi invités. Je n'hésitai pas une seconde et acceptai l'invitation. Le rendez-vous avait été donné dans un petit restaurant de la Nouvelle-Orléans.

J'arrivai au "Vieux-Moulin" - un restaurant français - en compagnie de Chris. Il était 18 heures et la noirceur commençait déjà à tomber. C'était une soirée plutôt fraîche. Le restaurant était assez calme. Nous rejoignîmes les autres qui étaient déjà arrivés et nous installâmes. Il y avait Alex et Michael - mes deux autres meilleurs amis - et toute la bande d'amies de Julia.

Une fois que tout le monde fut arrivé, nous commençâmes à manger... et à parler! Ainsi donc, pendant les deux heures qui suivirent notre entrée dans le restaurant, nous ne manquâmes pas de déranger tous les autres occupants du restaurant en parlant fort, en riant comme des fous... il vaut mieux ne pas parler du reste.

Quoi qu'il en soit, après le repas, nous nous rendîmes directement chez Julia où nous attendait le gâteau d'anniversaires et des friandises à profusion. Le sous-sol avait été décoré de guirlandes et la musique jouait à plein volume. L'atmosphère était vraiment super. Malgré le gros repas que nous avions mangé plus tôt, Chris, Alex, Michael et moi mangions le plus de bonbons possibles. Finalement, nous nous sommes tous écrasés sur un divan, écoeurés. La musique se faisait entraînante et nous avons rejoins les autres sur la "piste de danse" improvisée. C’était vraiment amusant.

Tout le monde était de plus en plus fatigué et nous avons donc pris une pause... sur le canapé bien sûr. Ce fut le moment le plus drôle de la soirée : tous empilés les uns contre les autres, nous étions couchés sur un divan 3 places alors que nous étions bien 10. Collés comme des sardines, je sentais très bien sur moi le corps de Chris et sous moi celui d'Alex. Il n'y avait rien de désagréable à cela... Après avoir pris plusieurs photos, trop à mon avis, Julia vint nous rejoindre et en fis étouffer quelques uns (aucun rapport à sa physionomie).

De son, côté, Chris, saoulé par le sucre (il paraît que c'est possible) n'arrêtait pas avec ses blagues de plus en plus salées. Finalement, il se mit à raconter qu'il était gay...

- Au fait William, je savais pas que tu étais aussi confortable, avoir su, je me serais couché sur toi bien avant, me lança-t-il !

Ces paroles me firent de l'effet instantanément, je pouvais sentir l'excitation monter dans la moindre partie de mon corps. J'avais de plus en plus chaud et j'avais la tête qui tournait. Chris continua de plus belle :
- Tu sais que tu es mignon ?

Puis, il mis sa main sur ma poitrine et descendit de mes pectoraux à mon nombril. J'étais en pleine érection. Une chance, mes jeans camouflaient le tout. Pourtant, je suis certain qu'il devait s'être rendu compte de la soudaine dureté de mon jeans.

- Mmm... belle poitrine en plus !

Plus il parlait, plus les autres autour commençaient à se taire et à écouter la conversation. Finalement, le divan se vida peu à peu, il ne restait que moi, écrasé sous Chris qui ne bougeait pas d'un poil, et Alex sous moi.

Les autres riaient de Chris et je tentais tant bien que mal de me soustraire à son poids. Pourtant, il me prit dans ses bras, m’entoura, et ne me laissa pas partir. J'essayai de protester, je faisais semblant de trouver ça désagréable. De son côté, Chris continuait à m'enserrer et à m'écraser, me touchant un peu partout, ses mains se faisant de plus en plus curieuses et de plus en plus vicieuses.

