Lorsqu'elle se retrouva devant la porte de la maison de Violaine, ce dimanche après-midi-là, elle eut un moment d'hésitation avant de frapper. Elle sentait la pression monter à un point qui la décevait. Elle qui se croyait capable d'un self-control inaltérable, la voilà qui avait le trac, comme une adolescente lors d'un premier flirt. Elle avait peur de cet émoi, aurait voulu le chasser, mais…
Lorsque Violaine ouvrit la porte pour la laisser entrer, Marine fut surprise de trouver face à elle une femme totalement resplendissante. Sa fraîcheur contrastait tellement avec l'état dans lequel elle était la dernière fois qu'elle l'avait vue… Elle avait en effet connu Violaine dans ses pires moments, où elle faisait peur à voir, pâle, maigre. Elle avait désormais face à elle une belle jeune femme, en pleine santé, habillée avec goût, et qui n'avait rien perdu de son charme…
Lorsqu'elles se firent la bise, Marine sentit ce parfum dont elle n'avait pas oublié l'odeur, celui qui la faisait parfois se retourner sur ses pas lorsqu'il lui arrivait de croiser une femme qui portait le même.

En observant son interlocutrice, Marine remarqua qu'en cette après-midi de mars plutôt clémente, Violaine portait un débardeur qui laissait à découvert des bras intacts, totalement exempts de traces de piqûres.

- Tu t'en es sortie ? demanda-t-elle
- Oui. Ca fait seulement un an que j'en suis réellement sortie. C'était ma troisième cure, il faut croire que c'était la bonne.
- Qu'est-ce qui t'a poussée à arrêter ?
- En fait pendant un moment j'ai eu une relation avec une femme qui ne prenait pas de drogues, j'ai réussi à arrêter pour elle. Ce ne fut pas sans mal, mais j'y suis arrivée.

Suite à ces mots, Marine, à la fois étonnée et frustrée, repensa à toutes les fois où elle avait bataillé avec Violaine pour qu'elle arrête ce poison.

- Elle, au moins, elle a réussi ce que j'avais entrepris…
- C'est de la jalousie ? dit Violaine, d'un ton acerbe.
- Je me suis toujours demandé quelle importance tu avais accordée à notre relation.

Violaine jeta à Marine un regard lourd de sentiments divers et de reproches refoulés.

- Tu sais combien j'ai eu mal lorsque tu es partie à cause de mes problèmes. Tu disais ne pas vouloir de moi car j'étais trop dangereuse, trop nuisible, que je t'avais fait plus de mal que quiconque dans ta vie. Tu m'as bien rendu le coup en me quittant, je te rassure. Ca te suffit comme réponse ?
- Je t'en prie, on va verser dans le mélo, là. Dois-je te rappeler tout ce que j'ai enduré de ta part ? Les fois où tu m'as trompée, ou je le voyais mais ne disais rien ? Les fois où tu me piquais de l'argent en douce pour te payer tes doses ? Violaine, tu m'entraînais dans les affres d'où je voulais te sortir. Nous aurions pu sombrer toutes les deux, si j'étais restée avec toi.

Suite à ces paroles, les regards entre les deux jeunes femmes se firent plus prononcés, plus intenses. Marine se rappela la ferveur avec laquelle elle avait aimé Violaine, les larmes versées mais aussi les bons moments, les beaux jours de leur amour. Elle retrouvait aujourd'hui ce qui l'avait tant attirée chez Violaine, cette spontanéité, cette fougue, la puissance de son regard lorsqu'elle posait ses yeux sur elle …

- Je vais chercher du thé, dit Violaine en se levant précipitamment.

Marine profita de ce moment pour regarder son amie à la dérobée. Violaine était aujourd'hui plus femme fatale que jamais. Ses vêtements, classe et discrets, mettaient en valeur sa féminité de manière si intense que Marine sentit un frisson la parcourir rien qu'en regardant ses longues jambes, dévoilées par une robe fendue juste ce qu'il fallait. Elle se déplaçait avec grâce, ses mouvements étaient sûrs et décidés. Cependant, bien plus que son physique, bien que celui-ci soit tout à fait à son goût, Marine se demandait si ce n'était pas plutôt le fort caractère de Violaine qui l'avait tout d'abord charmée. Son parfum capiteux, son regard, sa voix… Marine se sentait comme hypnotisée, cette entrevue lui faisait décidément perdre ses moyens beaucoup plus qu'il n'aurait fallu, et lui donnait des pensées…

Pour tenter de chasser celles-ci de son esprit, Marine prit le temps d'observer le mobilier qui se trouvait autour d'elle. L'ensemble était lumineux et décoré avec goût. La tapisserie ainsi que le canapé et les fauteuils, d'un beige chaud, donnaient à la pièce une atmosphère rassurante et accueillante. La table basse, en bois, dont le vitrage laissait voir un assortiment de plantes diverses, d'aromates et de cafés de tous les coins du monde, donnait un côté exotique à la pièce. Les tableaux d'art contemporain accrochés çà et là aux murs, marquaient le goût de Violaine pour les arts.

