Wilhelm von Gloeden, de Roger Peyrefitte
mardi 14 avril 2009, 10:50 - Biographies - Lien permanent
A 22 ans, Wilhelm von Gloeden se rend en Sicile pour s'y refaire une santé. Fasciné par la beauté des jeunes garçons de Taormina, il se lance dans la photographie. Les clichés d'éphèbes du baron rencontrent immédiatement un vif succès. Ils sont exposés dans de célèbres galeries et reproduits par des magazines renommés. On apprécie ses compositions qui rappellent l'Antiquité.
Roger Peyrefitte, à qui l'on doit tant sur le plan de l'évolution des moeurs au XXième siècle, admire profondément l'oeuvre de Gloeden. Il devient le plus célèbre collectionneur de ses photographies. Avec cette biographie, écrite lors d'un séjour à Taormina, il lui rend le plus bel hommage que le baron ait jamais reçu.
La plupart des photographies contenues dans le cahier de cinquante pages proviennent du fonds Roger Peyrefitte.
Ce livre inclut 50 pages de photographies de nu artistique en noir et blanc des oeuvres de von Gloeden : de jeunes éphèbes dans leur plus simple appareil pris dans des décors naturels.
Commentaires
Un style étincellant, qui rappelle la langue parfaite d'Anatole France, un hymne à l'Italie, à la jeunesse, à la beauté, à la liberté d'esprit...Depuis que j'ai lu ce livre, je me suis replongé dans l'oeuvre de Peyrefitte, écrivain rare, et je projete un voyage à Taormina cet été.
Les Taor-minets dénudés
Dans la mémoire visuelle de certains d'entre nous sont enfouis des clichés en noir et blanc où des éphèbes posent nus dans des poses inspirées de l'antiquité, alanguis sur des rochers ou langoureusement appuyés sur les colonnes de temples.
Roger Peyrefitte, cinq ans après la publication des Amitiés particulières, a rédigé une biographie de l'auteur de ces photographies, le peintre allemand Wilhelm von Gloeden. Les Editions Textes Gais les rééditent aujourd'hui dans une belle présentation complétée par une intéressante préface d' Alexandre de Villliers, exécuteur testamentaire de R. Peyrefitte, et surtout par un cahier de 55 photos sur un papier mat convenant parfaitement à ces chairs adolescentes.
Le sauveteur des plaques photographiques s'est fait le narrateur d'une « autobiographie » du baron von Gloeden (1856-1931). Le peintre allemand a débarqué en Sicile où il a eu un véritable coup de foudre pour la région de Taormine où il s'installe. Abandonnant les pinceaux pour une technique nouvelle, il obtient sans peine de jeunes Taor-minets qu'ils posent pour lui nus dans des poses qui ne sont jamais pornographiques. Ses clichés sont vendus par correspondance mais de vrais amateurs de « raisins verts » de l'élite européenne politique, culturelle ou … religieuse font le voyage de Taormine pour choisir les images … ou les modèles. On perçoit depuis Taormine les échos d'une Europe où Magnus Hirchfeld et Marc-André Raffalovitch (cf le livre de Patrick Cardon sur M.-A. Raffalovitch) essaient de donner un cadre intellectuel et une reconnaissance juridique à ce que l'on commence à peine à nommer « homosexualité ».
Avec malice et à mots à peine plus couverts que ses modèles, Peyrefitte se glisse dans la peau de von Gloeden pour nous faire partager les jours heureux et les tracas d'un esthète précurseur, ses certitudes personnelles et son combat contre les clichés d'une morale dont il essaie de repousser les frontières comme on élargit l'angle d'une photo.