Finalement, je ne pus résister plus longtemps à cette fouille et cédai à son jeu. J'étais face à lui et il était couché sur moi. Je le pris dans mes bras, comme il me prenait, et nous roulâmes sur le plancher, libérant Alex qui semblait de plus en plus étouffé. Nous roulions sur le plancher, faisant semblant de se battre pour se libérer de l'étreinte de l'autre. Finalement, j'aboutis dos au sol, lui sur moi, visage contre visage. Je sentais son souffle chaud contre moi. Son cœur battait vite tout comme le mien battait à mes tempes. Je pouvais voir la sueur sur son front et le plaisir sur son visage. Nous étions tous les deux au milieu de la piste de danse, alors que les autres s'arrêtaient peu à peu de danser pour nous regarder. C’était notre danse, je ne pourrais la qualifier ni de valse, ni de dans moderne. C’était la danse de deux corps, roulant l’un sur l’autre…

Je réalisai alors la dureté de son entrejambe contre la mienne. Je pouvais sentir son membre dans toute sa grandeur, frôler le miens au travers du pantalon. J'étais au comble de l'excitation. J'étais hypnotisé par son regard gris. Son visage semblait se rapprocher de plus en plus du mien. Son nez frôlait le mien, sa bouche se rapprochait de la mienne. Je pouvais voir dans ses yeux l'incertitude mais aussi le désir. Je n'étais qu'approbation. Je l'attendais et il venait doucement. Ses lèvres frôlaient mes lèvres alors que soudainement, je sentis un poids terrible s'abattre sur nous. Chris était littéralement cloué contre moi et moi écrasé contre le sol. J'entendis alors Michael s'écrier :
- Hey! Ne me laissez pas en reste !

Tous les autres éclatèrent de rire, sauf moi. Michael avait littéralement sauté sur le dos de Chris et s'y agrippait. Puis, sans crier gare, il s'étendit de tout son long sur Chris et commença, pour ainsi dire, à simuler ce mouvement aussi vieux que l'humanité et connu par tous. Julia et ses amies se roulaient pratiquement sur le sol, riant aux larmes. De mon côté, je ne trouvais plus ça drôle. Je savais que Michael ne faisait ça que pour niaiser. Je savais que Chris allait m'embrasser mais que maintenant il ne le ferait plus. J'étais triste. J'étais excité mais je devais le cacher. Je devais faire semblant de trouver ça désagréable et tenter de me sortir de cette situation. Je sentais contre moi le corps de Chris bouger au rythme des mouvements de Michael qui continuait sans arrêt. Je pouvais sentir le sexe dur de Chris glisser contre le mien alors que son être était ballotté au rythme du va-et-vient de Michael. Chris avait le souffle rauque; de petits sons sortaient de ses entrailles, de petits cris, audible que pour moi.

Chris laissa tomber sa tête contre mon épaule, comme par fatigue. Je pu alors voir Michael. Je pouvais voir dans ses yeux du plaisir. Ce n'était pas pour naiser qu'il faisait cela. Il y prenait réellement plaisir. De son côté, Chris ne pouvait se soustraire à la poigne de Michael mais il ne semblait pas apprécier. Je réussis à me glisser et à me libérer de la masse des deux autres. Je me levai tant bien que mal et sommai Michael d'arrêter. Il se releva à son tour et Chris pu enfin respirer. Les autres riaient toujours. Il fallait les laisser croire que ce n'était qu'une blague idiote. Je me mis à rire et Michael fit de même. Seul Chris gardait une expression triste et résignée. Je ne pouvais percer le mystère de son visage mais je me forçais à rire. J'étais pourtant triste.

* * *

Quelques heures plus tard, chez moi, je repensai à la soirée. Je me demandais comment nous avions pu en arriver là. Il me semblait que ce qui s'était passé était irréel et lointain. Je me demandais ce que Chris en pensait…

Je me demandais ce que les autres en pensaient. Tout ce que je savais c'était que j'y avais pris plaisir et que j'avais du me contrôler pour ne pas aller plus loin. Tout ce que je pensais alors c'était de déchirer les vêtements de Chris et de me retrouver nu contre lui.

J'avais de la difficulté à expliquer ce désir... Je ne pouvais concevoir comment j'avais pu désirer Chris physiquement. Tout cela me dépassait. Finalement, résigné, je me réfugiai dans la prière.

Je savais qu'en priant Dieu, je trouverais du réconfort. Pourtant, malgré toutes les paroles que prononçai, je restai sur ma soif et du m'endormir. Il me semblait n'obtenir aucun soutien Divin, comme si mon problème, mon questionnement et mon incertitude m'étaient laissés à moi-même.

