Menaces sur le livre gay et lesbien
mardi 9 juin 2009, 08:20 - Lien permanent
Par Benoît Berthou le mercredi, mai 20 2009, 15:30 http://www.lekti-ecriture.com/bloc-notes/index.php/post/2009/05/20/Menaces-sur-le-livre-gay-et-lesbien
À l’heure où les mauvaises nouvelles s’accumulent, on aurait pu espérer que le drapeau arc-en-ciel (symbole du mouvement Gay et Lesbien) nous donne du baume au cœur. Ce fut le cas lors de la dernière décennie, avec une floraison de maisons d’éditions menant des projets tous plus originaux les uns que les autres : alors que Textes Gais réinventait le roman porno tout en publiant le très inspiré Hardcorps de Jimmy Sabater, les Éditions Gays et Lesbiennes (fondée par Anne et Marine Rambach, auteurs du très pertinent Les Intellos précaires) proposaient une collection de romans sentimentaux intitulée Le bonheur est à tout le monde afin de dôter l’homosexualité de sa littérature sentimentale, et les éditions H&O lançaient une série de Comics résolument homo tout en publiant une monumentale Histoire des sodomites.
Las ! Cette édition faisant preuve d’une indéniable imagination rencontre aujourd’hui bien des problèmes. Cylibris dut ainsi mettre la clef sous la porte alors que les Éditions Gay et Lesbiennes et La Cerisaie furent rachetées par les éditions du Phare Blanc. Les derniers indépendants du secteur sont contraints de réduire grandement leurs rythmes de production, les éditions Bonobo ne publiant plus ou presque, alors que H&O et Textes Gais se stabilisent autour de respectivement 12 et 6 titres par an mais voient leurs tirages baisser dangereusement et leurs ventes se concentrer autour de certains titres (la série des Dolko pour H&O, les ouvrages d’Alexandre Delmar pour Textes Gais) au risque de devenir des maisons mono-produit.
Cette triste situation relève de causes qui sont sans doute à chercher du côté d’une librairie que l’on pourrait dire à l’agonie dans le monde francophone puisque Serge et Réal (située à Montréal), Page 69 (Bruxelles) et Au Mots doux (Genève) ont dû cesser leurs activités. En France, seuls Les Mots à la bouche, Violette and co et Etats d’esprit (Lyon) semblant pour l’instant avoir les moyens de continuer à afficher une identité gay et lesbienne sur le territoire français, et ce malgré la contraction de leur chiffre d’affaire (les ventes de Textes Gais aux Mots à la bouche étant par exemple passées de 1500 à 800 euros par mois en l’espace d’une année). Et il n’y a apparemment pas de salut à chercher du côté d’autres canaux de distribution car (à part une FNAC référençant impeccablement sur son site Internet tous les livres estampillés gay et tenant toujours, dans le magasin des Ternes, un rayon gay) des sociétés comme A la page ou adventice.com fonctionnent sans aucun stock et opposent donc aux éditeurs des refus de commander en dessous d’un certain montant d’achat de la part de leurs clients.
Ces faits nous invitent à poser une question : pourquoi l’édition gay et lesbienne enregistre-t-elle une telle baisse d’activité (de près de 50% pour Textes Gais) et rencontre-t-elle d’extrêmes difficultés quant à ses structures de commercialisation ? Invoquer la « Crise » ne semble pas constituer une réponse suffisante puisque ce secteur est en proie à des difficultés sans commune mesure avec celles que rencontre le reste de la profession (le baromètre de Livres Hebdo étant pour l’instant en hausse de 1% en terme de ventes de livres sur l’année 2009). Affirmant que « le gay ne paye plus », Pedro Torres (fondateur de Textes Gais) pose directement la question d’une indépendance tout autant financière qu’intellectuelle : est-il possible aujourd’hui d’être une petite maison d’édition et de ne pas opérer au sein de ce que Monique Wittig nomme une Pensée straight ?
Reposant (en littérature comme ailleurs) sur une volonté de ne pas bouleverser le mode d’organisation des relations entre hommes et femmes, celle-ci récuse l’affichage de tout genre sexuel et refuse plus largement de considérer l’identité sociale comme un lieu de création. En paraphrasant l’une des plus célèbres phrases de La Pensée straight, on pourrait affirmer que, sur le plan social, « on ne naît pas gay, lesbienne (ou autre), on le devient » en inventant les signes de sa singularité et en les explicitant afin de faire en sorte que les acceptent ceux qui se disent peut-être un peu vite tolérants. En s’emparant de genres éditoriaux extrêmement codifiés (proches des Harlequin ou du Manga dans les exemples que nous citons ci-dessus) et en réinventant une sexualité n’ayant plus rien de « normé » ou de « propret » (comme dans le Fucking Berlin récemment publié par Textes Gais), l’édition gay et lesbienne a ainsi démontré qu’elle avait quelque chose à dire à l’ensemble de notre société : en a-t-elle encore aujourd’hui la possibilité ?
Commentaires
Je me demande si la cause est vraiment à rechercher dans un ordre hétéronormé, après tout les ventes ont étés plus importantes il n'y a pas si longtemps.