Lorsque Violaine revint, au lieu de s'asseoir sur le fauteuil situé en face de Marine comme elle l'avait fait au début, elle prit place à côté de Marine, sur le canapé. Marine, troublée par la présence de Violaine si près d'elle, espérait que le rouge qui gagnait ses joues n'était pas trop visible…
- Tu aimes mes tableaux ? demanda-t-elle à Marine tout en se servant une tasse de thé.
- Ne me dis pas que c'est toi qui as peint cela !
- Effectivement je ne les ai pas tous peints, mais ces trois-là sont de ma main, répondit-elle en désignant les tableaux du doigt.

Violaine se mit tout-à-coup à fixer Marine dans les yeux, tout en allumant une cigarette. Marine observa ses mains, ses longues mains aux ongles impeccablement manucurés et vernis couleur rouge rubis. Son regard remonta lentement le long de ses bras, observant ses muscles finement dessinés sur des bras maintenant exempts de traces de piqûres. Sa peau mâte mettait en valeur le collier de perles qui ornait son cou. Ses cheveux, longs et raides, tombaient sur ses épaules. La trace rouge que portait la cigarette de Violaine donna à Marine l'envie irrésistible de goûter elle aussi le rouge à lèvres de son ex-amante, d'y poser délicatement ses lèvres…Le bout de dentelle noire qui dépassait du décolleté de la robe de Violaine, tentateur discret mais néanmoins efficace, enflammait littéralement les sens de Marine…

Consciente de l'observation dont elle était l'objet, Violaine suivait le regard de son amie d'un œil intéressé et amusé. Comme pour la provoquer encore davantage, elle cambra son dos, afin de mettre sa poitrine plus en valeur. D'un geste lent et calculé, elle retira lentement son pied d'une de ses chaussures, et alla chatouiller de ses ongles vernis la jambe de Marine. De la naissance de la cheville, son pied remonta lentement jusqu'au milieu de sa cuisse, s'arrêta puis redescendit, effleurement aussi léger qu'incendiaire… Violaine prenait plaisir à voir se languir celle qui, elle le savait plus que pertinemment, allait passer la nuit chez elle ce soir. Pendant qu'elle tirait les dernières lattes de sa cigarette, son pied reprit son ascension, mais ne s'arrêta cette fois-ci que lorsqu'il eut trouvé, sous la jupe de Marine, à l'intérieur de ses cuisses, un bout de tissu légèrement humide…

Soudain Violaine se rapprocha de Marine. Elles n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Marine sentait la tension monter à un point qu'elle n'aimait guère, mais elle ne pouvait empêcher son cœur de battre de plus en plus vite. Elle sentait sur elle le regard plein de désir de Violaine, comme autrefois. Lorsqu'elle se tourna vers elle, elle surprit un regard sur ses courbes qui, en effet, était sans équivoque.

Violaine glissa son bras derrière les hanches de Marine, qui sentit sa colonne vertébrale parcourue d'un long frisson. Elle se tourna à nouveau vers son amie, pour s'apercevoir que leurs bouches n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre.

Marine n'eut même pas le temps de réagir, déjà Violaine avait précipité ses lèvres contre les siennes. Le baiser profond qu'elles échangèrent était, bien plus qu'avant, empli de douceur et de sensualité. Marine sentait un doux vertige l'envahir, et savait qu'elle n'allait pas pouvoir résister longtemps à ses propres ardeurs ainsi qu'à celles de son amante. Ne plus penser, se laisser aller, ne plus avoir peur…
Au fur et à mesure que Violaine s'imiscait sous les couches de ses vêtements, que ses mains caressaient sa peau satinée, dégrafaient son soutien-gorge, Marine sentait son excitation monter crescendo. Leurs vêtements étaient maintenant éparpillés sur le sol, elles avaient pour seuls habits leurs caresses, ne délaissant pas un seul centimètre carré du corps de l'autre.
Du plus loin qu'elle se souvenait, Marine n'avait rien vécu d'aussi intense depuis bien des années. Ses tétons érigés attendaient avec impatience les doigts, puis les lèvres de son amante. Elle sentait dans son bas ventre un feu qui ne cessait de grandir. Elle sentait le souffle de Violaine parcourir son corps, vague caresse qui l'affolait littéralement, qui provoquait en elle des vagues de plaisir et d'émotions si intenses.
De la poitrine de son amante, Violaine descendit lentement vers son bas-ventre, ne cessant d'embrasser sa peau satinée qu'elle avait autrefois tant aimée, puis vers son intimité, cet endroit doux, humide et chaud où elle savait que Marine aimerait qu'elle s'aventure.
Marine sentait la langue de Violaine caresser lentement et délicieusement l'endroit le plus sensible de son corps. Le plaisir prenait peu à peu entière possession d'elle, elle sentait que l'excitation qu'elle avait tenté de refouler jusqu'ici allait exploser d'un moment à l'autre. Elle n'était plus capable de penser, seulement de ressentir, tellement fort, tellement intensément…
Lorsque un orgasme puissant vint vriller son corps, Marine se sentit à cet instant précis plus vivante qu'elle ne l'avait jamais été. Elles savaient d'ores et déjà, toutes les deux, que la nuit allait être longue…

Il avait fallu que cela se passe, qu'elles aillent au bout, qu'elles perdent le contrôle de tout, juste le temps d'une parenthèse…

The Pinkflower