Dans ma tête, je voyais Chris, son visage contre le mien, sa bouche contre la mienne. Dans ma tête, je sentais le sexe de Chris contre le mien, dur et chaud. Je sentais à nouveau son haleine contre mon visage, contre mon cou. Sa chaleur m'envahissait. Ses doigts m'exploraient alors que les miens le fouillaient. Je touchais sa poitrine, ses pectoraux, m'attardait aux mamelons. Je retirai alors son chandail et pu toucher sa peau chaude. Je glissai mes mains dans son dos et m'aventurai sur ses fesses rondes. Il enleva mon chandail et nous nous retrouvâmes peau contre peau, chaleur contre chaleur, chair contre chair. Il se rapprocha de moi et je sentis ses lèvres toucher les miennes. J'ouvrai la bouche et il en fit de même. Sa langue pour toucher la mienne. Je sentais ce membre chaud envahir ma bouche et la fouiller. Je sentais sa salive se mêler à la mienne comme je sentais sa poitrine toucher la mienne. Ses mains touchaient mon dos, mes cheveux, mes fesses. Puis, je défis sa ceinture et baissai son pantalon. Il en fit de même pour moi. Nous n'étions plus qu'en sous-vêtements. Son slip était déformé par son membre en érection. Je pouvais sentier contre mon entre-jambe ce manche raide, prêt à tout, mû par l'excitation. Il me mangeai littéralement la bouche... c'était bon, c'était délicieux...

Alors que nous étions tous les deux en extase, je me réveillai. J'ouvrai les yeux. Je m'étais endormi. J'étais assis sur mon lit, le sexe en érection dans mon boxer étiré. J'étais couvert de sueur froide. Je grelottais.

Je me levai et allai à la salle de bain. J'aspergeai mon visage d'eau froide et retournai me coucher.

Seul, dans mes couvertures, recroquevillé contre moi-même en position fœtale, je pleurais. Des larmes chaudes réchauffaient mes joues gelées. Je m'endormis ainsi, comme un bébé, gardant loin de moi la pensée de Chris qui me faisait maintenant rêver...

* * *

Le jour suivant, à l'école, tout le monde semblait avoir oublié l'incident de la veille. Chris, Alex, Michael et les autres ne semblaient pas y penser. Pour ma part, je ne pensais qu'à cela. J'avais été à un cheveux d'embrasser Chris... à ce moment, je le désirais tellement que j'avais eu du mal à me contrôler, en fait, je n'avais pas réussi à me contrôler et j'avais plongé tête première dans son jeu, pour en ressortir blessé.

Je passai la journée comme les autres. Au moins, j'étais préoccupé par le cours de science. Effectivement, nous avions abordé le sujet de la relativité générale... J'étais totalement absorbé par mes réflexions et je n'avais pas le temps de m'en faire. Entre Einstein et Newton, je ne vis pas le temps passer et la journée prit fin. Après avoir fait un bref passage à ma case, je me dirigeai vers l'aile Nord.

J'arrivai rapidement à la chapelle. Je montai au jubé. Le frère Arnault n'y était pas encore et je m'installai donc à l'orgue pour commencer sans lui. Je pratiquai pendant un bout de temps. J'avais maintenant appris une nouvelle pièce. Ça m'avait pris un mois jour pour jour à apprendre le "jésus ma joie" mais je le connaissais bien assez maintenant, un peu trop même.

Quoi qu'il en soit, après une quinzaine de minutes, j'entendis des pas dans l'escalier. Je vis alors la tête d'Arnault apparaître. Il s'approcha vers moi, essoufflé; étrangement, il ne portait pas la soutane, mais un habit très décontracté. Puis, j'aperçus quelqu'un derrière lui. C'était l'homme que j'avais vu un mois plutôt... et que je croisais presque à chaque soir en descendant les escaliers ou en marchant dans le couloir. Je me demandais bien ce qu'il venait faire ici car lorsque je partais, je n'entendais pas l'orgue résonner à travers les portes de la chapelle sur mon chemin de retour. Quoi qu'il en soit, il se trouvait là en ce moment et suivait Arnault.