Moi la question que je me poserais serait plutôt celle de savoir pourquoi les gays n'achètent peu ou pas de livres marqués comme gay.
J'ai beau acheter beaucoup de livres - parfois plus de 150 euros par moi - je n'ai que très peu de livres gays, en fait j'en ai deux seulement.
Autant j'ai des amis qui achètent facilement des DVD marqués gays, autant j'en ai peu qui achètent de la littérature gay. Pourquoi cet écart ? À méditer ^^.
Il faut constatater que le niveau de communication est plus bas qu' avant l'introduction de l'internet. Bien remarquable sont les enfants des immigrants qui deviennent gay ou hétéro/gays.
Il faut aussi constater que les activités "homosexuelles" sont plus nombres entre les "hétérosexuels" que entre les homos entre eux!
En fait, l'objectif d'une "vie gaie" n'est plus bien collant avec l'homosexualité que hier....
L'homosexualité est devenue de plus en plus un plaisir de second tour, même que les désirs pour une relation stable sont accepté par l'état.
Au lieu de soutenir les jeunes homosexuels dans leur identité homo/bi, les gays connus et au front des médias, se présentent comme "parents" ou "péres" de qoi? > des enfants hétérosexuels...
À mon avis, l'homosexualité fait part de la majorité heterosexuelle. Et les hétérosexuels éxclusifs sont une même minorité comme les homosexuels étant déjà longtemps exclusifs
..
Bref. Il faut écrire des livres pour les désirs homosexuels des hétéros pour bouger les affaires! Dans ce milieu, les phantasmes gays prennent place entre outre...
Peter Thommen, libraire "gay" depuis 32 ans.
Je pense que la littérature gay vendrait beaucoup plus si elle n'était pas vendue en tant que "littérature gay". Cette distinction la marginalise: un homo digne de ce nom peut avoir envie de lire un "livre gay", mais il n'ira pas dans les rayons gays pour trouver un bon livre de science fiction. Erreur grossière! cette étiquette cache aussi, de temps à autre, de la science fiction. Sans doute les ventes de livres gays serait-elles plus fortes si ils se trouvaient au sein du rayon réservé à leur catégorie. Ce n'est pas parce qu'un livre met en jeu des protagonistes homosexuels qu'ils doivent être marginalisés de la sorte, non? L'érotique, avec l'érotique, le sentimental avec le sentimental, la SF avec la SF!
Je pense la même chose de la vente des DVD. La différence de leurs ventes dans le milieu gay étant la même que dans les rayons "généraux".
Après, à qui doit-on cette marginalisation?
Il faudrait commencer par publier de bons textes... Une édition gay, ça ne veut pas dire grand chose, on ne peut pas à la fois cracher sur l'hétéronorme (sans trop se poser la question de ce que ça veut dire), et se caler confortablement dans une "homonorme".
Tout-de-même: Quel éditeur hétéro a envie de publier des bons textes gays? Par exemple il manque par tous les librairies et des poches des hommes un livre qui aide accepter et comprendre les activités homosexuelles humaines, même qu' elle devient un plaisir, une mode de vie ou seulement une alternative occasionelle...
Les DVDs gays bougent actuellement comme les livres hier. Mais pour quel temps?
A la fin des contes, qui veut avoir confiance aux intentions des resposables hétéros qui dirigent "notre" littérature, culture et notre vie sexuelle sans arrière-pensé?
Peut-être que les livres gais se ressemblent tous pour la plupart, il ne parle que d'amour impossible, de drogue et j'en passe. Le thème récurrent reste le sexe à tout va, la nouvelle génération a besoin peut-être d'histoires plus légères dans lesquelles elle peut se reconnaître, s'évader, rêver. Un rapide click sur les librairies en lignes font état d'un nombre incalculable de livres écrit au siècles derniers où la gayitude restait un combat permanent, tout s'y veut marginal et sexuellement provoquant. A notre époque rêvons nous peut-être d'autres choses loin de la révolution et la revendication, juste des histoires simples d'un amour qui triomphe ce qui manque cruellement.
Xo tu as raison. Mais pas sans additions des autres circumstances. La vie ne se construit pas seulement avec une relation, l'amour et tous ses "gigis" bien connus!
Celui qui n'apprends pa la solidarité, quelque chose sur l'histoire et qui ne prends pas connaissance de la vie réale autour, reste, le plus tard après son "amour sans limite", seule et sans amis, qu'il faut trouver avant le mariage et les bien tenir pendant...
vient de paraître : http://www.veryfriendly.fr/Livre-Le...
La réalité est que la littérature "gay" est d'une affligeante pauvreté. Uniquement tournée vers le besoin d'assouvir les pulsions et les fantasmes sexuels de ses auteurs, elle n'arrive pas à franchir le pas nécessaire pour faire qu'un texte devienne autre chose qu'une somme de poncifs et d'images bateaux sur la sexualité. C'est bien triste de ne penser qu'au cul !
Cet article m'a paru très intéressant, il me semble que c'est une réussite, félicitations.