- Salut ! Désolé de mon retard. Au fait, je te présente Mylo, je pense que vous vous êtes déjà vus

Arnault bougea vers la droite et Mylo s'avança. Je pus enfin voir son visage que je n'avais qu'aperçu dans l'ombre. Il était grand, mince. Il avait le torse musclé, moulé par un pull gris. Il portait des jeans noirs aux coutures blanches, quasi-moulants. Son visage était pâle, rasé de près et égal. Il avait une physionomie magnifique et des cheveux noirs courts. Je ne pourrais pas vous dire la couleur de ses yeux car il était trop loin de moi, pourtant ils étaient bien brillants dans l'ombre, derrière des lunettes noires à la forme allongée, très en vogue.

- Salut ! Arnault m'a beaucoup parlé de toi !

C'était lui, Mylo. Il avait une voix grave, une belle voix. Il y avait de l'attention dans celle ci et une perfection de la sonorité... une belle prononciation, sans aucun accent sous-entendu. Il avait une de ces voix qu'on pourrait qualifier de très... excitante. Quoi qu'il en soit, Arnault fit un nouveau pas dans ma direction et me dit :
- Est-ce que ça te dérange si Mylo reste durant ta pratique ?

- Euh... en fait.. non, pas du, tout, ça va !

J'étais plutôt content que l'homme reste. J'aimais bien son parfum qui m'avait charmé la première fois que je l'avais vu... disons plutôt senti ! Arnault se tourna vers Mylo et lui désigna une chaise tout près de l'orgue. Mylo remercia Arnault avec une étrange insistance. Son regard se faisait doux et attentionné lorsqu'il s'adressait à Arnault. Quoi qu'il en soit, je n'y portai pas trop attention et me concentrai plutôt sur le déchiffrage de cette nouvelle partition. Mylo était installé juste à ma gauche, un peu en biais. Je pouvais donc le regarder à mon aise, tout en faisant semblant de lire la partition. En fait, connaissant déjà les premières mesures du morceau, lorsque je commençai à jouer, je ne fis que le regarder. Il avait des yeux verts, une bouche très rouge et un nez simplement bien proportionné. Assis comme il l'était, je pouvais presque apercevoir la forme de son entrejambe bien encadré par deux cuisses musclées mises en valeur par un jean assurément trop petit. C'était peut-être l'effet voulu! Son chandail gris, moulant, épousait majestueusement la forme des ses pectoraux biens dessinés, trônés par deux mamelons évidents. Ses épaules larges menaient à des bras biens formés, ni trop musclés, ni minces. Ses avant-bras, mis à nu par des manches retroussées, montraient une légère pilosité et un labyrinthe de veines descendant vers des mains magnifiques.

Je jouais toujours, tout en le détaillant. Soudain, il se retourna vers moi et me fixa dans les yeux. Cela eut sur moi l'effet d'un vertige impressionnant.. l'effet d'un étourdissement spontané. Mes doigts s'enlacèrent littéralement les uns avec les autres ce qui résulta en un accord qu'on n'aurait pu classifier ni de mineur, ni de majeur.. un accord de plus de notes que je n'ai de doigts et d'une sonorité plutôt désagréable pour tout amateur de musique classique. Quoi qu'il en soit, le son horrible me dégela, pour ainsi dire, et je me retournai. Mylo éclata alors de rire. Arnault l'imita.

Je me sentis alors plus gêné que je ne l'avais jamais été. Je sentis le rouge monter à mon visage. Je me sentis soudain très à l'étroit dans mon propre corps et aurais voulu m'envoler… ou plutôt me retrouver 6 pieds sous-terre. Malgré tout, la solidité de l'ardoise du plancher et le fait que je sois au quatrième étage (il faut compter le jubé) de l'école, il me semblait impossible de me retrouver à une telle profondeur. À dépit de posséder une foreuse assez puissante, je restai en place et me contentai de continuer à rougir. Finalement, je me repris en main et recommencer à jouer, me concentrant sur la partition et non sur Mylo. Pourtant, ce dernier me semblait beaucoup plus attrayant qu'une simple feuille de partition blanche, couverte de symboles noirs!

Je continuai à jouer durant plus d'une heure. À quelques occasions, je crus surprendre Mylo en train de m'observer… ou entrain de lancer des clins d’œil à Arnault. Quoi qu'il en soit, vers 7 heures, Arnault me donna mon congé. Je ramassai mes partitions et les mis dans mon sac. Je saluai Mylo, non sans lui serrer la main. J'en profitai, pour ainsi dire, pour le toucher... j'en avais désespérément envie. Je prolongeai probablement trop longtemps cette poignée de main car Arnault me regardait d'un drôle d'air. Quoi qu'il en soit, je descendit l'escalier et sorti de la chapelle.

J'arrivai à la porte de sortie lorsque je réalisai que j'avais oublié mon sac... J'étais probablement trop absorbé par cette poignée de main lorsque je partis. Je fis demi-tour et marchai dans le couloir jusqu'à la chapelle. J'ouvris la porte doucement puis la refermai. J'avançai de quelques pas puis entendis des voix :
- Alors qu'est-ce que tu penses de mon petit élève ?

- Il est mignon !

- Tais-toi donc (rires)! Sérieusement.

- Il a assurément du talent... au fait, tu as vu comme il me regardait ?

- Tu trouves pas que tu l'encourageais un peu ?

- Euh...

- Quoi qu'il en soit, il avait bien raison de te regarder.

J'étais glacé sur place. J'étais étourdi et j'avais le vertige. Je pouvais distinguer les voix de Mylo et d'Arnault distinctivement. J'avais tout entendu de leur petite conversation. Je n'arrivais pas à y croire. Étaient-ils homosexuels ? Dans ma tête, une centaine de questions bombardaient mon cerveau plus vite que je ne pouvais tenter d'y répondre. Était-ce la solution à leurs regards ? Était-ce pour ça que chaque soir Mylo rejoignait Arnault ? Comment un moine pouvait-il avoir une relation sexuelle ? Comment pouvaient-ils être gay ? N'avaient-ils pas honte d'aller dans une église...? De quel droit Arnault avait-il d'aimer un homme? Comment osaient-ils...

Il n'y avait plus aucun bruit en haut. Seulement un léger frottement. Je fis un nouveau pas. J'étais désespérément curieux. Malgré mon questionnement et ma réticence à leur homosexualité qui me paraissait évidente, je m'avançais en direction de l'escalier. J'étais dans l'ombre et tentais d'écouter... juste un petit bruit et un léger frottement, comme du tissu. J'arrivai à l'escalier et mis le pied sur la première marche. La planche craquelée émit un bruit terrible. J'entendis un sursaut en haut.

- Tu as entendu ?

- C'est juste l'escalier qui craque.. tu sais, ces vieilles chapelles, toujours des bruits bizarres!

- Ouais.

Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine. Je repris mon souffle puis, lentement, déposai mon pied gauche sur la seconde marche. Je retins ma respiration.... aucun bruit. Je continuai, lentement. Le frottement s'intensifiait... et un autre bruit semblait parvenir à mes oreilles. J'arrivai bientôt au haut de l'escalier tournant. Je ne voyais pourtant pas encore Arnault et Mylo. Je franchis le dernier tournant et arrivai finalement à la dernière marche. Je m'accroupis dans l'ombre. Je regardai alors en direction de l'orgue et fut frappé de stupeur. Je fut tétanisé par ce que j'aperçus.

Arnault était assis sur le banc d'orgue et Mylo était assis à califourchon sur lui. Ils étaient face à face. Je pouvais voir la poitrine musclée de Mylo à quelques centimètres de celle d'Arnault. Les deux étaient enlacés. Les bras d'Arnault, manches retroussées enlaçaient Mylo et relevaient le chandail de ce dernier, laissant paraître le bas d'un dos bien large, et l'élastique d'un sous-vêtement gris. Mylo avait lui aussi les bras dans le dos d'Arnault mais je ne pouvais voir car le premier était dos à moi. L'autre bras de mon professeur d'orgue caressait les cheveux noirs et soyeux de l'autre. Cependant, pire de tout, ou si j'avais su m'écouter, le mieux, je pouvais entendre le bruit de langue qui résultait du baiser langoureux qu'ils se donnaient l'un l'autre. Je pouvais voir la tête de l'un bouger au gré de celle de l'autre. Je pouvais voir leur bouche ne faire qu'une et imaginer le mouvement de leurs langues dans la bouche de l'autre. Une chaleur, une lumière et une énergie intense se dégageaient d'eux alors qu'ils semblaient se fondre l'un dans l'autre pour ne faire plus qu'un être de chair et d'amour. Ils se donnaient l'un à l'autre dans un amour plus infini que l'aurait été n'importe quel.

En temps normal, j'aurais été choqué par cet acte doublement punissable dans cet endroit si saint que la chapelle où nous nous trouvions. Pourtant, dans ces circonstances, à les voir s'aimer si purement, il me semblait tout naturel de les voir s'embrasser. Il semblait que leur image ne faisait que refléter les vœux et les prières du Christ peint au centre du Chœur. Il me semblait alors que tous les anges sculptés le long des colonnes de l'église ne faisaient que célébrer cet amour magique et torride. J'avais l'impression que les yeux des saints au plafond ne faisaient qu'approuver cet acte irréprochable... Leur amour semblait si fort que je perdis toute idée négative de leur être et m'échappai dans la contemplation de cette hymne à la joie.

Les mains d'Arnault se faisaient de plus en plus curieuses. Le chandail de Mylo était maintenant replié sous ses aisselles alors que les doigts du moine - qui semblait ne plus l'être - partaient à la découverte du torse de son partenaire. Je ne pouvais malheureusement pas confirmer mes idées par rapport à la façade de Mylo mais ne pouvait que m'imaginer sa beauté dans le regard d'Arnault. Finalement, Mylo releva les bras et son chandail vola à l'autre bout du jubé, le long du garde-corps. Torse nu, il se releva et tira vers lui Arnault. Les deux repoussèrent le banc et se retrouvèrent au milieu du jubé. Mylo retira le chandail d'Arnault et l'enserra dans ses bras. Le baiser qui s'ensuivit fut encore plus intense.

Je commençais à sentir en moi une excitation montante et exponentielle. Je pouvais sentir mon entrejambe durcir et monter. J'avais mal. Mon cœur battait de plus en plus vite et j'avais désespérément chaud.

Arnault était maintenant debout, face à la chapelle. Mylo s'était accroupi devant lui et entreprenait de défaire le pantalon de son amoureux. Arnault, les yeux fermés, les bras en croix et la tête relevée vers le ciel, n'était que la réflexion, le miroir du Christ placé à son opposé dans le chœur. Alors que le Christ vivait son agonie sur la croix, Arnault entrevoyait le ciel et le paradis aux mains de Mylo. La comparaison me semblait tout à fait invraisemblable mais pourtant bien réelle.

Tout cela me semblait trop. Je ne pouvais en supporter plus. Je me retournai et descendis les escaliers sans faire de bruit. Arrivé en bas. J'avançai vers la porte, puis, dans un dernier élan de force, je me retournai vers la croix. Je m'agenouillai alors et mis mes bras en croix. Dans ma tête bouillonnait une incertitude et un questionnement féroce. Je pouvais sentir les mots et les pensées frapper les parois de mon crâne. Revint alors à ma mémoire la prière que j'avais dite il y a si longtemps.. il me semblait trop longtemps:

"Mon Dieu, si jamais je découvre que je suis bel et bien homosexuel, je consacrerai ma vie pour vous et deviendrai prêtre ou religieux ; dans le cas contraire, je me marierai avec une femme et fonderai une famille."

Dans ma tête, je tentais de répondre à cette prière, de trouver la solution. "Pourquoi suis-je attiré par l'homme ? Pourquoi ai-je des sentiments contraires aux autres? Comment deux hommes peuvent-il s'aimer si purement, si magnifiquement... si divinement ?" Pour toute réponse, alors que mon regard vaguaient vers la croix, j'entendis Arnault râler de plaisir. Je l'entendis crier comme mille fois, j'avais l'impression d'entendre la cloche résonner. Sa voix se répercutait sur chaque colonne, chaque mur de la chapelle. C'était comme une prière lancée par mille fidèles vers Dieu.

Finalement, alors que je me relevais et que mon regard s'éclaircissait, j'entendis une voix... un murmure.

"Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa"

Tout fut alors clair pour moi. Je compris alors le vœu de Dieu... je compris l'ultime dessein de chaque homme... je compris la mission qui était confiée à chacun... je compris...

Un bruit en haut, dans le jubé, m'alerta. Je me retournai rapidement et sorti de la chapelle. Alors que je marchais dans le couloir, mon regard s'embrouilla et je ne vis pratiquement plus rien. J'avais laissé mon sac dans la chapelle une nouvelle fois, en fait, je ne l'avais pas récupéré du tout. Je n'avais rien pour écrire, pourtant dans ma tête se mettaient en place des phrases… des mots, des paroles. J'avais soudain une inspiration immense pour un dessein spécial. J'avais une mission à accomplir, je devais écrire quelque chose. Je ne savais quoi, je ne le saurais seulement que si j'avais un crayon et un papier. Je m'effondrai le long d'une colonne. Je ne distinguai plus le couloir. Je sombrai. Tout fut noir.

* * *

J'ouvris les yeux. Je me réveillai. J'avais mal au dos. Je regardai ma montre: 8:00pm. Il faisait sombre... J'étais toujours dans le couloir. J'avais assurément sombré dans l'inconscience un moment. Je me levai tant bien que mal. Je regardai autour de moi. J'étais dans un couloir que je connaissais peu, j'avais pris le mauvais chemin. Je marchai quelques instants puis retrouvai le couloir menant à la chapelle. Arnault et Mylo étaient probablement partis à cette heure. Je marchai rapidement et entrai dans l'église. Je montai directement au jubé sans regarder autour de moi. Je pris mon sac et le jetai sur mon dos. Rapidement, je sortis sans me retournai. J'avais toujours dans ma tête ces mots qui se lançaient, ces phrases qui ne demandaient qu'à être écrites.

Je marchai rapidement dans le couloir et sortis dehors. L'air frais et la noirceur me firent un effet apaisant. J'oxygénai mes poumons et regardai le ciel. Milles étoiles brillaient sous le firmament. Je marchai en laissant mes pieds me guider. Le sol dur me redonnait de la force. Tout au long de mon chemin, je commençai à mettre mes idées en places. Je voulais écrire. Écrire un texte. Un texte à propos de Dieu... à propos de la vie, à propos de l'humanité, à propos de l'homme... j'avais eu un éclair, Dieu m'avait montré le chemin, m'avait esquissé la route et je devais la poursuivre. Devant moi, les fondations de grandes idées avaient été instaurées, je devais en poursuivre et en assurer la complétion et la réalisation.

Lorsque j'arrivai chez moi, 30 minutes plus tard, je me précipitai à ma chambre. J'ouvris la lumière de ma table et m'installai à ma table. Je mis un CD de Beethoven et mis mes écouteurs sur mes oreilles. Dans ma chambre, seul un halo de lumière chaude m'éclairait et une musique douce et profonde emplissait mes oreilles. J'étais dans mon cocon, dans mon univers. Je pris un stylo dans un tiroir et quelques feuilles. Je tirai aussi une bible de mon étagère et l'ouvrai à la Genèse. Je cherchai quelques instants, laissant passer entre mes doigts les pages minces du livre. Je trouvai finalement ce que je cherchais: "Dieu fait alliance avec Noé"; Genèse, Chapitre 9, versets 1 à 17 (GN 9.1-17).

Je pris mon crayon en main et plaçai la bible devant moi. Je parcourus rapidement le chapitre de la bible et y pensai. Je commençai alors à écrire.

Suite

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